Les Frappés Les Frappés
Saison 3 EP·119 Trail #trail #course à pied

20 juin 2023

Gérer la blessure en trail pour mieux repartir avec Annaëlle Orceau

Durée · 1h07 · Transcription disponible

Cet épisode est cité dans notre dossier · La peur de l'abandon en ultra : la gérer, décider, et rebondir

Annaëlle

Le récit

Travailler la nuit et s’entrainer le jour, c’est possible et c’est ce que fait mon invitée de la semaine, Annaëlle, infirmière aux urgences et traileuse.

Après avoir échangé avec elle, je me suis dis que finalement je n’ai vraiment pas d’excuses pour rater une séances… on a bien évidemment parlé de la façon dont elle s’organise pour jongler entre le pro et le sport, mais on a aussi évoqué un événement moins agréable qui touche beaucoup de coureurs : la blessure

Annaëlle est encore en pleine phase de convalescence et vous l’entendrez, elle est forcémment affectée par le fait de ne pas pouvoir courir comme elle voudrait.

Un échange très intéressant qui vient rappeler le trail est un sport générateur de blessure.

Bref, si vous écoutez ce podcast pendant vos sorties trail, attention à bien regarder où vous poser les pieds ! Excellente écoute à vous les frappés.

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Transcription

Lire la transcription intégrale

Annaëlle Les deux premières semaines de ma blessure, je pleurais tous les soirs. Quand on passe de sport tous les jours à plus rien faire, arriver à peine à marcher, c'est hyper complexe. J'essaye d'adapter en fonction. Je fais d'autres sports, je fais du vélo, je fais le renfort que je peux faire sans que sa force s'attire trop dessus. Et puis là, je commence à recourir un petit peu et en fonction de ma douleur toujours.

Loïc Bienvenue sur Les Frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment, je suis devenu finisher de la PTL, un ultra trail de 340 km autour du Mont Blanc organisé par l'UTMB. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier, c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver. Avec mes invités, on ira naviguer sur toutes les mers du monde. On participera à des expéditions dans les régions polaires ou en Himalaya. On découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau et on partira en mission avec des membres des forces spéciales. Le deuxième, c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ces invités exceptionnels. On sous-estime largement ce dont on est capable physiquement ou mentalement et je suis convaincu qu'une petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur Terre, alors autant les vivre à fond. Travailler la nuit et s'entraîner le jour, c'est possible et c'est ce que fait mon invité de la semaine, Annaëlle, infirmière aux urgences et trailuse amateur. Après avoir échangé avec elle, je me suis dit que franchement, j'ai plus beaucoup d'excuses pour rater une séance. On a bien évidemment parlé de la façon dont elle s'organise pour jongler entre le pro et le sport, mais on a aussi évoqué un sujet moins sympa qui touche pourtant beaucoup de coureurs, la blessure. Alors vous l'entendrez, Annaëlle est encore en pleine phase de convalescence et forcément elle est affectée par le fait de ne pas pouvoir courir comme elle le voudrait. Un échange super intéressant qui vient rappeler que le trail est un sport générateur de blessures. Est-ce que vous saviez par exemple qu'il y a environ 20 blessures par bloc de 1000 heures d'entraînement en trail, quasiment autant qu'en rugby ? Bref, si vous écoutez ce podcast pendant vos sorties, attention à bien regarder vous poser les pieds. Excellente écoute à vous les frapper. Salut Annaëlle !

Annaëlle Salut Loic !

Loïc Eh bien écoute, ravie de te recevoir sur le podcast. Merci d'avoir accepté mon invitation, ça va être super chouette. Hâte qu'on discute un petit peu, comme je te le disais, de ta pratique, de comment est-ce que tu mènes ta vie pro avec les différentes disciplines sportives auxquelles tu te consacres. Je pense qu'on va parler aussi d'un événement un peu moins drôle, mais qui est un peu la réalité pour beaucoup d'entre nous quand on se met dans une discipline, c'est-à-dire la blessure. Puisque tu es dans cette phase, je suis curieux de savoir comment est-ce que tu la gères. Mais bref, j'en ai déjà trop dit. Ce que je te propose, c'est de commencer peut-être par te présenter, nous expliquer ce que tu fais.

Annaëlle Yes, merci déjà à toi de faire ce podcast, c'est comme hyper cool et c'est une première aussi pour moi.

Loïc Ah, génial !

Annaëlle Moi, c'est Annel, du coup, j'ai 27 ans. Alors, je cours principalement du trail, je fais un petit peu de route. Je fais ça depuis à peu près 4 ans. Avant, je faisais du basket. Je l'ai fait depuis toute petite, en fait. Et depuis que j'ai commencé à travailler, je suis infirmière. Le sport collectif, c'était hyper compliqué parce qu'en faisant un week-end sur deux, on se rend vite compte que le sport co, c'est complexe. Et en fait, j'ai commencé à courir, j'ai commencé à faire des petits podiums locaux. J'ai trouvé ça sympa. Et du coup, prise dans le truc, on se met à courir, puis ça devient hyper addictif. Alors moi, qui n'étais pas du tout course à pied, quand je faisais du basket, ça me saoulait de courir en prépa, etc. Et alors, maintenant, vraiment, c'est toujours plus, quoi. Donc, j'ai commencé par des petits footings, tout ça. Et puis, au fur et à mesure, j'ai fait très vite un premier marathon, puis un deuxième. Et j'en ai fait... Donc là, ça fait 4 ans, j'en ai fait 3, du coup. Avec mon dernier, c'était il y a un an. C'était à Paris. Et puis, voilà, j'avais découvert le trail parce que par chez moi, ils sont très, très trail, malgré que j'habite en Vendée. On est très nature, on va dire. La route, le bitume, ce n'est pas trop notre prédilection, on va dire. Et du coup, on va très souvent en montagne pour se balader. Je trouve que c'est un moyen de découvrir la nature, de partager des choses avec les autres. C'est vraiment ça qui m'anime, on va dire, dans ce sport. Et le vélo aussi, je fais un petit peu de vélo, mais c'est plus quand il fait beau. Vraiment, le vélo sous la pluie ou avec le vent, là, j'ai vraiment du mal parce que le vent, moi, j'ai l'impression de ne pas avancer. Et puis, la pluie, j'ai vraiment hyper peur en vélo. J'ai toujours peur de tomber. Voilà. Donc, le vélo, c'est l'été. J'adore ça. Je partage ça avec mon père. Et puis, sinon, la course à pied à fond, quoi. Trop bien. Et mon travail d'infirmière, du coup, là, je suis depuis... Ça va faire... Ouais, ça fait trois ans et demi que je suis aux urgences. Je travaille aux urgences de nuit, du coup. Donc, on fait entre deux et cinq nuits par semaine. Donc, en fait, on fait un week-end sur deux et puis voilà, quoi.

Loïc Waouh. Ok. Alors ça, je savais pas... J'avais vu que tu étais infirmière, mais je savais pas que c'était aux urgences et encore moins deux nuits. Comment est-ce que tu fais pour allier les deux ? À quoi est-ce que ça ressemble une semaine type ? Par exemple, tu vois, en phase de préparation d'une échéance sur laquelle tu as envie de faire une perf en particulier, je sais pas, un marathon ou peut-être d'autres grosses épreuves. Comment t'arrives à jongler entre les deux ?

Annaëlle Ben, je ne cache pas que c'est assez compliqué parce que... Et c'est pour ça que je vais passer le jour bientôt, c'est que le sommeil, on voit qu'il est pas... Il est pas comme si on dormait la nuit, vraiment, quoi. Quand on dort le matin, le sommeil, on se lève, on sent qu'on est un peu fatigué, quoi. Donc, il faut beaucoup s'écouter, ce que je pense que j'ai pas trop, trop fait. Mais une semaine type, c'est par exemple, je vais faire lundi soir, mardi soir, vendredi, samedi, dimanche. Et donc, le lundi, forcément, j'ai dormi normalement la nuit de dimanche à lundi, je me réveille normalement. Souvent, je fais un peu... je fais du sport le matin. Le lundi, c'est souvent footing renforcement après une sortie longue ou un week-end. Ok. Et puis après, je fais une sieste toujours avant de bosser. Après, je vais travailler, je dors le matin. Alors, normalement, quand je dors bien, c'est jusqu'à 14h.

Loïc Donc là, on est mardi déjà, c'est ça ?

Annaëlle Ouais. Je suis à 6h30, là, le mardi. Donc, le temps de rentrer, de prendre une douche et tout ça. Souvent, je vois, je me lève vers 14h, 13h30, 14h. Je prends un petit déj, et puis j'attends un petit peu. Et puis après, je vais soit courir, faire une activité. Et après, je recommence le soir. Enfin, je repars bosser. Après, j'ai des collègues qui me disent, mais comment tu fais pour faire du sport entre deux nuits ? Enfin, c'est... Mais en fait, moi, j'ai besoin de ça pour me réveiller. Enfin, vraiment, j'ai trouvé ce moyen. Parce que sinon, en fait, on reste dans notre canapes, on ne fait pas grand-chose. Et donc, en fait, ça me permet vraiment de sortir. Vraiment. Parce qu'en étant de nuit, au final, on se rend compte que socialement, on se ferme un petit peu. Parce que le soir, on part travailler, on n'a que l'après-midi. Donc, forcément, mes copains, ils bossent la journée. Donc, le sport, c'est un moyen de m'évader et de me défouler, quoi, par rapport au travail. Parce qu'en plus, c'est quand même pas simple et d'urgence. Donc, ça fait du bien de se vider la tête un peu. Et puis après, du coup, j'ai mes repos. Et puis, je renchaîne, pareil, vendredi, samedi, dimanche. Ok.

Loïc Punaise. Ouais. Ça, tu vois, c'est super intéressant parce que souvent, j'ai l'impression que dans la pratique, les premiers freins qu'on se met, enfin, c'est assez facile. Le cerveau aime bien se trouver des excuses pour aller vers ce qui est le plus simple, le plus facile. Donc, on se dit, non, il pleut, ou j'ai pas le temps, ou demain, j'ai les réunions, il faut que je sois en forme. Donc, c'est toujours intéressant, je trouve, d'entendre des gens comme toi qui travaillent la nuit aux urgences. Donc, tu vas nous en parler un tout petit peu. Mais j'imagine que le facteur stress, intensité de travail, etc., parfois, ça doit être assez costaud. Et finalement, tu arrives quand même à aller t'entraîner. Enfin, tu vas t'entraîner en journée. Donc, bon, très intéressant.

Annaëlle Après, je suis quelqu'un d'assez rigoureux. C'est-à-dire que si j'ai ma prépa, je vais respecter même des fois un peu trop, quoi, à m'oublier un petit peu. Je vais me dire, si j'ai une heure à faire, je la ferai, quoi. Même si j'ai pas envie, même si voilà, je la ferai. Et au final, quand on rentre, on est content. Mais ouais, non, franchement, ça fait du tout.

Loïc Tu t'apprais pas, tu te la fais toi-même ?

Annaëlle Non, en fait, je suis partie d'une association de trail dans ma ville. Et du coup, c'est un qui nous coach et du coup, il nous fait des plans pour chaque objectif du club.

Loïc Excellent. OK. OK. OK. OK. Et côté boulot, du coup, pour qu'on se rende compte un peu peut-être de ce que ça veut dire d'être infirmière de nuit aux urgences, comment tu décrirais une nuit ? Une nuit, alors je sais pas s'il y a des nuits classiques aux urgences, peut-être pas ? Oui, si, si, à peu près. Ouais, si. C'est un peu toujours le même rythme.

Annaëlle Ça arrive. Bah après, donc moi, je commence à 20h30. Et en fait, la période 20h30, 1h du matin, elle est… Il y a énormément de monde. OK. Et là, surtout en ce moment, bref, on est un hôpital qui est à peu près, enfin, qui est départemental, mais qui englobe toute la Vendée. Et en fait, là, c'est plutôt touristique, en fait, la Vendée. Donc là, avec les beaux jours, il y a de plus en plus de monde. Et donc, vers le soir, en fait, il y a beaucoup, beaucoup de monde qui viennent le soir. Donc, il y a des heures et des heures d'attente. Nous, ça, ça… Enfin, quand on est à l'accueil, on a plusieurs postes, en fait, aux urgences. On a des postes de traumato, des postes de médecine, des postes d'accueil, justement. Et quand on est à l'accueil et qu'il y a tout le monde, il y a les ambulances, les gens qui viennent, des appels, des familles. Oui, ça, c'est quand même assez stressant, quoi. Non de rien, on ne se rend pas compte, mais on a beaucoup de choses à gérer. On a les gens qui sont en attente. Par exemple, on a 20 personnes en attente où ça fait, je ne sais pas, 6 heures qui sont là à surveiller. Les appels, les…

Loïc Ah, tu as des gens qui peuvent rester 6 heures en attente ?

Annaëlle Oui. Ah oui, oui. Ça va même jusqu'à 8 heures, des fois. Mais non.

Loïc Si, si.

Annaëlle Après, ils sont prévus, entre guillemets, par le médecin. Donc, voilà, on sait, entre guillemets, les urgences, les vraies urgences à passer en premier, etc. C'est-à-dire, voilà, on fait tout pour qu'il n'y ait pas de quoi quand ça date, en tout cas, bien sûr.

Loïc Oui, oui.

Annaëlle Mais c'est ça qui est stressant aussi, c'est que là, c'est une période dans la soirée jusqu'à… Après, ça se calme un petit peu. Il y a moins d'entrées après, on va dire, entre 2 heures et 5 heures du matin. Mais il y a tout le monde qui reste aux urgences, quoi. C'est un peu ça qui est stressant. Donc, ça se calme un petit peu en fin de nuit, on va dire, entre 4 heures et 6 heures, ça se calme un petit peu. Et bon, c'est là où, clairement, enfin, moi, de plus en plus, je me sens complètement rincée à la fin de minu, quoi. Après, j'arrive chez moi, je dors, quoi. Et on ne s'ennuie pas. Après, c'est ce que j'aime, hein. Enfin, je ne me plains pas du tout, quoi. J'adore mon travail, j'en apprends tous les jours. Enfin, c'est hyper varié, j'adore, quoi. Et mes collègues, ils sont vraiment super, donc c'est ce qui pousse aussi à aller bosser, quoi.

Loïc Ouais, ben j'imagine qu'il faut que tu aimes ce genre de travail, non, pour pouvoir tenir.

Annaëlle Oui, oui, carrément. Il faut y voir du positif, parce que si on voit qu'il y a le négatif, c'est sûr qu'on ne tient pas, ça c'est clair.

Loïc Ouais. Et puis, tu parlais de stress. D'un point de vue extérieur, j'aurais tendance peut-être à ajouter quelque chose. Enfin, je ne sais pas si... Toi, tu baignes dedans, donc je ne sais pas à quel point ça t'affecte ou pas, mais je dirais qu'il y a peut-être l'émotionnel aussi, non ? Pour avoir fait quelques fois des tours aux urgences, tu n'as pas à gérer ça aussi ? Toi, tu es stressé parce qu'il y a un rythme, etc., qui est imposé, puis tu dois gérer tout ce genre-là. Mais est-ce que tu ne dois pas aussi gérer leurs propres stress et leurs propres émotions, parfois qu'ils ne contrôlent pas, en fait ?

Annaëlle Ouais, carrément. Mais surtout quand on vient aux urgences, en général, c'est un moment aigu d'une pathologie, donc forcément les gens ne sont pas forcément très bien. Tout ce qui est, on va dire, plus triste, ça j'arrive plutôt bien à mettre une carapace par rapport à ça, même s'il y a forcément quelques, on va dire, rares exceptions qui nous touchent particulièrement, qui nous font penser à des choses. Mais sur ce côté-là, j'arrive plutôt bien à mettre une carapace, puis avec nos collègues, le fait d'en parler, d'échanger sur des situations, etc., ça aide beaucoup. Moi, ce que j'ai du mal, c'est la violence, quoi. Les patients alcoolisés ou des patients psy, voilà. Ça, c'est plus compliqué à gérer, je trouve.

Loïc Et comment t'arrives à cette carapace dont tu parles ? Ce qui est intéressant, c'est que ce n'est pas forcément spécifique, tu vois, à ton… Enfin, je suis sûr qu'il y a des choses qui pourraient être utilisées par d'autres personnes qui ne travaillent pas forcément dans le milieu médical. Mais cette carapace dont tu parles, comment est-ce que tu l'as mise en place ? Vous êtes formée pour ça ? On vous donne des outils, des techniques ? C'est un peu chacun sa sauce au fil des ans ? Comment t'as fait ?

Annaëlle Si, on a quand même des outils pour ne pas absorber toute l'émotion de tout le monde, forcément. Et puis, je pense que ça vient aussi naturellement avec l'expérience. En fait, on est obligé de trouver des tips un peu pour se mettre une carapace parce que sinon, si on prenait toutes les émotions de tout le monde, je crois que je finirais même pas ma nuit. Mais ouais, ouais, non, non. Après, pourtant, je suis quelqu'un de plutôt sensible dans la vie de tous les jours. Mais au travail, vraiment, je sais pas. J'arrive bien à faire la différence, on va dire. À pas que ça me touche moi. Quand ça me touche moi ou mes proches, par contre, là, je suis hyper sensible. Mais par contre, non, quand c'est mon travail, ça se passe heureusement dans ce truc-là.

Loïc Mais du coup, juste pour rester un tout petit peu sur ce point, mentalement, est-ce qu'il y a des schémas par lesquels tu passes ? C'est-à-dire, quand t'attaques ta nuit, est-ce que tu te dis, bon, ben voilà, là, je prends du recul, je gère des situations et pas des gens. Je veux dire, consciemment, qu'est-ce que tu fais pour mettre en place cette carapace ? Ou en tout cas, peut-être que maintenant, tu le fais de manière complètement inconsciente, mais au début, comment est-ce que tu le faisais ?

Annaëlle En fait, ça a toujours été un peu inconscient, de rien. Quand on arrive, on sait qu'on est dans l'environnement, etc. Mais des fois, je me le redis consciemment, vraiment. Quand je me sens vraiment débordée et que j'ai trop d'émotions, de la colère, de tout qui viennent, je souffle un coup et je me dis, non, mais là, c'est les uns après les autres. Enfin, voilà, je me remets un peu dans le droit chemin en me disant, qu'est-ce que je peux faire ? Et de toute façon, je ne peux pas tout faire. Voilà. Donc, il faut essayer des fois de se dire, attends, là, tu es débordée. Prends sur toi. Voilà. Mes collègues aussi, ça aide pour ça parce qu'ils se disent, attends, là, je vais prendre leur lait ou je vais faire ça. Ça, ça aide aussi.

Loïc OK. Super intéressant. Et tu dirais que ce mécanisme, en tout cas, ce réflexe que tu as mental dans ton boulot, comment est-ce qu'il impacte ta pratique sportive ?

Annaëlle Bonne question. Je pense que ça impacte, par exemple, quand je fais du long et que j'en ai marre. Eh bien, complètement, je me dis, non, là, tu arrives encore à marcher, tu arrives encore à, voilà, tu sais très bien que tu peux le faire. Enfin, voilà, j'essaye de me redire des choses comme ça. Et aussi, je me dis que moi, je ne suis pas malade, je suis en pleine forme. Donc, d'avoir mal aux jambes, c'est rien, en fait, d'avoir des couvertures, de sentir son cœur qui palpite parce qu'on va trop vite. Enfin, je veux dire, on se dit, voilà, moi, je peux le faire, donc je le fais et je le fais à fond, quoi.

Loïc Ouais. Ouais. Super intéressant. Ça me fait penser à un... J'ai écouté un podcast il n'y a pas très longtemps. J'ai découvert cette discipline. Je ne sais pas si toi, ça te parle. Mais j'ai appris qu'il y avait des sortes de championnats du monde de Swift. Donc, Swift, tu es utilisatrice de Swift ?

Annaëlle Non, pas du tout. Mais j'en ai déjà essayé, mais je ne sais pas comment.

Loïc Bah, écoute, en fait, j'ai découvert qu'ils montent des teams. Et en fait, un peu comme des joueurs de jeux vidéo, ils se retrouvent sur des applis pour être tous en live, en audio. Donc, ils peuvent se parler dans l'équipe. Et ils prennent le départ ensemble contre d'autres équipes d'épreuve sur Swift. Donc, Swift, s'il y en a qui ne connaissent pas, c'est une application... Comment on peut appeler ça ? C'est une application de cyclisme virtuel. Donc, on a un avatar. En fait, notre ordinateur est connecté à un home trainer, donc un support sur lequel il y a un vélo. Et donc, quand on pédale en vrai, ça fait avancer l'avatar en virtuel.

Annaëlle Et même quand il y a une montagne, ça simule la montagne.

Loïc Oui, exactement. C'est important. Donc, il y a de la résistance. Voilà. C'est vrai. La résistance, voilà. Donc, selon le profit de la course virtuelle, il y a de la résistance en vrai quand vous pédalez. Et donc, voilà. Bref, cette personne expliquait que... Donc, je crois qu'elle est plus ou moins championne du monde sur Swift. En tout cas, sur une espèce de critérium, c'est lui qui a gagné. Et il expliquait un peu ce que tu viens de dire, en fait, qu'il a connu des décès dans sa famille, etc. Et que donc, quand il est dans des moments difficiles, en fait, il pense à ça. Il se dit, mais en vrai, c'est 30 secondes d'effort. Si j'y vais à fond, mais vraiment à 100% de mes capacités, en fait, je ne vais pas mourir. C'est très difficile. Mon corps m'envoie un signal que c'est extrêmement désagréable. Mais en fait, je ne risque pas grand-chose sur mon vélo, dans mon salon, à transpirer. Et je trouve que...

Annaëlle Est-ce que c'est parce qu'on a envie de se sentir vivant, entre guillemets ? C'est peut-être un peu maso.

Loïc Ouais, non mais clairement. Sans doute, sans doute. Ça fait un lien vers ma question suivante. T'expliquais un petit peu ce qui te plaisait dans la pratique de la course, du trail, etc. Mais si on rentre un peu plus dans le détail, c'est quoi que tu vas chercher, notamment quand tu t'inscris sur du long, où on sait tous d'avance qu'on va morfler, tu vois, à un moment donné. Mais pourtant, on continue de s'inscrire.

Annaëlle Ouais, c'est clair. En fait, j'ai l'impression d'en apprendre sûrement à chaque épreuve comme ça. Et on sait qu'on va passer par des moments durs. On sait que de toute façon, la course, ça ne sera pas simple, dans tous les cas. Et c'est ça que j'aime bien dans les courses longues, entre guillemets, c'est qu'il y a des passages où c'est vraiment très dur, où on se dit, mais qu'est-ce que je fous là ? Mais j'en peux plus. Et peut-être une heure après, on se dit, oh putain, c'est trop bien, en fait. Je vais aller au bout. Oh, je suis bien. Oh, je vais voir un tel à tel ravitaillement. Oh, puis ça, c'est beau. Oh, mais cette montagne, qu'est-ce qu'elle est belle. En fait, ça permet de découvrir le long, surtout. Par exemple, à Madère, en fait, on a découvert des paysages de Madère qu'on n'avait pas vus en vacances, en fait. Donc, c'est ça que j'aime bien. Dans le long, on voit vraiment beaucoup de paysages. Après, je n'ai jamais fait de nuit. Donc ça, je n'ai pas passé une nuit dehors. Donc, ce serait à découvrir.

Loïc Parce que Madère, c'est 115 kilomètres, si je ne me trompe pas, c'est ça ?

Annaëlle Oui, mais moi, je m'étais inscrite au 85. Parce qu'il y a plusieurs distances. Ah oui, au 85.

Loïc OK. Mais alors celui-là, on va en parler, parce que si je ne me trompe pas, ça ne s'est pas tout à fait passé comme tu le voulais. Mais tu parlais de nuit. Il me semblait que tu avais fait la Saint-Élion.

Annaëlle Ah ben oui, c'est vrai.

Loïc Ah, tu vois ?

Annaëlle En fait, quand je disais nuit, c'est vrai. Puis une sacrée course. Pas des moindres.

Loïc Oui, c'est clair.

Annaëlle Quand je disais nuit, je voulais dire, par exemple, on passe toute la journée à courir et après, on enchaîne avec du nuit. Ah oui, enchaîné. Je pense que dans la tête, ça doit être compliqué. À entendre plein de copains qui l'ont fait, c'est un cap à franchir.

Loïc Oui, c'est vrai. Ah oui, d'accord. Donc, enchaîné avec… Oui, je comprends. Oui, effectivement. Parce que du coup, ce n'est pas juste la notion de j'évolue dans la nuit. Oui, voilà. C'est la notion de je gère… Avec la fatigue. Oui, le manque de sommeil. Carrément. OK. OK, OK. Cette Saint-Élion, par curiosité, je veux bien qu'on en parle, parce que moi, j'ai une expérience à Saint-Élion apparemment qui est complètement anormale, c'est-à-dire qu'il faisait doux, il faisait genre 8 degrés, il n'a pas plu, il n'y avait pas de boue, il n'y avait pas de neige. Donc, chaque fois que je leur raconte… Ce n'était pas là-bas. Ce n'est pas possible. Ah oui, les gens me disent « Mais tu es sûre que c'était à Saint-Élion ? » Je dis « Ah oui, non, je suis sûre que c'était à Saint-Élion. » Mais la tienne, du coup, c'était quelle année ? Ça ressemblait à quoi ?

Annaëlle C'était l'année dernière, en décembre 2022. Et moi, je faisais le 44, je ne faisais pas la totale.

Loïc Ok.

Annaëlle Et en fait, pareil, une semaine avant, très mal. Alors, c'était où ? Au tendon. Donc, super. Je me suis dit « Mais là, vraiment, impossible de couvrir. » Au final, bref, avec mon kiné, ça s'est plutôt bien mis. Donc, je décide d'y aller tranquillement parce que ça s'était juste remis de la veille. Et en fait, déjà, il faisait hyper froid. Départ, je ne sais plus, c'était à 23h ou 23h30. Après, moi, ça, ça ne me dérange pas trop vu que je travaille de nuit. Entre guillemets, je pense que mon corps, il s'est à peu près s'adapter à la fatigue. Mais par contre, il pleuvait. Il a plu toute la course. Donc, pendant 3-4 heures, il pleut. Super. Après, la boue. J'en ai chez moi de la boue. Chez nous, quand il pleut, c'est très boueux. Mais alors, la nuit, quand il fait 0 degré, qu'il pleut, et moi, j'ai dit « Qu'est-ce que je fais ? » Là, je me suis vraiment dit « Qu'est-ce que je fais là ? » Pour le coup, je me suis dit « Mais non, mais quelle idée ? » On voit zéro paysage. On glisse.

Loïc Bah oui, c'est vrai, oui.

Annaëlle Il pleut. On regarde ses pieds. Mais on écoute quand même hyper fiers de l'avoir fait. Parce qu'on se dit « C'était dur. » Et je suis contente d'avoir fini. À côté de ça, j'ai mon copain qui l'a fait. Il est arrivé une heure avant moi. Et lui, il a adoré. J'ai dit « Mais ce n'est pas possible d'adorer. Ce n'est pas possible. C'est impossible. » Moi, je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Mais bon, c'était quand même très bien. Je suis contente de l'avoir faite quand même. Après, de la refaire, je ne pense pas. Parce que ce n'est pas le genre de course. Quand je course, c'est pour voir des paysages. Et là, j'ai pris vraiment zéro plaisir. Je suis contente de l'avoir fait. Mais je n'ai pas pris de plaisir.

Loïc Oui, c'est vrai que côté paysage… Oui. On ne voit pas grand-chose. Forcément, on ne voit pas grand-chose.

Annaëlle À part des frontales et la boue, pas grand-chose.

Loïc Ceci dit, je crois que mes meilleurs souvenirs de course, c'était au tout début. Je l'ai fait il y a un moment, donc je ne me rappelle plus les noms. Juste après le départ, il y a une espèce d'ascension. Et en fait, à ce moment-là, on s'était retourné et tu avais une ligne de frontale qui redescendait jusque dans la vallée. Je dois dire que c'était quand même vraiment sympa. Là, c'était la partie de la course. Ça, c'est chouette. Chouette. Mais bon, sous la pluie, je ne sais pas ce que ça allait par zéro degré. Je ne sais pas si j'aurais kiffé.

Annaëlle Au final, la pluie, on l'oublie. Au début, on se dit pas. Mais au final, on l'oublie. C'est juste que ça mouille tout. En fait, on est trempé de partout. En fait, au ravitaillement, il ne faut pas s'arrêter. Parce que sinon, moi, j'ai le syndrome de Reynaud. Je ne sais pas si tu vois, c'est les doigts qui deviennent tout blancs. Donc en fait, si je m'arrête, c'est mort. Je perds mes doigts. Avec les gants tout mouillés, j'étais tombée. Je suis tombée dans une flaque. Donc les gants trempés. Épique.

Loïc Waouh, j'imagine. Parce que la pluie, alors c'est peut-être une question un peu bête, mais comment tu as géré la partie pluie ? Déjà, est-ce que tu l'avais anticipée ? Est-ce que tu suivais un peu les conditions météo et tout ?

Annaëlle Oui, on savait que la pluie, ça faisait partie un peu de la course.

Loïc OK. Et donc là, tu avais quoi ? Tu avais veste étanche, pantalon, enfin sur pantalon étanche. Tu étais prête pour essuyer ou pas forcément ?

Annaëlle Pas forcément. En fait, au début, je voulais même partir en short parce que je m'étais dit pour 4 heures d'effort, je vais partir en short. Alors, il faisait entre 0 et 4 degrés. Je me suis dit, en courant, ça devrait passer. Au final, à 23 heures, avec la fatigue, tout ça, dans le quart, j'ai dit non, en fait, je ne veux pas partir en short. Je voyais tout le monde autour de moi. J'étais la seule en short. Je dis non, je ne vais pas partir en short. Donc, j'ai mis un collant. Et puis, par contre, en haut, j'avais mon caoué. Et de toute façon, il pleuvait tellement qu'au final, le caoué, on était mouillé de partout. Mais bon, au final, quand tu es mouillé, tu es mouillé. De toute façon, 30 minutes de plus, je pense que ce n'est pas ce qui changera la donne.

Loïc Oui. OK. Excellent. Enfin, excellent. Intéressant. le retour de la Sainte-Élion, c'est vrai qu'entendre un récit, même moi qui l'ai déjà fait, ça me tente moyen de le refaire. Tu vois, quand j'entends les récits de toutes les autres Sainte-Élion, je me dis bon...

Annaëlle Après, il y en a qui ont adoré. Donc bon, après, chacun me voit comme... Voilà.

Loïc C'est vrai. Moi, voilà. Il y en a pour tout le monde. Oui, c'est ça. Yes. OK. Alors, tu évoquais la blessure que tu as réussi à gérer juste avant la Sainte-Élion. Est-ce que tu peux peut-être nous parler du coup de Madère ? Oui. L'objectif initial et puis la réalité, ce qui s'est passé.

Annaëlle Oui. En fait, Madère, c'est vraiment... En plus, c'est une distance 85 que je voulais vraiment appréhender puisque j'avais fait quoi ? 65 max. Un terrain que je pense j'aimais bien parce que c'était assez caillouteux, tout ça. C'est ce que j'aime bien. Et puis, voilà, j'avais vraiment envie... C'était vraiment un objectif de saison, on va dire. Donc, je m'étais dit trois mois de prépa donc j'avais commencé en janvier. Ça se passait bien en plus. Bon, par contre, je chargeais un peu. J'étais bien à 100 bornes semaines facile. Ah oui. bon, voilà. J'avais essayé d'inclure plus de dénivelé parce que je m'étais fait avoir avec une course dans le Verdon où je n'avais pas fait assez de dénivelé et puis du coup, j'avais fait un TFL après parce que j'avais trop chargé sur mes cuisses donc je m'étais dit là, renfois à fond, etc. Donc, j'étais bien préparée. J'ai fait une course, je ne sais pas si tu connais le Dernier homme debout. Oui. C'est des boucles qu'on répète toutes les heures et ça s'était très bien passé. je m'étais même entre guillemets forcée à arrêter au bout de neuf boucles pour pas trop trop charger. Sauf qu'en fait, je n'ai jamais fait de pause après ça. Ça, c'était dernier week-end de février donc presque deux mois avant ma dernière donc je m'étais dit j'ai quand même le temps de récupérer sauf que je n'avais pas fait de pause du tout. Après, c'était samedi et en fait, dimanche, lundi, mardi, tout ça, j'ai renchaîné des sorties, des sorties, des sorties et à peu près deux semaines après, je me sentais hyper fatiguée dans ma prépa et je continuais mes sorties mais je sentais bien que c'était compliqué quoi, tout était compliqué même mes footings. Donc je me suis dit putain, ça c'est un contre-coup et deux semaines après ça donc en gros un mois après le dernier rhum de bous ce qui nous arrive à 20, c'était le 28 mars je crois, je vais à l'entraînement le mardi soir et puis au fur et à mesure j'avais mal en bas du dos, mal en bas du dos et d'un coup en fait, je sens que c'était de plus en plus compliqué de courir au fur et à mesure que je mettais de l'intensité dans les côtes, dans les descentes, ça tenait hyper dur ça me faisait vraiment très mal donc là j'ai arrêté l'entraînement, je pouvais même plus poser mon pied en fait, mon pied droit, j'arrivais plus à marcher, ouais, j'étais, donc tout le monde me disait t'es un labago, t'es un labago, je me suis dit mais c'est bizarre, j'arrivais vraiment pas à poser mon pied quoi, le lendemain au travail c'était une horreur, enfin franchement je pense que les patients ils avaient pitié de moi, j'arrivais à peine à marcher et bref, donc kiné, ostéo, médecin, enfin j'ai vu, je crois en tout, j'ai dû voir 4 ou 5 professionnels, personne ne savait trop parce qu'au final une semaine, deux semaines ça passait pas, sauf qu'on était à un mois de manaire quoi, quand ça m'est arrivé et en fait je devais faire mon week-end choc, j'avais plein de trucs de prévus donc moralement très compliqué parce que pour moi c'était un gros objectif, alors en termes de place ou de quoi, j'avais pas forcément d'objectif mais je voulais faire un bon temps, alors qu'est-ce que je voulais faire comme temps, je ne sais pas trop mais je m'étais dit allez, entre 12 et 14 heures ce serait parfait quoi, et en fait là, du coup, moralement je me dis mais non, j'arriverais pas puis j'arrivais à peine à marcher quoi, vraiment je boitais, donc ça pendant deux semaines ça a été hyper compliqué, impossible de faire du sport, même le vélo j'arrivais pas, et deux semaines après c'était un peu mieux, j'essaye de courir, en fait j'ai fait plusieurs essais, j'ai essayé de courir au bout de 100 mètres j'ai bien vu que c'était pas possible, donc là, à deux semaines de la course on se dit ben non mais ça va pas être possible et tout, sauf que ben on y va, j'y allais en famille, j'y allais, voilà on a pris les billets, on a pris tout ça, donc je ne peux pas ne pas y aller quoi, dans tous les cas j'ai des copains qui courent, j'irais quoi, donc voilà, j'essaye, j'essaye de faire un petit peu de vélo, mais moralement en fait c'est hyper compliqué, enfin le mois avant madère, c'était moitié une déprime parce qu'on passe de courir tous les jours à rien du tout, donc je pense que, ouais, sur ça c'est une petite, une grosse addiction même, le sport, et puis on se dit surtout ben j'arriverai jamais à faire la course, moi qui, enfin c'est vraiment une course que je voulais faire quoi, donc hyper déçu, au final j'ai de moins en moins mal en marchant, je me dis, oh je sens un petit truc, mais bon ça peut le faire, donc jusqu'à, deux jours avant, je savais toujours pas si j'allais faire la course, je prends mon dossard, mais je me dis, moi je verrai demain si ça va, ah ouais, donc vraiment jusqu'à la veille, t'étais pas certaine ? ah ouais, jusqu'à la veille, je me disais j'y vais, j'y vais pas, j'avais mon copain, il me disait, mais si tente quoi, parce que, au pire tu t'arrêtes, si tu vois au bout de 10 bornes que ça le fait pas, tu t'arrêtes, et puis voilà, tu force pas quoi, et puis de toute façon, je m'étais dit, parce qu'il y en a plein qui me disaient, bah sinon tu fais tout en marchant, moi c'est pas trop ce que j'ai envie de faire non plus quoi, donc bon je m'étais dit, tant pis, je marche beaucoup, je cours là où je peux courir, et puis on va voir comment ça se passe, donc je m'ai dit, allez on se lance, et puis on verra bien, et j'avais quelqu'un de mon club avec moi, donc qu'on a à peu près le même niveau, donc c'est cool, et puis donc on s'élance, puis dès les deux premières heures, on a beaucoup monté en fait, les deux premières heures, donc forcément au niveau de mon dos, ça allait, nickel, mais par contre mon cardio, bah forcément ça fait un mois que je cours pas, il montait, il montait, il montait, j'ai dit, bah là je vais pas faire la journée, j'étais je crois à 180, 190 plus, les deux premières heures, donc là j'ai dit, Annaëlle, là ça va pas, heureusement, heureusement après ça s'est régulé, on est redescendu, on a machin, mais bon dès que je voyais que je forçais trop, ça montait, ça montait, bah là ça allait pas, au bout de 30 bornes, on avait déjà fait, je sais plus combien d'années, mais c'était énorme, on avait déjà fait pas loin de 3000, je crois, et, ouais, non mais ça montait beaucoup au début, en fait, la dernière partie, elle est plus, enfin plus roulante, même s'il y a quand même des postes, mais, et en fait, au 30ème, il y a un ravitaillement, je sais que ma soeur, elle me suit beaucoup sur les courses, et elle gère beaucoup le ravitaillement, donc ça c'était, je savais qu'elle était là-bas, donc ça, moralement, ça fait du bien, et pour aller à ce ravitaillement, en fait, il faut monter, je crois que c'était 200 ou 300 mètres de délivre, mais que de marche, donc, des marches, des marches, des marches, des marches, parce qu'à Madère, c'est très marche, ils sont très marche, on monte, on monte, on arrive au ravitaillement, je dis, ma soeur, non mais là, j'en peux plus, je suis morte, je suis oxy, j'en peux plus, vraiment j'en peux plus, elle me dit, ben mange et tout, et elle avait raison, parce que j'ai mangé un peu, je pense que je faisais une grosse hypo, en fait, je ne m'étais pas alimentée, vu que j'étais en sur-régime, et rien qui passait, donc là, ce ravitaillement, on est resté par contre, bien une bonne demi-heure, mais, mais ça m'a fait du bien, mais un truc de fou, parce qu'après, on renchaînait sur 11 kilomètres, et 1450, je crois, de dénivelé, donc là, on se disait, bon, on y va pour 3 heures, c'est parti, et donc, cette bosse-là, finalement, on arrive, je crois que c'était au Pico, au Pico-Ruivo, qu'on était, le ravitaillement, là, ça allait, nickel, je mets du sel dans mes flasques, voilà, parce que je ne voulais pas cramper, musculairement, ça allait plutôt bien, et puis, la partie entre le Pico-Ruivo et le Pico-Ruivo, en fait, nous, déjà, c'est en plein soleil, carrément, mais il faisait bien 25 degrés, donc, il faisait chaud, surtout chez nous, on n'était pas habitués, là, en avril, à ces températures-là, bon, ça, à la limite, moi, ça va, la chaleur, je gère, mais, en fait, entre les deux Pico, là, il y a des montées courtes, mais très sèches, après, ça redescend, ça relance, et après, à la fin, ça monte, ça monte, ça monte, ça monte, et là, je me suis dit, là, je commence à être vraiment atteinte, on était à 45 km, je crois, à peu près, et je dis, mais non, mais là, je suis vraiment, je sens que ça ne va pas trop, quoi, je dis, je n'ai fait que la moitié, ça ne va pas, et après, en fait, ce qui était très frustrant, c'est que c'était plutôt roulant, on a été jusqu'au 52, 53ème, là, cette partie-là, là, les 10 km, c'était plutôt roulant, mais vraiment, la moindre bosse, je marchais, je sentais que je n'avais plus d'énergie, donc à ce ravitaillement-là, au 52ème, je me dis, allez, je mange un peu, ça se trouve, c'est comme tout à l'heure, au 30ème, je fais une épau, mais je mange du riz, tout ça, puis je sens que, ben, pas d'énergie, quoi, on repart dans le brouillard, je mets mon kawai, tout ça, parce que, bon, forcément, les doigts blancs, dès que je m'arrête, et, bon, j'avais mon pote avec moi, et il me disait, allez, allez, je dis, non, mais au prochain, j'abandonne, c'est mort, je suis au bout, là, j'en ai marre, là, je voyais l'heure qui tournait, je savais que j'allais passer une nuit dans la montagne, j'ai dit, mais, j'en peux plus, donc c'est mort, au prochain, j'arrête, dans ma tête, c'était fait, quoi,

Loïc et,

Annaëlle lui, il essayait tant bien que mal de me motiver, non, non, mais regarde tout ce que t'as fait, t'es capable, on essayait de relancer, mais, je dis, non, mais là, je marche, j'en ai marre, enfin, je pense que j'étais un peu chiante, parce que j'en avais vraiment, mais ras-le-bol, et puis, je lui dis, vers le 60ème, je lui dis, non, mais vas-y, enfin, va-t'en, parce que je te ralentis, puis, moi, moralement, de te voir devant, comme ça, vouloir me motiver, ça me, en fait, ça me démoralise, quoi, je dis, non, non, vas-y, donc, il part, du coup, il part devant, et tant mieux, parce qu'il fallait qu'il fasse sa course, il a fait 16h30, quelque chose comme ça, donc, c'était, c'était bien pour lui, et puis, et puis, moi, j'arrive au rabitaillement, c'est mort, de toute façon, c'était fait dans ma tête, moi, quand je décide quelque chose, c'est sûr et certain, donc, je vois mon copain, ma soeur, je dis, non, je, j'arrête, je, tout le monde me dit, t'es sûr, t'es sûr, puis, il savait, en plus, qu'après, il y avait une grosse bosse, qui faisait assez mal, qui était de 500m2 dénivelé, qui faisait, apparemment, assez mal à tout le monde, donc, quand ils m'ont vue, ils m'ont dit, bon, ils m'ont pas trop cherché à me convaincre, non plus, parce qu'ils m'ont dit, déjà, t'as pas couru depuis un mois, et que tu fais 65km, c'est très bien, donc, oui, quand on repense à ça, on se dit, oui, au final, c'est très bien, mais, non, j'avais plus d'énergie, j'avais plus rien, j'avais pas envie, vraiment, plus d'envie, et après, je savais que j'allais commencer la nuit, et vraiment, la nuit, j'avais pas envie, je savais que ça allait me mettre un coup au moral, et que, voilà, donc, j'ai dit au mec, bon, je veux arrêter, il me dit, quoi ? Il me dit, oui, oui, il me dit, non, vous avez 5 heures sur la barrière, il me dit, non, non, je lui dis, si, si, vraiment, j'en veux plus, vraiment, lui, il voulait que je continue, quoi, et je dis, non, non, vraiment, il me dit, c'est bon, alors, il y avait aussi, on partageait la course avec des gens du 115, parce que, forcément, on se rejoint sur le parcours, puis, à force, il y avait des gens du 104 qui étaient avec moi, qui étaient avec nous, puis, n'importe quoi, tu cours encore un peu, tu peux quand même continuer, alors, c'est vrai que, eux, j'avais l'impression d'être plus fraîche que certains, mais, mais moi, c'est pas, enfin, de me pousser à bout, à bout, à bout, jusqu'à marcher comme, je sais pas quoi, non, c'est pas trop ma vision de la course, quoi, j'ai envie de, je vais pas dire finir bien, mais de, voilà, de ne pas être un zombie non plus, quoi, parce que, quand on en voyait, c'est arrivé dans les états, des fois, des gens, ouais, non, je pense que j'ai, j'ai atteint ma limite, et là, voilà, j'étais plus préparée, en fait, clairement, enfin, j'ai bien senti que physiquement, c'était, j'avais plus d'énergie, quoi, plus de jus, donc, j'étais hyper déçue de, de pas être au bout, parce qu'au final, après, je savais que, j'avais fait le plus dur, entre guillemets, en termes de parcours, mais, non, enfin, pas d'envie, et au final, j'ai pas tant de regrets de ça, d'avoir arrêté, parce que, quand je sais qu'au final, ce que j'ai, ma pathologie, etc., je me dis que, au final, j'aurais même pas dû prendre le départ, quoi.

Loïc Ah, parce que depuis, tu sais du coup, maintenant, ce que t'as,

Annaëlle ce que t'avais ? Du coup, par la suite, alors après, je me suis dit, si c'est inflammatoire, ma pathologie, je vais bien le voir, en fait, parce que je vais avoir hyper mal demain, et en fait, le lendemain, à part des courbatures, j'avais pas plus mal que ça, en bas du dos, bizarre, et en fait, du coup, je passe une IRM, c'était il y a quoi, il y a une semaine, non, il y a deux semaines, mais en fait, qui révèle que c'est une fracture de fatigue, au niveau du sacrum.

Loïc Ah, mais oui, mais tu l'as partagé, ah oui, ok, oh punaise, ah ouais, donc t'as fait, ah ouais, d'accord, ok, donc t'as fait les 60 ans, avec quelques,

Annaëlle ouais, en fait, je me dis, ouais, c'est ça, donc je me dis, c'est peut-être pas bien, au final, après, j'ai pas l'impression que ça a majoré mes douleurs, mais bon, c'est, voilà, au final, je me dis, en fait, au moins, j'ai une raison, un diagnostic du fait que j'avais mal, parce que je commençais à me dire, mais t'es une chauchote, ou quoi, parce que t'arrives pas à courir, alors que, putain, je comprenais pas ce que j'avais, en fait, donc, au moins, j'ai un diagnostic, et voilà, on peut avancer.

Loïc Ok, waouh, punaise, ouais, effectivement, avec du recul, du coup, donc, l'IRM, une semaine, c'était fin avril, c'est ça, le 22 avril, je crois, le Madère ? Ouais,

Annaëlle ok.

Loïc Donc,

Annaëlle j'ai passé mon IRM, et puis là, je passe un scanner demain, pour vraiment spécifier, je pense, c'est pour savoir la gravité, entre guillemets, de la fracture, quoi.

Loïc Ok. Waouh, ok. J'avais oublié ce post que tu avais fait sur Instagram, sur ta fracture de fatigue. Ouais, non, bon, c'est clair que là, on comprend mieux, déjà, tu vois, parce que tu as dit plusieurs fois, bon, physiquement, que tu n'avais pas couru pendant un mois, etc., mais que l'envie n'était pas là, j'avais un peu l'impression, moi, quand tu partageais, que c'était, c'était peut-être, si tu devais arbitrer, tu dirais quoi, que c'était plutôt le physique qui fait que tu as arrêté, ou plutôt le mental ? Enfin, le mental, pas dans le sens, tu n'avais pas le mental, tu vois, mais plutôt le mental dans le sens envie, motivation,

Annaëlle je ne sais pas. Je pense que c'est, de toute façon, les deux sont liés, parce que quand tu n'as plus d'énergie, tu n'as pas d'envie, mais, enfin, avec du recul, si c'était ma course, parce que j'avais fait un peu un deuil, entre guillemets, dessus, pendant un mois, je n'ai pas couru, je me suis dit, de toute façon, je ne pourrais pas performer, entre guillemets, et donc, en fait, je pense que je n'avais pas envie de me faire mal, sachant que ça n'allait pas être une course qui allait me satisfaire, entre guillemets. Donc, je pense que c'était beaucoup mental, même si physiquement, ouais, en termes d'énergie, j'étais oxy, quoi.

Loïc C'était, alors, je ne sais pas si à tous, je suis sur le site de l'UTMB, là, sur ta page athlète, je ne pense pas qu'il y ait tout, mais est-ce que c'était ton premier abandon, sur une course comme ça ?

Annaëlle Oui, jamais abandonné. Jamais abandonné.

Loïc OK. Parce que première blessure aussi, ou en tout cas, première blessure de cette envergure ?

Annaëlle Ah oui, première blessure de cette envergure, ça c'est clair. Et je n'ai jamais arrêté de courir aussi, pendant un mois, ça ne m'était jamais arrivé. Même une semaine déjà, je pense que ça ne m'était pas arrivé. Donc en fait, physiquement, ouais, c'est un peu complexe. Donc ouais, abandonner, non, pour moi, avant cette course, ça n'était pas possible d'abandonner. Vraiment. Mais en fait, maintenant, je vois les choses différemment. Je pense que l'abandon, ce n'est pas forcément... Je pense qu'il ne faut pas finir à tout prix. Après, c'est mon avis, mais des fois, on peut se mettre en danger. même si moi, je ne me serais pas mise dans le danger à faire 20 kilomètres de plus. Mais voilà, après, il faut s'écouter. Il faut s'écouter aussi. Ça dépend de chacun.

Loïc ça me fait penser. J'avais reçu Sylvaine Cusso sur le podcast. Il y a un moment, je crois, alors c'était juste après, je crois, la diagonale de l'année dernière ou celle d'avant, je ne sais plus. Et je ne sais pas si tu la suis ou si tu la suivais à ce moment-là, mais elle avait fini la course. Je crois qu'elle s'était fracturée.

Annaëlle Oui, c'était pas du tibia. Oui,

Loïc le tibia à mi-course, quelque chose comme ça. Et elle avait fini. Et je me rappelle, on en avait un petit peu parlé. Ça avait fait, il y avait toute une espèce de polémique de la part de certaines personnes qui disaient c'est complètement inconscient, ça aurait pu être grave, elle aurait pu engager du coup des secouristes qui auraient risqué leur vie pour aller la chercher. En gros, ce qu'elle disait, c'est qu'avec ses paramètres à elle, son expérience, etc., à aucun moment, elle n'a eu le sentiment de prendre un risque. Et qu'évidemment, s'il y avait eu un risque, elle avait déterminé qu'il y avait un risque, elle aurait sans doute arrêté.

Annaëlle Mais bien sûr. Je pense que, après, tout le monde n'est pas comme ça, mais on se connaît assez pour savoir quand là c'est bon ou quand là on peut y aller. Après, je pense que certains n'arrivent pas trop, je pense que ce n'est pas donné à tout le monde d'être lucide sur ces choses-là.

Loïc Oui. Ce qui n'est pas évident, c'est que je m'en suis un peu rendu compte sur la PTL, c'est que tu n'es pas dans la tête des gens. Du coup, c'est vachement dur. Tu peux avoir des signes extérieurs qui te font dire « Punaise, là, ça craint, il ou elle est vraiment dans le dur. » Alors qu'en fait, peut-être pas tant que ça. Souvent, j'y pense, quand tu vois des finishes d'Ironman ou de course un peu longue où tu vois les gens qui n'arrivent plus à avancer, ils tombent à genoux à 10 mètres de la ligne. Là, spontanément, tu te dis « Waouh, abusé, la personne est vraiment allée chercher loin. » Mais alors qu'en fait, peut-être que non, c'est juste que physiquement, il y a un muscle. Oui, oui, oui,

Annaëlle carrément.

Loïc Par rapport à ce que tu disais, le syndrome dont tu as parlé, je ne connaissais pas, je ne t'ai pas interrompu, mais est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus ? Je n'en avais pas entendu parler.

Annaëlle De Rénaud.

Loïc Rénaud, oui.

Annaëlle Oui, en fait, c'est juste quand il fait froid ou surtout du froid humide, en fait, toutes mes extrémités, donc si j'ai mes pieds aussi, ça le fait, qui deviennent toutes blanches. En fait, le sang, il ne circule plus. Il y a tellement une vasoconstriction, tes vaisseaux, ils se serrent tellement que ça ne passe plus, en fait. D'accord. Donc du coup, j'ai les doigts qui deviennent tout blanches. Alors, ce n'est pas grave du tout, c'est rien du tout, mais c'est juste que c'est chiant, en fait, parce que du coup, tu ne sens pas grand-chose.

Loïc Oui. Ah oui, et tout s'engourdit, du coup, si tu t'arrêtes, c'est ça ?

Annaëlle Oui, et puis ça peut faire mal aussi un petit peu des fois, quand c'est vraiment tout froid. Mais bon, après... Et dans le chaud, à l'inverse ? Non, rien du tout.

Loïc Rien. D'accord. Non.

Annaëlle Non, non.

Loïc Ok, ok. Syndrome de Rénaud. Ok, bon. Ok, donc, premier abandon, première fois que tu interromps, enfin, que tu ne cours pas pendant, ne serait-ce qu'une semaine. Oui. Et première blessure sérieuse. Alors, c'est encore un peu frais, on le disait, tout ça, c'était 22 avril, on est au moment de l'enregistrement le 25 mai, donc assez récent. Mais est-ce que tu as déjà suffisamment de recul pour nous expliquer un petit peu finalement les différentes étapes par lesquelles tu es passée, tu vois, pour accepter ça, pour... Est-ce que tu as le sentiment d'avoir déjà un peu tourné la page, de te projeter vers, dans le futur, vers autre chose ? Ou... En tout cas, comment est-ce que ça se gère, une blessure comme ça, dans la situation qui est la thème ?

Annaëlle Oui. Tourner la page, là, je ne dirais pas, j'ai tourné la page. Oui. Mais, comme j'ai dit tout à l'heure, quand ça m'est arrivé, vraiment, je crois que les deux premières semaines de ma blessure, je pleurais tous les soirs. Mais clairement. Ah oui. Et heureusement que j'avais mon copain parce que, enfin, j'avais l'impression d'être en grosse déprime. alors que je me disais mais t'es con parce que t'es en bonne santé, tes proches, ils vont bien. Mais, quand on passe de sport tous les jours à plus rien faire, arriver à peine à marcher, bah c'est hyper complexe. J'en pleure encore. Mais, c'était hyper compliqué en fait. Comme. Et en fait, on a l'impression que que les gens, ils comprennent pas trop en fait. Ils me disent bah, en fait, je sais très bien ce que certaines personnes diraient, enfin, on dit, bah de toute façon, elle en fait trop. Et en fait, c'est que après, je me disais mais je le sais, enfin, j'ai trop forcé. Et, et oui, j'en ai trop fait. De toute façon, j'en avais conscience. Enfin, je pense que au final, inconsciemment, je m'y attendais un petit peu parce que je me sentais très fatiguée et tout ça. Donc, voilà. Puis la récupération quand on dort le matin, enfin, tout ça avec le rythme, c'est pas optimal. Mais donc, les deux premières semaines, vraiment, c'était, c'était hyper complexe. Et du coup, j'avais envie de plus rien faire. Enfin, j'avais zéro motivation. Et puis après, au final, quand j'arrivais un peu mieux à marcher, tout ça, j'avais Madère qui arrivait, les vacances, tout ça. Donc là, ça allait beaucoup mieux. Et puis, je suis quand même bien entourée de mes proches. c'est un point fort, je pense, d'être entourée quand il y a des moins bien. C'est hyper important. Et donc, du coup, là, depuis Madère, ça va mieux quand même. J'essaye d'adapter en fonction, quoi. Donc, je fais d'autres sports, je fais du vélo, je fais le renfort que je peux faire sans que sa force s'attire trop dessus. Et puis là, je commence à recourir un petit peu et en fonction de ma douleur, toujours. Si j'ai mal, j'arrête. Et puis, voilà, on essaye de faire autre chose, de prendre du temps aussi pour soi, de, voilà, j'ai recuisiné ce que je faisais beaucoup moins parce que j'avais moins de temps. On fait d'autres choses. Moi, j'ai eu, on a eu un petit chien, là, donc ça m'a bien occupée. Donc, voilà, on essaye de trouver d'autres occupations pour payer à ça et puis pour faire aussi autre chose. Voilà.

Loïc Écoute, en tout cas, Annaëlle, merci beaucoup de partager tout ça aussi ouvertement. Je suis désolée si la question était déclare. déclencher des émotions, mais c'est super intéressant, tu vois, parce que je trouve que déjà, ça fait un peu partie des sujets dont on parle peu, tu vois, on discute toujours des champions, des gens qui se dépassent, qui, voilà, quand ça va bien. Mais la réalité, en fait, c'est que pour plein de gens, alors je n'ai plus les statistiques en tête, mais en course à pied en particulier, le pourcentage de pratiquants qui se blessent, je crois qu'il est trois fois plus élevé qu'en rugby. C'est énormissime. Donc, voilà, je trouve que c'est très intéressant d'en parler et puis de voir que, voilà, en fait, même quelqu'un qui pratique autant que toi, qui a des bons résultats, etc., on n'est pas à l'abri et puis, oui, c'est difficile à gérer pour tout le monde. Donc, merci beaucoup de le partager aussi ouvertement.

Annaëlle En tout cas, c'est chouette

Loïc de voir que, oui, mais j'ai l'impression que tu as quand même assez rapidement mis des choses en place. Tu vois, on n'est même pas, on est quoi, on est une semaine après le diagnostic. Bon, voilà, il y a eu Madère qui ne s'est pas terminée comme tu le souhaitais, mais j'ai quand même l'impression, dans tous les gens que je reçois qui passent par la blessure, j'ai un peu l'impression que le fil rouge et qu'ils sont tous des gens, tu vois, comme toi, des frappés, des gens qui font des choses incroyables dans leurs univers. Le point commun, c'est quand même à chaque fois, j'ai l'impression, cette capacité à rebondir. Tu vois, un de mes premiers épisodes, j'avais eu un membre de l'équipe de France de rugby, Jonathan, qui m'expliquait qu'il s'était fait une énorme blessure en plein match et qu'en fait, il était sur la civière, même pas encore sorti du terrain, qu'il était déjà en train de planifier la suite de quels exercices il allait pouvoir faire sans mobiliser sa jambe, comment faire pour musculairement rester au bon niveau, ne pas perdre en cardio. Et je trouve ça quand même hallucinant, tu vois. Et même si c'est des phases, forcément, franchement, on s'en passerait bien. Je trouve ça assez admirable à chaque fois, cette capacité des gens à rebondir rapidement.

Annaëlle après, quand j'arrivais à peine à marcher, j'essayais de faire du renfaux, j'essayais quand même de me bouger, parce qu'on sait que déjà, musculairement, je voulais pas trop perdre, mais bon, après, on fait comme on peut. Des fois, je faisais des exercices, j'en pleurais à la fin parce que j'avais trop mal, sauf qu'après, je me faisais ruller parce que du coup, ça sert à rien de forcer, mais sauf qu'on a envie de faire quelque chose.

Loïc Parce que le sacrum, alors, tu me dis ainsi, je sors des aberrations médicales, mais moi, j'ai eu une grosse blessure au bassin et c'est là où je me suis rendu compte qu'en fait, le bassin, je me suis fracturé le bassin et qu'en fait, c'est juste le point pivot, donc tu peux absolument rien faire parce que ne serait-ce que des abdos, tout mobilise le bassin. Le sacrum, c'est à peu près pareil ?

Annaëlle Oui, c'est au niveau du bassin. en fait, c'est carrément, ça s'en sert. Donc, oui, oui, carrément. Alors, un exercice que j'arrivais à faire, c'était le gainage. Je faisais du gainage, ça, ça ne me faisait rien. Et puis, après, quand j'avais un peu moins mal, j'essayais de faire des squats. La chaise, la chaise, ça ne me faisait pas trop mal. En fait, tous les exercices sont trop d'impact. C'était vraiment l'impact qui me faisait très mal, c'était l'impact.

Loïc Et le vélo, tu disais que c'était douloureux aussi ?

Annaëlle Alors, au début, ouais, de toute façon, au début, je crois que je pouvais faire n'importe quoi, ça me faisait mal. Donc, au début, le vélo, même monter sur un vélo, je sentais que, parce que j'ai fait une sortie à vélo, on a fait 50 kilomètres, peut-être quelques jours après que ça m'est arrivé. Sauf qu'en fait, je suis tombée, comme par hasard, dessus. Donc là, je n'arrivais plus à remonter, je n'arrivais plus à remonter sur le vélo, je n'arrivais pas à lever ma jambe, en fait. Donc, bon, j'ai dit, au début, c'était compliqué, maintenant, le vélo, vraiment, une à deux semaines après que j'ai eu mal, le vélo, c'était bon, ça ne me faisait plus mal, à part les petites secousses sur les routes, mais sinon, je pouvais en faire, il n'y avait zéro problème.

Loïc Ok. Ok. Et du coup, la suite de la convalescence, qu'est-ce que ça va donner ? Tu as déjà un peu de visibilité sur la durée, les étapes ?

Annaëlle Je ne sais pas trop trop, je pense que ça va dépendre de mon scanner, mais déjà, là, j'ai vraiment zéro douleur en marchant, en courant, hier, j'ai couru, je n'ai presque pas eu mal, mais je pense que, du coup, je m'écoute vachement, c'est un peu le risque, après, quand on est blessé, c'est qu'on est attentif au moindre petit signe, oh putain, là, j'ai mal, oh non, là, j'ai pas mal. Et j'ai l'impression que ma foulée se modifiait un petit peu, je suis droite, on dirait que j'ai un palais ça, ça va revenir, mais là, ça va. Après, le médecin m'avait dit une fracture de fatigue, là, comme j'ai au sacrum, c'était 2-3 mois, là, je suis déjà à 2 mois, je pense que là, ça se reconsolide petit à petit, et puis, je verrai avec le scanner si vraiment il dit quelque chose, mais sinon, là, je reprends petit à petit, principalement, ça va être de ne pas me... de reprendre vraiment doucement, parce que là, le temps d'arrêt a été très long, donc c'est surtout... tout ça qu'il faut gérer, quoi. Et puis après, en termes de course, je ne sais pas trop, je n'ai pas trop envie de me fixer des trucs, je devais accompagner ma sœur sur son premier trail au Grand Raid des Pyrénées la fin août, donc j'aurais déjà ça, moi, je dois faire le 60 aussi, donc il y a un 60 le jeudi et le 40 avec ma sœur le vendredi, donc si tout va bien, je ferai ça, mais pour l'instant, pour l'interrogation, quoi.

Loïc Ok. Et peut-être pour, tu vois, finir sur cette parenthèse sur la blessure, le point d'interrogation, l'incertitude, comment est-ce que tu le gères, parce que tu expliquais que, voilà, encore une fois, c'était la première fois que tu avais une interruption sportive imposée aussi longue, et tu l'évoquais un peu plus tôt aussi, une forme d'addiction, tu vois, quand tu as une pratique aussi régulière dans laquelle tu te sens, enfin, finalement, qui t'apporte autant et que d'un coup, elle disparaît, pas forcément évident à gérer, donc, surtout quand tu ne sais pas quand est-ce que tu vas pouvoir revenir. Donc, est-ce que tu arrives déjà à mettre des mots sur la façon dont tu gères, tu vois, cette grosse zone floue par rapport à ta pratique de la course ?

Annaëlle Ben, comme je l'ai dit, au début, c'était, je n'arrivais pas, je voyais tout noir, enfin, les premiers jours, là, c'était compliqué, puis après, au final, on commence à se dire, oh, ben, je pourrais peut-être en profiter pour faire plus de vélo, je vais plus faire ça, oh, puis, oh, ben, je vais mettre un objectif, oh, l'année prochaine, j'aimerais bien faire ça, je pense qu'on pense à plus loin, aussi, à plus loin, je m'étais dit que j'allais faire le marathon de Valence en décembre, et au final, ben, je vais vendre mon dossard, parce que, parce que je pense que je ne serais pas, je ne serais pas optimal, entre guillemets, dès décembre, pour faire un temps que je voudrais, donc, donc, je préfère repousser le marathon, et faire ça, peut-être, la semaine prochaine, et, voilà, mais, voilà, on essaye de, ouais, de s'organiser des objectifs, de, ouais, c'est des petits objectifs qu'on se met, oh, là, j'aimerais bien faire, là, ce serait bien que demain, je n'ai pas trop mal, demain, je fais 30 minutes, puis, on revient des 30 minutes, on est trop contents, parce qu'on a fait 30 minutes, quoi, mais, voilà, on se met des petits objectifs, et puis, puis, voilà, puis, surtout, se faire entourer, quoi, je pense que c'est hyper important, là, d'encourager les copains, enfin, ça fait du bien, ce week-end, j'étais à une course que je devais faire, normalement, la pastorelle, c'est dans le cantal, et donc, tout le monde courait, on était 40, tout le monde courait, sauf moi, donc, c'est bien, parce que d'encourager tout ça, c'est vrai que ce côté-là, je ne le vois pas assez, j'ai vraiment apprécié, tout ce côté d'aider au ravito, de, ouais, de prendre plein de vidéos, enfin, moi, j'adore ça, donc, de partager ça avec mes proches, c'était hyper cool, mais, par contre, quand tout le monde arrive, et tout le monde dit, oh, on a passé un super week-end, tout le monde a fait la course qu'il voulait, enfin, tout le monde a réussi sa course, et moi, tu vois, je me dis, mais, non, moi, je n'ai pas couru, alors que je voulais courir, mais, bon, après, voilà, ça fait partie du truc, et puis, on verra quand je serai rétabli, peut-être que je serai plus fort, je ne sais pas, on verra, ça sera une expérience, en tout cas, pour ne pas refaire les mêmes erreurs, surtout.

Loïc C'est clair, c'est exactement ce que j'allais dire, c'est forcément jamais des moments cools, mais bon, c'est souvent des moments dans lesquels on apprend, tu vois, se lancer dans de nouvelles choses, comme tu le fais, essayer d'analyser ce qui n'a pas fonctionné pour ne pas le dupliquer, enfin, le reproduire, donc, oui, on ne s'en passerait bien, mais bon, finalement, c'est quand même des phases qui peuvent avoir leur valeur ajoutée, quoi.

Annaëlle oui,

Loïc mais j'avoue que c'est dur de se le dire dans le moment.

Annaëlle Surtout que moi, je sais, en fait, ce qu'il faut faire, je suis très curieuse, donc, en fait, je lis beaucoup des articles et tout ça, sur l'alimentation, sur les entraînements, tout ça, mais sauf que je ne l'applique pas à moi, je n'arrive pas à l'appliquer à moi. Et donc, en fait, je suis pleine de conseils, mais pas pour moi. Donc, il faut que je réussisse à l'appliquer sur moi et puis ça marche quand même.

Loïc Parce que là, tu dirais que c'est quoi ? Ça a été le volume, tu penses,

Annaëlle qui a été trop important ? Ouais, en fait, je rajoutais des footings, je rajoutais des petits trucs dans le programme, en fait. Donc, forcément, ça, voilà, et puis faire peut-être plus de sport porté. Après, j'étais aussi très fatiguée du travail, donc je pense que ça n'aide pas non plus. Le travail de nuit, c'est quand même pas anodin sur ça. Et puis voilà, j'ai aussi, enfin, je ne sais pas si tu connais le syndrome Redes. Non. On entend un petit peu parler, c'est un peu la triade féminine de la sportive, c'est qu'en fait, on a des troubles du cycle hormonal. Et du coup, en fait, j'ai eu ça, il y a peut-être maintenant un ou deux ans, je n'avais plus du tout de règles, j'avais arrêté ma pull pour, parce que je ne voulais plus d'hormones, tout simplement. Et je, et donc du coup, je n'avais pas de règles du tout. Donc pendant un an, je n'ai pas eu de règles, sauf que ce n'est pas anormal, en fait, de ne pas avoir de règles, si tu n'es pas enceinte, du moins. Et du coup, en fait, donc ma gynéco m'a dit, ben non, mais c'est trop de sport. Trop de sport. Moi, je me dis, ben, en fait, il y a deux filles, quoi, qui font du sport. Enfin, moi, je ne comprenais pas. Pour moi, je ne suis pas non plus, je ne suis pas élite à faire du sport deux fois par jour. Donc, je ne comprenais pas, en fait. Et donc, elle me dit, si, avec votre rythme, tout ça, parce que la nuit aussi, et le travail de nuit, ça bouscule un peu les hormones. Et donc, en fait, voilà. Et puis, elle me disait qu'il fallait que je mange plus, même si je suis plutôt une grosse mangeuse. Mais non, voilà. Donc, en fait, j'ai dû reprendre la pilule, mais sauf que depuis, en fait, je ne sais pas si c'est réglé, ce problème. Et en fait, le risque, c'est les fractures. Enfin, c'est de l'ostéoporose. Donc, je pense que du coup, ça a peut-être un lien aussi avec ça.

Loïc D'accord.

Annaëlle Donc, c'est un ensemble de choses. C'est aussi le surentraînement. Mais voilà, il faut peut-être que je règle un peu ce souci-là, quoi.

Loïc Bon. Ok. Ben, écoute, quelque part, peut-être le... ça met en lumière des sujets, enfin, des problèmes potentiels qui sont sortis à un moment donné. Et comme ça, là, maintenant, tu n'as plus le choix. Il faut que tu t'en occupes. Mais une fois que ce sera fait, ce sera derrière toi.

Annaëlle C'est clair.

Loïc Bon, pour finir sur une note peut-être plus, tu vois, positive. Oui. Est-ce que... Alors, j'avais lu ton... ta petite présentation sur le site de Meltonic, puisque tu es l'ambassadrice de Meltonic. Il y avait une question que je voulais te poser, mais bon, je vais te la poser quand même. C'était sur la course de tes rêves. Donc, ta réponse à ce moment-là, en tout cas dans l'article, c'est qu'il n'y en avait pas forcément une en particulier. Mais maintenant, je me dis que peut-être tu vois les choses un peu différemment avec ta blessure, les expériences supplémentaires que tu as eues depuis. Est-ce que... Est-ce que tu te projettes sur... Alors, peut-être pas une course, s'il n'y en a pas une que tu peux nommer, mais en tout cas sur le type de sensation ou tu vois, le type de finish que tu aimerais faire une fois que la blessure sera derrière toi ?

Annaëlle En fait, moi, j'ai envie de me lancer sur de l'ultra. Et donc, en fait, l'année prochaine, je vais passer le cap déjà des 100 kilomètres. Trop bien. Et après, par contre, je n'ai pas envie de... Je n'ai pas une course en particulier. Je pensais peut-être les temps plier parce que... Je ne vais pas dire que c'est plus roulant, mais par rapport à d'autres 100 kilomètres, c'est un peu moins technique. mais voilà, je ne veux pas faire non plus des 100 kilomètres trop... trop plats. Je ne sais pas trop. Je ne sais pas trop. Pas déjà le 175, mais au moins, au moins, passer le cap des 100. Et puis après, on verra parce que je me rends compte que c'est vraiment ça que j'aime, le long et plus... Et en fait, je pense qu'il y a de la blessure. On se dit vraiment, mais j'ai envie, j'ai vraiment envie de faire ça. Quand on est en manque de quelque chose, c'est là qu'on se rend compte qu'on a vraiment envie de le faire. Donc, je n'ai pas une course en particulier. Je ne sais pas trop.

Loïc Mais le long, en tout cas.

Annaëlle Mais le long, en tout cas.

Loïc Là, du coup, tu vas faire l'expérience de la nuit après une journée d'effort.

Annaëlle Voilà, exactement.

Loïc Trop bien. Ok, écoute, on arrive au bout. Un grand, grand merci à Naël. C'était génial d'en apprendre plus sur ton parcours. Merci à toi. Que tu nous dises avec beaucoup d'honnêteté la façon dont tu vis cette malheureuse blessure. Mais bon, avec l'état d'esprit que tu as, en tant que passif de ta vie de sportif, je suis sûr que ce sera vite derrière toi. Et puis, écoute, peut-être qu'on fera un nouvel épisode de débrief de ton premier 100 km et plus, alors.

Annaëlle Ah ouais, carrément. Ça va être épique, je pense. Yes.

Loïc Merci beaucoup, Naël.

Annaëlle Merci à toi. C'était sympa.

Loïc Très bonne convalescence. A bientôt.

Annaëlle Merci. A bientôt. Salut.

Loïc Merci d'avoir écouté l'épisode dans son intégralité. J'espère que vous avez pris autant de plaisir que ce que j'en ai eu à l'enregistrer. Si vous avez des feedbacks, vous pouvez me contacter sur le compte Instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par email à hello.lesfrappés.com Je fais mon maximum pour que vous viviez de super expériences audio avec mes invités. Chaque épisode demande beaucoup de temps et d'énergie. Si vous appréciez mon travail, la meilleure façon de me soutenir, c'est de partager cet épisode à au moins 3 personnes qui aiment se dépasser. Si vous écoutez le podcast sur Apple Podcast ou Spotify, prenez quelques secondes de votre temps maintenant pour m'y laisser une note 5 étoiles et un commentaire. Merci beaucoup pour votre fidélité. A la semaine prochaine pour un nouvel invité. Au revoir. Au revoir. Au revoir. Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada

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