Les Frappés Les Frappés
Saison 1 EP·049 Montagne #jeux olympiques #entrepreneuriat

19 octobre 2021

Apprendre à écouter ses émotions avec Julia Virat, guide de haute montagne et navigatrice

Durée · 1h50 · Transcription disponible

Julia

Le récit

Julia est guide de haute montagne et adepte de courses au large.

La montagne 🏔  et la mer 🌊, deux univers différents et pourtant qui se ressemblent. Exigeants, dangereux, superbes. Les plus belles histoires d'aventure s'y déroulent 🤩 comme les disparitions les plus tragiques 🥺. Ce sont des environnements hautement émotionnels, qui fascinent et attirent. Et pourtant l'image que l'on a du guide ou de la navigatrice est plutôt celle de professionnels de la technique, de débrouillards qui n'ont peur de rien et qui peuvent tout affronter.

Julia a mis longtemps avant de trouver SA façon d'exercer son métier et d'accepter d'être elle-même dans sa pratique de la montagne et de la mer. Il lui aura fallu une ascension de 11 jours en solo d'El Capitan, le mastodonte des Big Walls avec ses 1000m de hauteur au cœur du Parc du Yosemite aux US 🇺🇸, pour finalement accepter ce qui est aujourd'hui une évidence pour elle : Laisser la place à ses émotions est juste essentiel.

De ses débuts en snow jusqu'à son rêve de prendre un jour le départ de la Route du Rhum, Julia partage dans cet épisode son parcours, comme pour beaucoup semé d'embuches ⛔️ mais dont elle a su tirer des enseignements qui ont tout simplement changé sa vie. Parce qu'on ne contrôle pas le résultat de ses actions mais bien ce qu'on décide de mettre en place, Julia nous invite à la réflexion 💭 sur la valeur de la résilience et le pouvoir des rêves.

Un épisode absolument incroyable pour lequel j'ai pris énormément de plaisir à échanger avec une invitée d'une humilité et d'une authenticité exceptionnelles. Mille mercis à toi Julia 🙏🏼 et bon vent !

Un grand merci également à Marie-Laure Brunet pour la mise en relation.

🎙 Les épisodes de podcast auxquels nous avons fait référence sont :
Épisode #8 - Anthony Bourbon - CEO de Feed. et 200% déterminé
Épisode #20 - Marie Laure Brunet - Double Médaillée Olympique de Biathlon et passionnée des relations humaines

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Transcription

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Je me suis lancée dans l'escalade d'El Capitan, qui est donc la plus haute des parois de Zoliti, qui fait 1000 mètres. Donc c'est des murailles de granit qui sont raides voire déversantes. Donc c'est vraiment une ampleur... Ouais, c'est monumental. Là, je suis partie faire cette ascension en solitaire et j'avais calculé que je partais pendant 12 jours. Ce que j'aime bien dire, c'est que j'ai fait El Capitan en solitaire en pleurant.

Hello, hello ! C'est Loic Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination, en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnels ou encore des anciens des forces spéciales.

Leur point commun, la passion pour leur projet et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous les Frappés ! Bienvenue sur le podcast Julia ! Merci Loïc ! Je suis ravi de te recevoir. Merci beaucoup de nous avoir fait une petite place dans ton agenda super chargé pour partager un petit peu ce que tu fais. Je suis très très content. Et avant qu'on commence à parler de toi, je voulais quand même remercier Marie-Laure, Marie-Laure Brunet, qui m'a très gentiment, enfin qui nous a mis en relation, qui m'a dit écoute je connais une personne fabuleuse, c'est Julia, va lui parler. Je pense qu'elle cochera pas mal de cases pour les critères les frappés, entre guillemets.

Et c'est juste super quand des anciens invités nous mettent en relation, enfin me mettent en relation avec des nouveaux. Grand merci Marie-Laure si tu nous écoutes. Ben ouais, merci à Marie-Laure effectivement pour la mise en relation. Et puis à toi voilà, d'avoir contacté. Ça me fait hyper plaisir, comme j'écoutais ton podcast récemment sans te connaître, ça me fait hyper plaisir que tu m'aies appelé. J'ai trouvé que c'était une belle coïncidence. Génial ! Ben écoute, ce que je te propose, c'est peut-être de commencer par nous dire ce que tu fais ? Alors normalement, dans la vie, ce que je fais, c'est que je suis vitté en compagnie. Voilà, ça c'est mon métier, c'est ma passion, c'est l'histoire de ces 20 dernières années.

Et là en ce moment, cette année, je suis à Saint-Malo pour un projet de course au large à la voile. Donc un peu rien à voir. Donc j'ai quitté les montagnes pour cette saison et donc je m'entraîne à naviguer pour prendre le départ de la course en novembre en double. Excellent, excellent. Moi c'est quelque chose qui m'a tout de suite interpellé quand je suis allé faire un tour sur ton site, julia-guide.com. C'est vraiment ce mariage mer et montagne et je voulais peut-être commencer par ça si ça te va. C'est quelque chose que je retrouve assez souvent auprès de navigateurs ou d'alpinistes, cette fascination pour ces deux univers qui sont différents, je ne sais pas d'ailleurs, c'est ma question.

Qu'est-ce qui fait, tu penses que tu as eu cette fascination qui est venue un peu plus tard, mais quand même qui est venue pour la mer ? Il y a beaucoup de choses. Moi je trouve que c'est quand même deux univers qui sont vachement proches, en tout cas dans le positionnement qu'on a par rapport à ces univers, dans la place que l'homme il a dans une nature aussi forte, aussi impressionnante. Du coup, je n'étais pas du tout partie pour avoir un bout de vie près de la mer, je n'avais jamais pratiqué de sport nautique. Donc c'était mal barré, mais pourtant dès que j'ai découvert ça, je me suis sentie aussi bien qu'en montagne, enfin disons positionnée exactement de la même manière par rapport au milieu, avec moins d'expérience, tout à apprendre, etc. Mais par contre, il y a eu une espèce d'évidence, et je crois que je ne suis pas très originale,

qu'effectivement il y a beaucoup de marins qui retrouvent ça en montagne et vice-versa. Et pour essayer de te l'expliquer, je dirais, moi ce que j'aime, c'est que déjà on est commandé, régi par les éléments eux-mêmes. C'est-à-dire que t'as beau penser être quelqu'un, en fait au final ce sera jamais toi qui décideras, tu vas t'adapter au milieu. Et du coup, ce qu'on cherche à faire, c'est juste à s'adapter à ça, essayer d'être humble, et puis un peu méthodique pour y passer du bon temps et gérer la sécurité. Mais grosso modo, moi j'aime dans les deux univers cette espèce de présence qui est hyper forte et qui te met à un niveau égal, peu importe qui tu es, d'où tu viens.

Donc ça, ça se retrouve vraiment tout de suite dans les deux univers. Et puis après, j'ai l'impression que l'exercice qui me plaît dans les deux, c'est le fait d'avoir beaucoup d'éléments à analyser, à comprendre, à apprendre et ensuite à hiérarchiser pour prendre des décisions qui vont faire que d'une part tu vas être en sécurité, d'autre part tu vas aller rechercher de l'efficacité, voire de la performance. Et donc en fait, ça crée comme un espèce d'arbre décisionnel, un truc vachement complexe qui peut te faire rentrer vachement de paramètres. Et cette façon de fonctionner, alors je trouve que c'est exactement la même dans les deux univers. Donc c'est peut-être aussi pour ça que c'est plus facile de retranscrire quand tu as développé cet arbre décisionnel dans un des deux domaines,

de le retranscrire à l'autre, plutôt que de partir de zéro quand tu arrives d'univers où ça n'a rien à voir. Donc ça, c'est vraiment une petite gymnastique mentale qui, moi, me plaît énormément, qui est ce que j'aime en montagne, et du coup que j'ai retrouvé immédiatement en mer. Donc voilà, maintenant le chemin que j'ai à faire, c'est d'apprendre tout le contenu pour mettre et puis de prendre l'expérience pour remplir, pour étoffer un peu cet arbre-là. Mais par contre, la gymnastique, je me sens à l'aise avec ça. C'est mon ADN, c'est vraiment ce que j'aime. Ah, c'est super intéressant. Cet aspect, tu dirais que l'aspect technique également est important pour toi ? Parce qu'il y a la notion de sécurité, mais l'aspect, justement, dans l'arbre décisionnel, la façon dont je le vois, moi, de l'extérieur, c'est aussi que tu as un certain nombre d'éléments

à maîtriser techniquement pour pouvoir t'aider, justement, à prendre ces décisions. Oui, et puis pour moi, le côté technique, c'est qu'une des branches de l'arbre. C'est-à-dire qu'on en parlera plus tard, mais moi, je forme beaucoup en alpinisme des équipes. On en parlera après. Et grosso modo, ce que j'enseigne, c'est de dire qu'il n'y a pas de niveau attendu. On peut avoir n'importe quel niveau. En fait, l'important, c'est de se faire plaisir et d'être en sécurité. Et du coup, ce qu'on met sur cette branche-là, c'est de la conscience de son propre niveau. C'est-à-dire, voilà où j'en suis. Voilà ce que ça me permet de faire et voilà ce que ça ne me permet pas de faire. Et je tiens juste compte de ça pour prendre la décision par rapport à l'avancée du projet,

de l'objectif, de la journée, peu importe. Et donc, le côté technique, tu le fais évoluer au fur et à mesure de ta pratique, de ta vie. Mais tu prends toujours les mêmes décisions. Donc, par exemple, pour illustrer ça, moi, des fois, je sais que j'ai une limite technique à quelque chose. Ce n'est pas grave. C'est juste que j'en tiens compte pour ne pas faire ça ou alors prendre un choix qui va m'offrir plus de plan B et C parce que mon niveau technique risque de me ralentir. Ou typiquement, en voile, ça va être si une manœuvre, je ne suis pas capable de la faire assez vite. À ce moment-là, je vais peut-être privilégier de ne pas faire cette manœuvre alors qu'elle serait bénéfique pour quelques minutes. et moi, je vais plutôt privilégier le fait de ne pas faire d'erreur parce que je n'ai pas encore la marge technique

et d'être un peu moins efficace, mais de ne pas aller à l'erreur. Donc, voilà, c'est un peu ça. Moi, je trouve l'enjeu de connaître son niveau technique et d'en tenir compte. Mais après, heureusement, tout le monde peut faire, peu importe le niveau qu'on a, peut faire des activités comme de l'alpinisme ou des activités sur l'eau. C'est ça qui est génial. Il faut juste être conscient, en fait, de là où on en est. Et du coup, c'est ça qui est génial. C'est que tu peux... Moi, j'ai l'impression d'avoir passé ma vie à ça. Je me vis toujours comme quelqu'un de vraiment pas très fort. Par contre, je me dis que je suis une petite maligne parce que j'arrive à exploiter le maximum de tous les paramètres.

Des fois, je me dis que tu es vraiment une impostrice, mais en fait, non, c'est juste que je suis vachement consciente des différents paramètres et de mes limites. Voilà comment je vois les choses. Tu dirais que... Qu'est-ce que tu as amené du coup de l'univers de l'alpinisme où tu as passé, tu le disais, 20 ans ? Tu as fait 20 ans d'alpinisme avant d'arriver dans la voile ou ça fait 20 ans que tu fais de l'alpinisme et la voile a commencé il y a quelques temps ? Je dirais... Ouais, c'est ça. J'ai fait 20 ans d'alpinisme avant de switcher. Mais sachant que je me suis mis à la voile et j'ai tout de suite pris un gros tournant ou ouvert une grosse parenthèse.

Donc, je viens de commencer, quoi, pour vous dire. C'est très récent. Voilà, on va dire, j'ai passé 20 ans en montagne, un peu tout sport confondu, à faire que ça, que ça. Et qu'est-ce que m'a apporté le... Qu'est-ce que j'apporte de la montagne vers cet univers-là ? Pour l'instant, je suis encore en découverte de comment le milieu, il fonctionne. Je me fais encore surprendre par des gens, par des situations, par des fonctionnements un peu inhérents au milieu.

Donc, ma réponse, elle sera évolutive. Tu me la redemandes. Tu me reposes la question dans un an, je te dirai autre chose. Aujourd'hui, je me dis... Moi, je pense que ce que j'apporte, moi, dans ce milieu-là avec moi, c'est une grande rigueur. Parce que je pense qu'en haute montagne et encore plus quand t'es guide et que t'as la responsabilité de Jean sur ta cordée, une erreur, elle peut être fatale et elle va t'être reprochée. Donc, en fait, on a toujours un énorme degré d'anticipation sur toutes les erreurs qui peuvent arriver. Alors, de manière humaine, c'est-à-dire que c'est faillible. Il y a aussi des accidents. Mais on essaye d'avoir toujours un, deux, trois trains d'avance et d'avoir toujours un, deux, trois plans de secours

à toutes les situations tout le temps. Et ça, sur les toutes petites situations de chaque minute, mais aussi sur des trucs plus empiriques pour la journée, pour la saison, pour ta carrière. Enfin, on est toujours à vraiment... Je pense qu'un bon guide, un bon montagnard, c'est quelqu'un qui anticipe énormément. Et du coup, c'est ce qui me surprend un petit peu dans le milieu de la mer, c'est qu'ils sont face à un univers qui est très changeant aussi, mais comme celui de la montagne, j'ai envie de dire. Et ils fonctionnent beaucoup plus en dernière minute. Ils s'adaptent toujours en dernière minute, mais du coup, ils sont beaucoup moins dans l'anticipation. Alors, je dis ni pour ni contre, mais par contre, ce qui est sûr, c'est que moi, je n'ai pas ce fonctionnement-là naturellement

et même dans tout ce que j'ai appris en montagne. Et donc, je pense que ça reste quand même une qualité pour la montagnarde que je suis, c'est d'être extrêmement rigoureuse. Je ne laisse rien passer au hasard parce que je suis habituée à ce que ce soit grave si je le fais. Donc, je ne le fais pas. Je ne laisse pas de hasard dans tout ce que je prends. C'est super intéressant ce constat que tu fais avec ton oeil de montagnarde sur l'univers de la voile. Tu penses que ça vient d'où cette différence de la façon dont les voileux abordent leur discipline ? Moi, j'ai l'impression qu'il y a quelque chose. Alors, c'est des réflexions que j'ai en ce moment. Ce n'est pas du tout abouti. C'est juste des pistes

auxquelles je réfléchis en ce moment. J'ai l'impression que les budgets, en fait, qui sont inhérents au monde de la course au large, ils sont prêts au bout. C'est-à-dire qu'un projet de course au large, il ne marche qu'avec des énormes budgets. Donc, ça veut dire des sponsors ou des mécènes et qui sont reconduits ou pas. Et donc, en fait, les marins sont toujours à la recherche de partenaires. Et des fois, ça marche. Des fois, ça ne marche pas. Et donc, en fonction de si ça marche ou pas, ça change complètement leur programme. Donc, des fois, quelques mois avant une course, ils ne savent pas s'ils vont pouvoir la faire. Ils ne savent pas si l'année d'après, ils vont pouvoir continuer

à faire ça. Ils ne savent pas s'ils vont pouvoir se rémunérer. Donc, il y a quand même une énorme incertitude qui est liée au budget. Et par contre, du moment où ils signent un contrat, d'un coup, il faut être capable que tout soit déjà mis en place, en fait. Donc, c'est marrant, il y a une énorme anticipation parce qu'ils gèrent des projets d'une énorme ampleur. Donc, ils sont obligés d'avoir énormément d'éléments sous contrôle. Et à la fois, ils sont obligés d'accepter que tout puisse se construire ou pas, se casser la gueule. Et du coup, j'ai l'impression que ça, c'est une partie des raisons pour lesquelles ça fonctionne beaucoup plus en dernière minute.

Parce que c'est vrai qu'ils me disent, à chaque fois que j'évoque ça avec mes amis marins, ils me disent toujours bah oui, mais le milieu évolue et ça me satisfait moyennement parce que je me dis nous en montagne, c'est pareil, tu vois, les conditions avalancheuses, la météo, tous ces trucs-là, en fait, c'est pareil, on a les mêmes aléas qu'eux avec le vent, quoi. Donc, je ne suis pas sûre que ça puisse être que ça, le fait qu'ils soient plus dans la réaction que l'anticipation. Mais bon, encore une fois, je fais des grandes généralités et je suis sûre qu'il y a plein d'exceptions mais c'est vrai que la moyenne est un peu différente des montagnes.

Alors peut-être pour revenir du coup sur ce premier amour qui a été la montagne,

comment est-ce que tu es tombé dedans entre guillemets et qu'est-ce qui t'a fait dire à un moment donné, ce sera guide et guide avec un aspect formation in fine. Ah ouais, alors là, l'histoire est du coup un peu longue. Je ne sais pas comment je résume ça. Il faut imaginer que moi, j'étais le genre d'enfant et d'ado qui ne faisaient pas de sport. Ok. J'aimais pas ça, ça ne m'intéressait pas, j'arrivais toujours à être plus ou moins dispensée, tirer le poids en haut, toujours.

C'était ce genre-là, une vraie fille qui ne voulait pas du tout faire de sport. Alors dans ma famille, il y avait un peu de... Il y avait quand même un esprit un peu montagne parce que mes grands-parents avaient un chalet à la montagne, un chalet de vacances où moi, j'allais passer des vacances tous les étés depuis ma naissance où je retrouvais les cousins où on allait faire des balades. Il y avait quand même un peu cette culture montagne et puis je pense que dans ma famille, du coup, il y avait aussi un peu le rêve de la haute montagne où ils avaient fait quelques courses avec guide. Je parle de ça, c'est mes oncles, mon grand-père. Il y avait eu quand même des petites incursions en haute montagne qui faisaient briller les yeux de toute la famille et ça, je pense que je l'ai, malgré moi,

je l'avais intégré. Donc ça, d'une part, mes parents pratiquaient, pratiquent toujours d'ailleurs un peu l'alpinisme, l'escalade, le ski de randonnée.

Mais moi, j'étais en révolte complète avec ça, hors de question de m'y faire mettre un pied.

J'ai une petite pensée pour tous mes profs d'EPS qui ne pourraient pas me reconnaître. J'ai pas dû retenir mon nom, j'ai pas dû les marquer.

Et donc, voilà à quoi je ressemblais. Et à l'adolescence, du coup, un peu avec cet esprit dissident, je me suis mise au snowboard. Le snowboard, ce n'était pas vraiment du sport, c'était plutôt cool, c'était une manière d'être un peu rebelle, un peu différent. Je me suis trouvé quelques amis qui étaient là-dedans et puis du coup, j'avais les posters, j'avais les photos collées dans la journée. Enfin, voilà, c'était à fond de snowboard. Et puis, ça, c'était à l'époque du lycée. Donc, je commençais à en faire vraiment beaucoup.

Et là, tu vivais en station à cette époque ? Non, j'avais pas mal déménagé toute ma vie, donc, j'étais pas nécessairement très montagne, mais par contre, mes parents habitaient vers Grenoble à ce moment-là. Donc, du coup, j'étais, voilà, pas en station, mais il y avait possibilité d'y aller quand même sur les week-ends ou les mercredis.

Et puis, du coup, ma scolarité, c'était particulier, j'avais pas de plaisir et puis, je me projetais pas du tout et c'était un système qui m'allait pas du tout. Donc, en fait, quand j'ai eu le bac un petit peu jeune, j'ai décidé de partir à la montagne pour faire du snowboard. Donc, j'avais pas beaucoup plus de plans que ça. Je me suis juste dit, non, les études, j'ai attaqué la fac, j'ai fait un semestre et puis après, là, il y a eu un mois après les partiels où la neige est tombée, je suis partie en station travailler et puis, en fait, je suis jamais redescendue.

Donc,

voilà comment j'ai débarqué en montagne avec aucun autre plan. d'avenir que de faire du snowboard et puis, vu que j'allais pas demander à qui que ce soit d'assumer ça à ma place, j'ai trouvé un petit boulot. Alors, j'étais encore mineure, donc c'était pas simple mais j'étais motivée, donc pas de souci. J'ai trouvé un petit boulot en saison,

j'ai fait du snowboard et les premières années, du coup, je bossais pas mal l'hiver en station et puis l'été, je partais dans l'hémisphère sud faire du snowboard. Donc, c'est l'hiver inversé. Donc, en fait, pendant 2-3 ans, je me suis gavée,

je sais pas, je pense que j'avais un rêve soit d'en vivre par le biais de la compétition parce que j'avais fait un peu de compète, soit peut-être de pouvoir l'enseigner mais le problème, c'est qu'en France, il faut passer le diplôme en ski pour pouvoir enseigner en snowboard et moi, j'avais pas assez de ski, j'avais pas le niveau pour avoir le brevet en ski donc c'était impossible d'enseigner et puis du coup, le côté compète et snowboardeur professionnel, au bout de quelques années, je me suis rendu compte que je sais pas que ce serait compliqué, j'ai perdu un peu l'espoir à ce niveau-là et puis, les étés dans l'hémisphère sud qui étaient des hivers là-bas, j'en ai fait quelques-uns et puis au bout d'un moment, mes copains snowboardeurs avec qui j'en faisais pas mal l'hiver en France, eux, l'été, ils restaient dans les Alpes et puis ils faisaient le métier d'accompagnateur en montagne où je me suis dit bah, je vais faire ça un peu comme eux, enfin voilà, j'avais la caisse vu que je faisais pas mal de randos en snowboard, j'étais sportive, ils m'ont dit ouais, vas-y, fais ça, donc j'ai fait ça mais par hasard, vraiment, j'ai vu de la lumière, j'ai passé le diplôme d'accompagnateur et puis du coup, c'était pas mal parce que c'était un moment où mes rêves dans le snowboard, ils s'essoufflaient un petit peu et puis du coup, ça permettait de sortir des boulots de saison, moi, j'ai pas mal bossé en restauration, en hôtellerie, voilà, c'était chouette mais j'aurais peut-être pas fait une carrière là-dedans non plus donc l'accompagnateur, ça m'a permis d'avoir un peu, de m'aérer un petit peu de ça et en fait, c'était génial, j'ai découvert un métier que par hasard mais qui m'a énormément plu donc j'ai travaillé pendant 10 ans comme accompagnatrice et c'était super chouette parce que j'emmenais les gens faire de la randonnée donc du coup, moi, je passais ma journée à papoter avec des gens alors vu que je suis une grande bavarde et que j'adore le bien humain, du coup, c'était génial et en plus, le support était chouette quoi, enfin tu vois, t'es au soleil, dans des beaux paysages, avoir des animaux, des fleurs, enfin c'est le paradis quoi, donc du coup, je me régalais vraiment

et... Tu peux peut-être nous expliquer la différence entre guide de haute montagne et accompagnateur en moyenne montagne ? Ouais, bien sûr, alors en fait, en gros, c'est une différence de moyens utilisés donc de technicité c'est-à-dire que l'accompagnateur en montagne il va faire la randonnée à pied et en raquette et le guide, il va faire tout ce qui est plus technique donc avec des crampons, des piolets, des cordes, donc la marche sur glacier, l'escalade, l'alpinisme, le ski de randonnée, le ski hors piste et du coup, c'est pas vraiment une question d'altitude parce qu'un accompagnateur peut faire de la randonnée à pied à 5000 mètres en Himalaya par exemple et un guide peut faire de l'alpinisme au niveau de la mer dans des massifs

un peu extrêmes. C'est plutôt les moyens utilisés. Pour ce mot, le guide, c'est technique et l'accompagnateur, c'est plutôt randonné. Voilà. Sachant qu'après, du coup, dans les faits, un accompagnateur va emmener des groupes de 12 à 15 personnes alors qu'un guide travaille classiquement avec un ou deux clients et jusqu'à 4 ou 6 sur des disciplines qui le permettent comme par exemple le ski hors piste ou la randonnée glaciaire qui sont moins techniques. Mais du coup, on a un lien beaucoup plus intime ou beaucoup moins dilué que celui qu'on a quand on emmène un groupe de 15 personnes. Donc, l'accompagnateur, il va avoir beaucoup plus un rôle social et de transmission de connaissances,

etc. Alors que le guide peut avoir ça mais il a surtout un rôle de technicien et d'expert du milieu dangereux de la haute montagne. C'est plus ça. OK. Parce que j'avais regardé à une époque le parcours pour devenir... AMM, c'est ça l'abréviation accompagnateur de montagne. Et c'est vrai que je me rappelle qu'il y avait une notion quand même hyper importante de connaissance sur le territoire. Si je ne me trompe pas, il fallait... En fait, tu candidatais pour devenir AMM et tu passais un examen où il y avait des questions liées à un territoire. en particulier, par exemple, je ne sais pas, les Préalpes ou... Pas forcément un lieu géographique en particulier mais par contre, c'est vrai que tu es questionné sur tes connaissances en géologie, en faune, en flore,

en patrimoine. Voilà. Donc, tu as des prérequis pour pouvoir entrer en formation et ensuite, c'est le gros de la formation, c'est là-dessus. C'est sur tes compétences à connaître et transmettre toutes ces choses-là. Sachant qu'après, tu peux te spécialiser donc tu as des accompagnateurs qui vont faire que d'un thème, d'autres qui vont être plus généralistes. Mais ouais, c'est plus un métier de transmission et de partage de ces connaissances-là. Là où le guide, il va être plus sur la technique. Super. OK. Bon, c'est beaucoup plus clair. Donc, AMM, enfin, accompagnatrice pendant 10 ans, tu disais. Pendant 10 ans. Voilà, c'est ça.

Donc, en fait, pendant ces 10 ans-là, bon, le snowboard, ça a commencé à être évolu dans ma tête. Voilà, j'avais saturé et puis du coup, j'ai découvert l'alpinisme. Alors, j'avais quand même fait pas mal de snowboard en pente-rêpes donc j'avais déjà une notion de la verticalité, de l'engagement, etc. Mais donc, j'ai découvert l'alpinisme au sens plus escalade, les glaciers, enfin, tout cet univers-là. Donc, forcément, vu que je gagnais un peu de temps et d'énergie à ne plus faire de snowboard, j'ai tout mis dans l'alpinisme.

Accompagnateur, c'était mon métier, c'était pas ma passion, mes loisirs, etc. Donc, en fait, tout mon temps libre, il passait dans l'alpinisme. ça a commencé par la cascade de glace un peu par hasard parce que j'ai commencé l'hiver et puis après, j'ai découvert tout le reste et je suis devenue complètement barjo à vouloir faire tout comme ça.

Donc, du coup, pendant que je faisais mes saisons d'accompagnateur l'été, à travailler six jours sur sept, le septième jour, j'allais faire de l'alpinisme. Dès que je finissais la saison, je partais deux mois en voyage faire de l'alpinisme ou de l'escalade ou un truc. Je revenais l'hiver, je bossais encore en restauration mais tous mes congés, je faisais du ski ou de la cascade de glace. J'avais négocié avec mon patron mes horaires pour pouvoir aller faire du ski de randonneau le matin

et puis, j'imagine que tu l'as toujours aujourd'hui vu ce que tu fais mais punaise, ok. Voilà, donc c'était vraiment, il n'y avait que ça qui tournait dans ma tête. Et puis, du coup,

à ce moment-là, je n'avais pas encore l'idée de faire guide parce que j'étais vraiment persuadée que c'était réservé aux autres, que ce n'était pas du tout accessible, que jamais j'aurais le niveau, que ce n'était même pas de la pudeur à l'assumer. C'était vraiment que je n'y croyais pas du tout quand on me disait ça. Enfin, tu feras guide un jour, j'ai éclaté de rire, je dis non, non, moi, impossible. Donc, j'ai pratiqué comme ça pour moi un moment et puis, j'ai eu envie de faire partie d'une équipe dont j'avais entendu parler qui est l'équipe nationale féminine d'alpinisme qui est une équipe formée par la FFME, une des deux fédérations françaises d'alpinisme et donc, c'est un cursus où les jeunes sont sélectionnés pour deux, trois ans et elles sont formées par des guides et puis, elles partent un peu aux quatre coins d'Europe plus du monde pour progresser sur tous les terrains et à la fin, il y a une expédition qui clôture le cursus et donc, je me suis entraînée pour ça, j'ai intégré cette équipe voilà, pour trois ans et donc, ça m'a permis d'avoir une pratique entre femmes et ça, c'était très nouveau en fait, moi, je n'avais pas connu ça avant et ça, ça a changé ma vie clairement parce que le rapport est hyper différent donc, le rapport entre nous et puis du coup, le rapport de moi avec moi-même et bien, il a changé je pense que donc, moi, je blâme personne vraiment, je pense que c'est culturel, sociétal, c'est dans nos jeunes, j'en sais rien mais grosso modo, les femmes, moi, j'ai l'impression que de manière générale, elles ont du mal à se faire confiance et moi, j'étais vraiment complètement là-dedans et les hommes ont un côté un peu protecteur de manière générale et donc, ce qui fait que la situation classique, c'est, t'es en montagne, une corde est mix avec un homme et une femme, si la femme, c'est son tour de grimper en tête, elle regarde la longueur à grimper et puis elle dit oh là là, ça a l'air dur, j'ai peur, je sais pas si je vais y arriver, c'est un schéma mais ça marche assez souvent, l'homme très, de manière très sympa va lui dire si tu veux, j'y vais et la femme va lui répondre ouais, ok et du coup, je blâme personne dans les deux mais le résultat au final, c'est que les femmes ont tendance à se mettre en retrait parce qu'elles ont peur de ne pas être assez rapide, de mal faire, d'échouer, de ralentir la cordée et les hommes veulent pas pousser les femmes trop loin parce que quand on leur dit qu'on a peur, ils disent si elle a peur, c'est qu'elle a pas le niveau alors qu'en fait, c'est des choses très différentes et du coup, entre femmes, moi j'ai trouvé que c'était très différent et tu te dis cette longueur a l'air dure, j'ai peur, je sais pas si je vais y arriver, l'autre te dit mais si, t'as fait vachement plus dur, t'inquiète pas, attends, tiens, je te donne à manger et puis vas-y, de toute manière, c'est ton tour et puis vraiment, si t'y arrives pas, on trouvera une solution et bon, hop, ça te rebooste un peu et puis t'y vas et en fait, tu l'as fait la longueur et ce lien-là, en fait, il a été vraiment bon pour moi, ça m'a vraiment poussé à un autre niveau

que ce que j'avais avant. Juste le fait de me positionner différemment, d'accepter que même quand t'es dans l'inconfort que t'as peur et que tu doutes, en fait, tu peux y arriver et voilà, t'es pas obligé de te mettre en retrait ou en tout cas, même quand t'en a très envie, l'autre, elle te laisse pas faire parce qu'elle a pas du tout envie d'y aller.

Donc voilà, donc en fait, cette équipe, ça m'a permis d'avoir cette pratique-là avec d'autres femmes et puis notamment de faire les 400 coups avec ma copine de l'époque que j'avais rencontrée dans l'équipe qui était archi motivée aussi. Marilyn, si tu nous entends, je me rappelle bien toutes ces belles années et donc là, on a enchaîné, enchaîné, enchaîné les courses, on s'est gavés quoi. C'était trop bon. Alors voilà, on a fait toutes les grandes classiques, beaucoup des écrins parce que moi, j'étais dans les écrins à cette époque-là. Donc toutes les classiques des écrins, tous les week-ends, on était en montagne. Alors moi, j'avais un système, c'est que je bossais six jours sur sept en rando et j'avais une copine qui pouvait me remplacer

un jour. Donc je pouvais avoir finalement deux jours de congé avec ma copine qui me remplaçait en rando. Donc j'avais trois jours de congé. Donc normalement, tu fais une journée, tu montes en refuge et le lendemain, tu fais la grande course. Sauf que moi, dans ma tête, je me disais, ouais, mais alors si je fais ça, je n'ai plus jamais de repos quoi. Tu vois, je faisais cinq jours de rando, deux jours d'alpinisme et j'enchaînais cinq jours de rando, deux jours d'alpinisme. Donc je disais à ma copine, j'ai dit, on n'a pas le choix, il faut tout faire à la journée, comme ça, on a un jour de repos après.

Et du coup, elle a été sympa, elle a accepté. Donc en fait, on faisait toutes nos courses, on les faisait à la journée au lieu de les faire sur deux jours quoi,

Tu dirais que c'est quoi qui fait que tu as accroché à ce point ? J'ai presque l'impression, enfin là, c'est très négatif comme connotation, mais après, tu vois cette boulimie qui s'est installée de course, de faire un max de montagne, un max de montagne. Qu'est-ce qui fait que tu as accroché à ce point aussi vite et aussi fort ?

Ouais, c'est une bonne question. Je pense que ça tient beaucoup à mon tempérament. Donc moi, j'aime bien relever des défis, en tout cas dépasser l'idée que j'ai de ce qui est possible pour moi. Je me limite vachement, j'ai des croyances hyper limitantes sur qui je suis, ce que je peux faire et comme beaucoup de gens, c'est pas très original et moi, j'adore bousculer ça et m'empêcher d'être conditionnée par ça.

Et puis du coup, moi, je trouve aussi qu'en montagne, c'est un terrain de création parce qu'en fait, il n'y a pas une manière de faire, il y en a mille et du coup, tu vois, cette petite anecdote de dire, tiens, nous, on fait les courses à la journée au lieu de les faire sur deux jours, on terminait dans un sale état. Ce n'était pas glorieux à la fin, on boitait entre la voiture tellement qu'on s'était mis des chantiers. Mais par contre, tu te dis, ok, c'est un style, c'est ton style, c'est la manière dont tu aimes faire les choses et en fait, il y a de la place pour toutes les manières de faire en montagne. Donc, je trouve que c'est un terrain de beaucoup de liberté, de créativité et où tu peux te permettre d'aller vers quelque chose qui te correspond

et te fait grandir toi. Et puis après, c'est vrai que c'est beau. Tu vois, ça reste, je pense qu'on oublie de le rappeler mais en fait, la beauté, ça fait du bien. Ça fait vraiment du bien de voir des beaux paysages, des belles choses. Je pense que les gens qui aiment l'art, ils ressentent ça aussi. C'est qu'en fait, on se nourrit et ça rend heureux de voir du beau et honnêtement, t'arrives en haut d'un sommet, ça doit être le millième. C'est toujours aussi beau. Et tous ces moments-là, tu les emmagasines et tu le transformes en bonheur, en des petits bonheurs mais t'en mets plein d'affilés et t'as envie d'en mettre encore et encore et encore.

Tu me fais penser à, tu vois, quand tu parles de beauté, c'est marrant, c'est une réflexion que je me suis faite cet été. Donc cet été, j'ai fait un peu de voile et on a fait une traversée sur 24 heures.

Et donc, à un moment donné, dans la nuit, je suis sorti et il y avait des manips à faire, machin. Et en fait,

en mer, c'est tout bête mais il y a zéro pollution lumineuse parce qu'on était vraiment au large. Donc tu vois, la voie lactée. Et bon, ce qui moi me fascine à chaque fois.

Et en fait, dans le même été, j'ai eu une autre occasion de rester pendant, je pense, je restais quasiment deux heures allongé par terre en train de regarder la voie lactée. C'était en rando, tu vois, près d'un sommet. et c'est vrai que dans les deux cas, tu dis, mais en fait, c'est fou, mais on a ces environnements qui sont entre guillemets à portée de main dans lesquels, dans lesquels, tu vois, c'est relativement facile d'évoluer. Il n'y a pas besoin de, je ne sais pas, prendre un avion ou c'est à proximité de chez nous. Et on a accès à des, enfin, la voie lactée, tu ne peux pas la voir si tu es en ville. C'est impossible. À partir du moment où tu as une moindre, une petite pollution lumineuse, c'est pas possible de le voir,

tu vois. Et du coup, je suis complètement d'accord avec toi sur le fait que parfois, on l'oublie, mais en fait, il y a des trucs absolument incroyables qui sont vraiment à portée de main, accessibles à n'importe qui. Mais voilà, il faut marcher un petit peu ou tu vois, aller faire un petit peu de voile pour y avoir accès. Et c'est peut-être d'ailleurs le parallèle que je ferai entre mer et montagne. Tu vois, je te demandais en intro, mais pour moi, c'est ça aussi. Comme tu viens de le dire, tu vois, c'est le fait d'accéder à une nature préservée, à des trucs qui sont juste beaux quoi.

et il n'y a rien d'autre autour. Puis ce qui est marrant, tu as vu, c'est qu'on ne se lasse pas. Moi, souvent, les gens, ils me disent, on dirait que c'est ton premier sommet. Tu vois, je fais toujours beaucoup trop de photos et j'arrive en haut et je m'exclame comme une gamine. Ah là là, tu vois, les gens me disent, mais tu ne te lasses pas. Je dis, ah mais non. Et je pense que on ne peut pas se lasser de, comme tu dis, de ce million d'étoiles que tu as au-dessus de la tête. Ça reste toujours aussi incroyable. Enfin, en tout cas, moi, chaque lever de soleil, chaque coucher de soleil me fait le même effet. J'ai 40 000 photos dans mon téléphone. Je pense que la moitié, c'est des levées

des coucher de soleil. Pourtant, c'est toujours orange. Mais à chaque fois, je me dis, il est tellement incroyable que je vais lui faire 50 photos à celui-là.

C'est quand même, c'est chouette d'avoir ce truc illimité de plaisir. d'avoir le luxe de prendre le temps dans ces moments-là aussi pour en profiter. Oui, alors là, j'ai l'impression qu'on a plus le temps en mer parce que tu as quand même plus de moments où il y a moins d'actions à avoir et où tu peux te permettre effectivement de contempler. ça doit dépendre des conditions. C'est sûr qu'en pleine tempête, tu ne vas pas trop contempler. mais en montagne, on est absolument tout le temps en mouvement. En mer, c'est le bateau qui est en mouvement. Donc des fois, si le bateau, le mouvement est bien géré, toi, tu peux être un petit peu un peu plus au ralenti. Alors qu'en montagne, le ralenti, on n'y a pas droit parce qu'on ne sait jamais

comment ça va tourner. Donc on est toujours à essayer de gagner du temps au cas où on doit en perdre après. Du coup, j'ai l'impression que c'est même encore plus fort en mer, ces temps d'observation où tout s'arrête. En montagne, c'est plus quand tu arrives au sommet, tu t'accordes un quart d'heure, une demi-heure, mais tu as toujours l'œil sur la montre qui te dit qu'il ne faut pas traîner. Oui. Oui, et puis en mer, des fois, les temps de pose, ils sont imposés aussi. Si tu as des tolles absolues, tu n'as pas le choix, en fait, il n'y a rien à faire.

Ce ne sont pas les moments les plus reposants parce qu'en fait, tu es comme un dingue à essayer de faire à peu près avancer le bateau, à tenir la vente, tu n'arrives pas à tenir. Donc finalement, ce n'est pas le plus reposant quand il n'y a pas du tout de vent. Ce n'est pas là où tu es le plus détendu. Oui, j'ai beaucoup moins d'expérience que toi. Je veux bien te croire sur le fait que si tu es en régate et tu as essayé de trouver du vent, tu vas avoir autre chose à faire que regarder les poissons qui passent autour du bateau. Mais bon.

Pardon, vas-y. Non, je pensais, quand tu parlais des étoiles en mer, je me dis, là, le dernier, c'était quoi ? Vers le 12-13 août, on finissait la course en double qu'on a faite cette année pour qualifier notre équipage pour la Jacques Vabre. Donc, on finissait une course qui a duré cinq jours et c'était vers le 12-13 août, la une des nuits des étoiles filantes. Je ne sais pas s'il y a une date précise ou si c'est une période, mais bon, bref, on est arrivé à 5 heures du mat, on a passé la ligne d'arrivée et toute la nuit qui a précédé,

même le temps de regarder le ciel et il pleuvait des étoiles filantes toute la nuit et donc moi, je passais mon temps à me dire, tiens, je regarde d'un côté et là, je dis, je veux voir une étoile filante et paf, il y avait une étoile filante. Je mettais la tête de l'autre côté, là, je veux en voir une et paf, il y en avait une, c'était génial. C'est à la demande. C'est le week-end où j'étais en montagne, justement. Ah oui, c'est incroyable. C'est clair que c'était incroyable. La question que je me pose, c'est parce que tu nous t'expliquais que tu faisais, bah, tu faisais toutes ces sorties, toutes ces courses quand même relativement techniques et très engagées en montagne alors que tu n'étais pas encore guide et que tu avais cette espèce de croyance qui te faisait penser

que tu ne pouvais pas le devenir. Qu'est-ce qui fait que là, quand tu as basculé sur l'univers de la mer, bah, moi, j'ai l'impression que ces croyances, elles ne les sont pas parce qu'en réalité, quand je vois le niveau des courses que tu fais, l'engagement, la technicité de ce que tu ambitionnes de faire dans peu de temps, moi, je n'ai pas l'impression avec mon œil extérieur, tu vois, que tu t'es freiné ou que il y a eu cette notion de, tu vois, je me limite. Ouais, c'est assez marrant ce que tu dis, c'est intéressant, c'est quelque chose chez moi qui surprend souvent les gens quand je dis que je n'ai pas confiance en moi, les gens ne me croient pas parce que, peut-être parce que j'ai une carapace, peut-être parce que j'ai fait des gros trucs, je ne sais pas ou alors après, voilà, dans le secret de mes pensées, de mon intimité ou de mon chez-moi, c'est un peu différent, mais tu as raison, tu as quand même raison sur le fait que j'ai beaucoup moins d'appréhension à arriver dans le milieu de la mer, de la course au large, on va dire, je pense que j'ai été, je me suis fait des très beaux cadeaux dans ma vie, notamment en passant le diplôme de guide et puis aussi une grosse ascension en solitaire qui a marqué ma vie dans le sens où c'est des choses qui officiellement, pour moi, ont marqué un certain niveau,

qui me forcent. Quand je doute, je suis obligée de me rappeler que j'ai fait ça et que ça, c'est validé et que même si je doute, j'ai réussi à dépasser des choses qui étaient trop grosses pour moi à l'époque, qui me semblaient trop grosses. Et en fait, je pense que ça m'a apporté de la sérénité et en tout cas, en tout cas, une pensée que si je mets de l'énergie, je peux arriver quelque part. Alors là, tu nous en as trop dit. Il faut absolument que tu nous expliques qu'est-ce que c'était que cette ascension.

Alors, ouais, sachant que dans la chronologie, on n'avait pas fini l'histoire de comment je devenais guide, mais ce n'est pas grave, non ? Tu veux comment ? Non, revenons sur guide. Comment est-ce que... Non, mais ça serait carrément intéressant parce que tu parles de moments où tu t'es dépassée et où tu as affronté des projets qui étaient peut-être plus grands que toi ou que tu pensais plus grands que toi. Et visiblement, clairement, le fait de passer ton monitorat, ça en a fait partie. Donc, ouais, peut-être qu'on peut repartir de là. C'est-à-dire, qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, tu as basculé et tu l'as fait ? Et après, sur quelle ascension ? Ouais, sur cette histoire-là. Bah, du coup, en fait, de faire toutes ces grandes courses avec cette copine, encore des féminines où d'un coup, on devient plus crédible, on prend confiance en nous, on fait des longueurs

dures nous-mêmes. Voilà, l'expérience s'accumule et puis, en fait, pour rentrer à l'examen, enfin, pour rentrer à l'école des guides qui s'appelle l'ENSA, l'école nationale de ski et d'alpinisme qui est une école unique en France qui est à Chamonix, pour rentrer à cette école pour la formation de guide, tu dois passer un examen d'entrée qui est la partie la plus difficile, on va dire, du diplôme. Donc, tu as entre 150 et 200 personnes qui présentent cet examen chaque année pour une quarantaine de places et toutes les personnes sont à peu près au niveau.

Et pour avoir le droit de présenter cet examen, tu dois attester ton expérience avec une liste de courses que tu as déjà réalisées en montagne à un niveau très difficile et du coup, en fait, moi, secrètement, j'ai commencé à aller regarder les modalités pour cet examen, je me suis rendu compte que la liste de courses, en fait, je l'avais haut la main depuis un moment parce que j'avais eu ces années de pratique en montagne à fond et du coup, déjà, ça m'a aidée à y croire un peu plus et puis, je pense, il y a eu un élément un peu déclencheur dans ma vie, c'est une anecdote mais qui est assez importante, c'est que quand j'étais dans cette équipe féminine avec sept autres femmes, on était huit, on était encadrées principalement par des hommes et on a eu deux stages encadrés par une femme guide,

Valérie Hommage, en parallèle, elle était professeure à l'ENSA, l'école nationale de ski d'alpinisme et du coup, de la rencontrer, ça m'a un peu démystifié la position de la femme guide, alors non pas que Valérie soit pas géniale, c'est quelqu'un d'extraordinaire, mais par contre, elle était hyper humaine, elle avait une vie comme tout le monde, d'une femme normale avec ses doutes, avec ses fragilités, elle a dû me dire, je ne sais plus exactement le nom, mais elle a dû me dire qu'elle n'arrivait pas à enchaîner d'intractions et donc en fait, ça a donné une figure hyper humaine à la femme guide qui pour moi, avant, était sur un piédestal, je pensais que c'était que des extraterrestres qui avaient réussi à passer le diplôme et donc à ce moment-là, plus le fait que ma liste de course était largement faite, et bien voilà, je me suis dit allez, je me lance à mon tour, mais voilà, il s'est passé des années avant que j'arrive à me dire ça et puis après, j'ai eu plusieurs années de blessures donc c'était à la fois, bon c'est dommage et à la fois, je me dis, ce n'était pas un hasard, c'était que je mettais aussi une énorme pression sur la réussite de l'examen d'entrée, j'avais vraiment la peur de l'échec, j'avais peur de ne pas être à ma place, je doutais beaucoup aussi et du coup, il m'a fallu des années à gérer ces blessures aussi avant de pouvoir avoir l'examen, donc ce n'est pas un parcours tout tracé, ce n'est pas, je n'ai pas lu des bouquins de montagne petites à 18 ans à tout niveau et à 20 ans pousser toutes les portes haut la main, ça n'a pas été comme ça, il y a eu un gros travail quand même sur mon positionnement, ma confiance, voilà, donc ça c'était, ouais, c'était des choses qui étaient dures à faire et à la fois hyper hyper formatrices et qui m'ont construite parce que du coup, je me rappelle très bien avec mes tripes à quel point, à quel point j'ai douté, tu vois, à quel point j'en ai bavé, j'en ai pleuré et puis tu sais, cet examen, il est difficile parce que tu es obligé de tout donner, alors à moins d'être doué, il y en a qui sont très doués et qui forcent moins, mais la majorité des gens qui préparent cet examen, ils donnent tout, c'est-à-dire que tu mets un peu de côté ta vie de famille, ta vie professionnelle, tes amis, tes loisirs pour faire que t'entraîner, que t'entraîner, que t'entraîner et ça pendant des mois, des années quoi et donc comme il n'y a qu'un examen par an, quand tu le rates, il faut y retourner l'année d'après et donc ça te bouffe quand même une partie de ta vie où tu es un peu monomaniaque quoi, tu ne fais que ça donc à la fois, ce que je voulais dire, c'est que tu es obligé de tout donner si tu veux y arriver pour atteindre le niveau nécessaire et ce n'est pas parce que tu donnes tout que tu as une garantie de quoi tu sois donc c'est l'engagement quoi, tu vois, c'est se dire je me donne les moyens mais l'issue elle ne sera peut-être pas dans la réussite quoi et ça, mentalement, ce n'est pas simple mais je pense que c'est commun à tout, en fait, ça ressemble vachement à tous les sports de haut niveau quoi, c'est de se dire tu donnes tout pour y arriver mais tu ne connais pas le résultat

quoi. Ouais, exactement, tu ne contrôles pas, disons que tu contrôles les actions que tu mets en place pour atteindre le résultat mais en réalité, ils ne dépendent pas vraiment de toi. C'est ça. Mais c'est super intéressant ce que tu dis sur le, enfin, tous ces exercices d'introspection, de comprendre comment est-ce que tu fonctionnes, prendre connaissance de tes croyances par rapport à l'examen parce que c'est vrai que enfin, moi typiquement et pourtant, j'adore la montagne et tu vois, je pense que j'ai lu pas mal de récits d'alpinistes, j'ai déjà discuté avec pas mal de guides mais je n'avais jamais vraiment entendu avant ce volet, encore une fois, développement personnel entre guillemets pour moi, guides d'autres montagnes, c'était des monstres techniques et des mecs qui ont 4 cœurs et 20 poumons, tu vois,

c'est tout. Je n'avais pas forcément conscience, comme tu dis, du fait que, bah oui, bon, déjà chacun a son parcours mais que, évidemment, que c'est un petit peu comme si tu préparais des championnats du monde, tu vois, il y a l'engagement, le fait d'être sûr de où est-ce que tu vas, les sacrifices que ça implique, voilà, il n'y a pas que l'aspect technique et je fais 30 courses par semaine, quoi. Donc, c'est super intéressant de voir que, bah, voilà, toi, ça a été tes challenges et qu'au final, ce qui est génial, c'est de voir que tu as réussi à surmonter tout ça. ouais, puis moi, ce qui était dingue, c'est qu'il y avait ces blessures qui étaient, bah, c'était drôle, tu vois, bien sûr, tu peux dire, oh, bah non, c'est un hasard, c'est pas de chance, tu t'es tordu la cheville, mais en fait, en fait, c'était toujours très symbolique, c'était placé juste avant les examens, c'était, je ne vais pas dire que c'était de l'auto-sabotage parce qu'on n'en sait rien et c'est juste une théorie, mais en tout cas, ça m'obligait à vachement me remettre en question, à me dire pourquoi je me blesse à ce moment-là, de cette manière-là et puis du coup, les gens y allaient de leurs commentaires, tu vois, moi, j'ai eu pas mal de gens qui me disaient, oh là là, tu t'es blessée deux fois de suite juste avant de passer ton examen, bah, il faut peut-être te poser des questions, c'est peut-être pas pour toi et ça, moi, ça résonnait en moi mais d'une manière triste parce que je me disais, non, c'est pas vrai, c'est pas ça, c'est pas que je suis à la mauvaise place et donc, j'ai cherché pendant longtemps le sens, quoi, de ces blessures et de pourquoi j'arrivais pas à pousser la porte, j'avais jamais raté l'examen d'entrée, j'avais juste pas réussi à aller faire toutes les épreuves à cause de mes blessures et en fait, un jour, j'ai eu par hasard une conversation avec une nana qui m'a dit, mais en fait, ce qui t'arrive, ça n'a aucune importance, l'important, c'est ce que toi, t'en fais et ça a été un déclic alors que c'est vraiment une pensée toute bête mais moi, le déclic, ça a été de me dire, aujourd'hui, après deux années de blessures consécutives, je suis encore plus motivée qu'avant mes blessures, c'est-à-dire que j'ai aucun doute sur le fait que je vais y retourner et que je veux faire ça, quoi, et ce qui a été génial, c'est qu'en fait, ça a vraiment assis ma motivation et ça m'a rendue plus forte et après, du coup, après deux années de blessures, ce que j'ai fait, c'est que je me suis dit, maintenant, il faut que je travaille mon positionnement face à l'examen et donc là, j'ai fait pas mal de saufraux, j'ai beaucoup bossé en visualisation et en fait, mon objectif n'était plus d'avoir l'examen mais était d'être capable de donner 100% de mes capacités ou 99, on va dire et le résultat, j'avais accepté de m'en détacher et c'était assez marrant, c'est que les gens qui m'avaient connu les deux premières années où je me préparais où je me suis blessée et qui m'ont vu cette troisième année où j'avais fait six mois de travail vraiment sur mon positionnement par rapport à l'enjeu, ils m'ont dit ah ouais, mais là, c'est juste pas la même personne alors que techniquement, j'étais pas plus forte, j'avais maintenu mon niveau mais j'avais pas gagné mais par contre, j'étais indestructible à ce niveau-là, c'est-à-dire que j'étais décidée à donner ce dont j'étais capable et à le rater si ce niveau-là ne suffisait pas, tu vois, et ce qui est marrant, c'est que ouais, à tel point qu'en fait, donc on a plusieurs épreuves et en fait, la meilleure note que j'ai prise à toutes les épreuves, c'était là où j'avais mon point faible et c'est là où j'ai fait le plus de points tellement que, tu vois, dans ma tête, c'était posé, j'étais là pour donner mon max et donc,

j'ai donné quoi. Wow ! Tu me fais penser à, j'ai eu vraiment la chance d'avoir trois invités sur le podcast, j'ai eu de la chance avec tous mes invités mais trois en particulier qui sont des anciens des forces spéciales et donc, ils sont tous passés par la même chose, le même examen qui n'a pas changé depuis 60 ans qui s'appelle le stage commando qui dure neuf semaines et qui est un truc absolument, atroce physiquement, mentalement, tout ce que tu veux et en fait, sur les trois, il y en a un qui l'a raté la première fois, Tony, et qui expliquait que, en fait, un petit peu comme toi, c'est-à-dire que la première fois, il avait, il se disait ça serait pas mal que je réussisse, tu vois, ou il faudrait que j'y arrive, il y a eu une blessure, aujourd'hui, il dit que cette blessure, elle a plus été psychologique qu'autre chose, par contre, la deuxième fois quand il est retourné, c'était, j'y laisse mes dents, mes pieds, mes jambes, je donne tout à 300% et je vais y arriver et c'est vraiment un discours que j'entends, que j'ai aussi entendu avec Anthony Bourbon qui est entrepreneur, pas forcément sportif aventurier mais entrepreneur et qui disait la même chose qui a créé une boîte qui vaut 300 millions quatre ans plus tard et qui disait mais j'aurais pu créer une boîte de slip ou d'alcool ou n'importe quoi, ça aurait marché parce que j'ai une détermination à toute épreuve et c'est clairement ce que j'entends avec toi et quand tu en parles, d'ailleurs, moi j'ai de la chance, je te vois mais pour les auditeurs, les auditrices, je pense qu'ils l'entendront aussi, la façon dont tu l'as dit, tu vois, c'était vraiment, voilà, je suis revenu, j'ai été déterminé, ça s'entend, tu vois, donc je trouve ça juste génial de voir comment tu as réussi à rebondir et à changer ton état d'esprit en te disant je donne tout 300% quel que soit le résultat puisqu'encore une fois, le résultat, voilà, on ne le contrôle pas vraiment mais par contre,

les actions qu'on met en place. Ouais. Et ça, tu l'as fait de façon empirique toute seule ou tu as été accompagnée ? Eh bien, j'ai été accompagnée, voilà, par un gars qui faisait un peu de la préparation physique et qui était kinésiologue et sophrologue à côté, donc qui était quelqu'un qui alliait vraiment et la performance et tout le positionnement mental autour,

voilà, qui a eu, je pense, une grande importance pour moi dans ce passage-là parce que d'une part, il comprenait le fonctionnement de l'entraînement, d'une échéance, donc il était vraiment dans des sports poussés et puis à la fois, il connaissait aussi les rouages des différentes personnalités, notamment de la mienne et des complications que j'avais, quoi. Et puis après, moi, j'ai mis beaucoup de régularité, c'est-à-dire que je m'entraînais mentalement, en plus du boulot physique, je me forçais à m'entraîner entre une demi-heure et une heure tous les jours, cinq jours par semaine, à faire, bon, tout un petit circuit, si tu veux, comme tu ferais un circuit training de préparation physique, moi, du coup,

je le faisais mentalement. Donc, j'avais tout un conditionnement pour me détendre et puis en état de détente, aller ancrer, tu vois, des images positives et puis de ces images positives, travailler des points techniques spécifiques et que je remettais en pratique le lendemain dans mes journées d'escalade ou de pratique de la montagne. Donc, en fait, c'était vraiment, j'étais hyper assidue cette année-là et ça m'a fait du bien, tu vois, ça m'a donné un cadre aussi à me dire, je sais où je mets mon énergie même si je n'ai aucune garantie du résultat, moi, c'est méthodique, c'est méthodique, je mets le volume qu'il faut là-dessus et donc, j'ai passé, voilà, le temps que j'aurais peut-être passé d'habitude à stresser et à imaginer le pire, là, je me passais à me calmer et au contraire faire du positif pour mon moral et je pense que c'était super quoi et notamment, ça m'a permis d'arriver aussi

alors que si finalement je ne m'étais pas blessée deux ans avant et que j'étais rentrée directement à l'école, à l'ENSA, à mon avis, j'aurais souffert, j'aurais vraiment beaucoup plus souffert que ce que ça a été le cas là parce qu'il y avait besoin d'être vachement d'aplomb, c'est une formation qui passe bien pour certains et qui est hyper dure pour une partie d'entre nous, c'est hyper exigeant et donc finalement, le travail que j'avais fait pour l'examen d'entrée, juste pour quelques épreuves de cet examen, elle m'a vachement servi pour tout le positionnement dans la formation donc heureusement, enfin tu vois, c'est facile quand ça marche, voilà, c'est ça, maintenant je me dis que ça a eu une utilité ces échecs-là et puis par contre, après, c'est facile maintenant d'avoir le sourire et puis de dire c'était bien mais il fallait me voir, c'était drame quoi, tu vois, chaque blessure où je perdais un an, c'était de la torture quoi mais bon, voilà, je suis là aujourd'hui

donc... Et émotionnellement, comment est-ce que tu as réagi quand tu as eu la réponse positive que ça y est, tu as intégré la formation et que c'était bon ? Ben, c'est assez drôle parce que tu as, en fait, tu as eu des épreuves l'hiver et des épreuves l'été donc le gros de l'examen, il est l'été, on a 15 jours d'épreuve, la première semaine, c'est tous les jours une épreuve technique différente avec le soir, ils affichent la liste des admis pour le lendemain et les autres rentraient chez eux revenaient l'an prochain. Ah ouais ? Donc tous les soirs, tu vas voir la liste, voir s'il y a encore ton nom dessus alors moi heureusement, mon nom de famille, il est tout à la fin donc j'arrive à trouver mon nom

très rapidement. Donc je m'épargnais quelques secondes de stress mais bon bref, voilà, il y a ton nom pour le lendemain, ok, il est 18-19h, tu as un briefing pour le lendemain et hop, c'est reparti, tu refais un sac, tu vas refaire des épreuves, toutes les épreuves, elles sont super éliminatoires, c'est beaucoup de stress donc chaque fois que tu passes une épreuve la première semaine, tu te rapproches vraiment très vite de l'examen quoi. Par contre, la deuxième semaine, c'est un peu différent, c'est que tu as quasiment réussi sauf que tu fais une semaine à trois stagiaires, trois futurs stagiaires avec un prof et là, il te regarde évoluer sans te parler juste pour voir tes décisions, ton analyse, ton comportement en montagne et il ne te dit rien, juste pour voir la personne que tu es en montagne et donc tu fais toute la semaine avant de savoir s'il valide quand même ton attitude d'alpiniste et donc c'est une semaine qui est un peu moins stressante parce que tu n'as pas la guillotine au-dessus de la tête tous les soirs mais tu n'es quand même pas super détendu mais il y a moins d'échecs pour cette deuxième semaine et en fait, ce qui est drôle, c'est que moi, j'ai fait une belle boulette le dernier jour de cette deuxième semaine donc après, t'imagines, trois ans d'inscription, de blessure, d'entraînement, de machin, le dernier jour de cette semaine-là donc la semaine, c'était bien passé et tout était quasiment validé et on arrive au pied d'une grande voie d'escalade où on avait donc fait une heure de route plus une heure de marche d'approche à fond parce que tu es derrière le prof et qu'il faut montrer un peu ce que tu vaux et au pied de la voie d'escalade, je vide mon sac et là, je deviens toute blanche et je bégaye et je dis j'ai oublié

mon baudrier. Ah ouais ! Notre truc à ne pas faire quoi et alors là, tu vois, j'avais les larmes dans la gorge, c'était terrible quoi, je me rendais bien compte que là, c'était le truc qu'il ne fallait pas avoir fait donc le prof, je lui demande, je lui dis en fait, tu sais, si c'était la connerie à ne pas faire, je préfère que tu me le dises et que tu ne me laisses pas faire la journée en me laissant croire que quoi, sous-entendu, si tu dois me virer, dis-le moi maintenant. Il me répond, écoute, c'est effectivement une connerie à ne pas faire mais est-ce que tu sais faire un baudrier de fortune ? Je dis oui. Il me dit, vas-y, montre-moi. Je lui montre, il me dit, bon bah tu fais la journée comme ça

et on te laisse ta chance.

Donc, c'était, ouais, un gros stress mais du coup, en fait, ça m'a boostée, je m'en voulais tellement d'avoir fait cette erreur, cette boulette que du coup, en fait, j'ai super bien grimpé la journée quand même et puis, et puis, tu n'as jamais pu oublier un baudrier de ta vie, non ? Je crois que si mais par contre, je suis incollable.

Et du coup, j'avais une double satisfaction. C'était déjà d'avoir survécu à cette énorme boulette et puis, ouais, effectivement, on a fait la fête, on était hystériques, c'était génial, c'est des années de doutes et d'investissement et d'un coup, ça y est, ça commence mais sauf que ça ne fait que commencer à ce stade-là, quoi, tu vois ? Tu commences trois années et demie de formation et tu viens juste de rentrer donc c'est assez fou, tu es hyper content de l'avoir fait et à la fois, tu n'as rien fait, c'est encore tout à faire. Waouh ! C'est le dégoût des emplois. Tu peux encore être éliminé, entre guillemets, une fois que tu es dans la formation ? Ouais, tu peux être éliminé tout le temps après, dans les faits, il n'y a pas beaucoup de gens qui sont éliminés ou disons, il y a des gens qui sont retardés, tu vois, qui vont rater en stage et qui le refont l'année d'après donc ils perdent une année ou deux dans le cursus mais il y a peu d'échecs sur une promotion, il y en a peut-être un, deux, trois, quatre qui finiront pas guide mais c'est anecdotique,

quoi. Ok. C'est juste le temps que ça va te prendre et les efforts que ça va te demander qui peuvent varier d'une personne à l'autre. Ok. Cool ! Eh ben punaise, elle est énorme l'anecdote du Baudrier. Ouais, j'ai tout avoué, voilà, ça y est, on le sait.

Ça y est. Moi qui essaie de me faire passer pour quelqu'un de très méticuleux au début de l'interview.

C'est clair. Non mais c'est marrant, tu vois, puis c'est, voilà, c'est une belle histoire aussi pour montrer que c'est jamais fini en fait. Et encore une fois, on décide de ce qu'on fait des situations qui nous arrivent plutôt que de baisser les bras. Bah voilà, tu vois, tu t'es fait ton beau délai de fortune, t'as préféré être clair tout de suite avec lui et au final, l'issue a été juste incroyable donc très belle histoire aussi. Ouais, puis c'est vrai que le copain à qui j'étais encordée, il m'a, il voyait que j'étais dans tous mes étapes, tu vois, je m'en voulais tellement de cette boulette-là, j'avais les armes aux yeux et tout et le copain à qui j'étais encordée, donc c'était pas le prof, le prof était avec le troisième stagiaire, le copain me dit tranquille, repose-toi, on échange, je vais faire la première longueur en tête comme ça, toi tu redescends un peu émotionnellement et là moi je dis non quoi, je dis non, je suis trop énervé de ce que j'ai fait, il faut tout de suite que je me remette dedans et en fait je pense que c'est aussi ce que le prof il a vu, c'était de se dire des erreurs, en fait on va tous en faire mais par contre la réaction qu'on a face à ça, lui il a jugé je pense plus ça ce jour-là, il s'est dit d'une part j'ai une solution technique pour faire un baudrier de fortune et puis d'autre part j'ai retrouvé la niaque quoi, je me suis dit au contraire ça m'a donné une énergie pour grimper hyper vite parce que je m'en voulais et que je voulais faire mieux que ça et ouais, ça c'était peut-être une qualité qui a été mise en avant du coup grâce à mon erreur ouais, je ne me suis pas laissé abattre excellent jamais se laisser abattre excellent et donc c'est en formation que tu as commencé à t'attaquer

à des big walls ? oui, alors non, en fait je faisais déjà des big walls avant la formation j'ai commencé en 2000 mon premier big wall c'était en 2011 aux Etats-Unis donc c'est ce que je faisais pendant mes fameuses vacances voilà dès que mon temps arrivait grand ce mot je partais en voyage et j'ai découvert les Etats-Unis en 2009 et ça a été un vrai coup de coeur et j'y suis retournée depuis quasiment chaque année et donc notamment les big walls aux Etats-Unis on en fait pas mal dans le parc du Yosemite dans l'ouest en Californie et c'est des gros murs en fait dans lesquels on passe des nuits parce que c'est trop haut pour arriver à les gravir en une journée donc moi j'avais commencé les big walls en A2 tu vois en cordée un peu classique comme tu fais une grande voie A2 sauf que tu dors en plus et tu hisses des sacs parce que tu as tout le matériel la nourriture l'eau etc c'est là où tu dors sur ces plateformes des plateformes

c'est quoi ? c'est de la toile tendue que tu peux démonter et du coup tu le transportes un peu plus haut le lendemain et tu enchaînes les nuits comme ça ? ouais exactement ça ressemble à comme un lit de camp mais suspendu et donc tu as effectivement cette toile qui est dans un cadre métallique pendue au dessus du vide et tu la démontes tu la démontes tous les matins tu la remontes le soir en fonction de la outé et là ouais alors moi ça a été un coup de coeur un coup de coeur direct c'est vraiment une discipline qui m'a plu parce que ça correspond un peu à ce que moi j'aime dans l'alpinisme et dans toutes mes pratiques c'est quand quand ça te pousse loin quoi tu vois je je suis plutôt quelqu'un qui aime qui aime pousser mon corps ma fatigue me pousser loin dans mes retranchements et continuer à exiger de la de la technicité et de la performance dans cet état là plutôt que de faire un mouvement répété à l'extrême au point qu'il soit qu'il soit bien meilleur c'est à dire que moi en escalade sportive très technique sur une voie qui dure 10 minutes j'aime bien mais c'est pas ce que je préfère alors qu'à l'inverse en montagne quand tu passes 24, 30, 40 heures d'affilée sans dormir sans manger sans boire que t'es au bout de ta vie que tu sais plus comment tu t'appelles voilà ça y est c'est je suis dans le plaisir quoi tu peux être un masochiste du coup du coup c'est que tu fais une journée t'es déjà au bout de ta vie t'as déjà tout donné en une journée et tu dis ah il en reste encore 3-4 derrière quoi et donc c'est empiler des énormes journées les unes après les autres c'est génial c'est c'est c'est beaucoup trop quoi et donc donc c'était devenu un peu un rituel tu vois d'aller grimper tous les ans ou tous les 2 ans aux Etats-Unis et de faire une partie du voyage dans le parc Niyosemiti pour grimper ces fameux big walls et par contre ce que je me suis mis à faire pendant pendant que je passais le diplôme de guide c'est que je me suis mise à faire ça en solitaire voilà et c'est là où tout à l'heure j'ai un peu évoqué ces fameuses ascensions en solitaire j'ai pas fait du tout de solitaire en haute montagne en alpinisme d'ailleurs j'ai jamais rêvé de faire du solitaire ou jamais jamais trouvé sa classe enfin c'était vraiment pas du tout une valeur que j'avais que j'avais au fond de moi c'était plus un concours de circonstances une année qui fait que j'avais un billet d'avion pour aller aux Etats-Unis avec une copine j'avais quand même depuis quelques mois cette idée de solitaire qui trottait dans ma tête en me disant je sais pas c'est peut-être une mauvaise idée et puis la copine s'est blessée et le billet d'avion était pas remboursable et du coup je me suis dit allez est-ce que ce serait pas ainsi donc je suis partie aux Etats-Unis toute seule vu qu'elle pouvait pas et c'est là que j'ai commencé à faire ma première ascension en solitaire et donc après j'ai remis ça chaque année pendant 3-4 ans je suis allé tous les automnes grimper en solitaire au Yosemite et donc cette ascension où tu disais t'as fait quelque chose de vraiment plus gros que toi et que tu t'en rappelles c'est peut-être ça qui fait que maintenant dans la voile t'as plus confiance que quand t'avais attaqué l'alpinisme il y a eu une ascension en particulier en solitaire où tu t'es dit là j'ai passé un cap ou c'est la succession de plusieurs non non t'as raison il y a une ascension qui moi a marqué tout mon être à vie je pense pas trop m'avancer en disant ça mais non non j'en ai une en particulier dans mon coeur qui est très importante même si tout le cheminement pour y arriver a été important et hyper riche en tout cas cette ascension dont je parle c'est donc la la troisième année où je suis allée faire du solitaire là-bas je me suis lancée dans l'escalade d'El Capitan qui est donc la plus haute des parois du Yosemite qui fait 1000 mètres et c'est donc c'est des murailles de granit qui sont qui sont raides voire déversantes donc c'est vraiment une ampleur ouais c'est monumental souvent si tu fais tomber un truc il touche même pas la paroi il tombe dans la forêt au pied direct quoi tu vois c'est vraiment très très raide ouais c'est super impressionnant et du coup 1000 mètres normalement quand tu fais ça en cordée avec quelqu'un d'autre ou tu grimpes en réversible en tête chacun ton tour et où tu répartis tout le travail entre deux personnes tu mets à peu près 4 jours on va dire 3-4 jours pour faire cette ascension et donc moi en solo ben alors il faut que je précise que c'est du solo en cordée que je fais c'est pas comme souvent on pense à Alex Honnold qui est très connu qui grimpe juste avec son petit sac à pof autour de la taille et rien d'autre et qui met 4 heures à arriver au sommet du truc et si jamais il fait une erreur ben il tombe moi c'est pas du tout ça c'est des techniques un peu particulières mais où j'utilise les cordes comme si j'étais encordée avec quelqu'un sauf que bah du coup c'est en fixant des cordes en redescendant en remontant etc et que je monte mais du coup je monte et je descends pour défixer tout ce que j'ai fixé pour pouvoir être rassurée et puis une fois que j'ai fini l'escalade il faut que je lisse mes sacs donc en fait je fais à peu près 3 fois le travail que je fais si je suis encordée de deux donc moi dans mes statistiques des années d'avant je savais que je mets 3 fois le temps en solitaire du temps que je mets encordée donc j'avais déjà grimpé sur El Capitan plusieurs fois encordée de deux et à chaque fois ça nous avait pris 4 jours 4-5 jours donc là je suis parti faire cette ascension en solitaire et j'avais calculé que je partais pour 12 jours mais du coup avec tous les challenges que ça implique parce qu'au-delà du fait que tu fais 3 fois la distance en gros enfin 3 fois le travail 12 jours ça veut dire niveau nourriture l'eau parce que bon comment tu fais pour l'eau par exemple tu as 12 jours d'eau avec toi oui c'est ça tu as 12 jours d'eau donc forcément tu en prends moins que ce qu'il te faudrait parce qu'il faut la hisser donc c'est hyper lourd et c'est beaucoup de fatigue donc tu acceptes de te déshydrater donc ça moi l'avantage c'est que ça faisait 10 ans que je faisais des biggoles donc je savais exactement tu vois quelle quantité d'eau je pouvais me permettre de prendre pour tenir l'effort et s'emporter trop donc c'est mesuré enfin tu vois je savais exactement tout ce qu'il me fallait en nourriture pareille et effectivement je suis partie pour les 12 jours j'avais 60 litres de flotte dans le sac donc 60 kilos d'eau plus la nourriture plus ma plateforme pour dormir qui s'appelle un portal edge plus le duvet une corde en rab du matos le duvet des fringues des batteries enfin voilà il y a tout un gros chargement en fait quand je suis partie dans la voie j'avais sur moi ou sur le rocher le matériel technique les coinceurs tous ces trucs qu'on utilise pour l'évolution et les cordes donc ça c'était fixé sur le rocher dans mes longueurs par contre le chargement que je hissais du pied d'une longueur en haut d'une longueur faisait 120 kilos au départ ah ouais voilà donc ça veut dire que 120 kilos j'ai beau être costaud je suis incapable de déplacer 120 kilos comme ça à main nue donc je suis obligé de mettre en place des systèmes de mouflage de palan enfin tu vois une démultiplication en fait des forces grâce à des systèmes de poulies et de bloqueurs qui fait que je peux réduire le poids de mon chargement mais par contre l'inconvénient c'est que moi je réduisais de 3 pour 1 c'est à dire que mon sac il faisait l'équivalent de 40 kilos au lieu de 120 enfin mes sacs plus on va dire les frottements donc j'étais à plus que 40 kilos en termes d'effort mais par contre je hissais 3 fois la longueur vu que je divisais par 3 pour 1 le système de mouflage donc ce qui fait que chaque en fait le mur qui faisait 1000 mètres moi j'ai hissé au minimum 3000 mètres de sac tu vois et vu que chaque longueur vu que mes cordes étaient fixées il fallait que je redescende et que je remonte moi j'ai voilà j'ai descendu j'ai descendu enfin j'ai monté et descendu 2 fois la montagne au minimum et ça c'était quand tout se passait bien et qu'il n'y avait rien qui coincait sinon hop je gagnais un aller-retour au relais du dessous donc en fait c'est ça qui est très long en solitaire c'est que tous les efforts sont plus longs tu triples à peu près tous tes efforts et puis il y a un autre paramètre c'est qu'en fait t'as pas de t'as pas de relais ni à ta fatigue ni à tes ni à tes émotions il n'y a personne pour te relayer il n'y a personne pour t'encourager donc ça veut dire que quand t'es diminué par de la fatigue ou de l'émotion et ben tu restes avec ça et faut composer avec et donc voilà ça impacte plus ou moins selon les personnes je pense en tout cas pour ses émotions et pour la fatigue physique ben on imagine bien que quand tu grimpes à deux celui qui assure le grimpeur ben en fait il a une heure ou deux où il peut un peu regarder le paysage écouter de la musique qu'en faisant filer la corde tu vois gentiment il se repose quoi alors que quand t'es en solitaire chaque minute est remplie donc si une journée elle dure 15 heures ben quand t'es en à deux tu vas avoir 10 heures d'effort on va dire sur les 15 heures quand t'es tout seul c'est 15 heures donc du coup tu cumules aussi vachement plus de fatigue quand t'es tout seul puis il y a un autre un autre critère auquel je pense c'est quand tu pars sur 15 jours au lieu de 4 comment tu fais pour la météo parce que j'imagine t'as pas des prévisions hyper précises à 12 jours et donc si tu te retrouves au milieu de la voie tu fais quoi avec un orage de ouf ah honnêtement ça c'était ma terreur c'était vraiment le truc qui me faisait le plus peur c'était la météo donc moi je suis partie le début j'avais un créneau de beau de sur pour les premiers jours c'était anticyclonique parfait donc je me suis dit bon ben ça c'est déjà pris et alors j'avais de quoi endurer une tempête dans le mur on va dire déjà j'avais prévu de la marge un petit peu de marge en eau sachant que si tu prends du mauvais temps t'as moins soif parce que tu fais moins d'efforts et qu'il y a moins de soleil donc je pouvais réduire un peu aussi ma quantité d'eau donc par rapport à l'eau ça posait pas de soucis la nourriture je pouvais aussi un petit peu serrer la ceinture donc pour tenir après moi j'étais équipée avec la plateforme de parois tu peux l'équiper avec un abri un fly c'est comme une tente que tu mets par dessus et puis après j'avais pas mal réfléchi au système de protection de toutes les fringues de toutes les affaires dans les sacs parce que tu peux te prendre des torrents de flotte sur la tête quand t'es dans le mur donc j'avais théoriquement les moyens d'être là dans le mur à regarder le mauvais temps sauf que moi ma peur principale c'était de me dire mais là si t'es pris dans un orage énorme ou dans une tempête avec des éclairs t'es quand même que sur du métal tout est accroché à du métal t'es sur un le cadre du portaledge il est métallique donc ouais ça ça me faisait vachement peur et puis alors je me disais bon si jamais ils annoncent un jour ou deux de mauvais il faut que j'endure donc voilà j'avais préparé mes techniques pour endurer ça dans le mur en ayant très peur et si jamais ils annoncent plus et ben la solution ça aurait été de faire demi-tour et de redescendre mais alors là quelle galère parce qu'en fait il faut imaginer que le mur est en déversant avec une partie des longueurs en traversée ah ouais t'imagines que j'ai moi à redescendre mais il faut que déjà je rejoigne 50 mètres plus bas le relais du dessous et puis il faut que je fasse descendre mon sac donc s'il est pendu dans le vide parce que la longueur est déversante ou en traversée comment je le récupère en faisant le moins d'aller-retour possible en haut en bas en haut en bas tout ça avec le mauvais qui arrive donc ça c'était c'était un bordel dans ma tête pour concevoir les manip s'il avait fallu que je fasse une retraite et grosso modo ce qui se passe c'est que passer un certain point dans la paroi ça vaut plus le coup de redescendre en fait c'est tellement long et fastidieux d'organiser une redescente avec tes sacs énormes et le dévers et les traversées qu'il y a un moment il vaut mieux rester sur place et encaisser la tempête en attendant toi en fait c'est marrant déjà il n'y avait personne qui savait que j'allais faire ça enfin quand je dis personne c'est pas vrai il y avait 4-5 personnes qui étaient au courant de mon projet et donc il y avait deux amis et ma mère grosso modo à qui j'en avais parlé et qui suivaient mon avancée tu vois j'avais du réseau sur une partie du mur donc j'envoyais des nouvelles ils savaient exactement où est-ce que j'en étais comment j'étais préparé et tout et j'avais demandé aussi leur avis à deux grimpeurs donc un que j'avais rencontré au Yosemite quelques années avant qui avait fait des trucs en solitaire incroyables qui me semblaient complètement extraterrestres parce qu'il avait passé 16 jours dans une paroi et vraiment je m'étais dit mais lui il est complètement malade mais bref j'étais restée en contact avec lui on avait échangé on s'était recroisé plusieurs fois dans la vallée là-bas et puis c'est vrai qu'il y a tellement peu de monde qui fait du solo que ça crée des liens donc j'avais lui et puis j'avais eu le contact d'un guide Laurent en France que je ne connaissais pas mais qui avait fait aussi du solitaire en big hall comme ça et donc je l'ai contacté il ne me connaissait pas du tout je lui ai dit écoute je voudrais parler avec toi de cette pratique-là faire évoluer un peu ma vision des choses est-ce que tu serais ok pour faire un genre de brainstorming ou avoir juste une discussion et donc je l'ai rencontré il m'a regardé un peu de traviole au début en se disant mais elle c'est qui quoi tu vois elle ne se rend pas compte de ce qu'elle dit et puis en fait rapidement il a vu que d'une part dans les méthodes que j'avais déjà mises en place depuis plusieurs années j'étais cohérente dans mon approche mentale j'étais cohérente donc il m'a quand même prise au sérieux et donc j'avais ces deux gars-là qui savaient que j'allais faire cette ascension-là et quand même quelques jours avant de partir dans le mur j'ai renvoyé un mot enfin je crois qu'on était sur Messenger avec l'alien qui avait fait 16 jours dans le mur qui était un anglais et puis je lui demande quand même en cas de tempête vraiment ça me chagrinait cette histoire je lui dis comment tu fais et alors il m'explique très techniquement tu mets ton sac à l'envers tac tac tac il faut que tu t'enfermes avant que la pluie arrive des détails un peu logiques très techniques et puis à la fin de la conversation il me dit et puis une fois que t'as fait tout ça et que t'es enfermé dans ton portal edge et que ça commence à tomber il me dit là il te faut de la drogue alors c'est marrant parce qu'au Yozimit il y a quand même pas mal il y a toujours eu un peu la culture de la drogue tu vois depuis depuis 70 ans c'est une vallée où les gens ont un peu tourné autour de ça ce qui n'est pas mon cas tu vois mais je trouvais ça tellement drôle ce qu'ils disaient de l'alcool ou n'importe quoi mais il me dit là tu vas vivre quelque chose donc ta réflexion elle venait tout dire c'était juste dire tu vas te taper le trip de ta vie si tu te prends la tempête là-haut tu vas survivre mais tu vas vivre quelque chose donc toi heureusement t'as pas eu à vivre ça et non j'ai eu 11 jours de bleu fluo pas un pète devant j'avais même trop chaud mais j'ai eu un créneau incroyable comme il n'y en a pas souvent en fait donc heureusement j'ai pas touché du doigt ma plus grande hantise cool alors tu disais que ça avait été un peu l'ascension le point tournant dans ta carrière d'alpinisme en tout cas celle qui t'a fait réaliser un certain nombre de choses sur le plan perso c'est quoi du coup bon là je pense qu'on a bien compris d'un point de vue technique logistique et les risques c'est assez clair que c'était un truc de fou mais toi maintenant avec du recul ou même je sais pas peut-être directement après avoir fait l'ascension qu'est-ce qui t'a fait dire ok là là j'ai passé un palier alors directement après l'ascension c'est sûr que non parce qu'en fait je me suis tellement poussée loin avec moi-même avec ce que j'ai exigé de moi de mon corps de mon mental que c'était super désagréable en fait juste après l'ascension parce que moi les gens me disaient ah tu devais être trop contente mais pas du tout en fait j'étais comme tu vois comme une bouteille de coca que t'as secoué dans tous les sens et qui explose quoi je me sentais vraiment comme ça à me dire je contrôlais plus rien de ce que je ressentais je faisais que pleurer j'étais pas du tout fière de ce que j'avais fait enfin c'était assez bizarre le chamboulement que j'ai vécu et donc ça ça a duré quand même plusieurs semaines et j'ai vachement utilisé le regard des autres pour m'aider à un peu apaiser ça et puis poser d'autres une autre vision sur ce que je venais de faire mais par contre après coup j'ai énormément énormément réfléchi et revécu tout ce qui s'était passé et essayé de comprendre déjà pourquoi je l'avais fait ce que j'en avais retiré et moi je pense que ce qui m'a construite énormément dans ce projet là c'était le fait de pouvoir être totalement moi-même en fait je pense que toute ma vie et encore plus particulièrement dans la pratique de l'alpinisme et encore plus dans le cursus pour devenir guide je me suis toujours sentie décalé ou l'impression de ne pas coller aux attentes de ne pas fonctionner comme il faudrait fonctionner ou comme une moyenne des gens fonctionne et ça ça a été en fait ça a été dur pour moi toute ma vie je pense que c'est pour ça aussi que j'ai arrêté les études très tôt que je suis partie un peu sur des chemins originaux et malgré mes chemins originaux je me heurtais toujours à ce cadre où j'avais l'impression de ne pas coller et j'en souffrais et j'en souffre encore c'est un truc qui n'est pas simple pour moi dans la vie et en fait du coup le solitaire qui plus est personne n'était au courant donc ça veut dire que je n'avais pas de pression je ne devais rien à personne et encore plus dans un sport qui n'est pas du tout à la mode c'est à dire que ce que je fais du big ball en solo il n'y a personne qui veut faire ça parce que c'est une très mauvaise idée c'est très fatigant ça ne mène nulle part alors qu'on peut aller très vite la preuve Alex Honol il a mis 4 heures là où moi j'ai mis 11 jours tu vois on a le big distance sunlight et moi je dis non je veux faire du slow and heavy donc en fait tout ça pour dire que je n'avais vraiment pas de pression sur ce que je faisais en tout cas la seule pression que j'avais elle était par rapport à moi-même et mes propres exigences et du coup la manière dont je l'ai réalisé elle a été extrêmement juste pour moi et je vais m'expliquer grosso modo moi ce que j'ai vécu alors certes j'ai fait El Capitan en solitaire mais ce que j'aime bien dire c'est que j'ai fait El Capitan en solitaire en pleurant alors c'est vrai j'ai pas pleuré tout du long mais par contre j'ai eu énormément d'émotions qui peuvent être perçues comme négatives où on se dit elle va pas y arriver ou faut pas qu'elle y aille ou tu vois ou si t'as peur c'est que t'es pas prête ou ce genre de choses et en fait pour moi avec ma personnalité c'est différent c'est à dire que ces émotions elles font partie de moi et que El Capitan ça m'a permis d'accepter de vivre avec ça plutôt que de de repousser ça parce qu'il faut il faut repousser ça et du coup ça a été en fait comme une validation du fait que moi je peux arriver à fonctionner avec mes émotions même si elles sont elles sont très fortes et très impressionnantes par rapport à la moyenne et et donc sortir un petit peu de de cette attendue qui dit qu'on est plus performant si on met ses émotions de côté bah moi c'est l'inverse et donc toutes les émotions que j'ai eues pendant enfin avant le mur et puis pendant le mur toutes les émotions plutôt que de les brimer de les empêcher je faisais l'inverse je me disais bon bah ok j'ai peur ok j'ai envie de pleurer ok je pleure voilà d'accord c'est pas comme ça et après moi qu'est-ce que je fais de ça bah je reste la personne que je suis qui est capable de faire des grosses choses et d'encaisser des grosses charges de travail d'effort et de fatigue et puis et puis quand il y a une émotion bah je la laisse vivre et puis derrière je recrée ce que je sais créer moi-même quoi et du coup en fait j'ai vécu au rythme de ça et ça pour moi c'est le plus grand de mes succès quoi c'est de me dire j'ai été moi-même et en plus de ça un peu cette je sais pas si c'est peut-être négatif de dire ça comme ça mais un peu cette revanche de dire de montrer aussi bah vous savez ce que je l'ai fait je l'ai fait en pleurant quoi et je l'ai fait en étant celle que vous m'avez toujours demandé de pas être et bah celle-là elle arrive quand même en haut du mur quoi et ça pour moi ça a été je pense pas que ce soit ouais je pense pas que ce soit que le prouver aux autres mais ça a été m'offrir la possibilité à partir de là d'accepter que je suis comme ça et qu'à partir de maintenant bah je fonctionnerai comme ça point barre quoi la preuve en est ça m'a emmené en haut d'elle capitale donc bon je fais la nana sur d'elle c'est pas simple tous les jours je te rassure il faut quand même que tous les jours je me remette dans cette direction mais en tout cas j'ai la preuve tu vois je me suis offert la preuve que j'étais capable de faire un truc qui était énorme dans mon système dans mon échelle de graduation un truc qui était énorme pour moi en le faisant à ma manière en étant qui je suis et bah ça c'est voilà c'est le plus beau cadeau je pense que je me suis fait c'est pour ça que je te dis je sais qu'à l'échelle d'une vie ça restera un événement pour toujours quoi je pense qu'il y a eu un avant un après quoi ouais et justement qu'est-ce que ça a changé après que ce soit dans ta pratique de l'alpinisme ou même maintenant maintenant que tu rentres dans l'univers de la mer et bah j'ai l'impression que sans prétention c'est pas du tout ça que je veux dire mais j'ai l'impression que c'est comme un acquis tu vois toutes les fois où je vais douter en fait je me rappelle je me rappelle l'état dans lequel j'étais au pied du mur avant de partir pour mes 11 jours et bah quand je te le décrive j'étais en larmes quoi grosso modo j'étais en larmes à me cacher derrière un arbre en me disant il faut que je trouve quelque chose pour me barrer d'ici changer mon billet d'avion et rentrer illico presto en France et abandonner tout ça c'est de la folie parce que j'avais peur parce que cette peur elle prenait trop de place et parce que et du coup je me rappelle très bien de cet état là il était moche enfin il était moche je veux dire il était c'est pas glorieux quoi tu vois de se dire tu t'attaques à un monstre et t'es dans tous tes états et pourtant bah pourtant j'y suis allée parce que j'avais des raisons objectives de me dire que techniquement j'avais le niveau physiquement j'avais le niveau logistiquement j'avais tout préparé enfin il y avait à part mes émotions il y avait rien qui m'empêchait d'y arriver et donc moi j'ai pris le parti de m'embarquer là dedans avec mes émotions et de les surpasser et d'arriver là-haut et donc du coup quand dans ma vie je ressens cet état là qui est un état qui est pas confortable du tout à me dire t'es pas capable t'es nul fais pas ça fuis enfin tu vois toutes ces croyances négatives ou ces peurs qu'on a avec soi-même je me dis ouais sauf que cette fois là tu ressentais ça mais puissance 10 et tu l'as quand même fait donc j'ai la preuve que ces émotions elles sont pas limitantes tu vois même si c'est difficile de les surpasser et en fait moi ce que j'ai retenu c'est surtout ce mécanisme avec moi-même de me dire je vis un truc qui est hyper dur et pourtant je peux arriver à m'en sortir par une petite porte qui est pas évidente ni pour les autres ni pour moi mais elle existe et je vais y aller quoi et voilà mais c'est ça du coup que je réutilise beaucoup pas au quotidien mais en tout cas dans toutes les grosses choses de ma vie je me rappelle très bien l'état pitoyable dans lequel j'étais au pied de ce mur et la nana qui était en haut du mur 11 jours plus tard et ça c'est une preuve c'est une preuve dans mon univers là où dès que quelqu'un va essayer de me prouver avec des arguments que mais si t'es quand même forte mais non t'es pas comme si en fait ça marche pas j'y crois pas par contre à chaque fois que j'essaye de douter de moi il y a une petite voix qui me dit ah ouais et elle capitane et là je fais ah two points t'as raison ouais c'est grave c'est un peu ça c'est une super histoire c'est vraiment une super histoire et comme tu dis tu vois je trouve que je pense à Freco à plein de gens ce moment avant de te lancer dans des projets où tu vois t'as peur tu flippes tu l'as jamais fait tu doutes mais le fait de quand même te lancer te dire non mais il y a des éléments objectifs qui font que il y a enfin j'ai toutes les raisons d'y arriver d'y aller quand même et comme tu dis t'as dit de surpasser tes émotions pour au final tu vois venir valider ce passage de palier ce que je trouve fou aussi quand même c'est que t'as réussi à faire ça sur t'as mis 11 jours c'est ça sur 11 jours tu vois donc c'est pas je vais faire un marathon et puis voilà je me fais un peu je me fais un peu je me force un petit peu et puis ça va passer quoi tu vois en 4 heures là c'est 11 jours quoi donc je trouve ça juste génial comme histoire en tout cas vraiment merci beaucoup de nous l'avoir partagé avec autant de détails et autant de de transparence tu vois parler de ses émotions et de la façon d'en les gérer c'est pas forcément un exercice hyper facile mais je trouve ça hyper inspirant de voir que t'as réussi à tirer plein de leçons de cette ascension en particulier et c'est marrant c'est que excuse moi je suis bavarde je te laisse même parler vas-y je te gris ton et mais c'est marrant c'est que du coup pour revenir à ce dont on parlait tout à l'heure où je t'expliquais ma vision de cet arbre décisionnel en fait maintenant pour moi mes émotions je les mets pour moi c'est une branche aussi alors une branche qui domine un peu toutes les autres parce que pour moi c'est le premier truc à passer mais par contre c'est juste c'est juste un élément qu'il faut prendre en compte en tout cas moi pour ma pratique ma façon de faire et que je retrouve chez beaucoup de gens en fait du moment où ils sont face à une émotion notamment toujours pour ce rôle de formatrice que j'ai dont on parlera peut-être ou pas mais dans tous les cas quand je parle de formation les filles souvent elles ont les filles que je forme elles ont tendance à me dire ouais mais toi au début elles disent toi tu t'as pas peur ouais mais toi t'es fort ouais mais toi machin je dis ah non pas du tout je dis non non non et je leur parle de ça je dis juste en fait l'émotion c'est un truc qui existe et dont tu dois tenir compte si t'en tiens pas compte ça va envahir tout le reste et si t'en tiens compte bah oui c'est pas ce que t'aurais voulu mais tu peux construire autour quoi et donc c'est valider la place de cette émotion et décider que ce n'est que une partie de la chose donc moi dans mes objectifs et ma pratique il y a de la place pour les émotions parce que j'en suis remplie il y a de la place pour la technique il y a de la place pour la fatigue il y a de la place pour le lien aux autres il y a de la place pour le budget tu vois je gère un peu tous ces paramètres et les émotions en font partie et du coup après tu peux devenir hyper subtile avec tes émotions c'est à dire que tu peux les relier à ta fatigue pour nous les femmes à ton cycle hormonal aux liens que tu as aux gens qui t'entourent qui vont créer plus ou moins telle ou telle émotion et donc tu peux être hyper subtile avec ta gestion de tes propres émotions mais par contre moi ce qui est sûr c'est que ce que je fais de moins en moins j'ai envie de dire quasiment plus même si je me fais encore avoir c'est de de les nier ou de les refuser tu vois parce que ce que je dis toujours le chemin le plus court c'est là où t'es c'est en partant de là où t'es si tu cherches déjà à aller là où t'es pas tu perds déjà du temps pour y aller donc en fait le plus simple c'est d'accepter là où t'es donc là où je suis j'ai peur ou je me sens pas capable ou je suis triste ou j'ai de la colère ou toutes ces émotions négatives où on se dit je dois pas ressentir ça je dois être joyeuse, neutre etc en fait déjà pour devenir ça tu perds déjà du temps parce que ça marche pas alors le plus simple c'est de partir de là où t'en es même s'il y a une émotion négative qui semble te pénaliser c'est la réalité tu l'as donc si tu pars de là hop t'attaques le chemin le plus court et de là tu te reconstruis tu vois ça part de là en fait ça part de là où t'es cet état d'esprit c'est quelque chose que t'as pu observer dans le milieu de l'alpinisme ou en mer ou ça vient un peu casser certains codes je crois que je connais un peu déjà la réponse mais bon en plus tu vois ma tête en même temps ouais non je pense que là on est loin des schémas classiques c'est ce qui fait que moi j'en ai bavé pour et me faire ma place et me sentir bien dans ce milieu là c'est parce que ouais je me sens décalée je pense que je suis pas la seule à être décalée mais qu'il y a des gens qui arrivent plus ou moins à le cacher moi j'y arrive pas tu vois j'ai toujours été trop entière pour ça et donc non non je pense que le coup de l'émotion c'est on progresse et on accepte de plus en plus mais je pense que ça c'est pas du tout habituel dans les milieux dans des milieux rudes comme ça en tout cas traditionnellement très rude très masculin très après à mon avis on ouvre un petit peu nos mentalités à ça un peu plus tu vois notamment tout le travail de coaching c'est aussi de tenir compte de ça de la personne qu'on est et donc là on se rend bien compte que la performance elle doit tenir compte de ça mais moi j'entends aussi toujours le discours dans les sports de haut niveau de gens qui disent que tu dois pas avoir d'émotion pour pas donner davantage à tes concurrents tu vois de pas leur laisser d'emprise sur toi s'ils savent que tu ressens telle ou telle émotion j'entends vachement ce discours et j'arrive pas à y adhérer parce que je me dis certes dans la compétition il y a une comparaison aux autres mais il y a surtout une performance par rapport à soi-même c'est à dire que ce que tu veux c'est être à 100% de ce que tu peux être capable de donner et donc pour ça moi je suis persuadée que la place de l'émotion elle est hyper importante même si après on va pas forcer quelqu'un à avoir des émotions s'il en a pas je suis d'accord que la même chose que de demander à moi de pas en avoir ça marche pas quoi ouais ouais c'est vrai que c'est super intéressant tu vois parce que bon alors moi encore une fois je connais assez peu le milieu de la haute montagne ou la mer mais dans un univers que par contre je connais bien le judo bon historiquement ça vient du ça vient du Japon et en termes de performance mondiale les japonais ça reste ça reste c'est la meilleure nation au monde en judo quand tu regardes je sais pas si ça t'est déjà arrivé mais si tu regardes des vidéos des jeux par exemple qui viennent y avoir à Tokyo tu regardes n'importe quel japonais qui gagne une médaille olympique que ce soit bronze, argent ou or en termes d'émotion c'est le néant total et bah en fait au judo c'est un truc qu'on t'apprend en tout cas dès que tu commences à faire du haut niveau tu vois c'est tu rentres sur le tapis il n'y a plus d'émotion et tu vois des gars qui gagnent une médaille d'or au JO au Japon chez eux ça fait peut-être 8 ans qu'ils s'entraînent il n'y a même pas un sourire quoi tu vois jusqu'à ce qu'ils sortent du tapis il n'y a rien et c'est hyper intéressant ce que tu dis parce que bon après je pense que c'est dans le cas du judo je ne sais pas si c'est quelque chose qu'il faut encourager parce qu'il y a tout un il y a un code moral qui vient avec ça tu vois où il y a des valeurs très très fortes des valeurs de tradition aussi donc je ne saurais pas te dire si c'est bien qu'il faut qu'il y ait des émotions ou pas mais c'est vrai qu'en tout cas effectivement à haut niveau dans certaines disciplines tu vois que il n'y a pas vraiment la place pour ça en tout cas il n'y a pas la place on nous apprend à ne pas laisser la place à ça après est-ce que c'est préjudiciable ou pas peut-être oui non c'est super intéressant et puis moi je n'ai pas raison à la place des autres en fait je me dis juste que pour moi ce serait de la folie de fonctionner sans mes émotions parce que ça me diminue beaucoup plus qu'autre chose et puis l'avantage de mon émotion c'est que c'est elle aussi qui va me permettre d'avoir un surcroît d'énergie de motivation de alors il y a des phases du coup c'est sûr que c'est peut-être moins stable que quelqu'un qui fonctionne sans émotions mais à la fois j'ai envie de dire on est différents ouais clairement donc du coup moi je peux juste le juger pour moi et savoir que moi je fonctionne beaucoup mieux en acceptant et vivant avec mes émotions clairement en fait vu que je les ai ces émotions le plus simple c'est de leur laisser la place au moment où elles sont là et ensuite une fois qu'elles se sont faites entendre elles acceptent de se dissiper alors que si je les repousse ça fait l'effet inverse et je perds du temps quoi ouais du temps et tu vois pour revenir à cette notion de sport je pense très certainement aussi de la performance tu la connais très bien donc j'en parlais ici puis ça a été une invitée Marie-Laure c'est ce qu'elle nous expliquait dans l'épisode dans l'épisode qu'on a fait ensemble où elle disait qu'en fait je crois que c'était à Sochi de mémoire ouais c'est à Sochi où elle s'est en fait elle s'est effondrée elle a fini en fait elle a pas fini elle est partie sur une civière et ça a été un espèce de je sais plus si c'est le terme qu'elle a utilisé mais un espèce de burn-out sportif une explosion en vol justement parce que et ça c'est la leçon qu'elle a apprise après coup il y avait eu qu'elle avait pas laissé place à elle ses motivations ses émotions comment est-ce qu'elle se sentait et que c'était performance performance performance jusqu'au point de rupture donc ouais et puis moi j'évolue aussi moi j'évolue dans des milieux qui sont qui sont dangereux quand même tu vois au-delà de la blessure il y a quand même des risques des risques d'accidents très graves de mort enfin la haute montagne en particulier c'est un milieu qui pardonne pas beaucoup les grosses erreurs et du coup du coup tu vas avoir besoin d'être connecté à toi d'être connecté au milieu d'écouter un peu une sorte d'intuition de pas nier trop de choses parce que tu peux le payer de ta vie quoi tu vois donc je trouve que c'est pas inintéressant d'accepter d'écouter voilà toutes ces choses qui étaient pas mises en avant avant et qui maintenant sont un peu plus qui ont un peu plus de place et en tout cas moi dans ma vision c'est capital quoi ouais et justement t'aurais une anecdote à nous partager d'une situation où tu t'es retrouvé que ce soit en mer ou en haute montagne tu t'es retrouvé en situation de danger et le fait de laisser parler tes émotions a fait partie de la réponse non je pense que non je pense que les quelques situations dramatiques où je où ma vie a été en jeu là j'ai touché un truc du doigt qui est c'est assez difficile de l'expliquer avec des mots et je crois que les gens qui le vivent le savent de quoi je parle mais sinon c'est dur à bien détailler qu'une espèce de réaction de survie un peu surpuissante où t'as un stock d'énergie auquel t'as pas accès le reste de ta vie pourtant moi je vais en chercher de l'énergie dans moi tous les jours mais là dans les situations de survie c'est un truc qui est vachement animal tu vois c'est vraiment une réaction de survie hyper puissante donc c'est c'est bon à savoir que t'as ça parce que du coup ça te donne aussi un peu de paysage à ta pratique tu te dis ben ok bon tu peux pas compter dessus mais par contre moi il y a une espèce d'évidence de survie que j'ai déployée dans des situations où j'aurais pas pu penser que j'avais cette réserve là par contre pour revenir à ta question je pense que je me suis beaucoup servi de mes émotions et de mon ressenti pour gérer des situations et éviter des incidents ou des accidents ça par contre c'est mon quotidien c'est d'être énormément connecté à ce ressenti là et on m'avait questionné une fois dans une émission sur la place des intuitions et moi ce que je pense c'est que l'intuition en fait c'est pas un truc qui est mystique c'est juste quelque chose qui n'arrive pas à la conscience mais qui est fondé quand même c'est à dire que je pense qu'on a beaucoup plus d'expérience et de choses en nous que ce qu'on peut ramener à notre conscience donc pour moi l'intuition c'est juste le fait de faire confiance à ce qui est en nous mais qu'on met pas à la conscience donc pour moi l'intuition c'est hyper positif et je m'en sers je m'en sers je dirais pas que je vais suivre que ça parce que tu peux être biaisé aussi par plein de choses dans ton intuition mais par contre c'est hyper intéressant d'aller jouer avec ça et c'est ce que je dis souvent quand je forme c'est de dire la peur en fait c'est un grand terme mais il y a mille peurs il y a mille manières d'avoir peur et même avec soi-même on a des peurs qui sont plus ou moins vraies qui sont plus ou moins traîtres qui sont plus ou moins importantes t'en as qui se mettent pour réellement te protéger de quelque chose t'en as d'autres qui se mettent parce que t'as une vieille croyance qu'il faut que t'ailles bousculer t'as plein de peurs différentes et donc c'est apprendre moi ce que je trouve génial c'est quand t'apprends à fonctionner avec ça c'est de se dire ah bah cette peur là elle me fait bien rire et une fois que je vais lui dire oui oui c'est bon je t'ai entendu en fait je vais passer par dessus alors que t'en as d'autres où elles vont me faire dire

et donc ce que je trouve génial c'est que quand tu commences à jongler avec ces émotions tu peux être hyper subtil avec elles de la même manière que toutes les autres branches de l'arbre tu vas pousser ton expérience et ta technicité pour être très fin dans ton jugement mais tu peux faire pareil avec les émotions et c'est de dire bah ok j'ai cette émotion là mais je vais creuser plus loin je pleure un coup mais en même temps je réfléchis de tiens de quoi elle me parle cette émotion est-ce que je pousse ou est-ce que je pousse pas qu'est-ce qui est juste de faire rester attentif aux signaux en fait j'ai l'impression aux signaux et puis se connaître du coup tu vois se mettre mille fois à l'épreuve d'une émotion pour savoir que elle est beaucoup plus subtile que juste le grand terme qu'on utilise tiens je pleure je suis triste ouais tu vois c'est en fait c'est beaucoup plus subtil que ça nos émotions et du coup ouais de se créer un peu une base de données de nos réactions et de nos possibilités face à nos émotions et puis de et puis de les rendre plus fines que ça quoi ne pouvoir vraiment jouer avec quoi quand tu peux waouh et bien en fait c'est pas un échange sur l'alpinisme et la course au large c'est du développement personnel c'est génial mais alors justement qu'est-ce que tu vas si on bascule sur la mer qu'est-ce que tu vas chercher dans la course au large

en solitaire ?

alors pour l'instant j'ai absolument pas fait de solitaire parce que je suis plutôt dans une phase de découverte apprentissage progression un peu intégrer le milieu ses codes essayer de trouver comment comment y rentrer et puis y faire une petite place donc je peux pas encore comparer mon vécu en solitaire en voile puisque j'en ai pas par contre ce que je vais chercher dans la course au large et qui est une évidence pour moi dans mes tripes quoi tu vois c'est pas mon mental qui m'explique mais c'est un truc que je ressens très très fort c'est exactement la même chose que ce que j'ai trouvé en montagne avec en plus le plaisir de partir un peu de zéro et de devoir tout apprendre donc en fait ça me stimule énormément parce que c'est une gymnastique que j'adore comme je t'ai expliqué c'est la même gymnastique que l'alpinisme pour moi dans ma tête donc je renie absolument pas mon côté montagne et le plaisir que j'ai à être guide j'ai le même en fait en mer à avoir cette gymnastique là sauf que en plus de ça ça me stimule pour tout découvrir donc j'ai les yeux grands ouverts j'ai des questions dans tous les sens le soir j'ai envie d'aller bouquiner d'aller poser des questions dès que je rencontre quelqu'un j'écoute tout enfin tu vois je retrouve un peu je me revois il y a 20 ans quand j'y connaissais rien et je voulais tout comprendre et ben là là je suis pareil mais avec tu vois avec l'expérience du mécanisme de comment mettre tout ça en place donc en fait c'est génial c'est que ça va vachement plus vite en plus qu'en montagne j'apprends beaucoup plus vite parce que je connais déjà ce mécanisme et je le maîtrise en partie et je rajoute et maintenant j'ai juste à mettre le contenu dedans donc en fait c'est un vrai jeu pour moi c'est c'est un vrai jeu et du coup je me sens mais super vivante quoi super vivante et en plus ce qui est chouette c'est que ben t'as compris que tout ne s'était pas fait facilement dans ma vie qu'il y a eu autant d'échecs que de réussites enfin c'est dur à comparer mais il y a eu des moments durs il y a eu voilà il a fallu du temps pour que je trouve les voies pour me sentir bien etc et l'avantage de tout ce travail là c'est que je ressens si je suis bien ou pas bien si c'est là où je dois aller ou pas et là j'ai une certitude sur la force large qui est assez c'est assez bluffant tu vois enfin je vois bien que le regard des gens il est un peu sceptique dans le sens où je viens d'apprendre ce que c'était que la voile et dirais que je veux me lancer dans un gros truc c'est un petit peu gourmand tu vois c'est un peu ambitieux et on demande à voir quoi et moi je me dis ben peu importe le résultat ce qui est sûr c'est que je suis là où je dois être et que je m'y sens vraiment très bien quoi même si je suis même si je suis nulle même si ça mène nulle part ben c'est une très bonne place pour moi quoi c'est aligné et et ça c'est chouette ça m'est pas arrivé ça m'est pas arrivé très souvent dans ma vie de cette sensation d'alignement tu sais où tu je sais pas si tout le monde a ça ou si les gens ont ça mais l'écoutent pas forcément ou mais en tout cas ça m'a fait ça pour le guide c'était une certitude et le solitaire ça a été pareil et là j'ai la même chose pour la voile c'est de me dire mais je peux pas faire autre chose c'est impossible quoi c'est même si je dois galérer même si ça s'annonce très très compliqué je vois pas comment je pourrais faire autre chose de ma vie quoi ouais c'est une évidence une évidence ouais c'est compliqué à expliquer aux gens parce qu'il faut justifier que à presque 40 balais mais comment tu vas faire ben en fait j'en sais rien en fait mince j'ai pas tout établi ouais c'est sûr ça s'annonce pas raisonnable du tout mais par contre c'est pas autre chose quoi ouais non mais c'est intéressant de voir comment enfin déjà je pense que t'as de la chance d'avoir ces évidences tu vois qui sont venues qui sont imposées et puis surtout du courage de les écouter et de te donner les moyens de foncer dans ces différents univers et du coup peut-être la question sur la suite c'est quoi le l'objectif le grand objectif s'il y en a un tu disais que pour le moment t'as pas vraiment de plan mais est-ce qu'il y a une direction que tu suis est-ce qu'il y a une course en particulier qui te fait absolument rêver ou je sais pas un niveau de technicité que t'aimerais atteindre où tu dirais bon là j'ai fait mon elle capitale de la mer ouais ouais c'est c'est marrant comme question bah il y a un côté où j'ai un peu de pudeur parce que je me dis c'est des rêves et donc tu vois un rêve il a la possibilité de jamais se réaliser donc c'est c'est un peu un peu gênant d'en parler parce que tu te dis bon mais en soi c'est pas grave parce qu'en plus surtout que ça c'est un truc que j'apprends avec la course au large c'est que t'es obligé de parler des choses avant de les faire parce qu'il y a une question de budget là où en montagne tu peux te permettre d'être caché dans ton coin et de dire juste une fois que c'est fait ce que t'as fait dans la course au large c'est impossible t'es obligé de vendre le projet pour obtenir des budgets donc du coup j'apprends à faire ça un peu plus assumer mes rêves et les dire donc bah moi grosso modo mon rêve ce serait de faire une route du rhum en solitaire donc c'est une course transatlantique sur voilà sur un bateau idéalement classe 40 c'est des bateaux de 12 mètres qui sont assez physiques donc je retrouve quand même le plaisir de la dépense physique que j'ai habituellement en montagne et puis ouais le côté solitaire c'est pas du vrai solitaire parce que en fait tu travailles avec une équipe complète pour arriver à mener des projets comme ça à bout une équipe qui reste à terre mais sur le bateau t'es tout seul voilà c'est ça toute la préparation en fait la course en elle-même c'est vraiment juste la partie visible de l'iceberg mais la préparation elle se fait vraiment longtemps en amont et il y a du monde avec qui tu fais ça donc voilà ça lie un peu comme ce que je fais en montagne et beaucoup de relationnel et à la fois une réalisation où là t'es avec toi-même dans ta manière de faire et où tu peux te rapprocher vraiment de l'essence de qui tu es et donc voilà j'avoue que un format un peu long parce que c'est sûr que je pourrais faire traverser Marseille-Corse en solitaire mais mais pour moi ça va pas chercher assez loin pour que j'aille au fond de moi-même donc voilà voilà un peu mon rêve je sais pas si c'est un rêve ou un projet j'essaye que ce soit les deux et pourquoi on se rende compte parce que ça fait ça fait plusieurs fois que tu parles de l'aspect financier tu vois qui change quand même pas mal de choses par rapport à l'alpinisme pour les régates pour la course au large typiquement la route du Rhum c'est des budgets

de combien ? ça peut être un budget on va dire que c'est des budgets plutôt annuels parce que tu essayes qu'ils sont un peu pérennes d'une année sur l'autre par rapport à l'amortissement du bateau mais c'est des budgets à 300 000 euros par an ça peut être plus ou moins en fonction de ton ambition de performance ou de ta tolérance à la galère mais voilà pour être confortable oui un budget de 300 000 euros par an c'est pas incohérent ok ouais quand même ouais c'est des bateaux qui déjà qui coûtent cher et puis qui exigent énormément d'entretien et plus après toute la logistique de fonctionnement les inscriptions les réparations les assurances toute la communication qu'il y a autour donc tout ça en fait ça chiffre énormément donc du coup c'est ce qui fait que c'est impossible en tout cas dans ma situation c'est impossible de faire ça moi-même j'y arriverai pas toute seule je serais obligée de fonctionner avec des partenaires qui vont écrire l'histoire avec moi et participer financièrement ok bon écoute on va croiser les doigts espérer que qui sait peut-être quelqu'un sur le podcast connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui a une entreprise qui serait intéressée mais ouais ça fait effectivement un gros budget ouais et ça toutes ces démarches tu t'es autorisée à déjà commencer à les lancer tu vois envoyer des dossiers etc pour cette route du Rome ou pas encore ouais ouais alors j'ai commencé ça a été ah bah c'est un projet alors c'est plus un rêve c'est un projet ça y est non mais s'il marche pas ça redevient un rêve donc je ne sais encore pas ouais non j'ai mis très longtemps à assumer justement d'en parler comme d'hab c'est toujours la partie la plus longue moi je trouve de croire en soi au point d'en parler au monde extérieur donc j'ai pris du temps pour ça ça n'a pas été que rose ça correspondait à une période aussi de remise en question par rapport à la montagne par rapport à des blessures des trucs comme ça donc ça n'a pas été que facile de faire ce chemin là mais là je l'assume à peu près même si je sais que techniquement c'est un peu ambitieux de vouloir faire ça alors que tu as des tonnes de marins extrêmement compétents qui font ça depuis toujours et qui n'arrivent pas à aller sur ce genre de course parce que budget etc moi j'essaie de travailler de me forcer à croire dans mes qualités dans celles que j'ai développées on va dire par le biais de la montagne qui sont voilà des qualités à gérer énormément de paramètres avec avec beaucoup de précision pour maintenir tout le monde en sécurité en montagne et ça en fait j'ai tendance à me dire tu ne connais rien la mer tu ne sais pas naviguer et j'essaie de me répondre oui mais tu es experte d'un milieu qui est extrêmement exigeant et c'est un peu ça qui m'aide à l'assumer et puis après au final je me dis mes rêves ils ne coûtent rien aux autres au pire des cas ils me coûteront à moi et encore et encore si j'y mets de la conscience et que je sais que je prends un risque à essayer d'accomplir un rêve reste à moi d'apprécier le chemin pour y aller au point que si ça ne va pas au bout j'aurais quand même vécu quelque chose en chemin donc j'essaie d'être dans cette démarche-là et effectivement je peux assumer que j'ai ce rêve-là et par contre je n'ai aucune idée si je serais sur la ligne de départ c'est encore complètement incertain on l'a dit plusieurs fois dans la conversation mais on ne contrôle pas le résultat donc fou le gaz sur les actions c'est super intéressant et si tu devais un des objectifs du podcast le vrai objectif officieusement dont je ne parle pas trop c'est qu'en fait c'est juste l'occasion de discuter avec des invités complètement fous et ça c'est génial pour moi mais officiellement l'objectif c'est quand même d'inspirer les gens de faire en sorte qu'ils retiennent des leçons des choses qu'ils peuvent appliquer dans leur vie tous les jours à travers ces échanges avec des personnes qui comme toi ont réussi à trouver des projets sur lesquels ils sont alignés et puis surtout à se lancer donc moi je serais curieux de savoir si tu devais faire un espèce de mix entre toute ton expérience tout ce que tu as appris à travers les différentes étapes par lesquelles tu es passé dans l'alpinisme et puis ce que tu es en train de mettre en place dans l'univers de la course au large quelle leçon est-ce que toi enfin leçon quel conseil est-ce que tu auras envie de partager aux auditeurs aux auditrices qui tu vois potentiellement réfléchiraient à se lancer dans d'autres univers ou pas mais qui hésiteraient encore j'ai envie de citer de citer Jean-Louis Etienne que j'aime bien et qui dit qui dit une phrase qui me parle beaucoup il dit on ne repousse pas ses limites on les découvre et ce que j'aime dans cette phrase c'est qu'en fait elle dit qu'on se trompe sur ce qu'on imagine de nous-mêmes donc on croit que quand on fait quelque chose de grand on est devenu quelqu'un d'autre moi je pense juste qu'on a accepté d'être cette personne-là mais qui sommeillait en nous forcément et donc en fait la limite elle est beaucoup plus loin que ce qu'on imagine et moi il y a une phrase que je dis souvent à mes équipes que je forme je leur dis il n'y a de limite que votre audace et votre imagination et tu vois c'est comme le jour où je me réveille où je me dis tiens j'ai navigué quelques jours dans ma vie et je traverserais bien l'Atlantique toute seule c'est une imagination qui est complètement délirante mais vu que mon imagination elle n'a pas de limite parfois et que derrière j'ai l'audace de me dire et si c'était vrai et bien en fait il suffit juste de ça tu vois juste de se dire c'est un truc qui me parle je ne sais pas pourquoi je ne peux pas l'argumenter et ça va être compliqué de faire face à ce que les autres vont dire mais juste écouter ce truc-là qui ouvre un peu les portes de quelque chose de très grand qu'on a au fond de nous et qu'on s'interdit souvent en fait de vivre d'assumer et donc je pense je pense que les clés on les a tous après moi je ne juge pas les gens qui ne vont pas accéder à cet univers-là parce qu'on est tous très bridés par tout un tas de choses et la vie elle est simple pour personne mais par contre je pense qu'en acceptant de sortir un peu de la zone de confort et des attendus de tout le monde de la société de l'entourage de soi-même de ce qu'on s'est fixé en sortant un peu de ces attendus-là le monde il nous appartient on peut tout faire ou en tout cas on peut essayer de tout faire et qu'est-ce qu'on risque tu vois au final si on se met bien d'accord qu'est-ce qu'on risque moi dans ma pratique je suis quelqu'un d'hyper sécu parce que risquer la mort ça ne me plaît pas du tout donc j'ai une pratique qui est très safe tu vois souvent les gens ils ne me croient pas quand je leur dis que je prends très peu de risques quand je leur dis que je suis une peureuse ils ne me croient pas je dis si si c'est juste que ça je le contrôle donc j'ai une technique imparable pour la plupart des choses j'accepte que le jour ce sera mon heure je maîtrise tout ce qu'il y a à maîtriser pour ne pas mettre ma vie en jeu par contre le reste qu'est-ce qu'on craint tu vois est-ce que tu seras plus malheureux à avoir tenté quelque chose et de ne pas avoir atteint l'objectif que tu n'avais peut-être pas très bien placé en fait c'était peut-être juste que tu t'étais trompé d'objectif ou est-ce que tu seras plus malheureux à ne rien avoir tenté et avoir atteint aucun objectif au final quand même c'est clair ouais mais après il faut être un peu joueur et accepter de jouer un petit peu aussi avec son confort ses habitudes la vision la vision normée du monde etc il faut un peu jouer comme tu jouerais à la coinge tu vois où tu mises un peu et puis et plus t'engages et plus tu vas marquer de points tu vois ouais wow super message bah écoute un immense merci Julia c'était absolument passionnant j'en regarderai mais je crois bien que j'ai même pas vu le temps passer je crois bien qu'on vient d'exploser le record du podcast sur la durée d'un épisode donc écoute moi je considère que c'est bon signe c'est que c'était en tout cas moi je me suis vraiment régalé donc un grand grand merci pour tous ces partages et puis surtout pour avoir accepté de vraiment te prêter au jeu et de bah de de partager vraiment tu vois quel a été ton parcours d'un point de vue d'un point de vue très personnel donc je trouvais ça vraiment hyper intéressant et bah une fois de plus merci et puis bah qu'est-ce que je peux te souhaiter plein de bonnes choses pour la suite je mettrai évidemment en description de l'épisode ton site comme ça si s'il y a des personnes qui veulent te suivre et voir un petit peu ce que tu fais et bah ils auront directement le lien notamment sur ton compte Insta qui est juste magnifique c'est une invitation au voyage je crois que je te l'avais pas dit encore donc voilà continue de poster ce genre de photos s'il te plaît c'est c'est mon petit bonheur chaque fois que t'en mets le moment d'évasion en mer en montagne c'est génial donc ouais tout ça pour dire un immense merci Julia et tout le meilleur pour la suite et bah un grand merci à toi aussi Loïc parce que du coup comme je te le disais j'avais écouté tes podcasts avant de te rencontrer et j'étais impressionnée ouais par ton ton humanité la douceur de ton approche et puis ton écoute et donc bah ça a pas démenti l'impression que j'avais eu donc c'est un vrai plaisir merci pour ça c'est vrai que c'est pas un exercice facile forcément de parler de de soi de savoir ce qu'on livre ou ce qu'on livre pas à tout le monde quoi et donc bah c'était hyper chouette de partager ce moment avec toi et et je me suis sentie super bien donc voilà j'espère que que ça aura plu aussi et puis à toi je te souhaite plein de plein d'audace et d'imagination pour ton parcours et puis ton de belles rencontres aussi dans dans les épisodes à venir avec des fous comme tu les appelles des frappés et bah un grand grand merci merci beaucoup Julia très bonne soirée à toi aussi merci beaucoup merci merci merci merci merci merci

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