Les Frappés Les Frappés
Saison 2 EP·090 Expédition #UTMB #PTL #Groenland

15 novembre 2022

Nicolas Marcillaud et Tom Gautier - Partir au Groenland sur un catamaran de sport - L'aventure en mode minimaliste

Durée · 1h23 · Transcription disponible

Nicolas Marcillaud et Tom Gautier

Le récit

Nico et Tom se sont récemment lancés dans une folle aventure !

Depuis la côte de l'Islande 🇮🇸 ils ont rejoint pendant l'été 2022 le Groenland 🇬🇱 à bord de Sedna, leur catamaran de sport ⛵️ spécialement préparé pour l'occasion.

Ce récit d'aventure est un appel au minimalisme et à une approche simplifiée de l'expédition. Partis avec le strict nécessaire, Nico et Tom nous démontrent qu'on peut tout à fait, avec les connaissances requises et en sachant s'entourer des bonnes personnes, se créer une aventure exceptionnelle en très peu de temps et avec peu de moyens.

Entre leur 1ère nuit glaciale 🥶 sur l'eau, leur rencontre avec un ours 🧸 et l'incertitude quand au trajet de retour vers l'Islande, Nico et Tom nous racontent tout.

Une vraie invitation au voyage, et à repenser la façon dont on le fait. Merci les gars, j'espère vous dire à bientôt sur une expédition !

🔎 Retrouvez les récits d'aventures de Nico au Svalbard et au Groenland. Nous avons parlé du Millet Expedition Project. Le film de leur expédition est ici.

🎙 Les épisodes de podcast auxquels nous avons fait référence sont:
Épisode #15 - Gilles Denis - Nanok Expedition - Le projet d'une vie au Groenland
Mon récit de la PTL by UTMB - Interview by Tiphaine

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Transcription

Lire la transcription intégrale

Nicolas Les frappés de la ville de France et de la ville de France et de la ville de France et de la ville de France et de la ville de France et de la ville de France.

Tom Nos propres doutes aussi, les problèmes matériels de dernière minute, tout ça a été évacué d'un seul coup. Parce que cette fois on était en mer, on allait dans la bonne direction et il ne restait plus que l'excitation de se dire qu'on partait en cata au Groenland.

Nicolas Au final, on se rend compte que ce n'est pas nécessairement en allant chercher la difficulté qu'on s'éclate le plus.

Loïc Hello, hello ! C'est Loic Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnels ou encore des anciens des forces spéciales. Leur point commun, la passion pour leur projet et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous Les Frappés ! Bienvenue Tom et Nicolas sur le podcast ! Merci Loïc !

Nicolas Merci Loïc, c'est bien d'être là !

Loïc Je suis ravi de vous accueillir. Alors là, les auditeurs ne pourront pas le voir, mais nous on a la vidéo et on a Nicolas qui est carrément dans son bateau. C'est juste énorme, c'est la première fois que je fais un épisode avec quelqu'un qui est sur l'eau, en partage de connexion, c'est juste magique. Donc trop trop bien ! T'es où là d'ailleurs Nicolas ? T'es dans quel port ?

Tom Là je suis à Nantes, donc pas vraiment un port, mais j'ai remonté la Loire il y a une dizaine de jours et je me suis installé au petit ponton qui est juste sur la Loire, en face du centre-ville, en face de l'île de Nantes. Donc je suis très bien installé là.

Loïc C'est énorme, c'est énorme ! Bon et toi Tom, c'est aussi exotique que ça ou un peu moins ?

Nicolas Un peu moins original, moi je suis dans mon appartement sur Grenoble, mais j'ai la vue sur les montagnes et il a neigé pendant 4 jours toutes les nuits, donc c'est assez canon le panorama.

Loïc Excellent ! Trop bien ! Ça commence fort, je pense que ça donne déjà le thème, on va parler aventure. Moi j'ai trop trop hâte de cet échange, quand on l'a planifié, j'ai passé pas mal de temps à lire et relire votre petit récap écrit que vous m'avez envoyé. On va partir en expédition du côté du Groenland avec un récit juste complètement ouf, une expédition que vous vous êtes monté vous-même et je pense que c'est une partie qui va vraiment m'intéresser. Comment est-ce que vous avez, avec les moyens du bord, comment est-ce que vous avez réussi à organiser tout ça ? Mais peut-être avant qu'on rentre dans le détail, ce que je vous invite à faire c'est vous présenter tour à tour. On peut peut-être commencer par, je ne sais pas, allez Tom, tu es à gauche de l'écran, tu es le premier, donc vas-y ! C'est parti !

Nicolas Et bien comme tu l'as déjà très bien introduit, Tom, j'habite maintenant à Grenoble depuis un an après avoir pas mal vadrouillé à l'étranger. Je travaillais avant dans le secteur corporatif et un jour je me suis rendu compte que la vie m'appelait autre part. Et à ce moment-là, j'ai commencé à penser un peu différemment et je me suis lancé dans le coaching et avec pour but d'allier vraiment le coaching à la pratique de la montagne, de la voile, globalement une certaine reconnexion à la nature pour faciliter le développement personnel de certaines personnes et le mien inclus. Et cette expédition en fait aussi grandement partie du côté plaisir. Génial !

Loïc Top ! Merci Tom !

Tom Oui, moi je m'appelle Nicolas. Depuis 2-3 ans, ma vie a commencé à tourner un petit peu plus autour de la mer et de plus en plus. Depuis 2020, qu'il y avait eu les premiers confinements et que j'étais parti voyager en bateau, ça m'a inspiré à chaque voyage à vouloir aller un petit peu plus loin et notamment plus vers le nord. C'est aussi comme ça qu'est née l'idée de l'expédition de cette année. Et en dehors des navigations, sinon je suis basé en France et je travaille comme en freelance, je fais de l'intelligence économique plutôt à Paris ou sur d'autres villes en métropole. Ok.

Loïc L'intelligence économique, ça consiste en quoi plus spécifiquement ?

Tom Donc, des études pour des sociétés. Donc récemment, j'ai plutôt fait ça sous l'angle de la prospective, qui consiste à réfléchir un petit peu à ce que pourrait être le futur, à quels pourraient être les scénarios dans lesquels une entreprise ou n'importe quelle organisation ou personne se trouverait dans 5-10 ans, donc à moyen terme.

Loïc D'accord. Intéressant. Excellent. Et alors, tous les deux, comment est-ce que vous vous êtes rencontrés ?

Nicolas Et bien, au final, ça fait un petit peu un an et demi que ma vie a commencé à tourner aussi et je me suis vite intéressé en fait à des expéditions, à des gens qui partent vraiment à la rencontre de nulle part, on va dire. Et ça a démarré, un fois je faisais un woofing dans une ferme de chiens de traîneau qui était tenue par deux anciens athlètes de course d'aventure. Et voilà, dans leur ferme, c'était vraiment cet esprit-là et ça m'a super inspiré à commencer. Et en rentrant en France, j'ai vraiment juste cherché, je pense, sur Google, expédition, mer, montagne, grand nord. Et en fait, je suis tombé sur l'expédie de Nico l'année dernière, Oswald Bard. On a discuté, il est venu skier dans les Alpes, on a sympathisé et voilà.

Loïc Génial. Donc, tu lui as juste envoyé un message, il t'a répondu et c'est là que tout a commencé. Ça ressemble à ça. Ouais, comme quoi, il faut oser, oser contacter les gens. Génial. Donc, alors là, je ne sais pas si on commence par le Svalbard de Nico, par votre XP Ensemble. Non, on va peut-être commencer par l'XP Ensemble. Donc, une fois que la rencontre a été initiée, enfin que les échanges ont été lancés, à quel moment est-ce que cette XP a commencé à prendre forme dans vos esprits ?

Tom Au début du... Ouais, au milieu du printemps, j'ai appelé Tom et je lui ai demandé ce qu'il avait prévu de faire cet été. Parce que j'avais ma petite idée en tête. En fait, l'origine de ce projet, c'était pour moi l'année dernière au Svalbard, en ayant navigué sur des côtes montagneuses, en ayant essayé de les explorer en mélange justement déjà voilées montagnes. J'avais été frustré d'une certaine manière par le fait d'être dépendant du bateau et que le bateau soit, par certains aspects, une contrainte. Il offrait énormément de liberté, il ouvrait énormément de possibilités parce que c'était le seul moyen d'accès à des endroits sauvages. Et puis de pouvoir se déplacer le long de la côte, d'y accéder, d'y parvenir. Mais le bateau était aussi toujours un petit peu en insécurité à cause de la météo, à cause des glaces aussi beaucoup. Donc on ne pouvait pas partir pendant 4-5 jours en montagne, l'esprit complètement libre. Et j'avais commencé à réfléchir à une manière de surmonter ça. Et la piste que j'imaginais, c'était de faire le choix de la légèreté. Donc d'avoir un bateau le plus léger possible pour pouvoir le mettre en sécurité plus facilement. Et être totalement libre une fois qu'on est à terre et une fois qu'on est en montagne.

Loïc Parce que, au Svalbard, comment est-ce que tu faisais en fait ? Est-ce qu'il y a des fonds qui te permettent de mouiller ou est-ce que tu es obligé d'arrimer le bateau au glacier ?

Tom Non, justement au Svalbard, on avait un bateau, un voilier habitable assez classique qu'on mettait à l'encre.

Loïc D'accord.

Tom Donc on trouvait des mouillages un petit peu protégés et on laissait le bateau à l'encre. Mais quand il était à l'encre, évidemment, il n'était pas à 100% en sécurité. Donc on pouvait partir à la journée, on partait deux jours. Parfois on est parti un peu plus longtemps lorsqu'on était vraiment certain que le mouillage était très protégé. Mais c'était quand même une prise de risque. On ne pouvait pas du tout se permettre de perdre le bateau. Donc, ça nous restait mieux d'en faire un peu. Ok.

Loïc Ok, ok. D'accord. Donc c'est cette partie à la fois, le bateau est un super moyen pour toi de découvrir, enfin de t'évader, un vecteur de liberté. Mais d'un autre côté, c'était un peu un boulet parce que tu ne pouvais pas vraiment faire ce que tu avais envie de faire à terre, c'est ça ?

Tom Voilà. Une fois qu'on était à terre, le bateau devenait une contrainte.

Loïc Oui.

Tom Donc, je me suis dit qu'il fallait essayer de trouver un moyen de conserver plus d'avantages qu'apporter le voilier. Le fait de pouvoir parcourir des centaines de milles pour accéder à un endroit sauvage. Le fait de pouvoir emmener un petit peu de matériel, le fait d'avoir de l'autonomie. Et puis en éliminant ce qui en faisait une contrainte. Donc le fait notamment qu'ils soient en danger lorsqu'on mettait au mouillage. Ok.

Loïc Donc l'idée que tu as eu, pardon vas-y. Pardon vas-y.

Tom Ah, c'est ça. L'idée que j'ai eu, c'est d'utiliser un bateau très léger, assez rapide quand même. Donc un catamarole de sport en l'adaptant. Et comme j'avais fait du ski avec Tom cet hiver, que je savais que lui, il avait envie de monter des expés comme ça. C'est assez naturellement. Et puis qu'il savait naviguer aussi. Ok. Il avait déjà fait de la voile légère et qui faisait de la montagne à Grenoble, qui s'était pas mal entraîné l'hiver dernier. C'était assez logique de lui proposer ça.

Loïc Parce que donc toi, alors pour replacer un peu vos backgrounds, toi Tom, tu es plutôt le… Donc votre aventure, comme vous l'avez dit, c'est mer et montagne. Non. Toi Tom, tu apportes plutôt la partie montagne, mais tu as quand même fait de la voile. Toi Nicolas, tu apportes plutôt la partie mer, mais est-ce que tu avais fait de la montagne aussi ?

Tom J'avais fait de la montagne… Oui, j'ai toujours fait beaucoup de randonnées.

Loïc Ok.

Tom Donc pas mal de randonnées en montagne, après du vrai alpinisme, pas trop, non. D'accord. Un petit peu du Post-Valbard l'année dernière. J'étais avec un coéquipier qui lui, voilà, qui connaissait mieux et donc qui avait le lead un petit peu sur cette partie montagne, donc tout ce qui est la sécurité sur les glaciers, etc.

Loïc D'accord. Donc toi Tom, par contre, sur cette partie, tu as l'expérience.

Nicolas C'est ça, ça fait quelques années que j'avais commencé par l'escalade en fait. J'avais commencé, comme la majorité des gens qui commencent l'escalade de nos jours, à l'inverse des années 70, par une salle d'escalade. Et graduellement, je suis passé du tout petit, du bloc, jusqu'à près de la voie en escalade et en extérieur, et de la grande voie, et après de l'alpinisme, etc. Donc crescendo, ça y allait crescendo, mais assez vite quand même. Et ça a permis, ouais, qu'on se sente à l'aise tous les deux au final d'aller sur un terrain assez non aseptisé comme ça.

Loïc Ok. C'est incroyable votre récit parce que finalement vous connaissiez assez peu. Et au moment où vous avez décidé de partir, l'environnement dans lequel vous vous êtes placé avec cette expédition, c'était quand même pas la montagne derrière le village quoi. Vous êtes parti, enfin côte est du Groenland, il me semble que vous, dans votre récit, vous expliquez que quand vous posez pied à terre, vous êtes en fait à 200 bornes du premier village. C'est ça, oui. Et Nicolas, tu nous disais que vous avez fait tout ça avec un catamaran de sport. Alors, je ne sais pas si ça parle à tout le monde. Moi, ça ne m'aurait pas parlé, je pense, avant de voir les photos. Mais quand je vois la tronche du... Est-ce qu'on appelle ça un bateau ou est-ce que c'est une embarque ? Enfin, je ne sais pas. Quand même, s'il vous plaît, un petit peu de respect pour notre bateau. En gros, c'est quoi ? C'est deux flotteurs ? Ouais, c'est vraiment un catat de sport. Donc, il y a deux flotteurs, un fil étendu au milieu et un mât qui fait combien ? 6 mètres ?

Tom Non, le mât fait 9 mètres.

Loïc 9 mètres ?

Tom Ouais.

Loïc C'est quand même hallucinant de voir ce sur quoi vous êtes partis. Enfin, il y a zéro protection. Vous seriez pris un orage, vous étiez complètement exposé. Vous, vos affaires, tout.

Tom On s'est pris des petits orages. En Islande, on a eu plus de chance. Il a fait assez beau. Mais oui, on avait fait le choix de la légèreté et on l'a joué à fond. Impressionnant. Je ne sais pas s'il pouvait vraiment y avoir de compromis. Enfin, le compromis était difficile à trouver parce que forcément, un bateau plus abrité, ça veut dire plus lourd, ça veut dire qu'on retombe dans les contraintes d'un bateau habitable. Oui.

Nicolas Ce qui est important de préciser peut-être pour les personnes un peu moins familières avec les différents types de bateaux comme ça, c'est qu'un catamaran de sport, on peut le hisser directement sur la plage. À vide, sans les affaires, il pèse 180 kg. Donc, en s'arrangeant un petit peu avec des palans, avec des mouflages ou quoi, on peut le tirer, notamment aussi parce qu'il n'a pas de quilles. Un bateau habitable va avoir une quille qui permet de le stabiliser sur l'eau. Le catamaran, il y a juste les flotteurs. À vide, il y a peut-être 20 cm qui est sous l'eau. Donc, on le tire sur la plage et hop, le problème est réglé. Donc, c'est sûr que d'aller dans l'extrême, dans cette solution-là, ça permet de faire des choses qui résolvent la contrainte quand on est à terre.

Loïc Oui. La légèreté, j'imagine que vous avez aussi dû… Enfin, ça a aussi été un critère par rapport à tout le matos que vous emmeniez, etc. Parce qu'un kata qui fait 180 kg, la charge utile, je vois, c'est 120 kg. Donc, est-ce que vous avez dû faire… Comment ça s'est passé du coup sur la partie logistique concrètement ? Ça a été quoi l'impact de partir avec un bateau aussi léger ?

Nicolas C'était vraiment qu'on se posait la question pour chaque toute petit item qu'on emmenait. Est-ce que c'est vraiment nécessaire de l'amener ? Donc, au final, je pense qu'on a essayé de faire le maximum de concessions sans faire là où c'était vraiment important. Pour tout ce qui était matos de sécurité, matos critique, on ne se posait vraiment pas la question du poids. Après, voilà, il n'y avait pas de superflu. On avait très peu de redondance au niveau du matériel non critique. Même si au final, dans ce genre d'environnement, on s'est rendu compte que même du matériel non critique peut devenir critique. On se dit par exemple une botte, ça ne paraît pas critique, une botte. Alors qu'au final, tu perds ta botte quand tu es en mer. Ça devient assez critique au final. Bref, on avait assez peu de redondance. On a été pour le matos le plus léger possible à la fois d'essayer de viser la multifonctionnalité. Même si ça a été aussi plus dur que prévu de trouver du matos qui fasse mer et montagne. À part les sous-couches d'Abby, ça a été vraiment dur. Mais voilà, essayer de chercher du matos qui puisse servir le plus possible au plus d'usages différents, on va dire.

Loïc Oui. Oh là là, impressionnant. Et donc d'un point de vue... Alors peut-être avant, parce que j'allais vous poser des questions sur la logistique, comment est-ce que vous avez acheminé le matos, etc. Mais avant ça peut-être, pour en revenir à ce que tu disais, enfin à ce qu'on disait un peu plus tôt sur comment est-ce que l'idée de l'expédition est née. Toi Nicolas, tu avais déjà une idée un peu en tête de ce que tu voulais faire par rapport à cette contrainte dont tu avais fait l'expérience Oswald Bard. Vous aviez passé l'hiver à Skis Ensemble, donc il y avait visiblement eu un bon fit et vous aviez des expériences complémentaires sur ce que vous pouviez amener sur l'expédition. Mais comment est-ce que du coup la suite, enfin comment est-ce que concrètement vous avez mis tout ça en place ? Est-ce que toi Nicolas, tu avais déjà des impératifs côté date ? Est-ce que tu avais déjà le bateau ? Enfin comment est-ce que tout ça s'est construit et a pris forme ?

Tom Non, j'avais une ébauche de projet. Quand j'ai proposé le truc à Tom, il y avait la destination, il y avait la manière d'y aller, mais pas le bateau. Et voilà, on a commencé à définir ensemble un petit peu mieux le projet, à étudier aussi chacun de notre côté le terrain, à réunir les informations qu'on pouvait trouver sur cette zone, sur ces montagnes, sur cette côte, sur les conditions météo, sur ce qu'il fallait faire aussi au niveau administratif, les permis, les assurances.

Loïc Ah oui.

Tom Comment on pouvait envoyer un bateau en Islande, puisqu'on a navigué de l'Islande au Groenland, mais on a envoyé le bateau démonter en Islande. Donc plein de choses logistiques et de planification, de préparation, sur lesquelles on a commencé à bien plancher, à partir du mois d'avril je crois. Avril-mai, un peu après peut-être.

Nicolas Dans la partie très concrète, en gros, Nico m'a appelé le 8 mai, en me disant « Salut Tom, j'ai une idée, blablabla ». Et je dis « Ok, ça se représenterait pour quand ce projet-là ? » Il fait « Oh, faut qu'on soit au Groenland au mois d'août ».

Tom On a appelé deux dernières notes, on a décidé, puisque la fenêtre durant laquelle on peut aller au Groenland est très très courte. Jusqu'au mois de juillet, là, il y avait beaucoup de glace, c'est-à-dire de la banquise dérivante le long des côtes, qui empêche l'accès à la côte est du Groenland. Encore à la fin du mois de juillet, il y a certains bateaux plus au sud qui avaient dû faire demi-tour, qui n'arrivaient pas à passer. Donc, on ne peut pas y aller avant la fin du mois de juillet. Et à partir du mois de septembre, la météo devient de plus en plus difficile, les nuits rallongent beaucoup. Nous, en août, on avait encore des nuits très courtes et pas très sombres. Mais à partir du début du mois de septembre, il fait plus froid, les nuits sont plus longues, les dépressions se succèdent aussi un petit peu plus rapidement au sud de l'Islande et on ressent les effets. Donc, le temps devient beaucoup moins bon et le risque pour nous, c'était de ne pas réussir à rentrer en Islande. Et on n'avait pas le choix. Il fallait absolument qu'on rencontre. C'était quelque chose avec laquelle on ne pouvait pas transiger du tout. Donc, on avait une fenêtre d'un mois durant laquelle on pouvait aller et revenir du Groenlande. C'était le mois d'août. Donc, on n'a pas vraiment décidé des dates. Il fallait être prêt pour y aller au mois d'août.

Loïc Tom, qu'est-ce qui t'est passé par la tête quand il t'a dit « Le 8 mai qu'en août, il fallait être au Groenland » ?

Nicolas Ouais, je ne sais plus. C'est dur de se replacer dans ce contexte-là. Mais il me semblait que c'était un petit peu… j'étais très incrédule. Je me disais « Ça a l'air ouf, mais comment ? » Et après, je me suis dit « Bah écoute, pourquoi pas en soi ? » Il a l'air conscient dans son truc. Ça a l'air pesable. Ça avait l'air de marcher théoriquement. Ça marchait. Ça marchait. Donc, je me suis dit « Vas-y, on y va et on va voir ce qui se passe. »

Loïc Et donc, une fois que la décision a été prise d'y aller, comment est-ce que vous êtes organisé ? Parce que vous êtes présentés tous les deux. Vous n'êtes pas des aventuriers pro dans le sens où vous ne faites pas que ça à temps plein avec des sponsors derrière vous, etc. Donc, je suppose qu'il y a eu des contraintes aussi côté taf, même si vous êtes en freelance. Et puis, des contraintes aussi budgétaires. Donc, comment est-ce que vous avez structuré l'XP dans les premières étapes ?

Nicolas La première étape, vraiment, ça a été de débroussailler le terrain. Donc, Nico, vraiment, avait une ébauche, comme il disait, la destination, comment on y va, etc. Il y a énormément de questions qu'on n'avait absolument aucune idée. Donc là, on a essayé de parler le plus possible à des gens qui ont été, des gens qui sont familiers avec le coin, qui sont familiers avec ce type d'embarcations. Ils ont fait potentiellement des traversées océaniques avec des bateaux, pas forcément de cette taille-là, mais un tout petit peu plus grand et qui sont aussi non habitables. Des gens qui ont été grimpés sur place. Tout ça pour essayer d'accumuler un peu de l'information et utiliser la connaissance des autres. Après, on a évidemment essayé de trouver des sources de financement. Ce qui nous a permis de structurer le projet un peu plus. Aussi, au final, c'est comme de faire un business plan pour son entreprise. Ça aide à comprendre les tenants et les aboutissants. On a, début juillet, début juin, été un des lauréats du Mie Expedition Project, qui est une bourse d'expects. Globalement, en termes concrets, ça nous a aidé à peut-être 20% en termes matériel et financier. C'était des partenaires à 20% de tout ce que ça a pris au total. Mais ça a été quand même un gros coup de boost. Au final, on s'est dit, le projet, voilà, là c'est réel maintenant. On y va et on donne absolument tout. Donc après, Nico travaillait, mais travaillait aussi à temps partiel dans un chantier naval au final, ce qui nous a aidé à avoir d'autres contacts, du matériel, etc. Et moi, j'ai pas mal pris un bon temps off sur mon travail. J'ai continué à suivre les clients que j'avais, mais j'ai pas cherché plus d'œuvres que ça, on va dire. Donc ça a permis de libérer pas mal de temps pour bosser là-dessus. Top.

Loïc Le Mie Expedition Project, est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus ? En quoi ça consiste exactement ?

Nicolas Ouais, c'est une bourse d'expérience au final. Donc c'est trois lorées apparents qui sont soutenues par Mie et d'autres marques, dont Katazine, qui comprend Nemo, Optimus. Il y a aussi Sumto, la marque finlandaise. Et après, des marques comme Montagne Mag, Air Coop, le groupe militaire de Haute Montagne, et qui donnent donc un soutien financier matériel et en connaissance. Par exemple avec le GMHM, le groupe militaire de Haute Montagne, qui sont déjà allés dans le coin là-bas. Ils nous ont fait un peu des récits d'expérience. Ils nous ont donné des choses auxquelles penser, auxquelles prévoir au final. Génial. Super.

Loïc J'avais regardé il y a quelques années, je ne sais même plus pour quel projet j'avais à ce moment-là, mais j'étais allé regarder et je trouve que c'est juste génial. Je ne sais pas si c'est la seule bourse d'expé en France, mais c'est peut-être une des plus connues et une des mieux dotées, il me semble.

Nicolas Il y en a pas mal de ce style-là au final, je ne sais pas exactement, mais je pense qu'il doit y en avoir. Nicolas, tu me dis si tu me trompes, mais peut-être cinq, quelque chose du style, qui ont un peu des angles différents.

Tom Il y a d'autres bourses d'aventure, oui.

Nicolas Ok. Ok, ok.

Loïc Mais vous êtes allé hyper vite du coup, parce que si tout ça s'est décidé en mai, qu'en juin vous aviez déjà le retour de milliers, c'est que c'est bien tombé par rapport à leur date de clôture d'envoi des dossiers ou ils valident des projets potentiellement toute l'année ?

Tom Non, ça s'est bien conjugué, l'appel à l'expé était exactement au moment pour nous. Et c'est vrai qu'une fois qu'on a confirmé l'expé, tout est allé très vite. On a travaillé très dur chacun de notre côté pour toute cette partie justement de planification, de mise en forme du projet, aussi parce que comme disait Tom, le fait de le pitcher, de le présenter à des partenaires potentiels, nous ça nous oblige à définir aussi entre nous exactement ce qu'on va faire, pourquoi on va le faire, nos motivations. des discussions, je ne sais pas, qu'on n'aura peut-être pas forcément eues spontanément et qui participent à l'élaboration et à la définition du projet. Et puis en juin, on a acheté le bateau, on a acheté un catamaran de sport d'occasion avec l'objectif de passer quelques semaines à le préparer, à l'adapter. J'avais beaucoup discuté avec à peu près tous les gens, ils ne sont pas très nombreux, qui avaient fait des choses un petit peu similaires, soit qui avaient navigué un peu au long cours sur des tout petits bateaux comme ça, soit qui connaissaient mieux que nous ces régions-là et cette zone de navigation. Et donc pour certains points, j'avais une idée assez précise de ce qu'il fallait qu'on fasse comme travaux, comme adaptation sur le bateau. Sur d'autres points, pas du tout. On a complètement essayé d'inventer ce qu'il pouvait y avoir comme solution.

Loïc Qu'est-ce qu'il y a eu comme modification du bateau pour permettre de faire ces 200 miles ? C'est ça un 200 miles entre l'Islande et la côte Est ?

Tom D'une part, il fallait le renforcer, il fallait faire en sorte qu'il soit capable d'effectuer une navigation auturière, une navigation au large. Il y a 200, on a parcouru 200 000 nautiques à peu près entre l'Islande et le Groenland.

Loïc Avec 200 000, les miles c'est terrestre, c'est ça ?

Tom Non, c'est au fond du 1000 terrestres ou 1000 nautiques. Ah ok, c'est ça.

Loïc Mais pour info, pardon, excuse-moi Nicolas, mais juste petite parenthèse, 200 000 nautiques si je ne me trompe pas, je confonds toujours les deux, je crois qu'un 1000 terrestres c'est 1609 mètres et un 1000 marins c'est 1800 quelque chose. 1852 si on veut être précis. 52, voilà précis. Ok, donc au final quasiment 400 km entre l'Islande et votre destination.

Tom Ouais, un petit peu moins, 360.

Loïc Ok, ok.

Tom Donc voilà, faire en sorte que le bateau soit capable de traverser. Ce n'est pas du tout des bateaux qui sont faits comme ça, en général ils naviguent plutôt à quelques milles de la plage, voire quelques centaines de mètres. Faire en sorte qu'ils soient capables d'emmener notre matériel. On avait une grosse centaine ou 130 kg de matériel à peu près, avec en incluant notre nourriture, notre eau, notre matériel d'alpinisme aussi, et de bivouac. Et puis tout pour réparer le bateau, pour nous soigner si on avait besoin. Et enfin, faire en sorte que le bateau soit, puisse être hissé comme le décrivait Tom tout à l'heure, sur les plages. Et puisse rester là pendant que nous on était en montagne. Donc ce qu'on a fait comme modification, ça a constaté d'une part un gros gros check de toutes les pièces du bateau, tous les rivets, tous les boulons, toutes les parties matérielles, on les a vérifiées. Reprendre tous les éléments des points de fragilité qu'on identifiait, sur des jonctions, sur la coque par exemple. Et puis ajouter des équipements. Il y avait déjà sur le bateau des ailes, c'est-à-dire des bancs sur le côté qui nous permettent d'être assis et de barrer un petit peu plus à l'abri qu'en étant sur le trampoline. Mais on a par exemple amélioré, on a insubmersibilisé les flotteurs, c'est-à-dire qu'on a mis de la mousse à l'intérieur pour être sûr que le bateau soit incoulable. On a ajouté des bandes en caoutchouc sous les flotteurs pour le protéger des rochers ou des glaçons. On a ajouté des types de flottaison en tête de mât pour empêcher un retournement du bateau en cas de chez virage. On a revu toute l'étanchéité de toutes les trappes, de toutes les ouvertures qu'il pouvait y avoir sur les flotteurs. On a ajouté une ligne de vie, on a ajouté un trampoline avant, plein de petites choses comme ça pour adapter le bateau en fait à ce programme.

Loïc D'accord.

Tom Et ça nous a pris en gros deux grosses semaines de chantier plus un certain nombre de soirs.

Loïc Et ça vous aviez les connaissances pour le faire vous-même ou vous avez été aidé ?

Tom En partie. On a été conseillé, on a demandé conseil à énormément de gens. Et je pense que les personnes les plus compétentes pourront nous conseiller sur ces points. Donc je pense qu'on a été bien conseillé, mais ce n'est pas des éléments sur lesquels les gens peuvent avoir une science exacte. Préparer un bateau pour quelque chose comme ça, ce n'est pas quelque chose de commun et ce n'est pas non plus quelque chose qui avait été déjà fait, notamment en mêlant les deux côtés voies et montagnes. Donc les gens nous donnaient leur avis, ce n'était je pense que des avis très pertinents, mais sans aucune assurance que ce soit la bonne solution. Donc c'était des inspirations plus que des vraies solutions la plupart du temps.

Loïc Ok.

Tom Et sinon moi je m'y connaissais un petit peu en tout ce qui est maintenance, nautique, j'avais déjà utilisé des matériaux composites ou des choses comme ça. à force de naviguer et de travailler un petit peu sur les bateaux. Mais voilà, on a aussi beaucoup appris en faisant. Sur le tas. Exactement.

Loïc Et pour la partie montagne, Tom, la préparation elle a ressemblé à quoi de ton côté ?

Nicolas Au final, la préparation autant voile que montagne, on l'a faite assez conjointement. Et c'est sûr que le gros gros gros du travail en termes d'heures a été mis dans la préparation du bateau. Après, la préparation annexe pour la montagne, au final le matériel, que ce soit ici au Groenland ou quoi, on le connaît. Ça reste plus ou moins le même et il n'y a pas trop à inventer de nouveaux systèmes pour aller sur un glacier. Au final, un glacier, c'est le même élément, c'est de l'eau que je l'ai. Et voilà, pareil pour du rocher. Donc la préparation, ça a été d'essayer de comprendre quel type d'itinéraire on aurait la possibilité de faire sur place. Est-ce qu'on allait être dans de la glace, qu'on allait être dans du rocher, de la neige ? Faire un peu des suppositions là-dessus parce qu'on ne savait pas exactement à quelle zone on allait arriver. Ce n'est pas vraiment en se disant, ok, on va arriver au 69-26 nord et là-bas, il y a telle montagne. C'était plus on va arriver sur une côte à peu près à 200 km près de ce point d'arrivée. Qu'est-ce qu'on peut potentiellement trouver ? Donc parler à des gens encore une fois et se préparer un peu à toutes les éventualités. Le côté annexe de la préparation montagne, ça a été toute la préparation bivouac, nourriture, hydratation, préparation de la pharmacie et nous former, nous pour pouvoir agir en cas de pépins. Donc on a notamment fait une formation de secours en montagne avec une organisation de débauche qui s'appelle Secourissime, qui nous ont fait une formation un petit peu adaptée au secours en montagne en milieu très isolé. Donc ça diffère un petit peu du PSC1 qu'on pourrait avoir, où on assume qu'on a accès au secours dans les 30 minutes maximum, ou même 10 minutes si on est en ville. Voilà, c'était un peu une ambiance différente on va dire. C'est globalement ça.

Loïc Ok, ok, ok, génial. En fin de suite, j'imagine que ça a dû faire des semaines hyper intenses côté préparation avant le départ. Ben trop bien. J'ai l'impression que ce que je retiens pour clôturer un peu cette partie prépa, c'est que, en fait, j'ai quand même l'impression que c'est possible de le faire avec les moyens du bord. Versus, souvent j'ai l'impression qu'on a l'impression qu'il faut, enfin on a le sentiment qu'il faut avoir un matos incroyable, deux ans de prépa, des balises GPS de tous les côtés. enfin, vraiment une lourdeur hyper importante. Et en fait, ben, c'est un bon exemple parce que, ben voilà, avec un catat de sport un peu préparé spécifiquement, et quelques semaines seulement de prépa, ce que je trouve ouf, ben c'est carrément faisable. Donc franchement impressionnant sur la partie préparation.

Nicolas C'est comme pour tout, en final, du temps et du matos, ça peut toujours aider, il y a toujours moyen de le faire en mode très route. Donc après, ça dépend de la motivation. C'est clair.

Loïc Ouais, je pensais ça surtout, motivation. Génial. Si on rentre dans le détail de l'expé, donc une fois que, voilà, une fois que vous prenez le départ, déjà, je serais curieux de savoir quel sentiment est-ce que vous avez ? Parce que même s'il n'y a pas eu des années de prépa, c'était quand même, enfin, c'est quand même un sacré projet. Donc quand vous partez de Reykjavik, c'est ça, tu portes de Reykjavik ?

Tom Un tout petit peu à côté de Reykjavik, à Afnart-Fjordur pour être exact, qui est dans la périphérie de Reykjavik et qui est la localité où est présent un club de voile qui nous avait hébergé, avait hébergé le bateau pendant quelques jours avant qu'on parte, le temps qu'on le remonte, qu'on fasse quelques réparations dessus. Le voyage n'avait pas été de tout repos pour le bateau.

Loïc OK.

Tom Et qu'on soit prêt à partir. Au moment du départ, il y a eu plusieurs départs. Il y a le moment où on est parti justement d'Afnart-Fjordur pour cette première navigation. Et puis, un peu plus tard, le moment où on est parti d'Isafjordur, on a vraiment quitté l'Islande. Et je pense que ça a été les deux fois, il y a eu le sentiment de partir et de commencer quelque chose. En partant d'Afnart-Fjordur, on se posait beaucoup de questions sur le bateau. Parfois, on l'avait préparé, démonté, remonté. Mais on avait très peu navigué avec. Et on n'avait pas fait de vraie navigation, faute de vent en fait, à la fin et de temps aussi. avec le bateau, une fois les modifications effectuées. Donc, on ne savait pas exactement comment ça allait se passer. Si on naviguait longtemps avec, si on rencontrait des mauvaises conditions, du pro-temps. Il y avait beaucoup de points qui restaient des hypothèses. Et donc, ce départ, c'était aussi le moment où on allait enfin pouvoir tester tout ça et voir si tout le travail qu'on avait fait avait été bon ou pas. Si les idées qu'on avait eues étaient bonnes et pertinentes ou pas du tout. On partait pour la navigation. Le vent était contre nous. Mais voilà, il fallait qu'on parte de toute manière. Et on avait envie de partir. Et cette première navigation jusqu'au nord-ouest de l'Islande a duré trois jours. Et elle nous a apporté exactement ce qu'on attendait d'elle, puisqu'on a rencontré un peu toutes les conditions. On a eu du vent de phase, du vent portant, du vent très faible, de la grosse pétole, mais aussi des conditions plus musclées, avec 20-25 nœuds de vent bien établi. Et une mer un petit peu mouvementée en passant des caps où le vent s'oppose au courant. Donc, on a pu voir comment se comportait la cathare. On a pu voir ce qui n'allait pas. Par exemple, la façon dont on fixait le matériel sur le bateau ne convenait pas. On risquait de perdre, par exemple, des bidons. Mais de manière générale, ça nous a aussi beaucoup rassurés sur le comportement du bateau. On a vu qu'il se comportait bien, que chargé, il était moins rapide que ce qu'on espérait. On ne faisait pas les moyens auxquels on s'attendait. Mais en revanche, il était toujours assez sécurisant sur l'eau. Donc là, c'était très satisfaisant pour cette première navigation.

Loïc Pardon Nicolas. En parlant de sécurisant, vous étiez dans des combis étanches ? Tu parlais tout à l'heure de ce que vous avez fait au niveau du mât par rapport à si jamais vous chaviriez. Mais comment est-ce que vous étiez équipé, vous du coup ?

Tom Nous, on était en combis sèche. Donc, la combis sèche, c'est une combinaison qui n'est pas... Contrairement aux combinaisons néoprènes, comme celles qu'on utilise, par exemple, pour faire du surf ou de la plongée en général, la combis sèche va avoir des manchons en néoprène ou en d'autres matières au niveau des poignets, du cou et des pieds. Ce qui va empêcher l'eau de rentrer et on va rester complètement sec à l'intérieur. Donc à l'intérieur, on porte des habits normaux. On avait des sous-couches, des pulls en laine, des combinaisons. Chacun a une grosse combinaison thermique. C'est-à-dire une combinaison qui apporte de la chaleur. Et par-dessus, la combinaison sèche qu'on gardait en permanence, sauf lorsqu'il n'y avait vraiment pas de vent, et qu'on pagaillait, que la mer était totalement plate. À ces moments-là, on avait rapidement chaud, donc on ouvrait nos combis. Mais on ne les enlevait jamais complètement. Je crois qu'on ne les a jamais enlevés complètement. Et avec ça, notre corps était vraiment bien protégé. On avait des grosses bottes aux pieds et le point, toujours un petit peu délicat au niveau de la protection du corps, c'est forcément les mains. Parce que notre main en a besoin, donc on ne peut pas tout simplement mettre des grosses moufles étanches. Si ça existait, je ne sais pas si ça existe, mais dans tous les cas, ce ne serait pas opérationnel pour nous. Donc pour les mains, on a essayé plein de choses différentes. Il n'y a rien eu de vraiment satisfaisant, mais entre le néoprène, la laine, le caoutchouc, les gants de ski, on faisait des petits mix sur les moments et les conditions. Génial.

Loïc Et toi Tom, c'était ta première navigation de ce type ? Première navigation aussi longue aussi ?

Nicolas C'était définitivement une première navigation de ce type et aussi longue. C'est-à-dire que, indépendamment, j'avais fait des naves, mais beaucoup plus courtes, et je pense que j'étais beaucoup moins engagé dedans. Je n'étais pas nécessairement la seule seconde personne sur le bateau. Définitivement jamais sur un kata aussi exposé. Donc c'est sûr que c'était assez marrant parce qu'on s'est dit, au départ d'Aphine Fordour, on s'était dit bon, on va faire la navigation en deux fois. Donc, mentalement, je m'étais préparé à faire une navigation en deux fois. C'était une navigation longue, mais pas trop longue. Et donc, on passe une première nuit dehors. On s'est rendu compte, au final, du nombre de couches et d'épaisseurs qu'il fallait qu'on emmène aussi sur le bateau. Et à terre, on avait tellement chaud que c'était impossible d'imaginer mettre plus d'épaisseurs que ça. Et au final, la nuit, je me rappelle ne jamais avoir eu aussi froid de toute ma vie. Là, je me suis dit, comment est-ce qu'on va faire ? Alors qu'il faisait 10 degrés, l'eau était à 10 degrés. Là, je me suis dit, mais c'est fini, on va y passer, ça ne va pas marcher. Et au final, on prend le rythme et tout, on passe la deuxième nuit dehors parce qu'on tombe dans une zone de pétole, donc une zone où il n'y a absolument pas de vent. On passe la deuxième nuit dehors, on rajoute évidemment quelques couches. On n'est pas bêtes, on se rend compte qu'on a froid. Au moment où il n'y a pas de vent, on enlève la combi sèche, on rajoute des pulls, etc. Deuxième nuit dehors et après, bon, la troisième jour, on se rend compte qu'on va encore passer une troisième nuit un peu plus longue que prévu parce qu'on a décidé de continuer jusqu'à Isafjordour vu que les conditions étaient bonnes, donc pas d'arrêt sur la route. Et voilà, après 68 heures, il arrive à Isafjordour. Donc, comme disait Nico, c'était une super bonne nave de test pour le bateau, pour tout ce qu'on avait pensé. Mais aussi pour nous, juste voir se rendre compte, c'était à peu près 200 000 cette navigation, 180, je crois. Donc, exactement la distance qu'on ferait potentiellement vers le Groenland. Donc, ça a été vraiment top pour nous tester, nous aussi, au final.

Loïc Pour les nuits, vous faisiez comment ? Vous mouilliez ? Enfin non, j'imagine que vous n'aviez pas d'encre, mais vous arrêtiez ou vous arrêtiez ? Non, tout du tout.

Tom La nuit, il continue. Il n'y a aucune distinction entre la nuit et le jour. Tout continue pareil. À part quitter plus tard. On se relayait, on se relayait à la barre. Et voilà, la seule différence, c'est qu'on allumait nos lampes frontales pour voir le compas. Le compas, c'est-à-dire à la boussole qui nous donne notre direction. Et puis, on se reposait chacun de notre tour sur le trampoline. Donc, tout simplement, en se couchant, on se roulait un petit peu en boule en position fétale et on faisait des siestes. Ok. Ça marchait à peu près. En général, au bout d'une grosse demi-heure, on se réveillait à cause du froid. Mais on arrivait quand même à se reposer comme ça. Ok.

Loïc Donc, les trois premiers jours, c'était déjà complètement engagé. Vous n'aviez pas un abri au chaud le soir, à terre, vous n'étiez pas à l'arrêt quelque part. Il fallait déjà gérer le manque de sommeil, du coup, potentiellement ?

Tom Oui, on a tous les présentés en même temps. Et c'est pour ça que ça a été une super nave de test. Parce qu'on n'a pas isolé un par un et testé à part le bateau. Nous, on n'est pas à être progressivement. Et je pense que c'est une bonne chose de se mettre directement dans le banc. À fond dedans.

Loïc Donc, quand vous prenez le départ, alors moi, c'est plus une question pour Tom. Quand vous êtes parti, donc pour la deuxième fois, la première fois de Reykjavik jusqu'à… Alors, je suis désolé pour la prononciation. Isa Fjordur, c'est ça ?

Tom Oui, exactement.

Loïc Ok. Donc, il y a la pointe nord-ouest, pour celles et ceux qui n'ont pas de carte de l'Islande sous les yeux. C'est l'extrémité nord-ouest de l'Islande, donc le plus proche du Groenland visiblement. Donc, pour ce deuxième départ où là, pour le coup, les 200 000, ils étaient en haute mer et plus long de la côte. Comment est-ce que, Tom, tu t'es senti toi ? Parce que, encore une fois, vous connaissiez relativement peu. Est-ce qu'à ce moment-là, tu t'es dit « Ok, là, c'est chaud, c'est sérieux. Il faut que j'ai 100% confiance en Nicolas, ses capacités de nav, etc. » Ou est-ce qu'au final, tu vois, avec l'adrénaline de l'aventure, tu étais juste content de découvrir un truc complètement nouveau ? Je n'étais absolument pas juste content de découvrir quelque chose de nouveau.

Nicolas Ça, c'est la première partie de la réponse. J'étais évidemment extrêmement content de découvrir quelque chose de nouveau, mais je n'étais pas juste ça.

Tom On était en mer, tu pouvais plus quitter le bain de l'eau.

Nicolas Non, je pense que tout au long du processus, on se posait beaucoup de questions. Je me posais beaucoup de questions, justement, pour instaurer ce doute constructif et prendre la bonne décision. On allait être justement en haute mer dans un endroit où on sait que très fréquemment, même chaque semaine, chaque deux semaines, il y a des tempêtes qui passent. Il y a du cinquante nœuds dans le détroit. Il y a des vagues de 8 à 10 mètres. Voilà, c'est un endroit où il ne faut pas se retrouver au même moment. Même les gros bateaux qui traversent vers le Groenland de l'Islande ne traversent pas n'importe quand. Tout le monde attend la bonne fenêtre météo. Donc, nous encore plus. Donc, bien sûr, je me disais que dans tous les cas, il fallait que j'aie 100% confiance en Nico. Il fallait aussi que j'aie 100% confiance en moi-même d'avoir ce qu'il fallait pour le faire. On était bien au courant, je pense, de nos motivations et de nos go-no-go avec Nico. On avait discuté, notamment avant de partir, on avait fait un processus de prépare mental avec Marie Morgane, une préparatrice mentale qui spécialise dans les expés comme ça, à la lointaine, de son cabinet qui s'appelle Flow Mental, avec qui on a vraiment débroussaillé tout notre terrain à l'intérieur, on va dire. Et donc, moi, en fait, jusqu'au dernier moment où j'avais dit à Nico, voilà, si tout le concret nous dit d'y aller, mais qu'à l'intérieur, je n'ai pas la conviction profonde que je suis capable de donner mon 100% et qu'on est au bon endroit au bon moment, je n'irai pas. Donc, au final, on est parti un mercredi sur les coups de 20 heures et donc jusqu'en fait, même après être parti, on ne savait pas nécessairement si on allait traverser jusqu'au Groenland parce qu'on attendait la confirmation, enfin le nouveau bulletin météo en fait, les nouvelles cartes avec les nouveaux modèles qui nous confirmaient ou non la fenêtre qu'on était en train de prendre. Donc, jusqu'au dernier moment, moi, dans ma tête, j'étais très, très, très, très rationnel, on va dire, pas du tout dans l'excitation de partir. Et voilà, par contre, quand on a dépassé, on était, je pense, à 5000 avec aux islandaises, on a reçu le bulletin météo, on a vu qu'on avait six jours de relativement beau temps devant nous pour traverser, donc qui était une fenêtre très, très large et meilleure que ce qu'on aurait pu espérer. Et là, voilà, là, on a dit, OK, c'est parti, on y va. Et dans ma tête, ça s'est débloqué. Donc, ouais, beaucoup, beaucoup rationnel pour essayer d'évaluer vraiment les risques et considérer tous les prépas qu'on avait fait pour y pallier, mais aussi beaucoup dans l'intuitif à dire qu'est-ce que ça dit à l'intérieur, qu'est-ce que le corps dit par rapport à ça.

Loïc Top que vous avez fait de la prépa mentale avant de partir. Par curiosité, qu'est-ce qu'il y a eu comme prise de conscience grâce à cet accompagnement avec Marie-Morgane, c'est ça ?

Nicolas Ouais. Et bien, je pense que si je démarre et après, Nicole aura très certainement des différentes que moi, mais pour moi, c'est ce qui a été super important, ça a été de vraiment comprendre, mais comprendre vraiment de manière profonde et détailler les motivations de chacun. Déjà, posé sur papier, moi, je me rappelle avec Marie-Morgane, la première séance, on a parlé pendant deux heures de juste pourquoi est-ce que je faisais ce projet-là, tu vois. Et sous plein d'angles différents, et ça, c'est d'une richesse absolument énorme de pouvoir mettre des mots dessus à ce point-là, et c'est un exercice qu'on ne prend jamais le temps de faire. Et aussi de comprendre les motivations profondes de l'autre personne. Pourquoi est-ce qu'elle fait ça ? Est-ce que c'est juste aller au Groenland ? Est-ce que c'est faire du bateau ? Est-ce que c'est juste aller passer un beau moment ? Ou est-ce que pour certaines personnes, ça pourrait être se mettre extrêmement dans le dur et se confronter aux pires situations possibles ? Auquel cas, moi, ça aurait peut-être moins fonctionné. Donc, je pense que c'est super sain et c'est même crucial, au final, de connaître les motivations comme ça de l'autre à ce point-là. Et je ne me reverrai pas, en fait, faire une XP sans faire ce travail-là.

Tom Ok. Hyper intéressant. Tu t'étonnais, Loïc, tout à l'heure, peut-être qu'on se connaissait très peu avec Tom avant de partir. Et ça nous a aidé. La préparation, je pense, nous a aidé non pas à mieux nous connaître, parce que ça, il n'y a qu'en passant du temps ensemble qu'on peut mieux se connaître, mais à identifier quels étaient les traits de caractères de chacun qui pouvaient potentiellement se révéler et s'exprimer dans les situations d'urgence, les situations de stress. Donc, celles qu'on n'avait aucune chance, qu'on ne rencontrait pas, en fait, à terre, dans la préparation, parce que oui, on pouvait être un petit peu stressé, etc. Mais il n'y avait jamais d'urgence, il n'y avait jamais de danger vital pour eux. Donc, des situations qu'on pourrait potentiellement rencontrer qu'en XP. Et de comprendre un petit peu comment l'autre fonctionnait et qu'hais-t-il ses traits de caractère ou ses manières de réfléchir qui pouvaient le mieux s'exprimer dans ce genre de situation. Voir aussi qu'on n'avait spontanément pas tendance à réagir de la même manière. Et en être conscient, ça a pu nous aider. En tout cas, moi, ça m'a aidé à relativiser un petit peu à certains moments la façon dont on ne se confrontait pas, mais dont chacun de nous réagissait, où vous voulez apprendre les situations qui se présentaient à nous.

Loïc C'est super intéressant. On avait voulu le faire. Je vous disais avant qu'on commence que j'ai fait un trail assez long cet été. Et on savait avant de partir que sur les 6-7 jours que ça allait durer, on allait très peu pouvoir dormir. C'était un ultra en équipe. Donc, on devait partir à 2 ou 3 et arriver à 2 ou 3. Et donc, on avait eu un peu la même approche. On s'était dit qu'en fait, on se connaît relativement peu. Il faudrait qu'on ait chacun une sorte de guide de l'utilisateur des deux autres. Déjà un, parce que je pense, comme vous disiez là, ça facilite la prise de décision quand il y a peu de temps pour réfléchir à ce qu'il faut décider. Donc, les urgences ou les accidents, malheureusement, potentiellement. Et puis deux, parce que c'est aussi, je ne sais pas si vous l'avez vécu ça, mais nous, on a dormi moins de 6 heures en 7 jours. Et donc, à un moment donné, du côté lucidité, les gens ne sont plus vraiment au rendez-vous. Donc, si tu as cette espèce de guide de l'utilisateur de l'autre et que tu sais comment il réagit quand il est en état de stress ou extrêmement fatigué, etc. Comme tu disais Nicolas, ça peut te permettre de mieux comprendre ou de mieux… tout simplement de mieux interagir dans des moments un peu difficiles. Donc, hyper intéressant de voir que c'est ce que vous avez fait.

Tom C'est vrai que le sommeil dont tu parlais là, en plus du stress ou du sentiment d'urgence, c'est quelque chose qui joue énormément sur la façon dont la personnalité de quelqu'un va s'exprimer.

Loïc Oui. Non mais c'est sûr, 100%. 100%. Et peut-être vous, en deux mots chacun, le pourquoi cette expédition, vous le résumeriez comment ?

Tom Moi, le premier mot qui me vient à l'esprit, c'est l'euphorie. On est sur cette expédition, c'était un peu pareil sur celle de l'année d'avant. À chaque fois, il y a eu quelques moments où je me sentais euphorique. À chaque fois, ça a été le moment juste après le départ. Une fois qu'on se retrouve en mer et que voilà, on se fait qu'on est parti. Et lorsqu'on arrive à l'endroit d'où on avait rêvé et que je me rends compte que je suis à cet endroit-là, que je réalise tous les efforts que j'ai fait pour y parvenir, notamment toute la préparation et puis après le trajet en lui-même. Donc ce qui ne représente pas quelques journées d'approche, mais quelques semaines, quelques mois. On inclut toute la préparation, tout le temps et l'énergie qu'on a investi là-dedans. Et en général, ce sont les deux moments où je me sens complètement euphorique et c'est un sentiment que je recherche en fait. Et ce qui me motive énormément, qui ces années me motive énormément à avoir envie de repartir en expédition. Et là, par exemple, je l'ai ressenti un petit peu lorsqu'on était Tom sur le rocher en haut duquel on est parvenu lors de notre deuxième sortie. Et je l'ai ressenti tout simplement en incostant sur l'île sur laquelle on a débarqué en premier au Groenland. Et puis en mer, juste après être parti des Affiordours, juste après être parti de l'Islande, une fois qu'on était vraiment parti, que tout le stress, toute la pression de la préparation, des derniers préparatifs, des hésitations, à savoir si on allait partir ou pas, les bulletins météo qui changeaient en permanence, les conseils complètement contradictoires que tout le monde pouvait nous donner, nos propres doutes aussi, les problèmes matériels de dernière minute, tout ça a été évacué d'un seul coup. Parce que voilà, cette fois on était en mer, on allait dans la bonne direction et il ne restait plus que l'excitation de se dire qu'on partait en cata au Groenland.

Loïc Énorme. Ok, donc ce sentiment d'euphorie, pour toi, c'est ce que tu allais chercher sur cet expé.

Nicolas Toi Tom ? Et moi, c'est deux mots que j'avais identifiés pendant la prépa mentale qui étaient me sentir vivant en fait. Et je pense que ça revient à la capacité ou en fait à l'opportunité plus de mobiliser vraiment tout ce qu'il y a dans l'humain, qui est absolument incroyable, qui va être la capacité physique, mentale, spirituelle, émotionnelle, relationnelle. Et au final, une expé, c'est vraiment ça. C'est un shot de toutes ces capacités-là qui s'expriment d'un coup. Et ouais, au final, moi, c'est vraiment ça qui me fait me sentir vivant et j'y allais clairement pour ça. Trop bien.

Loïc Trop bien. Oh là là, ça fait rêver. Donc, si on en revient au détail de l'expé, la traversée, donc les 200 000, vous mettez deux jours, si je me souviens bien, c'est ça, deux jours en haute mer, avec des conditions visiblement, enfin de ce que vous disiez, avec en tout cas des bulletins. Les bulletins ont été bons au final, dans la réalité ?

Tom Oui, finalement, on a eu des très bonnes conditions pour traverser. On est parti avec du vent portant et assez généreux. En milieu de parcours, on s'est retrouvé un petit peu dans la pétole. Donc, une zone sans vent. Une dépression, il y avait en fait une petite dépression qui remontait entre l'Islande et le Groenlande. Autour d'une dépression, le vent tourne toujours dans le sens antihoraire. Donc là, assez logiquement, on avait du vent qui remontait le long des côtes islandaises, donc pour notre départ. Et après, du vent au contraire de nord-est, le long des côtes groenlandaises. Et le centre de la dépression en plein milieu du détroit qui sépare l'Islande du Groenlande.

Loïc D'accord.

Tom Donc, on a été assez vite, à part cette nuit où on a vu une absence totale de vent et où on s'est simplement laissé dériver. On a pagaillé un petit peu, mais comme on savait que le vent allait revenir, on n'a pas pagaillé énormément. On a affalé les voiles à un moment. D'autant plus qu'il y avait un petit peu de vagues, donc c'était compliqué de pagailler. Et on s'est reposé en attendant le matin.

Nicolas Ok. Ok. Et c'était une nuit qui était vraiment... Enfin, tous les deux, on en a reparlé, on en regarde vraiment un souvenir mystique où, en fait, on était vraiment dans le milieu de nulle part. Il y avait du brouillard, donc on ne voyait pas plus de 30-40 mètres, je pense. Et on entendait vraiment le son des baleines autour et on se retournait, genre, il y a une baleine juste à côté de nous, mais en fait, on ne la voyait pas, elle était super loin. Et en plus, cette nuit a commencé avec un coucher de soleil où, je me rappelle, il y avait le soleil qui se couchait dans le brouillard, mais on voyait, c'était des couleurs vraiment super mystiques. Et en plus, savoir qu'on est juste au milieu de la pampa, c'était assez féerique. J'imagine.

Tom Ça m'a donné un petit peu l'impression de passer une frontière, justement. Cette ambiance a participé, peut-être que j'avais l'impression de passer un peu d'un monde à l'autre en traversant l'Islande au Brouhennel.

Loïc Et alors, l'arrivée dans l'autre monde, du coup, vous avez passé, je crois, deux semaines. Comment est-ce que vous vous êtes senti quand vous avez posé pied à terre ? Et puis, qu'est-ce qui s'est passé ensuite pendant ces deux semaines ?

Tom On avait faim.

Loïc Ça, c'est un truc qu'on n'avait pas.

Tom C'était la priorité.

Nicolas En fait, il y a vraiment eu, genre, moi, j'ai senti un peu trois fois où on a posé pied à terre figurativement. La première, c'est quand je crois que je dormais et Nico, il me réveille. Il me fait, Tom, Tom, il y a le premier iceberg. Et là, on voit un tout petit iceberg. Et à ce moment-là, je me dis, wow, il est gigantesque. Et plus tard, je relativise, je me dis, en fait, non, il était minuscule. Donc, ça, c'était le premier pied à terre. Le deuxième, c'est quand on a vu les côtes. Il n'y avait pas une très bonne visibilité vu qu'on sortait justement de la brume, des nuages et tout. Donc, on a dû apercevoir les côtes à, je pense, 10, 20 000, quelque chose comme ça. Et là, vraiment, des montagnes qui sortent de nulle part et qui montent. Jusqu'impression. J'ai l'impression de voir les Alpes, mais à, genre, 5 000 et directement depuis l'eau. C'est fou. Et ouais, le troisième, littéralement, là, on amène le kata sur la plage et on pose le vrai pied à terre. Et ouais, là, ça fait quelque chose quand même.

Loïc Est-ce que toi, Tom, tu as eu, je ne sais pas si c'est quelque chose où l'expérience peut jouer, mais est-ce que tu as eu le mal de terre après, finalement, 5 jours sur le bateau ?

Nicolas Ouais, au final, la traversée, ça nous a pris 2 jours. Donc, on avait quand même eu une pause entre les 3 jours en Islande et les 3 jours de neuf vers le nord-ouest de l'Islande. On a eu 3 jours de pause après 2 jours de traversée. Mais c'est sûr que dans tous les cas, même après 2 jours, on arrive à terre, on est un petit peu où on serait habitué à la gravité qui est un peu différente. Mais ouais, pas plus que ça.

Loïc Ok, ok, ok. Super. Et donc, 2 semaines, les 2 semaines sur place, est-ce que vous aviez, qu'est-ce que vous aviez comme programme ? Est-ce que c'était déjà établi ? Vous aviez des sommets à faire en tête, des routes à explorer ? Comment elles se sont passées ces 2 semaines ? Non.

Tom C'était pas établi, on n'avait pas de programme précis. Alors, évidemment, dans la préparation de notre expédition, on avait construit un itinéraire un petit peu fictif, ou du moins identifié certains endroits où on avait envie d'aller. Mais tout ça dépendait énormément des conditions. On visait initialement un point, une région de la côte groenlandaise plus au nord. D'accord. Finalement, étant donné les... Quand on s'est rendu compte un petit peu des... Un petit peu mieux des temporalités que représentaient chaque traversée, chaque déplacement, et puis surtout des temporalités aussi, sur place, le temps de décharger le bateau, le mettre en sécurité, etc. On a préféré aller sur une zone plus proche de notre point d'arrivée, rester au niveau, à l'endroit où on était arrivé au groenlandaise, en fait, et explorer cette région-là, plutôt que de vouloir tout de suite continuer notre navigation vers le nord. Ce qui nous aurait fait passer, en fait, beaucoup moins de temps à terre, et surtout naviguer. Et puis aussi, parce qu'on dépend du vent pour se déplacer, qu'il vaut mieux aller dans le sens du vent, en général. Tout est beaucoup plus simple. Et qu'il faut quand même un petit peu de vent, il ne faut pas qu'il y en ait trop. Donc tout ça, ça détermine énormément notre programme. Et enfin, ce n'est pas une région qui nous était connue, ce n'est pas une zone sur laquelle on peut récolter beaucoup d'informations. Par exemple, pour les informations nautiques sur les 300 km de côte que représente cette zone, elles tiennent en deux paragraphes. Et pour ce qui est l'information que tu peux trouver sur les conditions à terre, c'est un petit peu pareil. Donc l'idée, c'était d'avoir une idée générale de ce qu'on voulait faire. On savait qu'on voulait partir en montagne et partir explorer les glaciers, essayer de trouver des arrêts ou des sommets qu'on pourrait atteindre. Mais on ne savait pas lesquels ni comment. On n'avait surtout pas un programme jour par jour.

Loïc Ok. C'est quand même fou de voir qu'il y a encore des zones qui existent où il y a aussi peu d'informations. Tu vois, surtout, le Groenland, cette côte-là, je ne sais pas si je pourrais mettre le lien. Comment est-ce que je pourrais faire ? Je mettrai le lien de votre compte rendu. Comme ça, on verra. Les gens pourront voir l'itinéraire que vous avez fait sur la carte. Mais ce n'est quand même pas si loin de l'Islande. Je veux dire, pour des navires équipés de sonars. J'imagine pour sonder les fonds marins, établir des cartographies précises, ce n'est quand même pas si loin que ça. C'est fou de voir qu'il y a encore des zones qui sont très peu connues. J'ai l'impression que vous êtes parti en mode Shackleton, sans carte, à la découverte du Nouveau Monde.

Nicolas L'avantage qu'on avait contre Shackleton, c'est qu'on avait quand même des images satellites qu'ils n'avaient pas encore nécessairement à l'époque. Donc, ça nous aidait aussi pour nous repérer. C'était assez haut niveau pour le coup. On avait quand même des cartes satellites qui nous permettaient de voir plus ou moins à quoi ressemblait le relief dans ce coin-là.

Loïc OK. Et donc, la spécificité du terrain, peut-être par rapport, tu vois, Tom, aux Alpes, que tu connais bien, ça s'est manifesté comment ?

Nicolas Eh bien, c'est assez intriguant déjà de voir des glaciers qui débarquent dans la mer et qui recrachent des gros bouts de glaçons dans la mer. Donc, ça, c'est quelque chose qui est assez impressionnant à voir de près. On pourrait se dire directement, génial, un glacier qui tombe dans la mer, on va directement monter sur le glacier et hop, on est sur la montagne. Alors qu'en fait, pas du tout, parce que s'il tombe dans la mer, ça veut dire qu'il y a une brève rupture. Donc, en général, il y a un front de quelques mètres à quelques dizaines de mètres de haut. Donc, on imagine un mur vertical de 10 mètres de glace qui donne sur la mer. Donc, en général, ces glaciers-là sont très fracturés sur un kilomètre de front glaciaire. C'est impossible d'y rentrer, c'est juste pas viable. Mais par contre, il y a des glaciers qui ont commencé à reculer, malheureusement pour l'environnement. Mais là-bas, c'est aussi une réalité. Donc, c'est très visible. En fait, il y a des glaciers qui, maintenant, sont devenus des moraines ou qui n'ont juste plus de glace en dessous, sur lesquels, là, on peut commencer à monter assez progressivement dans la montagne et qui s'étendent sur des distances, en fait, absolument faramineuses. C'est super dur de se rendre compte des distances là-bas où il n'y a pas de repères, il n'y a pas d'arbres, il n'y a peu d'animaux, il n'y a pas d'infrastructure humaine. Donc, au final, un sommet, on se dit, il a l'air à 5-10 km de marche. En fait, c'est plus 20-30. Et donc, on marche, on marche, on marche, on marche, on marche, on marche, on marche, et voilà, on marche. Et sinon, la différence principale qu'on a vue dans cette zone, c'est que c'est des anciennes vallées glaciaires. Ce qu'on a compris, on n'est pas des géologues, donc s'il y a quelqu'un qui connaît mieux et qui veut venir nous expliquer plus en détail, moi, je suis super preneur. Mais donc, l'idée, c'est que c'est des anciennes vallées glaciaires où, en fait, le rocher s'est fait vraiment laminé par le glacier qui descend vers la mer, vers le bas. Et donc, le rocher est d'une qualité absolument honteuse. Une qualité qui fait que ce n'est même pas imaginable de poser un point de protection ou d'aller grimper dessus. Et voilà, avant, on m'avait dit, oh non, mais tu vas voir, tu n'as jamais été grimpé en Belle-Donne. Ici, c'est vraiment Belle-Donne, c'est un petit massif dans les Alpes. Vraiment, le caillou est réputé pour être miteux. Mais là-bas, c'était... Belle-Donne, c'est du granit comparé à ce qu'on a trouvé là. Enfin, bref. Donc, ça a fait que, voilà, on s'est beaucoup baladé sur des glaciers. On a fait un petit peu des pentes en neige. On a réussi donc à faire un sommet rocheux qui, avec une petite ascension, au final, c'était une trentaine de mètres en rocher au-dessus d'un glacier parce que c'était des gros éboulis posés sur des gros éboulis. Ce qui permet que le poids de notre corps influait un petit peu moins sur les rochers qui tombent partout. Mais voilà, c'est principalement la différence avec les Alpes. Aux Alpes, on voit aussi les forêts, alors que là-bas, il n'y en a absolument aucune, pas un arbre. Évidemment, il n'y a personne. À part ça, c'est semblable.

Loïc Alors, tu disais, il y a très peu d'animaux, mais il me semble que vous avez fait une rencontre sympathique assez rapidement, en fait.

Nicolas Oui, assez rapidement. On a été mis dans le bain, en fait. Quand on a posé le pied à terre au Groenland, on était sur une petite île dans le fjord parce que, déjà, elle était bien placée par rapport à l'où on voulait après. Elle allait après. On avait une plage qui était safe pour le Qatar. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que là-bas, il y a beaucoup d'ours polaires. Et les ours, en fait, traînent souvent près de l'eau parce que c'est là où ils chassent. Donc, en général, camper sur des plages ou sur des îles, ce n'est pas la meilleure idée. Donc, on a accepté ce risque-là en se disant qu'on allait faire des gardes. Donc, pour les deux premières nuits, on est resté sur l'île. Et donc, on commence nos gardes. Tranquillement, je fais la première. Nico a dormi. Après, il me réveille. Après, il aura fait la sienne. Et pendant la deuxième garde, en fait, je faisais le tour de l'île. Et là, en remontant un petit peu sur les hauteurs, parce que je ne sais pas, mon intuition m'avait dit que c'est peut-être une bonne idée de remonter sur les hauteurs et de ne pas rester sur la plage. En remontant, je me tourne un moment et je vois un genre de glaçon. Quand on dit un glaçon, c'est un petit iceberg, vraiment un petit truc. Je vois un glaçon qui dérive, mais qui dérive à contre-courant et avec quand même assez rapidement. Et donc là, évidemment, j'ai le palpitant qui démarre quand je me rends compte que c'était un ours qui nageait vers nous. Et au final, l'ours a fait demi-tour. Je pense qu'on s'est vu au même moment. Il n'a pas trop eu envie d'avoir de rencontre aujourd'hui. Ce n'est pas dans un mood très social. Je l'en suis bien reconnaissant d'ailleurs. Et voilà. Donc, c'est en fait la seule fois où on a vu un ours du séjour, à part des traces de pas par-ci, par-là après. C'était la première et seule rencontre au final. Assez impressionnante.

Loïc J'imagine que vous étiez équipé. Je crois que c'est obligatoire d'être armé, c'est ça ? Un peu comme Oswald Barbe.

Nicolas C'est obligatoire, oui. On avait donc, à part ça, il y a quand même d'autres moyens de protection avant d'arriver au stade d'utiliser une arme. On avait des sprays à ours répulsifs, il y a des pistolets d'alarme qui tirent des fusées. On avait évidemment la carabine pour respecter les régulations qui, pendant cette rencontre-là, n'étaient pas encore remontées parce qu'elle était démontée dans les flotteurs. donc on n'avait pas encore eu le temps de la remonter. Une autre raison pour laquelle j'étais très content d'avoir évité la rencontre avec l'eau.

Tom C'est un jeu de fois qui est hyper intéressant, qui a été vraiment instructif pour nous parce qu'en arrivant, on a failli faire une grosse bêtise en fait. On était vraiment fatigué. On n'avait pas uniquement faim et on a failli aller se coucher directement sans faire de garde. On a parlé rapidement et au départ, on a envisagé de dormir tous les deux en se disant, bon voilà, pour cette nuit-là, tant pis, on ne fait pas de garde et on se repose quelques heures. Et puis, quelques minutes après, après y avoir repensé, on en a reparlé et on s'est rendu compte que, non, un peu plus, peut-être une demi-heure après, on s'est rendu compte que c'était vraiment une mauvaise idée parce qu'on était en train de transiger avec un des principes élémentaires de sécurité, simplement sous l'effet de la fatigue et pour vous dire comme ça, de la flemme. Et moi, de mon côté, ce que j'essaye de me dire quand il y a un élément comme ça sur lequel j'ai peur de céder à la fatigue ou à la flemme, c'est si je pouvais le faire simplement en appuyant sur un bouton, est-ce que je le ferais ? Et en général, la réponse est oui. Et c'est la même réflexion que je me pose sur le bateau, par exemple, quand j'hésite à prendre un risque, c'est-à-dire à réduire, à faire une manœuvre pour réduire la voilure, on va dire la taille de la voile. Il y a pas mal de moments aussi où ça peut être pas mal de se poser cette question.

Loïc C'est un bon outil. C'est un bon outil, effectivement. Je suis en train de penser encore une fois sur cette course où le simple fait parfois de pencher la tête pour boire un peu d'eau à ta flasque, c'était un effort. Je me dis, c'est bon, je n'ai pas si soif que ça. Quand tu fais ça 20 fois par jour pendant 6 jours, au bout d'un moment, tu es un peu plus que déshydraté. Tu es sec. C'est un bon titre, le bouton. Je garderai ça en tête. Merci, Nicolas. Si vous deviez retenir un moment de ces deux semaines qui vous a vraiment marqué, ce serait lequel ? Tu poses des questions difficiles, là, Loïc. Je peux vous dire que ça cogite, là. Moi, je les vois, les deux.

Tom Un moment qui m'a pas mal marqué, c'est juste avant qu'on reparte, parce qu'il fallait prendre la décision de repartir. Et ça, avec beaucoup plus d'incertitude que lorsqu'on avait pris la décision de partir, tout simplement parce qu'on avait beaucoup moins d'informations à disposition. On avait des informations météo, mais très limitées. On n'avait plus toutes les belles cartes qu'on recevait quand on était en Islande. Et puis aussi, parce que sur ce trajet de retour, si on loupait la bonne fenêtre, on pouvait se retrouver au mois de septembre, à plus avoir de fenêtre du tout. Et pendant toute l'expédition et toute la préparation, pour moi, ce moment du retour, de la traversée retour, c'était le moment qui était le plus critique. parce qu'on avait le choix de partir, qu'on pouvait toujours renoncer à partir d'Islande au dernier moment, si on ne le sentait pas. Mais par contre, une fois qu'on était au Groenland, il fallait qu'on revienne. On n'avait pas d'endroit où s'abriter, on n'avait pas de quoi passer l'hiver sur place. Et donc, ce moment des dernières heures au Groenland, où aussi, on travaillait dur parce qu'on avait des réparations à faire sur le bateau avant de partir. Des petites réparations sur la coque et sur différentes pièces d'accastillage. Donc, on les a faites un peu en urgence à la fin. Et ce moment de prise de décision, pour le coup, ce n'était pas l'euphorie que j'avais pu décrire tout à l'heure. Mais quelque chose de plus rationnel, mais de très sérieux aussi.

Loïc C'est intéressant. J'ai l'impression d'entendre, ça fait vachement écho à ce que disent parfois les alpinistes. Tu sais que le plus important, ce n'est pas d'arriver au sommet, mais c'est la redescente, en fait. C'est marrant de voir les parallèles entre mer et montagne. Et toi, Tom, le moment, est-ce que tu as besoin d'encore un peu de temps ou tu le tiens ?

Nicolas Non, je pense que je le tiens. Et moi, c'était un peu vers les mêmes moments que Nico, en fait. Donc, on avait passé 7 jours dans la première baie. Et avant de partir sur le retour, en fait, on s'est dit, bon, OK, on va changer de baie. Comme ça, on va être un peu au frais mentalement. On va avoir un paysage nouveau. On va pouvoir aller explorer d'autres coins. Et on sera potentiellement mieux placé aussi pour repartir. Donc, on a décidé de descendre une baie en dessous. Et voilà. Donc, l'arrivée sur l'île où on s'est posé, encore une fois, la dernière île où on s'est posé était un peu plus sportive que celle d'avant. On avait des conditions plus difficiles sur lesquelles naviguées, plus d'incertitudes, etc. Et donc, on est arrivé de nuit. Après, donc voilà, avoir fait toutes les manœuvres pour arriver, hisser le bateau, etc. Et il y avait énormément de glace dans ce fjord. On le savait parce que, pas énormément de glace. Il y avait un énorme glacier, en fait, qui faisait 3 km de large, 3-4 km de large. Donc, voilà. Il y avait des gros icebergs très plats qui venaient sûrement de beaucoup plus au nord, qui étaient dans le coin. mais on pouvait naviguer. Il n'y avait pas de tout petits glaçons, vraiment, pendant notre arrivée. Et donc, on se couche assez tard après avoir posé le camp. Et le lendemain, en se réveillant, je me lève, j'ouvre la tente. On était encore sur les hauteurs. On essayait de choisir des spots de bivouac pour avoir assez de visibilité pour les ours au cas où, mais en même temps être protégé. C'était aussi un choix stratégique. Et je vois qu'en fait, le fjord en entier est rempli de glace. Rempli, mais un truc, mais de... Genre, je me disais, c'est un spectacle, mais de fou. Il y avait de la glace de partout. Comme disait Nico, il y a des courants, en fait, qui viennent du nord. Et donc, le fjord était exposé plein nord-est. Donc, toute la glace, elle pouvait arriver du nord et rentrer dedans. Et là, je me dis qu'à 6-7 heures près, on serait arrivé... Enfin, la glace, elle aurait pu arriver 6 heures plus tôt et potentiellement, on serait arrivé en même temps que ce flot de glace. Et donc là, on a assisté à un spectacle pendant 2 jours, 1 jour et demi, 2 jours, où en fait, il y avait juste la glace qui rentrait avec la marée, qui ressortait avec la marée, qui rentrait avec la marée, qui ressortait avec la marée. Et c'était un spectacle où, enfin, en final, je me suis posé la question qui était ultra privilégiée, au final, parce que des bateaux habitables, eux, ils fuient ce genre de situation. Ils ne veulent surtout pas se retrouver dans des glaces qui dérivent. Et des gens comme ça qui passent... qui campent à terre sur ces endroits-là, il n'y en a pas forcément énormément. Donc ouais, c'était un grand sentiment d'humilité que de se retrouver au milieu de ces glaces qui vont et qui viennent. Et après, avec toutes les questions qui vont avec, qu'est-ce qui se passe si la glace est encore là, qu'on doit repartir, etc., même s'il y a des solutions. Mais ouais, un grand sentiment d'humilité devant ce spectacle grandiose, on va dire.

Loïc Encore une fois, ça me fait penser à Shackleton et tu vois, ils s'en retrouvent bloqués dans les glaces. Je ne sais pas. Vous l'avez lu en français ? Je crois que c'est l'Odyssée de l'Endurance ou quelque chose comme ça, son livre ? Nicolas, il faut que tu le lises. Hallucinant. Hallucinant. Oui, c'est un journaliste. Oui. Quand tu lis un récit pareil et que tu sais que ça s'est passé en 1914, donc autant te dire que les combinaisons sèches, les balises GPS et ces compagnies, voilà. Ils sont partis à 28 gars deux ans plus tard, je crois. Ils sont rentrés à 28 en ayant leur bateau qui a été écrasé par la glace, qui a coulé. Ils ont dérivé sur des icebergs. Enfin bon, c'est... En parlant d'humilité, tu vois Tom, là ça... Quand tu lis un truc comme ça, ça te fait réfléchir sur ce qu'on est capable de faire. Excellent. Excellent. Les super beaux moments. Le retour arrive. Donc, vous disiez que c'est finalement un retour assez compliqué, les vents de face, c'est ça, si j'ai bonne mémoire, Nicolas, ce que tu disais tout à l'heure ?

Tom Et très peu de vent, en fait, pour partir. Il y avait, en théorie, une fenêtre météo qui devait nous apporter une nuit, une nuit, voire quelques heures de matinée sans vent. Et finalement, on est parti, on a bien eu... Le vent est bien tombé en début de nuit, mais il n'est pas revenu. On a attendu la nuit, on pagayait, on a attendu la matinée, on a continué de pagayer, ça nous motivait puisqu'on se disait, voilà, dans quelques heures, on va retrouver du vent, normalement. Donc, on pagayait, on pagayait, mais le vent n'est jamais vraiment revenu. Par moment, une toute petite brise, vous prenez sur les voiles, mais ça a duré une centaine de mètres, quelques milles, parfois une ou deux heures, mais pas beaucoup plus. Et ça a duré comme ça pendant presque 48 heures. avançait entre un et quatre nœuds, vraiment tout doucement, souvent en conjuguant un petit peu la pagaie et la voile. Et donc là,

Loïc psychologiquement, tu disais que c'était le moment critique de toute l'expédition, ce fameux, ce retour, le fait qu'il n'y ait pas du tout de vent, est-ce qu'il y a des inquiétudes qui sont apparues, comme par exemple, je ne sais pas, est-ce qu'il y a des passages de navires à cet endroit-là, est-ce qu'il y avait des risques que s'il n'y a plus du tout de vent, vous dériviez et que vous n'arriviez jamais à récupérer l'Islande ? Ça a eu quoi comme impact ?

Tom En fait, du vent fort était prévu juste après notre date d'arrivée espérée. C'est-à-dire qu'il devait y avoir du gros vent de nord qui allait s'engouffrer dans le Détroit et nous, il ne fallait surtout pas qu'on se trouve dedans. Donc, c'était ça en fait, c'était juste de rester complètement bloqué et de se prendre ce mauvais temps. Et c'est pour ça aussi qu'on était motivés à pagayer parce qu'on savait qu'il fallait qu'on avance.

Loïc Oui.

Nicolas OK. L'avantage qu'on avait pendant cette traversée-là aussi, c'est que la plupart du temps, les courants nous portaient dans le bon sens. Donc, au moins, on pagayait pas contre les courants. Donc, on avait un courant 0,5 et 1,5 qui nous aidaient un petit peu, on va dire. Donc, ça faisait que l'effort de pagayer était un petit peu moins laborieux et mentalement moins difficile parce que sur nos cartes, on voyait qu'on avançait quand même un tout petit peu, mais qu'on avançait au moins. Et comme disait Nico, c'était quand même... On était sur le retour, donc on disait là, voilà, c'est un peu comme les 10 dernières kilomètres d'un ultra, il n'y a plus de douleur au genou en général. C'est ça.

Loïc Exactement. C'est intéressant le point des courants. Qui est-ce qui m'en avait parlé ? Ah ben, vous l'avez peut-être... Non, je pense que vous ne l'avez pas croisé, mais vous auriez pu le croiser. Gilles Denis et son... Il me semble que c'est son frère avec qui il a fait cet expé. C'est un explorateur belge qui était sur la même côte groenlandaise que vous, au même moment, a priori, mais lui en kayak. Et donc, ce qu'il faisait, ils ont fait une traversée du Groenland. Je crois qu'ils sont partis en avril. Traversé à ski Poulka du Groenland. Ensuite, ils ont descendu la côte est en kayak, en autonomie. Donc, ils pêchaient. D'ailleurs, il faudrait que je lui demande comment ça s'est passé parce qu'ils avaient... Ils ne pouvaient pas emmener suffisamment de bouffe, donc ils devaient pêcher. Et ensuite, ils devaient ouvrir des voies dans des fjords sur la côte ouest ou au sud. Je ne me rappelle plus. Mais donc, je pense que vous êtes passé quasiment au même endroit. Enfin, bon, bref. tout ça pour dire que c'est lui qui m'avait parlé des courants et que c'est pour ça qu'il redescendait en kayak nord-sud sur la côte est pour bénéficier des courants. Ça doit être une sacrée expérience ça aussi. Oui, c'était un truc rigolo ça aussi, je pense. OK, donc retour en Islande un peu plus compliqué que prévu, mais en tout cas là...

Tom Non, je ne dirais pas compliqué. L'avantage, c'est que comme il n'y avait pas de vent, on avait moins froid.

Nicolas Oui, et on pouvait mieux dormir aussi. Nos systèmes de dormir, voyons, je ne sais plus parler français. Bref, les manières avec lesquelles on dormait sur le bateau sont considérablement améliorées au fil du séjour. Dans la première navigation en Islande, on n'avait juste rien sur le trampoline. La deuxième, pour aller au Groenland, on avait pris un bivy bag, c'est sur sac de couchage imperméable qui permettent de protéger du vent et un peu les embruns et tout. Donc on avait ça sans sac de couchage évidemment, mais ça permettait d'avoir un petit abri. et au retour, vu que la majorité du temps il n'y avait pas de vent, là on avait gonflé le matelas gonflable de camping avec par-dessus le bivy bag et là c'était hôtel 5 étoiles.

Loïc Excellent. Ok. Trop bien, punaise, c'est quand même incroyable. En quelques semaines d'expé, ce que vous avez pu vivre, c'est juste ouf. Là maintenant que vous êtes tous les deux revenus en France depuis quelques temps, vous direz que cet expé, alors je ne sais pas si c'est vrai ou pas, mais j'ai cette croyance que quand on part faire un truc comme ça, il y a forcément des choses qu'on apprend. Si c'est le cas, vous diriez que vous êtes revenus avec quoi en plus dans votre sac d'explorateurs ? Je vous jure, les questions n'étaient pas préparées, je ne me suis pas dit, je vais leur poser des questions dures. C'est vraiment des questions où ça m'intéresse vraiment de voir ce que vous avez, l'expérience que vous avez engrangé, ce que vous retenez de cet expé complètement dingo.

Nicolas Je pense que d'une aventure comme ça, on revient forcément avec quelque chose de nouveau. Moi, je dirais que je suis encore un peu pas assez revenu pour avoir le spectre complet et pouvoir te sortir une réponse méga cristallisée et super belle de cette aventure parce qu'au final, ce n'est pas comme ça, c'est un gros tas de trucs qu'il faut démêler. Mais clairement, une autre vision du monde et on se pose la question qui est un peu qu'est-ce qu'on fait dans cette société-là, où est notre place ? Je parle au on, mais je peux parler au jeu. Qu'est-ce que j'ai envie d'apporter dans cette société-là ? Qu'est-ce que j'ai vécu ? Est-ce que j'ai envie de repartir ? Pourquoi est-ce que j'ai envie de repartir ? Et dans une démarche pas simplement de consommation. Je me dis, comment est-ce qu'en ayant vécu cette expérience-là, comment est-ce que je peux la partager à d'autres pour inspirer, pour donner des idées, pour faire vivre des émotions fortes et que ce ne soit pas simplement moi qui aille dans des territoires vraiment isolés, qui prenne quelque chose à mes propres fins, on va dire. Je pense que je réintroduis beaucoup plus, beaucoup plus consciemment en tout cas, cette notion de partage dans ce que je fais et à comment redonner, comment transférer au final ces apprentissages ou du moins comment les partager.

Loïc Top. Écoute, j'espère que cet épisode pourra y contribuer.

Tom Moi, je vais être beaucoup, beaucoup plus terre à terre que Tom. Non, ce que j'ai retenu de l'expédition, d'une part, je suis hyper content de voir que nos hypothèses de misé sur la légèreté avaient fonctionné. Et du coup, pour moi, c'est vraiment la principale leçon de l'expédition et une voie dans laquelle j'ai envie de persévérer un petit peu, améliorer le principe si c'est possible et mener d'autres expéditions un peu dans ce style. Parce qu'on s'est créé des contraintes en misant sur la légèreté, mais on a pu aussi en éliminer d'autres et je pense qu'en améliorant, en continuant à améliorer un petit peu un meilleur compromis en termes de taille, de poids de bateau, d'équipement, etc. On peut arriver sur quelque chose qui a un potentiel énorme d'exploration et d'immersion dans un milieu sauvage qu'on ne peut pas forcément trouver autrement si on n'est pas autonome et si on ne réalise pas nous-mêmes toute l'approche si sur le terrain on n'a pas tout le matériel dont on a besoin sans dépendre de prestataires logistiques ou de choses comme ça. Et puis, ce qui manque aussi, c'est peut-être le fait que le temps ne soit pas compté. Là, on est resté, voilà, ça a duré vraiment deux semaines de vraie expédition même si ça a duré plus longtemps si on inclut nos navigations en Islande, etc. Deux semaines, c'est court. C'est très court sur place. J'aurais bien aimé rester plus longtemps. On était limité par la fenêtre entre la période où il n'y a plus de glace et la période où le mauvais temps arrive comme je décrivais tout à l'heure mais aussi beaucoup par notre autonomie tout simplement parce que chaque jour c'est deux kilos de nourriture à deux et qu'on ne pouvait pas en emporter plus tout simplement. ce que je retiens de cette expédition aussi c'est que j'aimerais apprendre les techniques qui me permettraient d'être plus autonome donc par exemple à pêcher, à chasser, ce genre de choses pour que la logistique, comment dire, ce genre de préoccupation un peu domestique nous restreigne moins dans la durée de l'expédition. Ok.

Loïc Bon, ça, ça laisse présager de futures expéditions en tout cas. Du coup ? Complètement, oui. Rien de transment mais plein plein d'idées.

Nicolas Ok. C'est dur que tu puisses pas retransmettre les hochements de tête d'approbation en vocale.

Loïc Oui, oui, oui. Génial. Écoutez, on arrive à la fin. Franchement, je me suis régalé. c'était génial comme partage. Incroyable de voir ce que vous avez fait encore une fois avec les moyens du bord en vous débrouillant par vous-même, en trouvant les bons sponsors, en préparant votre bateau avec une approche très différente, en misant tout sur la légèreté. Je trouve que ça fait plaisir de voir ça parce que ça montre que c'est carrément possible et que, encore une fois, on n'a pas besoin de partir planifier quelque chose de cette envergure. deux ans à l'avance en levant des dizaines de milliers pour partir avec un catamaran de base vie ou je ne sais pas quoi. C'est possible de faire avec une approche beaucoup plus minimaliste, quelque chose de complètement incroyable. vraiment, merci beaucoup pour ce très beau partage. Est-ce qu'il y a un mot de la fin ? Est-ce qu'il y a quelque chose que vous auriez envie de partager une fois de plus aux auditeurs, aux auditrices ?

Tom Cette manière de partir à l'aventure, c'est quelque chose que je pense qu'on aimerait bien partager. On aimerait beaucoup encourager des gens à faire le choix d'autonomie et de la légèreté en partant pas forcément en bateau, ça peut être en bateau sur des petits bateaux logiques comme ça, mais aussi par exemple en vélo sur des longues distances et puis de mêler un petit peu les milieux, le terrestre, la montagne, la mer et la montagne. S'il y a des gens qui écoutent ce podcast et qui ont envie de faire un petit peu la même chose et qui ont besoin de conseils ou de retours d'expérience, qui n'hésitent surtout pas à nous contacter. On serait hyper heureux de partager les quelques trucs qu'on a appris en le testant.

Nicolas Trop bien. Et je veux même complémenter ça avec la version philosophique maintenant que Nico a fait la version terrestre. C'est qu'au final, on se rend compte que ce n'est pas nécessairement en allant chercher la difficulté qu'on s'éclate le plus et qu'on a fait des sommets qui sont tellement plus modestes que ce qu'on aurait pu envisager de faire dans les Alpes mais qu'au final, le plaisir et la satisfaction sont démultipliés. Donc moi, je pousserais à inviter cette réflexion-là et s'il y a des gens qui ont envie de partager aussi cette réflexion-là avec grand plaisir mais de qu'est-ce qu'on va réellement chercher quand on va au final déranger des milieux naturels et faire pour les bonnes raisons. Très bon point.

Loïc Super. Grand merci Tom. Grand merci Nicolas pour ce très très beau récit. Je vous dis à une prochaine pour l'aventure du duo qui arrive très bientôt. Il y a quelque chose de prévu tous les deux ou c'est pas encore ?

Tom Rien de prévu mais on tiendra au courant de... En tout cas, merci beaucoup à toi d'être intéressé à notre XP et à ce qu'on a fait à la manière dont la fête.

Loïc Avec grand plaisir. Merci à tous les deux pour ce beau récit.

Nicolas Yes. Merci Loïc. Merci Nico. Merci à tous.

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

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