Sixte Et là, un policier nous arrête, il nous emmène au commissariat, etc. Parce qu'on n'a pas le droit de faire de l'autostop en Égypte. Et puis là, au commissariat, je lui explique tout le projet de voyager à travers le monde en stop, de rencontrer les gens. Et en fait, il a complètement retourné sa veste, il nous a remmenés sur la route, il a lui-même arrêté un camion, il nous a fait monter dans le camion, et il a dit aux camionneurs de nous planquer sous des couvertures à chaque barrage de police suivant pour qu'on passe sans problème.
Loïc Sous-titrage Société Radio-Canada suivre leur propre chemin. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irréversibles dans ta vie. Tu es prévenu. C'est parti. Eh bien, écoute, bienvenue Sixte au micro des Frappés. Je suis super content de te recevoir sur le podcast pour parler de plein de choses, mais principalement de voyages, d'aventure d'humanité, je pense, peut-être même un peu de foi, et d'aventure au long cours, en particulier. Merci beaucoup Loïc. Tu as réalisé quelque chose d'énorme, donc voilà, très content de te recevoir.
Sixte Merci Loïc, je suis ravi aussi d'être reçu sur ce podcast, Les Frappés, et je pense qu'on va avoir plein de belles choses sur lesquelles échanger.
Loïc Yes, absolument. Ce que je te propose pour commencer, c'est de nous expliquer dans les grandes lignes qui tu es, quel a été ton parcours jusqu'à ce jour de 2024, c'est ça, où tu as pris le départ ?
Sixte Je suis parti en 2022, revenu en 2024. 2020, revenu en 2024. Voilà, c'était le retour. Alors, mon parcours est assez classique pour un Français parisien. J'ai grandi à Paris. Et puis ensuite, je suis parti faire mes études à Londres où j'ai étudié l'informatique. Je me suis spécialisé en intelligence artificielle, donc vraiment le sujet du moment, mais pas forcément le sujet que je vais aborder dans cet entretien. J'ai bossé un petit peu à Londres et ensuite je suis revenu à Paris. J'ai passé un an à Paris et pendant cette année, à Paris est né vraiment le désir de partir découvrir le monde et pas de n'importe quelle manière, de découvrir le monde en autostop. je pourrais te raconter un petit peu plus comment c'est arrivé et voilà le 2 octobre 2022 je suis parti sur les routes parti du centre de Paris, de Notre-Dame pour voyager à travers le monde avec l'idée de passer un à deux ans sur les routes et à rencontrer des personnes de tous horizons toute culture, toute religion, différents métiers différentes différentes vies et des modes de vie très différents. Voilà, pour me confronter un petit peu à l'autre et découvrir l'humain dans ses différentes facettes.
Loïc J'allais te poser la question, quelles étaient les motivations pour se lancer dans un périple de 60 000 kilomètres, 42 pays, 800 conducteurs et autres ? Qu'est-ce qui a allumé la flamme initialement ?
Sixte Ce qui a allumé la flamme, C'était le premier voyage que j'ai fait en 2022, donc début 2022. J'avais deux semaines de congé devant moi et j'ai proposé à un cousin de partir le plus loin possible vers l'Est en deux semaines. Et au lieu de partir avec sa 4L, on a décidé de partir finalement en autostop, un petit peu parce que la 4L était en panne aussi. Et donc, je lui ai dit, viens, on part le plus loin possible vers l'Est. il était au chômage, il avait le temps, il m'a dit oui et en deux semaines en fait, on s'est retrouvé à Istanbul, enfin en moins de deux semaines même au bout de 10 jours et ça a été une aventure assez dingue qui nous a complètement sortis de notre quotidien on vient tous les deux d'un milieu parisien privilégié et avec une routine on peut dire dans nos vies et en fait pendant ces deux semaines, j'ai ressenti une intensité de vie que je n'avais jamais expérimentée auparavant. Et c'était assez dingue. À travers les rencontres principalement, il y a aussi un peu des défis qu'on s'est donnés d'aller nager dans les canaux de Venise sur le chemin ou ce genre de choses. Et puis, il y a des choses improbables qui nous sont tombées dessus et qui nous ont fait voir des personnes et des cultures, des pays d'une manière à laquelle on ne s'attendait pas forcément. C'était au moment de la guerre civile en Syrie et on voyait tous les Syriens comme de pauvres réfugiés et en fait on se fait prendre par un Syrien extrêmement riche qui possède plusieurs entreprises qui nous prend en stop dans les Balkans qui roule à 200 km heure sur l'autoroute et pendant ce temps-là qui nous sort son deuxième passeport de la grenade qui lui permet d'aller un peu où il veut un gars qui avait acheté son passeport un petit pays des Caraïbes pour être libre et puis même la première nuit on n'avait pas d'endroit où dormir c'était vraiment à l'arrache on est arrivé dans les Alpes italiennes et là on voit sur Google Maps un endroit où il y a écrit Rifugio pas loin, on se dit trop bien un refuge on va essayer de trouver un abri là-bas et en fait c'était un refuge pour migrants et il était minuit ils avaient encore un peu de place dans un dortoir avec des gambiens et ils nous ont dit on n'a pas l'habitude d'accueillir des français mais bon on a de la place on ne va pas vous laisser dehors en plein hiver et on s'est retrouvé là à discuter avec les gars à discuter avec un afghan notamment et rencontrer cette personne, découvrir tout son parcours de vie, lui qui avait fui les talibans son père s'était fait tuer par les talibans justement et donc en fait ça c'est juste quelques exemples mais pour montrer à quel point en quelques jours on peut s'ouvrir complètement à des nouveaux horizons sans même être acteur de tout ça parce que finalement ce qui nous a fait vivre de manière très intense c'était pas ce que nous on choisissait de faire, c'était vraiment les rencontres qui nous tombaient dessus et nous on était juste dans une position où on se laissait saisir par toutes les rencontres et au retour de ce voyage qui nous a amené jusqu'à Istanbul j'ai un ami qui m'a offert un livre qui s'appelle Le monde en stop, 5 années à l'école de la vie d'un français qui s'appelle Ludovic Hubler et qui entre 2003 et 2008 a consacré 5 ans de sa vie à ce tour du monde en stop et j'ai trouvé ce bouquin complètement fou complètement fou et très beau aussi je me suis dit je me suis rien dit simplement au moment où j'ai refermé le livre pour moi c'était une évidence que je devais partir sur ses traces pour vivre ne serait-ce qu'un peu de ce qu'il avait vécu
Loïc tu l'as rencontré avant de partir toi-même sur la route ?
Sixte non je l'ai même pas rencontré je l'ai pas rencontré je pense que j'ai un naturel plutôt introverti j'aurais pu provoquer la rencontre mais je me suis dit je vais aller faire mon truc et puis bon je n'avais pas forcément envie de de mettre la charrue avant les bœufs et de lui dire ouais je vais faire un tour du monde comme toi quand en fait j'avais fait encore zéro kilomètre
Loïc je te pose la question parce que je l'ai, alors je n'ai pas lu son livre mais je l'ai croisé il y a plus de dix ans je pense sur un événement qui avait un peu rien à voir, un événement d'entrepreneuriat vers Sofia Antipolis, Antibes, etc. Et il m'avait marqué, il a été venu partager son parcours, le fait qu'il avait fait ce tour du monde en stop en 5 ans. Et tu vois, son nom m'était resté et je le suis sur les réseaux depuis. Alors, je n'ai jamais vraiment engagé la conversation avec lui, mais son discours, je me souviens que son récit en personne m'avait vraiment chamboulé, tu vois, m'avait donné des idées, fait réfléchir ce que je voulais faire de ma vie parce qu'il était parti assez jeune de mémoire aussi
Sixte oui il était parti à 25 ans je suis parti à 24 ans donc assez similaire et c'est quelqu'un d'extrêmement charismatique il fait énormément de conférences et son livre a eu un succès fou d'ailleurs et pour la petite histoire je ne l'ai pas encore rencontré mais je vais probablement le rencontrer prochainement parce que en rentrant de voyage ensuite j'ai écrit un livre et j'ai été frappé à la porte de son éditeur pour moi c'était une manière de boucler la boucle Géorama exactement où j'ai publié ce livre Au coeur des mondes qui est sorti il y a environ un mois et l'éditeur en fait m'a pas mal parlé de lui aussi et m'a un peu décrit le personnage donc ça c'est marrant et il va sûrement provoquer la rencontre prochainement génial
Loïc ok donc ce premier voyage à l'autostop jusqu'à Istanbul avec un cousin vous rentrez vous rentrez par le train ou
Sixte et on est rentré en avion finalement en avion ok ce qui était un petit peu dommage ce qui moi je trouve ça a toujours une saveur amère de rentrer d'un grand voyage qui se fait à travers les terres éventuellement les mers aussi en avion mais là on était contraints par le timing le temps et Et au-delà des enjeux écologiques qu'on connaît tous, pour moi, l'avion, c'est aussi un mode de transport qui viole un petit peu toute la terre qui est en dessous ou qui la dénigre d'une certaine manière. Et on ne voit pas la lente évolution des paysages, des cultures, des architectures. Et moi, je trouve ça hyper beau, justement, dans le voyage, d'avoir cette lente progression. Et donc, voilà, l'avion de ligne, pour moi, est un mode de transport, mais pas vraiment un mode de voyage.
Loïc Entre la lecture du livre de Ludovic et le moment où tu pars, sachant que tu avais fini tes études, tu démarrais dans la vie active. C'est pas forcément... Une fois qu'on a démarré, j'entends souvent des histoires de gens qui, à la sortie de leurs études, avant même de se lancer sur le marché se prennent un break et partent voyager chose qui est d'ailleurs beaucoup plus courante dans les pays anglo-saxons que chez nous mais toi tu avais commencé à travailler si je ne me trompe pas oui qu'est-ce qui fait que tu passes à l'action et que tu décides de dire non c'est maintenant que je veux le faire et pas dans 5-10 ans une fois que j'aurai tu vois constitué je ne sais pas typiquement rempli les comptes avec le budget qu'il me faut pour un à deux ans de voyage pourquoi est-ce que tu es parti à ce moment-là
Sixte C'est une très bonne question. En fait, j'avais déjà un petit peu rempli les comptes. J'avais la chance de travailler en freelance dans l'informatique, ce qui est globalement plutôt bien payé. Je m'embarquais dans un voyage qui coûte très peu. Voyager en autostop, il faut payer ses visas, sa nourriture et un logement de temps en temps. Mais il n'y a rien à payer en termes de transport. Globalement, donc à ce niveau-là il n'y avait pas trop de problèmes mais malgré tout ça il faut quand même un coup de pied aux fesses un élément déclencheur, quelque chose pour partir et après le voyage dont je parlais jusqu'à Istanbul j'avais cette envie de partir qui était née mais ça aurait pu rester un rêve dans ma tête éternellement sans que je ne le réalise jamais et à cela j'ai deux réponses la première réponse c'est que très jeune il y a quelque chose qui m'a fait réaliser que les rêves pouvaient se concrétiser et que c'était pas fait pour forcément rester que dans la tête il y a certains rêves qui vont jamais se réaliser et puis il y en a d'autres qui peuvent se réaliser et ça c'est une petite anecdote bien avant le voyage quand j'avais 6 ans seulement mon grand-père venait de mourir et ma grand-mère nous a demandé à mes frères et soeurs et moi quel était notre rêve et mes frères ont dit des conneries du genre avoir un paquet de bonbons ils ont eu un paquet de bonbons ma soeur a dit aller à Lourdes donc ma grand-mère l'a emmenée à Lourdes et puis moi j'ai dit aller en Australie et voilà et donc ce jour-là j'ai réalisé à quel point un rêve pouvait être une force pour se mettre en mouvement donc elle t'a emmené en Australie ? tout à fait, elle m'a emmené en Australie donc mes frères et soeurs étaient verts évidemment ça a pris quelques années avant qu'elle m'emmène en Australie et ils me disaient toujours non mais c'est n'importe quoi, elle t'emmènera jamais et elle a préféré la liberté à l'égalité ce qui est quelque chose qui me parle beaucoup donc je suis conscient d'avoir été extrêmement gâté à ce moment là mais c'est une histoire un peu folle C'est une histoire un peu folle qui m'a fait vraiment réaliser plus tard que si j'ai des rêves, peu importe à quel point ils sont fous, ils peuvent être réalisés et il faut s'en donner les moyens. Quand j'étais enfant, c'est ma grand-mère qui m'a offert ce voyage. Mais ensuite, c'était aussi pour moi une histoire de travailler pour pouvoir m'offrir les espaces que je voulais. et au-delà du travail aussi de gagner de quoi réaliser un rêve il y a aussi juste l'idée qu'on peut se lancer et le déclic ça a vraiment été ce livre de Ludovic Hubler et sans ce livre je pense que je ne serais pas parti
Loïc waouh ça sera intéressant une fois que tu l'auras rencontré en vrai de lui partager ça je ne sais pas si tu as prévu de le faire
Sixte j'ai déjà échangé avec lui quand même sur internet donc il est au courant mais en vrai c'est encore plus chouette de partager ce genre de choses
Loïc comment réagis tes proches là t'en parles avec beaucoup de calme et une certaine forme d'humilité mais c'est quand même très courageux tu vois assez jeune de partir se lancer pour une période aussi longue avec un mode de voyage aussi spécial quand même ou en tout cas peu commun aujourd'hui pour nous ?
Sixte Oui, la question qu'on m'a le plus posée sur la route, c'est « mais qu'est-ce qu'en pense ta mère ? » On ne pense pas forcément au père, mais on pense beaucoup à la mère pour ce genre de choses. Et en fait, moi, je disais souvent en rigolant, je viens d'une famille de six enfants, elle peut se permettre 15 % de pertes. Mais dans les faits, mes parents, mes proches, sont restés plutôt détendus à l'égard de tout ça, ou en tout cas, faisaient attention à ne pas trop me montrer à quel point ils étaient stressés, sauf vraiment à des moments clés, comme par exemple quand je suis allé en Iran, où ça, c'est quelque chose qui les a vraiment stressés, et on a eu des discussions très houleuses au téléphone. En revanche, au départ, ils n'avaient pas si peur que ça, seulement je sais que pour mon père ça a été très dur parce que pour lui la valeur travail est extrêmement importante et partir un à deux ans sur les routes c'est pas sérieux et finalement petit à petit au fil du voyage il a aussi un peu changé son regard là dessus ce qui est quelque chose qui m'a beaucoup touché
Loïc l'auto stop donc t'expliquais qu'il y a eu ce voyage déjà jusqu'à Istanbul de ce que je comprends validé en tout cas prévalidé ce format de voyage puis le livre de Ludovic qu'il a définitivement ancré comme étant le format que tu voulais toi aussi adopter mais enfin il n'y a pas de mais ma question c'est que moi je ne l'ai jamais fait mais pour avoir interviewé plusieurs personnes qui ont voyagé comme ça ce qui était assez clair ce qui ressortait c'est que finalement tu dépends peut-être pas entièrement mais en très très grande partie de la générosité des autres et la question que je me pose c'est en quoi est-ce que ça change si ça change quelque chose dans ton rapport aux gens notamment dans les pays tu vois là tu viens d'évoquer l'Iran mais je sais que t'es aussi allé globalement t'as traversé beaucoup de pays où on n'a pas forcément on retrouve pas forcément le niveau de vie qu'on a en France est-ce que ça change le rapport aux autres de finalement toi qui es potentiellement les moyens de voyager comme tu l'entends tu décides de voyager en autostop qui est un format où tu as besoin de la générosité de l'autre ?
Sixte Oui, c'est quelque chose qui est très difficile à accepter au départ. Et il y a vraiment un choix à poser et une grande humilité à se dire « je vais accepter de dépendre de la générosité des autres ». Et cette humilité, je ne l'ai peut-être pas poussée jusqu'au bout, ou certains diraient pousser le vice jusqu'au bout, dans la mesure où j'essayais de ne pas coûter aux gens. Enfin, je ne suis pas parti dans un état d'esprit de mendiant. Je suis parti dans un état d'esprit de... Il y a des gens qui voyagent un peu partout sur la Terre, qui se déplacent avec leur voiture, leur camion, leur tracteur, leur bateau. Je vais aller avec eux un peu comme une valise. Ça ne leur coûtera rien. je ne vais jamais demander aux gens de m'héberger s'ils n'ont pas proposé par eux-mêmes ou s'ils ne sont pas inscrits sur une plateforme type couchsurfing pour faire ça et malgré ça j'ai dormi 157 nuits chez l'habitant sans avoir quasiment jamais rien demandé et donc la générosité qu'on rencontre en France mais dans d'autres pays parfois plus encore et vraiment exceptionnel, peu désarçonné. Et il y a effectivement des gens qui étaient parfois très pauvres, qui m'ont accueilli chez eux, qui m'ont nourri plus que de mesures. Mais toutes ces personnes-là en général, ils trouvaient aussi leur compte d'une certaine manière parce que en fait, s'ils m'accueillaient, c'était rarement juste par pitié c'était souvent par envie de partager quelque chose ensemble, de partager du temps de partager une discussion il y en avait certains qui se disaient mais c'est dingue un tour du monde en stop mais j'ai envie de faire partie de l'aventure et donc finalement le fardeau de dépendre des gens alors que je viens d'un pays et d'un milieu privilégié, sur le long terme, n'a pas été si lourd à porter parce que je mettais des limites à cette dépendance. Et puis, ça m'a ouvert les yeux sur la générosité de certaines cultures, l'hospitalité, dont on entend parfois parler, mais quand on le vit, c'est autre chose. Et je suis vraiment parti aussi dans une idée de formation humaine et spirituelle à me dire en fait je vais apprendre aussi des autres comment ils pratiquent des actes gratuits, ce qui va les pousser à faire tout ça pour essayer de moi-même devenir meilleur à l'avenir et m'inspirer de ces personnes-là et essayer de mieux accueillir l'autre quel qu'il soit.
Loïc Les gens que tu as rencontrés, ils comprenaient ce mode de voyage ou tu as parfois dû... Tu viens de le faire là, tu vas expliquer ta démarche, ton approche.
Sixte Il y a eu des quiproquos parfois quand j'étais avec des personnes dans des pays dont je ne parlais pas la langue, mais dans l'immense majorité, j'expliquais clairement mon approche dès le départ et les gens comprenaient. Et en fait, c'est ça qui les embarquait aussi et qui leur permettait de m'embarquer, c'est qu'ils adhéraient au projet et j'ai eu des situations parfois lunaires où je pense à un gars qui m'a... C'était en Égypte. J'étais avec un ami et il y a un policier qui nous arrête. On avait été pris en stop par un triporteur. Et là, un policier nous arrête, il nous emmène au commissariat, etc. C'est parce qu'on n'a pas le droit de faire de l'autostop en Égypte. On n'a pas le droit en général de se balader dans des transports non agréés, dans des transports privés qui ne sont pas faits pour les touristes, par mesure de sécurité. Et puis là, au commissariat, je lui explique tout le projet de voyager à travers le monde en stop, de rencontrer les gens, creuser les questions de l'altruisme, de la charité, de l'hospitalité dans les différentes cultures. Et en fait, il a complètement retourné sa veste. Il nous a remmenés sur la route. Il a lui-même arrêté un camion. Il nous a fait monter dans le camion. Et il a dit aux camionneurs de nous planquer sous des couvertures à chaque barrage de police suivant. pour qu'on passe sans problème. Et donc ça, ça peut montrer à quel point parfois il y avait des gens qui adhéraient à fond au projet alors qu'au début on se disait merde, merde, merde, il nous met des bâtons dans les roues, il va m'empêcher de mener à bien mon projet, je ne vais pas pouvoir faire du stop en Égypte et ça va ruiner tout le voyage. Et en fait, il y a parfois des très belles rencontres notamment avec les personnes qui savent désobéir aux ordres par humanité et par compréhension d'un projet qui dépasse cette simple rencontre parce que comme tu disais tout à l'heure dans ce voyage j'ai rencontré plus de 800 hôtes et conducteurs et donc c'est quelque chose d'assez dingue cette chaîne d'altruisme qui se déploie à travers les continents et c'est chaque fois que je rencontrais quelqu'un qui me bloquait je me disais mais ce serait trop dommage qu'il arrête le projet là, qu'il y ait une décision d'une personne qui bloque tout. Et notamment avec la police dans des zones un peu tendues.
Loïc 60 000 kilomètres, 42 pays, on le disait un peu plus tôt. Si tu devais découper ce long périple en grandes phases, ce serait quoi ? Géographique peut-être ou temporelle ? Comment tu structurerais tout ça ?
Sixte Alors, il y a eu deux grandes phases. il y a eu une première partie à l'ouest et une deuxième partie à l'est par rapport à la France pour la première partie je suis parti vers l'Amérique latine en passant par l'Afrique occidentale Dakar et puis une transatlantique à la voile et là c'était une première partie où je découvrais un petit peu ce mode de voyage au long cours. Je ne m'étais pas forcément tellement préparé. Et dans cette première partie, il y a eu vraiment deux phases entre l'Afrique occidentale, souvent très accueillante, et puis l'Amérique latine qui l'était beaucoup moins. Donc, je définis pas mal aussi les régions par l'accueil que j'ai pu y trouver.
Loïc Tu t'es créé un index, un index accueil six.
Sixte Je pourrais faire un dictionnaire des pays en fonction des indices d'accueil, de facilité de faire du stop, des marques de voitures rencontrées et de l'hospitalité. Mais je n'ai pas encore écrit ce petit dictionnaire. Et ensuite, il y avait la deuxième partie du voyage qui était de l'Inde, donc de Calcutta jusqu'à Paris. et où là, vraiment, ça a été la partie la plus riche du voyage pour moi et notamment tout ce qui est Moyen-Orient, tout le monde arabo-musulman, où il y a l'hospitalité qui est une valeur ancrée dans la culture et dans la religion dominante là-bas et donc ça facilitait énormément les rencontres. c'est à dire que j'avais beaucoup moins d'heures d'attente au bord des routes et les gens dans la discussion s'ouvraient beaucoup plus les gens m'invitaient plus facilement chez eux et c'est dans l'intimité chez les gens qu'on découvre davantage leur culture même si déjà dans les voitures d'Amérique latine j'ai pu faire connaissance avec une ribambelle de personnes qui m'ont appris plein de choses sur la politique, l'histoire de leur pays, leur vie, la situation économique, et puis même aussi toutes leurs questions existentielles. On retrouve ça sur tous les pays. Et où qu'on soit, en fait, quand bien même l'Amérique latine était moins accueillante, parce que les gens ont souvent peur de l'étranger là-bas, comme je voyageais en stop, j'avais un filtre exceptionnel qui faisait que je ne rencontrais que les personnes les plus ouvertes à la rencontre. J'attendais peut-être plus longtemps, mais finalement, je finissais toujours par rencontrer une personne souvent exceptionnelle qui était prête à aller au-delà des œillères que pouvait lui mettre sa culture ou les pratiques habituelles dans son pays et prendre un inconnu en stop. Et ça, c'était merveilleux. Donc, j'ai fait, voilà, quel que soit les pays, j'ai fait des belles rencontres. J'ai été accueilli par des gens qui, souvent, me prenaient en stop. Je n'allais pas leur demander directement, comme je disais, de m'héberger, mais souvent, au fil de la discussion en stop, ils finissaient par proposer de me loger. Et après, il y a des différences culturelles aussi. en France si je suis pris en stop par quelqu'un et qu'on s'arrête dans une station essence chacun va s'acheter son sandwich au Moyen-Orient il n'en est pas question et quand bien même on n'est pas censé s'arrêter dans une station essence parce qu'il n'y a pas de plein à faire les gens vont s'arrêter pour m'offrir le thé je pense au Pakistan ça en devenait comique parce que sur chaque course de 10 minutes en stop on s'arrêtait une demi-heure pour prendre le thé donc j'avançais pas plus vite que dans les autres pays mais c'était extrêmement sympa et on prenait vraiment le temps de faire connaissance avec chaque conducteur
Loïc Tu as fait de l'avion stop également ?
Sixte Oui, alors ça c'est un des épisodes les plus fous peut-être de ce voyage je pense que c'est là où mes hormones ma dopamine a atteint peut-être les niveaux les plus stratosphériques parce que ça paraît complètement improbable, impossible même de faire de l'avion stop et en fait c'est assez simple finalement je vais pouvoir donner un petit tuto donne-nous les clés je pense que c'est même plus simple que de faire du bateau stop pour le bateau stop j'ai souvent attendu longtemps sur les ports, dans les bureaux des douanes sur les petites îles des Caraïbes etc à Dakar j'ai attendu un mois pour trouver le bateau pour m'emmener sur Atlantique et l'avion stop ça s'est fait en 20 minutes c'est à dire que j'ai été dans un aérodrome c'était en Martinique où il y a l'aéroport et il y a une partie avec les petits coucous et les jets privés j'ai vu un petit coucou atterrir dès que le pilote est sorti de l'aéroport de l'aérodrome, j'ai été l'aborder et je lui ai dit je fais un tour du monde en stop et je rêve de faire de l'avion stop ça en revient encore aux rêves qui peuvent être réalisés aussi improbables soient-ils j'ai dit je rêve de faire de l'avion stop et je suis prêt à partir n'importe où j'étais assez libre aussi sur les destinations je me suis dit est-ce que tu es prêt à m'embarquer avec toi et en fait les aviateurs les pilotes de petits coucous sont souvent des passionnés qui aiment bien partager leur passion. Et donc, je me disais, bon, il y a des chances qu'ils disent oui. En fait, il a dit non. Mais, il m'a dit non, mais j'ai mon pote un peu plus loin. Là, tu peux aller lui demander au bar. Il y a peut-être moyen qu'il te dise oui. Je vais voir son pote qui était un jeune antillais de mon âge, très sympa, et qui me dit, j'aurais bien pu t'emmener, mais en fait, je décolle dans 20 minutes. Donc, il aurait fallu que tu aies tes affaires avec toi. Donc, c'est dommage. Et je lui dis, si, j'ai mes sacs avec moi. On peut partir quand tu veux. Et donc, 20 minutes après, on se retrouve. On va faire le plein sur le tarmac. Et on décolle. Et il m'avait dit, je vais à Canoine. Et en fait, moi, je n'avais même pas pris le temps de lui poser la question, où était Canoine ? Et dans l'avion, je lui dis, au fait, c'est où Canoine ? donc j'avais aucune idée d'où on partait je m'en volais avec un inconnu complet dans un avion dans les Caraïbes qui m'offre ce trajet parce qu'il partait de toute façon et il volait à vide et il me dit ah c'est une petite île dans les Grenadines un paradis d'ultra riche et je peux te déposer là-bas ou alors si tu veux je te dépose à Sainte-Lucie parce qu'en fait je vais ramasser une amie à Canoane pour l'emmener à Sainte-Lucie donc j'avais même le choix dans quel pays, sur quelle île je voulais aller ce qui est complètement fou et je suis extrêmement reconnaissant à Alex, ce pilote qui m'a emmené aux Grenadines et sachant ce qui est encore plus dingue dans l'histoire c'est que de toute façon il volait à vide et ça ne lui coûtait rien du tout de m'emmener avec lui et je pense que si vous allez sur des aérodromes, vous pouvez assez facilement trouver des pilotes qui seront partants pour vous faire découvrir leur passion et vous emmener. Alors, ce sera peut-être juste un tour dans l'air et pas forcément un voyage d'une destination à l'autre, comme j'ai eu la chance de le faire. Mais je pense que c'est vraiment pas si difficile que ça. J'ai eu un peu de chance, mais je pense que ça peut arriver à tout le monde. Donc, n'hésitez pas à aller visiter votre aérodrome le plus proche
Loïc donc tu as décollé de Martinique vous êtes posé à Sainte-Lucie récupéré une amie à lui
Sixte c'était dans l'autre sens il m'a posé à Canoane son ami montait dans l'avion à Canoane et allait à Sainte-Lucie avec lui et moi ça m'arrangeait de rester à Canoane donc je débarque dans l'aéroport de Canoane et j'étais tout seul c'était assez marrant c'est assez improbable d'arriver dans un aéroport international comme ça tout seul en descendant sur le tarmac sans personne et voilà donc une expérience assez marrante
Loïc et comment t'as quitté du coup, comment t'es reparti ensuite ?
Sixte et bien après ça a été assez compliqué parce que comme je disais c'est un paradis d'ultra riche où déjà l'immigration, on me demande au bureau des douanes, on me demande dans quel hôtel je vais loger et c'est une île où il n'y a que des palaces hors de prix et donc j'ai inventé un petit mytho pour pouvoir rentrer dans le pays en disant je dois je tente à l'hôtel et j'ai planté ma tante sur la plage sauf que l'île est toute petite le gars du bureau des douanes m'a retrouvé deux jours après avec ma tante sur la plage et donc là il a commencé à m'emmerder et pendant ce temps je cherchais un bateau pour repartir ou alors un autre avion j'ai essayé avec l'avion je me suis même fait virer de l'aéroport parce que je demandais aux gens qui partaient, mais c'était que des Américains très riches qui repartaient. Il n'y avait pas de... très peu d'avions de ligne qui atterrissaient là-bas, je ne sais même pas s'il y en avait. Et donc, les gens repartaient en jet privé aux Etats-Unis. Et j'ai demandé à quelques personnes qui repartaient en jet aux Etats-Unis. Il y en a qui voulaient me prendre, mais qui, finalement, n'avaient pas de place. Et puis, un gars qui s'est plaint auprès de l'aéroport, donc je me suis fait virer. Et j'ai été sur le port, et là j'ai fini par trouver un bateau avec des Français qui allaient sur l'île suivante. Et ensuite j'ai été un peu d'île en île comme ça, dans les Caraïbes, dans des endroits magnifiques. Et ça, c'était assez fabuleux, et en même temps pas toujours facile d'être dans une situation un peu de vagabond, de beatnik des mers quand je me retrouvais sur des îles qui étaient faites que pour les milliardaires il y avait sûrement des milliardaires qui passaient là mais pas que mais finalement je m'en suis sorti en allant d'île en île en étant pris par des youtubeurs brésiliens qui étaient ravis d'avoir un autostopper à mettre dans leur vidéo youtube parce que ça faisait bien pour leur vidéo et puis des françaises en césure qui m'ont embarqué avec elles aussi sur leur bateau, elles faisaient un tour de l'Atlantique donc trop sympa et voilà et donc de fil en aiguille je suis arrivé en Amérique latine et où là ça a été très différent parce que j'avais tout le continent devant moi et j'ai ressenti une sensation de liberté immense en fait à partir du moment où j'étais sur le continent, je n'avais plus besoin d'attendre des jours et des jours pour des bateaux. Il s'agissait uniquement d'attendre quelques heures des voitures. Ça changeait tout de la perspective. Je me sentais presque prisonnier, en fait, sur les îles dans les Caraïbes.
Loïc Tu es rentré en Amérique latine via quel pays, du coup ? Le Venezuela, la Colombie ? Via le Guyana.
Sixte Guyana. J'ai hésité à passer au Venezuela, mais en fait, Bref, avant, j'étais à Trinité, Trinité et Tobago. Et le Venezuela, c'était quand même très chaud. Et je n'étais pas prêt à ce moment-là à aller m'aventurer là-bas. Et notamment, la partie du Venezuela qui est à côté de Trinité, c'est la péninsule de Paria qui est ou qui, en tout cas, à l'époque était tenue par des cartels de drogue plutôt que par le gouvernement. Donc, ce n'était pas forcément la zone la plus rassurante où m'aventurer. et je pense que le degré de tolérance au risque que j'ai a augmenté petit à petit au fil du voyage et plus tard je me suis rendu en Iran, en Irak par exemple et si j'étais parti vers l'Est au début et que j'avais commencé par aller vers le Moyen-Orient, je n'aurais pas osé me rendre dans ces pays là c'est exactement la question que j'allais te poser
Loïc si ton rapport à la notion de danger ou en tout cas de danger, avéré ou pas mais avait évolué donc visiblement oui
Sixte Oui tout à fait, ça a vraiment évolué et je pense que ça a évolué aussi parce que dans le cadre de l'autostop je n'ai pas fait la moindre mauvaise rencontre dans le sens je ne me suis pas retrouvé face à quelqu'un qui m'est menacé ou quoi j'ai eu des conducteurs parfois très lourds des rencontres bizarres bizarre aussi effectivement on pourra on pourra l'aborder mais mais j'ai eu finalement que des belles rencontres dans le cadre de l'autostop j'ai eu des mauvaises rencontres mais en dehors de l'autostop et et dans chaque pays où on me disait fais attention ils sont dangereux là-bas et ça je l'ai je l'ai pas mal vécu notamment en passant de l'Inde au Pakistan où on me disait va pas va pas au Pakistan c'est un pays dangereux etc en fait à chaque fois j'avais une bonne surprise de l'autre côté de la frontière et
Loïc on te disait ah mais tu viens là-bas ils sont méchants comment t'as fait j'imagine
Sixte exactement de l'autre côté de la frontière on me disait la même chose sauf que moi je pouvais me défendre en disant bah non j'y ai été et ils sont pas comme vous l'écrivez et il y a souvent enfin il y a dans énormément de pays il y a une une vraie une vraie peur de l'étranger et il y a des pays où il y a effectivement plus de risques que d'autres je pense pas qu'on soit très bon pour juger à quel point un pays est dangereux, parce que par exemple, un pays comme le Pakistan, on va l'estimer assez dangereux de notre point de vue français, parce que quand il y a des choses qui se passent mal, en général là-bas, c'est des attentats terroristes qui font beaucoup de bruit, qui sortent dans les nouvelles, etc. Et on va peut-être juger ça plus dangereux qu'un pays lambda d'Amérique latine où en fait, il y a beaucoup plus de criminalité et où on va voyager beaucoup plus facilement et sans peur. Et moi-même, quand j'allais dans les montagnes du nord du Pakistan, où il y avait eu un attentat la semaine précédente, je n'étais pas rassuré. Et alors que en Amérique latine, où il y avait des bandes qui se baladaient armées de machettes, pour raqueter les gens la nuit, j'en ai croisé en fait j'étais beaucoup moins stressé
Loïc c'est étonnant ce paradoxe de la peur de l'étranger mais de ce que je comprends l'étranger domestique en réalité c'est à dire ton voisin qui est un peu plus loin que là où tu vas d'habitude au quotidien par contre un accueil exceptionnel pour l'étranger le véritable étranger qui n'est pas un étranger domestique
Sixte Oui, c'est assez marrant. Il y a des pays où c'est plus flagrant que d'autres. Et je pense notamment au Maroc, où en fait les Marocains me prenaient en stop, mais ne prenaient pas tellement en stop les autres Marocains qui faisaient du stop à côté de moi. Et ça, c'était assez perturbant. Par peur ? Pas évident. Ils te l'ont expliqué ? Oui, souvent par peur. Ils se disaient qu'ils ne pouvaient pas faire confiance aux autres Marocains. Et ça, il y en a plusieurs qui m'ont dit ça. Et j'ai trouvé ça assez triste. de voir ce phénomène et puis effectivement bien sûr des indiens ils n'auraient pas voulu prendre un pakistanais en stop et peut-être pas non plus un autre indien et finalement moi ils me prenaient en stop aux abords de la frontière du Pakistan avec une grande joie et Et je pense que c'est aussi, comme je disais, dans la rencontre, chacun y trouve son compte. Et en fait, il y a beaucoup de gens qui étaient peut-être ravis de rencontrer un étranger et qui auraient eu la flemme de prendre en stop quelqu'un qui vient de la ville voisine où ils se disent qu'ils n'auront pas grand-chose à en apprendre et pas grand-chose à raconter de cette rencontre après. il y avait plein de gens qui étaient ravis de notre rencontre parce que derrière c'était quelque chose qu'ils pouvaient raconter c'est assez amusant ça
Loïc t'as été invité à des mariages ou des enterrements ou genre d'événements un peu improbables en tant qu'étranger
Sixte alors des enterrements non mais j'ai été invité à un mariage oui j'ai été invité à un mariage indien et ça c'était c'est marrant parce que c'était un moment où j'étais un peu plus en mode touriste, j'étais avec une amie où on a été voir le Taj Mahal dans la ville d'Agra et là on a logé dans une auberge de jeunesse comme n'importe quel touriste et le il y avait un gars qui travaillait dans l'auberge de jeunesse qui nous a invité au mariage de son cousin et donc on a été au mariage de son cousin. Et c'était à la fois magnifique et très marrant aussi de pouvoir vivre cette expérience. C'est quelque chose dont on rêvait aussi d'assister à un mariage indien. C'est quelque chose qui est assez mythique je pense plus encore que les mariages dans d'autres pays. Et c'était incroyable. C'est quelque chose qui dure sur plusieurs jours où les deux mariée sont vêtues comme un Maharaja et sa princesse. Et c'est vraiment fabuleux. Après, c'est beaucoup mis en scène aussi aujourd'hui où il y avait un vidéaste qui filmait la mariée qui arrivait en dansant, etc. Et puis, dès que la vidéo s'arrête, la mariée s'arrête et puis on fait une prise. Et puis, la mariée se remet à danser et tout avec la musique. C'était assez marrant de voir ça où il y a à la fois un côté très traditionnel et en même temps un aspect très moderne où les réseaux sociaux sont présents etc mais il y a toujours plein de coutumes qui sont respectées entre des échanges de colliers par exemple qui sont faits entre les époux etc et comment ils sont habillés comment se déroule la cérémonie ça c'est assez chouette à voir et je n'ai pas vu d'enterrement mais toujours en Inde, enfin si en fait c'était un enterrement d'une certaine manière mais je ne considère pas ça comme un enterrement parce que moi j'ai une conception de l'enterrement qui est très différente mais en Inde j'ai été aussi à Varanasi au bord du Gange qui est un lieu sain pour les hindous et où ils vont essayer, il y en a beaucoup qui veulent mourir là-bas et être brûlés au bord du Gange, avoir leur cadavre brûlé au bord du Gange pour briser le cycle des réincarnations. Et c'est un... Donc, il y a des brasiers funéraires comme dans Game of Thrones où il y a une personne qui est allongée sur ce lit en métal recouverte d'un drap. Et puis, on va allumer une torche au feu sacré de Shiva donc il y a un feu là-bas qui brûle apparemment depuis des millénaires alors c'est un petit feu qui paye pas de mine donc on a du mal à croire qu'il s'est pas éteint pendant une averse il y a mille ou deux mille ans mais c'est très beau en fait c'est très beau et en même temps terriblement étranger pour nous de voir en fait un cadavre se faire brûler en plein air comme ça avec tout le monde autour qui y assiste et on voit la peau carbonisée, etc. Et les gens qui ont tous un air très résigné autour, souvent, qui n'ont l'air ni vraiment dans la peine, il n'y a pas de pleurs, ni vraiment dans la joie. C'est assez étonnant. Et je pense que nous, on est beaucoup plus dans des émotions très fortes, ou en tout cas, on manifeste des émotions plus fortes chez nous dans ces moments-là. Et voilà, il y a aussi des coutumes où le fils de la personne dont on brûle le cadavre, en général, se fait raser la tête à ce moment-là aussi. Donc, il marque quand même vraiment aussi ce départ. et ça c'était une expérience assez folle de pouvoir assister à ça et ça se fait en public en fait c'est vraiment au bord du Gange n'importe qui en est tombé dessus par hasard n'importe qui qui passe là peut tomber là dessus
Loïc étonnant ça m'amène à une autre question je sais plus où est-ce que je t'ai j'ai la chance d'avoir ton livre entre les mains alors malheureusement j'ai pas eu le temps de le finir mais je me suis absolument régalé et il y a des anecdotes parfois enfin drôles parfois très étonnantes comme ce chauffeur iranien je crois que c'était en Iran il me semble donc peut-être on parlera mais clairement pas un pays où on s'attend à trouver être témoin de ce genre de scène et bref avant qu'on rentre dans le détail je pense que dans ton livre que j'ai lu ça où tu expliques que tu es parti pour un peu porté par une double foi, tu vois, en Dieu, en l'humanité. Oui. Donc, tu disais un peu plus tôt, tu n'as fait que des belles rencontres, en tout cas sur la partie autostop. Tu as eu quelques galères. Je crois que c'est au Costa Rica où tu es tombé malheureusement sur…
Sixte Oui, je me suis quand même fait agresser par un gars avec une machette. Mais pour moi, ça reste l'exception plutôt que la règle.
Loïc OK, ça allait être ma question.
Sixte Et donc, en fait, pour moi, c'était évident qu'il y avait des choses comme ça qui allaient arriver dans le voyage. j'étais presque étonné que ça n'arrive pas plus tôt parce que je suis parti en me mettant vraiment à la merci de tous en me disant je vais monter dans la voiture de tout le monde peu importe s'il m'inspire confiance ou non et finalement j'ai pas eu de galère dans le cadre de l'autostop et c'est en dehors de l'autostop en dormant sur une plage comme n'importe quel backpacker pourrait le faire que je me suis fait agresser par un gars avec une machette ce qui a provoqué d'ailleurs mon retour en France avant la deuxième partie du voyage. Et voilà, je veux quand même porter le message que ce n'est pas ça ce qui compte finalement. Et même cet homme, en fait, je ne l'ai pas vu comme un méchant pour caricaturer. J'ai plutôt eu pitié de lui. Parce qu'en fait, je me suis dit, mais il doit être dans une misère matérielle et ou psychologique assez terrible pour se retrouver à devoir agresser un inconnu pour lui prendre son téléphone. Et si les gens sont parfois mauvais, c'est avant tout parce qu'ils sont malheureux et qu'ils n'ont pas le strict minimum dont ils ont besoin et donc finalement j'avais pas mal de pitié même aussi pour lui qui allait devoir porter sur sa conscience ces actes là et voilà donc mon message reste que le monde est quand même plus accueillant et plus aimant et clairement moins dangereux que l'image qu'on s'en fait et je pense que nous on vit ça dans une moindre mesure en Amérique latine c'est encore plus le cas s'il y a beaucoup de gens qui ne m'ont pas accueilli c'était parce qu'ils avaient peur et s'ils avaient peur c'est parce qu'ils regardaient en boucle des faits divers sur TikTok notamment à la télé parfois aussi c'est beaucoup plus présent en fait les vidéos de fêtes d'hiver en Amérique latine que chez nous j'ai l'impression et vraiment ça va matrixer les gens ça va un peu les faire vriller dans le sens leur faire penser que la mort est au coin de la rue quand oui il y a de la criminalité oui il y a des meurtres ça arrive mais quand on regarde d'un point de vue statistique ça reste extrêmement faible et la probabilité de se faire tuer par un inconnu au coin de la rue est extrêmement faible quel que soit le pays
Loïc Justement tu disais en introduction que je crois que tu parlais de l'Iran et de l'Irak quand ça a été les pays pour lesquels tu as eu des discussions peut-être un peu plus vives avec tes parents toi tu y as trouvé quoi notamment en Iran qui est je pense un des pays qui doit être le plus déconseillé par le ministère des affaires étrangères français la réalité sur le terrain ça a été quoi pour toi ?
Sixte Alors je tiens déjà à préciser que j'y étais début 2024 et fin 2023 en Iran donc c'était avant la guerre bien entendu je pense que la situation est encore à un autre niveau. C'était déjà évidemment complètement en zone rouge pour le ministère des Affaires étrangères, mais c'était avant la guerre. Les manifestations qui avaient suivi la mort de Massa Amini et qui avaient été réprimées très sévèrement par le gouvernement avaient globalement pris fin. Et ça faisait près d'un an qu'il y avait à ma connaissance de tout ce que j'ai pu trouver sur Internet, aucun occidental qui avait été arrêté de façon arbitraire. Il y avait eu pas mal, il y avait une vague d'arrestations au moment des manifestations et puis après ça s'était arrêté il y en a eu d'autres depuis quand même mais c'était une période un petit peu plus un petit peu plus calme on va dire et malgré tout c'était formellement déconseillé moi j'y ai trouvé des merveilles vraiment je suis rentré forcément avec avec un petit peu de d'anxiété et je faisais attention à ce que je filmais aux endroits où j'allais à ce que je disais aux gens notamment aux gens que je connaissais pas vu que de toute façon en rentrant dans le pays je connaissais personne et je laissais pas mal parler les gens aussi, j'étais là pour écouter j'ai été très surpris à de nombreux égards et j'ai trouvé un pays quand même magnifique au-delà du régime qui est terrible. Un pays avec une architecture de dingue, avec des paysages à couper le souffle. Je pense notamment à l'île d'Ormouz, qui est une merveille géologique, des déserts, des oasis canons. Et puis une histoire incroyable qui se reflète dans les monuments, dans les ruines qu'on peut voir aussi à différents endroits, notamment autour de de Bersepolis et puis une population qui m'a vraiment surpris comme je disais le le premier camionneur qui m'a pris en stop donc ça devait être mon deuxième jour en Iran les premiers mots qu'il me dit en ouvrant sa portière c'était fuck Islam et moi et moi je j'en revenais pas parce qu'en fait pour moi c'était un pays où tout le monde était musulman et et j'arrivais du Pakistan où tout le monde est musulman mais plus par choix le Pakistan est gouverné par tenu par un régime militaire avant tout mais pas un militaire plus que théocratique contrairement à l'Iran mais je m'attendais à trouver un peu la même chose en Iran et en fait pas du tout il y avait énormément de gens, j'ai trouvé ce pays très désislamisé parce que justement le gouvernement qui est détesté par beaucoup s'appuie sur la religion pour légitimer son pouvoir et donc beaucoup de gens font l'amalgame entre cette religion et le gouvernement en tout cas c'est aussi les deux et donc comme ils détestent le gouvernement ils vont détester cette religion aussi ou en tout cas s'en éloigner petit à petit et donc ça c'était extrêmement surprenant comme rencontre et puis c'était un camionneur kurde qui était extrêmement sympa et qui m'a fait découvrir un petit peu tous les moyens de contourner les restrictions du gouvernement me partageant son VPN installé sur mon téléphone etc. pour pouvoir avoir des communications par WhatsApp c'est assez drôle il y a plein de sites qui sont bloqués en Iran et d'autres non c'était une période où il y avait internet dans le pays mais voilà ils avaient un blocage partiel en place donc on pouvait consulter le Figaro mais pas Libération je sais pas si les mollas ont quelque chose contre l'Ibé plus que contre le Figaro mais grâce à ce camionneur kurde je pouvais consulter les deux et j'aime bien avoir différentes sources de nouvelles et donc je consultais aussi beaucoup le Terran Times qui est le journal de propagande officiel on va dire qui permettait de savoir de prendre l'attention un peu du gouvernement et savoir comme il y avait la guerre à Gaza, savoir à quel point ça chauffait et s'il fallait que je décampe en vitesse ou pas voilà et puis ensuite je peux aborder la deuxième rencontre très improbable dans cette même veine, si c'est ça qui t'intéresse.
Loïc Disons que je t'avoue que je ne m'attendais absolument pas à lire ça dans ton livre, encore moins en Iran. Je ne voulais pas forcément faire un zoom là-dessus. Encore une fois, tu l'as dit, tu as fait 800 rencontres. C'est très anecdotique, mais c'est vrai qu'elle dénote particulièrement, vu le pays où elle s'est
Sixte produit. Oui, tout à fait. Tout à fait. je peux dire en quelques mots mais donc j'étais dans la république islamique d'Iran où la loi religieuse est assez assez sévère et moi j'avais pris le parti de monter dans toutes les voitures et là il y a une camionnette qui s'arrête en plein milieu de l'Iran je me rendais vers Yazd qui est la ville vraiment au centre de l'Iran et là le camionneur enfin le camionneur c'était une camionnette le gars s'arrête il me propose de monter à bord et il me dit d'ailleurs je regarde un film ça te dérange pas si je continue à regarder et je lui dis non pas de soucis fais comme chez toi et il regardait donc un film porno au volant et déjà j'étais surpris même qu'il ait accès à ça depuis là-bas et c'était une situation assez gênante mais extrêmement absurde et drôle à la fois et donc moi j'essayais de regarder la route lui il regardait pas forcément trop la route il était un peu captivé par son téléphone qui était sur contre le pare-brise ça a duré je pense encore 10-15 minutes là son film donc c'était un peu long et puis après ça en fait il m'a fait des avances etc et ça aussi est très étonnant c'est extrêmement étonnant mais je pense je pense aussi qu'il a pu se permettre de me faire des avances en se disant il est étranger je prends aucun risque avec lui c'est peut-être plus voilà comme l'homosexualité est acceptée dans son pays etc peut-être que peut-être qu'il y aura une ouverture etc et voilà Mais moi, j'en revenais pas de voir ça. Je me disais, mais déjà, il y a beaucoup de gens où je sentais dans la conversation qu'ils n'osaient pas du tout dire leur avis sur plein de sujets. Puis il y en avait d'autres, à l'inverse, qui n'avaient aucun filtre et qui ne respectaient absolument pas les lois du pays ou ce qui est imposé par le gouvernement. et ça c'était complètement dingue de voir que finalement même dans un pays comme l'Iran il y a vraiment de tout et donc finalement c'était aussi une forme de prise de conscience et je ne regrette pas même si c'était un moment extrêmement gênant je ne vais pas rentrer dans la manière dont se sont fait les avances etc je ne regrette pas du tout d'être monté dans cette voiture pour pouvoir prendre conscience de ça et après bien sûr j'ai rencontré plein de personnes tout à fait classiques et certains qui détestaient le gouvernement d'autres qui l'appréciaient ça m'est même arrivé qu'un gars embrasse la tête de l'ayatollah sur le billet de banque que je lui donnais en payant un resto donc voilà il y a vraiment de tout et c'est pas un pays tout noir ou tout blanc comme souvent
Loïc le fait d'écrire un livre c'était une évidence pour toi déjà pendant le voyage ?
Sixte c'est venu petit à petit en fait j'ai pris des notes tous les soirs pendant le voyage et
Loïc dans des carnets sur ton téléphone tu disais ça
Sixte ça aurait plus de charme de dire dans des carnets mais en réalité c'était sur mon téléphone c'est quand même vachement plus pratique pour pouvoir noter souvent même quand j'avais des idées qui me passaient par la tête parce que c'était pas juste raconter ce qui se passe dans le voyage comme tu peux voir dans le livre il y a aussi des réflexions et donc c'était noter ces réflexions noter aussi ce qui m'arrivait et parfois j'étais debout au bord d'une route j'avais pas le temps de me poser de sortir un carnet je prenais trois notes sur mon téléphone et le soir je détaillais un petit peu plus et j'écrivais des polar steps comme beaucoup de personnes en voyage aujourd'hui et j'ai des amis qui m'ont dit t'écris très bien il faudrait que t'écrives un livre etc déjà ça m'a motivé pour m'appliquer davantage sur mes notes sur ce que je partageais aussi en Polar Steps. Et puis, en rentrant du voyage, j'ai repris toutes ces notes qui m'ont servi d'aide-mémoire, finalement, pour écrire un récit d'ensemble sur le voyage. Et donc ça, j'ai vraiment écrit à mon retour. Mais l'idée est venue progressivement. Et puis, même pendant le voyage, j'ai des gens qui me disaient « Ah, mais il faut que tu écrives un livre. et je veux être mentionné dans le chapitre sur mon pays. Donc voilà, j'ai mentionné un certain nombre de personnes et puis à la fin, il y a la liste d'environ 800 noms de personnes rencontrées au fil du chemin.
Loïc Ce qui est assez hallucinant que tu n'aies pu tout noter. Oui. Ça fait quoi ? Ça fait 5 pages ? Je ne sais même plus, mais oui,
Sixte ça doit faire pas loin de 5 pages. et encore il en manque quelques-uns mais je les ai mis quasiment tous je demandais systématiquement aux gens leur prénom et parfois c'était pour une course de 300 mètres et parfois pour trois jours ensemble dans un camion où on s'arrêtait pour la nuit pour dormir etc il y a eu des courses très différentes et puis parfois la rencontre faisait qu'en 5 minutes on avait l'impression d'être les meilleurs amis du monde et parfois c'était plus laborieux je pense notamment à la transatlantique où j'ai mis j'ai passé 18 jours avec des Danois sur un bateau et à la fin j'avais l'impression de ne pas les connaître du tout donc ça c'était assez assez rude parfois on arrive à se confier très vite et parfois on n'arrive pas à briser la glace mais beaucoup de gens se sont confiés en fait j'avais souvent l'impression d'être un peu un psy à écouter les gens qui regardaient la route, qui me regardaient pas dans les yeux et qui me racontaient leur vie tout en sachant que qu'ils allaient jamais me revoir a priori et bon il y en a certains que j'ai revus mais la plupart je les reverrai jamais et c'était des rencontres éphémères mais qui avaient quand même toute leur valeurs, le présent a pour moi quand même énormément de valeurs même si c'est une rencontre éphémère
Loïc Question qu'on a dû déjà te poser plusieurs fois mais qui ne doit pas être facile, dont la réponse ne doit pas être évidente, s'il y en a une mais est-ce qu'il y a une rencontre en particulier qui t'a vraiment marqué et dont tu te souviendras le reste de ta vie ?
Sixte Il y en a plusieurs, j'aurais pu citer Alex avec l'avion stop parce que c'est évident que ça, ça sort du lot.
Loïc Peut-être plus une rencontre. Effectivement, je comprends. Pour Alex, l'avion stop, c'est complètement improbable. Mais peut-être plus d'un point de vue spirituel ou qui t'a fait reconsidérer certaines croyances ou a priori que tu pouvais avoir. Oui, en fait, il y a une rencontre.
Sixte qui m'a marqué, c'était au début du voyage, vers le début, c'était au bout d'un mois de voyage environ, où j'arrive en Mauritanie et je suis accueilli, j'étais avec un ami aussi à ce moment-là, j'ai plusieurs amis qui m'ont rejoint à différents moments pendant le voyage, et nous sommes accueillis dans une maison dans le désert, dans le Sahara par quelqu'un qui nous avait pris en stop d'abord et emmené dans sa maison du désert où il avait une petite palmerée sa maison c'est très simple, c'est un cube de béton qui fait 2 mètres sur 3 et dans lequel il y a un lit de camp quelques matelas une théière et un fusil et donc on sort les matelas le lit de camp, on les met autour du feu, on fait un feu et puis toute la soirée en fait on a discuté et on a beaucoup parlé de religion et je pense que c'était la première fois de ma vie que je parlais de religion avec un musulman moi je suis chrétien enfin j'ai catholique comme pas mal de français qui ont grandi dans un pays où c'est assez courant et Et puis, lui avait grandi dans son pays où tout le monde est musulman quasiment. Et en fait, je trouve qu'on n'échange pas du tout assez avec les personnes d'autres religions. Et j'ai eu des super belles discussions avec lui sur nos foies respectives, ce en quoi on croit, sur ce qui diverge entre nous, sur le rôle aussi de l'endroit où on est né, où on a grandi, sur le rôle que ça va avoir dans nos croyances. Et c'était vraiment extrêmement beau. Et c'est là où j'ai compris vraiment que dans ce voyage, au-delà de la découverte d'autres pays, d'autres cultures, il y aurait aussi vraiment la découverte de différentes religions. et l'idée d'essayer de voir dans chaque religion ce qu'elles ont de beau dans leurs préceptes et qu'il faut cultiver et qu'il faut répandre aussi qu'on adhère à telle religion ou non je pense que il y a du bon à prendre partout et donc ça c'est une soirée qui m'a marqué et puis ça avait un charme aussi exceptionnel de se dire je suis dans le Sahara au coin du feu au milieu de nulle part avec ce gars qui n'a pas de titre de propriété mais qui a juste construit sa maison en béton et qui a mis un cercle de pierres autour pour délimiter son terrain qui a planté sa palmerée c'était magnifique c'est lui
Loïc dont le cousin essayait à tout prix de te convaincre qu'il te convertisse j'ai un souvenir
Sixte effectivement effectivement à côté il y en avait un autre plus jeune qui essayait de me convertir et qui me disait que la vérité c'est le Coran parce que ça vient directement de Dieu etc et en fait à partir du moment où la personne considère ça comme une vérité, le fait que le Coran vienne directement de Dieu et considère que Il n'y a rien de négociable dans sa vérité. En fait, ça bloque tout le dialogue. Après, certaines personnes peuvent considérer avoir détenu une vérité, mais quand même s'intéresser à l'autre. Lui, il ne s'intéressait absolument pas à ma culture, ma foi, etc. Alors que c'était son grand frère, il me semble. son grand frère était beaucoup plus ouvert en fait juste à discuter à ce que chacun partage ce qu'il a apporté à l'autre et qu'on s'enrichisse mutuellement et je trouve que la fermeture d'esprit des personnes qui pensent avoir le monopole de la vérité à l'exclusion de tous les autres est terrible et c'est souvent une grande arrogance parce que quand on va en Inde on se rend compte que t'as un milliard d'hindous qui croient avec quelque chose qui a rien à voir avec ce qu'on croit pourquoi est-ce que c'est nous qui aurions raison eux qui seraient dans l'erreur et pourquoi pas les musulmans etc en fait on se dit je crois dans quelque chose et je vais enraciner ma vie là-dedans, dans ma culture, dans mes croyances, et servir aussi tout ce qu'il y a de bon qui peut être porté par ces croyances. Mais pour autant, je ne vais pas aller menacer les autres parce qu'ils n'adhèrent pas à mes croyances. voilà donc ça a été vraiment un voyage très tourné aussi surtout pendant la deuxième partie de l'Inde jusqu'en France très tourné sur les religions en Inde en fait où j'ai côtoyé des hindous qui m'ont parlé du karma du sens que ça a dans la dimension de l'accueil en fait qu'ils m'offraient des Sikhs aussi dans le nord de l'Inde ensuite des musulmans sunnites au Pakistan chiites en Iran, des yézidis en Irak, des chrétiens orthodoxes aussi au Mont Athos et au Mont Sinai. Et donc, j'ai eu un panel de différentes religions où j'ai pu aller essayer de trouver un peu ce que je trouve être plus beau dans chacune et ça veut pas dire que pour ma vie je vais être partagé entre un mélange de douze religions mais en revanche je pense que chaque peuple et chaque religion a des valeurs dont il faut qu'on s'inspire et quand je vois l'hospitalité que j'ai reçu en Irak où tous les soirs il y avait des gens qui nous ouvraient les portes où je n'avais même pas besoin de lever le pouce pour faire du stop parce que les gens s'arrêtaient. J'étais avec un ami à ce moment-là qui m'a dit mais c'est un surpeuple dans le sens mais nous on n'est pas un surpeuple parce qu'on n'est pas à la hauteur de ce qu'ils pratiquent comme accueil, comme hospitalité. Alors ça peut être tempéré aussi par le fait que pour les Irakiens ça peut être beaucoup plus facile d'accueillir chez eux parce que souvent c'est leur femme à la maison qui fait tout et eux ils passent juste du bon temps avec un invité et ils sont ravis mais n'empêche qu'ils accueillent et voilà et pour revenir juste sur un point auquel je pensais c'était sur le un lieu qui m'a beaucoup marqué dans l'interreligieux c'était le Mont Sinai qui est un lieu qui compte pour les chrétiens, les musulmans et les juifs. Au sommet, il y a une chapelle chrétienne et aussi une salle de prière musulmane. J'ai dormi dans la salle de prière musulmane. J'ai dormi quatre ou cinq fois dans des mosquées pendant mon voyage. En fait, il y a des pays où c'est assez courant là-bas. Ils ont toujours cette tradition de l'accueil du voyageur dans les lieux saints. y compris pour dormir en Iran aussi j'ai dormi dans des mosquées mais ce que je voulais dire c'est là-bas il y a des pèlerins de différentes religions qui affluent au même endroit au pied du Mont Sinaï il y a un des monastères les plus anciens au monde, le monastère Sainte-Catherine où vivent des moines grecs orthodoxes depuis le 5ème siècle et qui sont du 5e ou 6e siècle et qui ont été sous la protection de Mahomet pendant que quand il y a eu la conquête musulmane qui a envahi ces terres ça fait partie de l'Empire Byzantin et puis ensuite ça a été conquis par la conquête musulmane ce qui est assez marrant c'est que ces moines là ils ont un document où ils avaient un document apparemment signé de la main de Mahomet mais on sait pas si c'est un vrai ou un faux qui leur garantissait une protection et qui disait à tout musulman qu'il ne fallait pas les emmerder et donc ce monastère a pu continuer de subsister pendant des siècles en terre musulmane et il y a toujours eu une forme de symbiose entre les bédouins du coin et les moines qui se rendaient des services mutuels incroyable et donc ça j'ai trouvé ça extrêmement beau et aujourd'hui encore il y a toujours des bédouins qui vivent autour du monastère, qui servent de guide aussi pour les gens qui viennent là en pèlerinage, etc. Et qui ont un peu l'exclusivité pour faire ça. Waouh ! Et d'ailleurs, il y a un minaret aussi dans ce monastère. C'est assez étonnant. Et très beau. Pour moi, c'est un symbole dans un monde qui est souvent divisé par des conflits, qu'ils soient géopolitiques, d'ordre divers ou religieux. C'est pour moi un assez beau symbole d'espérance que ce lieu.
Loïc En guise de conclusion peut-être, qu'est-ce que tu dirais que tu as appris sur toi après toutes ces rencontres, tous ces pays traversés, ces cultures, ces religions ?
Sixte J'ai appris pas mal de choses. Je pense que c'est toujours dur de se décrire soi-même, comment on a pu évoluer. Il y a quelques éléments dont j'ai pris conscience, je pense, à quel point on peut avoir des œillères liées à notre culture, liées au mode de vie qu'on a et qu'ont les gens autour de nous. Et je pense notamment dans notre manière d'accueillir l'autre. je parlais tout à l'heure du fait que en France quand on prend quelqu'un en stop et qu'on s'arrête sur les stations et centres chacun prend son sandwich et c'est tout à fait normal mais on va même pas penser à proposer à l'autre un sandwich et moi en fait maintenant j'ai envie d'être celui qui va penser un peu au-delà de ma culture où je vais me dire mais en fait je vais offrir le gars que je vais prendre en stop je vais lui offrir le repas avec comme le font les les Pakistanais, comme le font les Irakiens. Et on va essayer d'apporter ça un peu dans la culture française. Donc ça, c'est une première chose. Et puis, j'ai eu une rencontre assez marquante en Colombie avec un Français qui m'a hébergé et qui, lui, avait beaucoup baroudé avant et qui m'a dit qu'il avait pris conscience qu'il y avait trois choses qui nous freinaient dans la relation à l'autre. C'était souvent la peur, la honte et la flemme. Et que chaque fois qu'il prenait une décision, il allait réfléchir à est-ce que sa décision était guidée par la peur, la honte ou la flemme. Et si c'était le cas, si c'était guidé principalement par une de ces trois raisons, il n'allait pas prendre cette décision, il allait faire le choix inverse. Et en fait, ça, ça m'a vachement parlé. Et c'est un prisme que j'utilise très souvent. Et bien sûr, par exemple, la peur, c'est symptomatique de quelque chose. Donc, il faut aller chercher la racine de la peur. Pourquoi on a peur ? Et est-ce qu'on a peur pour une bonne raison ou non ? Mais pour moi, c'est un prisme de lecture qui peut changer énormément de décisions en bien dans la vie. De se dire, là, ma décision, je ne veux pas la prendre par peur, par honte ou par flemme. mais je veux avoir des bonnes raisons de l'apprendre. Ça, c'est quelque chose qui m'a changé. Et une dernière chose qui m'a changé, c'est évidemment les attentes en stop. J'ai fait le compte, j'ai passé, sans compter les bateaux, où là j'ai passé des jours et des jours, juste les voitures. J'ai dû passer environ 1000 heures à attendre des voitures. Donc, quand je divise ça, j'aime bien diviser ça par une semaine de 35 heures, ça fait pas loin, ça doit faire environ 30 semaines donc quasiment pas très loin d'une année si on a exclu les vacances une année de travail c'est énorme et en fait ça a développé ma patience et donc je ne vois pas du tout ça comme du temps perdu parce que j'ai pu aussi réfléchir penser à plein de choses à des personnes que j'aime prier, lire etc. pendant ces temps d'attente mais s'il y a une chose que ça a développé c'est vraiment ma patience parce que pour moi quelqu'un qui est patient c'est juste quelqu'un qui a pris l'habitude de patienter et je pense que c'est quelque chose qui est très précieux aujourd'hui où je sens moi-même aussi que je perds souvent ma capacité d'attention à force de passer du temps à zapper du coq à l'âne sur mon téléphone mais avoir une patience dans la durée c'est quelque chose qui a de la valeur, qui n'est pas négligeable donc ça vaut le coup de prendre le temps de la développer et à l'origine j'étais assez impatient donc on va voir si le naturel revient au galop mais ça fait déjà deux ans que je suis de retour de voyage et il y a beaucoup de choses il y a différentes formes de patience aussi mais il y a beaucoup de choses sur lesquelles je sens que j'ai gardé une certaine patience quelle est la suite
Loïc du coup pour toi ou en tout cas déjà avant de parler de la suite qu'est-ce que tu fais depuis ton retour et qu'est-ce qui se prépare
Sixte qu'est-ce que je fais depuis mon retour on me pose souvent la question du retour est-ce que t'as réussi à rebondir à te réintégrer parce que quand on part un an et demi en voyage on a souvent peur ou en tout cas les gens les gens avaient souvent peur pour moi que je n'arrive pas à me réintégrer et de fait j'ai repris un CDI où je travaille dans un lieu culturel qui est lié à l'église à Paris et qui est ouvert, c'est un lieu de dialogue entre l'église et la société contemporaine qui s'appelle le Collège des Bernardins et c'est aussi un monument historique c'est un lieu magnifique que j'invite tout le monde à visiter et donc je travaille là-bas où je m'occupe de la direction des services numériques. Donc, c'est de l'informatique et de l'audiovisuel. C'est assez technique et à mille lieux de l'autostop sur les routes du monde. Mais c'est assez enrichissant aussi. Et je suis très heureux de pouvoir travailler dans un lieu où j'ai des bonnes relations avec mes collègues. Et je pense que tout ce que j'ai appris aussi humainement sur les routes, c'est quelque chose qui m'aide dans mon travail aujourd'hui. On me demande souvent si je vais écrire un autre livre, si je vais repartir, voyager, etc. Et je pense que l'écriture comme le voyage ne doit pas forcément être des caprices, mais plutôt une réponse à un appel. Et je pense vraiment que j'avais cet appel de partir voyager, et cet appel, voire ce besoin d'écrire au retour. et aujourd'hui je n'ai pas un appel très fort pour l'un ou pour l'autre, j'ai des désirs un peu désordonnés de partir en voyage, j'ai envie d'aller explorer tel pays de retourner dans tel pays, etc mais je pense qu'il faut que j'ai la patience aussi d'attendre qu'il y ait un nouvel appel qui se forme pour faire quelque chose qui me corresponde profondément, que ce soit dans le voyage que ce soit dans l'écriture que ce soit peut-être dans le prochain job que j'exercerai après celui-là parce que je pense qu'on est aussi dans une génération où on ne reste pas toute notre vie dans le même job en général. Et j'ai une curiosité qui me pousse à découvrir souvent des nouvelles choses. Et donc, voilà, j'attends l'appel. Peut-être qu'il ne viendra jamais. Mais je pense honnêtement qu'il y en aura d'autres. mais je ne vois pas non plus le voyage comme but en soi. Pour moi, c'est aussi une manière de se former, de se confronter au réel pour revenir plus riche et mieux armé face à la vie. Et face à son quotidien qui peut parfois être encore plus difficile que la découverte perpétuelle de nouveaux espaces et la joie qui s'accompagne la joie qui vient avec cette découverte permanente
Loïc excellent écoute Sixte un grand merci c'était passionnant d'en apprendre plus sur ton parcours et puis surtout de rentrer dans les détails de cette grande aventure autour du monde en autostop c'était absolument génial est-ce qu'il y a une dernière chose que tu voudrais partager en guise de conclusion, un dernier message à faire passer
Sixte un dernier message à venir passer ce serait de ne pas avoir peur d'avoir le courage si vous avez des rêves des choses que vous tenez à réaliser de vous lancer mais non seulement de vous lancer mais aussi de persévérer parce qu'il y a vraiment deux formes de courage il y a le courage de se dire allez je pars et puis il y a le courage chaque jour de tenir une fois qu'on s'est un défi de grande ampleur et quel que soit votre défi, je pense que vous en reviendrez grandi et qu'on ne regrette jamais un grand défi qu'on s'est lancé.
Loïc Excellent.
Sixte Merci beaucoup Loïc pour ton accueil.
Loïc Merci Sixt, merci à toi.
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