Les Frappés

Un tour du monde père-fils : les leçons de Thierry Corbarieu

Loïc Blanchard Season 5 Episode 213

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Thierry revient sur le podcast pour nous faire cette fois-ci le récit d'un nouveau défi hors norme : réaliser un tour du monde à la rame, à vélo et à pied en compagnie de son fils Yan, alors âgé de 20 ans.

En quelques points, voici ce qu'ils ont vécu au cours de cette aventure de 7 mois :

🚣‍♂️ Transatlantique à la rame en 50 jours et 5000 kilomètres sur un

🥶 Traversée à vélo des États-Unis sur des routes gelées par -25°C

 🍲 Rencontres et accueil exceptionnel en Asie centrale 

🔥 Des moments de doute, de peur, de difficultés, pour lesquels ils ont, à chaque fois et ensemble, trouver des solutions.

Un magnifique témoignage qui, pour moi, est une puissante source d'inspiration à prendre le temps de se créer des expériences "hors de sa norme" avec ceux que l'on aime.

Excellente écoute à vous !


🎙 Les épisodes de podcast auxquels nous avons fait référence sont :
👉 Épisode #128 - Remporter une course de 1600km en 22 jours par -40° avec Thierry Corbarieu

👉 Mon récit de la PTL : plus de 300km et 26 000m de dénivelé autour du Mont Blanc


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Merci à tous.

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Hello, hello, vous écoutez les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tout niveau, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires. Écoute, en tout cas Thierry, moi je suis absolument ravi que tu reviennes au micro du podcast quasiment deux ans plus tard. La première fois, c'était en août 2023, je te le disais juste avant qu'on démarre. À l'époque, tu nous avais parlé d'un truc complètement dingue, Lady Tarot de 1000 miles que tu avais gagné en 25

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jours.

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C'est ça, 27

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Non, j'avais gagné en 22 jours. C'était 22

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Oui, 22 jours et ce n'est pas rien trois jours,

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c'est un peu ça. J'imagine, ouais. Ok, 22 jours, je ne sais pas pourquoi, je m'étais noté 25, mais en tout cas, bon, ça ne change pas grand-chose. C'était absolument fou. Par moins 40 degrés, 100 tentes, enfin, complètement dingue.

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Un très bon souvenir. Même s'il y a eu des difficultés, mais c'est toujours un souvenir dont je me rappelle très régulièrement.

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En tout cas, moi, je me rappelle de quelques anecdotes. Tu nous as expliqué qu'au départ, il y a un gars à vélo qui avait traversé la glace parce qu'il C'est une épreuve qui peut se faire aussi à vélo. Que tu avais brûlé tes gants dans un petit refuge en essayant de te faire à manger.

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C'était ça, oui. Le

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souvenir que j'en ai,

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c'était assez extrême. Sur ces 22 jours, il y a eu pas mal d'anecdotes. C'est vrai que des bonnes et des moins bonnes. Celle du cycliste, ce n'est pas un super souvenir parce que c'est la première fois que je me confrontais à des doigts gelés et voir vraiment en direct ce que ça représente. C'est assez choquant, je dirais. Et ça, ce n'était pas un bon souvenir. Même les gars, ce n'était pas un bon souvenir. Mais j'ai quand même quelques anecdotes assez sympas. Donc, j'essaie plutôt de me

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rappeler. En tout cas, s'il y en a qui ne l'ont pas encore fait, avant d'écouter cet épisode, je vous conseille vraiment d'aller écouter le précédent. Le lien est en description de celui-ci. Puisque dans l'épisode précédent, tu nous avais aussi partagé quelques infos sur ce qui va être l'objet de ce podcast aujourd'hui, à savoir un énorme projet sur lequel tu travaillais déjà en 2023. Je me souviens que tu m'avais dit que le bateau était déjà dans le jardin. Ça m'a beaucoup fait rire. Parce que c'était peut-être un an du départ, un truc comme ça, plus

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d'un an du départ. Plus d'un an, oui. Je l'ai récupéré un peu en avance parce que je pensais pouvoir faire cette aventure un an avant. Malheureusement et heureusement, puisque du coup, on va en parler, et j'ai pu le vivre avec mon fils mais je dis c'est pour ça que j'avais voulu justement après l'éditarod enchaîner j'avais acheté le bateau juste avant de partir voilà voilà pourquoi

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je l'avais en avance excellent donc bah écoute en tout cas tu nous en avais déjà parlé de ce projet complètement fou donc l'idée tu me dis si je me trompe initialement c'est que tu t'avais prévu de faire un énorme tour du monde en solo avec du bas du vélo de la marche la course la totale quelque chose d'assez monstrueux comme tu en as bien l'habitude et en fait quelques temps avant le départ ton fils Yann si j'ai bonne mémoire t'as demandé s'il pouvait t'accompagner

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oui c'est exactement ça j'étais sur une course au Maroc avec mon épouse et je reçois un appel ce qui n'est pas son habitude puisque quand je suis en course s'il m'appelle il faut que ce soit urgent et donc il m'appelle je lui réponds pensant qu'il y avait une urgence il me dit quand il rentre, il faut que je te parle. Donc, ça m'inquiétait. En plus, je venais de lui acheter la voiture, donc je me suis dit, ça y est, il a cassé la voiture déjà. Il me dit, non, non, ne t'inquiète pas, il n'y a rien de grave. Et je lui dis, oui, tu m'appelles, tu sais, il n'y a rien de grave. Et puis, voilà. Donc, ça avait commencé comme ça. Et quand je suis rentré, il me dit, j'aimerais faire le tour du monde avec toi. Alors, directement, je n'ai pas hésité un seul moment. J'ai dit, non, c'est impossible. C'est impossible, je prépare ça tout seul. Et je je ne peux pas t'intégrer dans le projet. Au fond de moi, c'était trop de responsabilité. Je savais l'engagement que j'allais y mettre et je ne me sentais pas de partager ça avec Yann. Et donc, j'en parle à mon épouse, à sa mère. Et j'ai dit, Yann, tu ne sais pas ce qu'il m'a dit, il voudrait faire le tour du monde avec moi. Et là, j'étais encore plus surpris parce qu'elle me dit, c'est une très bonne idée. Une très bonne idée. Alors là, je suis surpris parce que je me dis, elle me laisse déjà partir et comment je fais mes projets et là elle prendrait le risque de le faire venir avec moi enfin d'accepter sa venue et là j'étais vraiment j'étais choqué parce que je me suis dit c'est bizarre quoi et puis au bout d'un certain temps j'ai réfléchi et puis j'ai dit pourquoi pas je lui ai quand même demandé de regarder deux films Avant de me dire« oui, vraiment», Le premier, c'était Gérard Dabouville quand il a traversé le Pacifique Nord. Alors, bien sûr, j'avais grossi le trait parce que le Pacifique Nord, ce n'est pas l'Atlantique que j'avais traversé, que j'allais traverser. Mais je voulais qu'il voit la difficulté quand on est seul dans l'océan, même si on allait être deux, en l'occurrence. Mais je voulais qu'il voit cet engagement physique, moral, que j'avais vu dans ce documentaire de Gérard Dabouville. Et le deuxième, c'était, alors je ne me souviens plus le titre, mais c'était deux Anglais de la City, qui avait décidé de battre un record du monde de 18 kilomètres en vélo, qui partait du Club Nord et qui allait jusqu'en Afrique du... Oui, Club Nord, jusqu'en Afrique du Sud. Donc, ce que je voulais qu'ils voient, ce n'est pas l'exploit sportif. Ce que je voulais qu'ils voient, c'est qu'à un moment donné, ils traversent un pays dont je ne me souviens plus le nom. En traversant... Quelques temps avant de traverser ce pays, ils avaient vu des gens qui leur avaient dit, n'y allez pas, en ce moment, c'est très dangereux. Et L'un des deux prend peur et avant de traverser ce pays, il dit« Moi, je veux le traverser en avion, je ne veux pas le traverser en vélo, j'ai trop peur.» Et ce que je voulais qu'ils voient surtout, c'était à partir de là, ça a cassé leur relation. Ils n'étaient plus sur la même longueur d'onde. Le projet, l'objectif de battre ce record était fichu. Donc, il y avait des disputes, mais qui étaient dues certainement à ça. C'est ce qu'on ressentait dans le film. Et ce que je voulais vraiment, c'est qu'ils se rendent compte que quand on a un objectif, quand on a un engagement vis-à-vis de soi, de son partenaire, de ses partenaires aussi pour des projets d'une telle envergure. Ce que je voulais qu'ils se rendent compte, c'est qu'il faut aller au bout. Pas à n'importe quel prix, on est d'accord, mais aller au bout, ce n'est pas parce qu'on a peur qu'on n'y va pas. Il fallait penser avant, il fallait se renseigner, il fallait regarder ce détail-là. Donc, je voulais qu'ils se rendent compte que l'engagement, il allait être total et que l'objectif, il fallait l'atteindre. Voilà pourquoi j'avais... Et puis, il voit ça, il me dit oui, c'était un peu dur tes films, mais je suis toujours motivé. Je dis, si t'es motivé, ok, banco, tu viens

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avec moi. Donc toi, ce qui te faisait peur d'emblée, c'était plus la notion de... Parce qu'il est sportif, enfin je veux dire, il a... Bon, toi, c'est vraiment absolument extrême les formats sur lesquels tu t'engages, mais Yann, c'était quoi sa relation au sport, à l'endurance, à l'ultra-endurance

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Alors Yann est un rugbyman, il joue seconde de ligne. Avant le projet, il faisait 100 kilos, 1m87, un jeu les bébés et donc voilà il n'était pas dans le sport d'endurance il était plutôt dans l'explosivité que demande le rugby mais j'avais fait quand même quelques aventures avec lui entre guillemets puisqu'on était parti déjà quand il y avait 12 ans sur le GR10 pendant 4 jours pour faire 100 km avec plus de 2500 positifs et il avait fait et j'avais été surpris par son endurance alors de la négation oui et non parce qu'il a été obligé de me dire avec nous c'était un projet qu'on avait avec mon épouse Kouziza et donc j'étais surpris par son engagement et surtout sa résistance au mal il avait eu des ampoules très rapidement sur ce parcours mais il ne se plaignait jamais et moi je suis bien placé pour savoir que c'est très douloureux que c'est des brûlures et que il aurait pu se plaindre et moi je trouvais des solutions peut-être pour chanter quelques parcours et il ne s'était pas plaint il fallait qu'il soit toujours devant d'ailleurs et Et je m'étais dit, quand même, quelle résilience de voir à son âge, devant un tel effort. Donc, je savais qu'il avait des prédispositions. Mais entre savoir sur quatre jours et sur autant de mois, je n'avais aucune certitude. Ce qui m'inquiétait vraiment au départ, c'était surtout de l'amener sur l'océan. Parce que l'océan, je n'avais aucune expérience, moi, par contre. Et déjà, ça allait être difficile pour moi. Je me suis dit, partager ça avec lui, avec ce que ça représente, sans assistance, donc là j'avais quand même quelques interrogations et c'est ce qui m'a fait dire que je ne voulais pas au départ et

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voilà Je pense qu'en tant que papa ça résonne encore plus cette notion tu l'as évoqué au tout début quand tu nous disais pour la première fois que tu avais dit non cette notion de responsabilité parce que là tu nous dis que finalement tu as essayé d'exposer Yann autant que possible à la réalité que ça allait pouvoir être en lui montrant des films etc mais toi comment t'as fait ce travail de te dire ok je suis son père c'est initialement mon défi c'est moi qui ai l'expérience alors peut-être pas d'être en Atlantique à la rame mais tout le reste t'étais quand même extrêmement capé donc comment t'as réussi à peut-être à switcher et à faire en sorte que tu puisses vous puissiez la vivre à deux cette aventure sans qu'il y ait cette notion de je suis absolument le seul responsable et tout repose sur mes épaules qui est peut-être spontanément en tout cas quand tu expliques tout ça

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Quel est le

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sentiment que

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moi j'ai

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Je n'ai pas pris la mesure, je dirais, je n'ai pas pris vraiment la mesure de l'expérience à deux. Je pensais que justement, en tant que manager dans ma vie professionnelle, c'était quelque chose de naturel, d'évident et que j'essayais de rassembler sur tous mes projets, toujours du monde, et que cette notion d'équipe me convenait. J'ai fait moi aussi du rugby, donc j'ai la notion du sport collectif. Mais je n'avais pas... Je ne m'étais pas rendu compte, vraiment, et c'est pendant le projet que je l'ai ressenti, et surtout que Yann me l'a dit, que depuis quelques années, de faire ces aventures, on n'est pas tout seul. C'est une course en général, même si j'ai fait quelques expéditions seul. Mais la notion d'être seul face aux défis m'a rendu aussi un peu autonome à outrance. C'est-à-dire que c'est compliqué d'amener quelqu'un quand on a vraiment des habitudes. surtout dans l'extrême, où là, on est exacerbé par l'effort et tout ressort vraiment décuplé. Je n'avais pas vraiment cette notion que j'allais vivre des moments difficiles, d'être à deux, parce que même si c'est mon fils et on... L'engagement, il y a deux. Je m'en étais rendu compte. Seul, je prends mes propres responsabilités et j'avance coûte que coûte. Quand tu es deux, tu vas penser plus à l'autre qu'à toi. J'avais perdu toutes ces notions. J'ai mis du temps à le comprendre dans le projet. Comme je dis, c'est Yann qui m'a mis devant cette évidence. En me le disant, ça a résonné à un certain moment. Pas au-dessus, parce que Au début, c'était un peu l'autruche. Je baisse la tête encore. Je fonctionne comme je fonctionne. Et c'est moi qui ai raison. Mais au bout d'un certain temps, je me suis dit, mais c'est vrai que je fonctionne comme quelqu'un qui est célibataire depuis trop longtemps, qui devient un vieux garçon avec ses habitudes. Non, mais c'est comme ça que je le ressens, avec le recul. Et là, je me suis dit, il faut que tu fonctionnes complètement autrement. Il est là, il est présent. Il vit l'aventure, il t'apporte énormément parce que je me suis rendu compte qu'il m'apportait énormément sur le projet au fur et à mesure du temps et que je devais fonctionner autrement et qu'il fallait que je chante vraiment ce côté solitaire qui m'a bien aidé pendant tous ces 20 ans d'aventure et de course extrême. Mais là, ce n'était pas le cas. Il fallait être deux, soudés et à l'écoute de l'autre et qu'on soit égaux. Ça, c'était très important. C'est-à-dire que je n'étais pas le leader. J'avais certes une expérience, j'avais certes préparé beaucoup plus le projet que lui, mais dans l'aventure, au niveau de l'engagement qu'on y mettait chacun, on était égaux. C'est difficile à expliquer, mais c'était un gros travail sur moi, ce que j'ai dû faire. C'est de me dire, là, j'ai autant besoin de lui que lui a besoin de moi. Et il n'y a pas de leader, tu n'as pas de père-fils. Il faut vraiment, même si on ne peut pas l'enlever, cette relation elle est profonde elle est viscérale même mais il fallait vraiment que je sorte là on est à deux on a chacun nos rôles qui sont déterminés par la la capacité justement à mettre des choses en place chacun et d'ailleurs ça s'est révélé je prends un exemple tout bête mais qui est important sur la traversée c'est moi qui ai travaillé le sujet de la navigation mais vraiment travailler comme d'habitude vraiment à l'extrême chercher les détails du détail et au final c'est lui qui a fait toute la navigation parce que lui son âge et son implication dans le matériel il était beaucoup plus apte à prendre des décisions à utiliser les appareils pareil que moi, alors que moi j'y avais travaillé, mais j'étais moins vif, et je l'ai laissé faire, parce que même le routeur était surpris des trajectoires qu'on prenait, qui étaient excellentes, surtout au début, et voilà, donc ça c'était important de me dire, écoute, j'ai de l'expérience, je me suis entraîné pour, j'ai fait certainement 100 fois plus de choses que lui pour préparer ce projet, mais il est plus performant, donc puisqu'il est performant, je lui donne son rôle, et quelque part c'était important aussi de lui donner des rôles, des responsabilités, c'était aussi ça l'engagement que j'avais vis-à-vis de lui. C'était de donner sa place dans le projet. Si je veux qu'il progresse, si je veux qu'il s'épanouisse, si je veux que ce soit un voyage aussi initiatique pour lui, c'était important de lui donner toutes les clés et surtout toutes les possibilités de s'épanouir en me donnant aussi la possibilité de faire des choses différentes et que lui soit bon dans le domaine où il était le meilleur c'est ça qui était important tu as

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utilisé

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le terme je ne sais pas si

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tu vois un peu je vois en tout cas je comprends ce que tu dis je pense que sans avoir vécu ce que vous avez vécu c'est très compliqué de vraiment l'intégrer et de ressentir à 100% ce que ça veut dire mais en tout cas tu vois cette notion de chacun fournit c'est un peu comme ça que je comprends ce que tu disais par rapport au fait que vous étiez égaux c'est que finalement chacun fournit sa part et il n'y a pas de leader et une personne qui a vraiment pris le lead à un moment donné c'est méga intéressant

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l'exemple que tu donnes c'est ça en fait j'étais vraiment très loin de cette notion pour moi il y a toujours un leader et là il n'y en avait pas alors bien sûr même si j'avais quand même plus d'expérience et que j'avais travaillé vraiment tous les sujets à fond, beaucoup plus que lui parce que lui était à l'école pendant la préparation et il est venu dernièrement. Mais quand même, il y avait besoin qu'on établisse justement un rapport différent que d'avoir un leader qu'il faut suivre absolument derrière coûte qu'on coûte. Mais c'est difficile à accepter. Ça a été difficile pour moi de l'accepter. Lui, c'était naturel de l'accepter puisque sur le papier j'avais de l'expérience mais pour moi je suis son papa donc c'est moi qui dois lui montrer l'exemple je suis le porteur du projet donc c'est moi qui amène le dynamisme je suis celui qui a travaillé beaucoup le sujet donc je connais tout c'était difficile de me dire au départ qu'en fait non c'est pas comme ça que ça se passe parce que il faut faire avec les qualités et les défauts de chacun mais s'il est meilleur dans un domaine il faut le laisser et c'est ça qui faisaient partie aussi du projet qui s'épanouissent, qui deviennent plus forts, qui prennent aussi des décisions. Donc, au final, ça s'est fait naturellement, mais avec un certain moment où il y a eu un flottement, des mots un peu forts, peut-être, c'était pas facile d'entendre que... Ah ouais, ouais, c'était pas facile d'entendre son fils... De toute façon, toi, c'est normal, c'est parce que t'es habitué tellement à faire des choses... seul. En fait, tu n'écoutes pas les autres. Et c'était vrai quelque part. Et ça a été dur, mais quand je l'ai accepté, ça a été beaucoup mieux pour tous les

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deux. Tu as utilisé un terme super intéressant, voyage initiatique. Et cette notion d'initiation, elle implique un défi, une épreuve que tu n'as jamais rencontrée avant, à laquelle tu dois faire face. Pour Yann, et je vais t'expliquer pourquoi je te pose cette question-là, Pour Yann, tu dirais que c'est arrivé à quel moment

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Et je te la pose parce que moi, ce que j'ai vu, j'ai regardé quelques, vous avez mis en ligne régulièrement via LinkedIn, Instagram, etc., des vidéos de votre périple. Et donc, vous avez commencé par cette traversée à la rame de l'Atlantique. Et il y a une des vidéos où on voit Yann en train de pleurer sur le bateau. Donc voilà, je me demande à quel moment est-ce que

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cette initiation a commencé. Tu tombes pile-poil, parce qu'auparavant, on a fait quand même presque 1400 kilomètres en vélo, mais c'était pas là le plus difficile. On était accompagnés, c'était juste une mise en jambe pour partir de Toulouse et arriver jusqu'au ferry. Et là, t'as vraiment trouvé. Alors là, t'es bon, quand même, parce que en regardant les vidéos, t'es tombé au moment où Yann prend conscience réellement que... du sens de l'aventure, mais aussi de l'engagement de cette aventure. Parce que quand on voit les images où il pleure, on est dans le deux premiers jours. Deux premiers jours, et là, il ne sait plus comment faire, il n'arrive plus à maîtriser ses émotions. Et là, j'ai tout mon sens dans l'expérience. C'est-à-dire que moi, j'essaie de lui expliquer qu'en fin de compte, même si ça lui paraît long, ça va être tellement rapide autour du monde qu'il ne va même pas s'en rendre compte. J'essaie de lui expliquer que moi aussi, dans dans mes courses j'ai tronçonné mes courses en général qui sont de très longue distance je ne pense jamais à l'arrivée je pense toujours à ce qui est le plus proche pour m'accrocher à quelque chose et j'essaye de lui donner des choses très concrètes notamment on n'était pas très loin de la Noël on avait quelques semaines pour arriver à la Noël même presque un mois mais bon pour moi c'était des semaines mais je lui ai dit il faut s'accrocher à ça ça va arriver tellement vite et quand on va être à la Noël on va être au premier de l'an, une semaine après. Et quand on va être au premier de l'an, on va être très proche de l'arrivée. Donc, j'ai essayé vraiment de tronçonner le... le parcours parce que bien sûr sur l'eau c'est encore pire parce que c'est l'horizon c'est à peu près c'est la monotonie exactement c'est toujours l'effort constant on ne s'arrête jamais juste pour dormir ou se reposer puisqu'on alternait mais c'était très difficile mentalement là il n'était pas prêt à ça et quand il craque dans les premiers jours je suis obligé de trouver les bons mots et là j'ai tout mon sens dans l'équipe en me disant voilà là au contraire de ce que je disais tout à l'heure là vraiment j'ai amené mon expérience pour qu'il arrive à passer ce cap des deux jours et j'avais les bons mots autant il y a des fois j'ai pas été bon autant là j'ai trouvé que mon expérience j'ai su trouver les mots pour lui faire comprendre justement ce que j'étais en train de lui expliquer que ça va passer très très vite et qu'il faut qu'il s'accroche vraiment à des choses simples et effectivement parce que c'est pas facile de le voir pleurer même s'il a plus pleuré quand il fermait la cabine et qu'il était à l'intérieur que devant moi ça c'était un peu de pudeur et il savait aussi que ça allait me toucher je pense mais je savais qu'il n'était pas bien parce que quand il sortait je voyais bien son visage et quand on faisait quand on changeait de rameur afin que je passais à l'intérieur lui à l'extérieur je voyais bien qu'il avait pleuré ou qu'il n'était pas bien donc j'essayais de trouver le moyen de le rassurer mais aussi de lui faire comprendre qu'on va avancer quand même et que malgré tout le temps il passe vite et qu'il faut profiter des moments même si c'est difficile même si on n'est pas toujours heureux sur le bateau parce que c'est un engagement tellement physique et moral qu'on n'a pas toujours, bien sûr, des bons moments. Mais dès qu'on pouvait, c'est ce qu'il dit aussi dans plusieurs vidéos, c'est qu'il peut passer du rire aux larmes assez facilement parce qu'on est épuisé, parce que justement, il y a des moments très difficiles, des moments où on rigole de rien. On a appris des fous rires, des choses tellement bénignes et bénignes. je rigolerais pas maintenant mais on avait besoin de ça on avait besoin justement de passer du rire aux larmes les émotions comme je disais tout à l'heure elles sont exacerbées par l'effort qu'on a pu faire sur la rame c'est vraiment le moment le plus compliqué je dirais à gérer

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en tout cas bravo à toi d'avoir trouvé les mots et bravo à lui parce que si tu dis que c'est arrivé au deuxième jour il me semble que vous en avez mis 5 ans pour faire la transat donc il s'est quand même accroché sur les 48 jours restants tout en sachant évidemment que tu me dis si je me trompe mais j'ai interviewé plusieurs fois des gens qui ont fait des transats à la rame en fait tu peux mettre une quarantaine de jours comme 60 potentiellement

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ouais bah écoute nous on avait 80 jours de repas sur le bateau on avait aucune notion dans ma tête c'était 70 jours max même si j'avais 10 jours de Anka c'est jamais mais j'avais pas de notion donc Je voulais aller le plus vite possible, c'est une évidence. Mais savoir qu'on allait mettre 50 jours, c'était vraiment au-delà de mes espérances parce que j'espérais aller vite, mais pas aussi vite. C'est sûr que c'était sympa. Surtout au début, on est allé très vite au départ parce qu'il y avait du vent qui était porteur. Et puis on a eu, heureusement et malheureusement, des tempêtes qui ont duré plusieurs jours. Et là, par contre, on allait très vite, sans ramer, parce qu'on ne pouvait pas, enfin, on sortait, oui, parce qu'on était obligé par moment, puisqu'on n'avait plus de batterie, il fallait tenir le gouvernail, mais on allait très vite sans mettre un coup de rame. On fait entre 100 et 150 km par jour. Mais tellement qu'il y avait le vent qui poussait dans le bon sens et une houle incroyable.

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Sachant que quand tu dis, il y a peut-être des gens qui ne visualisent pas, mais quand on parle de traverser Transat en bateau, Tu peux nous donner quelques chiffres sur le confort du dit bateau

UNKNOWN

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Parce que si je ne me trompe pas, c'est une cabine étanche à l'avant, une cabine hermétique, enfin pareil, à l'arrière. Il va y avoir quoi

UNKNOWN

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Un mètre carré par personne

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Voilà, j'ai fait le choix de prendre un bateau Rano, qui est un bateau qui a été éprouvé, qui est un bateau anglais. Il n'y a pas beaucoup de choix dans ce type de bateau, mais là, il en a deux, trois choix. Et là, j'ai pris ce bateau parce que je m'étais bien renseigné. C'est un aviron de mer. Cet aviron de mer, c'est... 7,34 mètres de long, 1,70 mètre de large. Et il a deux cabines. Une cabine en arrière qui va servir plutôt pour la partie matériel, tout ce qui est stockage du matériel. Alors ça peut être du matériel électronique, ça peut être du matériel technique, ça peut être du matériel décordage, ça peut être... Voilà, il y a toute la partie à l'arrière avec mon safran et mon gouvernail qui est piloté par mon pilote automatique quand je peux l'utiliser. Et Ensuite, il y a l'avant du bateau. C'est un Rannoch R25, mais solo. C'est-à-dire qu'il y a un seul poste de rame. Parce qu'il existe le même bateau, mais avec deux postes de rame. Moi, c'est parce que je l'avais acheté que pour moi, mais il peut être utilisé pour deux personnes. Et au final, ce n'est pas plus mal, parce que comme j'en avais parlé avec le fabricant, on peut l'utiliser... Les gens qui prennent pour deux personnes avec deux postes de rame, au bout d'un certain temps... très rapidement. Il n'y en a plus qu'un qui rame et ils alternent pour ne jamais s'arrêter. Et donc, il y a un déséquilibre parce que le poste de rame n'est pas bien équilibré. Il se met ou devant ou derrière. Alors que nous, on avait un poste de rame très équilibré par rapport à la surface bateau. La cabine est plus grande aussi. Elle fait moins de 2 mètres carrés, la cabine. Elle est vraiment toute petite. Donc, on peut dormir à deux, mais on est très serré. Surtout Yann qui fait 1m87. Il prend beaucoup de place et qui est assez large à l'épaule. Et il prend prend plus de place que moi. Et ensuite, il y a tout le panneau de commande avec l'AIS, la radio, le GPS, enfin, tout ce qui est électronique, plus l'organe majeur du bateau qui est le désalinateur. Il est dans cette zone-là et nos deux batteries qui sont alimentées par les panneaux solaires. Donc ça, c'est vraiment l'habitacle de survivre. C'est hermétique, donc quand on est enfermé, on est dans une capsule. Quand il y a un mauvais temps, normalement, on doit être à l'intérieur, même si nous, on a été obligés d'aller à l'extérieur parce que la tempête a duré vraiment très longtemps et on était obligé de se mettre en manuel, c'est-à-dire on tenait le gouvernail à la main, à l'extérieur. Même si on ne ramait pas, on devait le tenir parce qu'on n'avait plus que 9% de batterie sur les batteries au lithium même. Il n'y avait plus de soleil, donc on ne pouvait plus alimenter les batteries. Le pilote auto, on ne le mettait plus. Il y avait plein d'organes électriques qu'on n'utilisait plus. On n'utilisait que pour le désalinateur parce que c'était impératif et encore même une journée, il Il y avait de l'eau en réserve. Je voulais utiliser l'eau en réserve pour ne pas utiliser le désalinateur pour conserver mes batteries. Parce que le lithium, la particularité, c'est que quand elles sont complètement déchargées, elles ne peuvent plus se recharger. Donc, je savais ça. Donc, on était à 9%. On était à le seuil critique. Et donc, il fallait être dehors. Même s'il y avait la tempête, on était dehors. On s'attachait, on se tenait. On a été balayé. Il y en a été une fois éjecté même du bateau. Ah oui

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?

SPEAKER_00

Oui, oui, oui. même la sangle avait coupé sur la violence du choc et je suis sorti directement pour aller le récupérer du coup l'eau est rentrée à l'intérieur ça a été un moment un peu difficile mais au final il a tenu le bateau très rapidement parce qu'il y a des cordes qui font le tour du bateau voilà donc c'est un bateau vraiment on est l'un sur l'autre sur un bateau comme ça on ne peut pas se louper on ne peut pas s'isoler on ne peut pas se dire bon mais là je ne te supporte plus je vais aller faire un petit tour là non on est carrément ensemble du matin au soir 24h sur 24 7 jours sur 7 au seul moment c'est quand on rame qu'on ferme la porte et on est isolé et on est à l'intérieur on est là pour se reposer et ça encore c'était possible quand il ne faisait pas trop chaud parce que quand il fait trop chaud on ne peut même pas rester à l'intérieur il faut être à l'extérieur alors là on a très très peu de place encore moins je dirais on est assis vraiment parce que comme il est fait pour un seul la rameur et du coup la place elle est limitée sur l'arrière donc on avait mis un petit siège pour s'allonger pour rester à l'extérieur puisque c'était impossible à l'intérieur j'avais fait une petite et même ombrelle où on se cachait dessous pour pouvoir ça je l'avais fabriqué avant c'était sur l'expérience qu'on avait eu quand on a fait Minorque Barcelone en 3 jours j'avais vu qu'il était tellement chaud qu'il fallait que je trouve un système donc j'ai fait un système de bâche au dessus voilà donc Donc ça, ce n'est vraiment pas le confort. C'est sûr que ce n'était pas une croisière qui fait rêver, mais on le savait. On était prêts à ce combat, prêts à encaisser justement le côté spartiate du bateau. Mais bon, même si on était prêts, c'est quand on y est vraiment qu'on se rend compte que c'est compliqué. Et même, je dirais, quand il y a eu des vents contraires où là, on a été obligé de mettre l'encre flottante qui permet de bloquer le bateau, à une certaine mesure, mais ils bloquent quand même le bateau en mêlant que c'est un genre de parachute qui arrête, c'est une encre flottante. Et donc, on se disait chaque fois, si je fais, ça ne va pas ramer pendant un, voire trois jours. En général, c'était trois jours de vent contraire quand ça arrivait. Mais par contre, ce qu'on n'avait pas réfléchi la première fois qu'on était arrivé, c'est que comme on était à l'envers et qu'en général, il y a de la houle aussi, le bateau ne faisait que taper, taper, taper et on ne peut pas dormir. Il montait il tapait il était bloqué il avait un point fixe et lui à chaque vague il prenait un coup donc c'est impossible de dormir et c'est impossible de se reposer et là en plus on n'avance plus on ne peut pas se reposer c'est usant physiquement mentalement et on croit qu'on va se reposer mais on ne se repose pas et voilà donc il y a des moments sur le bateau où c'est difficile mais il y a des beaux moments aussi quand on a une bande de dauphins qui nous suit ou un espadon on avait un espadon bleu magnifique de 2m50 mais alors là je vais dire c'était beau magnifique on a fait des belles vidéos d'ailleurs sous l'eau avec cet espadon mais on avait aussi l'inquiétude parce qu'on a j'avais vu depuis quelques années qu'il y avait eu des cas où des espadons avaient foncé sur l'embarcation pour une raison qu'on ignore et ils avaient carrément troué l'embarcation notamment l'année dernière sur la même côte de la nôtre ils avaient traversé carrément la côte il a fallu mettre des pinoches c'est des cônes en bois avec de la résine pour pouvoir colmater. Ça, je n'avais pas envie de le vivre. Donc, c'était angoissant de savoir qu'il y avait un espadon de 2,50 mètres stationnaire derrière et qu'il ne bougeait pas. J'avais cette image qu'il allait nous foncer dessus à un moment donné. Bon, ce n'est pas arrivé, heureusement. Voilà, donc, le milieu marin, on était content quand on voyait un mammifère ou quand on voyait même des oiseaux qui passaient au-dessus. C'était sympa, quoi.

UNKNOWN

C'était vraiment sympa.

SPEAKER_01

50 jours donc pour faire la traversée tu disais un peu plus tôt t'avais pas une expérience aussi grande de ce milieu que ce que tu peux l'avoir à terre c'est quoi toi les 2-3 apprentissages que t'as fait alors ça peut être des trucs même très très précis tu vois j'évoque souvent cet exemple de Vincent Colliard un explorateur polaire français qui m'avait raconté que la chose la plus importante qu'il avait appris sur ses expé c'était de toujours amener une brosse à dents ou une brosse pour les zips de sa tente tu vois pour le gel et Quand tu ne connais pas le milieu, c'est complètement fou. Si tu ne connais pas le milieu, jamais tu ne te dis qu'il ne faut jamais une brosse pour ne pas que mes zips soient gelés. Il y a des découvertes comme ça que tu as faites. Tu as parlé du petit parasol au-dessus du siège que tu avais fabriqué. Est-ce que tu es revenu de ces 50 jours avec d'autres apprentissages

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Effectivement, on apprend beaucoup sur 52 jours. Moi, ce que j'ai fait, c'est que j'ai tout noté. J'ai tout noté et Peut-être mon côté un peu psycho, de se dire qu'il y a le détail du détail, il faut toujours faire attention à tout. Mais je me suis dit surtout que mon expérience, si elle peut profiter à quelqu'un qui voudrait faire la même chose, j'ai tout noté sur un carnet, j'ai mis le moindre détail de ce que moi je ferais si j'avais une autre traversée à faire. Donc tout ce que je trouvais bien sur la traversée, je l'ai marqué. Qu'est-ce que je pourrais donner comme exemple

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

que là j'ai pas en tête mais j'ai marqué énormément de choses sur le bateau et je dis moi c'est exactement ce que je ferais si j'avais besoin un exemple bête mais c'était par exemple les rames elles ont fait déjà deux traversées parce que moi c'était un bateau d'occasion c'est des rames en carbone qui marchent très bien où il n'y a aucun problème mais par contre je me suis dit je changerais les rames par exemple parce que je me dis le carbone ça vit malgré tout et que je prendrais pas le risque de couper une rame sur l'océan et ça c'était un détail mais pour moi qui ai une grosse importance Le dessalinateur, le moteur, il marchait très bien. J'avais changé la membrane parce qu'elle était usée, mais en même temps, je ne voulais pas prendre le risque qu'elle ne fonctionne pas au milieu d'océan parce que c'est très embêtant à changer. Par contre, le moteur, même s'il marche bien, je mettrais un moteur neuf parce qu'il y a l'usure du temps. Plein de petites choses comme ça qui font que... Qu'est-ce que j'ai appris

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

J'ai appris que même si... même si dans le détail je suis allé vraiment très très loin puisque j'ai doublé tout j'avais comme je disais le dessalinateur j'avais deux moteurs des dessalinateurs j'avais deux ventilateurs des dessalinateurs un d'ailleurs heureusement que je l'ai eu c'était d'abord penser aux petits ventilateurs c'est des tout petits ventilateurs qu'il y a dans les dessalinateurs et il est tombé en panne la veille du départ et je m'en suis aperçu je ne sais pas comment d'ailleurs je regarde le dessalinateur parce que c'était vraiment quelque chose qui m'obsédait Et quand je le vois, je me dis que c'est bizarre qu'il ne tourne pas ce ventilateur. Il doit tourner en permanence. Heureusement, j'ai quelques notions en électricité électronique. Donc, j'ai regardé. Effectivement, il était en panne. Donc, il a fallu que je soude un autre ventilateur la veille du départ. C'est stressant de se dire, déjà, le matériau que j'avais prévu en plus, il faut que je l'utilise pour... de suite, sans avoir commencé à faire un seul maïs sur la mer, sur l'océan, et voilà, donc ça c'est stressant, et donc plein de détails comme ça, j'avais un double, j'avais la totalité, j'avais fait rassouner d'ailleurs au gaz, j'avais tout le matériel pour pouvoir dépanner, j'avais deux gouvernails, deux safrans, bon, j'avais tout doublé, et malgré tout, il arrive toujours des choses, Comme je viens de le dire avec le ventilateur, il y a plein de choses qui peuvent arriver. Donc, voilà l'idée aussi de faire profiter de mon expérience. Je ne sais pas pourquoi je pensais à ça. Je me suis dit, bon, ce bateau, il est formidable parce qu'il prend super bien la mer, par contre. C'est un bateau qui est vraiment, il est très rassurant. Il est très stable malgré nos houls. On a eu plus de 6 mètres, donc on a eu une houle énorme et... et donc quand je me suis dit il tient très bien la mer mais il y a quelques petits détails qui font que on peut on peut aussi arrêter le projet parce que si le dessalinateur par exemple il ne marche pas même si on a une pompe à main je sais qu'il y en a qui l'ont fait avec la pompe à main je ne sais pas comment ils ont fait parce que moi j'ai essayé ce n'est pas évident d'arriver à faire même un litre d'eau savoir qu'il nous fallait pour tous les deux entre je dirais 10 et voir par moment quand il faisait très chaud 15 litres d'eau par jour parce qu'on avait besoin d'eau pour la tout ce qui était lyophilisé bien sûr et donc tout ça c'était vraiment fait d'énormément de détails que j'avais bien bien anticipé alors je les avais travaillés en m'entraînant en m'entraînant aussi j'étais pas très loin moi j'étais en Arbonne donc j'étais sur les temps de base et des fois je sortais en mer de façon à pouvoir avoir quelques mais là aussi c'est délicat avec un bateau comme ça sortir en mer on doit être ou assisté par quelqu'un qui est au port ou avoir un bateau pas très loin parce que si on est pris par le vent ou par une houle on revient pas sur un bateau comme ça on n'a pas cette puissance et donc tout ça l'entraînement c'est difficile ou alors la meilleure expérience qu'on ait eu c'est ce que je disais tout à l'heure c'est quand on est à la mine orque et qu'on est revenu en trois jours. Là, vraiment, on a pris un maximum d'expérience. Quand je suis revenu, j'ai fait plein de modifications dans le bateau, notamment pour le confort, en parlant tout à l'heure de la bâche qui nous protégeait du soleil. C'est suite à cette expérience. Et puis, il y en avait d'autres. J'ai vraiment tout noté. J'ai modifié tous les paramètres que j'avais identifiés pour que ce soit le plus réussi possible et qu'on ait le moins de problèmes pendant cette longue

SPEAKER_01

traversée. Traversée, donc, qui représente si je ne me trompe pas à peu près 5000 km à la rame donc 50 jours on l'a dit au final on en a longuement parlé mais ça a été surtout sur le vélo que vous avez passé énormément de temps puisque vous êtes parti le 8 novembre 2024 donc tu disais que vous avez commencé par un peu plus de 1000 km enfin bien plus que 1000 km de vélo pour rejoindre le départ à la rame au total je me suis noté que vous avez fait 20 000 km à vélo sur le vélo 7 mois d'aventure donc clairement c'est sur le vélo que vous avez passé le plus de temps comment vous avez enchaîné quand on sort de 50 jours de Transatlantique alors même si tu disais que c'était bien plus rapide que ce que tu attendais j'imagine que les corps et les esprits sont bien marqués donc comment vous avez rechargé les batteries avant qu'elles soient complètement vides et qu'on puisse plus le faire mais comment vous avez rechargé vos batteries à vous avant de repartir pour 19 000 et quelques kilomètres

SPEAKER_00

alors c'est marrant ce que tu dis parce que justement, il en est ressorti encore autre chose. C'est-à-dire, quand j'ai discuté il y a quelques semaines avec un copain qui avait fait la traversée de l'Atlantique à la rame avec le même bateau que moi une année avant, il me dit franchement, je ne sais pas comment vous avez fait pour monter sur le vélo. Quand je vois comment j'étais mal physiquement après la traversée, j'ai mis près de six mois pour pouvoir remonter sur un vélo et pouvoir faire du sport un peu intensement. Comment vous avez fait

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

C'est un peu l'histoire du sport, je dirais, en endurance et notamment sur ce que je connais le mieux, la course à pied. C'est-à-dire que quand tu te programmes pour faire quelque chose, tu arrives à trouver des solutions et tu arrives à associer l'esprit et le physique. Je m'explique, c'est-à-dire que si on te dit que tu es parti pour 100 kilomètres et qu'au 90e kilomètre, on te dit que la course va faire 50 kilomètres de plus, tu n'es pas prêt

UNKNOWN

!

SPEAKER_00

le faire et tu ne vas pas y arriver tu n'y arriveras pas parce que psychologiquement tu étais programmé pour faire 100 km par contre quand on te dit que tu es prévu pour faire un 100 miles tu vas le faire le 100 miles il n'y a pas de problème et c'est un peu ce que je voulais expliquer c'est que là on était prêt dans notre tête qu'on allait enchaîner sur le reste alors certes physiquement on avait perdu à peu près une dizaine de kilos chacun donc on était un peu affaibli même si ça ne fait pas de mal quand même. Mais pour le vélo, c'est pas mal de perdre un peu de poids. Surtout pour moi, même si Yann, il avait déjà, pendant l'entraînement, perdu 10 kilos, il en était à 20 de perdu. Donc, c'était pas mal. Mais effectivement, on est touché physiquement parce qu'on est allé loin. On n'a pas trop de blessures, heureusement. On n'a même pratiquement rien après la traversée. On a juste qu'on est très fatigué, qu'on est on n'a pas trop dormi non plus puisqu'on a alterné on ne récupère pas trop donc ça c'est difficile on ne s'en rend pas compte ça mais c'est aussi un facteur aggravant et donc on sait qu'on a 15 jours de récupération une première semaine où on a toute la famille on récupère plus ou moins parce qu'on veut profiter de tout le monde c'est difficile donc on ne fait pas trop attention on sort un peu du cadre sportif parce qu'on en a besoin aussi mentalement et puis ils s'en vont et les quelques jours sont de reprise un peu mentale sont un peu difficiles mais on est vraiment focus après sur ce qu'on doit faire et on a hâte de découvrir on ne pourrait en avoir pas la veillante on était pareil sur le même longueur d'onde sur ce sujet on avait vraiment hâte encore de continuer on savait que le projet il démarrait puisqu'on avait 50 jours mais on a été loin au moment d'arriver on avait tout à traversé des Etats-Unis et plus l'Asie rentrait à la maison donc ça fait beaucoup de kilomètres on a fait rien en vélo puisqu'au final on a fait à peu près 19 000 kilomètres pas 20 000 mais 19 000 et donc on avait rien fait on a fait 1300 kilomètres et il restait tout le reste et donc là il a fallu se remettre vite vite dans l'aventure heureusement ce sont des sports où c'est pas comme la course à pied où on a vraiment des grosses des grosses contraintes mécaniques quand tu as un course à pied, les chocs, tout ça qui quand même crée des lésions musculaires. Donc là, à la rame, Il n'y a pas ça. C'est un peu comme le vélo. On a des lésions parce que c'est difficile. On peut avoir mal aux genoux parce qu'il y a la répétitivité de la rame où on pousse beaucoup avec les cuisses. Donc, les articulations comme les genoux, on les sollicite. Mais il n'y a pas de choc. Donc, on n'a pas cette usure qu'on peut avoir dans la course à pied. Donc là, en vélo, on sait qu'on part quand même avec... avec une récupération de quelques semaines, même si c'est court. La difficulté, c'était plutôt les conditions climatiques. Parce qu'on est à New York, en plein hiver, et on n'a pas été épargné. Et ça, c'est vrai que c'était un facteur que je connaissais. Je ne le découvrais pas puisque c'était un peu mon souhait. Mais je n'avais pas mesuré vraiment la difficulté ou je n'avais pas pris conscience que ça allait être le facteur déterminant dans notre avancée et qu'on allait vraiment souffrir parce que je me suis dit« tu as quand même l'expérience du froid». qui va trouver des solutions, même si je sais que le vélo c'est compliqué, parce que dès qu'il y a un peu de vent, avec le froid, de suite on est mal, et puis c'est dangereux, et ça n'a pas manqué, c'était vraiment le cas, et en plus on a eu d'autant plus une période, alors on ne peut plus dire que c'est une période exceptionnelle, puisque c'était la deuxième de l'année aux Etats-Unis, une période de grand froid, il s'en est jusqu'au Texas, et avec des températures au plus froid, qu'on a eu c'était moins 25 et moins 25 en vélo c'est difficile on avait beau avoir des gants de ski ils n'étaient pas chauffants on avait un cuissard long avec une membrane mais c'était il fait froid c'est difficile autant en course à pied c'est pas c'est pas pareil on a moins froid beaucoup moins froid mais en vélo c'est des conditions très difficiles en plus Il y avait de la neige et de la glace par moments. Et là, c'était encore là, par moments, impossible de passer parce que c'était trop dangereux. On ne tenait pas avec nos pneus. On avait pris des pneus qu'on avait achetés là-bas, à cranter. J'avais prévu au départ des pneus gravel, mais structurés de façon à ce qu'au milieu, on soit sur la route comme il faut. Et sur le côté, on adhère un peu plus quand il y a de la neige. Mais là, on a été obligé de passer carrément à des pneus avec des crans crantés pour qu'on puisse... tenir un peu mieux sur la neige et quand on a démarré avec déjà 20 cm de neige donc c'était on savait qu'on avait un kilométrage à faire assez important on s'était donné 130 km de moyenne par jour et il faut mettre 38 jours et l'entrée c'est il faut se mettre il faut démarrer donc après la difficulté effectivement de la rame donc ça on l'avait quand même il fallait reprendre en fait c'était quand même du plaisir de savoir qu'on allait reprendre comme une activité on avait hâte de reprendre quand même. Sauf que, mais vraiment, le froid, il nous a... Il nous a mis un mal dès le départ. C'était ça, la difficulté. Plus que le physique, je dirais, c'est les conditions météo qui ont été dantesques.

SPEAKER_01

En tout cas, c'est quand même très impressionnant, l'enchaînement. C'est vrai que quand tu regardes le défi au global, tu dis, bon, 50 jours de rame, c'est fou. Après, ils ont enchaîné. Mais en fait, l'enchaînement, c'est loin d'être anodin. Et comme tu dis, mentalement, je n'ai pas du tout ton expérience, mais j'ai fait une course. Ce que tu as évoqué, le fait de... Si ton cerveau, tu lui dis que tu fais 5 km et que tu en rajoutes 2 à l'arrivée, c'est terrible. Mais si tu sais que tu pars pour 7 ou 8, finalement, tu es capable de le faire. Moi, ça m'a tout de suite fait penser à l'arrivée de la PTL, qui est une course de... Tu connais. Je courais dans Chamonix à l'arrivée. Ça faisait 148 heures qu'on était dans la course. J'avais dormi peut-être 5 heures en tout. J'étais bien attaqué. Je courais dans Chamonix à l'arrivée. J'ai passé la ligne d'arrivée. Et le temps de faire 2-3 fois photos, etc. Il y avait les tables avec le repas, mais juste... L'arrivée, c'est chez l'UTMB Parc, donc il y a la chapelle, là. Et j'avais, je ne sais pas, 15 mètres à faire pour aller m'asseoir à une table et prendre un coca. Impossible. Tout était grippé, tu vois, en deux minutes. Les jambes ne fonctionnaient plus. C'était fini, quoi. L'extinction des feux. Merci, au

SPEAKER_00

revoir.

SPEAKER_01

Vraiment hallucinant. Enfin bon. Ok, donc le froid, je n'avais pas vu que vous aviez dû affronter des conditions pareilles. moins 25 sur le vélo en plus avec la vitesse etc ça doit être ça doit être abominable oui oui donc vous aviez prévu tu disais 38 jours pour les Etats-Unis c'est

SPEAKER_00

ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

oui c'est ça 38 étapes pour les Etats-Unis et au final

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

en plus on a mis 38 étapes parce qu'on avait pris les billets d'avion alors on n'a pas eu le choix ah oui on n'a pas le choix il fallait réaliser coûte que coûte on s'était dit on n'a pas le choix quand ça ira mieux on fera plus de kilomètres que ce qu'on avait prévu et tant que c'est mauvais on va en on va faire peut-être un peu moins. On ne savait pas trop. Au final, on est resté quand même assez dans notre kilométrage quotidien, je dirais. Mais à part une étape, on n'a pas pu. Ce n'était pas possible. On l'a carrément chanté. Là, je suis parti tout seul cette fois-là parce que c'était vraiment très, très fort. La fois où il faisait moins de 1 500 et à un moment donné, je ne sentais plus ni mes pieds ni mes mains. Et là, c'est moment-là, j'allais chercher une solution pour rentrer à l'intérieur de chez quelqu'un pour pouvoir appeler qui vient de me récupérer, parce qu'on avait le camping-car d'assistance, mais je ne pouvais pas rester le faire dehors, ce n'était pas possible si je ne sentais plus mes doigts, je ne pouvais même pas appuyer sur le téléphone. Et justement, ils m'ont doublé parce qu'ils ont eu un problème technique, donc ils m'ont doublé et là, ils ont vu dans mes gestes qu'il fallait vite qu'ils s'arrêtent. Et là, je n'ai plus combien de temps pour arriver à me réchauffer. Pourtant, j'ai l'expérience du froid, mais j'ai vraiment été très très mal j'ai dit là personne ne saura on ne fait plus rien là il faut attendre on ne fait plus rien jusqu'à demain on arrête on chante cette étape c'est pas possible il faut se rendre à l'évidence on ne peut pas c'est impossible c'est trop dangereux voilà en plus quelques jours avant Yann il tombe sur le dos sur une plaque de verglas sans compter l'accident qu'il a eu le deuxième jour aux Etats-Unis où il s'est pris une voiture de face donc il finit aux urgences ouais ouais alors la période tout le monde était inquiet pour le bateau parce qu'il s'est dit sur le vélo ça va être plus facile certes on est on a de l'assistance possible on est sur terre c'est plus simple mais moi j'avais quand même peur quand même de cette période froide mais surtout de la circulation j'avais peur que j'ai un accident que je peux pas maîtriser un camion qui nous voit pas derrière qui nous rappelle enfin c'est ça qui m'inquiétait beaucoup aussi dans la venue de Yann parce que il y a des choses qu'on maîtrise d'autres qu'on ne maîtrise pas et ça on ne maîtrise pas les accidents on n'est pas les seuls à en avoir à en avoir eu et malheureusement pour certains ils ont été mortels donc j'avais conscience de tout ça et ça m'inquiétait le vélo pour moi mais surtout pour lui et quand je l'ai vu lui parce qu'en plus je n'ai pas vu l'accident j'étais devant un feu devant et quand Yann il s'est pris la voiture de face qui a été éjectée sur une dizaine de mètres quand même j'ai juste envoyé les ambulances passer et ils sont arrivés très très rapidement et que quelqu'un m'a dit à la fenêtre de sa voiture votre collègue il a eu il a eu un accident ne vous inquiétez pas il est vu il bouge et Yann m'appelle à ce moment là au téléphone et c'est allé très vite entre que les secours arrivent l'accident très vite et là je me suis dit ouf là est-ce que c'était pas trop trop engagé de faire ça en plein hiver bon même si l'accident ça n'a rien à voir avec l'hiver parce que ils ont coupé sur un feu il a coupé la voiture a coupé carrément et comme il était arrêté en entendant un feu elle a tellement coupé la dame qu'elle lui a arrêté dedans de face quoi et bon mais là c'est pas facile de voir son fils aux urgences avec une minerve d'entrée pour tous les examens, des contusions partout. Là, on se dit, est-ce que je n'ai pas fait une erreur

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Là, c'est sûr que je me suis posé beaucoup de questions. Même si là, je ne pensais plus au projet, je pensais qu'à sa santé. Je pensais qu'il me tardait d'avoir des nouvelles. On fait plein de scanners, on fait plein de batteries d'examens. Et il s'est arrêté deux, trois jours. Trois jours, je crois. Il est revenu très rapidement parce que c'était C'était des chocs. Il y avait des hématomes un peu partout, mais il n'y avait rien de cassé. Donc, il a pu continuer. Mais bon, dans la tête, il savait qu'il avait pris un gros choc. Et dix jours après, c'est là. Dix jours après, il fait une chute, il glisse sur une plaque de verglas, il tombe sur le dos, il ne peut même plus se relever tellement qu'il a mal. Alors, je me suis dit, là, c'est vraiment... Franchement, d'avoir fait ça, je me suis posé mille questions en me disant, mais non, là, ce n'est pas possible. Dix jours après, il est au sol et en plus, il ne peut plus bouger. Il a mis cinq minutes à se relever. Là, je me suis posé beaucoup de questions. Je me suis dit, là, c'est peut-être un peu trop. Et on a continué, on a baissé la tête, on a géré au quotidien, on a trouvé des solutions pour finir, effectivement, les 38 étapes à l'heure. Et on est arrivé, on a pu prendre notre avion comme était prévu, sans problème.

SPEAKER_01

Incroyable. Sur une note un peu plus fun, si vous aviez été américain, cet accident avec Yann, ça vous aurait sans doute payer tout le voyage enfin toute l'aventure avec les assurances et compagnie un truc

SPEAKER_00

comme ça aux Etats-Unis je pense que t'empoches un gros chèque pour l'instant c'est nous qui avons la facture et j'ose pas dire par des sens je dirais pas le montant mais c'est un très gros chèque on est en train de parler avec les assurances mais il faut pas tomber il faut pas avoir un accident aux Etats-Unis encore là il a été hospitalisé 3 heures seulement j'ose même pas imaginer s'il avait eu quelque chose ça aurait été vraiment un très très compliqué donc il vaut mieux prévoir ça quand même à l'origine prendre une assurance très spécifique qu'on avait en Asie mais qu'on n'avait pas aux Etats-Unis heureusement on a une autre assurance qui prend le relais mais je dirais il faut y penser quand on fait un tel projet

SPEAKER_01

ouais clairement et même tu sais quoi même pas très loin de chez nous moi j'ai vécu en Suisse je me suis pris une voiture pareil à vélo en Suisse j'ai fait je pense 12 minutes d'ambulance bon j'ai rien payé mais j'ai reçu la facture intégrale ils t'envoient la facture avec le montant qu'on donc tu vois ce que tu étais censé payer et après du coup tu vois combien tu dois effectivement payer bon moi je devais payer zéro mais 12 minutes d'ambulance c'était 1400 euros un

SPEAKER_00

truc

SPEAKER_01

comme ça tu vois bon

SPEAKER_00

mais là t'es encore très loin des

SPEAKER_01

Etats-Unis donc

SPEAKER_00

ouais j'imagine ouais non j'imagine non non Bruno t'es surpris c'est vrai que là il faut aussi prendre conscience parce que c'est perturbant on sait pas trop comment ça va se passer et quand on est sur le projet nous on doit se concentrer sur ce qu'on doit faire mais on peut pas laisser pour compte le cet accident et heureusement j'ai mon épouse qui a géré vraiment ça à merveille et qui a fait toutes les démarches mais c'est sûr qu'on aurait dû rester sur place on aurait dû faire ce qu'il fallait avec la conductrice mais on ne l'a pas fait et parce qu'on voulait toujours avancer et qu'il y avait une chute et une contusion donc on s'est dit c'est pas grave on avance on ne se préoccupe pas de ça sans penser parce que là on n'avait pas la facture à ce moment-là on ne savait pas on ne savait rien du tout et Peut-être que si on avait su, on serait resté. Quitte à perdre un peu de temps, parce que peut-être qu'on s'embêterait moins maintenant pour régler ça. C'est fait, c'est fait. Le plus important, c'est qu'il y en ait un qui soit en bonne santé malgré tout.

SPEAKER_01

En tout cas, je suis extrêmement impressionné par ce que tu racontes sur le fait que vous avez grillé une étape à cause des températures. Encore une fois, je reprécise, il y en a qui qui ne t'ont pas écouté, Lydie Tarod 1000, alors tu as fait plein d'aventures, tu as été expérimenté dans le froid, mais Lydie Tarod 1000, donc 1600 kilomètres, je recite les chiffres, bon, 22 jours, j'avais 25, mais 22 jours, ce qui est déjà énormissime, moins 40 degrés, au fin fond de l'Alaska, 100 tentes, 22 jours, 100 tentes, moins 40 degrés, voilà, donc clairement, le froid, tu sais gérer, donc là, de t'entendre dire que c'était tellement difficile à cause du froid, que vous avez stoppé cette journée là je trouve que c'est extrêmement

SPEAKER_00

impressionnant c'est surtout bruyant parce que c'est vrai que j'ai été surpris autant sur le bateau il m'a surpris tous les jours par son abnégation par ses capacités à trouver les ressources de toujours avancer, baisser la tête sans se poser trop de questions sans se plaindre, c'est ça qui était incroyable et même s'il avait des coups de mou des coups de blouse, sur le vélo c'était pareil il m'a surpris Je crois que j'ai autant appris sur moi et sur lui en le voyant que dans toute notre vie qu'on a passée ensemble. Parce qu'on a vécu des moments tellement engagés que c'est dans ces moments-là aussi qu'on voit la vraie personnalité des gens. Et le courage qu'il a eu tout le long du parcours m'a vraiment... ému au plus profond de moi et surpris parce que c'était incroyable d'arriver à son âge à 20 ans, de baisser la tête comme ça toujours avancé, sans se poser trop de questions bien sûr qu'ils se sont posé des questions mais sans se plaindre encore une fois et sans me dire une seule fois c'est trop dur, je peux plus moi je vais rentrer, d'accord je t'avais dit que je venais mais c'est trop difficile, non jamais ça n'est même pas venu à l'esprit

SPEAKER_01

Qu'est-ce que tu dirais que lui, il a découvert sur toi. Parce que toi, pour le coup, je ne vais pas dire que tu étais dans ton... Je pense qu'il faut faire très attention. Je ne veux surtout pas que les gens pensent que je minimise ce que ça représentait pour toi. Parce qu'encore une fois, tu avais vraiment 20 ans d'expérience dans l'ultra. Mais c'était quand même, de ce que tu expliques, forcément un énorme challenge. Donc, toi, tu étais quand même beaucoup plus dans ton environnement, entre guillemets, que

SPEAKER_02

lui.

SPEAKER_01

Peut-être que, tu vois, à ses yeux, tu sortais moins de ton cadre habituel que ce que lui pouvait le faire pour toi. Mais qu'est-ce tu dirais, je ne sais pas si vous en avez parlé, mais qu'est-ce que lui, il a découvert de toi à travers ces sept mois d'aventure partagée

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

C'est plutôt à lui de répondre à cette question. C'est difficile pour moi de parler à sa place, mais je pense que c'est évident que moi, j'ai découvert énormément sur lui. Donc, lui, il a appris à me connaître. Encore une fois, on est sous le même toit, mais c'est dans la difficulté, dans la négation que j'ai eu mais dans tous ces facteurs où tout est exacerbé, qu'on arrive vraiment à se découvrir, à se lâcher, tu dirais

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

avoir aucun filtre donc il a découvert que par moment j'ai beau avoir beaucoup d'expérience j'ai aussi beaucoup de doutes et ça peut-être qu'il a découvert parce que de l'extérieur j'ai toujours l'impression d'être indestructible alors que je suis comme tout le monde j'ai mes qualités j'ai mes défauts j'ai ma sensibilité j'ai par moment je cherche des ressources aussi je suis comme tout le monde j'ai beau avoir de l'expérience j'ai Je suis comme tout le monde. Et je vais chercher déjà très loin. Et ça, il a découvert. Je pense que ça, c'était peut-être une surprise pour lui. Parce qu'encore une fois, on a toujours une image. Des gens restent ailleurs quand ils suivent. Comme quoi, moi, il ne peut rien m'arriver. Mais là, il voit bien que je suis un prêt au doute par moment. Et ça, ça a dû être une surprise. On n'a pas évoqué plus que ça. Parce qu'encore une fois, j'aime. Mais au final, c'est ce qu'il a dû découvrir sur moi. Et puis voilà, il a dû découvrir aussi ma vraie personnalité dans des moments difficiles. Encore une fois, c'est vraiment des moments privilégiés, mais on se met tout nu. On est obligé des fois de... On voudrait se contrôler, mais on ne peut pas. Parce qu'on ne peut pas, parce que ce n'est pas le moment, parce que c'est trop difficile pour le faire et qu'il faut... il faut avancer. Donc, dans ce moment-là, il faut tout lâcher. C'est ce qu'il a découvert chez moi, c'est que je ne suis peut-être pas autant... Comment dire

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

D'accord que j'ai de l'expérience, mais je suis comme un homme normal. Je ne suis pas un super héros. Je ne suis pas quelqu'un d'indestructible. Je suis un homme normal, un homme classique qui est passionné surtout et qui fait aussi, qui réussit aussi certaines choses parce que je suis très méticuleux. Et ça, je pense qu'il s'en est aperçu au quotidien. Pour ça, par contre, en avoir parlé, j'ai essayé expliqué pourquoi j'étais autant pointilleux. Pas que pour me rassurer, c'est que ça faisait partie aussi de tous ces sports extrêmes. C'est que si on ne va pas dans le détail, si on n'est pas très pointilleux, on ne peut pas atteindre son objectif. Ça, c'est ce qu'il a vraiment vu, la réalité. Il a touché du doigt ce que je lui racontais. Je pense que c'est ce qu'il a découvert, il me semble.

SPEAKER_01

On le fera à venir malheureusement Yann ne pouvait pas être là avec nous aujourd'hui il travaille donc forcément des contraintes mais on va voir ce qu'on peut faire pour peut-être recueillir du coup son point de vue à lui donc 38 jours tu disais donc on en est déjà plus les deux semaines de repos ça commence déjà à faire une bonne grosse période dans l'aventure c'est ça quand vous prenez l'avion vous atterrissez où

SPEAKER_00

ensuite

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

alors on atterrit à Ulaanbaatar en Mongolie C'est les débuts de l'Asie et un rêve de longue date d'aller à Mongolie. parce que ça me faisait rêver ce pays. Et donc, démarrer par là avait du sens, par l'indique que j'avais d'y aller à l'origine. Et puis, on était content aussi de découvrir ces contrées lointaines. Et là aussi, on savait très bien qu'on était à la fin de l'hiver, mais toujours l'hiver. L'hiver en Mongolie, ça doit être... Alors là, on est passé de moins 25 à moins 17 par moment. Alors, On va dire, oui, c'est meilleur. Non, non, ce n'est pas meilleur parce que le vent, on a eu des vents à plus de 80 km par moment et qui étaient très déstabilisants sur le vélo et de la neige et de la glace vraiment terribles. On a passé des cols enneigés où on montait, on arrivait à monter, mais on n'arrivait pas à descendre parce que c'était trop dangereux. Donc, très sauvage. La difficulté, c'était d'aller d'un point A à un point B parce que même si on avait l'attente sur nous, c'était impossible, on n'était pas équipé pour passer une nuit dans ces températures. C'était pas possible. Puis on transpirait en vélo malgré tout, on était couverts, on avait des doudounes pour faire du vélo, on avait des matériels quand même techniques, mais on pouvait pas, on était quand même en transpiration et on pouvait pas passer une nuit sous teinte. C'était pas possible. Donc il fallait trouver des petits villages très isolés par moments et très lointain et quand on démarrait c'était pas possible de ne pas atteindre le village voilà c'était une question de survie et ça c'était mon angoisse quotidienne de pouvoir les atteindre et sans savoir exactement où on allait pouvoir dormir parce que c'est pas comme aux Etats-Unis ou ailleurs où on peut réserver auparavant là il faut quand on arrive la première chose à faire c'est de trouver son logement et tous les jours tous les jours de trouver son Et donc, c'était parfois dans des yurtes, parfois dans des écoles, parfois dans des endroits où ils ont l'habitude de recevoir des touristes. Des fois, c'était des pensions. C'était très rarement dans des hôtels parce qu'il n'y en avait pas forcément dans les villages où on était. Il fallait vraiment des très grandes villes. Et là, oui, on en profitait pour aller à l'hôtel. Mais sinon, c'était souvent dans des endroits qui étaient... C'était incroyable parce que, par exemple, dans l'école, on avait compris que c'était quand on arrivait, on allait directement dans les petites supérettes qu'il y avait. C'était plutôt des épiceries. Parce qu'on savait que c'était là où tout le monde pouvait se rassembler et qu'il y avait toutes les informations. Et on demandait où dormir. Une fois, il y avait une dame qui me dit, nous, on pense que vous pourriez dormir dans une école. Là, c'était un moment magique parce que là, tout le monde était l'attraction à l'école. On est arrivé, on a raconté notre histoire, père-fils, ils avaient des yeux et on avait un traducteur de langue qui nous permettait de communiquer, c'est génial. Et carrément, ils nous ont fait manger le soir dans cette école. Les habitants, ils nous ont fait manger, ils nous ont ramené la manger dans l'école. On a vécu une soirée magnifique. Ça, c'est des souvenirs qui vont rester toute notre vie. On a eu notre anecdote dans une yurte avec une habitante qui avait l'habitude de recevoir des touristes. Mais là, elle imitait vraiment du cœur dans tout ce qu'elle nous racontait. Elle passait toute la soirée avec nous. Donc, elle nous racontait tout ce qu'elle faisait, les plats. Elle m'envoyait même des recettes de chez elle. C'était dingue. Elle voulait surtout qu'on ne touche pas son poil. Je savais que c'était important quand même pour eux, le poil dans une eau. Donc, je ne le touchais pas. Je savais qu'il ne fallait pas le faire. Mais c'est elle qui venait la nuit nous mettre le crotin de vache, qui était le combustible, elle ne voulait surtout pas. Donc, toutes les trois heures, elle rentrait à la yurte. Il faisait très, très froid. Il faisait moins de 15. Et donc, on était bien contents que le poêle, il marche bien. Mais c'était des moments très, très particuliers. On avait nos vélos à l'intérieur de la yurte. C'était rigolo. On avait les vélos, on les voulait toujours en proximité. Notre, un peu, le rapport occidental au matériel, il aurait pu rester dehors. Il n'y avait pas de problème. Mais on les voulait à côté. On avait tellement peur qu'on nous les voile comme si... ils allaient disparaître en Mongolie. C'était impossible. C'était quelque chose qui n'était même pas envisageable. Et nous, on les voulait, donc on les avait dans la yurte à côté de nous. Et on a passé des soirées comme ça, à discuter avec des gens, comme on pouvait, mais souvent avec le traducteur, bien sûr. Et ça, c'est vraiment l'essence même du voyage. C'était ce que je recherchais, de pouvoir communiquer, mais aussi que Yann se rende compte aussi comment fonctionnaient les gens, même si on découvrait tous les deux. mais je le voyais je me suis dit quelle chance il a à 20 ans de pouvoir avoir comme première expérience après avoir quitté l'école de suite d'avoir une telle expérience avec les gens de voir un peu comment le monde dans la réalité c'est à dire qu'on le décrit plus ou moins bien dans les médias mais là tu es dans la vraie vie donc quand tu passes dans des pays où soi-disant c'est catastrophique catastrophique, n'y aller surtout pas, et que tu t'aperçois que les gens ont un cœur énorme et qu'ils t'accueillent avec un plaisir. Ils ne font pas de cinéma, je veux dire, ils n'ont aucun intérêt à nous recevoir ou à nous rendre service. Je veux dire, ce n'est pas pour de l'argent ou autre chose, c'est juste parce qu'ils ont envie de te faire plaisir, ton histoire leur plaît, et partager sa veillante, c'était formidable. C'était

SPEAKER_01

magique. C'est vrai que ça, c'est un grand mystère, le fait que ces sous souvent ceux qui ont le moins qui offrent le plus. Je pense que si tu débarques dans certains quartiers chics en France avec ton vélo pas lavé depuis quatre jours et que tu demandes l'hospitalité, je ne suis pas bien sûr que tu sois reçu avec le même sourire qu'au fin fond de la Mongolie ou ce qu'ils ont. Ce n'est peut-être sans doute vraiment pas

SPEAKER_00

grand-chose. C'est vrai. On parle de la Mongolie, mais le pays qui va me rester le plus, c'est le Kazakhstan. Le Kazakhstan, même si l'Ouzbékistan... En fait, j'attendais tellement de l'Ouzbékistan par rapport à tout ce que j'avais vu que j'étais légèrement déçu, je dirais. Même si c'était un beau pays, il n'y a pas de problème. Mais par contre, l'hospitalité au Kazakhstan, des Kazakhs, va nous rester, alors ça, comme le plus beau des pays traversés. On était même... Ah oui

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ah oui, oui, oui. Et de loin, parce qu'on a tellement d'anecdotes. On a été obligés même de faire attention... par moment à ce qu'on disait où on allait parce que la générosité des gens était trop importante et chaque fois c'était tellement difficile à accepter parce que c'est gênant d'avoir toujours quelqu'un qui peut te donner quelque chose qui est là pour te rendre service que tu ne peux pas les déranger non plus c'est de ma culture je n'aime pas déranger les gens je ne suis pas trop demandeur et chaque fois ça m'émeut tellement que j'ai c'est difficile donc par moments tu essaies même d'éviter ces situations parce qu'eux ils veulent tout te donner des anecdotes on en a tous les jours de rapports avec les gens que ce serait trop long de raconter mais c'est tellement ce qui en ressort je dirais le plus dans ce voyage c'est vraiment cette relation ces pays là alors que quand tu dis Kazakhstan ça fait pas rêver les gens Ça ne fait pas rêver les gens. Et pourtant, quel pays magnifique déjà. Un pays splendide. C'est peut-être un peu vert, contrairement à la Mongolie où c'est plutôt assez sablonneux. Je dirais que la couleur est différente. Et voir ces grands cavaliers qui gardent leur troupeau d'une centaine de chevaux par moment, ça va rester des images magnifiques. Je suis heureux d'avoir vécu, vu et partagé âgée avec Yann. C'était des moments extraordinaires. Et la rencontre en plus avec les gens, elle a été identique tous les jours. Fabuleuse. Alors certainement, on a un vecteur de communication plus fort parce qu'on était père et fils et ça parlait aux gens, certainement. Il y a ça qui est rentré certainement en compte, mais je ne crois pas. Il y a aussi le rapport aux autres, comme tu disais si bien. Ils ont des choses... C'est un pays pauvre, le Kazakhstan. Et plus ils donnent, plus ils ont envie de donner, plus ils ont envie de partager, plus ils sont curieux. Ils ont envie de cette relation vraie, je dirais. qu'on puisse échanger sur plein de sujets et rien que d'en parler ça m'émeut encore vous voyez ça s'entend c'est vraiment quelque chose qui va rester toute notre vie et certainement qu'on en reparlera très souvent avec Yann

SPEAKER_01

si on tire une ligne droite depuis le Kazakhstan jusqu'à Toulouse on passe par deux pays qui malheureusement la l'une de l'actualité depuis un peu trop longtemps et pas pour les bons sujets, on passe par la Russie et l'Ukraine. Comment vous avez géré ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Du coup, vous avez fait un petit saut en avion, vous avez contourné par la

SPEAKER_00

Turquie. Justement, on a sauté le Kazakhstan en passant par l'Ouzbékistan parce qu'on a une frontière qui s'est fermée, malheureusement, entre l'Ouzbékistan et le Kazakhstan. On avait 4-5 kilomètres à faire pour arriver à Aktaou, qui était le dernier village avant la mer Caspienne. On n'en voulait pas passer par l'Iran parce que c'était bien que ça chauffait et c'était prévu dans le projet. On avait été appelé par l'ambassade, donc on avait dit on ne prendra pas le risque. On n'allait pas passer par la Russie parce que même si on peut y aller, c'était pas le projet et... Ça ne correspondait pas à l'éthique que j'en faisais. Je ne voulais pas passer par là aussi. L'Ukraine, bien sûr, encore moins avec la guerre. Et donc, on a sauté de l'Ouzbékistan. On a sauté la mer Caspienne en avion pour atterrir en Georgie. À l'Azerbaïdjan, on aurait pu y aller, mais là aussi, il fallait un visa. Et puis, il y avait les frontières au moment où on devait le faire fermer. Donc, on est arrivé en Georgie. Et c'est Georgie-Turquie. Turquie, Bulgarie... Serbie, Croatie, Slovénie, Italie et France. Voilà un peu le déroulement. Mais là aussi, Georgie, pays magique. Magique par la beauté des paysages. Et l'accueil aussi qu'on a eu. Turquie, on a adoré. Vraiment. Il n'y a pas d'endroit où on est passé qu'on n'a pas aimé. Mais vraiment, là aussi, il faut aller voir sur place pour parler vraiment de ce qui se passe. Il faut être sur un vélo, être vraiment un minimaliste, pour remettre au contact des peuples dans les montagnes, par exemple, comme ça a été notre cas, et s'arrêter dans un petit village et voir un peu la gentillesse des gens. Il n'y avait pas d'animosité loin de là. On peut dire, est-ce que les Français sont aimés

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Je ne sais pas si les autres pays sont aimés, mais je peux dire qu'il n'y a jamais eu de problème en disant qu'on était Français. C'était complètement indifférent. Il n'y a pas eu même de blague sur le fait qu'on soit français au contraire je veux dire ce qui leur pesait c'était notre projet et après il n'y avait pas d'animosité qu'il y en soit sur le parcours on a vraiment eu aucun souci sur tout le parcours et voilà c'était vraiment voilà comment on a fait on a sauté la mer Caspienne en atterrissant à Timvissi en Georgie

SPEAKER_01

L'arrivée si je ne me trompe pas vous avez fini par histoire de se dégourdir les jambes une dernière fois 240 km en courant pour arriver à Toulouse c'est ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Non c'est pas exactement ça on a fait 215 km parce qu'on devait partir du démarrage de l'étang d'auto et puis une connaissance Jean-Paul Ferré il me téléphone il me dit j'aimerais bien que tu fasses le départ de Port-Tiragne et je dis oui j'avais aucune raison de le faire si ce n'est que c'était le démarrage du canal du Midi mais depuis l'étang d'auto mais je dis pourquoi pas c'est une bonne idée je pense que Yann 215 ça devrait lui convenir Moi, je n'en ai jamais assez, mais lui, je pense que ça devrait lui convenir. Et effectivement, on a fait les 215 derniers kilomètres en six étapes, alors qu'Yann n'avait jamais fait plus de 10 kilomètres en courant. Et là... Je savais que ça allait être très compliqué, mais l'idée de la course à pied, déjà, c'est ma discipline, mais l'idée majeure et première, je dirais, de pourquoi on a fini en course à pied, la première, bien sûr, c'est parce que c'est mon sport, mais la première, c'est surtout que c'était l'occasion de partager avec les gens sur le trajet. Il y avait des gens qui m'ont dit, on aimerait faire un bout de chemin avec vous, et j'ai dit, l'idée, c'est, si vous avez l'occasion, venez sur le canal du Midi, et venez faire le nombre de kilomètres que vous aurez envie. Vous faites ce que vous voulez et vous pouvez venir avec nous. On vous racontera notre histoire et puis même si on ne raconte pas, vous aurez partagé un peu avec nous notre aventure et on sera tellement content de vous voir qu'on passera un bon moment. Voilà l'idée de le faire en course à pied et c'était un gros challenge pour Yann. Le premier jour, il l'a passé. Le premier marathon, il l'a passé. Le deuxième, à 10 kilomètres de l'arrivée, il ne pouvait plus poser le pied par terre. Ça a été plus compliqué et il a fait les trois jours après en vélo, il a fini la dernière étape en courant, mais c'était très très difficile pour lui, je savais, je me doutais, et bien que ça allait être compliqué, faire un marathon par jour pratiquement, c'est pas simple quoi, même si on avait toute la journée pour le faire, même si on a alterné avec beaucoup de vélos en marche, en plus il a fait très très chaud, il faisait plus de 40 degrés par moment sur le bord du canard, il n'y avait pas de platanes au début, et donc pas d'arbres plutôt, et donc Donc, c'est vrai que c'était assez difficile physiquement, la chaleur. Mais bon, on était tellement contents. On savait qu'on allait vivre une arrivée fabuleuse chez nous. Et donc, on était... On était enthousiastes malgré tout. Et puis effectivement, les gens qui venaient nous voir pendant notre trajet sur les différentes étapes, ça nous a boostés à chaque fois et on était heureux après avoir... Mais quelque part, j'avais aussi... J'avais plus le plaisir de vivre 100% de l'aventure à Végane. C'est ce qui... Ça me faisait drôle quand même de... de pleuvoir. Je me retournais par moments, je le cherchais. Je savais que j'allais plus avoir cette relation intime et profonde avec lui et même si toute bonne chose a toujours une fin j'étais quand même j'étais déçu de ne plus avoir ce privilège je sais qu'après qu'on allait reprendre nos vies quotidiennes c'était fini c'est unique de faire ça je le conseille vraiment parce que même s'il y a des moments douloureux on va dans la profondeur pour se connaître et quand on est papa enfin un père un fils c'est une dimension où une mère et une fille, il y a une autre dimension, je dirais. On le fait ça avec un bon pote, c'est extraordinaire, mais le faire avec un membre de sa famille, notamment un de ses filles et deux de ses filles, je dirais, c'est quand même unique. Et quel bonheur de l'avoir fait. Je suis très, très heureux de l'avoir fait, parce qu'on a partagé vraiment des difficultés, on a partagé des moments, des fous rires, comme je l'ai dit, On a partagé des moments très profonds. C'est ce que je me suis dit sur le parcours quand je me retournais. Je n'aurais plus la chance, c'est fini. On finit l'histoire, mais on n'a plus cette... on n'aura plus ce rapport-là, et voilà, j'en étais un peu déçu, mais c'est la vie, il faut continuer.

SPEAKER_01

Au final, tu dirais que le conseil que tu donnais au deuxième jour, si on fait un espèce de rétro-pédalage, qu'on revient plusieurs mois en arrière, au deuxième jour de la Transat, tu lui disais que ça allait passer vite, c'est ton impression à l'arrivée, là, maintenant, que ça t'a digéré un

SPEAKER_00

peu

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

C'est passé encore plus vite que je l'avais prédit, c'est passé, mais vraiment tellement rapidement que les gens qui sont venus nous voir au départ, sur la passe du capitaux de la Toulouse qui sont venus l'impression que c'était hier mais c'est passé à plus d'un suivi certains avaient beaucoup d'enthousiasme et très régulièrement ils vivaient tellement au quotidien avec nous qu'ils avaient l'impression de ne jamais nous avoir quittés et pour nous c'était la même chose exactement j'ai dit tu vois Yann je t'avais dit déjà que la vie elle passe très vite qu'il faut en profiter mais alors là le projet j'ai mis deux ans deux ans et demi à le préparer sept mois c'est passé comme si on n'avait rien fait et je savais très bien que ça allait être le cas euh Ça passe tellement vite, les choses. Et d'autant plus quand c'est vraiment avec beaucoup d'intensité, comme c'était le cas. C'était assez militaire comme organisation parce qu'il y avait des sujets à traiter tous les jours. Mais au final... c'est passé comme ça et j'ai l'impression que ça ne s'est pas fait parce que bien sûr je décris tout avec beaucoup de détails parce que c'est très frais donc je sais que ça s'est fait mais c'est vrai que c'est passé tellement vite que c'est incroyable

SPEAKER_01

Tu dirais que tu as récupéré au moment où on enregistre, on est pile poil un mois et un jour après votre arrivée. On est le 15 juillet, vous êtes arrivé le 14. Physiquement, vous en êtes où physiquement, mentalement

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Pour Yann, physiquement, il a récupéré. Il a couru dès la première semaine. Il a recouru, même s'il avait un peu mal aux pieds. Il ne faisait pas de gros kilométrages, mais il avait besoin de continuer sa phase sportive. On était entre 6 et 8 heures de sport par jour, donc il avait besoin de continuer. il travaille donc il court un peu moins même si je l'ai vu il m'a fait quelques vidéos le matin avant d'aller au travail qu'il allait courir donc c'est bien il ne faisait pas sa vente donc c'est bien et donc pour ma part bon j'ai eu quelques sollicitations donc j'étais un peu occupé ces derniers temps et puis en plus je suis en train de préparer le livre qui va parler de cette aventure et le reportage même si ce n'est pas moi qui vais faire le montage donc j'ai un vidéaste qui s'en occupe on fait un documentaire plutôt sur notre aventure en 52 minutes qu'on finalisera certainement fin août donc ça m'occupe ça pas mal et physiquement moi j'essaye de de m'entretenir j'essaye de sortir régulièrement je fais on va dire 3-4 sorties par semaine un peu de vélo un peu de course à pied comme j'étais en montagne la semaine dernière j'en ai profité je faisais de l'écriture un peu le matin après j'allais courir en montagne ça m'évadait ça m'a Ça m'a fait beaucoup de bien. Maintenant, je vais essayer de me replonger dans mes prochaines aventures qui vont arriver assez rapidement parce que le temps passe vite. Déjà, dès septembre, je vais commencer une préparation pour cet hiver. Une course polaire. Je ne sais pas encore. J'en ai deux en prévision. Ça devrait s'orienter sur une que j'avais fait au Kungsleiden. Je ne sais pas si on en avait parlé. En Suède. Ils étaient partis en solo. Après le Covid, sans organisation, sans rien, j'avais fait mes 500 kilomètres sur le Kungsleden, la totalité. Là, il y a une course qui existe depuis deux ans. La première année, personne n'est arrivé. Cette année, il y en a deux. Du coup, je me tâte à y aller. Je réfléchis encore parce que je connais la difficulté du parcours et je sais qu'il va falloir un gros engagement là aussi. Donc, voilà. Peut-être me projeter sur celle-ci ou une autre award 135 aux Etats-Unis qui est beaucoup plus courte qui est fait 217 elle est mythique c'est pour ça aussi que je voulais la faire mais j'ai du mal à m'inscrire le site il bouge pas trop et donc je sais pas je réfléchis entre les deux voilà et puis une autre aventure avec un de mes autres fils en juin dans le Canada au Yukon voilà une descente en kayak d'une cour qui s'appelle Yukon C'est une course de 715 km. Ce que j'avais fait en plein hiver en 2019 quand j'avais gagné l'Utra... Articultra, une Yukon Articultra en 2019. Ça faisait 700 kilomètres. Et là, ça fait 750 kilomètres descendre la rivière Yukon en course, en kayak, en plein milieu sauvage. Et ça, je le ferais bien avec mon fils aîné. C'est bon, il m'a donné son accord. Il a réfléchi un peu. Il est aussi là à regarder quelques vidéos. Il m'a dit, bon, attends, je vais réfléchir. Et puis, bon, il est très pris avec son métier de vétérinaire. Donc, il n'a pas trop de temps. il devrait certainement on devrait faire cette aventure en juin l'année prochaine et puis une autre avec l'autre fils mon troisième fils l'année après là c'est en Alaska c'est une régate alors je connais rien du tout en bois là mais je vais c'est une petite régate de 1400 kilomètres où tu passes par les fjords ou par le Pacifique Nord c'est assez engagé donc bon j'y réfléchis c'est pas encore c'est moi qui n'ai pas encore donné l'accord mais on devrait c'est pour ça que je suis pas en stage la semaine prochaine je vais Je fais une semaine stage de voile et je vais me préparer pendant deux ans au cas où on fasse cette course.

UNKNOWN

On ne l'arrête plus.

SPEAKER_01

On ne l'arrête plus. Enfin, on ne l'a jamais arrêté d'ailleurs. C'est pas comme si ça venait

SPEAKER_00

de démarrer. Et on a le temps de s'arrêter. Ça arrive tellement vite ça aussi qu'il vaut mieux en profiter. J'essaie d'en profiter un maximum. Et voilà.

SPEAKER_01

écoute je pense que t'as bien raison et en tout cas merci pour ce cet incroyable témoignage moi je sais que je sais pas si ça résonne plus maintenant que je suis papa mais vraiment un grand merci parce que tu vois ce que tu dis sur le fait que tout passe vite et que finalement moi le message que je retiens de toute cette aventure c'est le partage tu vois ce que ça a créé les souvenirs les expériences incroyables que vous avez vécu ensemble père-fils moi je sais que là ça me fait réfléchir depuis le début de l'échange sur qu'est-ce que je peux faire avec ma fille qui est encore petite qui a 3 ans et demi donc on va pas faire une transat maintenant mais voilà c'est un vrai message super inspirant j'ai trouvé sur

SPEAKER_00

le fait de prendre le temps Yann il y avait 3 ans la première aventure qu'il a fait il avait 3 ans parce que c'était une sacrée aventure de partir en famille en vélo avec des remorques sur les pistes recyclables on était parti d'Arcachon jusqu'à presque presque Biarritz un peu avant et donc ça faisait pas mal de kilomètres par jour et en une semaine lui il savait même pas faire du vélo donc il était dans la remorque derrière et c'était le sacré aventure tu vois tu peux faire à tout âge tu peux partir à l'aventure l'essentiel c'était d'être dans un campement tous les jours et de monter la tente on avait tout le matériel sur nous et ça c'est ce que je raconte souvent avec les écoles dites à vos parents forcez-les à faire une petite aventure autour de chez vous faites des choses vraiment on n'a pas besoin d'aller au bout du monde mais Si vous pouvez le faire, faites-le. Mais commencez déjà par faire une aventure, une sortie de votre maison. Prenez un vélo avec une tente et allez faire ne serait-ce que 3 km dans les bois qui sont à côté de chez vous et passer une soirée. Moi, je l'ai fait. Je le fais encore avec mon épouse. À notre âge, on fait ça des fois. Et on va camper dans les bois à côté de la maison. Mais bon, des fois, de sortir de son quotidien, ça fait du bien. Ça fait aussi prendre conscience que notre quotidien, il est bien, il est ce qu'il est. Mais on a besoin aussi aussi de s'évader, de se reconnecter à plein de choses de la vie et la nature en fait partie.

SPEAKER_01

Je suis complètement d'accord. Là, tu vois, on revient, elle a fait sa première nuit en refuge ce week-end. Super. Refuge, bon, pas très haut, dans le Haut-Verdon, mais c'est un ancien observatoire, donc il y avait aussi l'observation de la Lune avec un télescope, etc. C'était vraiment génial. C'est fou. En tout cas, ton message, c'est ça que j'en retire de cet échange. Merci beaucoup, Thierry,

SPEAKER_00

Merci à toi, ça fait toujours un

SPEAKER_01

plaisir Loïc. Un immense plaisir. La première fois, tu nous avais fait halluciner avec ce récit de Lydie Tarod. Là, cette fois-ci, je ne vais pas me re-répéter, mais très inspirant sur la notion de partage, d'engagement et finalement, ce que je retiens aussi, c'est que même avec plus de 20 ans d'expérience comme toi, on apprend toujours sur soi, sur le matériel, à gérer des situations imprévues. Ce que je te propose, c'est qu'on se donne rendez-vous pour les prochaines aventures il y en a déjà 3-4 sur la liste qui m'ont l'air

SPEAKER_00

pas mal ouais ouais c'est ça je remplis facilement la

SPEAKER_01

jeune larme c'est ça un immense merci Thierry en tout cas bonne prépa pour la suite bon stage de voile et puis je te dis à une prochaine

SPEAKER_00

j'espère

SPEAKER_01

merci Loïc avec plaisir allez à bientôt