Les Frappés
Des récits inspirants qui vont te faire passer à l’action ! Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans ta vie 😈
Animé par Loïc Blanchard, ancien sportif de haut niveau en judo, ex-Apple, coach, préparateur mental et entrepreneur.
Les Frappés
Claire Lenne, médecin urgentiste en milieux insolites (Amazonie, Antarctique, Centrale nucléaire...)
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Claire Lenne est médecin urgentiste. Mais à sa manière, elle est surtout une globe-trotteuse qui n’a pas froid aux yeux, et c’est le cas de le dire puisque tout juste 1 an avant notre enregistrement, elle s’envolait pour une mission de 3 mois en Antarctique par -40°C.
On ne mesure pas vraiment l’isolement absolu de ces femmes et de ces hommes qui se retrouvent là-bas. Claire a mis 17 jours pour atteindre sa destination, et 23 de plus une fois sur place pour aller ravitailler la base de Concordia, environ 1 000 kilomètres à l’intérieur du continent.
Par -40°C, gérer une situation médicale relève de l’exploit. Le matériel ne fonctionne plus. On ne peut pas manipuler les patients de la même manière. Et surtout, il faut être capable de faire face à n’importe quelle situation avec les moyens du bord.
Mais les missions de ce type, Claire n’en était pas à son coup d’essai. Du dispensaire de forêt amazonienne au bateau d'expéditions scientifiques, des cliniques pétrolières en Afrique, à la centrale nucléaire en Chine, son goût de l’aventure l’avait déjà amenée à exercer son métier partout dans le monde.
Dans cet épisode on parle de médecine en milieux insolites, du plus grand récit d’expédition et de résilience de tous les temps, mais aussi d’ultra-trail et de grossesse.
Excellente écoute à vous !
Remerciements à l'Institut Polaire Français.
🔎 Les livres de Claire sont Docteur Globe-trotter et Tour du monde en blouse blanche. L'article (en anglais) à propos de l'expédition de 2000 réalisée notamment par Messner est ici.
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En fait, le risque numéro un si on a un accident en dehors de la base, c'est l'hypothermie, c'est te refroidir. Donc en fait, il faut ramener le plus vite possible à la base. On apprend à prendre le plouc radial au niveau du poignet pour pouvoir estimer la pression artérielle et savoir si c'est plutôt l'urgence vitale ou pas. Après, il faut à chaque fois s'adapter au contexte, le plus possible prendre en compte l'impact du froid et de l'isolement sur nos soins. Et un autre exemple, c'est que les tuyaux, si on met de l'oxygène, les tuyaux de masque à oxygène qui sont faits en plastique, ça casse comme de la biscotte par le grand froid.
SPEAKER_00Hello, hello, vous écoutez les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tout niveau, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires. des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Claire est médecin urgentiste mais à sa manière, elle est surtout une globe trotteuse qui n'a pas froid aux yeux et c'est le cas de le dire puisque tout juste un an avant notre enregistrement, elle s'envolait pour une mission de 3 mois en Antarctique par moins 40 degrés. Honnêtement, je pense qu'on ne mesure pas vraiment l'isolement absolu de ces femmes et de ses hommes qui se retrouvent là-bas. Claire a mis 17 jours pour atteindre sa destination et 23 de plus une fois sur place pour aller ravitailler la base de Concordia, environ 1000 kilomètres à l'intérieur du continent. Par moins 40 degrés, gérer une situation médicale relève de l'exploit. Le matériel ne fonctionne plus, on ne peut pas manipuler les patients de la même manière et surtout, surtout, il faut être capable de faire face à n'importe quelle situation avec les moyens du bord. Mais les missions de ce type, Claire n'en était pas à son coup d'essai puisque du dispensaire de la forêt et amazonienne au bateau d'expédition scientifique en passant par les cliniques pétrolières en Afrique ou encore la centrale nucléaire en Chine. Son goût de l'aventure l'avait déjà amené à exercer son métier partout dans le monde. Dans cet épisode, on parle de médecine en milieu insolite, du plus grand récit d'expédition et de résilience de tous les temps, mais aussi d'ultra-trail et de grossesse. Excellente écoute à vous
UNKNOWN!
SPEAKER_00Bienvenue Claire sur le podcast, je suis absolument ravi de te recevoir en direct de La Réunion. Tu as passé un Noël du coup
SPEAKER_02ensoleillé
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui, clairement, oui, à
SPEAKER_00la plage, sous 30 degrés. Ah là là, le classique. Pendant longtemps, j'ai passé mes Noëls, enfin non, ce n'est pas tout à fait vrai parce qu'on rentrait en France, mais j'étais en Nouvelle-Calédonie, donc pareil, Miss Faire Sud et saison inversée. C'était toujours assez rigolo de partir en short t-shirt pour rejoindre la famille en France. France à Noël et d'arriver et de perdre genre 35 degrés. C'est génial. D'ailleurs, la Réunion, on va peut-être commencer par ça. C'est quoi ton histoire avec la Réunion
UNKNOWN?
SPEAKER_00Depuis quand est-ce que tu es là-bas et qu'est-ce que tu y
SPEAKER_02fais
UNKNOWN?
SPEAKER_02Maintenant, ça commence à remonter parce que ça fait neuf ans que je suis arrivée la semaine des attentats du Bataclan. Qu'est-ce que j'y fais
UNKNOWN?
SPEAKER_02Je suis médecin urgentiste à l'hôpital public depuis neuf ans là-bas.
SPEAKER_00excellent et donc t'as commencé ta carrière de médecin à la Réunion ou t'exerçais déjà en
SPEAKER_02France
UNKNOWN?
SPEAKER_02oui exactement en fait je rêvais de partir de partir de quitter la France enfin la métropole et donc j'ai été diplômée le vendredi je
SPEAKER_01suis
SPEAKER_02arrivée le mardi j'ai commencé mon poste le jeudi mais non c'était difficile de
SPEAKER_00faire plus rapide mais j'avais vraiment hâte de partir loin ok et c'est pourquoi c'est quoi qui a motivé cette décision de partir à la Réunion pourquoi la Réunion en particulier
UNKNOWN?
SPEAKER_02Alors moi j'ai rêvé beaucoup quand j'étais à Doge de ailleurs c'est mieux parce que j'étais pas forcément hyper épanouie comme à Doge donc ailleurs c'est mieux ailleurs c'est mieux et je suis partie en vacances à l'étranger et puis à chaque fois ça me confirmait j'étais tellement heureuse à l'étranger que ça me confirmait dans le ailleurs c'est mieux et finalement pour travailler je trouve que la Réunion c'était un super compromis entre garder le système français avec la sécurité sociale avec la langue aussi qui est quand même vraiment importante dans les soins et nos standards de soins et tout en se sentant vraiment ailleurs puisque la Réunion c'est la France autrement et donc voilà j'en ai beaucoup beaucoup rêvé après j'ai hésité avec d'autres dom-toms et puis en faisant beaucoup de recherches sur internet j'ai trouvé que c'était le meilleur compromis entre à la fois la qualité de vie à la fois ne pas être non plus à l'autre bout du monde comme la Nouvelle-Calédonie avec les 10 heures de calage horaire et une autre monnaie et un autre système enfin voilà j'ai trouvé que c'était le meilleur compromis et puis finalement j'y suis
SPEAKER_00toujours excellent excellent donc est-ce que Est-ce que tu dirais maintenant, neuf ans plus tard, que tu as trouvé à La Réunion ce que tu étais allé chercher
UNKNOWN?
SPEAKER_02En tout cas, j'ai trouvé un petit paradis sur Terre dont je ne me
SPEAKER_00lasse pas, même neuf ans
SPEAKER_02plus tard.
SPEAKER_00Tout n'est pas parfait, mais en tout cas, je m'y sens vraiment bien et dans la durée. Génial. Je ne suis pas encore allé à La Réunion, mais j'en entends énormément parler, notamment sur le plan sportif, puisqu'on va très certainement échanger sur le sujet mais tu as un parcours j'allais dire intéressant on a tous des parcours atypiques et du coup peut-être un peu uniques et intéressants mais le tien est assez insolite déjà par du fait des milieux dans lesquels tu exerces donc médecin et urgentiste ça tu l'as dit mais on va en parler tu effectues très souvent des milieux des missions dans des milieux insolites et puis tu t'es lancé dans le trail et même l'ultra il y a il y a deux ans euh et tu es devenu finisheur de la légendaire Diagonale des Fous cette année euh et clairement c'est pour ça que j'entends très très très très souvent parler de La Réunion donc hâte d'échanger sur tous ces sujets ce que je te propose c'est peut-être de de commencer par la ta casquette que tu commences en mettant ta casquette de médecin urgentiste yes euh qu'est-ce que parce que moi ça m'a clairement interpellé quand tu m'as envoyé ce message sur LinkedIn si j'ai bonne mémoire euh milieu insolite, tu m'as émis, clinique pétrolière en Afrique, dispensaire en forêt amazonienne, bateau d'expédition scientifique, et la liste est encore longue. Comment est-ce qu'on se retrouve à faire ce type de mission
UNKNOWN?
SPEAKER_00C'est quoi
UNKNOWN?
SPEAKER_00C'est du volontariat
UNKNOWN?
SPEAKER_00On te contacte parce que tu as une spécialité très recherchée
UNKNOWN?
SPEAKER_00Comment ça se
SPEAKER_02passe
UNKNOWN?
SPEAKER_02Alors, ce n'est pas du volontariat, c'est vraiment des contrats en bonne et du fort, entre guillemets. Et comment on se retrouve là
UNKNOWN?
SPEAKER_02En fait, c'est avant tout avec des rencontres et des collègues qui qui ont fait eux-mêmes des missions originales. Donc, comment ça a commencé
UNKNOWN?
SPEAKER_02J'ai demandé à venir à La Réunion. On m'a dit, OK, par contre, il y a Mayotte avec. C'était un contrat mixte, six mois à La Réunion, puis six mois à Mayotte. Donc déjà, Mayotte, c'est vraiment extrêmement dépaysant quand on vient de métropole. Et de fil en aiguille, un collègue en garde me dit, ah, mais moi, j'ai travaillé dans les évacuations sanitaires au-dessus du Pacifique. On était basé à Nouméa, justement, en Nouvelle-Calédonie. Et puis, on partait amener des malades à Sydney. On allait les chercher aux îles Fidji, aux Vanuatu, etc. Et là, j'ai dit, allez, go, je postule. Et puis, je tente ma chance. Et finalement, je suis retenue. Alors là, c'était vraiment, vraiment incroyable, une immense joie. Et donc, ce contrat-là m'a ouvert les yeux sur le fait qu'il y a de la médecine possible à l'extérieur de l'hôpital, dans des conditions vraiment très différentes de l'hôpital. Et ensuite, le tout, c'est d'avoir des idées. Et les idées, on les a vraiment en échangeant avec d'autres médecins qui ont un parcours similaire. Et c'est comme ça qu'effectivement, je me suis retrouvée dans les cliniques pétrolières au Gabon et au Nigeria. Et puis, l'année dernière, en Antarctique, à la même heure où je parlais, j'étais dans un tracteur sur la
SPEAKER_00glace. Et voilà, la centrale nucléaire en
SPEAKER_02Chine,
SPEAKER_00etc.
SPEAKER_02Attends, la centrale
SPEAKER_00nucléaire en Chine
UNKNOWN?
SPEAKER_00Oui. Comment c'est possible ça, d'un point de vue sûreté, sécurité
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ils ont des médecins du personnel étranger dans leur centrale nucléaire
UNKNOWN?
SPEAKER_02En fait, là, dans ce cas précis, je travaillais pour EDF qui construisait le nouvel EPR en Chine, l'EPR, la centrale nucléaire dernière génération. Donc, j'étais sous-traitante pour EDF, en fait. Voilà pourquoi. En fait, le diplôme de médecin n'est pas reconnu en Chine. Donc, j'ai travaillé vraiment uniquement pour les expats. J'étais médecin des expats pour EDF. Mais oui, c'est incroyable. En pleine période Covid, avec le confinement dans les centres de quarantaine chinois à à l'arrivée, à la
SPEAKER_00sortie d'avion, etc. Incroyable. La médecine urgentiste, qu'est-ce qu'elle a de particulier par rapport... Qu'est-ce qui te distingue d'un médecin généraliste
UNKNOWN?
SPEAKER_02Alors, du coup, c'est vrai que moi, je suis passée... Maintenant, ça a changé, il y a eu une réforme. Et moi, à l'époque, j'étais d'abord généraliste et ensuite, il fallait faire une formation en plus pour être urgentiste, donc pour être d'autant plus à l'aise sur tout ce qui est urgence vitale. Donc, les comas, l'arrêt cardiaque, l'intubation globale. et donc ça c'est deux ans de formation en plus et puis surtout après le concret c'est vraiment surtout des stages haute urgence et donc j'ai cette double casquette et finalement c'est hyper intéressant d'avoir les deux parce que tout ce qui est le quotidien d'un médecin dans ces milieux là c'est quand même beaucoup de médecine générale mais le jour où ça foire ça foire vraiment parce qu'on est un peu tout seul à des centaines de kilomètres potentiellement d'un hôpital compétent donc voilà l'intérêt d'avoir la double compétence
SPEAKER_00et donc je connais vraiment rien enfin j'ai pas du tout fait d'études de médecine personne dans ma famille a fait ce type d'études mais est-ce que tu dirais que la différence c'est quoi un médecin généraliste c'est surtout du savoir alors qu'un médecin urgentiste doit peut-être maîtriser plus de gestes pour justement préserver ou sauver des
SPEAKER_02vies ouais c'est vrai qu'il y a un peu plus de gestes techniques aux urgences même sur tout ce qui est suture plâtre réduction de luxation de coude d'épaule maintenant le général est bien meilleur que l'urgentiste sur d'autres choses, typiquement sur les médicaments du diabète, les médicaments de l'attention, les suivis de cancer. Quand on est aux urgences, on réoriente facilement vers le médecin traitant qui est meilleur que nous, même tout simplement sur une douleur d'oreille. Il est plus à même que nous. C'est vraiment deux types de contextes différents, deux types de maladies un
SPEAKER_00peu différents aussi. Est-ce que tu dirais que la médecine urgentiste, c'est stabiliser une situation alors que la médecine générale, c'est peut-être un... c'est pas forcément son objectif premier c'est peut-être plus dans le suivi dans peut-être identifier les causes d'un mal d'oreille etc là où toi tu vas en gros boucher les trous pour que la situation se stabilise
SPEAKER_02nous on intervient vraiment à un moment T unique quoi vraiment on fait pas du tout de suivi et puis par contre du coup le médecin généraliste a l'avantage de connaître ces malades de savoir qui se dégrade systématiquement qui est stressé pour rien etc là où nous on fait que de l'aigu et dès que les gens reviennent deux trois fois aux urgences on sait que c'est plus pour nous c'est vraiment il faut retourner voir le médecin généraliste dans ce cas là sauf s'il y a des maladies graves à répétition
SPEAKER_00alors t'as été assez clair sur ce qui t'a motivé à quitter la métropole j'ai l'impression au fil de tes missions aussi ce qui semble assez clair c'est que ta tête se gousse de l'aventure tu me dis si je me trompe mais vu la diversité de toutes les missions des milliers dans lesquelles t'as pu exercer ça a l'air d'être ça. Du coup, moi j'ai l'impression que ça explique une partie de ton parcours, en tout cas cette appétence pour l'étranger, pour l'aventure, pour le voyage. Mais pourquoi la médecine urgentiste et pas finalement la médecine généraliste que j'imagine on peut aussi exercer au fin fond de la brousse n'importe où dans le monde
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui, c'est vrai que je n'ai pas du tout choisi la médecine d'urgence pour les voyages parce qu'à l'époque je ne le savais pas. En fait, la seule médecine de voyage que je connaissais, c'était l'humanitaire. Et effectivement, il n'y a pas besoin d'être urgentiste pour faire de l'humanitaire. Donc, ce n'est vraiment pas dans cette idée-là. C'est vraiment dans l'idée que moi, j'ai adoré mes stages aux urgences. J'ai adoré la variété, de voir des jeunes, des vieux, des graves, des pas graves, etc. Et j'ai vraiment beaucoup aimé aussi le fait de ne pas forcément avoir de suivi des malades, de ne pas les revoir pendant des années, mais de les voir en instant T. J'adore aussi l'efficacité qu'on a aux urgences, c'est-à-dire que le problème, il est réglé entre guillemets dans la journée, même si c'est d'hospitaliser une même si c'est de laisser rentrer la maison. Mais en fait, nous, notre problème, on trouve une solution dans la journée. Et puis, j'aime aussi énormément les émotions qu'on vit aux urgences. On est parfois très malmené. On passe des trucs tellement drôles aux trucs tellement graves, aux situations dramatiques. Et puis, il y a la peur et finalement, la réassurance. Et ça, c'est d'une richesse. Alors, pour le coup, il y a un gros parallèle avec le sport et l'ultra-trail où il y a une richesse d'émotions qui est, je pense, extrêmement intense aux urgences, encore bien plus que dans toute spécialité. Merci.
SPEAKER_00Parmi toutes ces missions que tu as menées, j'ai les yeux sur ta liste. Les cliniques pétrolières en Afrique, tu les as évoquées. C'était au Gabon, c'est ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00Gabon et Nigeria. Gabon et Nigeria, ok. Dispensaire en forêt amazonienne, bateau d'expédition scientifique, centrale nucléaire en Chine, expédition en tracteur chenillé à travers l'Antarctique. Est-ce qu'il y a une mission en particulier ou en tout cas un milieu qui t'a vraiment marqué plus que les autres
UNKNOWN?
SPEAKER_00Et si c'est le cas,
SPEAKER_02pourquoi
UNKNOWN?
SPEAKER_02Alors, chacune a vraiment sa richesse et son lot d'incroyables mais c'est vrai que là s'il faut en retenir une ça serait l'Antarctique parce que je pense que c'est vraiment l'endroit où je m'estime la plus chanceuse d'avoir pu aller un jour dans ma vie mais ceci dit la centrale nucléaire en Chine aussi c'est vraiment j'étais extrêmement chanceuse mais vraiment sur le côté vraiment incroyable et tellement dépaysant et au-delà de tout ce qu'on peut imaginer je ressemblerais à l'Antarctique qui n'était pas l'endroit le plus facile mais vraiment hyper intéressant quoi
SPEAKER_00On a une présence française en Antarctique toute l'année
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ou seulement les mois les plus chauds, les
SPEAKER_02moins froids
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui, on est
SPEAKER_00présents toute l'année sur deux bases et la France est un des grands pays qui font de la recherche en Antarctique. Ok. Alors attends, du coup, l'Antarctique, comment ça s'est passé
UNKNOWN?
SPEAKER_00Comment t'as entendu parler de cette mission
UNKNOWN?
SPEAKER_00Et ça se passe comment
UNKNOWN?
SPEAKER_00Est-ce qu'on postule
UNKNOWN?
SPEAKER_00Est-ce qu'on est contacté en direct et tu peux nous en dire un peu plus sur le processus parce que c'est quand même vraiment vraiment improbable comme lieu pour exercer
SPEAKER_02clairement clairement alors il y a une part de bouche à oreille où finalement j'ai quand même fini par rencontrer petit à petit certains médecins qui sont allés il y a aussi une part du fait que en fait le bateau qui part en Antarctique qui est le seul brise-glace français il est basé à la Réunion je rappelle juste que l'Antarctique c'est le pôle sud parce que c'est pas forcément évident pour
SPEAKER_01tout le monde et
SPEAKER_02donc il est basé à la Réunion et il y a aussi une bédégue j'avais lu en 2019 je crois qui s'appelle La lune est blanche qui est vraiment incroyable et qui raconte le raid Antarctique qui est le nom de cette énorme expédition à travers la banquise à travers la glace et donc c'est tout un ensemble qui font que j'ai postulé j'ai pas été prise d'emblée notamment parce que la première année où j'ai postulé c'était en plein Covid et une autre année je me suis trompée de date pour postuler et donc finalement ça s'est pas fait du premier coup mais le jour J il y a un jour magique où on a fini par m'annoncer que j'étais retenue et et que c'était
SPEAKER_00parti. Incroyable. Quand j'entends ce genre de témoignages, ça me fait un peu penser à Thomas Pesquet qui raconte comment se passent les sélections pour la NASA, où ce n'est pas du tout ce qu'on pourrait croire. Des ingénieurs qui peuvent démonter une fusée, les yeux fermés, c'est autre chose qu'on cherche. Tu dirais que pour une mission comme celle de l'Antarctique, dans un milieu hyper isolé, où je suppose que si il y a quelqu'un qui pète une durite, c'est un peu compliqué vu l'isolement, qu'est-ce qu'on cherche chez les candidats qui, finalement, sont retenus comme qualité, comme type de personnalité
UNKNOWN?
SPEAKER_02Je pense qu'il y a beaucoup de choses. Il y a surtout le fait de savoir s'adapter à un milieu compliqué parce qu'en fait, on peut avoir envie de faire un scanner, on n'aura pas de scanner. Donc, il faut trouver une autre solution et ne pas rester paralysé devant l'absence de notre quotidien habituel. Donc ça, je pense que ça joue. Je pense qu'il y a le côté humain, social qui joue beaucoup aussi parce qu'on est en équipe et en équipe rapprochée et que Ça peut vite mal se passer s'il y a un caractère un peu compliqué. Après, il y a l'expérience aussi. L'expérience, je pense que ça joue à la fois dans le fait de nous se sentir compétents pour soigner dans ces milieux-là, mais aussi savoir comment nous, on va réagir et que ce n'est pas gagné que tout le monde réagisse bien dans des endroits compliqués comme ça, surtout sur plusieurs semaines. Et après, juste, c'est rigolo que tu parles de Thomas Pesquet parce qu'il se trouve qu'il était en Antarctique au moment précis où j'y suis allée. Et on s'est croisés pendant trois jours à Concordia et c'était vraiment improbable, quoi.
SPEAKER_00Incroyable. Donc là, tu avais quel âge au moment où tu es partie pour
SPEAKER_02l'Antarctique
UNKNOWN?
SPEAKER_00C'était l'année dernière, donc j'avais 35 ans. Je suis 36 cette année. Incroyable. Et donc, entre le moment où on te dit c'est bon, c'est toi qui pars, et le jour du départ, je suppose qu'il y a une préparation qui doit être assez importante, notamment sur le matériel, peut-être sur des procédures de médecine à apprendre qui sont très spécifiques à ce type de milieu. En gros, c'était quoi le délai entre les
SPEAKER_02deux
UNKNOWN?
SPEAKER_02On m'a dit OK en août et je suis partie en fin octobre. Alors, c'est vrai que je n'ai aussi pas précisé dans les arguments indispensables pour partir, c'est aussi d'être en bonne santé physique et mentale. Je ne suis pas invincible au niveau mental, mais c'est vrai que ça fait partie des arguments quand même pour pouvoir partir. Et du coup, la bonne santé physique, avant l'Antarctique, on a un bilan de santé mais de long en large en travers et il se trouve qu'on m'a découvert une mini infection de la dent de 2 mm mais du coup j'ai dû passer au bloc opératoire pour me traiter mon infection de dent parce qu'on ne pouvait pas m'envoyer en Antarctique avec même une si petite infection de dent voilà mais j'ai dû faire une épreuve d'effort etc analyse d'urine analyse de l'audition recherche des MST etc pour partir pour être sûre qu'il n'y ait pas quelque chose qui s'aggrave là-bas en tout cas limiter le risque que quelque chose s'aggrave là-bas et donc c'était sûr surtout une préparation physique enfin des tests physiques et après il y a eu une semaine de formation à Chamonix notamment sur les glaciers pour pouvoir savoir faire des secours en crevasse par exemple pour aussi s'adapter au fait que potentiellement on ne peut pas prendre la pression artérielle en fait s'il y a un secours sur la banquise donc il va falloir gérer sans pression artérielle nous apprendre aussi que le matériel à moins 40 degrés il ne marche pas donc c'est pas la peine de sortir le scope dehors ça ne marchera pas enfin voilà pour nous apprendre apprendre aussi à se débrouiller et puis gérer aussi un peu les maladies liées au froid, les gersures, etc., les jolures, pardon, etc.
SPEAKER_00Et pourquoi ce que tu évoquais avec la pression artérielle, pourquoi ça ne fonctionne pas
UNKNOWN?
SPEAKER_02En fait, le risque numéro un si on a un accident en dehors de la base, c'est l'hypothermie, c'est te refroidir. Donc en fait, il faut ramener le plus vite possible à la base. Et à l'inverse, si on doit déshabiller le malade par moins 40 degrés pour lui prendre sa tension, ok, on aurait une tension qui peut peut-être être fiable, mais ce n'est même pas sûr. Mais par contre, on l'aura mis en hypothermie, donc on n'a rien gagné du tout. Donc en fait, on apprend à prendre le pouls radial au niveau du poignet pour pouvoir estimer la pression artérielle et savoir si c'est plutôt une urgence vitale ou pas. Et puis, si c'est une urgence vitale, on lève les jambes, mais en fait, c'est compliqué de perfuser. Après, il faut à chaque fois s'adapter au contexte, mais le plus possible prendre en compte l'impact du froid et de l'isolement sur
SPEAKER_00nos soins. Ok. Wow.
SPEAKER_02Fascinant. Et un autre exemple, c'est que les tuyaux, si on met de l'oxygène, en fait, les tuyaux de masque à oxygène qui sont faits en plastique, ça casse comme de la biscotte par le grand froid. Donc, en fait, il y a vraiment des choses qu'on ne peut pas faire. Il faudra ramener globalement au plus vite pour pouvoir faire des soins appropriés. Ramener au chaud au plus vite pour faire des soins appropriés.
SPEAKER_00Donc, s'il y a une situation qui dérape, effectivement, c'est assez clair du coup, vu ce que tu expliques, qu'il faut avoir l'esprit bien clair pour porter secours à la personne concernée. Du coup, tu parlais des tests de bonne santé mentale. Je ne sais plus quel terme tu as utilisé, mais l'aspect mental, comment il l'évalue justement
UNKNOWN?
SPEAKER_00Les tests physiques, ça, c'est assez évident. J'imagine qu'il y a une grille, il check si tu es dans la grille ou pas, mais l'aspect stabilité mentale, il vérifie ça comment
UNKNOWN?
SPEAKER_02alors moi je suis restée 3 mois en Antarctique donc j'ai pas eu de test plus enfin ceux qui restent que l'été n'ont pas de test plus approfondi que ça par contre ceux qui restent pendant 1 an ils ont vraiment un entretien avec un psychologue et il se trouve que moi j'avais postulé pour une autre mission d'un an 2 ans auparavant et que finalement j'avais déjà eu l'évaluation psy qui a potentiellement à participer à mon recrutement D'accord. Après, je pense que l'employeur, il nous teste quand même un peu. Et puis, il y a des choses qui se sentent. Pas tout, bien sûr, mais il y a des choses qui se sentent.
SPEAKER_00Et c'est vrai que si on peut avoir un doute, on fait très attention. Incroyable. Et côté matos, du coup, qu'est-ce que tu as dû emmener de particulier pour l'Antarctique
UNKNOWN?
SPEAKER_00Que ce soit pour toi, à titre personnel, tu vois, je ne sais pas, par exemple, les habits moins 40, c'est quand même très, très, très froid. Et côté matériel, médecine urgentiste, est-ce que tu as des outils qui sont… conçu sur mesure pour l'Antarctique
UNKNOWN?
SPEAKER_02Alors, tout ce qui est médecine, c'est déjà fourni, c'est déjà sur place et c'est déjà fourni et il y a une maintenance régulière qui se fait. Donc, côté médecine, je n'ai rien eu à gérer et côté habillement non plus parce qu'en fait, on a une énorme dotation avec deux tenues hyper épaisses, sept paires de gants, deux pantalons, trois paires de collants, etc., etc., etc. Donc, au niveau vêtements techniques, on n'a rien à prévoir. Donc, ça, c'est vraiment pratique. Et puis d'ailleurs, c'est des vêtements qui sont en grande partie recycler tous les ans parce que c'est tellement coûteux et technique que c'est réutilisé ça
SPEAKER_00ne sert pas que 3 mois j'allais te demander si tu avais pu garder les vestes j'imagine qu'elles sont avec des écuissons brodées ou floquées ou autre
SPEAKER_02ça on n'a pas pu garder par contre on a tous la polaire la polaire on a pu la garder écrite Institut Polaire Français
SPEAKER_00et puis le bonnet aussi la classe génial le
SPEAKER_02problème c'est qu'à La Réunion il n'y a pas beaucoup d'occasion pour le remettre donc dès que je rentre en métropole j'en profite pour
SPEAKER_00le remettre c'est clair pour continuer un tout petit peu sur l'Antarctique parce que je pense qu'on pourrait faire un épisode de podcast avec chacune de tes missions mais celle-ci encore une fois c'est vraiment un univers qui me fascine et qui m'intrigue est-ce que tu peux nous raconter le périple pour se rendre sur place et ton sentiment à l'arrivée parce que encore une fois l'Antarctique je pense que tu l'as répété mais en gros c'est le pôle sud mais c'est quand même un sacré délire pour se rendre sur place donc j'ai cru de savoir comment ça s'est passé pour toi est-ce que c'était en bateau ou en avion et je pense au bateau parce que j'ai lu il n'y a pas très longtemps un récit de Mike Horn qui expliquait qu'il était parti d'Afrique du Sud pour l'Antarctique et c'était très très long j'ai plus le nombre de jours en tête mais c'était quand même assez long donc voilà bref
SPEAKER_02est-ce que tu peux nous parler de cette partie là moi j'ai mis 8 avions pour y arriver et 17 jours donc c'était vraiment infinie interminable dont deux avions qu'on fait demi-tour donc c'était fou en fait j'ai fait réunion j'ai fait réunion Maurice puis Maurice Dubaï puis Dubaï Melbourne ouais Et ensuite, le vol Melbourne-Tasmanie. Donc, Tasmanie, c'est l'île qui est au sud de l'Australie. Ce vol-là a fait demi-tour, sauf que moi, j'avais tellement déjà de vols dans les pattes que je n'écoutais plus les annonces. Donc, j'ai réatterri à Melbourne. Et là, je reconnaissais tout dans l'aéroport. Donc, je me suis dit, il y a un problème. Je suis retournée voir à la porte l'hôtesse de l'air. Et je lui ai dit, mais il y a un problème. Il me dit, oui, il y a un problème. Oui, oui, l'avion, il a fait demi-tour. Il y a un problème mécanique. Moi, je n'avais rien écouté. Je croyais que j'étais arrivée en Tasmanie. Pas du tout. Donc, ce vol-là a Melbourne, Tasmanie et là en Tasmanie on attend parce qu'on attend un avion australien qui doit nous emmener sur une première base en Antarctique normalement ça devait être d'abord en fait c'est un gros avion, un gros porteur pour qu'il soit capable de traverser l'océan Antarctique et donc c'est l'avion des Australiens sauf qu'un coup les Australiens en ont besoin ils sont prioritaires, un coup il y a des tempêtes, la météo n'est pas compatible un coup finalement on atterrit sur la base italienne et non pas américaine il faut que les Italiens damnent la piste etc etc donc tous les jours on croyait que c'était demain et enfin on arrive sur la base italienne donc là ça y est on est en Antarctique c'est déjà incroyable sauf que dans la foulée on devait reprendre un petit avion canadien chaussé sur des skis qui finalement n'étaient pas dispo le lendemain il nous emmène et ce petit avion canadien fait demi-tour au bout de deux heures et demie de vol parce que météo incompatible pour l'atterrissage et c'est seulement le huitième vol qui a permis de nous emmener enfin sur la petite base française qui a un petit aéroport ils n'ont pas un gros aéroport capable d'accueillir les gros porteurs et donc c'était un voyage vraiment incroyable et en fait la majorité des gens qui vont en Antarctique ils vont par bateau mais nous on avait besoin d'arriver très tôt dans la saison très tôt dans l'été et donc il y avait encore trop de banquises le bateau ne peut pas arriver jusqu'à la base française donc trois semaines après c'était bon mais nous on est arrivés très tôt dans la saison, donc c'était par avion. Et en retour, à l'inverse, je suis repartie par bateau, donc six jours de mer, puis par avion, et là, je
SPEAKER_00crois que j'avais
SPEAKER_02quatre voies le retour. Je n'ai pas eu
SPEAKER_00d'annulation. Incroyable, ok. Surtout, elle allait de partir de La Réunion, remonter à Dubaï, retourner, c'est ok. Ah oui, c'était infini. Oui, j'imagine, oui. Alors, tu ne l'as pas encore précisé, mais du coup, la base française, c'était laquelle
UNKNOWN?
SPEAKER_02C'était, alors nous, on partait de Dumont-Durville, qui qui est là-bas sur la côte. Très exactement, c'est Cap Rudum qui est juste à côté. Et on allait jusqu'à Concordia, qui est à 1 100 km dans les terres. Et à 3 200 m d'altitude. Donc, ce trajet-là, on le faisait en tracteur chenille, effectivement.
SPEAKER_00Attends, tu as fait 1 600 km en tracteur
SPEAKER_02chenille
UNKNOWN?
SPEAKER_021 100 allées, 1 100 retours en tracteur chenille. À conduire 10 heures par jour à 10 km heure à peu
SPEAKER_00près. Oh, punaise
UNKNOWN!
SPEAKER_02D'accord. Là, c'était encore une autre expérience. Là, c'était vraiment une forme d'infini, le temps qui s'étire pendant des heures et des heures et cette immensité blanche où il ne se passe rien. Il n'y a que la météo qui nous changeait un peu nos journées et notre quotidien.
SPEAKER_00Mais sinon, c'était extrêmement routinier en réalité. Donc, attends, si je résume, 17 jours
SPEAKER_02d'avion
UNKNOWN? Oui.
SPEAKER_00et ensuite 3 semaines de
SPEAKER_02préparation de l'expé quand même 3 semaines sur place à préparer l'expé puis 23 jours d'expé aller-retour mais non pour
SPEAKER_00rentrer ouais ah mais d'accord donc la mission en fait là mais là tu attends mais donc les 3 mois en fait t'as quasiment pas resté à Concordia au final
SPEAKER_02non à Concordia j'ai passé que 3 jours les 3 jours où j'ai croisé Thomas Pesquet et ensuite on est retourné au bord de mer sur l'Antarctique
SPEAKER_00en
SPEAKER_02bord de mer, vers la
SPEAKER_00banquise. Et là, je suis à nouveau restée un mois et demi où, pour le coup, j'ai pu bouger.
UNKNOWND'accord.
SPEAKER_00Pour le coup, j'étais le médecin de la base, tout simplement. Incroyable. Oh, punaise. OK, d'accord. C'est quoi... En fait, j'allais te demander, tu vois, les moments forts de cette expédition, mais je pense que c'est pareil. On pourrait faire un podcast sur chaque étape, l'avion, puis le tracteur chenille, puis du mont Durville. Mais peut-être ce que toi, tu retiens... de ton expérience en Antarctique. Tu disais un peu plus tôt que ce qu'il cherchait, c'était aussi l'expérience, que chacune de tes missions au milieu insolite a été riche de ses propres expériences. Celle en Antarctique, là, avec un petit peu de recul, tu dirais qu'elle t'a apporté quoi d'un point de vue... si tu mets ta casquette de médecin urgentiste et humainement parce que j'imagine quand même que c'est tellement particulier qu'il y a très certainement des choses sur le plan perso avec lesquelles tu es revenue
SPEAKER_02ouais effectivement sur le plan médical il s'est pas passé grand chose par chance tant mieux ouais tant mieux ouais et sur le plan humain du coup j'étais la seule femme sur une base de 21 personnes et donc c'était vraiment un changement de paradigme et que la majorité étaient mécanos ou alors quelques informaticiens mais avec des métiers assez surtout techniques
UNKNOWN?
SPEAKER_02et donc voilà j'étais pas tellement au contact des scientifiques parce que l'Antarctique il y a beaucoup de scientifiques mais finalement il y a aussi beaucoup de logisticiens donc de personnes qui gèrent l'électricité etc la plomberie et donc là il y avait beaucoup de mécanos donc c'était clairement il fallait s'adapter aussi à ça et avec gérer aussi une forme de promiscuité permanente en fait parce que sur la base on est tous un peu les uns sur les autres c'est des petites bases et par chance moi j'étais toute seule dans ma chambre en tant que seule femme mais c'est vrai que les autres ils étaient par dortoir de 4 et donc en permanence quoi et ne serait-ce que pour téléphoner à sa famille on entend quand même d'un mur à l'autre donc il y a peu de moments d'intimité et puis pour sortir de la base on peut pas sortir très loin il faut souvent être deux donc en fait les sorties étaient relativement enfin en fait c'est vrai qu'il y a un sur le coup on se rend pas trop compte mais au bout d'un moment c'est une forme de petite prison quand même parce qu'on peut pas aller vraiment loin et puis on est quand même toujours dans un milieu hostile quoi donc
SPEAKER_00waouh incroyable tu le referais maintenant que tu l'as déjà fait une fois est-ce que ça t'a donné envie potentiellement de repartir dans ce type de milieu très froid très isolé
SPEAKER_02et ben pourquoi pas mais pas tout de suite en fait c'est vrai qu'il y avait des mécanos qui venaient tous les ans pendant il y en a un ça faisait 26 ans et pour le coup je suis vraiment admirative parce que c'est encore c'est vraiment la moitié de leur vie enfin un quart de leur vie qui se passe là-bas et c'est quand même un monde tellement à part il n'y a pas de couleurs du tout il n'y a plus des couleurs il y a la journée continue il n'y a plus de coucher de soleil que moi j'adore il n'y a plus d'arbres plus de fleurs plus de verdure et tout ça au début ça ne nous manque pas trop et puis petit à petit ça manque quand même et puis j'avoue que moi ça manquait un peu aussi les moments avec les copines parce que à la réunion j'accorde une grande place à l'amitié et puis là-bas il fallait trouver ses loisirs et ses épanouissements autrement dont la lecture dont l'écriture mais voilà
SPEAKER_00j'ai lu pas mal de récits enfin en tout cas de témoignages de scientifiques surtout de scientifiques qui ont fait des missions en Antarctique de scientifiques français et un point qui revenait systématiquement et du coup tu vas pouvoir me dire si c'est vrai ou pas c'est qu'apparemment on mange extrêmement bien dans les bases françaises en Antarctique est-ce que c'est
SPEAKER_02vrai
UNKNOWN?
SPEAKER_02ah oui c'est vrai nous on avait un cuisinier mais vraiment incroyable il était jeune il était motivé il nous faisait des repas différents tous les jours à chaque fois il y avait la cantine bon moi en fait il y a une petite coutume locale qui nous fait bien rigoler c'est le cochon d'or c'est qui a pris le plus de poids pendant son séjour là-bas et clairement je gagnais haut la main le premier mois et demi avant de redresser la barre et oui en même temps je me suis dit que bon voilà on était là-bas pour se faire plaisir et que je rattraperais après mais ouais ouais non c'était vraiment très bon et puis après je me suis remis dans le sport en fait et je me suis remis à courir sur la glace pour m'entraîner pour la diagonale des fous et donc finalement j'ai pu recompenser un peu ce que j'avais pris dingue
SPEAKER_00ok donc c'est pas c'est pas une légende donc tu disais le départ c'est fait
SPEAKER_02le départ c'était fin octobre et en fait avec le délai les 17 jours je suis arrivée début novembre là-bas sur place et donc les 3 semaines de préparation de l'expé nous on est parti début décembre
SPEAKER_00on est revenu juste avant Noël d'accord ok et donc donc là à ce moment-là t'étais déjà inscrite à la Diagonale des Fous 2020
SPEAKER_02non en fait pour le gag je me suis inscrite là-bas sauf que comme en Antarctique enfin en fait il faut payer sur le site et évidemment je recevais pas le texto de la banque qui me confirmait que j'avais bien reçu que j'étais bien inscrite donc en fait je me suis pré-inscrite mais j'ai dû attendre de rentrer à la réunion pour pouvoir m'inscrire
SPEAKER_00complètement d'accord ok en tout cas t'avais déjà l'objectif à ce moment-là de prendre le départ de la diagonale moins d'un an plus tard
SPEAKER_02et ben j'hésitais beaucoup mais en fait c'est juste la veille du départ en Antarctique que j'ai fait le trail de Bourbon qui fait partie du Grand Red mais c'était 109 kilomètres donc c'était déjà un défi incroyable et à vrai dire quand j'ai pris l'avion j'étais épuisée, j'avais mal partout parce que je venais de finir le trail de Bourbon et donc j'ai un peu réfléchi et c'est vrai que justement c'est à Concordia en Antarctique que j'ai rencontré une femme qui est spécialiste, qui est chercheuse sur les sportiveux de haut niveau et elle m'entendait parler de montrer elle m'a dit c'est sûr que tu ne vas pas t'arrêter là parce que moi je disais à tout le monde c'est fini c'est fini elle m'a dit non mais je t'entends parler c'est sûr que tu ne vas pas t'arrêter là et en fait cette phrase m'a beaucoup touchée et après je me suis inscrite mais je n'étais pas du tout sûre de moi sur la diagonale des fous mais vraiment dans l'idée que je ne serais sans doute jamais aussi bien entraînée que ce que j'étais à ce moment là et donc si je voulais la tenter c'était maintenant que jamais et voilà c'est
SPEAKER_00comme ça que ça s'est
SPEAKER_02fait génial
SPEAKER_00donc à ton retour en fait j'ai tellement de questions mais même je te disais sur l'Antarctique je suis obligé de me limiter à ton retour de l'Antarctique juste avant qu'on enchaîne sur la diagonale ce que tu venais d'expliquer c'est que t'es peut-être pas sûr de repartir tout de suite parce que finalement c'est un grand désert blanc du fait des conditions même tu peux potentiellement avoir l'impression d'être dans une sorte de prison en plein air mais au moment de ton retour est-ce qu'il se passe quelque chose de spécial quand tu redécouvres des couleurs des odeurs et que tu peux enlever les 36 couches de vêtements que tu avais l'habitude de porter à l'extérieur
SPEAKER_02ouais le retour en Australie j'étais vraiment euphorique en fait c'est vrai que sur la fin c'était un petit peu long l'Antarctique et du coup j'étais quand même contente de rentrer je m'étais remis à parler créole dans ma tête à rêver du gingembre aussi pas mal à Réunion, etc. Et donc, j'arrive en Australie et en fait, on vient de faire six jours de mer dans une mer terrible au point que le bateau a été abîmé par une vague scélérate, etc. Il y a eu trois blessés à bord. Et donc là, on remet le pied en Australie et donc, moi, initialement, j'ai le mal de terre. Donc, tout tangue, tout se balance et en fait, ça m'a fait une sensation vraiment entre les retrouvailles avec les couleurs, avec... Il y avait aussi une amie rencontrée au Nigeria qui m'attendait à mon arrivée en Tasmanie et donc, on a retrouvé... avec cet ami, et puis la sensation de liberté retrouvée aussi. C'est vrai que je garde un souvenir vraiment incroyable du retour en Antarctique, du retour en Tasmanie. Et puis pareil, de regarder l'océan et de se dire, là-bas au fond, il y a un truc de ma boule. Il y a une immensité blanche et on ne le devine pas. Et en fait, ça restera dans un coin de ma tête, mais on a vite fait de se dire, mais c'était un rêve tout ça. C'était surréel.
SPEAKER_00trois mois c'est les missions les plus courtes en
SPEAKER_02Antarctique
UNKNOWN?
SPEAKER_02non en fait les missions les plus courtes normalement mon contrat ça aurait dû être un mois et demi il se trouve que c'était un petit changement de cette année c'est un mois et demi il y en a même qui vont pour il y a des scientifiques qui vont même pour 15 jours 3 semaines quand ils ont des manips extrêmement techniques à faire mais sinon c'est vrai qu'il y a beaucoup de scientifiques beaucoup de personnes qui restent
SPEAKER_00pour un an
SPEAKER_02en Antarctique putain un an
SPEAKER_00pour le coup je me sens pas capable surtout que toi tu étais en été moins 40 donc l'hiver c'est encore possible de sortir pour prendre l'air pour marcher un petit peu
SPEAKER_02ça devient vraiment hyper compliqué à Concordia ils sont descendus jusqu'à 96°et puis c'est la nuit continue donc en fait il y a des Ils ont des chaufferettes qu'ils mettent dans les mains, dans les gants.
SPEAKER_00Et puis vraiment, oui, chaque sortie est hyper limitée dans le temps. Moins 96 degrés
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ouais, mais ils continuent de sortir. Mais attends, mais le matériel... Enfin, j'imagine, la source d'énergie, c'est quoi
UNKNOWN?
SPEAKER_00C'est des générateurs
UNKNOWN?
SPEAKER_00C'est... Enfin, des... Comment
SPEAKER_02on appelle ça
UNKNOWN?
SPEAKER_02Ça marche
SPEAKER_00au fioul, ouais. Et ça... D'accord. Et donc, on peut avoir des bâtiments suffisamment isolés pour vivre à l'intérieur quand il fait moins 96 dehors
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ouais,
SPEAKER_02ouais. C'est vraiment les conditions extrêmes. Par exemple, ils ont des motoneiges pour se déplacer là-bas sur la base de Concordia. Les motoneiges ne marchent plus du tout quand il fait cette température-là. Clairement, on arrive au maximum de résistance de tous les matériels. Par exemple, s'il y a un accident grave, s'il y a un malade là-bas, il n'y a absolument aucun moyen d'évacuation possible, ni par le tracteur, ni par l'avion. C'est impossible. En plus, ils ont la nuit continue. Pendant quatre mois, il n'y a plus de soleil. c'est encore bien plus extrême que ce que moi
SPEAKER_00j'ai fait parce que tu peux pas même sans aller jusqu'à moins 96 tu peux respirer de l'air non filtré on va dire jusqu'à quelle température
UNKNOWN?
SPEAKER_02ça devient vite limité parce que moi je dirais que moi même je saignais du nez tous les jours pendant une dizaine de jours un moment tellement l'air était sec et froid après on apprend à protéger chaque millimètre de peau donc en fait on respire ce qui est très désagréable au début mais en fait on respire à travers le les cache-ponts, en fait.
UNKNOWNOh, putain!
SPEAKER_00incroyable ok on va clôturer l'Antarctique parce que sinon on est encore pendant deux heures je pense le trail donc tu avais fait le trail des Bourbons qui est déjà une grosse aventure à plus de 100 kilomètres ça faisait combien de temps que tu t'étais mise au trail et un peu la même question que d'habitude c'est qu'est-ce que tu y as trouvé qu'est-ce qui fait que tu as accroché sur et que tu t'es orientée vers ce type de format long voire
SPEAKER_02très long alors moi je m'étais mis 9 mois avant donc c'était vraiment pas si long que ça avant en fait autant je suis très bonne randonneuse depuis longtemps donc ça je fais des grosses randos avec du gros dénivelé par contre courir jamais je ne courais même pas 10 minutes et en fait je me suis justement inscrite au trail de Bourbon parce qu'on m'a dit c'est la seule course qu'on peut faire sans courir en faisant que de la rando enfin de la marche et finalement c'est un peu faux il faut quand même courir un peu parce presque, pour avoir les points pour pouvoir s'inscrire. Donc, je ne sais pas si c'est un exemple ou pas, parce que vraiment, en général, on conseille quand même de s'entraîner plus longtemps avant d'arriver à des six gros. Maintenant, moi, de fait, ça réussit. Après, j'habite à La Réunion aussi, donc je suis habituée au terrain, je suis habituée au climat, aux dénivelés, qui sont quand même vraiment impressionnants, les dénivelés de La Réunion. Et la deuxième partie
SPEAKER_00de ta question, j'ai oublié. Pardon. Ce qui fait que tu as accroché sur ce type de format qui disait que c'est parce que tu pouvais le faire sans nécessairement courir. En tout cas, c'est ce que tu avais en tête au début. Est-ce qu'il y a autre chose
UNKNOWN?
SPEAKER_02En fait, c'est vrai que je suis très réceptive au côté défi, plus qu'au côté sportif. Je ne pense pas être ultra sportif. Par contre, le côté défi me plaît. Et le fait d'habiter à La Réunion et de voir tous les ans cette ambiance incroyable cette solidarité la réunion vibre par la Diagonale des Fous pendant 4 jours et donc moi il se trouve que je suis plusieurs fois allée voir les finishers à l'arrivée et ça m'a émue plein de fois jusqu'aux larmes et en fait ça faisait plein d'années que je me disais un jour je le ferais et puis là je suis arrivée à 35 ans et je me suis dit au bout d'un moment il faut arrêter de dire un jour et c'est go et ça va être l'année prochaine et donc voilà c'est vraiment comme ça que je me suis inscrite avant d'être vraiment préparée, je me suis inscrite longtemps avant en me donnant un objectif et Et c'est parti quoi.
SPEAKER_00et après l'Antarctique est-ce que tu as enchaîné avec une autre mission en milieu insolite ou une fois de retour à la Réunion tu as pu te consacrer vraiment à ta préparation
SPEAKER_02ouais j'ai vraiment fait en fait là normalement je fais une mission je rentre 6 mois je refais une mission je rentre 6 mois et l'année dernière il se trouve que je venais de finir l'Islande à bord de finir un contrat en Islande sur un bateau de croisière de luxe et ça s'est fait un peu dans la foulée l'Antarctique et je ne pouvais pas refuser mais c'est vrai que le fait d'enchaîner plusieurs missions ne me ressemble pas trop et j'avais besoin de rentrer vraiment à La Réunion donc cette année à l'inverse j'ai compensé je suis restée beaucoup plus à La Réunion que d'habitude donc ça m'allait très bien pour le sport et pour me réancrer un grand coup dans un quotidien normal et pas aussi
SPEAKER_00déconnectée que là-bas oui j'imagine Ta prépa, tu l'as organisée comment
UNKNOWN?
SPEAKER_00J'imagine qu'il y a plein d'avantages en étant à La Réunion. Tu es un peu sur le terrain de jeu idéal pour cette course. Est-ce que tu t'en es servi pendant ta prépa de ça, par ailleurs
UNKNOWN?
SPEAKER_00Tu as fait des repérages, tu connaissais déjà
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui, je connais bien les sentiers dans leur grande majorité. Je ne connaissais pas tout, notamment toute la partie sud. J'habite dans le nord, donc je ne suis pas allée dans le sud m'entraîner spécialement. Par contre, c'est vrai que je ne suis pas en club de trail, contrairement à la majorité des... les trailers de La Réunion qui sont inscrits en club. Je courais un peu en mode toute seule... je pense pas avoir été hyper rigoureuse par exemple je faisais pas tellement de fractionnés j'ai pris 3 ou 4 fois un coach pour des missions un peu ponctuelles et puis par contre ce que je pense qui m'a beaucoup entraîné aussi c'est les week-ends avec les amis à faire des bivouacs donc c'est moi qui portais tout la tente, la nourriture, l'eau et donc j'avais des très gros sacs et finalement je trouvais ça pas mal parce que ça me permettait d'être quand même avec mes amis qui ont pas du tout les mêmes objectifs sportifs tout en ayant l'impression de faire vraiment du sport de faire vraiment de l'intensité et de l'endurance Merci. et puis j'ai fait de la kiné aussi comme j'avais un peu mal aux genoux j'ai fait pas mal de kiné de renforcement musculaire pour les genoux et c'est pareil je pense que tôt ou tard ça m'a beaucoup aidé aussi parce que c'était assez proche de ce que faisait faire le coach et finalement j'ai vraiment pas eu de douleur musculaire du tout de genoux pendant la diagonale des flous donc je
SPEAKER_00remercie mon kiné quand t'as pris le départ tu visais un chrono en particulier ou c'était pas l'objectif l'idée c'était plus de finir en se faisant plaisir
SPEAKER_02non je visais vraiment pas de chrono et alors en plus le truc vraiment incroyable c'est que je découvre 15 jours avant, maintenant ça devient officiel 15 jours avant le départ je découvre que je suis enceinte et donc là c'était un grand bas de combat sans nom ouais alors maintenant que tout ça est derrière j'en souris et ça reste voilà mais sur le coup c'est vrai que c'était vraiment une surprise complètement inattendue d'autant plus que retard de règles je me suis dit c'est le sport tout simplement et en fait non pas du tout et donc j'ai quand même vraiment cherché à avoir l'accord du gynéco du CHU qui a fait de la biblio qui a cherché un peu sur internet les études sur les sports de haut niveau et grossesse et donc c'est lui qui m'a donné le feu vert tout en me disant que voilà si ça allait pas bien sûr je m'arrête et donc moi c'est vrai que c'est vrai que jusqu'au dernier moment j'étais même pas sûre de prendre le départ en fait mais par contre c'était très compliqué de tout le monde me lancer alors t'es prête t'es prête etc et en fait de sentir tel décalage avec les autres à un moment où je ne peux encore rien dire. J'ai plutôt pris le départ en me disant qu'il vaut mieux essayer et s'arrêter plutôt que de ne même pas essayer. Finalement, je suis arrivée à la ligne d'arriver. Moi-même, j'étais la première étonnée de me dire
SPEAKER_00que finalement, c'est
SPEAKER_02possible.
SPEAKER_00Attends, mais du coup, tu en étais à quelle étape dans ta grossesse au moment du départ
UNKNOWN?
SPEAKER_00J'étais au
SPEAKER_02tout début. J'étais à cinq semaines
SPEAKER_00de grossesse.
UNKNOWNC'était vraiment le début. Waouh! Ok!
SPEAKER_00Alors, j'ai eu la
SPEAKER_02chance de n'avoir jamais eu de nausées vomissements parce que sinon, c'était
SPEAKER_00infaisable.
SPEAKER_02Oui, j'allais te demander. Sur le fait de s'alimenter et puis pareil, sur la fatigue, étonnamment, j'ai été vraiment fatiguée après, mais sur le coup, ça allait. Et là où j'étais très embêtée pendant ma diag, c'est sur mon pied gauche. J'ai eu une énorme tendinite du releveur. Et donc, j'ai vraiment, vraiment souffert du pied, mais à aucun moment, j'ai souffert du ventre ou tellement de la fatigue. J'ai même été étonnée du peu que j'ai dormi. Et puis après, c'est c'est vraiment, ici, on dit le tipa tipa. Le tipa tipa nous arrive. C'est vraiment le symbole de, en fait, on va aller au rabiteau d'après, puis on verra. Et puis, celui d'après, on verra. Et puis, finalement, on se retrouve à la moitié. Et puis, finalement, il ne reste plus que 40. Et puis, ah bah ouais.
UNKNOWNOuais.
SPEAKER_00donc tu finis en 60 heures c'est ça si je me trompe pas c'est ça finir à Diagonale des Fous enceinte après une mission en Antarctique ça doit pas être tout à fait commun chez les finishers de cette course tu disais un peu plus tôt que peut-être que finalement toutes ces missions et en particulier l'Antarctique que tu venais de terminer ça t'a très certainement aidé enfin je sais plus si tu disais que ça t'avait aidé ou si tu faisais des parallèles entre ton activité de médecin urgentiste et la pratique du trail mais du coup je te pose la question comment est-ce que tu penses que ton activité de médecin urgentiste en particulier et les contextes très particuliers très spéciaux dans lesquels tu l'exerces comment est-ce que ça t'aide dans l'ultra trail si ça t'aide et voilà et je vais arrêter de faire des doubles et triples questions je vais m'en tenir à ça est-ce que ça
SPEAKER_02m'aide ben c'est vrai qu'en fait je n'ai pas forcément fait tous les parallèles sur le coup mais après coup j'en
SPEAKER_00ai tiré plein de
SPEAKER_02leçons et c'est vrai que
SPEAKER_00le
SPEAKER_02fait de ne pas se projeter d'emblée sur la ligne d'arrivée enfin à la fois, on dit souvent qu'il faut visualiser la ligne d'arrivée. Mais moi, je pense qu'il faut vraiment fractionner en étapes. Et donc, fractionner et voir plutôt le ravito d'après et celui d'après. Et en fait, en médecine, il y a un peu de ça. Certes, on a l'horizon long terme. Maintenant, on va surtout faire cette année-là, la première année, puis on verra. Et la deuxième, et puis voilà. Et en fait, c'est tellement long et tellement compliqué que l'idée de fractionner me... Enfin, moi, j'en ai fait une grande leçon de vie, en fait. De se dire qu'on peut aller très loin, mais vraiment par petites étapes. Sinon, c'est décourageant, tout simplement. Enfin, moi, quand je suis arrivée à Sillaos, pour ceux qui connaissent la Réunion, ça faisait 24 heures que je courais et en fait j'étais même pas à la moitié, j'ai fait 60 kilomètres et là il en reste 100 honnêtement c'est vraiment décourageant et donc en fait faut pas voir le bout, faut voir le bravito d'après ça c'était une des grandes leçons, qu'est-ce qu'il y a d'autre
UNKNOWN?
SPEAKER_02Ah oui la force de l'entourage ça c'était vraiment puissant aussi de se dire est-ce qu'on le fait, est-ce que c'est un sport individuel ou collectif, j'ai entendu ça dans un podcast ça m'a touchée cette phrase parce que c'est vrai que moi je me suis sentie vraiment portée et par les personnes qui accompagnaient qui nous encourageaient même des inconnus et par mon entourage à moi sur mon groupe WhatsApp qui m'a beaucoup aidé aussi voilà mais ça pour le coup moi aussi parler avec la médecine parce que c'est vraiment un travail d'équipe aussi surtout la médecine d'urgence c'est vraiment vraiment un travail d'équipe donc le côté de si le malade survit c'est pas grâce à moi c'est grâce à nous en fait et si on arrive à franchir la ligne d'arrivée c'est pas que moi
SPEAKER_00c'est nous quoi en 60 heures j'imagine qu'il y a eu des des hauts et des bas je serais curieux que tu nous partages un moment bas en particulier et la manière dont t'en es sortie t'évoquais ta cheville mais j'imagine qu'il y a eu d'autres choses
SPEAKER_02ouais le plus gros bas c'était justement si là quand j'arrive donc j'ai fait 60 il en reste 100 on arrive sous la pluie battante mais vraiment battante j'ai une copine qui m'attend qui était trop qui m'a attendu pendant des heures elle était touchante parce que vraiment elle m'a tendu sous la pluie elle arrive Elle m'attend avec son énorme sourire. Elle m'avait préparé de la nourriture. Mais en fait, là, j'ai vraiment failli arrêter. Pas tellement parce que j'en pouvais plus, mais vraiment juste parce que c'est trop long et c'est trop décourageant. Et j'ai aussi appelé mon chéri, le papa du bébé, qui m'a dit quand même, tu ne vas pas arrêter là. Et vraiment, j'en ai tellement surpris. Mais non, ce n'est pas possible. Et puis, pourquoi tu vas arrêter
UNKNOWN?
SPEAKER_02Je lui ai dit, c'est vrai que j'en ai marre. Il me dit, non, ce n'est pas un bon argument. Tu n'es pas blessé. Et en fait, il m'a gardé pendant une heure au téléphone. Et pour le coup, je pense que ça aide quand même vraiment pas mal aussi d'avoir pu marcher en téléphonant, même si on peut se poser la question de à quel moment ça devient un peu de la triche. Mais finalement, la pluie s'est arrêtée et puis vraiment la stratégie du ravito d'après a marché. Et voilà, il y a eu ça. Et qu'est-ce qu'il y avait eu d'autre
UNKNOWN?
SPEAKER_02Un autre moment où je voulais m'arrêter
UNKNOWN?
SPEAKER_02Après mon pied, c'était une souffrance vraiment terrible, mais c'était surtout sur la fin. Donc c'était fou, parce que plus j'arrivais proche de la fin, et plus il y a une espèce de certitude de« je vais y arriver», et plus en même temps il y a ce truc de« là, c'est même plus le mental qui peut plus, c'est le corps qui ne peut plus du tout, du
SPEAKER_01tout
SPEAKER_02». Et en fait, c'était surtout sur la toute dernière descente, les deux dernières heures, et là, oui, je les ai fait en pleurant, en pleurant. Mais pour le coup, c'était là, c'est... Si ça m'était arrivé avant, c'était vraiment pas possible de continuer. C'était vraiment le corps qui ne pouvait plus. Heureusement, c'est arrivé tout à la fin.
SPEAKER_00c'est toujours je trouve ça toujours fascinant les témoignages les récits tu vois d'efforts sur des durées aussi importantes et ce qui me fascine systématiquement c'est j'ai l'impression la capacité du cerveau à oublier ces moments là tu vois j'ai encore rencontré personne qui m'a qui m'a fait un récit d'un ultra trail puisque c'est de ça dont on parle là où il s'est rien passé de très difficile et pour autant qui me le raconte pas avec un énorme sourire aux lèvres tu vois c'est
SPEAKER_02quand même assez fou a posteriori c'est mieux mais même en fait dès qu'on passe la ligne d'arrivée mais c'est vrai que oui il y a des moments vraiment durs mais c'est vrai que ceux qui abandonnent pour le coup je sais pas s'ils en reparlent encore avec autant de sourire parce que ça reste un sujet un peu sensible quand même moi j'ai eu la chance de pouvoir aller jusqu'au bout donc bien sûr avec du recul ça reste des bons souvenirs et puis en fait c'est ce qui fait aussi que c'est aussi incroyable quoi si c'était facile en fait j'avais beaucoup de petites phrases à un peu leitmotiv, et ça, ça en faisait partie. C'est que si c'était une évidence, ça ne serait pas un défi. Si c'était sûr qu'on allait y arriver, ça ne serait pas un défi. Donc, il faut qu'il y ait cette part d'incertitude, sinon, voilà, et si c'est trop facile, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'intérêt, mais ça enlève... Oui, ça enlève de cette substance le principe, en
SPEAKER_00fait. C'est marrant que tu évoques celle-là, parce que systématiquement, je ne sais pas si... Je ne sais pas pourquoi j'ai ça en tête, mais systématiquement, quand j'entends ça, je pense à l'expédition de Shackleton sur l'Antarctique tu vois justement et en fait c'est assez rigolo finalement que ça me fasse évoquer ça parce que j'ai une seule expérience d'ultra enfin j'en ai deux maintenant mais une où vraiment c'était très très long j'ai fait une course qui s'appelle la PTL c'est un peu plus de 300 bornes enfin mon année c'était un peu plus de 300 bornes sur 148 heures donc ça fait 6 jours 26 000 mètres de dénivelé et en fait j'étais un peu terrorisé par cette course et pour relativiser avant d'en prendre le départ j'ai lu le récit d'expédition de Shackleton qui s'appelle comment déjà c'est le récit de
SPEAKER_02l'endurance
SPEAKER_00de l'endurance c'est ça l'odyssée de l'endurance voilà et en fait quand tu lis ce truc l'expédition qu'ils ont fait je crois qu'ils sont partis le premier jour le premier jour officiel De la première guerre mondiale. En tout cas, le jour où le Royaume-Uni est entré en guerre officiellement contre l'Allemagne. Donc, avec les moyens de l'époque, ils n'avaient pas des vestes, cette paire de gants chacun et j'imagine le matériel qu'on doit avoir. Et quand tu lis ce qu'ils ont été capables de faire en dérivant pendant je ne sais plus combien de mois, je ne sais même pas si ce n'est pas plus d'un an, sur la banquise en mangeant des pingouins ou des phoques, tu te dis mais c'est incroyable. que tous soient revenus... Alors, il y en a un, il lui manquait quelques extrémités, mais qu'ils soient tous revenus vivants de cette expédition. C'est
SPEAKER_02vraiment...
SPEAKER_00Pour moi, c'est le plus grand
SPEAKER_02désaventurier de tous les
SPEAKER_00temps. Je suis contente. Je pense qu'il est en bataille. Je ne sais pas si tu avais lu cet article. Si je ne me trompe pas, tu as lu le récit de l'expédition. Il y avait Messner et deux autres himalayistes qui, pour... je ne sais plus quel anniversaire de l'expédition de Shackleton, ça devait être dans les années 2000, ils ont organisé, ils ont retenté la traversée de, tu sais, il y a une île avec une station balénière où Shackleton… Oui, l'île des éléphants. L'île des éléphants, exactement. Et donc, je ne sais pas si tu avais lu cet article, mais ils ont tenté, ces himalayistes chevronnés, ils ont tenté une traversée, la même traversée en fait que Shackleton avec toute l'expérience qu'ils ont de l'Himalaya les cartes de la région là où Shackleton il avait grossièrement le contour de l'île et il savait pas ce qu'il y avait au milieu ils étaient bien nourris ils venaient pas de passer 11 mois à dériver sur la banquise Shackleton et je crois qu'ils étaient 3 en tout 3 ou 4 il me semble qu'ils avaient mis moins de 24 heures pour traverser et arriver à la station balénière et ces gars là les cadors des cadors de l'alpinisme d'aujourd'hui euh ils ont failli abandonner et ils ont mis, je crois, ils ont peiné à mettre moins de 36 heures. C'est quand même, c'est hallucinant quand même. Je retrouverai l'article, je le mettrai en lien de l'épisode s'il y en a qui s'intéressent, mais c'était vraiment bluffant. Shackleton, ils avaient, en guise de pioler, ils avaient une hachette de charpentiers marins. En guise de crampons, ils avaient démonté leur embarcation en retirant les clous pour les planter dans leur semelle complètement dingue c'est incroyable donc effectivement ils ne savaient pas que c'était impossible donc ils l'ont fait je pense systématiquement à cette expédition sacré récit de ta diagonale et assez fou que tu l'aies fait, que tu aies pris le départ en étant enceinte. Je n'ai pas du tout d'exemple de sportives en tête qui font des épreuves d'endurance comme ça en étant enceinte, même si c'était au début de ta grossesse. Est-ce que du coup, quand le médecin s'est renseigné, est-ce qu'il a trouvé des cas
UNKNOWN?
SPEAKER_00des témoignages de femmes qui avaient réussi à faire des épreuves très très longues en étant enceintes
UNKNOWN?
SPEAKER_02En fait, sur des ultras, il y a... Enfin, moi, je n'ai pas trouvé sur Internet. Il a trouvé sur d'autres sports un peu longs. Moi, j'ai aussi contacté la clinique du coureur. Effectivement, je ne crois pas qu'ils ont d'autres clients. En tout cas, là, normalement, je vais avoir un contact un peu plus rapproché avec une des femmes de la clinique du coureur pour lui raconter un peu plus. Nous, ce qu'on avait surtout peur avec le papa, c'était des impacts éventuels sur le bébé. Mais vraiment, ça nous a rassurés. Il il est tellement petit. En plus, à ce stade-là, c'est quasiment plus la poche des os qui se met en place que vraiment le bébé. Donc là-dessus, il nous a vraiment rassuré qu'il ne peut pas y avoir de séquelles neurologiques, etc. Il m'a dit qu'il pouvait y avoir un petit sur-risque de déshydratation pour moi. Mais OK, si je suis déshydratée, je m'arrête et je bois plus. En fait, le tout, c'est de savoir s'arrêter, je
SPEAKER_01pense.
SPEAKER_02Et l'autre chose qui est quand même assez fou, c'est que dans l'histoire, il y a des sportives d'Ordre de l'Est, donc Russie-Ordre de l'Est, par le passé, étaient mises enceintes volontairement. avant des courses et puis finalement elle s'était poussée à faire des IVG juste après alors moi j'ai vraiment du mal à y croire parce que je me dis que c'est un peu pile ou face parce que si on est fatigué ou qu'on vomit on a tout perdu mais a priori donc je disais un peu que j'ai un peu triché parce que finalement j'avais deux cœurs pour pomper au lieu d'un et que finalement j'ai une forme de dopage naturel associé au tout début de grossesse je sais pas je saurais jamais si je l'aurais réussi ou pas sans être enceinte mais
SPEAKER_00c'est vrai que j'avais déjà entendu cette histoire en tout cas dans le milieu du judo euh concernant les sportives au niveau en Europe de l'Est je sais pas à quel point ça fait partie de la légende ou c'est vrai mais j'avais déjà entendu ces histoires
SPEAKER_02mais c'est vrai que le GDK il en revenait pas et il a beau m'avoir donné son feu vert après coup il m'a
SPEAKER_00dit mais
SPEAKER_02vous l'avez fait
UNKNOWN?
SPEAKER_02mais vous l'avez fini
UNKNOWN?
SPEAKER_02mais en combien de temps
UNKNOWN?
SPEAKER_02il en revenait
SPEAKER_00pas quoi et du
SPEAKER_02coup je me suis sentie
SPEAKER_00un peu flattée quand même et en termes de récup ça a donné
SPEAKER_02quoi
UNKNOWN?
SPEAKER_02en récup par contre c'était un peu chaud c'était mon pied qui était vraiment chaud en fait c'était Donc, je finis le dimanche matin. L'après-midi même, je ne marche plus du tout. J'ai un copain qui m'a filé sa trottinette électrique pour pouvoir au moins aller acheter à manger tellement je ne marchais plus du tout. Et le lundi, je ne marchais plus. Et le mardi, je travaillais aux urgences. Donc là, j'avais une garde de 24 heures. Et donc, j'ai un peu tout fait pour demander à ce qu'on me la reprenne parce que vraiment, je ne pouvais pas marcher. Et en fait, malheureusement, on était un peu compliqués au niveau des effectifs. Et donc, je ne pouvais toujours pas marcher. C'est un copain qui m'a emmené aux urgences. J'ai quand même 45 minutes de route pour aller travailler. Et puis après, sur place, j'avais un poste un peu plus cool. Je faisais des hospitalisations courtes. Et donc, j'ai pu le faire en béquille, à bottiller. Et puis, ça allait beaucoup mieux le lendemain après. C'est vrai que c'était un peu limite sur la reprise. Voilà. En fait, c'était tout un débat, même avec mes collègues, c'est est-ce qu'il vaut mieux prendre des jours de récup avant la diag pour être bien, bien, bien reposé le jour J
UNKNOWN?
SPEAKER_02Ce que moi, j'ai privilégié, en fait, de ne plus faire de nuit et de vraiment se reposer à fond avant. Ou est-ce qu'il vaut mieux les prendre après pour récupérer mes résultats
UNKNOWN?
SPEAKER_02qui les a pris après lui il a fait une nuit de garde deux jours avant la diag et pour moi ça me paraissait vraiment rédhibitoire je trouve qu'il faut quand même être vraiment reposé avant d'arriver
SPEAKER_00j'imagine la scène un patient qui arrive aux urgences et qui voit débarquer la médecin en
SPEAKER_02béquille
SPEAKER_00ben vraiment heureusement j'avais un poste un peu plus adapté parce que s'il avait fallu gérer un art cardiaque en béquille c'est que là c'était pas possible incroyable dernière série de questions pour toi on a parlé de l'Antarctique assez en détail moi je serais quand même curieux de savoir s'il y a puisque tu disais que ça a été assez calme d'un point de vue médecine est-ce qu'il y a une expédition une de tes missions en particulier sur laquelle t'as vraiment dû gérer des situations de médecine urgentiste
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui la plus significative c'était au Nigeria où pour le coup on a eu un intubé sur un Covid grave Et là, oui, c'était vraiment compliqué parce que c'était un local où on ne pouvait pas l'évacuer vers la France parce qu'il ne cotisait pas la Sécurité sociale française, bien sûr. Et donc, j'étais toute seule pour le gérer. Normalement, un patient intubé, ce n'est pas l'urgentiste qui gère. Nous, on intube, ensuite, on envoie en réanimation. Et là, il n'y avait pas de réanimateur dans cette ville de 1 million d'habitants. Et donc, il a fallu que ce soit moi qui gère, vraiment avec les moyens de bord et puis avec ce que je pouvais, ce que je savais faire et beaucoup, beaucoup avec l'aide d'un ami et collègues réanimateurs qui étaient à distance donc par exemple je faisais une vidéo du respirateur et des courbes de pression volume parce que ça moi je ne sais pas régler dans la finesse et puis c'est lui qui me disait change ci change ça à distance et honnêtement il était tellement grave qu'on n'y croyait pas trop on pensait vraiment qu'il allait décéder en plus c'était un moment où je crois que le taux de décès des covid intubés c'était 50% même en France quoi donc on n'y croyait pas trop et puis finalement le jour après jour il s'est amélioré amélioré et puis jusqu'au jour où il s'en est sorti pour de bon et c'était vraiment incroyable y compris sur le côté franco-nigérien aussi où on était une équipe un petit peu française et beaucoup nigérienne et donc avec des Nigériens qui étaient vraiment de bonne volonté mais qui n'avaient jamais vu d'intubé en fait et voilà c'était au coup là c'était une des plus grandes histoires médicales pures de de de de médecine ouais Avec les moyens de bord. Par exemple, à un moment, il était carencé en phosphore. On a cherché partout du phosphore dans notre petite clinique et puis dans les pharmacies aux alentours, personne n'avait de phosphore. En France, c'est facile, c'est une perfusion, pof, fin d'histoire. Là, il n'y en avait pas. Et du coup, j'ai regardé sur Internet les aliments riches en phosphore et j'ai trouvé l'œuf. OK, mais c'est un gars qui est dans le coma et qui a juste un tuyau qui part du nez pour aller jusqu'à l'estomac. Donc l'œuf dur, ça ne passe pas. Ça va boucher le tuyau, donc on lui a passé de l'œuf cru. Et puis finalement, ça a remonté le taux de phosphore et je me suis dit c'est du tiramisu sans sucre en fait et de toute façon en fait il vaut mieux essayer de faire plutôt que de ne rien faire et mis bout à bout c'était un peu de la débrouille comme ça je vais pas dire tous les jours parce que là c'était moi aussi quasiment tous les jours et puis finalement le gars
SPEAKER_00s'en est sorti c'est hyper intéressant ce que tu dis sur de toute façon c'était tellement grave qu'il valait mieux tenter quelque chose ça me fait penser alors évidemment ça n'a absolument rien à voir en termes d'échelle enfin de gravité mais enfin quoi que Mais récemment, j'ai repassé mon PSC1. Et en fait, le pompier qui nous faisait la formation, il expliquait que souvent, il constate que des non-professionnels, on va dire des gens lambda qui se forment et qui se retrouvent à cette situation, il faut faire un massage cardiaque. En fait, ils n'osent pas appuyer suffisamment fort parce qu'ils ont peur de faire… Il y a cette espèce de mythe des côtes cassées que pour faire un bon massage cardiaque, il faut casser toutes les côtes. Et il avait l'air de dire qu'il y a pas mal de gens qui… quand les pompiers arrivent, qui disent, j'ai massé, mais je ne sais pas si j'ai massé assez fort. Et en fait, ce que ce pompier-là, apparemment, leur disait systématiquement, c'est, en fait, si vous ne faites rien, la personne, elle y passe. Donc, tant pis. Même si vous faites mal, vous ne pouvez pas faire plus mal que… Oui, exactement. Et au pire, il y a des côtes cassées. Et puis,
SPEAKER_02voilà. Donc, c'est… Oui, c'est clair. Et puis, tous les gens qui nous disent, je ne sais pas faire, ce n'est pas grave. En fait, il vaut mieux faire mal aussi. Le massage cardiaque, c'est vrai que c'est l'emblève du truc où il vaut mieux faire mal que… faire
SPEAKER_00du tout comment tu fais pour terminer sur cette expérience dans ton cursus pour devenir un médecin on vous apprend des gestes mais entre la théorie ou la mise en pratique dans le cadre d'un exercice et la réalité j'imagine qu'en termes de pression ça n'a juste absolument rien à voir donc quand tu te retrouves dans une situation où tu sais que tu n'as pas les outils qu'il te faudrait pour porter secours comment tu fais pour garder la tête froide est-ce que dans cet exemple là que tu citais avec l'intubé est-ce que tu te souviens d'un schéma dans lequel tu t'es mis ou de de phrases qui te revenaient un peu comme sur la diagonale tu vois où tu disais voilà ils savaient pas que c'était impossible donc ils l'ont fait ça se passe comment intellectuellement on va dire quand t'es face à ce genre de situation
SPEAKER_02bah sur des trucs vraiment graves où on connait on suit notre protocole typiquement l'arrêt cardiaque moi c'est vrai que ça me stresse plus du tout parce qu'en fait on connait notre protocole par coeur on l'applique et puis si ça loupe ça loupe en fait de toute façon c'est tellement grave que c'est vrai que là dessus oui j'ai vraiment plus de stress un bébé grave qui n'est pas en arrêt cardiaque là c'est vraiment stressant parce que là ça peut vraiment se dégrader mais finalement celui qui est déjà en arrêt cardiaque sur cet intubé je pense pas que j'ai enfin je me rappelle pas d'avoir été si stressée que ça parce que c'était c'est pareil c'était tellement grave on a le covid avec 50% de mortalité on est au Nigeria mais bien sûr que le gars va mourir quoi et s'il s'en sort incroyable mais spontanément on se dit qu'il va mourir par contre ce qui m'a énormément stressée moi comme mission c'était au Gabon où pour le coup je me suis retrouvée à devoir commander de l'oxygène parce qu'il n'y en avait pas assez et on n'arrivait pas à l'avoir et je commandais des médicaments on n'arrivait pas à les recevoir et là pour le coup j'ai découvert que je devais gérer mon stress comme tout le monde et que j'avais l'impression d'être meilleure que d'autres à gérer mon stress et en fait non c'est un apprentissage enfin là-dessus parce que du coup ça sortait des protocoles que je connaissais de commander de l'oxygène de commander des médocs c'est pas des protocoles que je connais et de se battre et de voir qu'on n'a pas assez d'oxygène bref et donc là il faut prendre... Alors moi, j'ai été éduquée avec ce qu'on appelle le rocher du réel. Donc le rocher du réel, c'est ce qui est vrai. Par exemple, si on est dans la rivière, on a des tourbillons dans tous les sens, on ne connaît pas. Finalement, il y a beaucoup de peurs qui sont déconnectées du réel. Et le rocher du réel, c'est là, maintenant, tout de suite, ok, j'ai peur d'avoir pas assez d'oxygène, mais là, tout de suite, j'ai pas besoin de plus d'oxygène. Et c'était vrai. En fait, je me suis beaucoup stressée là-dessus, alors que finalement, on n'a jamais manqué d'oxygène. Donc j'essaie de rester le plus possible rationnelle. Mais c'est pas si simple. De préserver beaucoup aussi les moments de détente, les trucs qui me font du bien tout le temps. Par exemple, il y a telle musique, je sais que c'est ma musique quand je ne vais pas bien. Il y a les massages, moi j'adore. Quand je suis stressée, c'est go massage. Et voilà, de mettre en place. Après, on a chacun, je pense, notre petit plan d'action pour quand on ne va pas bien. Il faut le connaître pour être prête à dégainer quand il y a besoin. Mais je pense que la gestion du stress, c'est jamais un acquis. Il y a quand même toujours des petites zones, des zones qui ne déstabilisent plus que d'autres. et finalement je ne suis pas sûre d'être vraiment meilleure que d'autres c'est juste que dans ce qui est urgence vitale la médecine je connais, je sais faire mais finalement sur le stress tout venant je suis comme tout le monde
SPEAKER_00Claire, un immense merci pour tout ce que tu as bien voulu partager avec nous sur cet épisode. C'était vraiment fascinant. Je sais qu'il est déjà tard chez toi. Merci beaucoup d'avoir pris autant de temps. Je te dis, si tu veux qu'on se refasse des épisodes spéciaux sur certaines de tes missions, avec grand plaisir. Je pense qu'il y aura largement de quoi faire. Avec grand plaisir, oui. On va en discuter alors. Est-ce que toi, tu aurais un mot de la fin
UNKNOWN?
SPEAKER_00Quelque chose que tu voudrais partager sous peut-être qu'on n'aurait pas forcément eu l'occasion de partager jusqu'à
SPEAKER_02présent et bien s'il y en a qui veulent prolonger un peu la version non audio mais livre il se trouve que j'ai écrit deux livres qui sont sortis en 2022 et 2024 et donc c'est vraiment le mélange de médecine et de voyage de découverte donc il y a Dr Globetrotter le premier et Tour du monde en blouse blanche le
SPEAKER_00deuxième voilà excellent les liens seront les liens sont en description Merci beaucoup pour ça, Claire, une fois de plus. Je te dis à très
SPEAKER_02bientôt. Merci
SPEAKER_00à toi et
SPEAKER_02merci beaucoup pour ton podcast qui nous a voyagé très loin.
UNKNOWNAvec plaisir. Merci, Claire. Au revoir.
SPEAKER_00Merci d'avoir écouté cet épisode exceptionnel avec Claire jusqu'au bout. J'espère que vous l'avez apprécié autant que moi. Je termine cet échange avec des étoiles plein les yeux. Si vous avez apprécié ce témoignage, n'hésitez pas à le partager à un maximum de personnes autour de vous et de manière générale, parlez, défrapez. C'est une excellente manière de remercier toutes celles et ceux qui, comme Claire, viennent témoigner au micro du podcast. Je vous rappelle que si vous souhaitez soutenir financièrement le projet, cette fois-ci, vous pouvez le faire sur tipeee.com slash Un immense merci à toutes celles et ceux qui ont déjà franchi le pas. Merci à toutes et à tous pour votre fidélité. Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Ciao les frappés
UNKNOWN!