Partir en expédition. Ce terme, c'est comme un sortilège. On l'évoque et déjà, on s'évade un peu. On s'imagine dans un bus bondé d'un autre siècle, entouré de gens qui n'ont quasiment rien à offrir, si ce n'est leur générosité et leur rire. On ressent, au plus profond de soi, la puissance de l'orage qui éclate alors que les yeux inquiets de nos compagnons se lèvent vers le ciel, comme pour essayer de percevoir à travers la mince toile de tente, les éclairs qui strient le ciel au loin. On se projette face aux éléments, le soleil brûlant sur la nuque, le vent fouettant un visage sale, les embruns et la pluie finissant de tremper un corps fatigué, chahuté, mais qui tient bon.
Partir en expédition, c'est partir se découvrir un peu plus en choisissant l'inconfort et l'adversité, volontairement, parce que c'est là qu'on se sent le plus vivant. Partir en expédition, c'est accepter le fait qu'il y aura un avant et un après, que nombreux seront celles et ceux qui ne comprendront pas que nous-mêmes n'arriverons pas toujours à expliquer ce qu'on y a vécu. Je suis parti en expédition. En août 2023, j'ai navigué en Norvège sur un drakkar, ces légendaires bateaux vikings qui ont terrorisé l'Europe il y a 1000 ans, et cette expérience m'a marqué, sans doute à jamais. Au gré des épisodes sur les frappés, j'ai rencontré des personnes extraordinaires,
des aventuriers, des athlètes, des femmes voyageuses au long cours, des hommes qui ont connu la guerre. De ces rencontres autour d'un micro naissent parfois des expériences humaines uniques. Voici le récit de l'une d'entre elles. Quand je parle d'expédition sur un bateau viking, généralement ça interpelle. Alors il faut quand même que je vous explique comment tout ça a démarré. En 2020, j'ai créé un podcast, Les Frappés, sur lequel j'interview des femmes et des hommes qui se dépassent. Leurs parcours sont variés, sportifs de tous niveaux, voyageuses, aventuriers professionnels, entrepreneuses ou encore militaires des forces spéciales. En mars 2021, je reçois ce message sur le compte Instagram du podcast.
Salut, on va construire le drakkar le plus rapide du monde à Toulouse. Ça vous intéresse pour un sujet podcast ? Je suis vraiment friand de projets atypiques, donc forcément ce message m'a interpellé. Quelques jours plus tard, on a enregistré un épisode avec Arnaud Huvelin, que vous venez d'entendre, et Thomas De Vino, dans lequel ils m'ont présenté le projet Batar, B-A-T-A-R, ça se prononce Baotar et ça veut dire bateau en islandais. En bref, ils ont créé une association qui fabrique des bateaux vikings, ces fameux drakars, et qui les fait naviguer. Leur objectif complètement dingue pour 2025, construire un drakkar de 28 mètres de long pour traverser l'Atlantique,
depuis Toulouse jusqu'à New York en passant par le Groenland avec une trentaine de membres d'équipage. Du coup, tous les ans ils organisent des expéditions en Europe à bord du FIHR, un bateau plus petit mais qui fait quand même déjà 12 mètres, qu'ils ont construit en 2018. Ces expéditions leur permettent de se familiariser avec la navigation un peu particulière de ces navires, et avec la vie en expédition, que ce soit la logistique, la cartographie, les manœuvres en mer et bien d'autres choses. Comme on avait bien accroché pendant l'échange, en 2021 et en 2022, ils m'avaient proposé de les rejoindre, mais je pouvais pas me libérer à ce moment-là. Finalement, en 2023, à la faveur d'un changement de situation professionnelle, je saisis enfin l'opportunité de rejoindre leur expédition,
dont le but était de naviguer pendant un mois avec le FIHR le long des côtes norvégiennes, depuis les îles Lofoten, jusqu'à la ville de Bergen, 1500 km plus au sud. Me voilà donc en ce dimanche 20 août 2023, en train de boucler mon sac pour prendre le départ le lendemain matin d'un voyage vers la Scandinavie. J'adore voyager. Étymologiquement, voyage vient du latin via, qui veut dire le chemin, la route. Donc voyager, c'est avancer sur un chemin, au sens propre comme au figuré. Et cette idée de mouvement, pour moi, c'est la vie. Le voyage, c'est se sentir vivant en faisant un premier pas vers l'inconnu. C'est fermer la porte de chez soi pour partir découvrir de nouveaux horizons.
Quand on voyage, on casse sa routine, on a les sens en éveil et c'est ce que je trouve particulièrement stimulant. Mon voyage à moi pour rejoindre le départ de l'expédition en Norvège, il a commencé tôt. Trop tôt. J'habite à Aix-en-Provence, du coup j'avais la moitié de l'Europe à traverser pour me rendre à destination. A 4h45 du matin, je saute dans un taxi, puis c'est TGV jusqu'à Paris où le RER m'emmène à l'aéroport. Je retrouve mon premier compagnon d'aventure à ce moment-là. Il s'appelle Beaulieu et c'est l'un des membres historiques de l'association. Je vous le présente un peu plus tard. On embarque pour notre vol jusqu'à Oslo, puis on attrape une connexion intérieure avant finalement d'atterrir sur la petite île de Vigra à l'aéroport de Alessund.
Alors je crois que ça se prononce Eulessund, mais je suis pas sûr. Quand on survole la Norvège, il y a deux choses qui marquent tout de suite visuellement. C'est l'intensité du vert et l'omniprésence du bleu. La Norvège est à la fois le deuxième pays qui compte le plus d'îles au monde, environ 240 000, et l'un des pays où il pleut le plus, donc tout est vert. Vu du ciel, c'est magnifique. Une fois qu'on atterrit, c'est encore mieux parce qu'on vient ajouter un cadre naturel grandiose, ces fameuses maisons en bois si typiques. Vous savez, les murs peints en rouge, l'encadrement des fenêtres blancs, souvent des toits végétalisés. Et là, on y est. C'est la carte postale. Bienvenue en Scandinavie.
Une fois allé Eulessund, le voyage n'est pas encore tout à fait fini pour autant. C'est là que je fais la rencontre de Johan et Rémy. Ils nous récupèrent en voiture pour filer jusqu'au camp de base de l'expédition à deux heures de route de là. Quand je dis deux heures de route, c'est en fait une heure et demie sur la terre ferme et une demi heure de ferry. Dans ce coin de Norvège, on se déplace un peu sur terre et beaucoup sur mer. Enfin, après un voyage de plus de 15 heures, on arrive à Midsund, un village qui se trouve sur l'île de Otloia. Et c'est là qu'on est accueilli par le reste de l'équipe.
Dans les faits, il y a même deux équipes. L'expédition a démarré depuis trois semaines déjà et cette année, un système de rotation a été mis en place. C'est-à-dire que chaque semaine, un équipage frais a débarqué sur le bateau. En dehors d'une poignée de personnes qui ont passé un mois complet en expédition, les gens sont donc restés une semaine, parfois deux. L'avantage de ce format, c'est que ça a permis à plein de bénévoles de l'association BATAR de vivre l'expérience d'une expédition à bord du FIR. Donc, au moment où j'arrive, l'équipe de la semaine 3 s'apprête à laisser la place à l'équipe de la semaine 4, dont je fais partie. Et tout ce petit monde va cohabiter pendant un peu plus de 36 heures.
Moi, à ce moment-là, je ne connais personne à part Thomas. Vous savez, celui que j'ai interviewé en 2021. Arnaud Huvelin, que vous avez entendu un peu plus tôt, il est lui déjà reparti. C'est sûr que c'est toujours un sentiment un peu particulier d'être l'inconnu qui débarque au milieu de personnes, qui viennent de vivre des expériences fortes ensemble, ou qui se côtoient tous les week-ends sur le chantier naval des BATAR au cœur de Toulouse. Mais je pense qu'il y a un trait commun qu'on retrouve quasi systématiquement chez toutes celles et ceux qui se lancent dans ce type d'expérience. C'est la soif de découverte. Les gens sont là parce qu'ils veulent découvrir de nouvelles choses.
Des paysages, des mœurs, des plats, la navigation sur un drakar, et évidemment, des gens. Et ça, c'est génial parce que quand vous arrivez en tant qu'inconnu, il y a un vrai élan vers l'autre. Même moi qui suis plutôt introverti, au bout d'une heure, je me retrouve en pleine conversation avec d'autres membres d'équipage. Et très vite, j'ai le sentiment d'être entouré de potes.
On lance le bras zéro. Ça discute vert à la main sous un ciel de fin de journée rouge, orange, violet. C'est grandiose. Seul inconvénient que toutes celles et ceux qui se sont déjà rendus en Scandinavie en période estivale connaissent bien, les midges et les moustiques. Il y en a des centaines autour de nous qui s'insinuent partout et qui sont à l'affût du moindre centimètre carré de peau à l'air libre. Heureusement, dès que le soleil est complètement couché, ils disparaissent. Quand on mange, enfin, c'est à la lumière des projecteurs et des frontales. Il est plus de 23h. Et je me souviens que ce détachement par rapport au temps m'a marqué. Une expédition, sa vie à son propre rythme.
On s'affranchit en fait des contraintes horaires. On se lève quand il faut se lever, on mange quand on peut et on se couche une fois que tout est terminé. J'ai vraiment du mal à garder les yeux ouverts quand Thomas prend la parole. Il détaille le programme du lendemain, exploration des environs le matin, ravitaillement et chargement du bateau l'après-midi. Il confie quelques missions dont la mienne, organiser une rando pour l'activité du matin. Initialement, je pensais qu'on prendrait la mer dès le lendemain de mon arrivée. Mais en fait, chacune de ces rotations d'équipage a été l'occasion de refaire le plein de vivres, de réparer du matériel endommagé,
de profiter d'un vrai matelas pour dormir correctement ou encore tout simplement de laver son linge. Donc demain, c'est préparatif et repos. Enfin, repos actif puisque je vais emmener l'équipe faire l'ascension de l'un des sommets de l'île. Et puisqu'on parle de repos, c'est l'heure de l'extinction des feux. Il n'y a pas assez de lits pour cette première nuit dans le chalet qu'ils ont loué. On est donc quelques-uns à dormir par terre, mais honnêtement, je suis tellement fatigué que ça ne me pose aucun problème. Allez, à demain.
La nuit m'a fait le plus grand bien. Au réveil, il pleut comme c'est le cas plusieurs fois par jour en Norvège. Ça finit par s'arrêter suffisamment longtemps pour qu'on prenne le petit déjeuner dehors. C'est l'occasion pour moi d'échanger avec les derniers membres d'équipage de la semaine 4 que je n'avais pas encore rencontré la veille. Alors justement, voici les 9 personnes avec qui je vais naviguer. Xavier. Plus d'1m90, la voix grave, il aime la musique. Tout au long de l'expédition, il va nous régaler avec ses playlists. Rémy. Look de viking avec sa barbe et ses cheveux longs. Il est là pour apprendre et ça se ressent dans son attitude. Au sein de l'équipage, il fait plutôt partie de la catégorie des forces tranquilles.
Alex. Lui, c'est tout l'inverse. Chargé de la communication des bâtards, il est doté d'une énergie débordante. Absolument infatigable, ses talents de vidéaste et photographe n'en dégale que son humour noir et tranchant. Anne-Laure. C'est la cadette de l'expédition du haut de ses 23 ans. Mais attention, ne vous y trompez pas, elle ne se laisse pas marcher dessus, loin de là. Passionnée de voile, c'est l'une des plus expérimentées à bord. Johanne. Deuxième femme de l'équipage, architecte de formation, elle veut faire de la voile son métier. Elle est patiente, pédagogue et généreuse dans le partage de ses connaissances du milieu maritime. Arnaud. Crâne rasé, boucle d'oreille, il a déjà participé à des expéditions bâtards.
Ne vous laissez pas berner par ses airs de flibussier, il est doctorant en sciences économiques et enseigne dans plusieurs institutions de renom. Arnold, c'est l'homme au grand cœur et au rire facile, qui va nous concocter des plats de folie à partir de rien. Beaulieu, un barbu de plus, membre historique des bâtards, il est diplômé de polytechnique et va nous apporter la touche poétique et philosophique qui manque bien souvent dans ce genre d'aventure. Arnaud, le deuxième, alias Bracco, membre fondateur des bâtards, il est ingénieur et docteur en sciences informatiques. Lui, c'est l'incarnation du calme dans la tempête. Je l'ai vu barrer le fire de nuit avec zéro visibilité au milieu de rochers afflorent, sans sourciller.
Thomas, enfin, un homme à la passion contagieuse que rien n'arrête. Il est le président de l'association et c'est le capitaine du fire. C'est lui que j'avais interviewé en 2021 et depuis, c'est devenu un copain. Xavier, Rémy, Alex, Anne-Laure, Johan, Arnold, Beaulieu, Bracco et Thomas, voici les femmes et les hommes qui composent l'équipage de la dernière section de l'expédition 2023 des bâtards. Moyenne d'âge, à peine 30 ans, trait de caractère commun, la soif d'aventure. Une fois le petit déjeuner avalé, on se lance sur l'itinéraire de randonnée que j'ai préparé la veille au soir. La géographie dans ce coin, la Norvège, c'est assez particulier. En fait, la plupart des îles ont un relief montagneux, certes avec des altitudes qui dépassent rarement les 700 à 800 mètres, mais en réalité, ces montagnes ont des parois très raides, parfois complètement verticales et qui démarrent souvent au niveau de la mer.
Donc pour accéder à un petit sommet et profiter d'une vue exceptionnelle sur des fjords tous plus beaux les uns que les autres, ça se mérite. Et en l'occurrence, sur cette randonnée jusqu'au Trollestein, qui culmine à 624 mètres, eh bien on s'est pris autant de dénivelé sur à peine 2 kilomètres. Sa grimpe est très sec et fort. Forcément, le groupe s'est étiré, surtout que certains, ils se reconnaîtront, sont partis comme des fusées pour finalement caler rapidement. On arrive à une bifurcation avec le groupe de tête et on décide d'y attendre les autres. Et là, on fait une rencontre qui aurait pu vraiment mal tourner. Lové au soleil, presque invisible jusqu'à ce que l'un d'entre nous pose quasiment le pied dessus, on tombe sur un énorme serpent.
Dans mes souvenirs, il fait bien entre 60 et 80 cm. Il est grillé noir, franchement impressionnant. Je suis très surpris, c'est pas du tout le genre d'animal que je m'attendais à croiser en Norvège, dans un environnement aussi humide et maritime. Et là, au lieu de faire la seule chose à faire face à un animal sauvage, c'est-à-dire de le laisser en paix, eh bien l'énergie parfois un peu enfantine du groupe fait qu'on s'y intéresse. Et même d'un peu trop près. Olivier, qui fait partie de l'équipage de la semaine 3 et qui est médecin, s'en approche. Immédiatement, deux commentaires fusent. Le mien déjà, en voyant le serpent, je suis persuadé que c'est une couleuvre.
Donc à l'inverse des vipères a priori plutôt inoffensifs. Ce qui me convainc, c'est sa taille. Il est vraiment énorme. Et parce que de là où je suis, je crois voir des pupilles rondes, qui est une caractéristique des couleuvres. Donc j'annonce, c'est une couleuvre. Et quasiment tout de suite après, on entend Arnold qui crie, vas-y, vas-y, attrape-le. Il en fallait pas plus pour Olivier. Il se rapproche encore plus. Mais ce qui aurait dû nous mettre la puce à l'oreille immédiatement, c'est que le serpent se met à siffler. Et une couleuvre, ça ne siffle pas. Il envoie la main vers la tête du serpent. Évidemment, le serpent est bien plus rapide et Olivier a ce qu'il mérite. En réalité, est-ce qu'on méritait tous pour avoir dérangé cet animal ?
Mais il se trouve que c'est lui qui a pris. Il se fait mordre. Là, gros coup de stress, on comprend tout de suite que c'était pas une couleuvre. Première réaction d'Olivier, à ne jamais faire si vous vous faites mordre par un serpent, il suce sa plaie. En fait, le venin se transmet encore plus rapidement par les muqueuses. Donc en en aspirant un peu par la bouche, on s'empoisonne encore plus vite. On sort en téléphone et on fait quelques recherches sur internet. Ça ne semble pas trop alarmant pour autant et le premier conseil, c'est de consulter un médecin. Ça tombe bien, le médecin c'est lui. Il a la main qui enfle la vue d'œil, une sensation de pulsation mais pas plus.
Donc on décide de poursuivre la randonnée. Au final, plus de peur que de mal, c'est quand même remonter dans l'avant-bras et la douleur s'est installée et a duré je crois plus de 24 heures. Moralité de l'histoire, qu'on connaissait tous, mais c'était un bon rappel. Si vous voyez un serpent dans la nature, laissez-le tranquille. Après cette rencontre inattendue, on arrive au sommet. Et là, quelle vue ! Le paysage était inondé de soleil, la mer parfaitement calme d'un bleu profond magnifique, avec cette végétation rase mais luxuriante, et quelques nuages accrochés ici et là sur les sommets environnants. Ça donnait à l'ensemble des aires de bout du monde, de terres inexplorées.
On aurait vu débarquer une flotte de bateaux vikings au son des tambours que ça ne nous aurait pas surpris. C'est vraiment quand on commence à préparer le contenu des caisses de vivres et de matériel une fois de retour au camp, que j'ai le sentiment que les choses sérieuses commencent. Un groupe de 10 personnes qui passent leur journée dehors et leur nuit sous tente, ça embrûle des calories. Donc il faut anticiper et faire les stocks de nourriture en conséquence. D'autant plus que la place est limitée sur le bateau puisqu'il n'y a pas de cale ou de coffre de rangement comme sur des voiliers modernes. Pas de moyen de garder quoi que ce soit offrait non plus, ce qui veut dire que le chauffeur est limité sur le bateau,
ce qui veut dire que le choix des aliments doit être judicieux. La nourriture est répartie dans des caisses étanches par repas. Petit déjeuner, déjeuner, dîner, caisse générale pour les extras. En tout, il y en a quasiment une dizaine qui sont rangées au fond du bateau et qui vont constituer une sorte de plancher entre les bancs. Les repas, c'est vraiment le sujet critique de toute expédition. Qu'est-ce qu'on va manger, quand et en quelle quantité ? Avec Arnold, Beaulieu et Bracco, on se penche sur la question et on établit une liste de plats à la fois variés et simples à cuisiner, avant de filer acheter tout ce qu'il nous faut pour une semaine. Les quantités sont gargantuesques. 2 kg de champignons, 2 kg de granola, 3 litres d'huile d'olive, 4 pots de Nutella, 5 kg de riz, 10 paquets de chips, 15 sachets de pain de mie,
20 concombres, 25 avocats, 30 oignons, 40 bananes, 45 tomates, 50 pommes, 400 snacks et biscuits sucrés. Coût total de l'opération, attention on est en Norvège, 1000 euros. Ça calme. L'étape suivante, c'est de nettoyer toutes les caisses étanches avant d'y répartir la nourriture qu'on vient d'acheter. Il faut que tout rentre, donc c'est un vrai jeu de Tetris. Et une fois seulement que le dernier couvercle est fermé, alors là on peut s'occuper de nos affaires personnelles. Chaque membre d'équipage a droit à un sac étanche de 40 litres pour toute la semaine. Et ça inclut les affaires de ville pour le retour en France, le duvet et le matelas gonflable pour la nuit.
En gros, on va tous voyager léger. En début de soirée, je me porte volontaire pour faire un premier trajet jusqu'au bateau et commencer à charger du matériel. Le fir est amarré dans un tout petit port à quelques centaines de mètres. Et c'est la première fois que je le vois sur l'eau et préparé pour une expédition. Alors il faut savoir que les vikings utilisaient leur bateau pour remonter des fleuves à la rame, tout comme pour naviguer en haute mer. Pour ça, il fallait que les drakars soient légers, robustes, maniables et rapides. Un drakars, c'est donc un bateau avec un très faible tirant d'eau, c'est à dire que la coque s'enfonce très peu dans l'eau.
45 cm dans le cas du fir. Ensuite, c'est juste une coque sans pont. Il n'y a pas de cabine, il n'y a pas de cale, il n'y a pas de coffre de rangement. On est complètement exposé aux éléments. Enfin, c'est un bateau qui a une ligne de flottaison assez basse. C'est à dire que le haut de la coque dépasse très peu de l'eau, ce qui permet l'utilisation des rames en plus de la voile. Même si j'ai déjà navigué sur des voiliers, la première chose que je me dis quand je le vois, c'est que ce n'est pas grand pour 10 personnes et qu'on va être vachement exposé en cas de mauvais temps et de grosse mer. On charge quelques caisses et du matériel, puis on rentre avant la pluie pour le briefing du capitaine.
Ça y est, demain, on part en expédition. Ici, cette zone-là, c'est ce que j'appelle la transition entre la diagonale et le sud de la Norvège. C'est une zone qui peut être assez costaude avec beaucoup de vent, puisqu'il y a la rencontre entre tout le vent qui remonte et le vent, ou les anticyclones, ou les trucs qui tournent autour de cette zone-là. Donc, on peut avoir des très grosses vagues. Il y a une foule météo favorable pour passer. Après, on peut toujours passer un peu à protéger l'intérieur. Et l'autre élément marquant du parcours, c'est ce fjord celui-ci, qui s'appelle Sonfjord. C'est le plus grand fjord de Norvège. Et c'est dans ce fjord qu'a été construit le skid de l'F6, qui est la réplique, enfin l'original, pardon,
qui est exposé à Roskid et qui est le bateau qu'on a copié. Donc, il a été construit ici, puis il était au Danemark et il a été coulé en 1036. Donc, on ne va pas s'amuser à remonter le fjord parce que c'est méga long et qu'il n'y a pas de vent, mais on va passer devant le lieu de l'origine du fir. Donc ça, c'est assez chouette. Demain, en gros, il n'y a pas trop de vent le matin et à partir de midi, on a du vent du sud, un peu orienté, qui est un peu travers. Donc, en gros, on va pouvoir faire ça toute cette zone-là à la voile. Au niveau des forces de vent, c'est plus fort que la semaine dernière. Ce n'est pas aussi fort que quand on a tout cassé, mais ça devrait être cool.
Demain, on a Paris à midi pour descendre le plus possible. Et en fonction du vent et de ce qu'on peut faire, on verra où on peut avancer. On y est. Enfin. C'est l'heure du départ. On a tous la même tenue et franchement, on a fière allure. Bottes, veste et pantalons bleu marine étanches, capuches à visière jaune fluo, le tout floqué de l'emblème des bâtards, une tête de viking barbu. Le matériel et les vivres sont chargés et on a fait le plein d'eau potable. On se regroupe sur le ponton pour un dernier briefing du capitaine avant l'embarquement. On reçoit des informations de dernière minute sur l'itinéraire. On nous rappelle les consignes de sécurité, notamment concernant les mécanismes automatiques des gilets de sauvetage
et les tâches pour la sortie du port sont attribuées. J'observe ces neuf visages autour de moi, il n'y a que des regards concentrés. Ça a beau être une bande de potes qui s'éclatent à naviguer ensemble, personne ne prend les choses à la légère pour autant. On s'apprête quand même à prendre le large sur un bateau ouvert, complètement exposé aux éléments, avec une voile carrée et quatre paires de rames pour avancer et comme seule concession à la modernité et à la sécurité, un petit moteur électrique. L'équipage commence à embarquer, les ordres fusent et au moment où mon pied quitte la terre ferme, le ciel se déchaîne.
il n'a pas conçu des nauseonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsons
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