Maxime Est-ce que c'est passé ? À ce moment-là, je vois le gouvernail qui transperce complètement le pont. Il a fallu abandonner le navire parce que le bateau était vraiment couché sur des rochers. Cela devenait dangereux pour l'équipage. Il s'est fait évacuer par la garde côtière canadienne. Est-ce que c'est passé ?
Loïc Bonjour Maxime, bienvenue sur le podcast Les Frappés. Très très heureux de t'accueillir aujourd'hui pour plusieurs raisons. La première c'est que tu es notre tout premier invité. La seconde c'est que c'est toujours agréable de reprendre contact avec quelqu'un qu'on n'a pas vu depuis un moment puisqu'on s'était croisé en Amérique du Sud et puis c'est là qu'on s'était rendu compte qu'en fait on avait vécu et travaillé dans la même ville, quasiment dans le même quartier pendant quelques mois à Montréal. Et enfin parce que tu as un parcours que je trouve hyper inspirant, tu nous en parleras évidemment plus en détail mais tu es devenu marin adepte de la course au large au Canada et puis tu as une activité professionnelle liée à tout ça. Donc tu as vu et touché du doigt ce que le dépassement, la résilience et la détermination veulent dire en rapport avec le sport. Donc encore une fois, bienvenue à toi.
Maxime Bonjour Loïc et merci pour l'invitation, bien content d'être le premier invité de ta série de podcast avec Les Frappés. Et comme tu le dis, bien content de te retrouver après pratiquement 7 ans depuis qu'on était assis l'un à côté de l'autre en cours à Lima.
Loïc Alors depuis, on peut peut-être commencer par là, qu'est-ce qui s'est passé depuis ? Est-ce que tu peux te présenter, nous expliquer ce que tu as fait ces dernières années ?
Maxime Absolument, écoute, donc pour ceux qui ne me connaissent pas, mon nom est Maxime Grimard, 31 ans, au Canada actuellement. Et donc toi et moi, on s'est connus à l'époque au Pérou, donc à Lima, où je suivais une formation qu'on appelle un MBA. Je venais de terminer mon cursus scolaire en France avec une maîtrise en vente et commerce international. Je venais faire une deuxième maîtrise au Pérou. On s'est rencontrés donc à l'université et quelques mois après avoir terminé ce parcours au Pérou, j'ai eu l'opportunité de déménager au Canada pour aller m'installer et intégrer une entreprise de conseil en développement organisationnel qui s'appelle Esprit de corps. Et 2014, l'année où j'ai démarré, a été aussi l'année où je me suis mis à faire de la course au large plus sérieusement. Et tout ça est intimement layé. J'ai bien hâte de pouvoir en discuter avec toi aujourd'hui au niveau de ce podcast.
Loïc Donc tu es devenu un marin, un vrai marin en course au large.
Maxime Oui, je n'irais pas non plus jusqu'à me positionner comme un skipper professionnel par rapport à tous ces grands skippers et athlètes qui aujourd'hui exercent dans le monde de la course au large. Par contre, un marin, oui, un marin avec pas mal de compétences et de connaissances que j'ai pu développer dans les dernières années. Je pense qu'en l'espace de 6 ans, j'ai dû faire pratiquement 35 000 nautiques. Ça représente pratiquement le tour de la Terre en navigation. Mais aujourd'hui, j'ai toujours à cœur de continuer à me développer de ce côté-là. Je me situe un peu entre l'amateur confirmé et le professionnel. Je continue de me développer là-dessus.
Loïc Qu'est-ce que tu peux nous dire sur ton arrivée dans l'univers de la course au large ? Comment est-ce que ça s'est passé ?
Maxime Je te dirais que ça s'est fait un peu par hasard. Pour te remettre un peu les choses en perspective, fin 2013, je rentre en France. Je passe quelques mois à chercher du travail finalement. Tu sors de l'école, tu as tes diplômes, c'est bien beau, tu les accroches sur le mur. Ensuite, tu crées un CV et tu cherches du boulot. Pour une raison que j'ignore, ça a été une période aussi un peu de remise en question. C'est une période où j'ai rencontré aussi beaucoup de mes anciens camarades avec qui j'ai fait ma première maîtrise à Lille. On s'était retrouvés dans des soirées à Paris. On est allés prendre des bières. Je trouve que le climat un peu social à l'époque ne m'incitait pas vraiment à prendre un parcours classique. Je parlais avec des amis qui étaient acheteurs pour telle société manufacturière ou qui travaillaient au service compta de telle autre société. Dans tout ce qu'eux me racontaient, dans tout ce qu'eux avaient l'air de faire de leur journée ou des gens avec qui ils avaient l'air de travailler, je n'avais pas l'impression que je parlais vraiment à des gens qui étaient épanouis et qui répondaient vraiment au pourquoi de leur existence. Et ça, ça m'a toujours un peu marqué, un peu frustré aussi. Et ça m'a vraiment incité à passer plus de temps, à chercher des offres d'emploi et des organisations avec lesquelles je me sentais en cohérence finalement avec mes valeurs, avec mon projet. Je n'étais pas juste dans une situation où je devais travailler, où je voulais travailler à tout prix et avoir un boulot. Je voulais avant tout avoir un projet qui me permette de me développer, de m'épanouir. Et il s'est retrouvé que, toi et moi, on s'est rendu compte qu'on avait travaillé et étudié aussi à Montréal en 2012. Et j'avais gardé contact finalement avec l'entreprise, l'employeur qui était le mien en 2012 à Montréal. Et début 2014, on s'est retrouvés ensemble à Amsterdam. Un peu par hasard, lui arrivait à Amsterdam pour acheter un voilier. Il m'avait demandé éventuellement de le rejoindre là-bas. On avait passé une semaine ensemble à bricoler son voilier, à visiter un peu la ville. C'était bien sympathique. Et il m'a fait une proposition de revenir travailler pour lui à Montréal, mais en développement des affaires, avec l'objectif d'ouvrir éventuellement une antenne de son entreprise sur le marché américain, donc à New York. Et de fil en aiguille, en acceptant cette proposition qui était tout à fait cohérente avec ce que je voulais...
Loïc Pardon Max, mais peut-être sur ce point, est-ce que tu peux nous dire ce que fait l'entreprise ? Parce que moi, c'est ça qui m'avait motivé à reprendre contact avec toi. Entre autres, c'est que les sujets, les thématiques de cette entreprise sont en fait... Enfin, il y a un lien direct et assez fort avec l'univers du sport, notamment de la voile, parce que je crois que c'est pour ça qu'il a jeté le bateau à cette époque. Donc, en quoi est-ce que cette entreprise, du coup, était alignée avec tes valeurs ?
Maxime Écoute, au niveau de l'alignement des valeurs, Esprit de corps, ce qu'Esprit de corps fait et faisait, c'est qu'Esprit de corps est une entreprise de conseil en développement organisationnel. Tout simplement, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est qu'on accompagne des équipes corporatives et des organisations dans des programmes, qu'ils soient courts ou longs, pour développer des liens au sein de leurs équipes de travail, mais des liens puissants, des liens forts, qui sont souvent creusés et forgés dans l'effort et dans le dépassement de soi. On ne parle pas ici de la simple activité de team building, où tu fais une après-midi de djembé ou un atelier culinaire, et c'est cool, tu as eu du fun avec tes collègues, puis au bout de deux jours, les effets s'estompent. On parle vraiment de programmes qui vont demander du changement, qui vont demander à chacun de se reprendre un peu en main, d'avoir de saines habitudes, de sains procédés de communication et de collaboration. Et on a été amené tout simplement à faire des défis assez grandioses. On a amené des équipes de travail à traverser le Canada à vélo, on a poussé des gens sur la montagne dans des conditions extrêmes, comme au Mont Washington, dans des vents à 140 km heure, ou à moins 35, moins 40. Puis dans ces contextes-là, tu te rends compte vraiment du lien qui t'unit avec tes collègues. Est-ce que c'est un simple lien de travail où on s'apprécie bien, ou est-ce qu'au contraire, c'est un lien où on est capable de se faire confiance, et que peu importe le challenge qu'on va devoir affronter tous ensemble, on est capable d'y faire face et d'y faire face en équipe. Et à la fin de cette grande aventure, est-ce qu'on est capable de se regarder dans le blanc des yeux et de se serrer la main parce qu'on a eu du fun et qu'on a eu du plaisir à faire ce qu'on faisait, ou est-ce qu'au contraire, on est lessivé des comportements des uns et des autres, on n'a plus le goût de travailler ensemble. C'est ça finalement qu'on a fait dans les dernières années, et c'est ça qui moi aujourd'hui, à l'époque en tout cas, venait vraiment me chercher quand on m'a proposé de revenir travailler pour cette entreprise-là. C'était de faire quelque chose d'assez extraordinaire, ça répondait également aux valeurs qui sont les miennes en tant qu'ancien sportif. Je fais beaucoup de basketball dans ma vie, et le fait de retrouver finalement une entreprise dans laquelle on est capable d'utiliser tous ces principes fondamentaux du sport co, les appliquer ensuite en entreprise, ça venait vraiment me chercher, j'avais envie de développer ça. Ça fait rêver, du sérieux team building. Absolument, ça amène ton team building à un autre niveau.
Loïc Oui, j'imagine. On en parlera plus en détail, ça fait partie des questions que je voudrais vraiment te poser sur les apprentissages de toute cette période où tu as contribué au développement d'esprit de corps. Mais avant ça, si on revient en arrière à cette expérience qui s'est déclenchée un peu par hasard avec cette transatlantique, qu'est-ce que ça a déclenché chez toi ? Qu'est-ce qui s'est passé après cette transatlantique ?
Maxime À partir du moment où Gilles me fait une proposition, Gilles qui est le patron d'esprit de corps, où il me fait une proposition de revenir travailler, je me mets à chercher un visa de travail pour venir au Canada et entre le temps où je démarre maintenant et le temps où elle est validée, il se trouve que ça coïncide avec le moment où il faut ramener ce fameux voilier de Amsterdam jusqu'au Canada. Puis là, on parle d'un voilier de courte. Ce n'est pas ton bateau régulier de plaisance de 14 mètres. Là, on parle d'une bête qui a été faite à la fin des années 90, qui était le fleuron de la flotte hollandaise. Un bateau de 20 mètres tout en Kevlar qui a fait le tour du monde, qui a été conçu pour être manœuvré par une douzaine de professionnels et poussé vraiment dans des sacrées limites. C'est un bateau qui s'amuse sur l'océan au-dessus de 10 nœuds avec lequel tu es capable d'atteindre des sacrés pointes de vitesse. Et écoute, moi, je me retrouve au mois de mai à rejoindre l'équipage à Amsterdam et on part pour un Amsterdam-Diep, Diep-Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Pierre-et-Miquelon-Ville de Québec. Et sur cette traversée, avec tout ce qui peut se passer sur une traversée de l'océan Atlantique, puis je pourrais t'en parler pendant des heures, parce que c'est un monde absolument incroyable et dont des fois, on ne soupçonne absolument pas l'existence, pendant cette traversée, je me retrouve finalement à me projeter sur le passé et sur la personne que je voulais être quand j'étais enfant. Et moi, à 5-6 ans, même si je suis originaire du nord de la France, à 5-6 ans, je voulais devenir navigateur, je voulais devenir Christophe Colomb avec toute la candeur d'un enfant de cet âge-là. Je pense que c'est lié notamment au fait que mon grand-père me montrait beaucoup d'ouvrages et de livres dans lesquels il y avait des bateaux magnifiques, des grands trois-mains. Il me parlait souvent de personnes comme Eric Tabarly ou Loïc Perron comme des héros, des grands sportifs, des gens avec des fortes valeurs. Ça m'avait toujours fasciné, intrigué. Quand j'étais enfant, je faisais beaucoup de stages de voile aussi en Bretagne, mais je vivais dans le nord de la France et j'ai vécu aussi un temps en Champagne-Ardenne. Ce n'est pas du tout des endroits où on navigue énormément. Donc les hasards de la vie ont fait que j'ai mis cet intérêt pour la voile vraiment de côté pendant l'adolescence. Je me suis concentré sur le basketball et en revenant finalement sur un bateau en 2014, ça m'a rappelé qui j'avais envie d'être. Et à ce moment-là, ce que je dis toujours, c'est que j'ai eu mon moment auberge espagnole. Si tu te rappelles un peu le film de Cédric Lapiche, le personnage qui est interprété par Romain Duris, se revoit étant enfant, où il disait « Moi plus tard, je vais écrire des livres. Moi plus tard, je vais être navigateur. » Donc à ce moment-là, je me rendais compte que j'étais vraiment en cohérence avec la personne que je voulais être étant enfant et faire de la voile, c'est quelque chose qui me rendait heureux. Donc à partir de ce moment-là, je savais que je voulais intégrer la voile dans ma vie personnelle déjà pour démarrer. Et si en plus, je pouvais l'intégrer de manière professionnelle, j'allais être tout à fait gagnant et j'allais pouvoir m'épanouir. Et le hasard des discussions, le hasard des projets, le hasard des rencontres dans les mois qui ont suivi mon arrivée à Montréal, ont fait qu'on a créé ensemble avec Gilles et un troisième partenaire à l'époque qui s'appelle Georges Leblanc, qui est un skipper professionnel qui a fait sa carrière au Canada, qui a fait des routes du Rhum notamment. On a créé cet organisme à but non lucratif qui est l'équipe de Voile Atlas et qui m'a permis de me développer dans mes compétences de marin, dans mes aptitudes de skipper et de vivre des sacrées aventures sur l'océan et dans des Réganes dans les dernières années. Alors, c'est là où ça devient
Loïc très intéressant, en tout cas à mes yeux. Merci de nous partager cette première expérience de ta toute première transatlantique, on est d'accord ?
Maxime Écoute, de ma toute première et pour l'instant, de ma seule transatlantique, même si on a fait une tentative en 2018 et puis on pourra éventuellement en parler aussi dans quelques minutes dans certains projets qui eux n'ont pas abouti. Ça reste à date ma seule transatlantique et c'est aujourd'hui, je pense, un des événements qui a vraiment impacté et transformé ma vie.
Loïc Oui, parce qu'après celle-là, tu dis que ça a été en quelque sorte un moment de prise de conscience où tu t'es dit c'est l'univers avec lequel je veux avoir peut-être plus d'interactions ou même m'investir plus et c'est là où je trouve ce qui moi m'intéresse beaucoup, c'est que tu as d'une part été impliqué avec Esprit de Corps, à travers Esprit de Corps sur tous les sujets du déplacement de soi à travers le sport puisque tu as accompagné des clients, des entreprises qui souhaitaient offrir cette expérience à leurs employés. Mais en parallèle, quand tu viens de le dire, en fait, tu as créé ce qui aujourd'hui est devenu la deuxième plus grosse association de course au large du Canada, c'est bien ça ?
Maxime Alors, je te dirais même aujourd'hui, je pense que Atlas est la plus grosse structure de course au large au Canada et certainement, oui, peut-être la deuxième plus grosse structure de voile après Voile Canada et toute l'équipe olympique de voileux qui est derrière ça. Je ne connais pas d'autres organismes qui aujourd'hui peuvent rassembler autant de membres et de personnes sur des projets de navigation.
Loïc Génial. Oui, donc on peut clairement dire que la course au large, en termes d'alignement et d'importance dans ta vie, tu as réussi à prendre le tournant après cette transatlantique.
Maxime Écoute, je pense qu'on a pris en effet un certain tournant avec l'organisation et avec les personnes qui constituaient les premiers projets de voile qui étaient les nôtres. Puis pour mettre un peu les choses en perspective, à l'origine, si Esprit de Corps investissait dans des voiliers, c'était notamment grâce à une idée de Gilles qui a toujours été quand même très visionnaire dans ces approches. Lui, il voulait avoir des voiliers de course pour organiser des match racing, donc des petites régates avec des équipes de ses clients, avec des équipes corporatives et de développer ensuite ces programmes-là pour faire des choses tout à fait grandioses. En 2014, le plus gros projet qui était sur la table avec Esprit de Corps, c'était de faire traverser l'Atlantique des chefs d'entreprise québécois, faire un Québec-Saint-Malo et un Saint-Malo-Québec avec 20 entrepreneurs, 10 sur l'aller, 10 sur le retour. C'est comme ça finalement que ça a démarré et de fil en aiguille, en multipliant les bons coups et en développant un peu le projet derrière ça, on a réussi à créer vraiment une communauté. Puis c'est là où moi, je suis intervenu en 2014. en juillet 2014, on a eu un petit problème avec Esprit de Corps qui a été de se faire empêcher de partir de la ville de Québec avec le voilier pour ce programme de Transatlantique parce que la manière dont le programme avait été mené et développé dans les derniers mois avant que j'arrive ne répondait pas aux normes de Transports Canada, donc le ministère qui gouverne vraiment tout ce qui concerne l'industrie du transport au Canada de manière fédérale. Et là où je suis intervenu, ça a été dans vraiment la réorientation un peu stratégique du modèle d'affaires et pour proposer un modèle qui permettait de continuer à exploiter ces bateaux, de mettre en avant l'ADN d'Esprit de Corps et de continuer à développer des projets. Et c'est là qu'on a créé finalement le modèle de l'équipe de course au large, de l'équipe de voie d'Atlas sous la forme d'un organisme non lucratif qui s'orientait vraiment à proposer à des membres à fonctionner vraiment comme un club, quelque part un peu un club privé qui rassemblait des passionnés de voile qui avaient envie de découvrir la course au large, qui n'avaient pas forcément envie de tous acheter un volier de course et de développer des campagnes mais qui avaient envie de découvrir en tout cas la course au large et d'avoir l'opportunité de naviguer sur un bateau de course. Et on a développé ça en 2014 avec je pense une trentaine de personnes qui sont venues naviguer avec nous sur la première saison et je pense qu'en 2018 ou 2019 on était rendu pratiquement à 200-250 membres permanents sur l'année et on avait complètement explosé notre calendrier de navigation. Pour remettre aussi les choses un peu en perspective, en 2014, la saison de navigation au Québec a tout cassé, c'est du mois de mai jusqu'au mois de septembre, octobre pour les plus téméraires parce qu'après ça il faut... C'est la glace, il faut amener les glaces. Il faut être un peu pragmatique et l'hiver on peut partir au Canada et tu ne peux plus vraiment rien faire et en 2016 on a fait notre première transatlantique nord-sud pour aller se rendre dans les Caraïbes et à partir de là on a découvert qu'il y avait tout un circuit de navigation et de course qui a lieu à l'hiver entre Saint-Martin, Antigua, Saint-Barthes dans les Caraïbes qui est quand même un endroit assez sympathique et ça nous a permis de pouvoir naviguer du mois de février jusqu'au mois de novembre donc on a complètement développé notre calendrier à ce moment-là on est passé d'un calendrier de navigation de 4 à 5 mois à un calendrier de navigation de pratiquement 10 mois et ça nous a permis justement d'offrir un maximum d'activités, de courses, de régates, de convoyages et de multiplier le nombre de personnes qui venaient découvrir la voile. Je pense que par année on faisait à peu près 500 personnes qui faisaient quelque part leur première sur un voilier de course avec nous que ce soit pour une simple journée un peu d'initiation ou que ce soit pour une préparation à une course à une semaine de régate.
Loïc Si on revient sur les thématiques dont on parlait un petit peu avant de commencer l'enregistrement qui sont en fait les thématiques du podcast des frappées, la détermination, la résilience, le dépassement de soi, par rapport à ces thématiques-là, comment tu expliques l'entrain qu'a eu Atlas au Canada ? Puisque si tu dis que vous avez commencé à 30 et que c'est aujourd'hui très certainement la plus grosse association de course au large canadienne, c'est bien qu'il y a une demande et que les gens voient un bénéfice. Donc au-delà de l'aspect plaisir sportif nautique, qu'est-ce que tu penses que ces personnes viennent retirer d'une course ?
Maxime Écoute, on a eu vraiment différents profils de personnes qui venaient naviguer avec nous dans les dernières années. Mais tous, quelque part, avaient en commun la volonté de faire quelque chose d'assez extraordinaire, de faire quelque chose qui normalement est jugé un peu comme inaccessible. Je pense que c'est ça la beauté aujourd'hui du sport de la voile et du monde de la course au large. Si toi, demain, tu es un amateur de football et que tu as envie de faire ce qu'on appelle le soccer ici au Canada, si tu as envie de faire justement du foot avec tes amis, tu peux en faire. Si tu as envie d'aller faire de la compétition par contre, d'affronter des équipes comme le Paris Saint-Germain et Kylian Mbappé, ça va être éventuellement plus compliqué voir un équipe par contre dans le monde de la course au large. tu es un amateur et tu peux participer en tant qu'amateur aux mêmes courses de grande envergure que les plus grands champions de ce monde. Ça m'a fasciné les premières fois. Je me suis retrouvé sur des lignes de départ face à des gars comme Michel Desjoyeaux, comme Loïc Perron, comme Franck Hamas qui sont les grands noms de la voile française et tant d'autres encore. C'est ça qui, aujourd'hui, pour moi, est absolument fascinant. Je pense que certains venaient chercher ce genre d'accomplissement. D'autres venaient chercher vraiment le dépassement de soi, c'est-à-dire qu'on a eu aussi des personnes qui avaient très peu de connaissances de voile, par contre, qui voyaient le fait de pouvoir traverser l'Atlantique un peu comme, à quelque part, comme leur Everest. Tu as beaucoup de monde. Ils sont des amateurs de randonnées et qui se disent du jour au lendemain, tiens, je vais aller me préparer pour faire l'ascension du Kilimanjaro ou de l'Everest et de son camp de base, par exemple. Tu as aussi des gens qui ont peu ou pas d'expérience en voile et qui se disent tiens, je vais me challenger, je vais m'offrir cette magnifique expérience de vie qui est de traverser l'Atlantique, qui est de faire une grande course au large en équipage et pour ça, ça va leur demander d'avoir un sacré engagement personnel dans ce genre de projet parce que tu ne peux pas tout simplement y aller du jour au lendemain sur les lignes de départ et te présenter et faire ça. Ça va te demander de te remettre en question, ça va te demander de te remettre en forme, ça va te demander de développer des compétences, ça va te demander de tisser un lien extrêmement fort avec les personnes avec qui tu vas naviguer, tu ne peux pas tricher sur qui tu es sur l'océan.
Loïc Oui. Alors justement, toi, tu as fait cette démarche puisque quand tu as fait ta première transatlantique et que tu t'es lancé plus intensément dans la course au large, tu débutais, tu es arrivé un petit peu sur le tard, c'est ce que tu disais. Quand tu parles de dépassement de soi, à quoi ça a ressemblé pour toi ? Qu'est-ce qui était difficile si quelqu'un demain se met à la course au large ? C'est quoi qu'il faut qu'il ait en tête en termes de challenge et de points difficiles à surmonter ?
Maxime Je te dirais que la première chose dans mon cas, ça a été de surmonter un peu les appréhensions parce que l'Atlantique, ça peut faire peur.
Loïc Oui.
Maxime Tu peux tomber dans des contextes où tu te fais peur ou quelque part, tu peux te mettre en danger aussi si tu es mal préparé et si tu n'as pas suffisamment confiance dans les personnes qui sont avec toi. on a eu des cas où on descendait par exemple de Halifax jusqu'à Saint-Martin. La météo n'était pas du tout celle qui était prévue sur les modèles météorologiques et on se met dans 60-65 nœuds de vent pour donner un ordre d'idée. À partir de 62, on considère que c'est un ouragan. Et là, on prouve avec une dizaine de personnes sur un bateau, le bateau qui se fait malmener dans les vagues, le vent qui souffle, tu es obligé de réveiller tout l'équipage pour aller affaler les voiles et là, tu passes complètement en mode survie. Tu as des énormes vagues qui viennent coucher le bateau, tu as le moque qui commence à toucher l'eau, tu te mets vraiment dans des conditions assez périlleuses et si tout le monde se planque à ce moment-là, tu n'es pas prêt d'en voir le jour. Donc, c'est vraiment aujourd'hui d'être capable de se mettre dans un mindset où tu dis oui, il va m'arriver des choses, il peut m'arriver des choses, il peut aussi y avoir des traversées où tout se passerait très bien mais tu peux aussi te mettre dans un mindset où tu sais que peu importe ce qu'on va te mettre dans les dents en termes de météo, tu vas être capable d'y faire face et je pense qu'il y a une très belle métaphore aussi par rapport à ce qui nous arrive dans la vie. Tu as des personnes qui sont complètement dévastées dès qu'il leur arrive un petit pépin au niveau de leur vie personnelle et tu as des personnes qui tu peux leur en mettre plein la tête, ils vont être capables d'affronter les plus grosses tempêtes de leur existence mais c'est un peu la même chose au niveau de la voile. Je pense qu'il ne faut simplement pas avoir peur et se dire que peu importe ce qui va m'arriver, je peux soit me mettre en petite boule dans un coin ou soit j'ajuste mes voiles et je fais ce qu'il faut pour passer au travers de ça.
Loïc Oui, se préparer au pire pour ne pas être surpris en quelque sorte.
Maxime Absolument, se préparer au pire et se connaître aussi dans l'effort. Si tu ne connais pas tes forces, si tu ne connais pas tes faiblesses, je pense que le passage dans ce genre de moment va être plus délicat.
Loïc Alors, c'est un excellent point ce que tu viens de dire puisque là, on parle vraiment d'un contexte un peu particulier. Il y a des gens qui font de la course au large en solitaire mais c'est vrai que là, ce n'est pas le sujet donc on parle vraiment de traverser avec des équipages et en fait, c'est marrant ce que tu dis parce que j'ai eu une expérience récente au Népal où on a eu une ascension d'un col à plus de 5000 mètres donc à 5000 mètres, je peux te dire que tu sens l'altitude passer et en fait, on ne fonctionnait pas vraiment en mode équipage c'est-à-dire qu'on était un groupe, on était quatre relativement expérimentés mais on ne fonctionnait pas vraiment en mode équipage et il y a eu un souci pour la moitié du groupe et ça s'est transformé en situation un petit peu compliquée parce que le mal d'altitude c'est peut-être un peu comme le mal de mer d'ailleurs, c'est un capacitant donc quand tu l'as et que c'est en mode sévère, en gros, tu t'assoies par terre et puis tu attends qu'on vienne te chercher mais quand tu n'es pas à la 5000 mètres à quatre jours de marche du premier village, c'est plus compliqué. Donc comment toi par rapport à l'expérience que tu as eue personnellement et puis aux équipes que tu as accompagnées, comment est-ce que tu déclenches en fait cette prise de conscience sur les forces, les faiblesses de chacun et l'importance du travail en équipe ?
Maxime Je te rejoins tout à fait sur ce genre de problématiques puis on a eu des cas similaires que ce soit sur la voile ou que ce soit sur des ascensions de montagne, tu pousses les gens dans la tempête sur la montagne et à bout d'un moment ils se mettent en petit bout les idées de mettre ces mois-là à continuer, abandonnez-moi mon triste sort. Ce n'est pas comme ça que ça va fonctionner ou on a eu le cas aussi sur cette fameuse traversée dont je te parlais de Halifax jusqu'à Saint-Martin où tu veux réveiller tout l'équipage pour aller affaler les voiles et faire ce qu'il faut puis tu en as un qui passe la tête en dehors de l'écoutie qui regarde un peu ce qui se passe autour de lui et qui dit non, ma vie vaut plus que ça et qui retourne sur la tempête et qui attend que la tempête se passe. à ce moment-là je suis vraiment dans la narration je ne suis pas du tout là pour apporter un jugement ou quoi que ce soit sur ce genre de personnes mais de manière très factuelle qu'est-ce qui se passe si les 10 personnes sur ton équipage réagissent de cette manière-là est-ce qu'on va aller de l'avant ou pas ? Et c'était un peu ça ce qu'on cherchait à développer dans les dernières années avec nos fameuses équipes c'est de se dire mais les amis on va chercher à traverser l'Atlantique on va chercher à faire une course peut-être qu'en effet on va tomber sur des obstacles à ce moment-là et quel genre de personne on veut être quand la tempête va nous tomber dessus est-ce qu'on veut être ce genre de personne ou est-ce qu'on veut être contraire à une personne qui aujourd'hui va aller mouiller la chemise et se mettre en difficulté pour être capable de soutenir l'autre tu parlais de l'expérience de groupe que tu as vécu en effet ce que tu me décris sur ton expérience au Népal c'est tout à fait ce qu'on peut appeler aujourd'hui une expérience de groupe puis là je mettrai ça un peu en parallèle avec une expérience d'équipe une expérience d'équipe c'est on part faire de la course à pied tous ensemble puis on démarre ensemble et on arrive ensemble en même temps puis si tu as de la difficulté je vais venir t'aider si j'ai de la difficulté je sais que tu vas venir m'aider tu vas venir me pousser dans le dos si on est juste une expérience de groupe c'est bien on va aller se donner rendez-vous pour aller courir tous ensemble puis moi je suis en forme je vais aller faire mon 10 km en 35 minutes toi tu vas aller mettre 1h20 parce que tu es moins en forme puis écoute c'est cool on a eu chacun une expérience de dépassement mais ça a été une expérience individuelle au sein de la groupe ça n'a pas été du tout une expérience d'équipe et c'est un peu là-dessus qu'on a amené les gens à prendre conscience finalement quand elles s'embarquent avec nous c'est qu'on s'attend à ce qu'elles aient un comportement sur le bateau qui va être positif pour l'équipe et on sait qu'on peut leur faire confiance et on sait que s'il y a quoi que ce soit les personnes ne vont pas nous abandonner et ne vont pas chercher à partir
Loïc ça ne va pas être évident ça pour certains profils j'imagine surtout en entreprise de faire de faire switcher le mindset de performance individuelle à je suis là avant tout pour l'équipe j'imagine
Maxime absolument puis écoute j'ai fait aussi des expériences où je me retrouve skipper même pas 30 ans sur un voilier et toutes les personnes qui sont sur l'équipage ce sont des gens d'affaires ce sont des chefs d'entreprise qui ont déjà rouler leur boss dans le monde des affaires qui ont entre 45 et 60 ans qui n'ont pas forcément l'habitude de prendre des directives de la part d'un jeune comme moi mais écoute à ce moment là il faut que les personnes mettent un peu aussi leur égo de côté et c'est pas toujours évident je trouve quand tu as eu une belle carrière et que tu cherches un peu aussi à défendre ton image je pense que l'égo malheureusement est bien souvent une grande source de limitations et notamment dans le monde de l'entreprise si tu veux une relation saine avec tes équipes de travail si tu es manager mets vraiment ton égo de côté et arrête de chercher à protéger un peu ton image tout simplement et la manière dont les gens te perçoivent puis soient capables de te révéler aussi dans ce que tu as de plus authentique et puis c'est pas parce que tu es chef d'entreprise ou c'est pas parce que tu es un manager ou un décideur que tu as toujours raison et que tu sais toujours avoir réponse à tout des fois avoir une grande leçon d'humilité un grand moment où tu es capable de dire je ne sais pas je vais faire confiance à une autre personne et c'est elle qui va apporter la réponse je pense que ça c'est un symptôme d'un travail qui est sain et d'une collaboration qui est saine au sein d'une équipe
Loïc c'est là où le sport et les expériences d'aventure en général par rapport à ce point d'humilité et d'apprentissage dans l'échec ou en tout cas les difficultés je pense que c'est là où ça prend tout son sens parce que c'est ce que tu disais tout à l'heure si tu es sur une trace authentique et puis que tu n'as pas forcément de l'expérience ou que les conditions sont absolument abominables en fait tu ne peux pas te mentir à toi-même et aux autres tu as l'attitude le comportement et les réactions naturelles qui ressortent dans ce genre de situation
Maxime absolument et puis tu as des personnes qui naturellement sont de très grands leaders et pour qui ça va être très très simple de mettre ce genre de choses en application tu as des personnes pour qui ce n'est absolument pas le cas j'ai le plus grand des respects pour les gens qui font de la course au large en solitaire ils sont très très bons dans ce qu'ils font ils sont des athlètes accomplis et puis j'ai vraiment le plus grand respect pour les gars qui font le départ du Vendée Globe mais un gars qui est habitué à courir en solitaire éventuellement tu le mets sur un équipage avec d'autres personnes je ne suis pas convaincu que toutes les intégrations se passent toujours de manière très très saine je vais me tromper là-dessus mais on l'a vu nous dans notre expérience avec Atlas de mettre des gens qui ont plus l'habitude d'être leur propre patron et d'être éventuellement en charge de leur propre voilier quand tu les mets sur un équipage et tu leur demandes de laisser faire et de se plier un peu à la décision collective ou à la vision du gars qui est en charge le travail en équipe n'est pas toujours très inné le fait d'avoir justement l'humilité de dire moi j'aurais fait différemment mais ce n'est pas grave je accepte qu'on le fasse de cette manière-là n'est pas toujours présent non plus c'est clair que c'est des disciplines complètement différentes tout à fait et moi c'est ça qui me passionnait dans ce qu'on a pu développer avec Atlas c'est que le solitaire en soi ne m'intéresse pas pour l'instant peut-être qu'un jour j'y viendrai mais j'avais la capacité de retrouver sur la navigation en équipage un peu la camaraderie que je développais avec les gars quand je faisais du basket on s'entraînait deux fois par semaine on allait faire des compétitions des matchs tous les week-ends voire deux matchs par week-end selon les endroits et ça ça m'a permis vraiment de retrouver ce sens de l'accomplissement mais de l'accomplissement d'équipe de développer un côté camaraderie qui est absolument incroyable
Loïc alors comment peut-être si tu peux nous donner un exemple sans forcément nous citer le nom du client mais d'un groupe d'une entreprise que tu as accompagné avant d'arriver à cet état d'accomplissement et d'esprit d'équipe soudé c'est quoi les étapes quelles sont les étapes par lesquelles le groupe doit passer avant d'en arriver là c'est-à-dire que typiquement dans un accompagnement esprit de corps c'est quoi la durée de l'accompagnement est-ce qu'il y a des phases que vous vous connaissez par lesquelles le groupe va passer par exemple des phases de frustration de conflit interne puis en quelque sorte une sortie des ténèbres avec un état hyper positif dans le groupe qui arrive dès qu'il y a quelques résultats tu pourrais nous décrire un peu plus en détail une expérience complète d'accompagnement sur ce genre de challenge
Maxime oui alors écoute évidemment chaque programme est vraiment unique en son genre qui est toujours fait de manière à répondre à la problématique du client en tant que tel mais si j'allais un peu de manière généraliste tu as d'abord on va dire une phase un peu d'intégration une phase de kick-off tu es dans les premiers temps de contact puis si on prend un programme qui pourrait durer 4 à 6 mois par exemple on a fait des programmes beaucoup plus longs qui sont étalés sur une année mais admettons un programme de 4 à 6 mois tu as une phase un peu de kick-off et de démarrage où tu testes un peu les gens tu essaies de voir un peu où sont les limites de leur zone de confort à partir de quel moment ça commence à être dur pour elles de se pousser dans le dépassement physique de voir un peu quels sont les comportements que tu peux observer quand les gens commencent à être un peu trop physiques à devoir un peu trop se toucher évidemment tout bien tout honneur dans les phases de dépassement je te parlais tout à l'heure d'aller courir ensemble et de laisser quelqu'un te mettre une main dans le bas du dos pour être capable de te pousser il y a des personnes que ça vient directement gêner elles ne veulent absolument pas qu'on les aide parce qu'elles ne veulent pas révéler justement ce genre de faiblesse donc tu as d'abord une phase un peu de kick-off et de prise en main puis ensuite tu as une grande phase de progression et tu vas chercher justement à maintenir cette phase de progression jusqu'à ton défi final souvent ce qui se passait dans nos programmes c'est qu'on avait au moins une voire plusieurs expériences de préparation qu'on appelait des défis préparatoires
Loïc ok
Maxime ou tout simplement si ton objectif c'est à la fin du programme d'être capable de gravir une montagne sur deux ou trois jours à la moitié du parcours tu vas mettre les gens un peu dans ce genre de simulation avec une montagne pas mal plus petite avec un événement plus court mais à l'occasion plus intense au niveau physique pour amener les gens justement à faire un peu un état des lieux de voir ce qu'ils en sont dans leur préparation psychologique et physique et de voir un peu où sont les forces et les faiblesses du groupe pour voir ce que tu dois ajuster dans ton programme de préparation par la suite ça amène les gens aussi à se rendre compte à l'occasion qu'ils n'ont pas forcément pris leur programme d'entraînement au sérieux et que s'ils continuent de cette manière là vers le défi final ils vont avoir un sacré souci sur la montagne une sacrée surprise donc voilà pendant tes 4 à 6 mois tu as toute cette phase de progression qu'il faut éventuellement monitorer tout au long du parcours et à l'occasion tu vas devoir remettre des gens en orientation tout simplement les amener à se reposer la question de pourquoi ils font ce qu'ils font pourquoi ils sont inscrits là-dedans d'avoir aussi l'humilité de dire j'ai pas été suffisamment sérieux dans mon programme de préparation c'est pas grave j'ai encore quelques semaines pour me préparer voilà ce que je vais changer aujourd'hui dans mon programme pour être prêt le jour J et de m'assurer de ne pas décevoir les gens qui vont participer à ce challenge avec moi des fois tu as des gens tout simplement qui vont se rendre compte que c'est tout simplement pas pour eux et qu'ils n'arrivent pas à trouver dans ce programme là ce qu'ils sont venus chercher des fois il faut faire éventuellement des réajustements d'équipe on essaie de ne pas en arriver là mais c'est pas exclu si ça peut permettre de maintenir le succès du défi pour le reste du groupe c'est tout simplement des personnes qui vont un peu être mises à l'écart ou avoir un rôle un peu plus de soutien et au final tu arrives sur l'objectif c'est quand même d'arriver sur ton défi final en étant prêt en étant serein de la préparation aussi des gens qui vont être sur la montagne avec toi à ce moment là et au final même si on ne gravit pas la montagne parce que les conditions météorologiques ne sont pas les bonnes et si on n'est pas capable de se rendre jusqu'au sommet est-ce qu'au moins le chemin qu'on aura parcouru tous ensemble dans ces 4 à 6 mois de préparation est-ce que ce chemin là ne vaut pas tout simplement la peine d'être vécu est-ce qu'on n'est pas tout simplement reconnaissant déjà des changements qu'on a fait dans notre vie c'est sûr que c'est toujours plus beau et plus stimulant de pouvoir être au sommet de la montagne et de se dire je vais réussir à gravir cette fameuse montagne que j'ai visualisé pendant 6 mois mais si ça se trouve la météo ne va absolument pas te permettre d'aller jusqu'à là mais est-ce que tu vas redescendre de la montagne la tête est haute et content d'avoir fait ce que tu as fait c'est ça la question aussi qu'il faut te poser avec ton équipe
Loïc oui puis comme tu dis parfois c'est le voyage lui-même qui est le plus intéressant si je pense tu vois c'est souvent des choses que tu entends venant de la part de sportifs qui ont des phases de préparation très très très intenses tu vois je pense notamment aux triathlètes qui préparent des formats longue distance donc entre autres à Ironman et en fait quand tu vois l'intensité des entraînements où c'est pendant certaines périodes du 6 jours sur 7 en fait toutes les phases de dépassement de prise de confiance les phases pendant lesquelles tu construis en fait en quelque sorte tu construis l'expérience de l'Ironman et bien en fait c'est avant la course et la course c'est la cerise sur le gâteau tout à fait mais l'essentiel se passe avant
Maxime tout à fait ça on l'a vécu je te dirais encore très très récemment avec une équipe et puis là vraiment pour revenir sur le côté voile on préparait depuis pratiquement plus d'un an avec tout un équipage la 10ème édition de la Transat Québec Saint-Malo qui aurait dû se dérouler en juillet 2020 et qui malheureusement a été annulée à cause de la crise mondiale de Covid mais on s'est préparé pendant plus d'un an avec cet équipage là avec les 15 hommes et femmes de cet équipage et l'expérience de vie qu'on a vécu tous ensemble et la relation qu'on a réussi à tisser avec ces gars là depuis un an finalement elle est pratiquement plus belle que la course qu'on cherchait à préparer oui on était déçus de l'annulation de la course et de l'événement que ça aurait dû être et ça aurait dû être vraiment le point culminant de notre saison en 2021 donc ça a été un deuil qu'on a dû tous faire mais quand on regarde aujourd'hui le chemin qu'on a parcouru tous ensemble et où est-ce qu'on était il y a un an et demi au moment de démarrer ça et le fait que la moitié de l'équipage ne se connaissait pas vraiment et tout ce qu'on a vécu ensemble depuis et puis on en a vécu des choses on a vécu des petites navigations on a vécu des grosses courses on a navigué ensemble sur le lac Ontario pour faire une petite fin de semaine de formation sur l'été 2019 on a fait la Caribbean 600 à Antigua en 2020 on a fait des stages de survie en piscine pour apprendre justement les bons réflexes en cas de gros pépins on a fait des fins de semaine où on passait du temps dans un bureau à parler de logistique à parler de techniques d'engagement et de régate à parler de réglage de voile à parler de météorologie on a vécu tous ces éléments-là on a vécu aussi la perte d'un voilier parce qu'on a eu un voilier qui a fini sur les rochers à Alifar en 2019 et qui était à l'origine le voilier sur lequel on aurait dû faire la course donc ça aussi il a fallu faire ce deuil tout en équipe comment vous avez géré ça
Loïc parce que c'est quand même j'imagine que des voiliers comme ça déjà financièrement c'est un énorme coût mais oui comment est-ce que l'équipe se remet d'une perte pareille ?
Maxime déjà la bonne nouvelle c'est qu'il y a des assurances pour s'aider dans ce genre de moment mais pour te remettre un peu les choses en perspective en mai 2019 on revient d'une saison dans les Carribes qui s'est plutôt bien passée et sur les derniers milles nautiques avant d'arriver à Halifax on se fait prendre dans une on va appeler ça une tempête on est vraiment sur les tout derniers milles on est à 3-4 milles de l'entrée du port on est dans une nuit noire de chez noir et on doit affaler les voiles on doit tout simplement rouler la voile d'avant donc le dernier génois qui nous reste à rouler la grand voile est déjà descendue le moteur est démarré on s'apprête juste à rouler la dernière voile et à continuer au moteur dans le chenal pour aller se mettre au port il y a quelque chose comme 3-4 heures du matin et on se retrouve dans la baie de Lunenburg en Nouvelle-Écosse et pour une raison X ou Y j'épargnerai tout le monde un peu les détails au moment d'affaler la voile la voile est pratiquement affalée à 85% et pour une raison X ou Y la voile finit par passer par-dessus bord et vient s'enrouler autour de la quille et vient s'enrouler autour de l'hélice et avec les vagues et avec le vent et avec l'endroit où le bateau était à ce moment-là en 2 temps 3 mouvements le bateau s'est retrouvé sur les cailloux juste à côté et là il a fallu abandonner le navire parce que le bateau était vraiment couché sur des rochers et que ça devenait dangereux pour l'équipage donc on s'est fait évacuer par la garde côtière canadienne et le lendemain quand on est retourné voir le bateau et voir l'épave pour essayer de planifier le remorquage de ce voilier-là on s'est rendu compte que le bateau ne naviguerait plus de par sa composition et de par les coûts qu'il avait pris et le bateau malheureusement à cause de la mauvaise météo à cet endroit-là a dû rester pendant 10 jours à taper sur les rochers et au bout de 10 jours il ne restait plus grand-chose on va dire du voilier il restait quand même la coque le mât etc mais pour donner un ordre d'idée un trou qui faisait à l'origine peut-être 20 à 30 cm sur le côté de la coque quand le bateau est venu taper sur les rochers au bout de 10 jours il faisait 4 mètres par 6 donc on sait que le bateau était plus récupérable et qu'à partir de là il a fallu réagir à comment on allait justement trouver un moyen de mener l'expérience de préparation de la Québec-Saint-Malo tous ensemble la bonne nouvelle c'est qu'on possédait un deuxième voilier qui était plus un voilier d'entraînement mais qui n'était pas du tout à ce niveau de technicité et de préparation donc en équipe il a fallu fournir les efforts nécessaires dans les mois qui ont suivi pour mettre ce deuxième bateau-là à niveau et être capable de recontinuer les compétitions et de recontinuer les entraînements sérieusement puis c'est dans ce contexte-là que tu apprécies avoir des partenaires et des sponsors qui te soutiennent au-delà du simple support financier qu'il peut y avoir il y a aussi le support moral le support matériel d'être capable de refaire tous les cordages du voilier grâce à un fournisseur ontarien d'être capable de rééquiper tous les gars grâce à Eli Hansen donc l'équipement sportif ça, ça a été des choses qui ont permis justement de voir le bout du tunnel assez rapidement et de remettre ce bateau-là à l'eau en novembre 2019 et de redescendre dans les carrés pour aller faire une saison de voile
Loïc J'imagine que l'évacuation par la gare de Côtière à 4h du mat dans l'eau de l'Atlantique ça a dû réveiller tout le monde personne n'était d'un sang du V je suppose
Maxime C'est sûr qu'à ce moment-là ça a été un moment je pense qui va nous marquer tous pour le reste de nos vies surtout pour moi en tant que ce qui peut à ce moment-là c'est pas une décision qui est facile à prendre mais au bout d'un moment il faut la prendre ce qui a démarré comme le bateau est posé sur les rochers et on va chercher à se faire remorquer au bout d'un moment il a dû se transformer justement en évacuation du navire parce que les conditions de mer étaient tellement mauvaises que les remorqueurs étaient incapables de nous envoyer un câble de remorquage ils étaient incapables de nous approcher suffisamment pour nous envoyer un câbleau ils ne pouvaient pas non plus nous amener une petite chaloupe avec ce câble-là parce que sa chaloupe est tombée en rade donc ça a été vraiment l'enchaînement de plein de facteurs qui ont fait qu'au bout d'un moment tu n'as plus vraiment le choix que de mettre tout le monde en sécurité je pense que le grand moment qui va me rester vraiment comme skipper c'est d'être au niveau du carré en train de rassurer tout l'équipage qui est là puis tout le monde est attaché tout le monde est clippé sur sa ligne de vie et de leur dire écoutez pour l'instant on n'a pas vraiment d'entrée d'eau le bateau est relativement sec on n'a pas de trou au niveau de la coque c'est juste que oui en effet c'est désagréable parce qu'on a 2 mètres de vague qui viennent taper contre la coque et ça devient un peu compliqué mais vous n'en faites pas on n'a pas de trou dans le bateau et à ce moment-là je vois le gouvernail qui transperce complètement le pont oh wow là par contre j'ai un gros trou donc je cours à l'intérieur je ferme tout le sas arrière pour éviter que l'eau se propage et à ce moment-là je sais que on va mettre tout le monde en sécurité on va mettre tout le monde à l'abri et on reviendra récupérer le bateau le lendemain on viendra voir ce qu'on est capable de faire à ce moment-là tu te rappelles que oui un bateau c'est émotif c'est un peu comme ta maison c'est un peu comme un bébé aussi pour certaines personnes ou ta femme ou ta maîtresse selon le degré d'attachement que tu as mais ça reste un matériel et ça reste quelque chose qui est assuré et qui peut éventuellement être remplacé par contre quelqu'un qui tomberait du pont et qui viendrait se fracasser le crâne sur des rochers ça serait un peu plus problématique dans le degré et on ne peut pas en arriver là donc on s'est fait évacuer et puis ça a été une sacrée manœuvre parce qu'on ne t'envoie pas l'hélicoptère à ce moment-là on te fait descendre directement dans un Zodiac puis tu es dans une mer qui est agitée à un moment le Zodiac il est 30 cm au-dessus du franc bord et deux secondes plus tard il est dans le creux de la vague et il est un mètre et demi plus bas donc ça a demandé à tout le monde de venir puiser vraiment dans leurs dernières ressources et heureusement l'adrénaline rentre en action en ce moment-là et te permet de te retrouver des jambes pour être capable de sauter au bon moment
Loïc alors j'imagine que ça n'a pas été la seule expérience extrême que tu as vécu dans ta carrière de marin en course au large mais qu'est-ce que enfin plus que de marin de skipper même qu'est-ce que si tu repenses à toutes ces expériences en quoi est-ce que tu dirais que ça a fait ça a contribué à ton développement en tant qu'homme marin mais peut-être avant tout en tant que personne en quoi est-ce que tu es différent grâce à ces expériences aujourd'hui ?
Maxime je te dirais que les expériences qu'elles soient bonnes ou mauvaises t'amènent à progresser t'amènent à changer mais c'est sûr que plus l'expérience va être traumatisante et mauvaise je trouve plus tu as en tout cas ça a été mon cas plus tu as la capacité d'en tirer des apprentissages et en sortir de là encore plus grand puis pour te donner un aperçu du spectrum d'événements qu'on a pu connaître deux ans plus tôt parce que ça l'échoge du bateau et la perte du bateau c'était en 2019 mais par contre deux ans plus tôt là on s'est retrouvé de l'autre côté c'est à dire qu'on a porté secours à un équipage de canadiens qui étaient en train de couler on est au milieu de l'Atlantique on est à 400 km des Bermudes plus au sud on est en pleine course entre Antigua et les Bermudes et on a un de nos compétiteurs nos concurrents qui à 4h du matin comme quoi il en arrive beaucoup des choses à 4h du matin envoie des fusées des fusées de détresse dans le ciel on aperçoit ça on est le bateau le plus proche du coup on se déroute et on arrive et là on voit 6 personnes sur le pont avec leur gilet de sauvetage avec un radeau de survie qui est déjà ouvert à l'arrière du bateau et on voit en effet que le bateau pique dangereusement du nez vers l'avant et le bateau est en train de couler ils se mettent dans leur radeau de sauvetage et ensuite ils se laissent dériver vers nous puis là on les récupère et on regarde leur bateau couler je pense 2h plus tard et on reprend ensuite notre chemin vers les bermudes on est passé de 10 à 16 personnes sur l'équipage on a terminé les dernières 24h de la course tous ensemble et ça a forgé des liens et des contacts qui sont absolument puissants dans ce genre d'événement disons que tu relativises un peu ce qui peut t'arriver et t'as surtout envie d'aider ces personnes-là et t'as surtout envie de leur voliner en l'aide et d'être le meilleur allié possible parce qu'eux passent par une expérience qui est traumatisante et toi t'as tout simplement envie d'être la bonne personne au bon endroit au bon moment pour venir leur filer un coup de main donc ça c'est aussi le genre d'expérience qu'on a pu connaître mais oui des expériences difficiles douloureuses voire traumatisantes on en a connu aussi dans les dernières années dans mon cas je te parlais tout à l'heure de transatlantique en 2018 on aurait dû faire une super transatlantique entre Halifax et Saint-Malo avec une belle tournée en Europe pour aller voir l'arrivée de la Volvo Ocean Race on aurait dû vraiment faire un petit parcours assez sympathique mais en 2018 malheureusement on s'est retrouvé à avoir aussi une situation complexe à gérer sur le voilier on part à 15 personnes sur notre voilier de course le plus préparé c'est un voilier sur lequel on venait de faire des on va dire quelques changements un peu je ne peux pas dire structurel mais quelques changements au niveau de points d'attache des voiles des voiles d'avant et malheureusement après deux jours et demi de mer on a eu une avarie sur le voilier le point d'attache de cette voile à l'avant s'est retrouvé arraché et on se retrouve à ce moment là à devoir tout simplement on va prendre une décision et on se retrouve quelque part au milieu de l'Atlantique dans des conditions de mer assez formées avec l'impossibilité de mettre une voile à l'avant du bateau pour être capable de traverser ce qui est embêtant moi je suis skipper à ce moment là et je me dis on cherche à traverser l'Atlantique c'est bien beau mais on cherche à traverser l'Atlantique pour aller faire une saison de course avec tout ce que ça peut représenter d'enjeux financiers de positionnement aussi pour les sponsors avec l'expérience aussi que ça va amener pour les personnes qui sont à bord est-ce qu'on va vraiment chercher à traverser dans ces conditions là ou est-ce que tout simplement on prend l'humilité de se dire mince on a cassé c'est des choses qui peuvent arriver on fait demi-tour et on se met avant tout en sécurité personnellement en tant que skipper ça a été ça ma décision mais à ce moment là ce que je ne me doutais pas c'est que j'aurais à faire sur le bateau à une sorte de mutinerie de l'équipage qui ne comprenait pas forcément pourquoi on faisait demi-tour dans ces conditions là et pourquoi on n'allait pas chercher à traverser pourquoi on n'allait pas chercher à réparer la varie en mer et puis tout le monde était un peu dans le le fait de devoir faire son deuil de cette traversée qui est un événement en soi pour beaucoup de gens c'était pour l'objectif numéro un de leur année c'était de traverser l'Atlantique pour d'autres personnes c'était d'aller faire justement de la course en Europe avec toutes ces traversées là et je ne m'attendais vraiment pas de pouvoir gérer ce genre de comportement à bord et ça a été quelque chose que j'ai vraiment sous-estimé et ça a été pour moi un grand moment d'apprentissage c'était le fait de ne pas estimer que parce qu'une situation te paraît évidente qu'elle n'a pas besoin d'être explicité encore plus en détail et de pousser encore plus le raisonnement de certaines personnes et aussi peut-être de ne pas les avoir suffisamment accompagnés dans ce deuil de l'objectif et de l'événement à ce moment là j'étais vraiment focusé sur le fait de ramener le bateau en sécurité que j'en ai peut-être oublié le fait de devoir accompagner quelque part un peu psychologiquement des personnes qui pour certaines étaient encore en plus sujettes au mal de mer donc qui étaient vraiment faibles physiquement et psychologiquement et elles avaient éventuellement besoin qu'on les prenne un peu plus par la main et c'est là-dessus que j'ai éventuellement échoué dans le rôle qui était le mien et ça pour moi c'était un grand apprentissage et c'est une erreur que je ne suis pas prête de refaire
Loïc oui comme tu dis c'est là c'est dans ce genre d'expérience que les apprentissages sont généralement les plus les plus intenses parce qu'il y a de l'humain il y a de l'émotion et puis il y a une dynamique de groupe et puis vous êtes tous sur le bateau donc comme tu dis s'il y a une mutinerie bon ben là tu ne peux pas fermer la porte du bureau et puis aller prendre l'air dehors
Maxime et écoute en effet ce genre de situation n'est pas toujours évident à gérer mais après tu es capable de grandir et de tirer les conclusions qui sont les tiennes pour revenir un peu sur le bateau qu'on a perdu pour moi ça a été aussi de faire face à tout ce phénomène sur les réseaux sociaux où tout le monde a un avis sur la question et malheureusement c'est ça qui est un peu je trouve dramatique aujourd'hui dans ce qu'on est capable de partager sur les réseaux sociaux c'est que même si tu as une tu as une opinion c'est bien elle est la tienne mais tu ne connais pas tous les facteurs et tu vas quand même te permettre de juger et de donner ton avis sur quelque chose que tu ne maîtrises absolument pas et le nombre de personnes qui se sont permis suite à cet événement de me tracher tout simplement pardonne-moi l'expression mais d'être capable d'émettre des jugements de valeur sur l'événement en tant que tel sans avoir tous les paramètres et sans comprendre le pourquoi du comment psychologiquement au début ça a été quand même assez dur à encaisser et ce qui m'a permis de passer au travers ça ça a été vraiment de me rendre compte que j'avais le soutien extrêmement fort des personnes qui étaient présentes avec moi à ce moment-là qui m'ont toutes reconfirmé plusieurs fois et spontanément que j'avais pris les bonnes décisions qu'elles avaient 100% confiance en moi qu'elles repartaient naviguer avec moi sans aucun problème et plus important puis j'ai renavigué avec certaines de ces personnes dernièrement ça m'a vraiment aidé et aussi d'avoir des messages de soutien des personnes qui elles aussi sont des professionnels et qui te font réaliser que oui ça arrive dans le monde de la voile ça arrive même au plus grand loin de moi l'idée de me comparer au plus grand mais des grands skippers qui vont échouer dans le Vendée Globe il va continuer à en avoir t'as des personnes qui vont chavirer avec des trimarans t'as des personnes qui vont se mettre en danger dans les mers du sud dans le Vendée Globe et qui vont devoir aussi se faire secourir par ce moment où tu as une issue positive c'est ça surtout qu'il faut retenir et être capable de ne pas te laisser démoraliser parce que quelque part un peu le commun des mortels qui se sent tout puissant derrière son écran d'ordinateur te lâche un commentaire négatif sur Facebook c'est pour moi primordial pour être capable de faire face à ce genre d'événements dramatiques
Loïc complètement et on en revient du coup au thème de la résilience et plus globalement ce que tu dis enfin je suis complètement d'accord avec toi et pour tout te dire en fait c'est ce qui a motivé en partie la création du podcast les frappé c'était justement de parler de ce qu'on a tendance à moins voir sur les réseaux sociaux c'est à dire la gestion de l'échec tout ce que tu nous as partagé sur les difficultés que tu as pu rencontrer tu vois perdre un bateau un équipage un équipage qui carrément voit le bateau couler sous ses yeux des transatlantiques annulés et en fait enfin c'est tellement évident je pense en tout cas pour moi et j'espère pour un certain nombre de personnes que c'est dans les difficultés en fait que tu apprends c'est ce que tu disais tout à l'heure il y a des gens qui pour différentes raisons enchaînent les succès et quand ils se retrouvent face à une situation qu'elle soit en groupe sportive ou pas mais situation de challenge ont beaucoup beaucoup de difficultés à rester authentique à rester eux-mêmes et à accepter en fait l'image qu'ils peuvent renvoyer tu vois de personnes en difficulté donc tout à fait
Maxime je te rejoins tout à fait sur ce point là et pour te partager aussi encore dans certaines histoires il y a aussi je pense la capacité à transformer des échecs en réussite dans le sens où pour revenir à cette fameuse transatlantique qui a été avortée on s'est donc dérouté au moment où l'avari est arrivée on s'est dérouté pour faire demi-tour on veut faire demi-tour en se rendant vers Halifax sauf qu'à ce moment là mon aviateur à bord me dit qu'on va se mettre dans 50-55 nœuds devant ce qui laisse présager qu'on va encore se remettre plus en danger et puis ça éventuellement on veut l'éviter donc je me dis ok on va aller se dérouter à Saint-Pierre-et-Miquelon donc le petit archipel français au sud de Terre-Neuve à l'entrée du golfe du Saint-Laurent et donc on se déroute vers là là à ce moment là donc mutinerie et problématique avec l'équipage la plupart des personnes repartent en avion vers Montréal ou vers d'autres endroits et je me retrouve à devoir ramener le voilier avec juste deux de Mégas de Saint-Pierre jusqu'à Halifax on se fait un petit convoyage bien sympathique et une fois arrivé à Halifax il faut réparer et il faut réparer en se disant mais qu'est-ce qu'on fait maintenant avec ce bateau là on veut faire une tournée en Europe qu'est-ce qu'on peut faire pour continuer à naviguer et à transformer finalement cette saison qui était vouée à l'échec en saison à succès et écoute moi je suis resté pendant deux semaines dans un chantier maritime en Nouvelle-Écosse puis c'est pas le type de chantier maritime comme l'Orient-Labase en Bretagne où tout est sur place et tout est structuré pour l'industrie de la course au l'arc non pas du tout c'est un chantier maritime qui est fait pour accueillir des chalutiers et des marins pêcheurs pour ce qui est de réparer un bateau de course le niveau de compétence c'est pas forcément présent au niveau de l'industrie sur place donc il faut vraiment que tu sois bricoleur et que tu te débrouilles t'es au milieu de nulle part en Nouvelle-Écosse t'es à une heure de la ville la plus proche et là écoute j'ai passé je pense deux semaines deux semaines et demie au chantier à réparer le bateau et à m'assurer qu'on soit capable de le remettre à l'eau et trois semaines plus tard on prenait le départ de la route Halifax-Saint-Pierre qu'on a remporté avec l'exercice ça a été un premier symptôme de redressement de notre saison on a ensuite convoyé le bateau jusqu'à l'Ontario et sur ce même été finalement j'ai remporté ma première course en tant que skipper avec en plus à bord un des gars qui était avec moi sur la transat qui était avortée donc on a quand même fait deux victoires sur cet été là on a réussi à transformer une saison qui démarrait un peu de manière compliquée en saison à succès et ça ça a été un beau gage de travail collectif et en mettant finalement les bonnes ressources à contribution on a réussi à sortir encore un peu plus grandis de ce genre
Loïc de mauvaises situations super exemple de détermination et de résilience la résilience
Maxime pour moi est vraiment la clé de la course au large si aujourd'hui t'es pas résilient tu vas pas t'en sortir quelqu'un pour qui j'ai énormément de respect actuellement c'est un power au large que j'ai rencontré en 2017 à Antigua à l'époque où il naviguait avec Lionel Péant le gars s'appelle Clément Giraud Clément Giraud il sera sur le départ du prochain Vendée Globe et j'ai découvert ce matin qu'il vient d'avoir la confirmation de deux partenaires titre pour son Vendée Globe et il faut quand même savoir qu'en octobre 2019 au Havre son bateau a pris feu et il s'est retrouvé finalement à préparer un Vendée Globe avec un bateau qui est plus capable de prendre la mer de par je pense différents contacts qu'il peut avoir et des amitiés qu'il a pu développer il a réussi à développer une sorte d'accord avec un autre propriétaire de bateau pour le laisser s'entraîner sur un autre Imoka 60 et avec je pense l'engagement que le premier des deux qui arrive à trouver des sponsors pour être capable de prendre le départ fera la course sur ce bateau là et puis finalement Clément a réussi à obtenir son financement dernièrement et sera sur la ligne de départ du prochain dans les Glables donc la résilience aujourd'hui moi est quelque chose de primordial aujourd'hui dans la course alors si t'es pas quelqu'un de résilient tu vas jamais réussir à te développer dans ce milieu là et dans ce sport
Loïc complètement d'accord et puis c'est de façon générale je pense que surtout on en parlait un petit peu avant l'interview quand tu vois quand tu vois la situation globale que ce soit économique pandémique actuellement c'est un sujet la résilience peut-être plus que jamais en tout cas c'est la lecture que je fais des choses c'est capital parce que c'est pas forcément une notion qui est hyper présente en tout cas tu vois dans l'Occident en termes d'éducation moi j'ai l'impression qu'on en parle peu on parle beaucoup de performance d'image de perfection mais relativement peu d'apprentissage notamment des échecs
Maxime absolument je pense aussi qu'on est dans une société où tout passe par l'image et par Instagram et par ce que t'es capable de refléter de ton branding personnel et ça je t'avoue que ça nous a amené aussi des situations dans les dernières années au niveau voile parce que les gens viennent faire de la voile les gens s'imaginent que la voile dans les Caraïbes c'est naviguer sur des eaux turquoises avec un petit vent bien sympathique un petit verre de vin à l'arrière de ton bateau avec un barbecue c'est pas toujours le cas et tu peux te taper des sacrées tempêtes et notamment quand t'es dans un contexte de course la voile a absolument rien de confortable la voile reste le moyen le plus lent et le plus inconfortable pour se rendre d'un point A à un point B il faut quand même le garder en tête et ce que beaucoup de gens aussi je pense malheureusement aussi les jeunes générations on l'a vu dans certaines personnes qui sont venus naviguer avec nous qu'on a pris quelque part un peu comme apprentis ou comme stagiaires dans notre voilier tous ne sont pas comme ça je crache pas sur la génération complète mais c'est aussi une réalité c'est de se dire que on rêve tous de l'America's Cup on rêve tous de la voile Ocean Race on voit des équipages avec des budgets faramineux de plusieurs millions d'euros et de dollars américains et on voit des bateaux qui sont toujours extrêmement bien entretenus qui sont au top du top de la technologie avec des gros sponsors derrière qui viennent permettre l'entretien de ces bateaux là mais c'est pas que ça le monde de la voile c'est aussi des équipes qui galèrent avec leur financement c'est des skippers qui des fois doivent faire des choix entre performance sécurité et esthétique en fonction de ce que leur portefeuille et leur banquier sont capables de leur accorder et avant d'être capable de pouvoir profiter d'avoir une belle photo de toit sur une régate dans les Caraïbes il y a beaucoup de temps passé à devoir bricoler un moteur diesel et de le remettre en état beaucoup de temps passé sur le dos avec une lampe frontale sur la tête à faire des connexions électroniques et électriques à bord de ton bateau c'est beaucoup d'ampoules sur les mains à travailler ton cordage pour faire les bonnes épissures et remettre le bateau à neuf c'est beaucoup de temps à passer dans un chantier à poncer la coque d'un bateau avec des produits anti-fouling qui sont éventuellement toxiques et à devoir travailler des fois dans des conditions qui sont absolument pas agréables et beaucoup aujourd'hui je trouve on a tendance à oublier ça et à ne vouloir de la voile que le côté sympathique d'aller à une année faire de la course mais non t'as besoin de passer par ces moments de préparation t'as besoin de passer par ces moments un peu de galère si je peux les appeler comme ça pour te permettre je pense d'apprécier encore plus mais surtout de connaître ta machine et de connaître tous les recoins et chaque boulon chaque vis sur ton bateau et d'être capable de réparer tout ce qui va devoir être réparé parce que ça reste un sport mécanique
Loïc je me reconnais complètement dans ce que tu dis et je pense que c'est pas spécifique à la voile c'est la partie cachée de l'iceberg comme tu dis les photos Instagram ça se mérite donc ce sera écoute merci beaucoup beaucoup Maxime pour ces partages on arrive à la fin du podcast ça me fait plaisir est-ce qu'il y a est-ce qu'il y a peut-être un dernier conseil que tu voudrais partager avec les gens qui nous écoutent sur comment se lancer dans la course au large ou les enseignements que tu entires les erreurs peut-être que tu as fait au début et tu conseillerais aux gens d'éviter
Maxime écoute je ne donnerai pas forcément de conseils sur les choses à éviter ou les choses à faire parce que chacun trouvera finalement son propre parcours mais je pense que le premier conseil que je peux donner aux personnes c'est de faire on passe tellement de temps à se dire tiens peut-être que je ferai ci peut-être que je ferai ça peut-être que je vais me permettre le luxe de faire ceci ou autre et de chercher finalement toujours le meilleur moment pour prendre ta décision et te lancer le meilleur moment c'est le moment où tu dis ok là je le fais et là je n'ai plus de doute et peu importe tout ce que je ne sais pas je vais le découvrir et je vais l'apprendre en cours de route donc mon seul conseil que je peux donner aux personnes qui ont cette passion là qui ont ça au fond d'eux c'est faites-le c'est tout simplement faites-le
Loïc c'est en forgeant qu'on devient un forgeron exactement voilà bah écoute merci beaucoup Maxime c'était super de pouvoir échanger avec toi très très intéressant d'avoir ton point de vue en tant que skipper en course au large sur ce que ça t'a apporté mais aussi ce que t'as pu enfin les leçons que t'en as tirées et ce que t'as pu observer je mettrai en description du coup s'il y a des gens qui souhaitent suivre tes aventures voileuses et plus je mettrai en description ton Instagram avec plaisir et j'ajouterai également ton profil LinkedIn puisque Maxime que vous venez d'entendre fort de son expérience de skipper mais aussi de dirigeant d'équipe commerciale et bien plus est actuellement à l'heure où nous parlons en recherche de nouvelles opportunités professionnelles donc n'hésitez pas à aller faire un tour tout à fait
Maxime merci beaucoup Loïc aujourd'hui pour l'opportunité de parler avec toi dans ce podcast enfin merci pour l'invitation et à toute la communauté des frappées aussi de petits Sous-titrage Société Radio-Canada
Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.