Alex Et là, avec l'équipe, on se fixe comme objectif non pas de faire juste un nouveau record du monde, mais bien de le pulvériser. Donc on a une grosse pression sur le projet et par contre, on sait que pour atteindre cet objectif fou, on va être obligé de déployer une innovation importante dans plein de domaines différents.
Loïc Salut Alex ! Salut Loïc ! Bienvenue sur le podcast Les Frappés. Je suis très heureux de t'accueillir aujourd'hui. Je ne te cache pas que quand je cherchais mes premiers invités et que j'ai découvert ton profil, tu cochais quand même un certain nombre de cases justement pour l'obtention de ce statut de véritable frappé.
Alex C'est cool ! Je ne sais pas comment je dois le prendre.
Loïc Bien ! Positivement, oui, je pense. Peut-être que je peux te laisser te présenter pour commencer ?
Alex Oui ! Donc Alex Kézergues, je suis kitesurfer pro depuis maintenant une quinzaine d'années. J'ai des titres de champion du monde. J'ai quatre titres de champion du monde de vitesse, six records du monde de vitesse dont deux records du monde absolu toutes catégories confondues. Et puis voilà, j'ai 41 ans et je suis aujourd'hui également CEO d'une jeune startup qui s'appelle Siroco et avec laquelle je prévois de faire encore plein de trucs frappés.
Loïc Et tu as également investi dans The Galleon Project.
Alex Aussi, oui. Je suis directeur sportif du Think Tank qui est un think tank d'entrepreneurs de la French Tech. Et ces entrepreneurs, je les amène un peu partout dans le monde avec l'équipe. Les aider à progresser en kite. Parce que c'est souvent des passionnés de sport de glisse. Et du coup, c'est assez enrichissant.
Loïc Super ! Ben écoute, je te propose qu'on commence par le kite. Donc ta spécialité, c'est la vitesse ? C'est ça. Qu'est-ce qui t'a attiré dans cet univers ?
Alex Alors moi, j'ai démarré la vitesse en 2004. J'avais assisté au printemps 2004 à une compète de vitesse à l'E4. La compète dans laquelle j'ai débuté qui s'appelle le Mondial du Vent. OK. Et où il y avait les meilleurs mondiaux qui s'affrontaient. Et du coup, quand j'ai assisté à cette compète au printemps, j'ai tout de suite accroché. Le spectacle était bien sûr génial, super impressionnant. Les gars qui passaient à fond au ras du bord très vite. Donc du coup, je me suis dit que j'allais essayer déjà la discipline. Et 2004, ça a vraiment été l'année charnière où j'ai commencé à me faire chipper des planches de vitesse par un copain qui faisait ça. J'avais mon pote de navigation, Sylvain Morin, qui avait lui participé à l'épreuve en 2004, qui s'entraînait chez moi à Port-Saint-Louis. Et du coup, j'ai commencé à m'entraîner avec lui, pris au jeu, pris au niveau des sensations. Et du coup, il m'a dit, tu devrais essayer de t'inscrire et tout. Et je me suis inscrit à la compétition du Mondial du Vent. Et en avril 2005, je faisais mes débuts.
Loïc Quand tu parles de vitesse, juste pour que les gens qui ne sont pas forcément familiers se rendent compte. Oui. Sans parler forcément de tes records tout de suite, mais sur une compétition comme ça, c'est quoi la moyenne à peu près ?
Alex On passe à 70 km heure. À l'époque, on passait à 70 km heure au ras du bord. Donc, c'était bien évidemment super impressionnant. Il ne faut pas tomber. Encore que non, si les chutes sont autorisées à ces vitesses-là, ça reste raisonnable. Mais par contre, il y a une très grosse concurrence et du public au bord de l'eau qui fait que l'adrénaline monte encore plus.
Loïc Donc, 2004, les débuts en vitesse. Oui. Depuis, si je me trompe. 2005, ça a le vent. 2005. Si je ne me trompe pas, depuis l'équipe de France de kite, un record, en fait, premier homme, ça, il faut quand même le préciser. Tu as été le premier homme, tout simplement, à passer au-dessus de la barre des 100 km heure sur l'eau sur un engin à voile.
Alex Exactement.
Loïc Donc, bon, ça, voilà.
Alex Donc, ça, c'était déjà mon deuxième record absolu, sachant que deux ans avant, donc, on était trois compères, deux Français, un Américain, à passer, à être les premiers à franchir 50 nœuds, qui étaient une barrière, une barrière à l'époque, soi-disant inatteignable par les engin à voile et finalement qu'on a pulvérisé en 2008. Et en 2010, je fais 100 km heure, 100 km heure. Pareil, là aussi, qui nous fait rentrer dans une autre dimension et qui a permis d'écrire un joli passage de l'histoire de la vitesse. Excellent.
Loïc Et donc, depuis, dernier record en date, si je ne me trompe pas, c'est 107,3 km heure. C'est ça, oui. Et tu prépares actuellement une prochaine tentative de record du monde.
Alex Oui. Alors, donc, 107,3, c'est un chrono que j'ai fait en Camargue, à côté de chez moi, sur un spot qu'on a designé, là, un canal de vitesse qu'on a dessiné et créé. Et là, effectivement, au mois de novembre, on s'attaque de nouveau à ce record-là en essayant de… on ambitionne d'atteindre 110 km heure.
Loïc Toujours en Camargue.
Alex Toujours en Camargue, toujours en kite.
Loïc Ok. Waouh. Incroyable. Qu'est-ce qui… parce que j'imagine… enfin, pour moi, je vois quand même une différence entre faire de la compétition en vitesse et tenter d'aller chercher des records. Donc, pas tout le monde est attiré par ça, mais qu'est-ce qui toi… à quel moment est-ce que tu as eu ce déclic de te dire, allez, je vais aller chercher les 50 nœuds, les 100 km heure et plus ?
Alex Je serais tendre à te dire, dès mes débuts en vitesse, on avait bien évidemment, comme beaucoup de sportifs, on avait des montres GPS qui te donnaient… Bon, c'était pas super, super précis à l'époque, mais ça nous donnait déjà une idée des vitesses de pointe qu'on pouvait atteindre. Et dès les débuts, on faisait déjà plus de 50 nœuds en vitesse de pointe. Donc, on savait le potentiel de… le potentiel de l'engin. Et puis, alors qu'à la même époque, les compétitions de vitesse auxquelles on participait, c'était souvent des spots qui étaient… j'allais dire d'anciens spots de windsurf, d'anciens spots de planche à voile sur lesquels ils faisaient de la vitesse, mais qui n'étaient pas forcément avec le bon angle pour aller vraiment très vite en kite. C'était fait parfait pour le windsurf, pour la planche à voile, mais pour le kite, c'était pas… c'était pas génial. Les trajectoires étaient trop… les angles étaient trop serrés. Donc, on était trop obligés de lutter contre le vent pour aller vite. Alors que… à partir de 2007, on a déplacé nous les compétitions de vitesse et on a été les faire en Namibie. Où là, on avait accès à un spot qui s'appelle Ludéritz et qui était… donc qui est dans le sud de la Namibie. Et qui était avec un angle vraiment beaucoup plus favorable à ce qu'on trouvait sur les compétitions de vitesse de l'époque. Et le bon a été juste phénoménal parce que cette année-là, donc en 2007, je fais le record… Le record, on le passe de 41 nœuds… de 41 nœuds… moi, je le passe à 47 nœuds 92. Donc, on gagne presque 7 nœuds de vitesse sur le record. Donc là, on valide tout de suite qu'on peut aller beaucoup plus vite en kite. Et là, on commence à nous regarder en tant que véritable enjeu de vitesse. Ce qui n'était pas le cas jusqu'après. Et par curiosité, pourquoi la Namibie ? Ça vient avant tout du fait que dans les gars qui allaient très vite à l'époque en kite, il y avait Sébastien Catlan qui était un Français qui habitait en Afrique du Sud et qui avait découvert ce spot de la Namibie en 2005, il me semble. Il m'invite début 2007 à passer l'hiver chez lui. Et du coup, on fait un petit séjour en Namibie sur ce spot-là. Et tout de suite, on voit que ça peut aller beaucoup plus vite que les spots de l'époque. Et du coup, c'est pour ça qu'on s'est tourné vers la Namibie. On savait qu'il y avait un potentiel de fou sur la destination. Et le spot naturel était beaucoup plus rapide que les spots naturels qu'on trouvait en France. D'accord. Donc, le potentiel était là. Il fallait juste se donner les moyens d'organiser une première vraie tentative de record. Ce qu'a fait Sébastien à l'époque. Il a invité un peu tous les top guns de l'époque à venir se tirer la bourre pendant un mois sur cette destination-là. Et puis, les chronos en parlaient tout de suite. On a fait 44 nœuds, 45 nœuds, 46 nœuds, 47 nœuds, presque 48 nœuds en un mois. Et du coup, l'émulation a fait que les chronos ont flambé.
Loïc Qui est-ce qui homologue ces chronos ? Il y a une Fédération Internationale ou comment ça se passe ?
Alex Oui. Alors, il y a une fédération. Ce n'est pas une fédération, c'est un organisme d'homologation qui s'appelle la WSSRC pour World Speed Sailing Record Council. qui est une entité de l'ISAF, de la Fédération Internationale de Voile et qui est en charge de t'envoyer un homologateur quand tu tentes des records de vitesse pour valider la performance.
Loïc Et quand tu fais ces records, donc tes 50 nœuds, les 100 km heure et bientôt beaucoup plus, c'est sur quelle durée ? C'est-à-dire qu'entre le moment où le chrono, enfin où il commence les mesures et où tu atteins ta pointe de vitesse, ça dure combien de temps ?
Alex Alors, le run en lui-même, il est très rapide. Aujourd'hui, on est sur des runs qui font 17 secondes en moyenne. Tu imagines une petite dizaine de secondes pour s'élancer et une petite dizaine de secondes pour ralentir et pour t'arrêter. En gros, c'est maxi 30 secondes effectives. Mais en fin de compte, tu passes quasiment la journée sur l'eau presque non-stop pour maximiser tes chances de faire le bon run.
Loïc Justement, c'est fou parce que si c'est moins de 20 secondes, c'est quoi pour toi ? Parce que je suppose que chacun a une technique différente, mais c'est quoi pour toi les étapes importantes de ta préparation ? Est-ce que c'est du mental ? Est-ce que c'est du physique ? Un mix des deux ?
Alex C'est bien évidemment un mix de plus de choses que ça. Si ça tenait qu'au physique ou qu'à moi-même, je pense que ça serait très simple. Mais là, en gros, tu es obligé de bien évidemment concevoir du matériel optimal. Nous, le matériel dans le cas de vitesse, il a une importance, je ne vais pas dire primordiale, mais c'est un des trucs qu'il faut… La performance ne peut pas venir d'un matériel pareil, gas. Donc, tu es bien évidemment obligé d'optimiser ton matériel. Moi, je travaille avec mon sponsor qui est à Montpellier qui s'appelle F1, avec lequel je travaille depuis mes débuts en vitesse, donc depuis plus de 15 ans, avec lequel on développe la planche, le kite qui vont permettre d'aller très vite. Donc, tu es obligé de designer du matériel, tu es obligé de le régler et de l'optimiser. Et ensuite, effectivement, il y a toute une partie… J'allais dire ma partie propre qui est la prépa physique qui est bien sûr importante. Il y a l'entraînement sur l'eau qui est primordial et même dans lequel j'accorde probablement encore plus d'importance que la prépa physique pure en salle de gym. Et ensuite, il y a les conditions météo qui sont pareil, primordiales. En fait, ça demande un record de vitesse aujourd'hui en kite. Ça demande des conditions météo particulières avec un vent très fort, avec un certain angle. Nous, on attend en fait un seul vent qui est le Mistral, en Camargue en tout cas, qui est vraiment… qui a l'angle optimal par rapport au canal de vitesse, qui a la force optimale aussi parce que c'est un vent qui peut être très très très fort. Et c'est ces journées-là qu'on attend avec grande impatience. Et c'est pour ça qu'on fait nos tentatives de record en début d'hiver où on peut profiter des premiers coups de forme Mistral sans avoir des températures polaires. Donc, tout ce mix, sans parler bien évidemment… Et bien évidemment… Alors, la préparation mentale, c'est un peu la cerise sur le gâteau. Ok. C'est-à-dire que moi, j'en ai jamais à proprement parler fait. J'ai jamais vraiment poussé ce côté-là, si ce n'est que… Pour moi, une bonne préparation mentale, c'est avant tout être prêt à tous les niveaux et ne laisser la part de hasard que sur les conditions météo. En gros, tu te sens… il faut que tout soit prêt et puis que tu… que si les conditions météo sont au rendez-vous, la perf est là. Donc, ça, ça a vraiment été toujours mon… mon mojo, en tout cas pour la prépa physique, c'est… Si tu es prêt physiquement, si ton matériel il est prêt, si ton équipe elle est prête et tout ton matériel est prêt, je veux dire, il n'y a plus qu'à. Il n'y a plus qu'à ce que le Mistral souffle et puis à la clé, il y aura une perf.
Loïc Tu as combien de personnes généralement qui t'entourent sur ce genre de tentatives de record ?
Alex On est une dizaine aujourd'hui, à la fois qui m'aident à l'entrée du run, parce que bien évidemment, on est dans un territoire qui est un petit peu spécial, un endroit qui est un petit peu spécial, qui est au milieu des salins à Salin-Giro. Donc, c'est une terre qui est faite d'argile, ce n'est pas du sable. On a le canal qui est creusé et c'est un avantage de creuser dans de l'argile, c'est qu'en fait le canal ne bouge pas. Ça fait maintenant huit ans qu'on l'exploite et il n'a pas bougé. Si tu veux, ça ne s'est pas comblé, ça ne s'est pas enseveli. On a toujours le canal qui est matérialisé sur cet étang. Et donc, j'ai des gens qui m'aident en entrée de run au départ pour décoller mon aile, pour me faire patienter dans la zone de départ, pour checker le vent aussi, parce qu'on est… En fait, tu vois les rafales de Mistral arriver. On a un étang qui est juste au-dessus. Donc, dès que ça fume, dès que l'étang se met à fumer, moi, je suis à l'intérieur de mon… entre guillemets, à l'intérieur de mon canal. Et j'ai quelqu'un qui me fait signe pour me dire, c'est bon, tu peux partir.
Loïc Excellent.
Alex Des gens qui m'aident au niveau du système de chronométrage et des gens qui m'aident à la fin du run pour m'aider à remonter un petit peu… Donc, ils me tiennent par le harnais et ils m'aident à remonter dans l'étang d'à côté pour remonter dans la zone de départ. Donc, voilà, une petite dizaine de personnes. C'est les mêmes depuis huit ans. C'est des amis que tu peux lever à 5 heures du matin pour que tout soit prêt au moment où tu t'élances. Donc, c'est assez génial et c'est une aventure dont ils font vraiment partie.
Loïc Et donc, tout ce petit monde est en stand-by au début de l'hiver, c'est ça ?
Alex C'est ça. On se dit… C'est par période de 28 jours que la WSRC fait ses homologations. Donc, on se dit à partir du 1er novembre jusqu'au 28 novembre, on se met tous en stand-by. On prépare tout ce qu'on peut préparer en amont. Je ne sais pas, les drapeaux, le système de chrono dans le véhicule de chronométrage, etc. Et trois jours avant, on sait qu'il va y avoir un coup de Mistral qui arrive. On se dit, voilà, alerte rouge. Et puis, la veille en général, on prépare encore quelques petits trucs. Et puis, le jour J, tout le monde se rejoint à Salin à 7 heures du mat' devant l'entrée. Et puis, on y va, quoi. Génial.
Loïc Génial. C'est intéressant de voir que c'est toi qui es sur l'eau, mais en fait, derrière toi, tu as ces dix personnes, tu as tes sponsors, tes partenaires comme F1. On en parlait hier avec Jonathan Logel qui est en équipe de France de rugby à 7. Et en fait, c'est ce qu'il disait pour sa participation au JO. C'est que même si c'est lui qui a foulé le stade olympique, en fait, derrière, il a entraîné avec lui plein de gens qui ont vécu l'expérience indirectement, mais qui l'accompagnaient depuis ses débuts. C'est intéressant.
Alex Oui. Non, mais c'est effectivement une perf, un chrono, mais qui, sans ces gens-là derrière, déjà, tu n'y arrives. La perf, tu ne peux pas l'atteindre. Oui. Et ensuite, la partager, c'est aussi encore plus grand, quoi.
Loïc Mais qu'est-ce qui se passe quand la perf n'est pas là ?
Alex Alors, quand la perf n'est pas là, tu as cette équipe-là, justement. Oui, c'est vraiment. Déjà qu'il te pousse pour ne pas que tu lâches trop vite et que tu passes à côté. Donc, ça, c'est quelque chose de fondamental. Après, il faut, à partir du moment où tout le monde se donne son maximum pour exploiter les conditions météo, on n'a jamais rien à regretter. Et ça, c'est vraiment aussi quelque chose qu'on garde à l'esprit. C'est tout le monde donne le meilleur pour, au final, un chrono qui arrivera ou qui n'arrivera pas. Mais au moins, on n'aura aucun regret. Ce que tu peux regretter, c'est justement qu'il y ait un truc qui n'y aille pas. Le moment où il y a toutes les conditions météo réunies et où il n'y a aucune raison de ne pas faire de perf et que tu ne fais pas ta perf. Là, oui, là, il y a des choses. Là, ça peut être un peu noir. Ça arrive. Moi, je touche du bois. Ce n'est jamais arrivé. OK. Donc, non, tout le monde est au rendez-vous. Tout le monde donne le meilleur. Et puis, voilà, c'est surtout, on fait ça aussi beaucoup pour la gloire du sport. Oui, pour cet état d'esprit-là, on donne le meilleur. Après, on a rarement des regrets.
Loïc OK. Oui, mais je pense que c'est important, comme tu dis, d'y aller à fond. Et en fait, ce n'est pas forcément le record qui vient récompenser les efforts, mais plus la satisfaction de savoir que tu as tout donné avec ton équipe. Oui.
Alex L'année dernière, par exemple, on avait… Je crois que je n'ai jamais été aussi bien prêt physiquement. J'avais le matériel qu'il fallait, une équipe de malades qui me poussait tout le temps. Et puis, on a eu une journée à 40 nœuds devant, ce qui n'était vraiment pas une condition optimale. Je fais au final, je fais 52 nœuds, donc très loin des bases d'un record. Et pour le coup, on n'avait vraiment rien à regretter. Et on est tous repartis. Certes, un peu déçus de ne pas avoir eu la météo, mais ce n'est pas un crève-cœur.
Loïc Dans cette équipe, par curiosité, donc, bon, toi, tu es la face publique de toute cette équipe. Mais tu as quoi comme rôle ? Est-ce que c'est toi qui insuffles aussi la dynamique ? Tu dirais que tu es le team leader ?
Alex Alors, on va dire que cette équipe-là, elle a un leader à deux têtes. À savoir, effectivement, moi qui suis un peu le fer de lance et aussi le côté médiatique. Mais il y a quelqu'un dans l'ombre qui organise beaucoup de choses et qui donne beaucoup de sa personne, c'est mon père.
Loïc OK.
Alex Avec qui on a eu l'idée de faire justement cette base de vitesse en Camargue, qui m'a toujours accompagné tout au long de ma carrière, qui m'a conseillé. Il n'est pas dans le domaine du sport du tout. Il est dentiste. Par contre, il est passionné de sport de glisse depuis des dizaines d'années. C'est notamment grâce à lui que je me suis mis au kite. Et c'est lui qui a fait en sorte qu'on est revenu en Camargue parce que lui était convaincu qu'on avait tout ce qu'il fallait pour faire un record en France. Et que ça serait bien mieux de le faire chez nous. Probablement plus de sécurité. On a des hôpitaux et des systèmes de secours qui sont très performants en France aussi. Donc, il pensait à ça, bien évidemment. Oui. Mais c'est lui qui insuffle beaucoup d'énergie dans la tentative de record, qui manage souvent les équipes. Donc non, c'est vraiment un management à deux têtes. OK. On va dire que moi, je suis plus en amont de la tentative où là, il y a plein de trucs à organiser. La WSRC à booker. Les partenaires, entretenir les relations qu'il y a avec les partenaires sur la tentative. Faire en sorte que tout soit prêt au moment où la tentative débute. Et puis lui, quand la tentative débute, il prend le relais pour que moi, j'ai plus qu'à me concentrer sur la paire sportive et pas autre chose.
Loïc Donc, comme tu dis, un vrai relais au moment où le… C'est un projet familial. C'est génial.
Alex Ah bah oui, oui. C'est une aventure familiale plus qu'un projet. Excellent. Ça reste… Il y a quand même la passion. Lui, il fait du kite aussi depuis 20 ans. Là, il vient de commencer sa retraite. Donc, je pense qu'il ne va jamais faire autant de kite que maintenant. Donc lui, ça le passionne aussi. Il est avec ses copains qui nous aident sur la tentative. Donc voilà, c'est vraiment une affaire de passion familiale. OK.
Loïc Alors, petite question. J'ouvre une toute petite parenthèse. Ça parlera au sudiste. Mais moi, le spot que je connais dans le sud, parce que j'ai grandi vers Bandol, c'est l'Almanach. Oui. Et en quoi est-ce que la Camargue, au-delà du fait que tu as un canal qui reste en place, en quoi est-ce que la Camargue, c'est un spot plus approprié pour les tentatives de record que l'Almanach ? Parce que ça souffle à l'Almanach quand même.
Alex Alors, ça souffle à l'Almanach, mais ça souffle bien plus fort en Camargue. Ah oui ? Je te dis ça sans être chauvant pour le coup. Mais pour te dire, lors de mon dernier record en 2017, on a eu une rafale à 67 nœuds. Ah oui, OK. Le jour où je fais mon record à 57 nœuds, 98. Donc non, le Mistral souffle vraiment très très très fort à Port-Saint-Louis. On est vraiment situé à l'embouchure du Rhône. Donc, c'est vraiment l'axe de la vallée du Rhône. Et là où le Mistral… En fait, après, il tourne… Pour aller à l'Almanach, il tourne plus ouest. Et donc, du coup, je pense qu'il perd en intensité. OK. Voilà. Mais non, le vent souffle beaucoup plus fort en Camargue. Bon, OK.
Loïc Tu expliquais qu'une des raisons pour lesquelles ton père avait opté pour des spots en France, c'était la qualité de l'infrastructure médicale. C'est quelque chose que tu as dû utiliser à un moment donné ?
Alex Alors, pour le coup, le côté blessure, je n'ai pas été très traumatisé par le kite. Malheureusement, comme beaucoup de kitesurfers, je me suis rompu un ligament croisé antérieur.
Loïc OK.
Alex Ce qui est… J'allais dire, chez les skieurs, chez les rugbymen, chez tous les sports où il y a de l'appui, bien souvent, on s'abîme ces ligaments croisés. Donc, c'est le seul vrai traumatisme que j'ai eu en kite. Bon, après, je me suis fait des petites blessures, mais rien de catastrophique. Et ce ligament croisé, je me le suis rompu en 2012 au Mondial du 20 aussi. où là, j'ai bien cru que ma carrière allait en subir fortement les conséquences. Et finalement, bien entouré au niveau médical, je ne me fais pas opérer. Donc, c'est en avril 2012. Contrairement à la plupart des sportifs qui se brisent des ligaments croisés, je ne me fais pas opérer. Je fais une rééducation de malade au centre de rééducation des sportifs à Cap Breton. Donc, au milieu des skieurs et des rugbymen fraîchement opérés. Donc, c'était assez marrant. Et puis, je fais mon retour sur l'eau au championnat du monde en juillet, où je fais septième. Donc, bon, ça va. Écoute, c'était une bonne reprise. Et puis, en octobre, novembre 2012, on ouvre notre première tentative de record du monde en Camargue. Donc, sur le canal qu'on venait de finir de creuser. Et puis, on fait les meilleurs perfs de l'année avec mon compère Rob Douglas. Donc, voilà. Au final, je m'en suis plutôt bien tiré. Et je ne me suis toujours pas fait opérer. Je navigue depuis, par contre, avec une orthèse qui me maintient, qui empêche de me tordre le genou. Mais voilà, depuis, ça tient bien. Je suis suivi par nos chers chirurgiens orthopédistes de Sainte-Marguerite à Marseille. Et puis, ça se passe très bien.
Loïc Et au-delà de l'orthèse, en quoi est-ce que ça a changé ta pratique du kite aujourd'hui ? Ça n'a rien changé du tout. Ça n'a rien changé ?
Alex Je fais toujours autant de free ride, de high jump, de surf, de kite dans les vagues, de foil. Bref, ça limite rien du tout. Si ce n'est que c'est juste un peu de logistique. Pas oublier la telle. Bien la fixer avant d'aller à l'eau. Et puis, non, ça ne change strictement rien.
Loïc Bon, ça a été une blessure chanceuse alors. C'est vrai que pas d'opération sur des ligaments croisés. Je ne savais même pas que c'était possible.
Alex Oui, il n'y a pas beaucoup de sportifs qui font ça. Je crois qu'il y avait Anthony Réveillère qui était un footballeur au début des années 2000. Pareil, qui ne s'était pas fait opérer, qui avait fini sa carrière sans opération. Avec une bonne prépa physique et un bon entretien, un bon suivi, ça passe. Après, je te dis ça, peut-être dans 10 ans, ça nous posera beaucoup plus de problèmes, mais on verra. Bon, on va croiser les doigts. Voilà.
Loïc Alors, écoute, super. Pour le moment, on a pas mal parlé plutôt de la partie kite. Moi, ce que j'en retiens, c'est que ce que tu expliquais, ça demande quand même une grosse équipe derrière toi. Ça demande la préparation. Vous êtes en stand-by sur des périodes quasiment un mois. Donc, la question qui me vient, c'est comment est-ce que tu fais pour, en parallèle de tout ça, gérer Sirocco ?
Alex Alors, aujourd'hui, on va dire que je passe un peu moins de temps à l'eau que ce que je passais avant. Ça, c'est sûr. C'est une vraie transition. Sirocco, c'est une aventure, comme tu disais, une aventure entrepreneuriale où tu as là, de nouveau, une équipe qui ne sont plus des bénévoles, qui sont des gens qui bossent pour le projet. Ça ne change pas beaucoup la façon de manager, d'ailleurs. Mais c'est des gens qui sont passionnés, avec lesquels tu passes beaucoup de temps, avec lesquels tu es content de passer aussi du temps. Et c'est une super transition, en tout cas, une transition par rapport à ma carrière sportive. C'est que c'est une vraie continuité. On a un projet aujourd'hui qui est la création d'un engin de vitesse. Ça ne change pas. Je ne change pas totalement de secteur. On l'appelle le Speedcraft. Et c'est un engin de vitesse qui va avoir pour objectif de passer 150 km heure à la seule force du vent.
Loïc Ce qui serait un record absolu ?
Alex Ce qui serait un très beau nouveau record du monde absolu. Là, le record du monde actuel, il est à 120 km heure. Il est détenu par un bateau qui s'appelle Sail Rocket, un bateau skippé par un Australien, Paul Larsen. Et là, avec l'équipe, on se fixe comme objectif de non pas de faire juste un nouveau record du monde. On ne se fixe pas de faire 121 km heure, mais bien de le pulvériser. Donc, on a une grosse pression sur le projet. Et par contre, on sait que pour atteindre cet objectif fou, on va être obligé de déployer une innovation importante dans plein de domaines différents. Et on ambitionne le véritable projet de Sirocco. C'est de créer de l'innovation qui va aider à la décarbonation du transport maritime.
Loïc D'accord.
Alex C'est ce pourquoi on a créé Sirocco. C'est ce qui nous obsède tous les jours. Et on se sert de projets qu'on appelle exploits pionniers. Donc, notamment comme premier projet, cet engin de vitesse. Mais il y en aura d'autres qu'on va lancer et qui ne seront pas forcément liés au sport ou à l'aventure, mais qui seront toujours des objectifs fous à atteindre. Et qui, on pense, vont nous permettre de développer de l'innovation de rupture qui va pouvoir nous aider à décarboner le transport maritime. Donc, voilà, un projet super ambitieux. On est une quinzaine aujourd'hui à Marseille. Et c'est juste génial parce que c'est à la fois une continuité dans ma carrière et également des trucs que j'apprends. Tu vois, le rôle d'entrepreneur, c'est quelque chose de nouveau. J'ai des gens, des associés qui m'entourent, qui ont beaucoup d'expérience dans ce domaine-là. Donc, j'en apprends tous les jours. Et voilà, on a un objectif de faire grandir Sirocco pour les années futures. Et c'est une belle aventure. Donc, pour répondre à ta question, je passe beaucoup moins de temps sur l'eau. On va dire que je sélectionne bien mes sessions. Je fais encore quelques compétitions. Je participe à l'NG Kite Tour, qui est un tour avec des événements un peu partout en France qui mixe pro et amateur. Et je me concentre aussi sur la tentative de record kite qu'on a au mois de novembre. Donc voilà, ça me fait... Et après, des sessions le week-end ou avec ma famille et mes copains, des pures sessions de kite plaisir. Donc, ça m'occupe pas mal. J'imagine. J'ai un agenda bien rempli. J'imagine.
Loïc Qu'est-ce qui a été l'élément déclencheur pour toi dans la création de Sirocco ? Et surtout par rapport à la mission de décarboner le transport maritime ?
Alex Alors, c'est venu avant tout, je pense, et tu en parlais tout à l'heure en intro, mon lien avec le Galien Project. En fait, quand j'emmène ces entrepreneurs-là un peu partout dans le monde, eux se déplacent pour... Ils échangent entre eux. Ils partagent leurs expériences, leurs ratés, leurs succès, comment ils ont... D'où ils sont partis, où ils sont arrivés, les difficultés qu'ils ont rencontrées, etc. Et en fait, moi, j'ai bénéficié de ce mentoring pendant... Depuis les débuts du Galion. Aujourd'hui, le Galion fête ses cinq ans. Et depuis même plus longtemps, je bénéficie de ce mentoring-là. Je rencontre plein d'entrepreneurs. Donc, en même temps, ça donne des idées. Ça incite à partager aussi ses propres idées. Donc, en 2012, on se fait exploser le record par Sail Rocket. Le record qui met la barre à 120 km heure. Et moi, je savais dès les débuts, dès 2012, je savais qu'il fallait absolument changer de logiciel et repenser la vitesse en kite pour arriver à récupérer le record absolu. Et donc, j'ai tout de suite pensé à un engin de vitesse tracté par un kite. Et là, j'ai commencé à en parler un peu autour de moi. Donc, j'ai tout de suite su qu'il fallait monter une équipe de spécialistes, d'ingénieurs qui t'aideraient à concevoir cet engin-là. Et qui dit équipe, dit financement, budget qui sont bien plus importants que mes tentatives de record en kite. Et donc, du coup, j'en parle autour de moi. J'en parle notamment à des entrepreneurs du Galion qui sont depuis devenus des amis. Et avec eux, j'échange. Et ils me disent, mais nous, si tu as ton projet d'aventure sportive, d'événements de marketing sportif, événementiel, etc. Nous, des budgets comme ça, on n'est pas forcément spécialiste pour t'aider à trouver ces budgets-là. Mais par contre, si tu as une idée de business model qui puisse faire perdurer l'aventure au-delà du record, là, par contre, nous, on sait faire, on sait trouver des financements, on sait faire grandir des structures comme celle-là. Donc, on itère, on réfléchit ensemble à comment on pourrait faire. Et au final, il y en a deux d'entre eux qui deviennent mes associés, qui s'impliquent justement dans cette réflexion. Et on se dit, mais en fait, toute l'innovation que tu vas développer pour le record, il faut qu'elle puisse bénéficier à... Alors, c'est bien beau de dire à l'humanité, à l'homme, à la nature, à la planète, ce que tu veux, mais il faut qu'elle puisse bénéficier à, justement, à cette transition énergétique. Aujourd'hui, c'est un sujet qui est au cœur de l'actualité, notamment pour le transport maritime. Nous, on reste vraiment des passionnés de la mer. Et on se dit, comment rendre à la mer ce qu'elle te donne tous les jours dans ta passion. Et au final, le transport maritime, ça tombe sous le sens. C'est un milieu, c'est un domaine où, depuis 50 ans, il y a eu très, très peu d'innovation et qui, justement, est au milieu, au cœur de l'actualité aujourd'hui, où on dit, OK, on transporte beaucoup de marchandises, même si rapporté au tonnage, ça pollue peu, tu as quand même un impact fort de gaz nocif, quoi, une émission de gaz nocif pour la planète. Et donc, cette part-là, il faut qu'elle réduise. Donc, ils ont, par exemple, l'IMO, qui est l'Institut international qui gère, justement, le transport maritime, qui impose aux transporteurs de réduire de moitié leurs émissions d'ici à 2050. Donc, ils ont un challenge qui est monumental. Et bien sûr, si tu es une boîte de transport maritime et que tu n'arrives pas à innover et, justement, à atteindre ces paliers-là, tu disparaîtras. Donc, ils ont une forte pression et, du coup, ils sont très motivés à développer, à trouver des solutions. Et donc, nous, on se dit, sur le chemin de ces exploits pionniers, sur le chemin de ce record, et bien, on va trouver des choses qui vont... Et on va se mettre en mode, il faut que ça contribue à la décarbonation du transport maritime. Et on va trouver des choses. Donc, on a pris l'exemple de Solar Impulse, qui est... Je ne sais pas si tu connais, mais qui est un avion solaire qui a fait le tour du monde sans énergie fossile. Et l'aventure a duré dix ans. Pour atteindre cet objectif fou, et bien, ils ont développé avec leurs partenaires, ils ont développé du savoir-faire et notamment des brevets. Et du coup, des aventures comme ça, tu t'aperçois que ça génère vraiment beaucoup de propriétés intellectuelles et qui a des possibilités pour que ça bénéficie au monde ensuite. Donc, vraiment, on se place dans ce mode de pensée-là. Et aujourd'hui, c'est ce qui obsède toute l'équipe en permanence. C'est, est-ce que ce que tu développes aujourd'hui pour ton exploit pionnier, on ne peut pas s'en servir pour aider à la décarbonation du transport maritime ?
Loïc C'est intéressant de voir comment vous êtes parti du projet, du défi de record du monde pour arriver après par déduction à la cause plus générale de l'entreprise.
Alex Oui. Et c'est finalement ce qui donne les valeurs de Siroco. C'est-à-dire que tu vises en permanence l'excellence. Il faut que toute l'innovation que tu développes, elle profite à l'humanité. Donc, c'est un certain nombre de valeurs que tout le monde partage et qui fait vraiment du sens. Et c'est ce qu'aujourd'hui, les gens cherchent quand ils cherchent un travail. Il y a beaucoup de gens qui se disent, il faut que mon job que je fais tous les jours, il ait un impact positif. Et quand tu fais tes entretiens d'embauche et que tu présentes Siroco, l'équipe, elle adhère. Et c'est pour ça que tu arrives à recruter aussi les meilleurs. Parce que ton défi, il va plus loin qu'un simple défi sportif.
Loïc Oui, clairement. Waouh ! Ça fait rêver. Je me rappelle qu'on avait parlé de décarbonisation des transports. Mais c'est génial de voir comment vous en êtes arrivé à cette greater cause pour le bien-être du plus grand nombre. Ce qui est juste fou. Et j'imagine que l'implantation à Marseille n'est pas anodine. Puisqu'il y a la CMA qui est un des leaders mondiaux du transport maritime.
Alex Oui. Et on est un des premiers, un des plus grands ports de Méditerranée. Oui. Moi, je vis à Port-Saint-Louis. Port-Saint-Louis-du-Rhône, qui est à 45 minutes de Marseille. On est un petit peu au milieu des cargos. Moi, j'ai grandi au milieu des cargos. Donc, c'est des choses auxquelles on est confronté tous les jours. Et même dans le cadre de notre passion. Moi, mes spots de kite autour de Port-Saint-Louis, ils sont… On voit passer les cargos, les tankers, etc. Donc, ça te saute au visage. Et tu te dis, pour le futur, ça serait vraiment bien qu'on arrive à faire quelque chose. Et d'avoir un projet comme le nôtre qui va contribuer à changer ça, c'est fantastique.
Loïc Sans rentrer dans les détails, sans nous dévoiler des projets secrets défense de Siroco, ça pourrait ressembler à quoi comme innovation ?
Alex Alors, aujourd'hui, par exemple, je te prends l'exemple. Donc, on développe une plateforme qu'on appelle le Lab chez Siroco, qui regroupe les outils qu'on développe, notamment pour nos exploits pionniers. Les outils, les méthodes, le savoir-faire, etc. Et ce Lab-là, on le commercialise auprès aussi de partenaires, de clients qui cherchent des solutions. Et là, par exemple, il n'y a rien de secret. On l'a annoncé hier, mais on a développé, notamment grâce à l'outil, on a ce qu'on appelle un VPP. C'est un simulateur de performance. C'est un programme informatique qui simule la performance, dont on sert pour concevoir l'engin de record. Et avec ce VPP, on a développé des foils pour le premier bateau à hydrogène, le premier day boat. Donc, c'est un bateau qui fait 12 mètres. Le premier bateau à hydrogène, qui va embarquer une pile à combustible, des réservoirs d'hydrogène. On lui a designé des foils qui, contrairement à ce qu'on trouve habituellement dans le maritime, ce ne sont pas des foils qui soulèvent totalement ton bateau. Tu n'as pas un bateau qui vole, mais par contre, ça allège la masse globale du bateau. Donc, eux, ça leur permet d'embarquer moins de batterie, d'avoir du coup moins de poids à soulever. Et ça apporte aussi de la stabilité à l'arrêt. Mais du coup, c'est grâce à l'outil qu'on a développé pour le record de vitesse qu'on développe ces foils qui permettent d'économiser des batteries à bord. Du coup, tu as moins besoin de produire de batteries. C'est vraiment un cercle vertueux. Tu as moins besoin d'embarquer d'hydrogène. Et du coup, de là, tu contribues aussi à améliorer l'efficacité énergétique des nouvelles solutions. Parce qu'aujourd'hui, la propulsion hydrogène, c'est vraiment au cœur de... C'est une des solutions pour améliorer le transport maritime. Et du coup, toi, tu apportes une brique à cette solution-là qui ne pourrait pas vraiment fonctionner s'il n'y avait pas cette brique-là. Donc, on est vraiment en mode ouverture de porte pour le futur du transport maritime. Ce qui est super génial. Donc là, pour le coup, la marque s'appelle Innova. Et je vous invite à aller voir leurs jolis bateaux dans lesquels on les a aidés. Et voilà, c'est déjà une première pierre. Alors que ça fait à peine un an qu'on a toute l'équipe qui bosse sur nos projets-là, donc chez Siroco. Donc, c'est assez gratifiant de voir que ça déjà s'apporte.
Loïc Oui, c'est clair que c'est rapide. Non seulement, après la formation de l'équipe, vous n'avez pas chômé. On ne chôme pas chez Siroco. Et c'est la même équipe qui travaille du coup sur le… Comment tu as organisé l'entreprise ? Tu as des équipes projets, donc tu en as une qui travaille spécifiquement sur la tentative de record à 150 km heure ou c'est difficile ?
Alex Non, mais on a l'équipe corps, toute l'équipe qui bosse à fond en permanence sur le record. Et on arrive à consacrer en fait des plages de temps sur des projets, on va dire des projets annexes, des projets clients qui viennent on top de tout ça, qui viennent valider un peu l'expérience qu'on développe. D'accord.
Loïc Alors, si on revient sur le record, pourquoi 150 km heure ? Comment tu as défini ça ?
Alex Alors, c'est ce que je te disais tout à l'heure. C'est… Il faut que ça soit une marque qui soit à la fois bien suratteignable parce qu'on n'est pas complètement frappé. On est conscient aussi de nos capacités, de nos possibilités. Et en fait, on est reparti vraiment pour trouver le concept de l'engin de record que tu pourras voir aussi pareil sur nos réseaux sociaux. C'est un concept qui est super innovant avec une capsule qui m'embarquera accompagné d'un copilote et qui, à pleine vitesse, ne touchera plus l'eau. Et elle sera reliée à l'eau par un foil et tractée par une aile de kite géante.
Loïc D'accord.
Alex Donc, c'est un concept qui n'est jamais vu, qui n'a jamais été exploité en mode vitesse dans le monde de la voile et dont on pense qu'il y a un potentiel fabuleux en termes de performance. Et ensuite, c'est toujours pareil. On se dit qu'on veut faire le record dans 30 nœuds devant et pas 60 nœuds ou 50 nœuds comme je suis obligé de le faire en kite. Quelle performance on peut atteindre ? Et pour l'instant, on table sur vraiment 150. La marque, l'objectif que j'avais fixé à notre équipe au début, c'était qu'il ne faut pas qu'on fasse juste un nouveau record du monde de vitesse. Ce que je te disais tout à l'heure, on n'ambitionne pas de faire 121 ou 125 km heure. Il faut vraiment que la marque soit assez haute pour vraiment obliger tout le monde à donner 150% de son potentiel. Et c'est à cette marque-là qu'on est arrivé. Donc, ça représente 80 nœuds dans le monde nautique, ce qui est fabuleux. Et 150 km heure, ça fait aussi écho pour le grand public. Ça fait du sens. Tu aurais dit 125, bof. 130, ouais, ok, c'est la vitesse que tu atteins sur l'autoroute. Non, là, 150, c'est déjà une vitesse illégale sur l'autoroute. Donc, voilà. Ça parle tout de suite dans l'imaginaire des gens. Et cette part-là, elle est non négligeable. Moi, toute ma carrière, ça a été mon envie. C'était bien sûr de battre des records, mais aussi de faire vivre cette expérience-là, de ramener des images, faire rêver les gens. Sur le projet Sirocco, on a aussi cet objectif-là, c'est de faire vivre la perf d'encore plus près. Parce qu'aujourd'hui, on a des moyens qui sont fabuleux. Donc, on a une communauté de fans qui nous suivent et qui suivent l'évolution du projet. Et cette communauté-là, tu as envie de lui faire partager ce que tu vas vivre pendant ces deux, trois ans de développement. Et on laisse perdre de records au bout. Donc, voilà. Il y a une partie story living qui est non négligeable. Moi, qui me passionne aussi, qui est passionnante pour toute l'équipe. Et pourquoi pas envisager un docu Netflix ou autre pour retracer l'aventure. Je pense que ça fait du sens. Et pour le grand public, ça fera rêver.
Loïc Ça, c'est déjà clair pour vous. Vous avez un plan de communication. Vous savez ce que vous allez partager, quand. Parce que c'est vraiment… En gros, vous designez une machine qui n'existe pas. J'imagine qu'il y a des challenges qui vont arriver au fur et à mesure de l'avancée du projet. Donc, je pense que ça doit être un peu compliqué de tout prévoir en avance. Mais la vision que tu as, c'est quoi, toi ?
Alex On a un plan, heureusement. Un plan qui est déjà lié au développement même du projet. C'est-à-dire que là, aujourd'hui, pour faire simple, on a… À l'heure actuelle, on a déjà une plateforme de tests sur laquelle on ne communique pas, qui est bien sûr un peu secrète et qui nous permet de valider pas mal de choses dans le concept. On a une maquette à échelle 1-6ème qui va être dévoilée très bientôt, dans les semaines qui arrivent. On a un film en image de synthèse qui va sortir dans la foulée, qui permettra aux gens de comprendre notre concept, de comprendre notre mission. Ensuite, on a un prototype radiocommandé, toujours pareil à échelle 1-6ème, qui va arriver en fin d'année et qui, là, va nous permettre de développer pas mal de systèmes de contrôle, de commandes pour l'engin de record final. Engin de record final qui sera construit l'année prochaine, qui, normalement, sera terminé en septembre 2021.
Loïc D'accord.
Alex Et on s'attaque au record en fin d'année 2021, on l'espère, pour un record 2022. Donc, voilà, le plan, il est plutôt clair. Là, on n'a pas trop commencé à communiquer sur nos réseaux sociaux. On est encore en mode calme. Ça va commencer à s'accélérer, là, dans les jours, dans les semaines qui arrivent. On va commencer à dévoiler petit à petit pas mal de choses. Et puis, voilà, début octobre, déjà, déjà, ça fera... On aura de quoi faire parler.
Loïc Bon, il faudra que je revienne vers toi, alors, parce qu'au moment où on enregistre, on est donc mi-septembre. Mais si tu me dis que ça arrive dans quelques jours, semaine, pour la sortie de l'épisode, ce sera live. Donc, j'intégrerai tout ça dans la description. Super. Par curiosité, le copilote, qu'est-ce qu'il va faire ?
Alex Alors, le copilote, pour l'instant, il va m'aider à piloter. Vraiment, ça sera un vrai rôle de copilote. Il va m'aider à piloter l'engin. Aujourd'hui, on ambitionne de faire un contrôle à la fois du foil et du kite. Donc, il y aura deux choses à piloter en même temps. Pour l'instant, on ne pense pas pouvoir tout réunir sur un seul pilote. Ça risque de faire beaucoup de choses. Mais en gros, il faut se positionner sur le rôle d'un copilote dans un avion de chasse. Donc, presque un navigateur qui va pouvoir gérer, par exemple, la hauteur de vol. Donc, lui, il aura une vision. Donc, il sera à l'arrière de l'engin et il aura une vision à la fois du foil et du kite. Alors que moi, à l'avant de l'engin, j'aurai probablement moins de vision sur le foil, mais plus une vision de vue générale, en gros, de la direction. J'aurai aussi une vision du kite. Donc, voilà. Il se peut qu'il y ait une partie des contrôles qui soit ramenée dans les mains du copilote. Il aura bien évidemment un rôle primordial au même titre que moi. Donc, pour l'instant, son nom n'est pas dévoilé. Ça sera peut-être une copilote. OK. Donc, voilà. Pour l'instant, on n'est pas arrêté sur un candidat ou une candidate. Mais il fera réellement partie, il ou elle fera réellement partie de l'équipe. Il faudra qu'elle travaille avec l'équipe. On va avoir plein de choses à faire, ne serait-ce qu'avant les premiers essais dans l'eau. de la même façon qu'aujourd'hui, les gens de la Coupe de l'América apprennent à piloter leur engin avant la mise à l'eau. On aura probablement un simulateur qui va nous permettre d'apprendre à gérer les contrôles avant la première mise à l'eau. Voilà.
Loïc Waouh ! Ça fait rêver.
Alex Ça me donne vraiment envie d'être déjà à l'année prochaine. Malheureusement,
Loïc on ne peut pas faire un avance rapide. Oui. Parce qu'il y a une partie homologation aussi de la machine qui devrait être faite ?
Alex Alors, pas de la machine. Il y aura... Oui, oui, probablement. Oui, oui, je ne te dis pas de la machine. Mais oui, il y a un homologateur. Il vérifie un certain nombre de choses sur la machine. Il est là le jour du record. Il vérifie que c'est bien toi qui prend le départ et qui prend l'arrivée.
Loïc Oui. Qu'il n'y a pas de changement en cours de route.
Alex C'est ça. Qu'on n'a pas éjecté le copilote, par exemple. On n'a pas le droit de se séparer d'aucun élément du Speedcraft pendant le run de record. Il faut espérer que le Kyle
Loïc ne se sépare pas de l'engin pendant le record.
Alex Oui, mais ça ne fait pas partie
Loïc des solutions envisagées. Cool. On regardera tout ça et dès que le nom sortira. Si le nom sort du ou de la copilote avant la diffusion, je mettrai ça aussi. Oui. Ça marche. Super. Écoute, Alex, peut-être qu'on arrive déjà à la fin de cette discussion super intéressante. J'ai envie de te poser une question un peu plus. Si on zoom out un petit peu, on a parlé de tes débuts en kite, on a parlé de la transition avec Sirocco, de la mission de Sirocco et de ce qui arrive. Si tu regardes tout ce parcours, à quoi est-ce que tu dois tout ça ?
Alex Je pense que c'est bateau, mais c'est la passion. Moi, c'est le kite qui est devenu, je dis passion, mais c'est plus qu'une passion. C'est une addiction, un mode de vie, tout ce que tu veux, mais c'est ce qui a réellement drivé depuis le moment où j'ai quitté mon job de commercial en 2002. Et le moment où j'en suis aujourd'hui, c'est vraiment le kite, le dénominateur commun. C'est ce qui m'a permis déjà de vivre, de me lever le matin avec une banane quand je vois les arbres bouger. C'est ce qui m'a permis de voyager, c'est ce qui m'a permis de rencontrer plein de monde, de me faire des tonnes d'amis et de rencontrer mes associés, de rencontrer... Voilà, c'est ce qui nous drive. Je pars en vacances, je vais faire du kite. C'est vraiment... Là, j'ai le fils de ma chérie à qui je fais découvrir le kite. Et là, tu te dis, il va probablement tomber accro et il est déjà accro au kite. Il a toute sa vie devant lui pour vraiment en profiter. Moi, ça fait 20 ans que je fais du kite. J'ai toujours envie d'en faire comme à mes débuts. Et donc, oui, je te dirais que le dénominateur commun à tout ça, ça reste le kite et plus dans sa globalité, plus la passion. quoi. J'aurais pu faire, je ne sais pas, de la natation, j'aurais pu faire de l'apnée, j'aurais pu faire du VTT. Ça aurait été probablement exactement la même chose. C'est-à-dire que j'aurais pu commencer à faire de la descente en VTT. Ça m'aurait passionné. J'aurais peut-être, si j'avais eu la chance d'être bon dans ce sport-là, j'aurais peut-être eu des sponsors, puis monter mon équipe de VTT. Tu vois, voilà, c'est vraiment la passion qui reste le dénominateur commun, finalement. Et d'avoir justement cette chance-là, c'est aujourd'hui un vrai luxe, quoi. Et une vraie chance. voilà, c'est pour répondre à ta question, passion et kite.
Loïc Et quel conseil tu donnerais peut-être pour le mot de la fin par rapport à l'importance de la passion dans tout ce que tu as accompli ?
Alex Vivre le truc à fond tant que vous pouvez, quoi. Parce que tu ne sais pas ce que demain sera fait, tu seras peut-être confiné pendant des années après toi à ne plus pouvoir sortir. Donc, ouais, se lancer à fond dans une passion, maximiser son temps de pratique. Et puis après, tu ne sais pas ce que ça peut t'apporter. Tu peux rencontrer des gens qui vont changer ta vie. Et puis, voilà. Donc, pratiquer le truc à fond, ça, c'est la base pour moi.
Loïc À fond. Toucheousse. super. Écoute, c'est ce qu'on retiendra. Merci beaucoup, Alex, encore une fois pour cette conversation. C'était hyper intéressant. Merci à toi, Louis. Et on va suivre avec attention la suite de ce projet décidément bien frappé. Génial.
Alex Merci, Alex. Merci, à bientôt. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501
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