Ingrid Et donc ce qui était incroyable dans ce voyage en Antarctique, c'est que tu es deux mois sur un voilier. C'est une espèce de paradoxe avec un sentiment de confinement, d'enfermement et de tout le monde les uns sur les autres. Et en même temps, une immensité tellement belle autour de toi, tu ne sais plus où donner de la tête et tu es complètement déconnecté.
Loïc Bienvenue sur Les Frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo, avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment, je suis devenu finisher de la PTL, un ultra trail de 340 km autour du Mont Blanc organisé par l'UTMB. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier, c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver. Avec mes invités, on ira naviguer sur toutes les mers du monde. On participera à des expéditions dans les régions polaires ou en Himalaya. On découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau. Et on partira en mission avec des membres des forces spéciales. Le deuxième, c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ces invités exceptionnels. On sous-estime largement ce dont on est capable physiquement ou mentalement. Et je suis convaincu qu'une petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur terre, alors autant les vivre à fond. Et bien salut Ingrid !
Ingrid Bonjour Loïc !
Loïc Ravie de te recevoir sur le podcast. Il y a tellement de sujets dont on va pouvoir parler. Je ne sais pas si notre heure, heure et demie va suffire. Mais bon écoute, on verra en tout cas. Je suis très très content d'accueillir quelqu'un qui a un parcours aussi riche et varié que le tien. Hâte que tu nous racontes tout ça. Et puis, peut-être qu'en introduction, ce qu'on pourrait faire, c'est commencer dans les grandes lignes, dresser le tableau qui est Ingrid.
Ingrid Merci beaucoup Loïc. Je m'appelle Ingrid Vanet. J'ai 34 ans et j'ai travaillé 10 ans dans le secteur privé à des postes assez variés, plutôt dans des entreprises en lien avec les enjeux environnementaux, énergétiques, économie circulaire. J'ai une start-up aussi quand je suis sortie d'école. Avant ça, j'avais fait une école de commerce, donc un parcours assez classique. Et l'année dernière, j'ai décidé de me consacrer pendant un an à un sujet qui me tenait vraiment à cœur depuis un moment que je n'avais pas forcément réussi à formaliser, à conceptualiser, qui était notre rapport au sauvage et plus particulièrement à la faune sauvage, essentiellement en France. Et donc, j'ai décidé de quitter l'emploi que j'occupais à ce moment-là. Et de prendre un an pour aller rencontrer tout un tas de personnes assez passionnantes sur le sujet de la faune sauvage. Et c'est ce que j'ai fait pendant une grosse année. Donc ça, c'est grosso modo le tableau. Et sinon, au niveau de mes activités, j'allais dire extra scolaire, extra professionnelle, je fais un peu de sport aussi. Je pratique la course à pied depuis la prépa et le trail depuis quelques années. Je fais un petit peu de rando, un petit peu de vélo. Et j'ai été aussi engagée dans différentes associations au cours des dernières années, associations en lien avec l'environnement et aussi un peu plus, j'allais dire exotique, en lien avec l'armée puisque j'étais réserviste dans la marine nationale il y a quelques années, des idées, une association sur ces thématiques. Voilà le tableau en long, en large et en travers.
Loïc Excellent, excellent. Alors peut-être, t'évoquais tes études. Donc moi, je n'avais pas forcément prévu de creuser ce sujet-là. Mais comme on est quand même sur le podcast du dépassement de soi, de la détermination, de la résilience et que ton parcours dans les études supérieures a été à HEC, donc la meilleure école de commerce en France, une des meilleures au monde. Je suis quand même curieux de savoir, tu vois, si on peut peut-être commencer par une petite parenthèse dans le parcours. Qu'est-ce que ça t'a demandé toi en termes d'efforts ? Visiblement, tu as fait une prépa puisque tu disais que c'est à ce moment-là que tu t'es mise à la course. Mais à quel point est-ce que ça a été difficile, compliqué de rejoindre une école de ce standing ?
Ingrid Je pense que ça dépend vraiment des profils, à la fois des compétences et même des personnalités. Pour moi, ça a été très difficile parce que déjà, j'ai quitté mon cocon familial. Je viens du nord de la France et donc je suis montée à Paris, comme on dit, pour ma prépa. Donc, j'ai été un peu déracinée. J'ai été un peu déracinée, tous mes amis, ma famille, etc. Dernières mois pour me consacrer pendant deux ans aux études. Quand tu arrives dans une prépa parisienne et que tu viens de province, on te le fait remarquer ou bien tu le remarques tout seul parce que tu n'as pas les codes, tu n'as pas la culture, tu n'as pas les références aussi que des jeunes de 18 ans ont quand ils ont été dans un parcours d'élite dès leur plus jeune âge. Donc, ça, ça a été assez dur les premiers mois. Et ensuite, très rapidement, je me suis dit, ok, j'ai tout quitté pour être ici. Donc, autant tout donner parce qu'il est hors de question que je fasse une troisième année. Et donc, peu importe l'école que j'aurai et si je n'ai pas d'école, rien à faire. J'irai en fac, j'irai, je ne sais pas, j'ai des vrais chefs dans l'ARZAC, peu importe. Mais en tout cas, je ne ferai pas plus de deux ans en classe préparatoire. Donc, ça a été assez particulier comme période. Mais paradoxalement, j'avais des amis, j'avais des plutôt bonnes notes. Mais c'était vraiment l'expérience en tant que telle de l'exigence. Et je pense que je me mettais énormément de pression aussi. Forcément, en prépa, on te met de la pression, mais tu t'en mets beaucoup. En tout cas, moi, j'avais une personnalité, j'ai une personnalité qui m'impose beaucoup de pression. Peu importe ce que je fais, j'ai tendance à être trop exigeante envers moi-même, et certainement aussi envers les autres. Et donc, ça a été une période qui était assez difficile pendant deux ans. Et au bout de deux ans, finalement, j'ai réussi à intégrer HEC, qui est en effet une bonne école de commerce. Mais pour être tout à fait honnête, peu importe l'école que j'aurais eue, je l'aurais acceptée, j'aurais sauté de joie et ça aurait été formidable.
Loïc Excellent. Et maintenant, avec un petit peu de recul, tu dirais que la qualité du cursus, la qualité de la formation que tu as pu recevoir à HEC, est-ce que c'était au niveau de tes attentes, de ce que tu attendais, ou en tout cas, est-ce que ça semble justifier, entre guillemets, la dureté de la sélection ?
Ingrid On a un système en France avec la classe préparatoire et ensuite la grande école, que ce soit de commerce ou d'ingé, qui est assez particulière. Je n'ai pas forcément fait un benchmark dans d'autres pays, mais c'est assez étrange. Je pense qu'il y a des avantages et des inconvénients. Comme tout système de sélection, il a ses travers. Le fait de passer par un concours, ce n'est pas parce qu'on est brillant pendant deux ans qu'on est forcément bon durant la semaine de concours. Et inversement, on peut être assez moyen pendant deux ans et cartonner au concours. Il y a tout un tas de travers. Moi, ce que j'ai aimé a posteriori, tout ça, je l'ai conceptualisé sur le moment. C'était très difficile, mais a posteriori, ce que j'ai trouvé très intéressant, et en en discutant avec des anciens de prépa ou d'école, c'est que pendant deux ans de prépa où tu travailles beaucoup, tu apprends à apprendre, tu apprends à te dépasser, tu apprends à aller au-delà de ce que tu pensais. C'est tout un tas de choses après dont on peut parler quand on parle du sport, du dépassement de soi, etc. Mais c'est une manière de fonctionner qui est poussée à l'extrême. Et ensuite, quand tu arrives en école, je pense que c'est poussé dans un extrême inverse. Tu apprends à faire beaucoup la fête et à beaucoup t'amuser et à beaucoup t'investir en association. Mais j'ai un peu l'impression que ça permet de... Pas forcément de délimiter le cadre, parce que bien sûr, tu peux sortir du cadre, mais tu te rends compte jusqu'où tu peux aller en matière de charge de travail, en matière d'apprentissage, qui est quelque chose d'assez intéressant pour se connaître. Après, ce que je regrette, et les écoles de commerce aujourd'hui changent à ce niveau-là, c'est qu'à mon époque, j'ai 34 ans, mais ça fait quand même déjà 10 ans que je suis sortie, donc ça a eu l'occasion d'évoluer. À mon époque, on parlait très peu de développement personnel, de comment être heureux dans son travail, comment choisir la carrière qui nous convient. On nous disait, voilà, l'excellence, c'est ça. L'excellence, c'est... Bon, tu parlais de HEC. L'excellence, c'est travailler dans la finance. L'excellence, c'est faire du conseil pour McKinsey. Voilà, ça, c'était les objectifs. Ce qui n'est pas du tout viable pour 300 étudiants qui sortent d'une promo, et ce qui ne te correspond pas forcément à toi en tant qu'individu. Et donc, tout le travail quand tu sors d'une école, en tout cas à mon époque, c'est ensuite de déconstruire ça et de dire, ok, tu as une certaine capacité de travail, tu as aussi des envies, tu as une sensibilité, tu as tout ça. Qu'est-ce que tu veux faire de tout ce potentiel-là et à toi de le construire ? Et ça, c'est quelque chose qu'on ne nous apprenait pas à l'école, à l'époque, qui, je pense, commence à entrer un peu plus dans la culture, dans les mœurs, mais qui nous a mis du temps à nous, cette génération-là, à intégrer. Et puis, au bout d'un job, deux jobs, on se dit, mince, je ne suis pas à ma place. Là, tu commences à prendre du recul et tu te dis, mais en fait, c'est quoi ma place ? Mais en fait, c'est quoi réussir ? Mais en fait, c'est quoi réussir pour moi ? Qu'est-ce que je veux faire de ma vie ? Comment je m'appelle ? Qui suis-je ? Où vais-je ? Et c'est là où ça devient intéressant.
Loïc Super intéressant. Tu as utilisé un terme, déconstruire, c'est vraiment mon ressenti. Je ne sais pas, moi, j'ai fait une école de commerce, mais pas du tout du niveau de la tienne. Mais quand je prends un peu de recul, que je regarde mon parcours, le parcours de mes amis de cette école ou même d'autres écoles, bref, des gens de ma génération qui ont fait à peu près le même parcours, il y a vraiment cette notion, j'ai l'impression, de qu'on a besoin de 10 ans à peu près pour déconstruire ce qu'on nous a appris et finalement, commencer à s'écouter autour de 30, 32, 33. Et là, commencer vraiment à bâtir les expériences qui nous ressemblent vraiment avec lesquelles on est parfaitement alignés. Donc, c'est intéressant de te l'entendre dire et que finalement, même au sommet, entre guillemets, on retrouve ça.
Ingrid Oui, et aussi, ce que j'ai pu constater, c'est que j'ai un certain nombre d'amis qui ont fait des switch de carrière vraiment radicaux, mais qui n'ont jamais regretté le fait d'avoir fait une école, ce soit de commerce ou une formation assez généraliste et souvent exigeante, parce qu'ils se sont toujours dit, au moins, je savais que j'étais capable de faire ça et ensuite, je pouvais faire ce que je voulais. Et si j'avais directement été… Enfin, je pense à un ami brillantissime qui a d'abord monté une start-up et qui ensuite a fait une formation pour être ouvrier agricole, qui me disait, si en fait, j'étais directement partie pour travailler dans l'agriculture, peut-être que je me serais toujours posé la question, mais est-ce que c'est vraiment ce que je veux faire ? Est-ce que je ne peux pas faire mieux ? Parce que dans notre société, on a un côté très élitiste de toujours montrer qu'on peut mieux faire. Et en fait, j'ai coché la case de ce qui est prestigieux, le monde, la société, la France sait que je sais faire et maintenant, je peux faire ce que je veux. L'idéal, c'est de ne même pas avoir besoin de cocher cette case-là, mais quand on a besoin et qu'on le fait assez tôt dans sa petite carrière ou dans sa formation, après, on peut passer à la suite. Et ce que je vois, moi, parce que je continue à être investie dans des associations d'anciens d'école, c'est que les nouvelles générations ont de moins en moins besoin de cet aspect-là, de dire, voilà, j'ai montré à la société que j'étais capable, que j'avais l'intelligence, que j'avais l'esprit critique, que j'avais je ne sais pas quoi, pour me développer. Maintenant, je pouvais faire ce que je voulais. Et ça, c'est sûr que c'est encore mieux.
Loïc Oui, c'est clair. C'est clair. Excellent. Donc, une fois diplômé d'HEC, tu le disais, 10 ans dans la sphère privée, en start-up, grande entreprise, PME à mission. Comment est-ce que tu synthétiserais ces 10 années ? Est-ce qu'il y a eu une évolution vers, justement, ces entreprises à mission ? Ou est-ce que dès le début, c'était assez clair pour toi que tu voulais ce type d'expérience ? Est-ce que les veilles, entre guillemets, jusqu'à ce que tu arrives à ce moment où tu te dis, je prends un an pour creuser le sujet de la connexion vivant, est-ce que ça a été quelque chose de progressif ? Ou qui s'est fait de manière un peu plus soudaine ?
Ingrid J'ai toujours voulu travailler sur des sujets qui me parlaient et qui étaient liés à l'environnement. OK. Au début, on ne parlait pas forcément d'environnement. En tout cas, ce qui se rapprochait le plus des thématiques environnementales, mais qui faisait quand même suffisamment sérieux pour ne pas avoir l'air d'être complètement décalé, c'était les thématiques énergétiques. Parler de l'énergie, parler de l'efficacité énergétique, des énergies renouvelables. Donc, c'est d'abord par cet angle-là que j'ai commencé un petit peu le cheminement, ma carrière à me spécialiser sur les sujets énergétiques. Et j'ai toujours voulu, comme beaucoup de personnes, avoir un impact, le fameux impact, sauver la planète et avoir le plus d'impact. Je me souviens très bien à chacun de mes entretiens d'embauche, je disais « mais moi, ce que je veux, c'est avoir un impact ». Et ça me fait beaucoup rire parce que tout le monde, enfin partout, veut avoir un impact. Je suis beaucoup revenue sur ce sujet d'avoir un impact. J'ai de plus en plus de mal avec ce concept d'avoir un impact, mais on pourra en reparler. Et donc, ça a toujours été latent dans mes choix, dans mon parcours et dans les jobs que j'ai pris au cours des dernières années. Après, le sujet du vivant en tant que tel, c'est plus récent. En tout cas, je ne l'avais pas formulé de cette manière-là. J'avais besoin, dans mon parcours professionnel, de sentir que je servais à quelque chose et que je servais à une cause qui me semblait juste, donc liée à la préservation de l'environnement. Et en parallèle de mon parcours professionnel qui était très exigeant, je travaillais beaucoup, beaucoup, beaucoup, souvent très, très déconnectée des thématiques du vivant et d'environnement vivant. Et donc, en parallèle de ça, j'avais besoin d'aller dehors, j'avais besoin de nature, j'avais besoin de courir, j'avais besoin de voyager, j'avais tout ça. Et donc, en fait, c'est au fur et à mesure, il y a eu certainement quelques expériences où je me suis dit, mais en fait, ce que tu essayes de défendre et de vendre en entreprise, c'est une espèce de concept que tu as complètement décorrélé de la réalité qui est ce qui te permet de t'épanouir aujourd'hui. Et en fait, ce dont tu parles, c'est le vivant, c'est la biodiversité, c'est le sauvage, c'est l'animal. Et est-ce qu'il y a un moment moyen de rassembler tout ça ? Donc, ça a été un questionnement qui est venu au fur et à mesure du temps et qui a été certainement, oui, exacerbé avec un certain nombre d'expériences et de voyages que j'ai pu faire.
Loïc Ok. Et la décision du coup de tout arrêter pour prendre le temps justement, est-ce que tu peux nous en parler ? Comment est-ce que tout ça s'est mis en place ? J'imagine qu'il y avait des doutes, des craintes certainement. On parlait un peu plus tôt, tu vois, du regard de la société par rapport à la notion de réussite. Peut-être qu'il y avait une notion de pression aussi quand tu as fait HEC, déjà 10 ans de parcours très successful, de dire, en fait, j'arrête pour aller me consacrer au vivant. Comment ça s'est passé cette transition ?
Ingrid J'ai pas senti de pression autour de moi. J'ai juste décidé à un moment de m'écouter. C'est tout bête et ça m'insupporte quand les gens me disent mais t'inquiète, écoutez, quand t'entends pas ce qui se passe au fond de toi et que les gens te disent mais écoute-toi et tu dis mais je ne sais pas, j'en ai aucune idée. Je trouve ça très embêtant. Donc, je vais essayer de trouver une autre manière de formaliser la chose. Mais en fait, je m'étais posé une question il y a deux ou trois ans qui revenait assez fréquemment qui était, si tu pouvais faire ce que tu voulais de ta vie, qu'est-ce que tu ferais ? Qui est une question assez absurde parce qu'on ne peut jamais faire ce qu'on veut de sa vie, parce qu'on a plein de contraintes, parce qu'on a des engagements qui soient affectifs, financiers, parce qu'on peut avoir des enfants, parce qu'on peut avoir de la famille, enfin bref. Mais je trouvais intéressant, c'est comme quand on dit il faut viser je ne sais pas quoi, la lune et comme ça, t'atteins les sommets. Au moins, t'atteins les sommets et c'est quand même déjà pas mal. Et là, je me disais, qu'est-ce qui fait de toi quelqu'un qui a les yeux qui pétit ? Qu'est-ce qui te fait rayonner ? Qu'est-ce qui te met en joie ? Et après, tu rajouteras toutes tes contraintes parce que tu es un être de contraintes, parce que tu vis dans un environnement contraint et parce que c'est OK. Mais au moins savoir quel est ton rêve. Enfin, avant de mourir, c'est quand même cool de savoir quel est son rêve. C'est un peu la base. Et en fait, je n'arrivais pas du tout à répondre à cette question, ce que je trouve très perturbant et très frustrant. Que je demandais autour de moi à pas mal de personnes ce qu'ils ont pensé et quels étaient eux leurs propres rêves, s'ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient. Et que personne ne sait répondre. Beaucoup de personnes se plaignent de leur quotidien. Mais quand tu en demandes, OK, mais alors qu'est-ce que tu ferais là maintenant ou tout de suite ? Il y a une espèce de blanc de... Franchement, je ne sais pas. Je ne sais pas. Je partirais voyager. OK, souvent, c'est je partirais voyager. OK, c'est un bon début. Mais après, tu vois, tu essayes de creuser. Et bref, moi, je me suis rendue compte que ce qui me rendait vraiment heureuse et entière, c'était deux choses. C'était deux choses, en fait. C'était soit d'être dans une... De lire dans une... Et d'entrer dans une librairie. Donc, soit, tu prends notes. Si tu pouvais faire ce que tu voulais de ta vie, qu'est-ce que tu ferais ? Tu lirais dans une librairie. C'est très ambitieux, tu vois. Là, on sent bien la nana qui a fait haute une grande école de commerce. Et le deuxième sujet tout aussi ambitieux, c'est d'être dehors et de regarder les animaux autour de moi. Et après, quand je suis ressortie de cette introspection avec ces deux informations-là, je me suis dit, bon, la lecture, c'est très bien. Tu peux continuer à faire ça. Ça t'épanouit. C'est formidable. Et être dehors avec les animaux, est-ce qu'il n'y a pas quelque chose à creuser sur ces sujets ? Et en même temps, c'était un milieu professionnel que je ne connaissais absolument pas. Je ne suis pas naturaliste, je ne suis pas biologiste, je ne suis pas éthologue, mais que j'avais envie de découvrir. Et pour une fois, j'avais envie de découvrir d'une manière très empirique. Parce que j'ai un parcours et un profil plutôt dans la réflexion, dans la stratégie, dans l'intellect. Et je me suis dit, en fait, c'est le sujet du vivant. Si tu l'abordes de cette manière-là, en lisant et en fichant des bouquins, tu vas passer complètement à côté de ton sujet. Et donc, petit à petit, est venue l'envie de rencontrer des gens, parce que j'adore rencontrer des gens, des parcours de vie, des profils variés, et d'aller sur le terrain, d'aller dehors, pour découvrir un petit peu ce qu'était le sujet de la préservation de la faune en France. Et surtout, moi, l'angle qui m'intéressait, c'était pas juste l'animal pour l'animal, même si c'est une cause tout à fait noble. Mais qu'est-ce que notre rapport à l'animal sauvage dit de nous, de nous en tant qu'humains, en tant que société, en tant que membres d'une communauté ? Et qu'est-ce que ça peut nous apporter aussi dans nos relations quotidiennes avec nos proches, avec nos collègues, avec des inconnus ? Et comment est-ce qu'on peut déjà l'observer, se continuer à retrouver l'émerveillement qu'on a certainement perdu dans le lien avec l'autre au sens large ? Et utiliser, en fait, ce canal qu'est la rencontre avec l'animal sauvage pour parler de nous, en tant qu'humains, en tant que société. C'était ça qui m'intéressait, parce que, en fait, quand tu parles, peu importe la personne, son grade, son poste, etc., quand tu parles à quelqu'un des animaux, il y a plusieurs choses qui s'opèrent. Il y a déjà une espèce de retour en enfance, tu vois, de dire « Ah mais oui, moi, quand j'étais petite, j'avais un petit lapin », ou bien « Ah mais oui, ma grand-mère, elle m'a amenée en forêt ». Donc, il y a une espèce de retour à l'émotion et au sens qu'on a beaucoup perdu dans nos sociétés, où on est très dans le rationnel ou dans la performance. Et il y a souvent une envie ou un désir d'expérimenter cette rencontre, de la vivre pour de vrai. Et je trouve aussi que dans nos sociétés, on oublie un petit peu de vivre pour de vrai, et donc d'entrer par le canal de « Mais tu n'as pas envie d'aller dehors, d'aller dormir dehors, d'aller faire un affût », ça réveillait des choses enfouies chez les gens que je trouvais très belles et que j'avais envie de creuser d'une manière ou d'une autre.
Loïc Je me pose juste une question, parce que tu évoquais les associations, le fait que tu as été réserviste dans la marine. Quelle est la place de cet univers-là par rapport à ce que tu viens déjà de nous expliquer, par rapport à tout le reste, ton attrait pour l'environnement, le vivant, le fait de donner un sens à ce que tu fais, etc.
Ingrid Alors, le milieu militaire, c'est un milieu que j'ai découvert un peu par hasard. Justement, en stage d'intégration en école, on avait un partenariat avec Saint-Cyr, qui est l'école de l'armée de terre. Et donc, on avait un stage d'intégration, de mini-aguerrissement, mais vraiment gentil, très très gentil, qui nous a permis de découvrir… L'enjeu, c'était de parler du lien ou des différences entre le commandement et le management. Et la position que tu devais adopter quand tu étais soit à la tête d'un groupe, soit quand tu étais membre d'un groupe et que tu devais suivre des ordres. Donc, c'était hyper intéressant de voir la manière dont l'armée travaillait sur ces sujets et enseignait à ses futurs commandants, parce que l'école de Saint-Cyr, c'est une école d'élite pour l'armée de terre, versus les étudiants d'école de commerce qui était dans une approche beaucoup plus démocratique où quand tu es dans un groupe et que tu es censé être soldat et te taire et suivre des ordres, tu es toujours quelqu'un qui dit « Oui, mais est-ce que vous pensez que c'est vraiment la bonne solution ? » Parce que moi, à mon avis, je pense que… Et là, c'était très drôle de constater ces différences-là. Et donc, c'est un petit peu… Donc, c'est via ce canal-là que j'ai commencé à entreouvrir la porte de l'institution militaire. J'ai trouvé intéressante aussi du fait de la pluralité et la variété des parcours des personnes qui en faisaient partie. C'est un milieu que, comme je disais, je ne connaissais pas. Il y a des profils vraiment qui viennent de partout, que ce soit de France ou de l'étranger, qui se sont tous engagés à un moment ou à un autre, souvent pour des raisons assez variées, mais quand même la plupart du temps parce qu'il y a une volonté de contribuer à quelque chose qui les dépasse, que je trouvais très intéressante. Et que je pense, moi, c'était un moment de ma vie où je cherchais un peu quelle est la cause qui nous dépasse, la cause, le Graal, ce pour quoi on veut se battre ou contre quoi on veut se battre. Et je trouvais que ce qui se tramait autour de l'institution militaire m'apportait des réponses dans ce sens. Le côté comment tu fais communauté, comment tu arrives à créer des liens avec des personnes qui viennent d'environnements différents. Comment tu arrives aussi à continuer à faire fonctionner une institution dont l'objectif est de ne jamais être utilisée. C'est ça qui est quand même assez particulier parce que des militaires s'entraînent pendant des mois, des années. Mais l'objectif est quand même, si possible, de ne pas être en guerre. Donc, c'est très particulier. Ou bien parfois d'aller dans certains autres pays. Mais l'objectif initial est de défendre le territoire national. Et en même temps, on croise les doigts pour que cela n'arrive jamais. Donc, il y a plein de thématiques qui se recroisaient. C'était une période où j'étais en start-up. Et en fait, le lien entre le leadership, le management, le commandement, l'holacratie, donc le fait de n'avoir aucune hiérarchie versus l'institution militaire qui est très hiérarchique. Il y avait à la fois des ponts et des oppositions que je trouvais très intéressantes. Et en fait, comme moi, je me suis toujours nourrie de rencontres avec des gens qui n'avaient rien à voir avec mon milieu et avec la manière avec laquelle je pouvais penser. Parce qu'avec certains militaires, j'ai aussi eu un certain nombre de discussions complètement lunaires sur des sujets sur lesquels je n'étais pas forcément en accord. Ça a fait partie des briques, je pense, qui m'ont construite au cours des dernières années et qui m'ont permis aussi de voir quelle était à la fois la force d'un collectif et la difficulté parfois à rameuter des personnes autour d'une cause qui était si peu tangible que la préservation d'un espace de souveraineté qui était quand même assez peu mis en danger au niveau des frontières terrestres.
Loïc Excellent. Excellent. Alors, j'ai découvert du coup l'association que tu as présidée qui est les jeunes...
Ingrid De l'IHEDN.
Loïc IHEDN, yes. Comment tu résumerais la mission du coup de l'association de manière synthétique ?
Ingrid C'est une association qui est rattachée au service du Premier ministre basé à l'école militaire qui a pour vocation de sensibiliser les jeunes donc c'est moins de 30 ans aux questions de défense, de sécurité et de souveraineté nationale et qui travaille beaucoup sur le lien qu'on appelle le lien armée-nation. Donc comment est-ce que tu fais en sorte que la société civile connaisse mieux son armée et que les militaires connaissent mieux les gens et les causes qu'ils défendent de par leur engagement ? Donc c'est une association qui organise beaucoup d'événements, de conférences, de visites, qui a un podcast maintenant, qui écrit tout un tas d'articles et qui est souvent sollicité que ce soit le ministère des Armées au ministère de l'Intérieur pour travailler un petit peu sur le lien entre la jeunesse et l'engagement en tant que Français.
Loïc Excellent. Super. Si il y en a qui veulent aller voir, je mettrai le lien en description de l'épisode. Excellent. Ok. Donc si on en revient du coup à cette transition que tu as opérée, c'est assez clair je pense sur la mission, en tout cas l'objectif que tu avais en tête ou les grandes thématiques qui t'animaient. Concrètement, comment est-ce que ça s'est organisé ? Comment est-ce que ça s'est concrétisé ?
Ingrid Concrètement, j'ai fait ce que j'avais appris à faire au cours de mes dix années passées en entreprise. Quand je recherchais un boulot, je suis allée sur LinkedIn et j'ai contacté des gens en disant « Bonjour, je ne connais rien à ce que vous faites, mais ça m'intéresserait vachement de passer du temps avec vous. Est-ce que vous seriez disponible ? » Sauf qu'au lieu de demander « Est-ce que vous seriez disponible pour prendre un café en bas de votre tour à la Défense ? » Je disais « Est-ce que vous seriez disponible pour que je vienne dans votre réserve naturelle, dans votre parc national, dans votre ONG pour passer un jour, trois jours, une semaine ? » Et écouter ce que vous avez à me dire et vivre un peu à vos côtés pour comprendre de quoi il est question.
Loïc Et donc là, tu avais une idée de quelque chose que tu voulais produire suite à ça ? Est-ce que tu savais déjà que tu allais, je ne sais pas, récolter des témoignages, faire de la photo ? Est-ce qu'il y avait quelque chose derrière la simple conversation, entre guillemets ?
Ingrid Alors, pas vraiment. En fait, je m'étais dit, pour essayer de cadrer un petit peu le sujet, je m'étais dit que je me donnais un an pour, pas vraiment pour réfléchir, pour rencontrer des gens qui travaillaient sur le lien entre l'homme et la faune sauvage, essentiellement en France. Et que après, on verrait bien. Et en fait, c'était une vraie volonté de ma part de ne pas partir. Et c'était très difficile pour quelqu'un comme moi qui a tendance à vouloir tout cadrer, etc. Et ne pas partir avec un objectif prédéfini parce qu'en fait, la beauté de ce sujet qui est le vivant et la rencontre, c'est son caractère complètement imprévisible. Et que si tu pars d'emblée en disant je vais interviewer telle personne et je vais faire un bouquin et je vais faire un site et je vais faire etc. En fait, tu as déjà cassé toute la matière de ton sujet qui est que tu ne sais pas ce qui va se passer et ces rencontres te transforment et ces expériences en nature parce qu'il y a bien sûr des rencontres avec des gens, des humains et puis il y a aussi beaucoup de moments que j'ai passés dehors toute seule ou à plusieurs mais souvent toute seule et ces expériences-là te font évoluer dans ta réflexion, dans ta manière d'appréhender le lien que tu peux avoir avec ton entourage, dans une entreprise, etc. Et c'est ça que je trouvais intéressant. Donc volontairement, je me suis imposée le fait pendant au moins les six premiers mois de voir ce que ça allait donner, de rencontrer des personnes en fonction de ce qui m'inspiraient ou des conseils qu'on me donnait ou de ce que je sentais et après, de commencer à tisser une toile. Et en fait, ce qui est très drôle, c'est que quand tu laisses un peu, alors je ne dis pas pour tous les sujets dans la vie, en tout cas pour celui-là, le fait de planter juste une graine et d'accepter de voir si elle allait pousser, comment elle allait pousser, si c'était une mauvaise herbe, si le truc allait partir dans tous les sens, etc. C'était aussi donner de la place à un sujet vivant que de toute façon, tu ne maîtrises pas. Et je trouve que dans nos vies qui sont toujours, et je parle beaucoup aussi de ma vie, très ordonnée, timée, organisée, etc., optimisée, le fait d'avoir ce champ de liberté-là, c'était ce qui a permis de rendre l'expérience la plus belle et la plus féconde.
Loïc Génial. Tu dirais qu'il y a des rencontres en particulier qui t'ont marqué pendant cette expérience ?
Ingrid Alors...
Loïc Tu vois, vraiment représentatif justement de ce que tu cherchais en termes de... Tu as parlé de transformation, que c'est des rencontres qui marquent. Est-ce qu'il y en a une ou deux, tu vois, pour toi, qui représente vraiment ça ?
Ingrid Oui, il y en a plusieurs. Je... Il y a des rencontres. Alors, dans les rencontres humaines, auxquelles je pense assez naturellement, il y en a quelques-unes... Il y en a quelques-unes dans les Pyrénées. D'été dernier, j'ai traversé... Enfin, on était deux à traverser les Pyrénées en randonnée par le chemin de la Haute Route qui est un itinéraire assez exceptionnel pendant un mois. Et là, on a rencontré pas mal de bergers avec leurs brebis. Et le fait de passer du temps avec ces personnes-là dans leur bergerie, d'aller participer à la traite, de discuter un petit peu de leur quotidien, du lien qu'ils ont avec les bêtes, de la peur de l'ours, souvent. Dans les Pyrénées, c'est plutôt la peur de l'ours. Dans les Alpes, c'est plutôt la peur du loup, même si loup arrive aussi dans les Pyrénées. Mais d'échanger avec eux sur le rapport qu'ils peuvent entretenir avec cette faune sauvage, ce prédateur ou tout un tas de folklore autour du sauvage, de la faune, etc. C'était des moments assez forts, je trouvais très chouettes. Dans le Mercantour, j'ai eu des super moments avec des responsables du Parc National du Mercantour, avec un pisteur loup aussi avec qui j'ai passé quelques jours. En fait, toutes les personnes avec qui j'ai passé du temps étaient d'une générosité assez exceptionnelle. Et je pense que c'est parce que tout le monde se fout un peu, qu'on se le dise, du sujet, du lien avec la faune sauvage en France. Et donc, quand tu arrives et que tu dis « Bonjour, je n'ai rien à vous vendre, je n'ai rien à vous acheter non plus, mais je m'intéresse à ce que vous êtes et qui vous êtes et ce que vous faites. Est-ce qu'on peut passer un moment et est-ce que vous pouvez me parler un peu de votre expérience ? » tout de suite, tu as un écho, tu sens que les gens sont très réceptifs. Et à l'inverse, là, je te parle de personnes avec qui je partageais un certain nombre de convictions, et à l'inverse, il y a d'autres profils avec qui j'avais très peu de choses en commun et qui ont été aussi des super rencontres. J'ai passé à peu près une semaine dans les Ardennes avec un groupe de chasseurs et c'était une expérience passionnante. Pour quelqu'un qui est assez naturellement pas forcément tout à fait favorable à la chasse en France, j'ai trouvé ça vraiment très enrichissant, très intéressant parce qu'à chaque fois, c'était des échanges qui étaient vrais et parce que dans un sens ou dans l'autre, on n'était pas là pour juger. En fait, moi, j'avais mis depuis longtemps mes postures, mes convictions, mes tout ça de côté et j'étais juste là pour absorber et pour comprendre un peu l'environnement dans lequel la thématique de l'animal était traitée aujourd'hui en France. Et donc, après, tu peux mettre ta casquette militante, ta casquette politique, etc., en disant je suis d'accord, je ne suis pas d'accord. Mais en fait, avant tout, il faut comprendre quelles sont les forces en présence, comment ça fonctionne aujourd'hui et comment est-ce qu'on peut faire pour réussir à travailler ensemble et la réflexion autour de l'altérité que représente l'animal est assez intéressante à creuser parce que tout ce que tu retrouves dans la difficulté d'approcher un animal, de le rencontrer pour de vrai, de l'accepter même si tu ne le comprends pas, etc., tu le retrouves avec des profils de gens avec qui tu n'as rien en commun et avec qui tu dois faire société. Donc, c'est ça aussi que je trouve intéressant. Moi, quand tu te retrouves face, parce que là, je te parle des rencontres humaines, mais quand tu te retrouves nez à nez à deux mètres de toi avec un gros bouquetin que tu es toute seule et que tu dis « Merde, qu'est-ce qu'il pense ? Comment je gère cette situation ? » Après, tu te rappelles que le bouquetin est plutôt inoffensif et que tu ne risques pas grand-chose, mais quand même, il a quand même des sacrés cornes et tu n'es quand même pas très rassuré. Et en fait, tu te retrouves face à une situation où tu n'as aucun moyen de communiquer avec l'individu en face de toi. Tu peux lui parler parce que toi, ça te rassure, mais tu n'es pas sûre que le message passe. Et tu dois gérer cette différence, cette altérité qui n'est pas forcément une confrontation, mais où chacun doit s'accepter et réussir à cohabiter dans un espace où tout le monde n'a pas forcément les mêmes envies, les mêmes besoins, les mêmes manières de vivre. Et c'est ça qui est assez intéressant à creuser aussi dans les rencontres humaines que tu peux avoir dans ta vie de tous les jours avec des gens avec qui tu n'es absolument pas d'accord.
Loïc Oui. Tu dirais que c'est un peu finalement la synthèse de cette expérience à la rencontre de gens qui sont impliqués sur les sujets du vivant, etc. c'est un petit peu ce que tu retiens de toutes ces rencontres que tu as pu faire ? Oui, complètement.
Ingrid C'est à la fois la notion d'altérité. Il y a aussi un sujet dont on ne parle pas suffisamment, je trouve, sur lequel on n'arrive pas suffisamment à se concentrer, c'est accepter de laisser de la place à l'autre parce que, que ce soit l'animal sauvage ou l'autre que toi, pour s'épanouir, pour vivre, pour évoluer, il a besoin d'un espace, que ce soit un espace physique ou un espace mental. Donc voilà, comment tu fais pour laisser de la place à l'autre ? Comment tu fais pour prendre le temps ? Aujourd'hui, on veut toujours tous très vite faire les choses et en fait, la nature a besoin de temps pour évoluer, pour grandir, pour tout ça. Donc comment est-ce que tu fais pour penser tes actions dans le temps long ? Comment est-ce que tu fais pour avoir le moins d'impact possible ? On revient sur le sujet de l'impact parce qu'en fait, l'idéal quand même, c'est comme envie bivouac quand tu pars de ton bivouac, l'objectif, c'est de ne laisser aucune trace. Et nous, en fait, même dans notre vocabulaire, dans notre société, tout le monde veut avoir un impact, tout le monde veut faire des choses. Et en même temps, quand tu regardes la nature, l'idée, c'est de faire en sorte que ton passage sur Terre ne détériore pas l'environnement et la nature. Alors, il y en a, de plus en plus, on dit, non, mais c'est avoir un impact pour réparer ce qu'on a pu faire de mal. Et je comprends tout à fait cette logique. Je suis volontairement un peu provoquante quand je parle de l'absurdité d'avoir un impact. Parce que, bien sûr, avoir un impact pour mieux faire les choses, ça se comprend. Mais en fait, notre volonté individuelle et collective de marquer du saut de notre existence, la planète Terre, c'est peut-être un peu la raison pour laquelle les choses foutent un peu le camp aujourd'hui. Et tout ça, en fait, c'est dans notre inconscient collectif, dans notre imaginaire de dire, on veut montrer qu'on a fait quelque chose. Oui, mais attention, parce que quel est le travers de ça ? C'est qu'à force de vouloir montrer qu'on a fait quelque chose, l'espace de vie naturelle est de plus en plus fade et de moins en moins riche parce qu'on a voulu mettre de l'artificiel et de l'humanité un peu partout et qu'on n'a pas forcément laissé suffisamment de place à l'autre.
Loïc Vaste sujet. Cette notion de finalement dire, est-ce que l'objectif en réalité, ce ne serait pas de faire aucune, tu vois, je pense à la surface d'un lac, de ne pas venir la perturber, qu'il n'y ait aucune ride, aucune honte, que le passage soit le plus, le moins marquant, finalement, le moins impactant possible pour déranger un minimum de choses. Et donc, juste, puisque moi, j'ai découvert ton parcours, je crois que c'était sur LinkedIn où tu as, alors je ne sais pas si tu communiquais avant quand tu étais dans ta grande carrière successfoule en entreprise sur des sujets business ou autre, mais en tout cas, moi, j'ai commencé à avoir des posts sur LinkedIn que tu faisais, j'imagine, je ne sais pas combien de temps c'était après que tu aies fait ta transition, mais sur le sujet du vivant, tu partageais d'ailleurs des infos hyper intéressantes. J'ai découvert, par exemple, que j'avais toujours du mal à me rappeler Antarctique, Arctique et je n'arrivais pas à trouver de moyens mnémotechniques de comment me rappeler lequel et quoi et donc, j'ai vu un de tes posts avec un ours polaire en image où tu expliquais le petit tips pour s'en rappeler mais voilà, le premier, je crois que le gros post que j'avais vu, c'était celui où tu annonçais que tu partais donc en Antarctique, je ne me trompe pas,
Ingrid qui est l'anti-Arctos,
Loïc voilà, Arctos, ça veut dire ours et donc en Antarctique, l'anti-Arctos, donc voilà, il n'y a pas d'ours, donc le pôle sud, il n'y a pas d'ours, mais bref, donc c'est là que j'ai découvert ton parcours, à quel moment est-ce que, donc déjà, si tu es ok, j'aimerais bien qu'on discute un petit peu de cette expédition puisque pour le coup, c'était un gros projet et peut-être avant qu'on parle de l'expédition en tant que telle, à quel moment est-ce que tu as formulé ce projet, comment tout ça s'est présenté et surtout, à quel moment de cette coupure de un an ? Déjà, est-ce que c'était vraiment dans la coupure de un an pour chronologiquement remettre ? Oui, ça fait partie de la coupure. Oui,
Ingrid tout à fait.
Loïc Et donc, comment est-ce qu'on en arrive à se dire je pars en Antarctique pour observer le vivant là-bas ?
Ingrid Alors, pour répondre à ta question, oui, ça a clôturé en beauté mon année de réflexion et d'expérience autour du vivant que j'avais vraiment concentré sur la France métropolitaine et j'ai eu cette chance incroyable de passer deux mois sur un voilier en Antarctique en janvier-février 2023. Oui, tout à fait, 2023. Donc voilà, ça a permis de clôturer cette année en donnant un regard assez différent de ce que j'avais pu voir et expérimenter en France. Comment on en vient là ? Alors, moi, j'ai eu énormément de chance et beaucoup, beaucoup, voire que de la chance. J'ai été là au bon moment, au bon endroit parce que c'était une expédition qui devait avoir lieu il y a quelques années qui, du fait du Covid, a été décalée de deux ans. Un membre de l'expédition pour des raisons personnelles n'a pas pu annoncer en septembre de l'année précédente qu'ils ne pouvaient plus se joindre à ce projet. C'était un gros projet parce que c'était partir de moi, aller jusqu'en Baie-Marguerite qui est un endroit assez isolé où très peu de voiliers vont pour pouvoir prendre le temps, aller voir les animaux passer du temps. Il y avait tout un partenariat qui a été monté avec une fondation pour travailler avec les scolaires sur les enjeux polaires, etc. C'était un gros projet et cette personne pour des raisons personnelles a dû se retirer de l'expédition et moi, j'étais là au bon moment, au bon endroit et j'ai dit moi, moi, ça m'intéresse. C'est complètement sur mes sujets. On parle de biodiversité, on parle de temps long, on parle de nature, de liens qu'on a avec la faune sauvage, de transmission aux jeunes et en plus, je suis dans mon année consacrée aux vivants donc j'ai le temps et donc j'ai pu intégrer cette expédition. Donc ça a été énormément de chance pour moi et en amont, en fait, tout l'équipage avait travaillé sur ce projet qui devait partir déjà dès 2020 voire 2021, j'ai un trou.
Loïc Ok. Et donc là, tu es partie avec la casquette Ingrid solo ou avec la casquette fonds de dotation Paul-Emile Victor ? Ce qu'on n'a pas encore parlé mais c'est ton activité aujourd'hui, c'est ça, principale ?
Ingrid Alors, non, l'activité d'administratrice du fonds de dotation Paul-Emile Victor, c'est une activité bénévole que je fais en plus de tout le reste. Là, j'étais vraiment partie avec la casquette Ingrid solo, Ingrid et les petits animaux, découvrons un peu ces sujets-là et continuons la réflexion sur notre lien à la faune sauvage et la particularité, moi, ce qui m'intéressait dans l'expérience en Antarctique, au-delà du caractère fabuleux, esthétique, etc., c'est qu'en Antarctique, ce qui est très étonnant, c'est que la biodiversité est très pauvre dans le sens où elle est absolument incroyable, il y a des baleines, il y a des phoques, il y a des manchots, mais il y a très peu d'espèces. Je pense, et vraiment, j'en suis quasiment persuadée, qu'il y a plus de biodiversité, en tout cas, d'espèces différentes à Paris, et je ne parle pas de la France, je parle de Paris, qu'en Antarctique. Mais c'est juste que ce sont des espèces qui sont tellement emblématiques et tellement imposantes que ça nous fait briller les yeux. Et donc, ça m'intéressait aussi de jouer sur ce sujet-là, de dire, mais attendez, vous, quand vous pensez Antarctique, vous pensez les animaux, mais pourquoi quand vous pensez Paris, vous ne pensez pas les animaux ? Parce qu'il y a plein d'animaux, vous avez vu tous les insectes, vous avez vu tous les oiseaux. Ce sujet-là m'amusait beaucoup. Ce que je trouvais aussi intéressant, c'est que la raison pour laquelle on est comme des gamins quand on est en Antarctique, c'est parce que les animaux, on parvient à les approcher sans faire beaucoup d'efforts. En France, tu peux les approcher si tu restes pendant trois heures dans ton affût, que tu ne fais pas de bruit et qu'ils ne te voient pas. Donc, ça nécessite un effort, un engagement, etc. En Antarctique, les animaux, tu peux les approcher beaucoup plus facilement. Il y a bien sûr tout un tas de distances de sécurité, évidemment, pour ne pas leur transmettre de maladies, mais le contact se fait beaucoup plus facilement. La raison évidente à ça, c'est parce qu'on ne les chasse pas. Tout simplement. Évidemment, un chevreuil, il te voit, le premier truc qu'il fait, c'est qu'il part le plus vite possible parce que humain égale chasse égale tu vas mourir. En Antarctique, ça fait des dizaines d'années qu'on ne chasse plus la baleine donc il maintenant revient et c'est super. Le phoque a été chassé dans les premières expéditions d'explorateurs polaires mais ça fait aussi très longtemps qu'il n'est plus chassé et donc tu as un rapport à l'animal qui n'est pas d'égal à égal parce qu'on est tous différents mais qui est de ah tiens, il y a un truc qui débarque sur mon territoire et c'est ok parce que de toute façon c'est un truc de plus ou de moins et donc l'animal est chez lui et toi tu lui rends visite toi tu es un visiteur qui est toléré pour un certain temps dans un espace donné. A l'inverse de la France où nous, humains, on a l'impression qu'on est sur notre territoire et de temps en temps quand on essaye de voir les animaux il faut faire beaucoup d'efforts parce que les animaux ont tellement l'habitude de se retrouver accueillis à coups de fusils ou autre ou bien d'être dégagé parce qu'en fait on prend de plus en plus de place avec nos sports nos sports d'outdoor moi je pratique le trail, la rando, le vélo, tout ça oui mais en fait le parapente ça prend l'espace sur un espace de nature qui jusqu'à maintenant était réservé aux animaux donc c'est génial on veut tous aller dehors et moi la première sauf que comment est-ce que tu arrives à cohabiter comment est-ce que tu fais pour équiper des voies d'escalade quand en fait tu as des oiseaux nicheurs et qui maintenant ne peuvent plus accéder à leur nid ou bien sont dérangés par les grimpeurs donc cette cohabitation-là qu'on n'a pas forcément l'habitude d'appréhender de cette manière-là en France quand tu es en Antarctique comme c'est toi qui es l'intrus tu la constates vraiment parce que tu n'as rien à faire là tu es juste un visiteur qui est accepté pour quelques heures quelques jours et qui après repart donc ça crée un rapport à l'animal qui est assez intéressant et très différent de ce que tu peux avoir dans ton quotidien en France
Loïc super intéressant ça du coup au moment du départ tu avais t'expliquais un peu plutôt que habituellement tu es plutôt quelqu'un de rationnel qui aime bien organiser les choses structurer etc c'est ce que tu avais essayé d'éviter en tout cas au début de ta coupure est-ce que là pour le coup par contre pour l'Antarctique tu avais une sorte de protocole d'éléments que tu voulais absolument observer qui t'ont permis de tirer les conclusions que tu viens de nous présenter ou ça a été vraiment tu fais ça de manière un peu empirique maintenant que tu as digéré l'expérience
Ingrid non j'avais rien formalisé dans mon approche jusqu'au bout j'ai été en freestyle oui tu as raison j'avais absolument rien formalisé mon objectif était de de de me laisser surprendre en fait et donc de continuer tu vois dans cette découverte de soi il y a le côté tu te laisses surprendre par les rencontres que tu fais et tu vois ce que ça provoque en toi comme sentiment comme émotion etc et donc ce qui était incroyable dans ce voyage en Antarctique c'est que donc tu es deux mois sur un voilier avec six autres personnes sur un petit voilier de 15 mètres c'est pas très grand t'es pas vraiment confiné parce que quand t'es à l'intérieur t'as l'impression d'être confiné mais en fait dès que t'es dehors sur le pont t'as l'immensité autour de toi et puis dès qu'on était au mouillage on pouvait accoster et se balader un petit peu même si c'était toujours des régions où il fallait faire attention on avait toujours une radio etc donc c'est c'est c'est une espèce de paradoxe avec un sentiment de confinement d'enfermement et de tout le monde les uns sur les autres et en même temps une immensité tellement belle autour de toi que tu sais plus où donner de la tête et ce qui était dingue aussi c'est que pendant deux mois tu es complètement déconnecté en fait enfin bien sûr on n'avait pas accès à internet à nos réseaux sociaux à tout ça on avait juste une adresse mail satellite qui nous permettait donc moi qui nous permettait d'envoyer un ou deux mails par semaine mais c'était du one way enfin de temps en temps il y avait une personne qui me répondait mais envoyer une adresse envoyer une image ça prenait une demi-heure tellement c'était galère donc tu vois je pense que je devais envoyer un mail par semaine et en fait tu ne reçois aucune information de l'extérieur donc en fait tu es dans ta petite bulle où où rien n'a de prise sur toi où tu es juste dans le moment présent mais c'est un moment présent qui dure pendant deux mois donc c'est c'est assez exceptionnel où comme tu ne sais pas naviguer parce que je ne savais pas naviguer il faut le préciser en fait tu as un capitaine qui prend les décisions et toi tu es un soldat en fait toi tu exécutes les ordres donc tu ne commences pas à dire oui mais est-ce que tu penses que ce mouillage là c'est vachement bien non juste tu fermes ta gueule il te dit de gérer les amars la grand voile le machin t'exécutes et en fait tu n'as pas de décision à prendre quand c'est ton tour pour faire la popote ou faire la vaisselle tu fais la vaisselle le ménage etc et tu es juste là et tu es juste là pour profiter sans aucune contrainte et sans aucune charge mentale de gestion de l'itinéraire parce que tout dépendait de la météo donc tu ne pouvais rien prévoir de gestion de l'après parce que de toute façon comme tu n'as pas accès à internet ou à tes amis ou à tout ça tu ne peux rien prévoir donc en fait ça te coupe complètement de ton quotidien et ça je ne l'avais pas du tout anticipé tu vois je m'attendais beaucoup au beau à l'esthétique à la rencontre avec l'animal etc mais cette expérience de faille spatio-temporelle dans notre vie surorganisée elle m'a elle m'a complètement scotché et pourtant j'avais eu déjà des expériences de rando longue je te parlais des Pyrénées enfin d'autres moments comme ça où pendant quelques jours tu es déconnecté mais pendant deux mois
Loïc c'est la prodigue ouais et puis même sur des rando longues tu vois pour en avoir aussi fait quelques-unes tu as quand même le lien est toujours là tu vois tu t'aperçois toujours un village au loin où tu sais qui ça va pas tu as toujours un lien en fait tu peux avoir du réseau régulièrement tu sais qui ça va pas on peut venir te chercher dans le pire des cas tu te fais tu vois PGHM te récupère mais tu es je trouve que d'un point de vue tu vois espace-temps en fait même si tu peux être un peu déconnecté tu restes dans un cadre habité humanisé enfin tu vois où finalement tu es quand même globalement en sécurité tu fais partie de la civilisation là comme tu dis enfin je sais pas vous étiez à combien d'heures de vol s'il y avait une urgence tu vois d'hélico ou d'avion je sais même pas si vous étiez accessible par les secours là où vous étiez
Ingrid quand tu pars en Antarctique tu pars du principe que si t'arrives une merde c'est à toi de gérer après tu vois si t'as la chance d'avoir un bateau qui passe pas très loin tu peux faire tu peux faire un appel mais sinon il n'y a pas de service de secours t'as rien du tout
Loïc ouais donc voilà c'est quand même un paramètre mais spontanément j'avais envie de te dire punaise quel luxe parce que pour des gens tu vois comme nous qui vivons dans une société hyper connectée etc dans quel contexte est-ce que tu peux tu peux te retrouver comme ça finalement forcée à être dans l'instant présent et t'as pas le choix en fait il n'y a que ça tu dirais que ça a été finalement avec un peu de recul t'as réussi à l'apprécier ça quand même ou ou pas forcément dans l'instant
Ingrid ah si je pense que j'ai je l'ai je l'ai vraiment vécu à 300% et je l'ai apprécié pleinement et ce qui est étonnant c'est que c'est alors en rentrant ça a été assez difficile je suis restée après trois semaines en Patagonie pour pour randonner toute seule parce que je pense que j'avais besoin d'un sas de décompression et en fait en rentrant j'ai pas mal d'amis qui tout de suite m'ont sollicité en me demandant et alors et cet été et ce week-end là est-ce qu'on l'organise et tout ça et je me suis sentie complètement oppressée par toutes ces demandes là moi qui pendant trois mois n'avais rien dû gérer d'un coup j'ai eu l'impression d'une espèce de vague qui m'engloutissait de sollicitations du monde extérieur et je me disais oh mais je sais pas gérer tu vois une espèce de crise de panique alors que je suis quand même quelqu'un encore une fois de très organisé et qui gère tout bien à l'avance donc ça c'était c'était très étonnant je me suis rendu compte après et des sollicitations
Loïc pour des podcasts bref ça m'arrêtait pas exactement
Ingrid mais ça c'était la gloire tu vois la relation de la gloire évidemment mais oui et le deuxième point forcément je l'ai oublié mais ça reviendra
Loïc ok ouais donc j'imagine que le retour le retour même avec le sas de décompression de la Patagonie ça doit être compliqué mais est-ce qu'il y a des des habitudes que t'as mises en place des choses que t'as changées justement dans ton rapport au temps à la connexion tu vois avec les réseaux la fréquence à laquelle t'es connectée aux autres est-ce qu'il y a eu des impacts durables de ce voyage enfin de cette expédition
Ingrid oui déjà pardon je je me mets très souvent en en mode ne pas déranger sur mon téléphone ce qui peut avoir tendance à à énerver mes proches qui donc ne peuvent plus me contacter aussi facilement mais oui ça m'arrive maintenant d'avoir quasiment quasiment toute une journée ou en tout cas les week-ends de laisser mon téléphone dans un coin et de me mettre en mode ne pas déranger des choses toutes bêtes mais de partir pour toute une journée et de laisser mon téléphone chez moi et d'aller faire des courses et de laisser mon téléphone chez moi et ça se passe bien enfin la probabilité de se perdre dans Paris est quand même assez limitée ou au pire on arrive à trouver quelqu'un qui nous réoriente c'est des choses toutes bêtes mais on a tellement d'habitude d'être tout le temps connecté à notre téléphone que rien que le fait de laisser son téléphone chez soi c'est pas qu'on l'oublie c'est une démarche volontaire et vraiment réfléchie de se dire oui ça va je vais aller acheter du pain je peux laisser mon téléphone ça va bien se passer donc c'est que des petites choses comme ça qui me font rire et en même temps quand j'embête mes amis avec ça je me rends bien compte qu'on vit aussi dans une époque et dans un mode de communication où c'est assez simple de se laisser dépasser par les sollicitations donc je pense que c'est ça et puis aussi je continue à me octroyer du temps toute seule dehors à aller marcher toute seule à aller courir toute seule à partir plusieurs jours comme ça juste voilà juste pour moi parce que je me rends compte que à Paris je me perds un peu je m'oublie je suis toujours comme tu dis dans la réponse à des sollicitations et donc le fait de se retrouver seule avec soi-même et d'aller courir et de mettre son cerveau de côté ça fait beaucoup de bien donc ça aussi c'est des moments que je continue à m'accorder et qui sont vraiment salvateurs
Loïc excellent excellent peut-être dernière question sur l'expédition avant qu'on parle de la suite puisque j'imagine qu'il va y avoir une suite mais comment ça se passe puisque tu disais que tu t'es greffé sur l'expédition si j'ai bien compris plutôt sur le tard l'équipe le reste de l'équipe se connaissait déjà pour le coup est-ce qu'ils avaient préparé cette expédition ou pas nécessairement ?
Ingrid alors on avait un chef d'expédition qui avait monté le projet et l'équipe et donc qui connaissait tout le monde qui était un ancien hivernant de base antarctique passionné par la région et ensuite tous les membres ne se connaissaient pas donc je suis pas j'estime de pas trop être arrivé comme un cheveu sur la soupe parce que ça faisait pas déjà des années qu'ils se connaissaient qu'ils travaillaient ensemble etc. donc ça s'est bien enfin en termes d'intégration ça s'est bien passé mais on avait on avait vraiment le noyau dur c'était le chef d'exposition le capitaine qui avait navigué dans ses eaux pendant 10 ans et qui connaissait très bien la région et qui était un marin exceptionnel et puis et puis ensuite des personnalités qui soit étaient liées avec l'Antarctique ou avec les environnements plutôt marins nature etc. et qui voulaient découvrir aussi la région
Loïc Excellent et comment est-ce que du coup on apprend à vivre pendant 2 mois avec des gens qu'on connaissait pas forcément très bien avant de partir quand on est dans une bulle loin de tout de 15 mètres c'est ça donc vous aviez cabine partagée j'imagine en étant le nombre que vous étiez
Ingrid Ouais on avait pas vraiment enfin non on avait pas de cabine on avait des couchettes qui étaient enfin 3 couchettes qui étaient séparées par un rideau après un espace de vie et pareil au fond au fond du bateau 3 couchettes qui étaient séparées par un rideau et le capitaine qui dormait dans l'espace de vie donc oui c'est sûr qu'en termes d'intimité de moments pour soi de tout ça on ne le dit pas trop comment on apprend à vivre avec des gens c'est une excellente question en fait je pense que quand t'es dans un endroit que tu veux vraiment découvrir ou quand t'es à un moment que tu veux vraiment vivre bah tu enfin tu fais des compromis tu te dis que rien ne pourra gâcher ce moment d'exception et je pense qu'on était tous dans cet état là on savait tous qu'on avait une chance exceptionnelle on savait tous que c'était certainement la première et la dernière fois qu'on serait sur un bateau pendant aussi longtemps pour découvrir pour prendre le temps etc et donc je pense que tout le monde est venu avec sa personnalité mais aussi avec sa capacité d'adaptation et de en faisant en sorte que ça se passe bien et comme il n'y avait pas de caractériel ou ou de gens qu'on avait envie de jeter par-dessus bord bah ça s'est ça s'est bien passé on a fait en sorte de vivre en société comme des êtres responsables et ça s'est très bien passé
Loïc excellent est-ce que le moment où tu as vu l'Antarctique du coup pour la première fois est-ce que est-ce que ça a déclenché quelque chose est-ce que ça reste un moment fort ou finalement bon c'est plus le voyage au global qui a été qui a été exceptionnel pour toi
Ingrid ah si ça a été le moment où on a vu pour la première fois une espèce de sommet en fait on ne savait pas trop si c'était au loin un gros iceberg ou un sommet qui était ou même un nuage enfin c'était pas très clair il y avait une espèce de brume etc et là c'est un moment où tu te dis oh ça y est enfin genre ça y est on y est et ce qui est ce qui est marrant c'est que en fait avant d'arriver en Antarctique donc le bateau part d'Ushuaia et il y a un passage qui s'appelle le passage du Drake entre Ushuaia et le début le haut de la péninsule antarctique qui est une espèce de j'allais dire d'enfer sur c'est même pas enfer sur terre parce que c'est enfer sur mer mais pendant trois ou quatre jours tu navigues non-stop dans des eaux qui sont assez dangereuses t'as en gros l'océan Atlantique d'un côté qui rencontre l'océan Pacifique de l'autre qui rencontre l'océan Austral encore de l'autre côté et donc ça crée une espèce de machine à laver géante avec souvent énormément de vent et donc quand on est arrivé à Ushuaia et qu'on est parti en bateau on était plus stressé par ce passage là parce qu'on se disait mon dieu est-ce que je vais être malade est-ce que ça va bien se passer est-ce qu'on va pas tous mourir etc parce que forcément les gens qui étaient déjà passés par là tu sais t'as toujours le côté un peu tu vas voir ça va être horrible côté un peu grande gueule et tout ça donc tu sais que tu vas prendre cher et donc tout le monde était un peu stressé par ce moment là et donc on voyait pas encore on projetait pas encore une arrivée en Antarctique en tout cas moi je projetais pas l'arrivée en Antarctique l'objectif était je caricature mais c'était de survivre à ce passage du Drake et après l'Antarctique on verra et donc quand quand l'Antarctique est arrivé tu te dis oh déjà un trop bien j'ai survécu et puis deux ça y est quoi c'est l'exceptionnel qui avait déjà un peu débuté se présente à toi et et ça c'est c'est assez fou c'est assez fou comme comme sentiment et puis et puis après c'est comme comme toutes les expériences de nature que tu sais finalement cadrer dans le temps tu te dis mais chaque journée est exceptionnelle chaque journée est une est une découverte et donc quand tu te couches le soir tu te dis mon dieu mais il s'est passé tellement de choses et c'est toujours très frustrant parce que quand tu es dans ton quotidien à Paris et que tu arrives le vendredi soir et tu dis j'ai pas vu la semaine passer j'ai eu l'impression d'être dans un tunnel alors que quand quand tu randonnes pendant une semaine tu dis oh là là mais c'est fou en une semaine j'ai eu l'impression d'avoir vécu mille vies et tout l'enjeu est de dire comment est-ce que tu arrives à recréer cet émerveillement et cet état de conscience dans tout ce que tu fais au quotidien même les trucs qui te paraissent parfois les plus chiants ou parfois les moins intéressants de dire comment t'arrives à recréer ça pour pas que le vendredi soir tu te réveilles en disant mon dieu mais j'ai pas vu la semaine passée c'est horrible comme sensation
Loïc clairement clairement clairement clairement et le passage de Drake ça me fait penser à l'histoire de Shackleton quand tu penses qu'il y a des des hommes qui ont traversé ce passage sur alors la chaloupe était plus vraiment ouverte parce qu'ils avaient mis un espèce de pont ils avaient fabriqué une espèce de ponton enfin de de pont pour la chaloupe mais ils tenaient pas je crois qu'ils tenaient à peine assis à l'intérieur enfin bon bref ! de penser qu'il y a des gens qui ont traversé ce passage genre absolument horrible dans une chaloupe tu devais faire je sais plus 6 ou 7 mètres en 1915 ou 16 tu vois tu te dis mais avec une carte et un compas comme seul instrument de navigation tu dis bon ça c'était d'exploration
Ingrid ah oui les premiers quand tu regardes un petit peu les récits des premiers explorateurs polaires alors Shackleton c'est quelque chose parce que c'est surtout tout le récit d'un sauvetage dingue mais même Charcot aussi enfin il y en a beaucoup Scott énormément de récits comme ça de voyages et c'était très drôle parce que dans la bibliothèque du bateau le capitaine avait beaucoup soit de biographie d'explorateurs ou bien de récits d'explorateurs polaires et ce qui était fascinant alors c'est déjà tu te rends compte bien sûr de la différence de matériel de conditions de vie qui n'ont absolument rien à voir surtout les gars quand ils partaient hiverner enfin c'était quand même pas la même mais moi ce que j'ai trouvé très étonnant c'est notamment dans les récits de voyages de Charcot donc l'explorateur polaire français Charcot qui décrivait les manchots qu'il rencontrait et les comportements des manchots sur les rochers sur la glace etc et ce que j'ai trouvé fascinant et en même temps évident c'est que on aurait pu décrire exactement la même chose c'est à dire que 100 ans après plus de 100 ans après les comportements de ces manchots n'avaient pas du tout changé ils évoluaient toujours de la même manière ils ressemblaient toujours à ce à quoi ils ressemblaient il y a plus de 100 ans leur fonctionnement leur ennemi leur manière de se mettre à l'eau et en fait c'était drôle de se rendre compte à quel point nous en 100 ans quand tu regardes les récits justement de gens qui vivaient il y a 100 ans à quel point notre vie n'a rien à voir et à quel point leur vie à eux est exactement la même alors bien sûr après tu rajoutes toutes les contraintes liées au dérèglement climatique et tout ça mais ce que je veux dire c'est en tant que qu'espèce leur manière de vivre et d'évoluer n'a pas changé et c'est très drôle de lire des récits il y a 100 ans du siècle dernier qui décrivent quelque chose que toi tu vois directement et qui n'a pas évolué
Loïc ouais fascinant fascinant donc là le retour de ton expédition ça s'est fait ça s'est fait quand ? il y a quelques semaines un mois et quelques c'est ça ?
Ingrid ouais il y a un mois c'est ça
Loïc un mois ok quand on avait échangé en off pour préparer l'interview j'avais cru comprendre que ça clôturait cette année mais que finalement c'était peut-être la première étape vers d'autres projets derrière donc est-ce que c'est le cas et si c'est le cas est-ce que tu peux nous en parler ?
Ingrid alors c'est sûr que après avoir travaillé pendant un an sur les sujets liés au vivant et à la biodiversité c'est très difficile de clôturer et de dire bon bah maintenant on va retourner travailler à la défense même s'il y a plein de choses à faire à la défense en matière de biodiversité mais oui ce sont des sujets que j'ai envie de continuer à creuser alors je continue tu parlais des petits articles sur LinkedIn je continue à écrire à poster sur LinkedIn et puis à écrire un peu plus pour d'autres projets par la suite et je vais continuer enfin je pense que ça sera certainement plus clair dans les prochaines semaines mais je vais continuer à m'engager sur ces sujets en fait pendant un an j'ai beaucoup été dans l'observation parce que ça me semblait important avant d'arriver avec mes gros bras et de dire je vais sauver la planète je vais révolutionner la manière de traiter le vivant et la faune sauvage en France je me suis dit bon vas-y avec un peu d'humilité essaye de comprendre ce qui se passe et vois si toi tu peux y apporter quelque chose donc j'ai été vraiment pendant un an dans une logique plus d'absorption d'informations d'émotions de tout ça et là je rentre dans une phase où j'ai envie de faire des choses sur ces sujets souvent ce qui est bien c'est que la réflexion et le vécu précèdent l'action donc c'est déjà pas mal et donc là je suis dans cette phase là et dans les prochaines oui dans les prochaines semaines il va y avoir des choses qui vont se concrétiser pour s'engager un petit peu sur ces thématiques de biodiversité et de vivant notamment en France parce qu'on parle beaucoup de biodiversité qui nous fait rêver de pays exceptionnels mais on a beaucoup de choses aussi à faire en France et j'aimerais bien y consacrer un peu de mon énergie
Loïc génial génial bon stay tuned on va suivre les annonces dans les semaines qui viennent et peut-être en conclusion Ingrid donc tu t'es donné les moyens de vivre des expériences extrêmement riches pendant un an donc moi j'ai une question pour toi l'objectif du podcast c'est aussi d'inciter tu vois les gens à passer à l'action en tout cas de les inspirer à se lancer à leur propre niveau dans leurs univers dans leurs disciplines à oser entreprendre viser leurs objectifs même s'ils paraissent complètement fous aux autres mais souvent on est bloqué très souvent par des éléments qui sont propres à nous des peurs qu'on a des craintes on en avait un petit peu parlé je crois que tu avais fait un post notamment sur le sujet par rapport au bivoua qui me semble fait que tu en avais un peu marre qu'on te dise mais comment tu vas dormir toute seule la nuit t'es une femme c'est méga dangereux machin donc peut-être qu'on pourrait parler de ça mais est-ce que globalement il y a des réalisations que tu as eues des prises de conscience que tu as eues par rapport à ce que tu es capable de faire pas nécessairement en tant que femme mais en tant qu'individu en tant qu'Ingrid que tu pensais pas nécessairement possible avant d'entreprendre toutes ces expériences
Ingrid oui complètement en fait c'est assez marrant parce que ce dont on parle c'est le sujet de la confiance en soi et on n'est pas tous égaux face à la confiance en soi il y en a qui naissent avec une capacité à se faire confiance qui est exceptionnelle et t'en as d'autres chez qui c'est moins le cas et donc tout le travail est de se dire pour ces personnes-là comment tu y vas step by step parce que c'est quelque chose qui se construit un peu au fur et à mesure et une fois que tu as acquis un certain niveau de confiance en toi bon bah tu te dis bon c'est quoi enfin est-ce que je pourrais pas faire juste un petit peu plus juste un petit peu mieux et en fait c'est des toutes petites marches qui au fur et à mesure quand tu les gravis tranquillement l'air de rien tu te rends compte que bah ouais t'arrives à faire des choses assez chouettes et alors moi moi j'ai une recette miracle non c'est pas une recette miracle mais un truc qui fonctionne assez bien chez moi et qui est qui est assez absurde je sais pas si je suis la seule à fonctionner de cette manière-là mais quand j'ai des je sens que j'ai des défis professionnels qui sont complexes ou que j'ai un un espèce de manque de confiance en moi je m'inscris à des courses que je trouve complètement folles et beaucoup trop dures pour le niveau que j'estime avoir et une fois que j'ai passé la ligne d'arrivée je me dis non mais attends Ingrid si t'es capable de faire ça mais t'es capable de tout faire et donc en fait c'est un peu comme ça que je fonctionne c'est assez bizarre parce que c'est c'est complètement irrationnel parce que c'est pas parce que t'es capable de courir 100 km que t'es capable de changer de job ou bien de prendre ta vie en main ou bien je sais pas quoi mais en fait ça crée enfin en tout cas chez moi ça crée une espèce de satisfaction et de fierté personnelle que je ne dois qu'à moi et donc qui me permet d'être hyper confiante dans mes capacités quelles qu'elles soient donc en fait c'est et c'est comme ça je pense que j'appréhende le sport ce qui est assez bizarre c'est à la fois parce que ça me permet d'être dehors et parce que c'est génial et aussi parce que ça permet chez moi de déclencher un truc qui dans d'autres niveaux m'aide à me dépasser et en fait à mon avis tu vois cette année que je me suis octroyée elle est aussi elle a été rendue possible parce que je me suis octroyée un peu le bénéfice du doute en me disant mais est-ce que tu vas réussir à en faire quelque chose est-ce que est-ce que t'es pas complètement en train de de perdre est-ce que t'as vraiment fait HEC pour passer un an à aller regarder des animaux est-ce que t'es sûre et puis il y avait une partie de moi qui disait oui mais en même temps t'as vu tout ce que t'arrives à faire à côté rien à voir mais quand même c'est quand même balèze alors je suis pas du tout je reste une amateur de chez amateur dans tous les sports que je pratique mais peu importe en fait l'important c'est de se sentir fière de soi et qui au fur et à mesure te permet de faire des choses que tu ne te pensais pas capable d'accomplir donc je sais un peu comme ça que je fonctionne de mon côté
Loïc excellent je viens de finir le livre de David Goggins je sais pas si tu connais non qui est un un américain qui a été le je crois le 36ème Navy Seals noir aux Etats-Unis donc autant te dire ça fait pas beaucoup sur des milliers et qui est bon alors c'est très américain mais qui est souvent décrit par tu vois des Joe Rogan des gens qui fréquentent souvent ce qu'on appelle des high achievers qui est un peu décrit comme l'homme au mental le plus le plus comment dire j'ai pas le terme qui vient mais l'homme au mental le plus costaud si tu veux au monde il fait des trucs vraiment hallucinants et en fait il a un peu le même il a exactement le même schéma que toi il dit chaque fois qu'il a été confronté à une difficulté en fait il va piocher dans ce qu'il appelle sa cookie jar donc son espèce de boîte à cookies tu vois et à chacune de ses épreuves auxquelles il a participé qu'il a terminé etc c'est un cookie en fait donc chaque fois qu'il en termine une il met ça dans sa boîte à cookies et quand il est face à une difficulté en fait il va piocher dedans en se disant t'as déjà été capable de faire ça c'était bien plus dur que l'épreuve à laquelle tu fais face maintenant donc tu vas y arriver vas-y etc donc super intéressant de voir qu'il y a des schémas qu'on retrouve qui semblent fonctionner et par curiosité c'était quoi la dernière grosse épreuve qui te faisait peur à laquelle tu t'es inscrite ?
Ingrid alors déjà partir partir pendant deux mois sur un voyer sans savoir naviguer ça me faisait un peu peur pour être tout à fait honnête mais bon ça c'était pas c'était pas particulièrement sportif non moi c'était l'été dernier j'ai fait le le grand raid des Pyrénées en août dernier et c'était c'était costaud moi je viens du plat pays je viens du nord de la France donc le dénivelé on ne me connait pas le dénivelé c'est les escaliers qu'on monte pour aller en course et tout donc passer du plat pays au grand raid des Pyrénées c'était costaud et c'était hyper c'était hyper intéressant enfin c'était c'est une c'est des très belles expériences c'est 100 alors c'était 107-120 km c'était 127 km on aime beaucoup les organisateurs de course qui rajoutent toujours des petits kilomètres en pratique à la fin et c'est c'est très beau c'est dur et tu rencontres des gens géniaux et tu manges bien et tu te marres bien et tu te dépasses et tu te demandes à peu près toutes les 3 heures ce que tu fous là et puis après tu te dis mais non mais c'est pas grave ça va bien se passer ouais c'est des moments c'est des moments sympas mais ce que enfin ce que je veux dire c'est qu'on n'a pas besoin de faire 300 km juste tu vois dormir dormir dehors c'est déjà tellement énorme pour un certain nombre de personnes que rien que ça si t'es capable de te lancer un défi peu importe ce que la société te dit si c'est dur si c'est pas dur etc mais qui toi te semble insurmontable et que t'arrives à l'accomplir mais c'est enfin après tu te ouais tu te sens capable de négocier une augmentation auprès de ton patron en fait enfin tu vois ça n'a aucun lien mais t'as une espèce de sentiment de dire bah ouais moi j'ai fait ça je pensais pas que j'étais capable de faire ça bah franchement je l'ai fait donc balèze ça c'est cool
Loïc carrément carrément tu dirais que c'est peut-être le message que tu tu ferais passer après un an tu vois un an consacré à des projets qui n'a rien à voir avec enfin a priori en tout cas avec ta formation avec ton début de carrière etc ça serait peut-être ça que tu voudrais dire
Ingrid oui de se faire confiance et puis de d'accepter de de de voir enfin de de pas tout planifier en fait de pas savoir à l'avance ce que ça va donner est-ce que ça va être un succès est-ce que ça va être un échec de de se laisser aussi le bénéfice du doute d'être d'être un peu indulgent envers soi-même et envers ses choix et et si t'arrives pas à expliquer au dernier dîner mondain ce que tu fais et pourquoi tu le fais et ce que ça va donner ben c'est pas très grave et en vrai tu t'en fous un peu quoi c'est tu vois c'est c'est le côté ça va bien se passer on sait pas trop ce que ça va donner mais on verra mais au bout du bout t'en sors forcément quelque chose et et c'est ça qui est très chouette
Loïc excellent excellent et ben écoute Ingrid un grand grand merci c'était juste passionnant hyper inspirant et franchement ça fait enfin moi ça me fait poser pas mal de questions tu vois sur des projets peut-être que je reporte que où je me dis non mais j'ai pas fait tout ça pour tu vois pour prendre quelques mois et me consacrer à du sport ou non mais il faudrait que je retrouve un job parce que là je suis en phase de transition et je trouve que ça hyper intéressant très rafraîchissant et finalement ben t'es un peu t'incarne le fait que tu vois cette notion de la réussite d'un point de vue social image et puis en fait réussite d'un point de vue alignement avec soi-même avec ses valeurs avec ce qui est vraiment cher à soi et j'ai un peu l'impression que c'est ça que t'es en train de mettre en place chez toi et je trouve ça juste génial donc merci beaucoup d'être venu nous raconter tout ça et puis ben on stay tune pour les annonces tu vas faire des annonces du coup dans les semaines qui viennent ça va être franchement officiel
Ingrid des grosses annonces là je trouve parfait ça va faire un buzz exceptionnel
Loïc la lune du monde
Ingrid au moins au moins
Loïc yes écoute un grand grand merci Ingrid et peut-être un prochain épisode pour le débrief des prochains projets qui sait
Ingrid oui avec plaisir merci beaucoup Loïc
Loïc merci d'avoir écouté l'épisode dans son intégralité j'espère que vous avez pris autant de plaisir que ce que j'en ai eu à l'enregistré si vous avez des feedbacks vous pouvez me contacter sur le compte Instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par email à hello arrobas lesfrappés.com je fais mon maximum pour que vous viviez de super expériences audio avec mes invités chaque épisode demande beaucoup de temps et d'énergie si vous appréciez mon travail la meilleure façon de me soutenir c'est de partager cet épisode à au moins trois personnes qui aiment se dépasser si vous écoutez le podcast sur Apple Podcast ou Spotify prenez quelques secondes de votre temps maintenant pour m'y laisser une note 5 étoiles et un commentaire merci beaucoup pour votre fidélité à la semaine prochaine pour un nouvel invité et un nouvel invité pour un nouvel invité pour un nouvel invité pour un nouvel invité pour un nouvel invité pour un nouvel invité Sous-titrage Société Radio-Canada ...
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