Julien Les frappés de la ville de l'Himalaya Pour moi, c'était perdu d'avance. Du coup, je partais du principe que s'il m'arrivait quelque chose, j'étais mort. Et qu'il fallait l'accepter, c'était le jeu de l'Himalaya. C'est rude, c'est un environnement rustique, brutal. Rien ne passe en douceur. Et rien ne se passe comme prévu aussi, quand on commence à aller titiller la montagne.
Loïc Bienvenue sur Les Frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo, avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon, ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment, je suis devenu finisher de la PTL, un ultra trail de 340 km autour du Mont Blanc organisé par l'UTMB. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier, c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver. Avec mes invités, on ira naviguer sur toutes les mers du monde. On participera à des expéditions dans les régions polaires ou en Himalaya. On découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau. Et on partira en mission avec des membres des forces spéciales. Le deuxième, c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ces invités exceptionnels. On sous-estime largement ce dont on est capable, physiquement ou mentalement. Et je suis convaincu qu'une petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur terre, alors autant les vivre à fond.
Julien Cette semaine, j'échange avec Julien Brebion, photographe d'expédition, spécialiste de l'Himalaya. Il a passé 12 ans dans la région, dont 8 au Népal. Vous vous en rendrez compte assez rapidement. Cet épisode s'est en fait transformé en conversation entre amoureux de voyage. Donc c'est assez différent des interviews que je vous propose habituellement. Mais j'espère que le format vous plaira. En tout cas, ce que je retiens de ma conversation de presque 2h30 avec Julien, c'est le pouvoir incroyable des voyages. Le fait de sortir de sa zone de confort, de se confronter à d'autres réalités pour mieux apprécier celle dans laquelle on s'inscrit au quotidien. Un grand merci à Julien pour ce super moment passé ensemble. J'espère que ça vous donnera envie de partir notamment au Népal. Et je vous dis en tout cas à très bientôt. Bienvenue Julien sur le podcast. Bonjour et merci de m'avoir invité. Avec grand plaisir. Très très content qu'on puisse prendre le temps, qu'on ait réglé nos petits problèmes techniques. C'était épique pour commencer cet épisode. Mais quand on a un podcast sur la résilience, n'est-ce pas ? On s'approche et ça finit par marcher. En tout cas, ce que je te propose, c'est peut-être tout simplement de commencer par te présenter, nous expliquer ce que tu fais et quel a été ton parcours jusqu'à aujourd'hui. Alors, moi, c'est Julien, Julien Brebion, AK Lonwolf sur Instagram et certains réseaux. Mon parcours, c'était que je suis photographe depuis un peu plus d'une dizaine d'années maintenant. J'ai vécu une dizaine d'années en Asie. Quand je me suis lancé dans la photo pro, j'ai quitté la France. Je suis parti vivre en Asie, baroudé, en Inde, au Népal, dans pas mal de pays d'Asie du Sud-Est. En Inde, au Sud-Est, en Malaisie, Cambodge, Laos, Thaïlande, un peu les classiques. Et en Inde du Nord, beaucoup aussi. Ok. En Rajasthan et puis en région d'Arjeling, Himalayenne. Pendant pas mal d'années, j'étais photo-reporter, enfin photo-journaliste pour la presse internationale en Asie. Donc ça a été ma formation en fait. J'avais un appareil photo, je voulais un métier où on ne me casserait pas les pieds parce que je voulais quitter la France et que je revenais en coup de vent et j'étais tout le temps barré à droite à gauche. Je me suis dit tiens, reporter c'est parfait. Donc j'ai pris mon appareil photo et je me suis dit que j'apprendrais bien dans le bus. Donc j'ai appris un peu le métier à la dure de la presse. J'ai été toqué aux agences, aux portes des agences de presse comme ça et puis des journaux locaux. Et puis j'ai rencontré d'autres journalistes et d'autres photographes. Et puis je me suis fait mon réseau comme ça pendant quelques années en partant de zéro. Et très vite, je me suis basé au Népal, donc à Katmandou. C'est parce que c'est le pays qui me correspond le mieux. Souvent, je dis le Népal, c'est les Antilles d'Asie.
Loïc Ok.
Julien Voilà, si on a un rendez-vous professionnel à 9h, on peut être sûr que ça commencera à midi en général. Donc c'était parfait pour moi parce que je ne suis pas trop du matin de base. Et puis très vite, l'Himalaya qui a débarqué dans ma vie très très tôt. Enfin même mon premier voyage en Inde, je me suis retrouvé dans la région de Darjeeling et je suis parti trekker le parc du Singalila qui est très très connu, assez touristique. Et donc sur un point de vue, j'ai vu le Kanshengjonga qui est la troisième plus haute montagne du monde. qui n'est pas du tout connu parce que les troisièmes sur les podiums, tout le monde les ouvre. Oui. Mais qui est un des massifs les plus gros de l'Himalaya. C'est une montagne très très large. Mont Blanc de l'Himalaya mais à une échelle de 8000 mètres. Et quand j'ai vu ça, ça a été un peu l'espèce d'expérience mystique. Je me suis dit, waouh mais c'est là que je veux aller quoi. Je veux marcher sur la glace. Je n'avais jamais marché sur la glace de ma vie. Je n'avais jamais fait de hautes montagnes de ma vie. Et puis je me suis dit, c'est ça que je veux faire. Je veux aller là-bas et puis prendre des photos de tout ça. Donc je segmentais ma vie quand j'en avais marre de la presse et des mauvaises nouvelles parce que je faisais beaucoup d'investigations sur le trafic d'humains, beaucoup de tribunes sur le travail des enfants, ce genre de choses-là. Donc souvent, je saturais un petit peu. Et je partais un mois. Je coupais avec mes petites économies. Je partais un mois en montagne. Donc un mois dans le parc de l'Everest, un mois dans la Zanapurna. Et j'ai fait ça pendant pas mal d'années. Et puis un jour, mon... Alors, c'est un peu touchy comme histoire parce qu'en fait, à force de gratter du côté du trafic d'humains, je me suis attiré des petits problèmes. Et en fait, un jour, j'ai appris que ma tête était mise à prix il y a quatre mois d'où.
Loïc Ah ouais ?
Julien En tout cas, il fallait vraiment, vraiment que j'arrête mes investigations. C'est un ami barman qui m'en a parlé un soir quand on fermait le pub, alors que jamais de ma vie, je lui avais parlé de mon taf. Donc, je me suis dit, ah ouais, là, ça commence à être embêtant. Parce que moi, j'aime bien la vie, en fait. Donc, c'était la période où je commençais à me poser la question, est-ce que mon travail fait peser la balance ? Est-ce que ça sert à quelque chose ? Tout ça. Et je me suis dit, être retrouvé d'une balle dans la tête dans une ruelle sordide, est-ce que ça va faire avancer le schmilblick ? Donc, c'est arrivé au bon moment, ce truc. Parce que j'avais vraiment envie de quitter la presse depuis un petit moment. Et souvent, dans ce métier-là, en plus de reporter, il y a beaucoup, beaucoup de collègues qui finissent dépressifs, alcooliques. Donc, je me disais, ouais, c'est... J'ai pas envie de finir comme ça. Donc, j'ai arrêté, j'ai quitté. La semaine qui a suivi, mon agence a été rachetée par une grosse agence chinoise qui a racheté tous les serveurs de mon agence. Donc, au final, ça tombait bien. J'ai fait quelques petits reportages, enfin, en début... Donc, c'était début d'année 2016, quand c'est arrivé. Et j'ai fait quelques petits reportages, histoire de boucler un peu mes finances. Et puis, après, j'ai fait une grosse, grosse fête dans ce pub en question, où j'ai fêté ma quille un petit peu de la presse. Donc, comme ça, la rumeur s'est très, très vite répandue et je n'ai pas de balle dans la tête. Et vu que j'avais plus de travail, par contre, je me suis dit, je vais me mettre à fond dans l'artistique. Et donc, vu que ça faisait pas mal de temps que je partais en montagne, un mois, deux mois à chaque fois, je me suis mis à fond sur l'Himalaya. Donc là, par contre, du coup, vu que la haute montagne, pareil, j'ai appris sur le tas. Je suis un mec, je suis un bûcheron, moi, j'apprends tout sur le tas. Je me suis dit quand même, on va apprendre un peu mieux. Donc, je rencontrais pas mal d'alpinistes. Je me suis beaucoup rapproché de la communauté des alpinistes et des guides locaux. Et donc, j'ai essayé d'apprendre un peu plus sur la sécurité, sur les techniques alpines, etc. Parce que mon objectif, à moi, ça a toujours été de monter très haut pour prendre des photos et jamais de gravir un sommet, ça m'intéresse pas. De gravir l'Everest pour dire j'y suis allé, ça m'intéresse pas trop, même si j'aimerais bien le faire. J'ai toujours été guidé par la motivation et photographique, en fait. C'est le cliché qui m'attire à une certaine altitude. Donc, il a fallu apprendre tout ça aussi, ces changements de métier un peu. Je suis passé de la poussière des rues à la neige et à la glace. C'est beau ! Et ça s'est fait, au final, de manière assez… La transition a été douce quelque part parce que j'ai arrêté la presse d'un coup. Mais en fait, ça faisait longtemps que je partais en montagne quand même. Donc, au final, ça s'est plutôt bien aligné. Les planètes étaient bien alignées à ce moment-là. Et puis voilà, tout simplement. Aujourd'hui, je suis rentré pendant le Covid. Je suis rentré en France et puis le Covid est arrivé. Donc, je ne pouvais plus repartir au Népal. Tout était fermé. Puis, j'ai rencontré ma femme. Donc, du coup, j'avais envie de partir, mais plus trop. Donc, je suis reparti l'hiver dernier avec elle dans le Koukbou, dans la région de l'Everest. Enfin, le Koukbou, le Sagar Mata. Il y a plein de noms pour ce parc national. Mais j'aime bien utiliser les termes locaux parce qu'on dit toujours la région de l'Everest, le parc de l'Everest. L'Everest, déjà, ne s'appelle pas l'Everest. C'est le Chomolungma en tibétain ou c'est le Sagar Mata en Népali. Et c'est Georges Everest qui a donné son nom à la montagne puisque, comme tous les petits blancs, il a fait pipi partout pensant qu'il avait découvert un truc avant tout le monde, alors que non. Bref. J'aime beaucoup le colonialisme et tout ça. Ça doit se sentir. Mais, ouais, donc, je l'ai emmené dans la région du Koukbou. Et puis, on s'est fait une petite expé en plein hiver. On est remonté jusqu'à Gokyo. À la base, on devait faire le pass de Shangri-La qui est au nord de Gokyo, qui est un remote pass, comme on appelle, qui n'est plus utilisé depuis presque un siècle.
Loïc OK.
Julien Et il y a vraiment très, très peu de traces de gens qui sont passés par là. Sur les 15 dernières années, j'ai trouvé un freerider, un Américain qui est passé par là. Et un couple de Français qui l'ont tenté pendant la saison de trek. Et ils ont trouvé ça assez engagé, mais faisable. Donc, nous, on est arrivés là-bas. Janvier, 1m80 de neige sur Gokyo. Tous les passes bloqués, impossible d'y aller. Une seule personne en permanence dans chaque colonie de la région. Donc, quand on était à Gokyo, on était quatre personnes jusqu'à la frontière chinoise. Oh, putain. Une condition assez exceptionnelle. Gokyo était blanc comme je ne l'ai jamais vu, parce que c'est une zone, la région de l'Everest, qui est extrêmement touchée par le réchauffement climatique. Et souvent, c'est plein de poussière, c'est sablonneux, c'est rocailleux. Il n'y a pas vraiment beaucoup de neige. Il y a de la glace, mais par rapport à il y a dix ans, il y a carrément moins de glace. Là, c'était des conditions vraiment exceptionnelles. Donc, on a tourné un docu, notamment, qui parle de mon travail dans les montagnes. On a profité de l'expect pour faire ça, qui sera à dispo le courant 2023. Là, je ne sais pas trop quand, d'ailleurs, parce qu'on a pris du retard sur ça aussi. Et je ne sais pas sur quelle plateforme pour l'instant. Donc, voilà, ça a été ma dernière session Himalayenne. C'était en janvier 2022, décembre-janvier 2022. Ça s'est plutôt bien passé. Génial. Génial. Voilà en gros. Eh ben, finaise. La chronologie. Après, il y a plein de petites histoires. J'ai plein d'anecdotes, s'il en faut. Non, mais on va en parler, on va en parler. Mais j'avais, bon, forcément, je t'avais expliqué quand je t'avais contacté. J'avais vu le côté photographie, le fait que tu étais basé à Katmandou. Et on va en parler. C'est ce qui m'intéressait. Mais je ne savais pas du tout que tu avais fait du journalisme d'investigation. Mais du coup, puisque tu en as parlé, j'ai peut-être quelques questions pour toi. La première, c'est si ça te va qu'on parle de ça, parce que comme ça a été une période un peu… Oui, oui, oui. En plus, je pense que c'est assez rigolo parce que mon approche du journalisme est totalement à la zeub. J'ai appris ça comme un mercenaire. Chasseur de primes un peu j'étais en plus. Eh ben, tu vois, ça va être ma question. Comment est-ce que tu te retrouves finalement à faire du journalisme d'investigation ? Alors moi, je n'ai jamais trop côtoyé le monde du journalisme, mais je pense que ça parle à peu près à tout le monde. Tu me dis si je me trompe, mais je crois que c'est généralement des sujets sur lesquels il faut passer beaucoup de temps, sur lesquels tu vas justement remuer un peu des choses pas forcément agréables à remuer, du type trafic humain. Donc, ça a été quoi finalement qui t'a attiré sur cette voie initialement ? Alors déjà, le fait que beaucoup en rêvent et très peu y vont. C'est comme la photographie de guerre. J'ai toujours été attiré par la photo de guerre et aller sur des théâtres d'opération et faire du reportage sur des zones de guerre. Au final, je ne l'ai jamais fait parce qu'il y a un taux de mortalité à 100% dès que ton pied touche le tarmac quand tu arrives en zone de guerre. Et on ne gagne pas bien sa vie quand on est journaliste à l'étranger et qu'on est indépendant surtout. Si on est titulaire à l'AFP ou quoi, c'est différent. Moi, je travaillais en freelance, donc je travaillais avec l'AFP, avec l'AP, avec Reuters et puis d'autres médias, Discovery, d'autres trucs. Je suis venu à ça parce que c'est vite chiant quand tu es photographe, de relater un peu les faits divers de tous les jours. Quand tu es journaliste, je pense que c'est beaucoup plus intéressant. Mais moi, vu que je n'écrivais pas, j'ai glissé doucement vers l'investigation. Là encore, c'est un peu malgré moi, c'est un peu le destin. C'est toute l'histoire de ma vie, mais je me fais happer par le destin. J'ai fait des catastrophes naturelles. Les tremblements de terre en 2015, par exemple, j'étais chez moi là-bas quand c'est arrivé. Ça a été une très grosse année, en 2015 notamment. Mais le travail des enfants, ça me touchait beaucoup. C'est un sujet qui me touchent parce qu'en Occident, on n'est pas confronté à tout ça. On en entend parler, mais on ne le voit pas. Et en Asie, on descend de chez soi pour aller chercher ses légumes et on le voit. L'exclusion, le travail des enfants, les droits des femmes... La liste est interminable. Je me suis dit que j'ai envie de creuser ces sujets-là dont personne ne veut parler. Ça dérange tout le monde, mais personne ne veut en parler. Il y a des grands reporters qui arrivent à faire des supers sujets dans le Times ou dans Paris Match. Mais ça ne secoue pas les masses à chaque fois. J'étais plein de bonne volonté et plein d'espoir. Et donc, il a fallu comprendre comment ces réseaux fonctionnent. Je parle pour le trafic d'humains. Ce n'est pas très glorieux. C'est vraiment, je pense, une des pires facettes de l'humanité, le trafic d'humains. L'humanité s'inflige des trucs à elle-même. C'est terrible. Je voulais comprendre déjà pourquoi ces réseaux existent, comment ils existent, pourquoi personne ne les arrête. Et j'ai très vite compris que même si on utilise la méthode Western, ça n'arrêtera rien. Il y aura toujours quelqu'un pour remplacer quelqu'un. Il n'y a pas de tête pensante dans les réseaux de trafic d'humains. On peut remonter de la pointe de la Bretagne jusqu'à la pointe de la Sibérie. Et on trouvera toujours une trace du réseau. Ça englobe énormément de types de personnes différentes, de populations différentes. Il y a des élus. Il y a des personnages clés dans la vie de grandes villes, par exemple. Des maires, des forces de l'ordre, des avocats. Et puis, il y a des épiciers aussi. Et puis, des fermiers. Et souvent, il y a des gens qui vivent dans le trou de balle de nulle part, qui ont une fourgonnette. Et puis, on leur dit, j'ai huit personnes à déplacer jusqu'à tel endroit, je te donne 200 dollars. Et ces gens-là, ils veulent gagner 200 dollars. Donc, ils le font. Et ils participent à un trafic terrible. Donc, ce travail-là... C'est quoi concrètement ? C'est de la prostitution, c'est ça ? Alors, il y a trois filiales que moi, avec mes collègues qui travaillaient au Moyen-Orient, on avait plutôt segmenté ça. On faisait beaucoup de la dissociation entre nous pour éviter de devenir fous. Donc, on disait, il y a le sexe, l'esclavage et les pièces détachées.
Loïc Ah oui.
Julien Donc, les pièces détachées, c'est le trafic d'organes. Wow. Donc, le trafic d'organes qui remonte après jusqu'en Europe. Il y a des gens très riches qui ont besoin d'un rein et qui ne sont pas sur liste d'attente ou qui ont besoin d'une greffe de foie et ils l'ont. Parce qu'ils ont accès à des réseaux privilégiés. Dégueulasse, mais voilà, c'est un fait. Donc, voilà, il y a ces trois branches-là, mais tout est un peu mélangé. Le trafic d'organes à ses pôles. Mais après, pour le sexe et l'esclavage, c'est vraiment très, très sale. C'est notamment du côté du Qatar. Ça commence à se voir, mais bon, c'est encore relativement caché. C'est très dark. Je n'ai pas trop envie d'approfondir parce que on va rebondir sur l'Himalaya après. On va passer du côté obscur à la lumière. Ça va être très, très contrasté. OK, en tout cas, c'est une volonté, quand tu étais lancé, de contribuer à ton échelle, à mettre un peu de lumière sur ces choses pas terribles qui se passaient et dont pas suffisamment de gens parlent. Ça me révoltait de me dire que personne n'en parle. Il y a des médias qui ont du poids, qui pèsent très, très lourd, qui ont de l'argent et qui sont influents politiquement. Mais ils ne veulent pas en parler parce qu'en fait, au sein même des gens qui les soutiennent, il y a des gens qui participent à ces réseaux, soit activement, soit passivement. Et en fait, c'est très compliqué. Il n'y a pas les gentils d'un côté et les méchants de l'autre. La presse, c'est ça que ce métier m'a appris, c'est que les choses ne sont pas binaires. Même sur un théâtre de guerre, on ne peut pas dire qu'il y a les gentils, les méchants. C'est beaucoup plus compliqué que ça. Alors ça, tu vois, je rebondis, j'en profite. J'ai fait un épisode exceptionnel que j'ai vraiment adoré. J'adore tous mes épisodes, mais celui-là m'a vraiment marqué avec une femme qui s'appelle Enora Sham. Ce n'est pas sa vraie identité, qui est officier dans l'armée de l'air et qui, pendant longtemps, faisait des missions pour l'ONU. Elle faisait partie de ces Français françaises qui étaient basées à New York, qui représentaient la France, mais qui travaillaient au sein de l'ONU. Et elle avait participé, c'était la seule française d'ailleurs, à avoir participé à la mission, alors attends, comment ça s'appelait ?
Loïc C'était la mission d'observation des Nations Unies en Syrie, avant que la guerre civile arrive, en fait.
Julien Et elle, elle a vu la guerre civile, elle a vu, si tu veux, les manifestations dégénérées en affrontements sanguinaires entre les manifestants et les forces de l'ordre, l'armée tire sur les gens en guerre civile. Elle y était quand ça s'est passé, elle l'a documentée pour l'ONU. Et c'est exactement ce que tu viens de dire sur le fait que sur un terrain, sur un champ de bataille, il y a rarement des gentils et des méchants. C'est exactement ce qu'elle disait en fait, que cette guerre, elle a couvert plein de conflits, elle était dans les Balkans, etc. mais que cette guerre notamment a été extrêmement médiatisée. Et qu'en fait, quand tu te branchais sur les infos en France notamment, tu entendais que Bachar, c'était le diable incarné et que les rebelles étaient, tu vois, les anges gardiens venus sauver le peuple. Et puis elle, quand tu lis son livre, en réalité, ou qu'elle t'explique ce qu'elle a vu, tu te rends compte que c'est pas du tout le cas. Elle expliquait que les pires scènes qu'elle ait vues, c'était généralement des mises en scène. Enfin, les pires atrocités qu'elle ait vues, c'était des mises en scène faites par les rebelles pour faire croire que des populations avaient été massacrées par Bachar. Enfin bon, bref, tout ça pour dire qu'effectivement, elle, son témoignage, c'était attention quand il y a conflit, il y a aussi conflit dans le sens médiatique, propagande, etc. Complètement. Donc, attention à ce qu'on veut bien nous laisser croire, tu vois, ce qui est diffusé. Et elle parlait notamment de l'Ukraine, l'Ukraine venait de commencer, elle disait qu'elle, elle ne regardait pas les news et qu'elle s'informait différemment. Donc, ouais, intéressant. Ouais, ouais, puis c'est marrant de voir, avant le conflit en Syrie, c'était en 2012, je crois, ou 2013, avant que ça fête vraiment. J'étais en Thaïlande et je discutais avec un gars et je disais, la Syrie, bientôt, ça sera the place to be pour les reporters. Et il me dit, alors lui, c'était un civil, souvent je dis civil, je suis d'origine famille militaire et j'ai tendance à, la presse pour moi, c'est l'armée un peu. En fait, les gens qui font du terrain, pour moi, ils sont à part. Et les autres, c'est des civils. Donc, voilà, j'avais des abus de langage, désolé. Et il me disait, mais dans la Syrie, il ne se passe rien, c'est fini, machin. Parce qu'en France, il y avait eu quelques tribunes sur le JT, etc. Et puis, hop, on n'en parlait plus. Et lui, il était au final très représentatif de l'opinion publique, je trouvais. Parce que je disais, ah non, je te garantis que l'année prochaine, tous les reporters, tous les titulaires et tout vont être envoyés là-bas. Et parce que ça va péter. Et huit mois plus tard, voilà, on ne parlait que de la Syrie. Et je me dis, c'est marrant parce que moi, j'étais dedans, en fait. J'avais un réseau de collègues qui travaillent un peu partout dans le monde. Donc, c'est facile de croiser les infos. C'est facile d'avoir des infos aussi sourcées. Et l'opinion publique, en fait, il a tout le temps un biais de confirmation dans ses analyses. C'est ça que je me suis dit à la longue. C'est que même quand on essaye d'être bien informé, c'est très, très compliqué. Encore plus aujourd'hui. Parce qu'on a de l'info qui vient de partout. Et les gens ne savent pas forcément la traiter, cette information-là. En plus, des fois, elle est fausse. C'est ça, avec les deepfakes, etc. Ça devient très compliqué. Il y a beaucoup de trucs qui sont très, très compliqués à analyser. Aujourd'hui, honnêtement, je me détache beaucoup des news. Tout ce qui est breaking news, déjà, c'est les infos chocs et tout ça. J'ai travaillé pour les breaking news. Je sais comment ils fonctionnent. Je ne regarde plus du tout ça. Maintenant, je suis que les grosses affaires mondiales. Et le reste, je n'en ai rien à faire. Oui, je comprends. Pour finir sur ce chapitre qui n'était pas prévu du journalisme d'investigation. Qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, tu penses que tu en es arrivé à ressortir sur des listes de chasseurs de têtes ? C'était quoi ? C'était une affaire que tu avais mis à jour ? Parce que j'ai fouillé le réseau des orphelinats à Katmandou. Et dans les orphelinats, c'est très, très sale. Il y a des orphelinats qui sont très, très bien. Il y en a qui sont atroces. C'est du viol continu sur des années et des années. On a eu une histoire notamment d'un anglais ou un norvégien, je ne sais plus exactement, un blanc européen qui avait monté un orphelinat il y a une vingtaine d'années, un truc comme ça. Et dans les années 2010, un jour, il s'est fait abattre dans la rue d'une balle dans la tête par un jeune. Alors le jeune se laisse arrêter et tout. Et en fait, le gars, il dit moi, j'étais dans l'orphelinat et ce mec, il m'a violé pendant des années. Il a violé mon frère, il a violé tous nos amis, etc. Et en fait, c'était un pédophile notoire qui avait monté un orphelinat. Donc, je te laisse imaginer le gars, il se monte son propre délire. C'est le rêve du pédophile. C'est terrible, quoi. Et au nez et à la barbe de tout le monde, c'est parce qu'il était considéré comme un héros par beaucoup, beaucoup de Népalis. Et en fait, non, c'était la pire des ordures. Souvent, l'habit fait le moine, en fait. On dit l'inverse, mais ce n'est pas vrai. On ne peut pas savoir ce qu'il y a dans la tête des gens, qu'est-ce qu'ils font quand ils sont cachés dans l'ombre. Et on n'entend pas l'arbre qui tombe dans la forêt quand personne n'est là pour l'entendre. Donc, ouais. L'horreur. Donc, à force de fouiller, ta question, c'était pourquoi j'ai arrêté ? J'ai arrêté parce qu'on m'a dit justement qu'il fallait que j'arrête, visiblement. Des gens qui, a priori, n'étaient pas censés être au courant, en plus. Parce que déjà, le bouche à oreille va très, très vite. Et dès qu'on commence à gratter un peu la merde et qu'on ne s'arrête pas, surtout. Parce que des fois, j'allais voir des victimes de viol, etc. Ou des gens qui avaient grandi dans les orphelinats où ça s'était mal passé et qu'ils me disaient qu'ils ne voulaient pas être pris en photo. Et puis, ils témoignaient, mais il ne fallait pas que je les cite. Et puis après, ils me disaient, mais tu devrais arrêter de poser des questions. Donc, je me dis, c'est terrible. Des victimes qui nous mettent des stops parce qu'ils ont peur, parce qu'ils vont se dire, en fait, ça ne mène nulle part parce qu'il n'y a pas de justice aussi. Parce qu'encore une fois, c'est tentaculaire, en fait, ces réseaux-là. Il y a toujours un gars qui connaît un gars bien placé qui va pouvoir s'en sortir ou faire taire des gens. Et puis, la mafia est toujours prête à travailler pour un petit billet aussi. Donc, il y a énormément, énormément de mafias en Asie. L'Inde, le Népal, le Pakistan, l'Asie du Sud-Est, c'est gangréné par les mafias. Vraiment. Donc, voilà, c'était très difficile d'évoluer là-dedans. Et c'est bien que j'en sois sorti.
Loïc Finnaise. Bon, bah écoute.
Julien Même si c'était les bonnes années quand même. Parce que c'était aussi l'aventure, tout ça. C'était grisant, quoi. Ok, bon. Bah écoute, ce n'était pas prévu au programme. Mais quand même super intéressant. Ouais, c'est... Écoute, je trouve ces sujets, tu vois, en fait, c'est toujours un peu bouleversant. Et après, promis, on passe vraiment à quelque chose de bien plus sympa avec Himalaya. Ouais, il n'y a pas de problème. Tu vois, c'est toujours un peu... Quand tu ne côtoies pas... Quand tu n'es pas trop informé de ce genre de sujet, comme tu le dis, on n'en parle pas tellement. Tu vois ? Non. Et il y a énormément de gens qui ne sont pas au courant. Et ça, c'est ce qui me choque le plus. C'est que maintenant, j'en parle beaucoup plus qu'avant. Parce que c'est quand même assez loin derrière moi. Dernière année 2016, donc ça va. Et puis, au Népal, tout se passe bien. Ceux qui se rappellent de moi, c'est qu'ils se rappellent de Lone Wolf.
Loïc Ouais.
Julien Et du coup, maintenant, je suis plus décomplexé pour en parler. Souvent, je préviens les gens qui sont curieux. Je leur dis, attention, si on part sur cette discussion-là, peut-être que tu vas moins bien dormir ce soir. Et je suis étonné de voir qu'un bon 60-70% des gens, quand tu leur dis trafic d'humains, c'est surréaliste comme expression pour eux. Ils n'ont jamais entendu parler de ça. Alors que ça me paraît être un terme assez poncé maintenant et qui existe depuis longtemps. Mais ça fait toujours bizarre, surtout pour être allé à Katmandou, pour avoir un peu sillonné les rues, etc. J'avais rencontré un super guide népalais qui nous avait amené hors du quartier touristique, dont j'ai oublié le nom. Tamelle ? Ouais, exactement. Et du coup, de me dire, punaise, mais si ça se trouve, on est passé devant des bâtiments où il y a ce genre de truc. C'est toujours un rappel à la réalité un peu brutal, je trouve, le sujet des... Mais même dans Tamelle. Ouais, surtout, j'imagine, avec certains touristes qui débarquent là-bas. Il se passe beaucoup de choses. Ah oui, oui. Ça doit être... Enfin bon. Mais très beau quartier, cela dit. On dit qu'il est souvent dénigré par les touristes qui veulent de l'authentique. Mais en vrai, moi, j'ai plein d'amis népalis qui vivent à Tamelle. Ils ne sont pas moins népalis que les autres. Ah, il y a des népalis qui y vivent alors ? Bien sûr. OK, OK, OK. Bien sûr. Il n'y a pas que des commerces. Il y a des apparts aussi. OK. Super. Des beaux apparts. Ouais, j'imagine. Excellent. Enfin, excellent. Top, en tout cas, d'en avoir appris un petit peu plus sur cette partie de ton parcours. Si on passe maintenant de l'ombre à la lumière, comme tu le disais très bien tout à l'heure, côté Himalaya. Donc, aujourd'hui, tu expliquais que tu te consacres à la photo. Photo expédition. Et que l'objectif, donc même si tu aimerais bien faire l'Everest un jour, pourquoi pas, l'objectif pour toi, ce qui t'attire dans les sommets, c'est plutôt, tu me dis si je résume mal, mais c'est quelque part, j'ai l'impression, le fait d'avoir accès à des points de vue, de pouvoir immortaliser, capturer des paysages depuis les hauteurs. Complètement. Complètement. C'est totalement ce qui m'a poussé à faire du hors-piste. Quand j'ai eu fait éculer les treks tracés qui existent dans l'Himalaya, engagés ou moins engagés, je me suis dit à un moment donné, il faut que je sorte de ça parce que sinon, je n'arriverais pas à créer quelque chose de différent. Et donc, le hors-piste, ça s'est imposé, mais toujours motivé par la photo, par la prise de vue, d'avoir des angles différents. Trop bien. Et du coup, parce que c'est vrai que, bon, moi je te le disais, j'y suis allé qu'une fois au Népal, mais je me suis régalé, c'était un super trek. On a fait le trek des trois cols. On a fait trois cols, je crois que c'était 5200, 5400, 5400, plus le Calapatard, donc 5600, 50, un truc comme ça. C'est très, très, très bien. Oui, c'était top, mais c'est vrai que tout le coin de la vallée qui amène au camp de base de l'Everest, moi ça m'avait un peu surpris, c'était beaucoup plus touristique que ce que je pensais. Ah oui, c'est la zone la plus peuplée. J'avais un balai. Surtout en octobre. Bah ouais, c'est ça, moi ce qui m'avait vraiment fait halluciner, c'était les hélicoptères. Ah oui, les rotations. Ah ouais, je m'étais dit, non mais attends, mais c'est quoi cette dinguerie ? Donc il y avait, mais sans rire, en milieu de journée, fin de matinée, milieu de journée, il y avait un hélico toutes les 5 minutes. C'était hallucinant. Ah, ça c'est un gros problème dont j'ai beaucoup parlé avec les guides et avec les pilotes d'hélico notamment, que j'en connais quand même quelques-uns. Et dans la région de l'Everest, ça se fait énormément, un peu moins sur les autres massifs, dans les Annapurna ou dans le Langtang, ça se fait carrément moins. Mais en fait, c'est les arnaques à l'assurance. C'est-à-dire que souvent, c'est les Américains, ils montent jusqu'au camp de base, et puis ils n'ont pas le temps, ou c'est fatigant, et en fait, ils ont des bonnes assurances. Ils font une arnaque à l'assurance, genre je me suis tordu la cheville, ce genre de trucs. Et comme ça, ça paye la rotation hélico. Et les gars qui gèrent le réseau, ils se font un petit billet au passage par l'assurance. Et c'est un gros problème. C'est un gros problème. T'avais pris l'hélico, toi, de là-bas ? Non, non, non, non, non, j'ai pas du tout pris l'hélico, mais j'avais dû faire un... Je ne juge pas, après... Non, non, mais... Ouais, enfin, je ne sais pas. Ouais, moi aussi. Moi aussi, là-dessus, franchement, c'est abusé, quoi. Si tu pars, en fait, je ne sais pas dans le sens où si tu fais une expédition, en vrai, des fois, tu n'as pas deux semaines devant toi pour faire une phase d'approche et tout. Tu vois, si tu te fais dropper directement à Goku en hélico, moi, je n'ai aucun problème avec ça. Mais par contre, oui, des trackers qui viennent en vacances et qui se tapent, du coup, deux rotations hélico, parce qu'il fait un aller-retour, l'hélico.
Loïc Ouais, pour débarquer en crocs au-dessus du camp de base d'éléments, franchement, je me permets...
Julien C'est ça. Et puis après, ils vont faire des jolis postes pour te parler de l'impact carbone et ce genre de choses. Mais tu vois, sur le sujet des assurances, en fait, j'étais parti pour tester un itinéraire, donc le track et trois calls, qui était organisé pour la première fois par une agence en particulier, une agence franco-népalaise. Et donc, comme je faisais du test de matériel avec un site qui s'appelle Eye Tracking, ils m'avaient proposé de tester l'itinéraire, donc de partir avec cette agence. Et donc, il avait fallu que je fournisse une assurance. Il avait fallu que je demande à mon assurance. J'étais en Suisse, en plus, à l'époque, donc je me rappelle assez bien. Un papier comme quoi j'étais couvert pour toute évacuation en hélicoptère en milieu d'autres montagnes. Et je m'étais renseigné du pourquoi. Et en fait, tu as pas mal de rapports de lobbying, d'assurance, etc., qui dénoncent en fait cette activité que tu expliquais d'Arnaque à l'assurance au Népal. Parce que, bon, je savais pas qu'il y avait des touristes qui faisaient jouer ça. Mais moi, ce que j'avais lu, c'est qu'il y avait pas mal de pseudo-guides qui accompagnaient certains touristes. Alors, je sais pas s'ils sont népalés ou pas, ces guides, mais en tout cas, qui soit voulaient prendre zéro risque, soit étaient de mèche avec des pilotes, etc. et qui, au premier signe d'essoufflement, faisaient faire des évacuations en hélico. Ce chiffre, les montants que j'avais en tête, c'était des trucs genre 10 000, 20 000 euros, des trucs comme ça. Ah ouais, c'est ça. Et en fait, il y avait pas mal de lobbies d'assurance qui disaient mais en fait, il faut que le gouvernement népalais agisse, sinon le Népal, on va juste l'exclure des zones. Tu vois, ça sera sur la liste des pays pour lesquels on couvre personne. Ils vont être blacklistés, eux. Mais ils sont déjà blacklistés pour beaucoup de choses. Déjà, toutes les compagnies aériennes locales qui partent de Katmandou à Lukla pour arriver dans le parc de l'Everest sont blacklistées.
Loïc Ah, mince.
Julien C'est-à-dire qu'elles font partie de la liste. En international, elles font partie de la liste noire des compagnies où il y a un ratio accidents, morts, etc. Pas bon. Bah, Lukla, je l'avais envoyé à ma famille avant, un peu pour faire le malin, mais une fois que j'étais dans l'avion, je le faisais moins. Mais ouais, Lukla, je crois que ça reste l'aéroport le plus dangereux du monde depuis genre 10-15 ans, un truc comme ça. En fait, le problème, on dit souvent que, oui, le problème, c'est... Alors déjà, la piste, elle est à 2800 mètres et que c'est la plus petite du monde. Le problème, c'est surtout que la piste, pour que l'avion puisse freiner, elle est à 45 degrés vers le haut. C'est la gravité qui freine l'avion. Donc en fait, il faut des cadors comme pilote. Parce que si tu arrives plein fer sur la piste, tu te crashes. Il faut se mettre parallèle à la piste en remontant. Et c'est ça qui rend cet aéroport ultra touché. Je l'ai fait quand même pas mal de fois. Jusqu'à présent, je suis toujours là. Mais si on a le choix, pour ceux qui nous écoutent, qui veulent aller au Népal, si vous avez le choix, prenez un hélico. Ça coûte un peu plus cher. Mais de Katmandou à Lukla, prenez un hélico. Franchement, il y a zéro risque.
Loïc J'avoue que l'avion, c'était...
Julien C'est une aventure. C'était une aventure dans l'aventure. Franchement, c'était épique. Et puis, je crois que ce que nous avait expliqué un des Népalais avec qui on était monté dans l'avion, c'est qu'en fait, Lukla, donc il a été construit... Je crois qu'il a été construit par... Ah mince. En tout cas, financé par... Ah la honte. C'est pas la fondation Hillary ? Oui, si, par Hillary. Oui, si, absolument, par Hillary, qui voulait un peu désenclaver la région. Ah bah ouais, pas qu'un peu même. Ouais. Et en fait, là où il est construit, c'est-à-dire que quand les pilotes entament la descente, ils n'ont plus le choix que de se poser parce que c'est un espèce de fer à cheval, très encaissé. Et donc, dès qu'ils sont passés sous une certaine altitude, il n'y a plus la distance pour remettre les gaz et repartir. Donc, une fois qu'ils descendent, il faut qu'ils se posent. Coute que coûte. Et parfois, ils se posent... Ils se crachent, en fait. Après, il n'y a pas 12 000 crashs par an non plus. Non, non. C'est vrai qu'en général, il y en a un par an. Il ne faut pas être dedans. Voilà, c'est ça. Ok. Ouais, mais bon, effectivement, ça fait partie de l'aventure. Mais alors, du coup, petite question, puisque tout ça pour dire que je connais ce coin-là et pas grand-chose d'autre du Népal. C'était déjà un voyage de presque 4 semaines. Et donc, j'avais pas trop... J'ai fait un peu Katmandou. Et puis après, boum, on était direct parti en Jeep jusqu'à... Je ne sais plus, un petit aéroport... Giri. Comment tu dis ? Giri. Je n'arrive plus à me rappeler. Ah, un aéroport ou... Un petit aéroport où on était parti pour genre 20 minutes de vol jusqu'à Lucla, un truc comme ça. Ah, vous n'avez pas pris l'avion depuis Katmandou ? Non, parce que... Alors, attends, c'était quoi les raisons ? Je crois que l'aéroport à Katmandou était en travaux, une partie de l'aéroport, et donc il n'y avait plus de vol qui décollait direct depuis Katmandou. C'était en quelle année ? C'était en 2019. Ah, bah oui, oui, oui, oui. Parce que pendant le Covid, ils ont entièrement refait l'aéroport international. Ah, bah voilà. Et du coup, ils ont refait un petit peu aussi le local. Parce que là, pour le coup, c'est le local surtout qui t'envoie à Lucla. En fait, ils sont sur le même site, mais le local, quand t'arrives, il est sur la gauche, et l'international est sur la droite avec les parkings. Ok. Bah écoute, du coup, on avait pris une Jeep pendant un long moment. D'accord. Mais quand tu dis du coup que tu fais du hors-piste, du hors-sentier battu, c'est dans quel coin du Népal que tu pars ? Bah tous les massifs. Alors pour l'instant, je n'ai pas pu explorer tout ce que j'aurais voulu explorer. Pourtant, ça fait 11 ans d'Himalaya déjà. Ouais. Mais par exemple, alors toi qui es passé par Gokyo, normalement, en faisant le Tripass Trail, par exemple, quand tu es à Gokyo, déjà, si le lac est gelé, marcher dessus, c'est bien. Ouais. Ou monter du côté du canvas du Chouyou. Ouais. Je ne sais pas si tu vois où c'est. Là-haut, tu peux croiser le Tonak Chou, qui est un très, très grand lac qui fait un kilomètre de long et qui est en général tout le temps gelé.
Loïc Ok.
Julien presque tout le temps gelé. où tu as 10 cm de glace dessus. Donc, c'est aller au fond du lac et puis prendre une photo cotée, en visant du côté de l'Everest, d'avoir le massif du Chouyou et des autres sommets qui sont sur cette cordillère. c'est essayer de travailler des points de vue, en fait, qui sont autres que celui du trekker, de base, qui, lui, son regard est vachement guidé par le chemin de trek, en fait. Eh oui. C'est-à-dire qu'il dort dans la colonie, il se réveille dans la colonie. Si tu dors en haut de Gokyo Peak, déjà, tu n'as pas le même réveil. Oui. Par exemple, où en face de Gokyo Peak, il y a les fondements du Faril Apche, qui sont, quand tu passes le pass du Rangio La, alors ceux qui nous écoutent sont complètement largués, je pense. Rangio La qui décolle à plus de 5000. Voilà, c'est ça. Et le Faril Apche, c'est cette montagne qui est en pointe, on dirait une mâchoire de crocodile un peu. ça ne fait que des petites pointes, juste au sud du Rangio La. Tu peux monter sur cette butte, en vrai, c'est accessible. Tu peux même monter par une cascade de glace, rejoindre le haut du Rangio La, le haut du pass par une cascade de glace. Il y a plein de points de vue comme ça, différents, pour travailler des textures de glace aussi. J'aime beaucoup, beaucoup me rouler dans la glace. Donc, voilà, c'est une passion. Par exemple, dans les Annapurna, les fondements de la face nord de la Annapurna 3, j'y suis beaucoup, beaucoup allé. C'est là que j'ai tenté les 6000 mètres en partant du village de Manang. Et je voulais absolument arriver à 6000 mètres à cette période-là. C'est comme ça que je suis arrivé à 5006 en hors-piste. Donc, je partais sur les fondements de la Annapurna 3 où tu as une première butte à 4000 et quelques avec ce qu'on appelle les carcas. C'est des espèces de maisons en pierre séchée dans lesquelles on range le bétail ou on abrite les yaks quand il fait trop froid, etc. À partir de là, je montais et j'essayais d'arriver à 6000. Alors, Manang, déjà, c'est 3400. C'est comme Namche-Bazar. Donc, 3004 jusqu'à 6000, ça fait une trotte dans la journée. Je partais vers 5 heures du mat. Et je n'avais pas de matos de bivouac à l'époque. Et j'ai essayé ça deux fois. Et à chaque fois, j'étais stoppé à cause du mal des montagnes. En fait, j'avais des couteaux dans le crâne, impossible. Donc, je redescendais parce que je ne voulais pas mourir d'une embolie cérébrale. Mais du coup, là, c'est du hors-piste à 1000% parce que tu vois, en fait, tu as ta face de montagne. Et puis, tu dis là, il y a un couloir. Je vais passer par là. Là, il y a une espèce de bras. Ça a gelé. Ça fait une rivière gelée. Tiens, ça peut être intéressant d'aller faire des photos aussi sur ce bras-là pour faire des photos de textures de glace, etc. Et puis, du coup, peut-être que d'ici, je peux avoir tel sommet. Donc, j'ai essayé de joindre mes objectifs, des fois perso, d'arriver à certaines altitudes avec des objectifs photos sur le chemin. Et c'est comme ça que je me suis lancé dans le hors-piste. J'ai fait beaucoup, beaucoup de frissolos, crampons piolets, caméras à l'épaule. J'ai fait crampons un seul piolet aussi. Ça m'est arrivé. Je vous le déconseille. S'il y a des jeunes aventuriers qui nous écoutent, prenaient toujours deux piolets, ne partaient pas tout seul. Parce que j'ai failli mourir un paquet de fois quand même. C'est ce que j'allais te demander. Parce qu'en faisant du hors-sentier comme ça, en plus au Népal où tu es quand même dans le coin de l'Everest, tu es quand même assez isolé. La prise de risque, comment tu la gères ? Je ne la gérais pas. Par exemple, en tout, sur 11 ans d'Himalayage, en tout, j'ai passé un an dans les Annapurna. C'est vraiment la région que je connais le mieux. Quand je partais vraiment, que je m'enfonçais très loin dans la montagne, je me disais, à chaque fois, je gardais sans tête. Si je me fais une cheville, si je me fais un genou, je suis mort. Parce que je dormais chez des amis dans le village. Et je leur disais, aujourd'hui, je vais rentrer tard, je vais dans tel coin. Mais eux, ils n'ont jamais mis les pieds là-haut. Ils n'ont aucun intérêt à aller s'enfoncer dans la montagne. Donc, du coup, je me disais, c'est bien joli. Mais en fait, eux, ils vont appeler les secours. Quand ce soir, je ne serai pas rentré. Mais si je me fais un genou, par exemple, vers midi, il va falloir que j'attende le lendemain midi avant de pouvoir espérer avoir des secours. Et donc, pour moi, c'était perdu d'avance. Du coup, je partais du principe que, s'il m'arrivait quelque chose, j'étais mort. Et qu'il fallait l'accepter, c'était le jeu de l'Himalaya. C'est rude. C'est un environnement rustique, brutal. Rien ne passe en douceur. Et rien ne se passe comme prévu aussi, quand on commence à aller titiller la montagne. En fait, c'est ça que j'aimais bien aussi. C'est que la montagne, elle est là, en fait. On ne déclenche rien. On n'évite rien. La montagne, elle est. Et nous, il faut qu'on compose avec ça. On marche sur un géant. Et s'il a envie de se gratter le dos et qu'on est là à ce moment-là, tant pis pour nous. J'avais un peu cette vision-là d'être un gnome qui se balade sur le dos d'un colosse. Et puis, à Diane, que pourra ? Si je m'en sors, ça sera rigolo. Mais oui, ça m'est arrivé. Le truc le plus terrorisant qui me soit arrivé, c'était au pied du Gangapurna glacier. qui est à 40 minutes de marche de Manang, direction entre la Napauna 3 et le Gangapurna, qui est un sommet. Il y a un énorme glacier qui tombe là, qui a beaucoup, beaucoup reculé ces dernières années d'ailleurs. Et j'allais souvent au pied du glacier, donc devant la lèvre, devant le mur de glace, prendre des photos dans les serraques et tout. Et je trouvais ça super. Et un jour, en fait, sous le glacier, donc entre le sol et la glace, il y a toujours un jour, il y a toujours de l'espace, en fait. Parce que vu que c'est de l'eau qui s'est solidifiée, souvent, elle se rétracte. Et il y a toujours un petit peu d'air qui passe en dessous. Et puis un jour, en fait, j'étais même pas à 20 mètres de la lèvre et je me suis pris un courant d'air d'un coup qui sort de nulle part. Ça sortait de dessous le glacier. Je me suis pris des éclats de pierre, de glace, etc. Donc ça m'a choqué un petit peu. J'étais avec mon trépied. J'étais un petit peu au départ de la moraine. Donc pour ceux qui ne savent pas ce qu'est une moraine, c'est le lit du glacier, en fait. Les bordures, on appelle ça la moraine. Souvent, c'est des tas de gravats. Et puis j'ai eu un off. Et d'un coup, j'ai entendu le crack. Et en fait, tout le glacier s'est affaissé sur lui-même. Il y a eu une rupture interne. C'est pour ça que j'ai pris beaucoup d'air. C'est parce qu'il y a de la masse qui est tombée à un endroit où il y avait de l'espace. Et l'air est sorti. Et j'ai vu tout le glacier qui s'est affaissé sur lui-même. Alors mon cerveau a déconnecté totalement dans ma tête. Quand j'en parle avec des gens qui ont eu des histoires de mort subite comme ça, où on sait qu'on va mourir, c'est maintenant. Il y a toujours une espèce de... Les gens qui font du terrain, qui ont eu des aventures, on a tous ce point commun de se dire « Ah ben ça y est, c'est maintenant. » On meurt tous un jour et puis moi, c'est maintenant. Franchement, c'était chouette. On a fait des belles aventures. C'est la fin du voyage. Une espèce de béatitude d'acceptation gaga. Et ton corps, lui, pendant que toi, tu as l'impression que le temps s'arrête, tu penses à un milliard de trucs. Ton corps, lui, il est en train de galoper sur la moraine à courir sur place parce que du coup, les graviers se déversent sous tes pieds. Donc je courais sur place avec mon sac photo, le trépied sous le bras. Et puis d'un coup, j'ai percuté que j'étais en train de courir pendant que j'étais en train de réfléchir. Alors que dans ma tête, j'étais tourné dans l'autre sens. Tu vois, une espèce de dissociation. Tu es complètement dans le gaz. Et en fait, ça s'est stabilisé derrière. Le glacier ne s'est pas écroulé sur moi parce que pour le coup, si ça s'est écroulé, vu que j'étais vraiment dans le lit, c'était comme si tu balances une savonnette dans une baignoire et puis tu mets des fourmis et puis elles essaient de survivre. C'est un peu l'idée. Donc ça s'est stabilisé. Tout de suite, je suis redescendu dans le cirque plus bas. Et je suis resté peut-être une demi-heure à cogiter, à regarder le glacier et à me dire, mais j'ai une chance. Il faut que je joue au loto ce soir. Ce n'est pas possible d'avoir une chance pareille. Et là, il y a un morceau, un cerak énorme d'une dizaine de mètres qui s'est écroulé pile là où j'étais il y a 15 minutes. Ah ouais ? Exactement. Et je me dis, j'ai bien fait de finalement descendre et de ne pas rester à cogiter là-haut parce qu'en fait, pour le coup, j'aurais pris le double tap. Et voilà, je ne serais pas là pour raconter ça. Mais ça, ça fait partie des trucs en hors-piste qui arrivent pas tout le temps, mais ça arrive. J'ai eu des coups de sang sur de la cascade de glace aussi. Ça m'est arrivé d'avoir une crise de panique parce que je prenais conscience que j'étais en train de faire du free solo sur une cascade de glace, tout seul dans l'Himalaya, avec 20 kilos sur le dos de matos photo. Et je n'ai pas de cordes, je n'ai rien parce que je suis tout seul et que ça ne sert à rien et que je ne peux pas me trimballer avec 15 kilos de broche à glace en plus de tout le reste. Donc, j'étais avec mes cropons, mes piolets, un peu en position de grenouille, en frog style, en train d'appeler ma mère pendant cinq minutes. Et de me reprendre mes esprits et me dire, non, mais il faut que Julien, sors-toi les doigts des fesses. il n'y a que toi pour te sortir de cette situation. Et donc, du coup, de faire une traverse plutôt pour sortir de la cascade, pour rejoindre la roche, me sécuriser et arrêter mes bêtises. Mais ça m'est arrivé, des coups de calgon comme ça, j'en ai eu pas mal. Les avalanches, tout ça, c'est vraiment impressionnant. Il y a quelques vidéos qui tournaient récemment. Je crois que c'était... Je ne vais pas dire la bêtise. Récemment, il y a eu des vidéos anciennes qu'on retournait sur Instagram de l'avalanche de 2015 sur le camp de base de l'Everest. Alors non, ce n'était pas celle-là. Il y a beaucoup d'entre eux qui ont cru que c'était arrivé là, mais en fait, c'est des vidéos qui datent de 2015. Ce n'est pas arrivé là maintenant. Je ne crois pas que ce soit une vidéo du camp de base parce que c'est un paysage beaucoup plus ouvert que la vallée du camp de base. Après, il y a eu une rupture de glacier l'année dernière dans les Annapournas et ça a inondé une vallée complètement. Il y a eu un nuage qui dépassait les cimes et tout. Là, en fait, tu vois, c'est filmé par un treaker et en fait, ils sont sur une espèce de crête. Donc, ils ne sont même pas en fond de vallée. Ah oui, je vois. Tu vois l'avalanche qui part loin, super loin. Oui, oui. Alors, ce n'est pas dans le Cachemire. Ça, c'est côté Inde et c'est dans le... Ah là là. Je fais un piètre spécialiste. Mais tu vois, je connais moins... Si tu l'as vu, cette vidéo... Pour des fois, je connais moins bien le côté indien, mais oui, je l'ai vu. Elle est hallucinante parce que, en fait, moi, ce que je trouve... Ah bah, ils ont une chance incroyable aussi. Oui. Ils ont une chance incroyable. Et c'est effrayant parce qu'ils sont très loin, au final, de la zone de Blast parce qu'une avalanche, c'est ça qui est dangereux. On se prend... Accessoirement, on se prend 12 000 tonnes de neige dans la tronche avec des cailloux et tout. Mais surtout, avant le nuage, il y a un souffle qui précède, en fait, la masse. Et ce souffle, il te projette, mais il peut te projeter à 10 mètres par terre. C'est ce qu'on appelle le Blast, en fait. Parce que tu as une masse gigantesque qui est en train de se déplacer. C'est comme toi, quand tu secoues ta main, ça fait de l'air, tu vois. Mais là, c'est la montagne qui secoue sa main. Donc, c'est pas le même air. Et le Blast, souvent, ça peut détruire des maisons en pierre, ça peut raser des villages, quoi. Tout ce qui arrive derrière. Ouais, c'est ça. Et là, ce qui est vraiment hallucinant, c'est qu'ils sont très loin. Donc, il y a une vallée entre l'avalanche. Enfin, ils sont vraiment de l'autre côté d'une vallée. L'avalanche arrive d'un côté et ils sont de l'autre côté. Et en fait, donc au début, tu as le zoom qui... J'essaierai de retrouver, de mettre le lien dans l'épisode. La personne zoom, donc tu as l'impression qu'il n'est pas très loin. Puis quand il dézoome, tu te rends compte qu'il est vraiment très loin de là où ça se produit. Et en, je ne sais pas, 15-20 secondes, tu as l'avalanche qui leur arrive dessus. Donc, elle doit être à, je ne sais pas, 300-400 km heure. Ah, c'est énorme. C'est hallucinant. C'est un peu terrorisant la haute montagne quand même. C'est complètement terrorisant, je confirme. Travailler sur les glaciers, moi, ça me fascine. Mais en même temps, je suis tout le temps terrifié. Par exemple, souvent en montagne, j'ai mes écouteurs et j'écoute de la musique pendant que je travaille.
Loïc OK.
Julien Et je me laisse un peu bercer comme ça par l'ambiance des musiques. Ça me fait sortir un peu mes images, les images que j'ai dans la tête. J'arrive un peu à travailler avec ça. Mais quand je suis sur de la glace, que ce soit un lac gelé, un glacier, que je ne suis pas loin d'un CERAC ou quoi, c'est zéro écouteur à chaque fois. Parce qu'il faut tout le temps être alerte du moindre craquement, du moindre truc. Et la glace, en plus, c'est tout le temps vivant, c'est tout le temps en train de craquer, de faire des bruits assez terrorisants. Donc, c'est vraiment une atmosphère particulière. Comme tu dis, c'est terrifiant. C'est un mélange entre hypnotisant et terrifiant. C'est très, très spécial. Il y a un autre aspect, tu vois, de la haute montagne que j'ai vraiment découvert en Népal parce que j'ai toujours fait un peu de trek, etc. Mais c'est, tu vois, basse montagne, moyenne montagne. Je n'avais jamais vraiment côtoyé des sommets comme ceux qu'on voit dans la vallée de l'Everest. En tout cas, je n'étais jamais monté aussi haut, tu vois, à 5006. Un aspect qui m'a vraiment, je serais curieux d'avoir ton retour là-dessus, toi qui as passé 10 ans maintenant, c'est, je ne sais pas si c'est spécifique au coin de l'Everest, mais le rapport à la mort, en fait. tu vois, je ne sais pas si c'est la haute montagne ou l'Everest, mais tous les jours, enfin moi, j'ai eu l'impression que tous les jours, notre guide nous disait, ah bah tiens, là, tu vois, c'est un kerne à la mémoire d'une cordée polonaise, ils étaient 15, ils sont tous morts il y a 3 ans. Ah bah là, cette section, on l'appelle le chemin des Français parce qu'en fait, en 2015, il y avait 8 Français, ils sont tous morts, ça s'est éboulé. Et c'est un peu, tu vois, tu entends des histoires comme ça. moi, tu vois, sur 3 semaines de trek, il y a eu, on a entendu parler de 4 morts, dont 2 qui sont morts à Gokyo d'ailleurs, une Russe qui s'est perdue dans un glacier et une autre personne qui est morte de nuit. Et tu te dis, mais alors attends, en fait, qu'est-ce que t'en penses toi ? Est-ce que c'est un peu comme le journalisme d'investigation, c'est-à-dire qu'en fait, en temps normal, c'est juste qu'on n'en parle pas trop, enfin, quand il n'y est pas exposé, voilà, on n'en parle pas. En fait, on en parle dans le milieu, dans le milieu de la montagne, quand il y a des morts, en général, même au Pakistan ou dans les Andes, t'as toujours, en France, on a Montagne Mag, Alpine Mag, eux, ils vont en parler sur ces médias-là, mais c'est des niches de personnes qui vont être au courant, du coup. Du coup, tous les ans, il y a énormément de morts en Haute-Montagne partout dans le monde. Et il y a toujours ce rapport à la mort, en fait, tu vois, dans les Annapurna, c'est pareil, le camp de base de l'Annapurna 1, t'as le mémorial, comme au camp de base de l'Everest, où t'as les plaques de tous les gars qui sont morts, tous les gars et toutes les nanas qui sont mortes là. Et c'est une ambiance saisissante, en fait, parce que tu te dis, tiens, je suis dans un cimetière, moi, je viens pour voir la montagne, puis en fait, c'est aussi un cimetière ici. Et il y a une sorte de dissociation. Sur l'Everest, par exemple, il y a souvent l'exemple de Green Boots qui est donné, je crois que c'est un japonais qui est dans la zone de la mort qui est à plus de 8000. et on sait que quand on a passé Green Boots, il nous reste tant à parcourir. Et le mec est devenu un repère visuel parce qu'il est momifié dans la glace, dans la neige et il a gardé ses chaussures de ski rigides qui, visiblement, ne se dégradent pas très bien dans les milieux grand froid. Donc, il y a une espèce de dissociation comme ça. Et comme tu disais, c'est vraiment pas exceptionnel d'avoir des morts même en trek. Bah ouais. Des blessés. Je crois que c'était en 2017. Il y a un gars qui est tombé sur la descente du Chola en revenant de... Donc, lui, il venait du camp de base vers Gokyo. Donc, il le faisait en anti-clockwise, comment on dit ? En contre-erre. C'est ça. Et en fait, quand tu le fais dans ce sens-là, la descente du Chola, souvent, il y a de la glace et c'est très très raide. Il me semble qu'il y a des passages avec chêne même. C'est tout chic, ouais. Ouais, ouais. Et lui, il est passé, il n'y avait pas de crampons en fait. Parce que l'excuse, c'était que les locaux à Zungla lui ont dit « Ah oui, ça va ». Sauf que les locaux à Zungla, ils franchissent jamais le passent. Ils tiennent des lodges en fait. Et donc, il s'est fracassé la tête sur la glace et il y avait une traînée de sang. Il n'est pas mort, il n'a pas eu de trauma, mais il s'est ouvert la peau du crâne et il y avait une traînée de sang sur la glace qui est restée pendant quelques jours et les trekkers qui sont passés derrière, ils voyaient la trace de sang. Donc, ça faisait une ambiance un peu particulière.
Loïc J'imagine.
Julien Ça aussi, ces accidents là, en fait, c'est bien que tu en parles parce qu'on peut faire passer un message. C'est que j'ai passé beaucoup de temps, surtout quand je traînais beaucoup dans les anapournas, à faire énormément de prévention auprès des trekkers de tous les pays, que ce soit les Français, les Américains. Alors déjà, il y en a qui arrivent, ils ne savent rien de rien de la montagne. Je suis un mauvais exemple pour les juger, mais ils viennent vraiment les mains dans les poches. Ils ne sont pas équipés, ils ne connaissent rien à l'acclimatation, les paliers. Comment ça marche, les paliers ? Pourquoi il faut s'acclimater ? Quel est le fonctionnement de la physiologie humaine ? Parce que tout ça, ce n'est pas de la magie, c'est de la science. L'acclimatation, souvent, j'ai remarqué qu'encore aujourd'hui, le mal des montagnes est perçu comme une espèce de malédiction qui peut toucher tout le monde. Et la phrase que j'entends le plus, c'est que ça arrive même aux grands alpinistes. Oui, mais en fait, on peut complètement s'en prémunir. Ce n'est pas un truc qui survient comme ça de nulle part. C'est juste qu'on va trop vite, on ne boit pas assez, on mange mal, on n'est pas équipé aussi. On a des accidents, on chute ou quoi parce qu'on n'a pas de crampons. Partir d'entraide dans l'Himalaya en saison hivernale ou fin d'automne sans crampons, c'est débile. Avec des bâtons, ce n'est pas trop mal mais des bâtons, des crampons, c'est la base. Même des crampons universels qui coûtent 30 dollars ou 20 dollars, ça fait le job souvent. Ce n'est pas la peine de partir équipé pour 2 000 euros de matériel de la tête aux pieds. C'est juste de se dire qu'on va dans un des endroits les plus dangereux du monde, les plus beaux mais les plus dangereux du monde. C'est comme l'Amazonie, c'est comme la Cordillère des Andes, c'est comme le désert du Nevada. On ne part pas là-bas, la fleur au fusil, on ne va pas consommer la planète. C'est clair. Tu sais, même plus proche de chez nous, j'ai vu des gens sur le GR20 à l'époque où c'était encore une des étapes dans le Cirque de la Solitude avec des sneakers dont le chausson était décollé et qui s'étaient attachés avec du scotch et qui en fait étaient assis en bas du cirque à attendre le PGHM pour une évacuation par hélico juste parce qu'il n'avait pas les bonnes chaussures. Et là, tu te dis « waouh, ok ». Exactement. Et c'est ce genre d'accident qui gonfle les statistiques de manière un petit peu artificielle du coup parce qu'en fait, c'est juste les gens qui ne se documentent pas. ma femme aussi, elle a une anecdote comme ça, elle faisait le tour du Mont Blanc et elle avait croisé un couple de Chinois et la nana, elle était en legging et en basket dans un mètre de neige. Jour blanc, tu vois, tu ne vois pas tes pieds et elle était en début d'hypothermie donc sans guide, sans rien. Moi, ça me dépasse un petit peu de les gens partent à la mort en fait. Oui, ça m'inspire deux choses. Alors déjà, premier partage peut-être pour toi, c'est que moi, j'avais une vision assez pessimiste par rapport à ces anecdotes qu'on lit, les gens qui grimpent au Mont Blanc en jogging, qui se font du coup évacuer par le PGHM, c'est du personnel qu'on mobilise pour pas grand-chose, etc. Et il se trouve, il y a très peu de temps, j'ai eu la chance d'enregistrer un épisode avec Pascal Sancho qui a été secouriste en montagne, alors pas au PGHM mais CRS, donc la police et qui a été formateur, etc. Enfin, qui a fait quasiment 1000 interventions en hélico sur tous les massifs français et qui me disait qu'en fait, sur les 1000 interventions qu'il a faites, il y en a peut-être eu moins d'une dizaine où c'était vraiment abusé, c'est-à-dire que c'était vraiment les gens qui avaient fait n'importe quoi et qui étaient partis. Oui, oui. Donc là, quand il m'a dit ça, je me suis dit, ah bon, ok, bon, si un spécialiste, tu vois, qui en a vu beaucoup me dit ça, bon, je revois peut-être ma copie et c'est quelque part un peu rassurant. Complètement, oui. Nous, on a un collègue dans notre équipe justement qui a fait 17 ans au PGHM et qui a un regard pas du tout pessimiste sur ça et puis surtout qui a un regard de devoir, c'est-à-dire qu'il me disait même si c'est un débile qui s'est mis en danger, le PGHM, c'est notre travail d'aller sauver les gens, on s'en fout en fait au final de comment ils sont arrivés là et si c'est un grand alpiniste ou si c'est un touriste, on fait le taf, on ne s'est pas engagé pour juger qui on va sauver. Il dit on peut en débattre après autour d'une bière mais le boulot, c'est le boulot. Donc, c'est intéressant de voir aussi que les sauveteurs, ils n'ont pas la vision que le grand public a de ces problèmes-là. Complètement. Et puis, peut-être, on fait une montagne de ça parce que même si c'est 5% des gens, c'est quand même 5% d'aberration pour le coup. Donc, c'est traitable en fait. Après, le mec qui a un super niveau et qui va faire, je ne sais pas, les grandes Jorasses ou quoi et qui se retrouvent bloqués, bon, ouais, ils ne sont peut-être pas un million non plus. Non, c'est clair. C'est clair. Très clairement. Mais bon, en tout cas, je trouvais ça intéressant d'avoir ce type de retour. Si ton ami du PGHM dit la même chose, c'est quelque part rassurant. Je ne sais pas si c'est rassurant mais c'est intéressant d'avoir des points. c'est un peu le même discours. C'est un peu le même discours. C'est comme chez les militaires, en fait. Il y a beaucoup de gars, des anciens des forces spéciales, par exemple, qui te disent que quand tu parles de le couple de touristes qui est parti au Mali alors qu'on leur a dit de ne pas aller au Mali et tout, et puis il y a des gars, des FS qui sont morts à cause de ça, ils vont te dire oui, mais en fait, c'est le boulot, nous, on s'engage, on est là pour faire des missions. On n'est pas là pour faire de la politique ou juger ou quoi. ça, tu le fais après autour d'une bière, mais en fait, ces gars-là ont une vision souvent et je dis ça parce qu'on en a aussi dans l'équipe chez Time on Target, donc la société de ma compagne, qui ont ce discours-là, en fait. Le boulot, c'est le boulot, quoi, en gros. C'est intéressant de voir qu'il y a une scission entre le point de vue du grand public qui est profane, souvent, et on est tous profanes de quelque chose. Et puis, il y a les gens concernés qui ont un regard très, très différent, donc c'est intéressant. Tout le monde met un peu de l'eau dans son vin, ça fait avancer le débat. Super intéressant. Écoute, mon deuxième partage qui est plus une question, c'est est-ce que tu penses, du coup, c'est quoi ta vision des choses comme tu as passé beaucoup de temps au Népal et tu vois, dans des environnements qui jusqu'à ce que la photo se démocratise, etc., et tu es quand même très, très peu vu, très peu mis en avant. Est-ce que tu penses que, tu vois, le fait qu'il y ait de plus en plus de… Quelque part, est-ce que tu penses… Je vais arriver à formuler ma question, ne t'inquiète pas. Est-ce que tu penses que… Courage. Quelque part, ces milieux, on donne l'impression que ces milieux sont plus accessibles qu'avant en les documentant plus, en diffusant plus de photos, de vidéos, etc., que ceux qu'on pouvait avoir accessibles ? Alors oui, et c'est une question très intéressante parce que, encore une fois, s'il y en a qui nous écoutent et qui veulent aller au Népal ou qui veulent partir dans le Kerala ou je ne sais quoi, il faut se méfier de ça parce que, encore une fois, c'est une question de sourcer les choses. Le camp de base de l'Everest, aujourd'hui, c'est extrêmement documenté. Il y a des dizaines, des centaines de milliers de personnes, des générations vivantes actuellement qui y sont allées. C'est archi touristique. Les Annapurnas, c'est très documenté aussi. C'est un peu, les Annapurnas, c'est le chouchou des touristes français. pendant l'âge d'or, avant les tremblements de terre 2015, l'âge d'or, vraiment du trek, c'était 2014, c'était une année folle. Il y a eu 10 000 Français dans les Annapurnas.
Loïc Ah ouais.
Julien C'est énorme. 10 000, c'est un truc de fou. En plus, on a les stats. Au Népal, les stats sont assez fiables pour le trekking puisque tous les trackers sont fliqués à plusieurs endroits. Tu l'as fait, tu as des bureaux de check pour savoir qui rentre et qui sort et qui n'est pas rentré, enfin qui n'est pas sorti plutôt, notamment pour les secours et aussi pour les électrons libres. Ces chiffres sont fiables. Mais, c'est des gens qui vont toujours au même endroit. Sauf qu'il y a une notion qui est oubliée, c'est le gigantisme de ces milieux-là. Ce n'est pas que pour la haute montagne, je pense que c'est vraiment pour tous les sites naturels qui sont un peu des merveilles du monde, même la forêt vierge ou les grands déserts, c'est que c'est titanesque. On ne se rend pas compte. la première fois que je suis arrivé en Inde, juste pour parler déjà de l'Inde, le pays lui-même, c'est gigantissime. L'Europe à côté, c'est un ensemble de pays et c'est ridiculement petit à côté de l'Inde. Et on se dit, tiens, pour aller dans telle région, il va me falloir deux jours de bus alors qu'en France, en 8 heures, on peut traverser la France. C'est un biais de confirmation de se dire, mais ça, c'est très touristique, j'ai vu plein de photos, j'ai le guide du routard, j'ai lu plein de trucs. Et les gens, en fait, ils savent avant d'arriver presque. Il y a ce côté, ils sont experts de trucs qu'ils ont vus sur Internet. et c'est aussi pour ça qu'il y a des accidents. C'est parce qu'il y a une espèce de confiance qui sort de je ne sais où sous prétexte qu'on est relativement bien documenté sur des sites en particulier. Et par exemple, pour la région de l'Everest en particulier, il y a quelque chose dont personne ne parle, c'est que la phase d'approche de Lukla jusqu'à Namche, c'est le tout début. Ça prend deux jours normalement si tu es quelqu'un de normal, une journée si tu as l'habitude de la montagne et trois jours si tu as un peu de mal. C'est archi dur physiquement. La montée quand tu es à l'Archa Bridge qui est le dernier grand pont et tu montes sur le plateau de Namche. Exact. Je ne connais personne et j'en ai croisé des alpinistes, des trekkers qui l'ont fait cette phase. Personne ne fait ce passage en souriant.
Loïc C'est vrai.
Julien Tu craches tes poumons, tu n'en peux plus, ton stack, qui pèsent 10 000 kilos. C'est impressionnant de monter une échelle. Si en plus, le terrain est gelé et qu'il y a de la... Souvent, c'est boueux. Tu traverses les dernières forêts pour arriver sur la cime des arbres. Souvent, c'est boueux. Suivant la période de l'année, il y a de la glace avec de la boue qui a glacé. C'est ultra compliqué. Tu es obligé de te balader avec tes crampons à moitié dans la boue, à moitié dans la glace. Après, tu as de la roche, tu as des racines d'arbres qui ressortent de partout et tu montes littéralement une échelle de terre. Et ce passage-là, personne n'en parle. Pourquoi ? Parce que c'est que de la souffrance. Ça n'a aucun intérêt. En plus, ce n'est pas spécialement beau. On dirait une pinhead comme il y en a partout dans le monde. Mais personne n'en parle, du coup. Et si en plus, tu as le malheur de croiser un porteur népalais qui te double avec 80... Qui transporte un frigo. Oui, c'est ça. Nous, on en a croisé un. Il avait 85 kilos sur le dos. Oui. Tu vois ? Et il nous a doublés. C'est très quand. Et là, tu te dis il devait avoir, je ne sais pas... Et lui, il était en tombe. Oui, c'est ça. Il était en sandale, exactement. En chapale. Et là, tu te dis OK. Donc, oui, je pense que pour conclure la question, essayer de faire un truc un peu plus construit, mais ça ne porte pas préjudice au site parce qu'en fait, ça manque cruellement d'informations. On a des images. On a quelques retours sur des sites, des forums. Les gens échangent entre eux. Mais au final, on a surtout des images et des images, bon, ça ne va pas t'apprendre grand-chose. Et il y a aussi énormément de zones, si on ne parle que de l'Himalaya, qui ne sont pas du tout documentées. Il y a zéro image. Par exemple, le pass de Shangri-La que je voulais faire l'hiver dernier, il existe trois photos à peu près du côté du pass qui sont dispos sur iStock. C'est tout ce que j'ai trouvé de ce pass-là.
Loïc OK.
Julien Et tout le reste, c'est les massifs qui sont à côté. Quand tu mets le pass de photo, pass de Shangri-La, tu tombes sur des photos de Gokyo, des photos du Renjola, des photos qui ne sont pas le pass. C'est à trois kilomètres d'écart. Et trois kilomètres d'écart dans l'Himalaya, à vol d'oiseau, tu changes de pays. Une vallée ne ressemble pas du tout à la suivante. Donc voilà, il y a plein d'endroits comme ça. Même le Mustang, par exemple, dans les Annapurna, c'est un désert d'altitude à 4000 mètres. C'est tout du sable partout alors qu'on est à 4000 mètres. Et il y a des zones entières, c'est des no man's land dans cet endroit-là. Il n'y a pas d'animaux ou alors tu croises quelques picas de l'Himalaya, des espèces de hamsters de l'Himalaya. Il n'y a rien, quoi. J'allais te poser... Ça, ce n'est pas documenté. J'allais te poser la question parce qu'en fait, bon là, c'est un peu perso mais quand j'étais parti au Népal, je vais essayer de la faire courte parce que voilà. Mais quand j'étais parti au Népal, je t'avais expliqué, tu sais, que c'était après un accident qui m'avait un peu marqué où je m'étais pris une voiture à 50 km heure sur mon petit vélo. Et donc, c'était aussi une période un peu compliquée à titre perso, au boulot, etc. Et donc, j'avais envie de faire un voyage un peu vraiment dépaysant, tu vois, un peu mystique. Je n'étais jamais allé au Népal avant. J'avais fait le Japon en Asie, mais c'est tout. Et encore, c'était avec le judo. Donc, je n'avais pas vraiment voyagé. Et du coup, j'avais cherché, je m'étais dit, bon, j'aimerais bien vivre une expérience hors des sentiers battus. Je ne veux pas me retrouver, tu vois, dans les coins Instagramables et compagnie. il se trouve que j'ai eu l'opportunité de faire ce trek, de le tester. Donc, financièrement, c'était intéressant. Voilà, du coup, je ne me suis pas trop pris la tête sur le côté orga, donc j'ai fait ça. Mais j'avais longtemps hésité à partir au Mustang. Et une fois sur place, donc au Népal, il y a plusieurs personnes qui m'avaient dit que c'était devenu, que c'est plus ce que c'était, tu vois, un peu comme le Bhutan, que c'était devenu tellement qu'il y avait des... Maintenant, il fallait un permis pour y aller parce qu'il y avait trop de gens. Ah, parce qu'il parle, il parle en fait de Lomantang qui est un village dans le Haut Mustang. Et en fait, c'est une enclave qui est volontairement conservée en l'état par le gouvernement. Donc, les locaux vivent selon une tradition un petit peu tibétaine, d'ailleurs. Et c'est une sorte d'Éden, un peu. C'est très vert, c'est très bien entretenu, etc. Alors que tout le reste du Mustang, c'est un désert. Et donc, quand tu arrives là et que tu sais que le gouvernement finance les infrastructures, les habitants, etc., et qui fait payer, du coup, un permis à, je crois que c'est plus de 50 dollars par tête, en plus du permis des Annapurna, par jour, c'est... Oui, ça n'a pas d'intérêt. Mais par contre, le Mustang, encore une fois, ça fait des... des 100 km sur 200 km. C'est un truc de dingue. Et il y a plein d'autres choses à voir dans le Mustang. Ce qu'il appelle le Lower Mustang, en fait, c'est des appellations complètement artificielles créées par le gouvernement et par l'Office du tourisme népalaise, d'avoir créé le Upper Mustang. C'est pour créer de l'envie, tu vois. Les touristes se disent « Ah, moi, je suis allé dans le truc rare. » Oui. Mais la région, c'est le Mustang, point barre. Il n'y a pas... Il ne faut pas s'inventer une vie. Oui. Et le Mustang, tout court, c'est super unique. à voir. J'ai failli dire dépaysant, mais j'ai horreur de cette expression. Mais ouais, c'est unique parce que tu es entre 3008 et 4002 suivant les endroits et tu n'as que de la caillasse et de la poussière. Tu te croyais en Afghanistan des images qu'on a vues de la guerre en Afghanistan. Tu m'as fait un peu ces décors-là. Et autour de toi, il y a des 7000 mètres, des 6000 mètres. Tu as l'Anna Pourna 1, pas très loin et tu as ces sommets enneigés alors que toi, tu es dans une cuvette désertique. Et tu te poses la question comment c'est possible. Oh là là. Il faut visiter les choses. Il faut aller par soi-même. Il ne faut pas écouter le bruit autour. Il faut suivre le silence intérieur. C'est le message un peu bouddhiste. Tu sais à quoi ça m'a fait penser là ? Parce que je te le disais, j'ai testé cette expédition. Du coup, il y avait un guide, etc. En réalité, tu le sais mieux que moi depuis le temps que tu es, mais tu n'as pas vraiment besoin de guide, je pense, quand tu fais des treks. Pas du tout. Surtout sur des zones aussi connues, aussi fréquentées. Tu vois cette notion d'explorer, de juste suivre son instinct. Il y a un endroit qui m'a vraiment marqué sur l'itinéraire du trek des Trois Coles. C'est après Namche Bazar. Je crois que de mémoire, c'est Tamé. Entre Namche Bazar et Lungden, si je me souviens bien. Tu as un petit village qui s'appelle... Parce que toi, tu as fait le parcours en clockwork. Oui, exactement. Dans le sens des églises. C'est ça, exactement. Donc à Namche Bazar, on est parti sur la gauche en sortant de Namche Bazar. Et je me rappelle qu'à Tamé, je ne me souviens plus du nom des... Il y avait des 6000 autour de nous. Il y a beaucoup de no-names du côté de Tamé. En fait, à l'ouest, tout ce que tu vois à l'ouest, souvent, ils n'ont pas de nom. Ou alors, c'est des noms tibétains. Au-dessus, en fait, tu as le Kong Mala qu'on peut voir depuis Namche, qui est un gros massif quand même. Et au-dessus du Kong Mala, après, c'est compliqué de connaître les noms. souvent, enfin, moi, c'est un peu... C'est pour ça que je me targue de ma spécialité. C'est que mon super pouvoir, c'est de... Tu me pointes une montagne à peu près n'importe où dans l'Himalaya, au Népal, et je peux te dire son nom. Son nom local. Alors que souvent, les guides, ils n'en savent rien. Je suis déjà tombé sur des guides qui inversaient l'Anapurna 2 avec le 3. Enfin bref, je me disais qu'est-ce qu'ils foutent là, ceux-là. Mais là, c'est des massifs vraiment particuliers. c'est des énormes no man's land. Il n'y a rien là où... En fait, c'était ça, c'était un peu l'appel de ça. Parce que justement, on posait... Je me rappelle, on était allé visiter un... Il y avait un monastère au-dessus de Tamé. Donc, ils nous expliquaient que chaque famille... Alors, je ne sais pas si c'est vrai, tu pourras peut-être me le dire, mais chaque famille devait envoyer un enfant dans les monastères du coin et son deuxième enfant, apparemment. Et puis, je lui posais des questions sur les sommets qu'il y avait autour. Et je me rappelle qu'il y avait une vallée qui partait de Tamé. Donc, vers le... Nous, on allait vers... Alors, attends, vers l'ouest-nord et la vallée, elle partait plein ouest. Et il m'avait expliqué que c'était une vallée très peu fréquentée, qu'il y avait quelques treks qui y allaient, mais qui savait même... Lui, il ne savait pas trop quelle était la destination de ce truc. Et je m'étais dit, punaise, mais c'est ça, en fait, qui me ferait rêver. Tu vois, c'est juste partir dans un truc complètement hors des sentiers battus et voir où ça mène, quoi. Tu vas s'en prendre de risques parce que tu restes... Enfin, s'en prendre de risques. Je vais te faire rêver, mais en vrai, si tu le fais, c'est surtout de la souffrance sur le coup. Mais avant, il y avait un... Il y a un col, en fait, au nord du Kong Mala. OK. Et avant, les locaux partaient de la région de Tamé ou de Gokyo et coupaient directement à travers ce massif pour rejoindre Katmandou.
Loïc Ah oui, OK.
Julien Ils ne passaient pas par le sud, par Lukla, Djiri et tout ça, quoi. Et ça ne se fait plus, en fait. Quand je dis avant, c'était il y a 200, 300 ans, c'est quand les Tibétans ont migré. Toutes les... Les ethnies, en fait, qui peuplent l'Himalaya aujourd'hui sont des ethnies qui viennent du Tibet. Donc, les Tamang, les Sherpas, les Gorung, c'est eux qui ont colonisé l'Himalaya Népali et qui ont créé leurs communautés différentes, quoi. Et à cette époque-là, il y avait des gros, des grosses transhumances avec les Yaks, etc. Et puis, il y avait un peu des routes commerciales aussi. Et il y avait des caravanes qui traversaient.
Loïc Wow.
Julien C'est un niveau de rusticité aussi assez fou, quoi. De se dire, les mecs, ils marchent une semaine dans rien, dans le rien. C'est perdu dans l'espace. Parce que souvent, l'Himalaya, c'est ça. On serait sur la Lune, ça reviendra au moins. Ouais,
Loïc c'est vrai que c'est...
Julien Des fois, c'est un petit peu flippant quand on se concentre un peu sur cette idée-là de se dire, ah là, j'ai pas intérêt à me tendre une cheville.
Loïc Ouais, complètement. Donc toi, tu ne considérais pas forcément d'aller explorer cette fameuse vallée à l'ouest de Tamé ?
Julien Ah, quelqu'un qui part un peu, qui n'a pas une grosse expérience de l'expédition, des milieux grand froid, des très bonnes notions en premier secours. parce que là, il faut être capable de se secourir soi-même si ça tourne mal. Il faut un niveau logistique expédition. Ouais, ok. Déjà, si tu peux gérer ça, ouais, ça se fait. Mais il y a une grosse préparation en amont, il y a une grosse chaîne de secours à mettre en place en amont au cas où. Et il y a des gros, si tu veux mettre toutes les chances de ton côté en tout cas. Une logistique au niveau secours à mettre en place avec des checkpoints. si je ne suis pas arrivé à tel endroit ou si je ne t'ai pas envoyé un signal avec le GPS à tel moment, c'est qu'il faut déclencher la chaîne secours, blablabla. Et il te faut un contact du coup à Katmandou ou à Lukla qui peut être prêt à déclencher cette chaîne ou depuis la France, ça peut se faire aussi. Mais le mieux, c'est d'avoir déjà quelqu'un sur place. Ça ne va plus. Et après, en termes d'autonomie, il faut te trimballer tout ce dont tu auras besoin. il faut pouvoir le porter, tout ça. parce que ça grimpe. Mais dans un registre moins extrême, en haut du Kong Mala, presque sur le sommet, ils ont construit un lodge maintenant. Donc, c'est à 4000 et quelques... Alors, parce que j'ai des cartes de l'Himalaya devant moi dans le bureau. Mais je les ai changées vu qu'on est rentrés de la région de l'Everest. Et là, ça faisait quelques années que je traînais dans cette région-là. J'avais envie de revenir sur mes autres régions. Donc là, je n'ai que les cartes Langtang et Annapurna sous les yeux. Je ne pourrais pas te dire exactement. Du coup, il faudrait que je la ressorte. Mais ils ont construit un gros lodge un petit peu luxe. Et tu peux y aller via un chemin... Ce n'est pas un chemin de trek. C'est un chemin local. Ça serpente depuis le bas de la vallée. En fait, il faut que tu l'empruntes, le chemin, quand tu es un petit peu au-dessus de Fagding.
Loïc OK.
Julien entre Fagding et l'Archabridge, donc le dernier gros pont avant Namche, il y a la zone d'attaque. Mais tu le vois de Namche-Bazar, ce lodge, non ? Le lodge, on le voit la nuit, c'est allumé. Oui, on l'avait vu. On voit comme une petite étoile sur le sommet de la montagne. Il paraît que c'est magnifique là-haut. Je ne pense pas qu'il y en ait 400 des lodges, mais là-bas, parce qu'on était allé regarder et figure-toi qu'on l'avait trouvé sur Bookings et que c'était... Oui, oui. C'était un délire absolu les tarifs. C'était n'importe quoi. Ce n'est pas 400 dollars la nuit. Oui, c'était un truc comme ça. Oui, c'est ça. Parce qu'ils ont... Là, pour le coup, ils ont construit un truc exceptionnel. Je ne sais pas qui est propriétaire de... J'ai une petite idée de qui sont les propriétaires à Katmandou de ça, mais bon... Oui, voilà. Ils ne sont pas bêtes. On fait pareil dans les Alpes. Oui, non, c'est sûr. Il y a des chalets. Des fois, c'est 150 000 euros la semaine. Oui, non, complètement. Ils ont bien raison. Mais du coup, ça se fait. Et j'ai des collègues sur Namche qui l'ont fait, qui sont montés là-haut. Et ils disaient qu'il faut avoir des bonnes conditions quand même parce que si... Si jamais tu te prends un petit blizzard ou quoi ou que... tu as une queue d'orage, c'est-à-dire des gros nuages qui d'un coup tombent dans la gorge qui est en dessous du plateau de Namche. Tu te prends un gros nuage en milieu fin d'après-midi. Ça change complètement la phase d'approche. Tu te cailles d'un coup. Et en même temps, tu montes un truc très très raide. Donc, tu transpires et puis tu as froid alors que tu te rends... Enfin, tu vois, c'est la soupe. J'ai oublié. Donc, c'est quand même un petit peu l'aventure de faire ça. Il y en a beaucoup, visiblement, qui montent en hélico. Oui, voilà.
Loïc C'est ce que j'avais vu.
Julien C'est ce que j'avais vu. Depuis le look-là, ils vont dire que là-bas, c'est un peu triste. Écoute, ça fait une super transition. Tu vois ce que tu expliquais sur le fait qu'elle explorait cette vallée au départ de Tamé. Je vais m'afficher là-dessus, mais tu vois que c'est faisable avec la bonne logistique, etc. Ça fait une bonne transition sur une autre partie de tes activités. En tout cas, sur ton site, je vois que tu proposes aussi des services d'organisation, de consulting, de fixer, Place Finder. Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus ? En fait, j'ai déjà travaillé toujours en tant que photographe, pour le coup. Mais au final, j'ai été embauché en tant que photographe sur une XP dans la région de l'Everest avec l'alpiniste Kenton Kool, avec qui je m'entends toujours très bien. En fait, c'est le recordman occidental depuis l'année dernière du nombre d'ascensions de l'Everest. Il a gravi 16 fois l'Everest.
Loïc Ah oui ?
Julien Ah oui, Kenton, c'est une légende dans le milieu. C'est un super gars. Et donc, il m'avait embauché sur une XP un petit peu haut de gamme où on avait énormément de rotations en hélico et avec des clients qui ne voulaient pas traquer toute leur vie. Ils voulaient accéder au site très très rapidement. donc, ce type d'expédition-là, c'est le genre de truc assez facile à gérer parce que vu que j'ai l'habitude de me trimballer mon sac de 20 kilos, là, pour exemple, c'était complètement différent. Mais du coup, ça me fait porter plusieurs casquettes parce que j'ai aussi guidé sur cette XP-là beaucoup guidé les groupes dans la région quand on faisait des petits randos, au final. Il y a un client qui voulait absolument monter à 5000 mètres, un client de 68 ans. C'est là, en plus, le genre de client à qui on ne dit pas non. Ouais, je vois. Donc, il a, voilà, et qui regarde, il regarde le médecin de l'XP et puis il dit, ben, moi, je veux que ce soit Julien qui me guide parce que lui, ça fait 10 ans qu'il vit là. Lui, il connaît, lui. Alors, le médecin en question, il avait déjà gravi Amad Ablam et l'Everest. Donc, je me suis senti un peu mal. Je me suis quand même senti un peu mal qu'ils me choisissent moi. Mais bon, voilà, c'est rigolo. Donc, ouais, ce type de package, c'est, globalement, moi, si on m'embauche pour à peu près n'importe quoi, je pense, dans l'Himalaya, je suis partant parce que c'est vraiment la maison, c'est ma zone de confort. Même s'il y a des moments difficiles, j'arrive quand même relativement bien à anticiper les phases et puis après, c'est une question d'habitude aussi. Enfin, je le vois sur la dernière XP où j'ai conduit ma femme, par exemple. C'est, j'ai réadapté complètement l'expédition au fur et à mesure en fonction de son niveau à elle parce qu'il faut toujours jongler en fonction du niveau des gens et on se cale toujours, on prend toujours la moyenne basse pour ne pas prendre de risques. Et puis, voilà, quoi. Après, ça, on parle, je digresse un peu beaucoup, mais on parle expédition, clients, tout ça. C'est vrai qu'il y a souvent des accidents, notamment sur l'Everest parce qu'il y a des clients milliardaires, par exemple, qui peuvent tous payer et ils partent du principe qu'ils payent une XP à l'Everest et ça leur paye le sommet. Et ça, ce n'est pas le cas. Je ne sais plus où j'avais... Il y a jurisprudence maintenant d'ailleurs pour ça. Ah oui ? Oui, depuis deux ans. En fait, pendant la crise Covid, il y a un client qui a porté plainte contre son guide, un client américain contre un guide anglais, si je ne dis pas de bêtises, parce qu'il n'a pas atteint le sommet.
Loïc Oh, non,
Julien mais sérieux. Sur une XP à 100 000 dollars, tu vois. Et le guide a eu gain de cause et le client, il a été se rasseoir. Et tout le monde a suivi ce procès dans la communauté de très, très près parce qu'en fait, si le client avait gagné, ça aurait été terrible pour l'industrie des expéditions commerciales. Parce qu'on parle d'une industrie, ça brasse des milliards. Même la cordillère, c'est le même problème. Il y a des clients qui pensent pouvoir tout acheter. et on achète un package, on n'achète pas le résultat. C'est quand même aux gens de marcher avec leurs petits pieds musclés. Heureusement, tu imagines que les guides ont une obligation de moyens et pas de résultats parce que sinon... Exactement, obligation de moyens uniquement parce que sinon, ça serait ingérable. D'ailleurs, petite question sur l'Everest spécifiquement. Je ne sais plus où est-ce que j'avais lu ça, mais je crois que c'était... Je ne sais plus. Il me semblait avoir lu que l'ascension de l'Everest côté Chine, c'était en fait... C'est plus facile. C'est une énorme rando. Tu étais très très haut mais en fait, tu n'as pas de Tserak, c'est juste une très très grosse rando. Après, les problèmes sont les mêmes. L'Everest, c'est un problème médical tout le temps en fait. C'est une logistique médicale énorme. Même côté Népali, c'est très très dur physiquement, c'est beaucoup de souffrance comme toujours dans l'Himalaya. mais c'est surtout un problème médical. Je ne dis pas ça pour amoindrir le fait que c'est plus facile côté chinois, mais ça joue le fait que côté chinois... En fait, côté chinois, c'est beaucoup plus progressif et il n'y a pas les mêmes steps qu'on peut avoir quand tu passes le col avec le lot de C, après, tu as le Hillary step, après le col dessus, il y a des passages un peu touchy sur l'Everest quand même. Ce n'est pas de la rondo non plus. Mais le problème, c'est toujours le même, c'est qui va pouvoir s'acclimater ? Parce qu'avant l'ascension, côté Népali en tout cas, je ne sais pas comment ils font côté chinois, mais côté Népali, tu as deux fausses ascensions. Tu en as une jusqu'au camp 1, tu fais le Solu Kombu, tu fais le Kumbu que je raconte, la cascade de glace du Kumbu, la cascade de glace au pied de l'Everest qui a un gros, gros morceau. À elle toute seule, je crois que c'est plus de 60 morts déjà depuis le début de l'histoire des ascensions répertoriées.
Loïc Oui, c'est le Icefall, c'est ça ? Oui, c'est ça.
Julien Donc, c'est des Seracs, pareil, ils font la taille d'un immeuble, les machins, tu as des crevasses pas possibles. Donc, tu as deux ascensions, tu en as une qui va jusqu'au camp 1 et une qui va après jusqu'au camp 2, voire un petit peu plus, ça dépend à chaque fois des expés et de qui gère les expés. Et après, tu reviens à chaque fois au camp de base. Tu fais une nuit au camp 1, tu reviens au camp de base. Donc, ça veut dire qu'à chaque fois, tu fais deux fois la cascade de glace.
Loïc Oui.
Julien En tout, quand tu fais une expé d'Everest, tu as fait six fois la cascade de glace.
Loïc Oui.
Julien si tu arrives jusqu'au bout. c'est quand même, voilà, côté Népali, il se passe des choses quand même. Ce n'est pas rien du tout. Il y a une grosse logistique matérielle aussi. C'est très équipé, côté Népali, à chaque saison. Parce que ça fait vivre énormément de familles, en fait. Toutes les expés qu'il y a, les guides locaux, ils touchent des sacrés cachés maintenant. surtout depuis la crise de 2014 où il y avait eu 12 alpinistes morts et pour la plupart des guides Népali, suite à une petite avalanche, alors que les guides avaient posé leur veto, mais encore une fois, les clients avaient fait le forcing en payant plus. et du coup, le bureau des guides, ce n'est pas vraiment le bureau des guides, mais la communauté des guides Sherpa, qui est propre à cette région-là. Je ferai deux mots sur les Sherpas après si tu veux. Oui, avec plaisir. Je tiens. Le bureau des guides Sherpa avait fait la grève et ils ont dit, nous, on a nos conditions, c'est comme ça. Et le gouvernement était un peu en conflit avec le bureau des guides. Il y avait eu une très, très grosse affaire début 2014 sur ça. Et à partir de là, les mentalités ont vraiment changé. Les guides, ceux qui sont certifiés, en tout cas, et au Népal, ils ne sont pas beaucoup. Ils sont maintenant un petit peu moins de 40. Les guides certifiés Alpinisme International, je ne sais plus ce que c'est la mention, c'est UIA, machin. C'est une vraie certification internationale. Les gars, ils viennent driller à Chamonix. Ils apprennent. Ils ne sont pas à la sauvage. Ils ne comptent pas que sur les physiques, c'est des vrais guides de haute montagne. Cette communauté-là et ces guides-là, maintenant, ont posé vraiment les règles de comment ça doit se passer côté Népali quand on accueille des clients et qui décide. Et ceux qui veuillent payer plus, ça ne leur servira à rien. Maintenant, ça a beaucoup, beaucoup changé. Ce n'est pas plus mal. Le problème, après, ça reste les freelances. Il y a énormément sur les chemins de trekking, parce que ça, c'est pour les ascensions, mais le trek, c'est encore une autre industrie. Et sur les chemins de trek, il y a beaucoup de guides qui sont de la ville, qui sont de Katmandou, originaires du sud, du Népal, qui ne connaissent rien de la montagne. Ils ont fait une fois le trek avec un ami, puis après, ils ouvrent un business. Et eux, ils montent en basket au Cholapas, par exemple. Et ça, c'est dangereux. C'est très, très dangereux, parce que le guide, là, l'obligation de moyens, je pense qu'on n'en est même pas là. Oui, non, mais c'est clair. Tu vois, je ne vais pas citer le nom de l'agence que je suis parti tester, mais c'était une catastrophe. C'est même un peu écorant, parce que je me suis dit, mais attends, heureusement que je le fais dans le cadre d'un test et que je n'ai pas, tu vois, sacrifié les vacances, un gros budget, etc., pour ça, parce que c'était un truc de fou, le pseudo-guide ne connaissait aucun des noms de montagne, tu vois, des trucs, des arrangements bizarres avec, sur le prix des lodges, enfin. Ouais, ça, après, quand, alors, le fait de parler népali, ça aide beaucoup, parce que des fois, dans les lodges, normalement, si tu veux, il y a une sorte de règle tacite qui dit que les guides ne payent pas.
Loïc Ouais, ça, il nous l'avait expliqué, ouais.
Julien Mais des fois, il y a des lodges un peu filous, ils n'en font qu'à leur tête, donc des fois, tu entends ton guide qui s'engueule un petit peu en Népali, parce que, suivant, en fait, la communauté ethnique de qui tient le lodge, ça peut plus ou moins mal se passer. OK. Et donc, je rebondis sur les communautés, c'est que, j'entends beaucoup, beaucoup, depuis que je suis rentré en France, t'as fait des expés dans l'Himalaya, tout ça, tu connais, machin, et est-ce que t'as déjà pris un Sherpa ?
Loïc Ah oui, Sherpa égale porteur, c'est ça ?
Julien Voilà. Et j'entends souvent, ah oui, mais si tu veux faire l'Everest, t'as besoin d'un Sherpa. Et j'ai l'impression qu'on parle d'un lave-vaisselle ou... Ouais. Alors, Sherpa, chers auditeurs, Sherpa, c'est une ethnie, quoi. C'est comme dire breton ou périgourdin, quoi. Donc, quand je vais faire le Mont Blanc, je dis pas, j'ai besoin d'un breton, quoi. Ça n'a aucun sens. J'ai besoin d'un guide de haute montagne pour gravir le Mont Blanc. Donc, quand on gravit l'Everest ou n'importe quel sommet, on a besoin d'un guide de haute montagne. au magie, il y en a au Népal. Après, Sherpa, c'est une communauté originaire du Tibet, donc ça fait partie des trois grandes communautés qui sont venues du Tibet il y a plus de 300 ans. Il y a les Tamang qui ont investi plus le Langtang et un petit peu les Annapurna. Les Annapurna, après, c'est majoritairement des Gorong. Et les Sherpas, c'est la région de l'Everest, c'est chez eux, quoi. C'est les tauliers de l'Everest. Donc, c'est pour ça qu'on entend beaucoup parler d'eux et pas des autres parce que, en fait, l'Everest a pignon sur rue pour tout. Quand on parle de l'Himalaya, on parle de l'Everest.
Loïc Oui.
Julien Et donc, ça joue beaucoup dans le fait que Piautintin ce genre de choses. Oh là là. Donc, voilà, j'y tiens, dite guide de haute montagne. D'ailleurs, je renvoie sur un documentaire qu'il faut avoir vu impérativement, c'est 14 Peaks. Ah oui. Les 14 sommets, je crois que c'est le projet Project Possible et projet possible sur Netflix. Je crois qu'ils l'ont appelé aussi comme ça avec Nims Day qui est Nims Purja qui est la rockstar de l'Himalaya. Meilleur alpiniste de tous les temps. Et lui, il parle beaucoup de ça, de le fait que l'Occident s'accapare beaucoup de conquêtes himalayennes alors qu'en fait, les locaux, ils ont fait tout le boulot avant. Oui, oui. Ils ont gravé les sommets, ils ont mis en place les voies, ils ont tout fait. Si je ne me trompe pas, c'est son équipe qui a atteint pour la première fois le sommet du K2 en plein hiver ? Exactement. Et ils ont même remotivé les équipes qui étaient au camp de base, les équipes occidentales, parce que tout le monde voulait abandonner.
Loïc OK.
Julien Et en fait, c'est un très, très bon entrepreneur aussi. Il est manager entrepreneur. Il a vraiment un profil psychologique ultime, Nims. ça fait partie de ses super entrepreneurs, je trouve. Et donc, il a le bon verbe, il a cette énergie qui fait qu'on le suivrait sur la Lune.
Loïc Oui.
Julien Et on en revient vivant, en plus. Parce que pour l'instant, il a 100% de ses expéditions depuis le début que Elite Exped existe. Et c'était bien avant le reportage. Moi, je les connais depuis 2017. Il a toujours 100% d'expéditions accomplies sans accident. C'est beau. Mais sa règle d'or, c'est qu'il fait des cours d'alpinisme pour les nuls. Par exemple, sur Amad Ablam, qui a un sommet un petit peu raide, quand même, c'est technique. Mais il est équipé. Comme dirait Kenton Kool, les bolts, les pitons, ça a changé la face de l'alpinisme. Quand une voie est équipée, c'est plus la même. Le style traditionnel, c'est autre chose. Mais du coup, Nims, tant que tu ne sais pas faire une descente en rappel sur la cascade de glace, tant que tu ne sais pas faire ton arrêt d'urgence, faire ci, faire ça, l'expédition ne commence pas. Tu restes au camp de base. Et si au bout de tant de jours, tu ne sais toujours pas le faire, c'est mort. Et ça, il fait des gros briefings sur ça. Les gens, vu qu'ils ont payé, ils y vont, ils apprennent. Tu m'étonnes. Ils écoutent. Ils écoutent et ils font. Mais je trouve que c'est très, très bien. C'est une super approche, je trouve, plutôt que... Puis, il est très pédagogue. En même temps, il met la pression aux jambes et de manière très pédagogue. et les gens ne se laissent pas tirer par le col pour arriver en haut de la montagne. Ça, c'est vachement important parce qu'on ne met pas que soi en danger aussi quand on fait ça. Clairement, oui. Non, ça, c'est clair. Mais, oh là là. Punaise, ça me fait, franchement, ça... Je sens que ça te... Ça te trigger. Ça fait un moment, tu vois, que j'y suis allé en 2019 au Népal et je suis revenu très content mais en même temps un peu déçu parce que j'avais... Je me suis dit, punaise, j'ai l'impression que c'est un pays incroyable à découvrir qu'il y a encore des zones, tu vois, peu touristiques, la montagne vraiment sauvage et bon, j'ai fait ce trek qui n'était pas particulièrement sauvage mais qui était quand même très bien mais du coup, ça fait un moment que je me dis, j'aurais bien y retourné, j'avais loué... J'avais loué. J'avais lié des liens d'amitié, tu vois, avec un guide népalais super sympa sur place qui n'était pas mon guide par ailleurs mais que j'avais croisé et avec qui j'avais marché quelques jours, qui nous a fait visiter Katmandou ensuite, enfin, vraiment très très gentil et je réfléchissais, tu vois, et puis voilà, j'avais vu la Madablam, enfin moi, elle m'a marqué cette montagne, la forme, je ne sais pas, il y a eu un truc, tu vois, autant j'ai vu l'Everest, j'ai trouvé ça émouvant mais bon, ok, le lot c'est bon, ok, mais la Madablam m'a marqué, tu vois, et donc ça fait un moment que j'ai tout ça qui me trotte en tête, tu vois, je me dis, punaise, mais t'as mis, je serais bien aller explorer cette vallée ou est-ce qu'il y a autre chose à voir au Népal, tu vois, des coins vraiment reculés, donc ouais, là le fait d'en parler avec toi, aïe aïe, il va peut-être se passer un truc là. Ça, c'est intéressant parce que, oui, alors moi je suis ouvert après, tu sais, j'essaye d'y retourner tous les hivers, là cette année, c'est pas possible parce qu'on prépare un voyage au Japon alors du coup, c'est pas le même budget que le Népal mais l'hiver prochain, c'est quasiment, quasiment sûr que j'y retourne et j'y retourne toujours au minimum pour un mois donc sinon, t'as le temps de rien, ça devient dangereux du coup de partir en montagne pour moins d'un mois mais explorer, c'est très bien ce que t'as dit parce que ça rejoint totalement mon point de vue aussi sur le camp de base de l'Everest, là sur la dernière XP, donc ma chérie, elle voulait aller au camp de base de l'Everest parce que c'est mythique et en fait, je l'en ai dissuadé, je lui ai dit écoute, on doit passer par Gokyo, je te garantis que là, si on a de la neige et tout, mais Gokyo, t'as jamais vu ça de ta vie, t'as jamais rêvé de ça alors que le camp de base, t'as marqué Everest Base Camp sur un gros caillou et t'as plein de touristes qui font la queue avec leurs selfies et puis ils confondent l'Everest, l'Obsé, le Noopsé, ils savent même pas ce qu'ils prennent en photo, il y en a plein qui descendent même pas jusqu'à la cascade de glace alors que tu peux y aller, c'est relativement accessible si t'as une paire de crampons, tout le monde monte Calapatard et puis ça finit dans les Lodges à jouer aux cartes au final, ça manque cruellement d'intermédiaire et puis esthétiquement, d'un point de vue purement esthétique, l'Everest, je préfère le regarder depuis le sommet de Gokyo Peak et de me dire cette montagne que tu peux toucher du doigt alors que t'es à plusieurs kilomètres, tu dis ça, c'est le plus haut sommet du monde et en plus, je suis en haut d'un petit sommet à 5003 que t'as gravi à la sueur de ton front et te dire autour de moi, j'ai accès à plein plein d'autres montagnes qui sont tellement plus esthétiques, tellement plus belles, qui dégagent vraiment autre chose, c'est une pyramide géante l'Everest, c'est que ça, c'est pas ça du long. Tu vois, c'est marrant, en tant que photographe, je suis pas fan. Je l'avais jamais vraiment dit avant, moi ça m'avait ému de le voir parce que par rapport à cette histoire d'accident, on m'avait dit que je pourrais plus faire de trucs comme ça. Il y avait un peu d'émotion, mais c'est vrai que déjà, comment dire, en anglais, on dirait le terme, c'est stand out. En fait, t'as pas ça, quand t'arrives, tu te dis pas ça c'est sûr, c'est l'Everest, comme tu peux l'avoir avec le Servin par exemple. Tu vois le Servin, tu le sais tout de suite. La Madame Blame, c'est pareil je trouve. L'Everest, c'est moins évident, c'est un peu quelconque. Et ouais, je suis assez d'accord avec toi sur le camp de base. Nous, tu sais quoi, on était avec cette fameuse agence-là, je me suis retrouvé, il y avait un couple qui avait pris, réservé un truc avec l'agence et puis en chemin, on a croisé un autre couple. Le gars a fait sa demande en mariage d'ailleurs au Cholapas et j'étais le photographe improvisé, c'était assez énorme. Ah, classe ! Du coup, on était cinq et en fait, les cinq, on s'est dit mais on n'a même pas envie de pousser jusqu'à l'oboucher, tu vois. Enfin, c'était, on se retrouvait dans les caravanes de touristes en sneakers qui montaient pour le camp de base, les hélicos et tout. C'était un peu, ouais. Il y avait moins cette notion d'exploration en fait. Moi, ça m'avait vraiment surpris, tu vois. Je m'étais dit, punaise, c'est pas du tout aussi isolé que ce que je pensais. On me demande souvent pourquoi, parce que moi, ma saison de prédilection, c'est l'hiver et on me demande souvent pourquoi tu pars en hiver parce qu'il fait super froid, il fait moins 30 la nuit, moins 20 des fois le jour, moins 15 quand ça va. Les conditions sont difficiles, il n'y a personne, il y a beaucoup, beaucoup de colonies qui sont fermées. Mais justement, voilà pourquoi j'y vais en hiver. Je suis surpris que Goku, tu disais qu'à Goku, il y a tout le temps du monde, même l'hiver. Ouais. En fait, il s'arrange toujours sur des grosses colonies comme ça parce que Goku, maintenant, ça a beaucoup construit par rapport à il y a 10 ans, par exemple. Il s'arrange toujours pour que tu aies au moins un lodge ouvert.
Loïc Ok. J'aurais pas cru, tu vois.
Julien Même Machermo, tu vois, si tu passes tout droit entre Namche et Goku, tu passes par, en suivant la rivière qui descend du Nozongba Glacier, tu as toujours au moins un lodge sur une colonie qui est ouverte.
Loïc Ok.
Julien Et donc, je dis colonie depuis tout à l'heure parce que il y a les villages et les colonies, c'est vraiment pas pareil. La colonie, c'est de la vie artificielle.
Loïc Ouais.
Julien tout est amené par hélico ou à dos d'hommes ou à dos de bêtes. Mais naturellement, on ne peut pas y vivre. Déjà, la vie permanente à 4000 mètres et 4500 mètres, 5000 mètres, c'est très, très mauvais pour le corps. C'est de la vie semi-permanente uniquement. Au bout de six mois, il faut redescendre, sinon ça ne se passe pas très bien, même pour les locaux.
Loïc Ouais.
Julien C'est pour ça que Namche est construit à 3004. C'est le très bon palier, en fait. C'est le juste milieu. Ouais. Et ouais, du coup, en hiver, c'est autre chose. On a une ambiance vraiment plus locale, plus détendue, même sur Namche. Même sur Manang, dans les Annapurna, tous ces gros lodges remplis à craquets de trekkers qui regardent leurs pieds et qui avancent très, très vite avec leurs bâtons ne sont pas là. Et donc, on rencontre des alpinistes, des gens qu'ils viennent découvrir, mais à leur rythme, avec ou sans guillemets, et les rencontres qu'on fait aussi sont un peu plus qualitatives. Bon. Écoute. Voilà. Go le Népal. Ouais. Ok. Bah, écoute. J'ai l'air convaincu, en tout cas. C'est bien. Je suis un bon ambassadeur. Ouais. Faut que tu contactes l'office du tourisme népalaire en disant que c'est bon, tu ouvres une mission en France. Pour seulement 650 euros, tenez, un aller-retour, mon cas de monde. C'est ça. En plus, disons-le, c'est une destination, même si les prix ont beaucoup augmenté depuis 5 ans, c'est franchement pas cher comme destination. Bah, tu vois, ça, c'est un autre truc par rapport à cette volonté d'aller explorer, de sortir un peu du circuit hyper touristique de Kumbu. C'est que quand ce guide dont je te parlais, avec qui on est devenu amis, quand il nous a fait visiter Katmandou, Kumbu. Donc, on a fait, je ne sais pas, trois rues après le quartier touristique. On mangeait,
Loïc on était combien ? Attends, combien on était ?
Julien Ah, ça n'a rien à voir. Oui, ça n'a rien à voir. On a mangé à 6 ou 7 pour les mêmes tarifs que dans les lodges pas très loin du camp de base de l'Everest pour deux personnes, ou une personne. Et du coup, je me demandais, c'est une question pour toi, est-ce que tu as des coins vraiment, enfin vraiment, accessibles, des coins relativement accessibles pour des trekkers, que ce soit en hiver ou pas, mais qui restent relativement authentiques et où il y a des villages plutôt que des colonies ? Alors, sur les grosses zones de trek, les villages, les vrais villages, ça va être compliqué. En fait, ça dépend à quelle altitude, mais au-delà de Namj, par exemple, c'est compliqué après d'avoir des vrais villages parce que même Lobuche, même Ferice, c'est des anciens villages d'éleveurs qui sont reconvertis en lodges. Donc, tu vois encore ces structures, les carcas, les structures en pierre séchée qui sont toujours là parce qu'il y a toujours plus ou moins de yaks dans la région, même si là aussi, il y en a vraiment, vraiment de moins en moins par rapport à il y a 10 ans ou 20 ans ou même dans des années que je n'ai pas connues, on m'a relaté que les yaks, c'est en voie de disparition. Ce n'est plus des villages. Après, Namj, dans la région de l'Evrest, ce n'est plus des villages. Et dans d'autres coins du Népal, tu vois, vers le Manaslou ? C'est pareil. En fait, dès que tu arrives en altitude, dès que tu passes les 2008, c'est compliqué de trouver un endroit où les gens vivent en permanence. en fait, il faut rester en dessous de la barre des 3000 et là, tu peux trouver plein de villages sympas. Plein, plein, plein. Tout ce qui est entre Lukla et Namche, et d'ailleurs, on se faisait la réflexion avec ma femme quand on y était parce que nous, on avait un peu de neige, tu as un petit rayon de soleil le matin. Là, tu as des villages, même si tu as des gros lodges dedans, tu as toujours la petite maison à côté avec les gens, ils ont trois chambres à louer et puis c'est tout. Et du coup, ça fait une auberge de jeunesse ou ça fait auberge tout simplement. Et là, tu te dis, franchement, si j'avais plus de temps, une petite semaine là, à poser, juste à glander, à regarder les montagnes le matin, en bureau monté, discuter avec le patron, pourquoi pas ? Pourquoi pas ? Et c'est plutôt là qu'il faut aller explorer si tu veux rencontrer des gens, des locaux et... et puis voir les vrais gens, enfin les vrais gens, ils ne sont pas faux dans les lodges, mais c'est comme comparer le plein pays en France et Chamonix, en fait.
Loïc Oui, c'est ça.
Julien On n'a pas les mêmes populations. On n'a pas les mêmes populations. Tu as des gens beaucoup plus éduqués à Annecy, à Chamonix qu'au fin fond de la Hudson, tu vois, par exemple. Ce n'est pas le même niveau social. Donc, en fait, on compare les mêmes choses après. Il y a les castes aussi qui jouent énormément au Népal sur l'accès à l'éducation, le niveau d'éducation de chacun. Donc, si tu veux aller vraiment voir le peuple, les gens authentiques de la campagne, il ne faut pas trop monter en altitude. Tu peux aller dans la vallée de Katmandou, n'importe où dans la vallée de Katmandou. Dans l'est du Népal, il y a une ville qui est géniale qui s'appelle Daran. c'est la troisième plus grande ville du Népal. J'y ai passé énormément de temps là-bas. C'est un passage obligatoire si tu veux aller dans la région du Makalu et du Konchengjonga. Et Daran, c'est super. Tu n'as rien de touristique là-bas. OK. Il y a quelques restes post-coloniales, je ne sais plus parler français, britanniques. Tu as une grande horloge au milieu sur la place principale. C'est le vrai Népal. Enfin, c'est le vrai Népal. Je n'aime pas trop dire ça parce que Katmandou, c'est le vrai Népal. C'est autre chose. Ce n'est pas la capitale. On est dans une ville de province. Une grande ville de province. C'est comme Pokhara. Pokhara, c'est la station balnéaire du Népal. J'ai une amie qui a vécu 5 ans. Elle a levé son fils là-bas en partie. C'est génial. Quand tu es dans le coin népali, c'est génial. Après, si tu es dans la zone ultra touristique au bord du lac et que tu ne traînes qu'avec des occidentaux, je suis un peu raciste envers les blancs quand je suis au Népal. Si tu vas au Népal pour traîner avec des Américains ou des Français, autant rester en France. Voilà. C'est pareil partout. J'ai envie de dire. Comme je te disais, je suis un peu un peu pourri de décoffrage sur certains trucs. C'est pour ça que j'ai appris le Népali très vite. Tu parles Népali ? Oui. Du coup, je me disais que vu que j'étais immigré, parce que je déteste le mot expatrié, parce que c'est un mot qui ne marche que dans un sens, j'ai remarqué. C'est-à-dire que l'Afghan qui vient vivre en France, bizarrement, il n'est pas expatrié. C'est un immigré. Alors, personnellement, vu ma situation économique quand j'ai quitté la France pour aller au Népal, j'avais plus une dégaine d'immigrés. Donc, je me suis toujours considéré en tant qu'immigré. Je me disais, en France, on exige que les immigrés qui intègrent la société parlent français. Je ne vois pas pourquoi. Je vais continuer à parler anglais alors que je vis au Népal. Je me dis, c'est la base. Déjà, bonjour, merci, combien ça coûte, bonne journée, tout ça. Là, c'est la base. Qu'on vienne pour les vacances, pour deux jours ou pour dix ans, c'est la base. Et il y en a beaucoup qui ne le font pas. Alors que ce n'est franchement pas compliqué d'apprendre Namasté, Danyavad. Ce n'est pas compliqué. Et puis, en plus, c'est une langue qui est assez accessible. Le Népali, ce n'est pas archi compliqué à apprendre. Encore une fois, moi, c'est mon expérience par rapport au Népal. Quand j'étais en Asie du Sud-Est, j'apprenais un peu au début à barrer, guiner les langues. Et si je restais un peu plus longtemps, j'étais tout le temps intéressé pour avoir du vocabulaire. Parce que aussi, ça casse des barrières. Déjà, ça rend plus intelligent de parler plusieurs langues. C'est un fait. Quand on voyage beaucoup, on devient une meilleure personne. Si on s'intègre comme ça et qu'on ne consomme pas le voyage comme j'ai pris une semaine à Chamonix, ça, ce n'est pas du voyage. Donc, si on part une semaine à Marrakech, ce n'est pas du voyage. C'est autre chose. Mais si on reste trois semaines, un mois, deux mois, qu'on prend du temps et des petites économies et qu'on reste longtemps quelque part, apprendre la langue, s'intéresser aussi. Tiens, vous, alors, ça se passe comment ? Si vous cassez une jambe, vous avez la sécu ? Posez des questions, voir comment les gens vivent. Quand on rentre chez soi, qu'on a de l'eau chaude dans le robinet en une seconde, qu'on a de la lumière, qu'on a de la clé dans la voiture, qu'on a une voiture, qu'on a tout, qu'on se fait rembourser les soins pour plein de trucs, même si on a une mutuelle pourrie, même si on est au RSA avec la CMU, on a droit à des choses. On relativise sur beaucoup, beaucoup de choses de notre société. On ne se plaint pas H24. En France, je sais que c'est un sport national de se plaindre, de râler. Je suis très râleur moi-même. Depuis que je suis rentré, je me rends compte, je suis redevenu un râleur professionnel. Je m'énerve moi-même. En fait, on est des privilégiés. C'est ça, la beauté des voyages. Des voyages, je pense, quelle que soit la destination, quand ça te sort de ton quotidien et que ça vient te rappeler quelque part qu'il y a plein de choses que tu considérais comme normales, acquises et finalement qui sont juste des avantages de fous. C'est ça. Moi, je m'en suis vraiment rendu compte grâce au voyage. Un truc tout bête, mais d'ailleurs, tu peux même aller dans des pays qui ont des niveaux de vie équivalents aux super-aeronautres. Moi, c'est en allant au Canada, en allant vivre et travailler au Canada et aux Etats-Unis que je me suis rendu compte d'un truc tout bête, c'est qu'on a le meilleur réseau autoroutier du monde. C'est un truc de fou, la qualité de nos routes. Les gens se plaignent souvent du tarif des péages. Je dis, mais en fait, va rouler aux Etats-Unis. En France, on idolâtre les Etats-Unis et le Canada. Va rouler. Tu fais 500 bornes au Canada, aux Etats-Unis et puis tu viens me dire si finalement, ce n'est pas cool qu'on ait des péages. Quand tu te prends un e-poule à 120 km heure sur leur route complètement défoncée et que tu laisses ta voiture, finalement... D'ailleurs, l'Asie m'a rendu malade en transport depuis que je suis rentré parce que j'ai tellement pris l'habitude que quand tu prends la route, que ce soit un bus, une Jeep, n'importe quoi, pendant 5 heures, 7 heures, 10 heures, ça va être un tap-cul pas possible et que tu as des gars qui vomissent à côté de toi dans le bus parce qu'ils n'en peuvent plus et tout. Et en fait, c'est devenu la routine et quand je suis rentré en France, je peux être vraiment très très très mal en voiture. Il n'y a pas longtemps, il n'y a pas longtemps, j'ai fait un malaise, mais vraiment un malaise à deux doigts de tomber dans les pommes parce que je n'étais pas au volant et que la route, quand ça vire un virage, il vire à plat en France. La voiture reste tout le temps à l'horizontale en fait et je me suis retrouvé comme un con vraiment en mode waouh, je vais tomber dans les pommes là. C'est énorme. C'est un peu comme les marins qui ont le mal de terre quand ils reviennent à terre. Oui, c'est de la résilience inversée qu'il faut que je travaille du coup. Je ne suis pas assez résilient au confort. c'est bizarre quand même.
Loïc Énorme.
Julien Et du coup, le fait de voyager sur le long terme, j'incite toujours surtout les plus jeunes. Moi, j'ai été vachement influencé par ma famille par rapport à ça, famille de militaires. Tous les hommes dans ma famille ont des histoires pas croyables à l'étranger dans le cadre de leur carrière militaire. et j'ai été élevé beaucoup aussi par les femmes de ma famille qui nous poussaient, moi, mes cousins à être autonome, à aller jouer avec la terre et les bouts de bois et tout ça. mes parents m'ont toujours dit le voyage, ça forme la jeunesse. C'est un dicton qu'on n'entend plus trop maintenant, je trouve. Et les plus jeunes, du coup, les gens qui ont la vingtaine maintenant, si vous êtes un petit peu autonome, que vous avez des économies, mais cassez-vous. Allez voir comment ça se passe ailleurs, profitez d'aller voir maintenant. Ça ne veut pas dire d'aller vivre disant en Asie, mais déjà partir un mois, peut-être aux Etats-Unis ou même en Angleterre, en Europe, en Norvège, en Espagne, au Portugal. Ils n'ont pas les mêmes situations que chez nous. En Afrique, alors là, comme je dis souvent, pour moi, l'Afrique, c'est le boss final du voyageur. Ah, c'est marrant que tu dis ça. En fait, je ne suis jamais allé, je n'ai pas envie d'y aller parce que j'ai trop d'histoires qui viennent du milieu militaire sur l'Afrique et je me dis, je n'ai pas le niveau. Pourtant, j'ai fait face à des trucs pas glorieux, on en a parlé tout à l'heure, mais je me dis, l'Afrique, c'est autre chose. Tu vois, moi, tous les grands voyageurs que j'ai rencontrés m'ont toujours, pour eux, le boss final, en tout cas, c'est ce que j'en avais retenu, c'était l'Inde d'un point de vue... Ah, ben, l'Inde, l'Inde, ouais, c'est le... L'Inde, c'est le clash. Ouais. J'ai pas mal de... Je connais pas mal de personnes qui sont allées en Inde et pour eux, l'Inde, c'était... Je ne sais pas si tu connais le film Mange Prième avec Julia Roberts. Non. C'était l'Inde avec les bossaris, l'Inde de Mumbai, qu'on voit à la télé, avec les bossaris, l'encens et tout. Ce n'était pas l'Inde avec des chiens crevés dans la rue, des gens à qui il manque des bras, qui font la manche quand même avec les pieds et des bidonvilles à perte de vue. Donc, quand ils arrivent en Inde, ils ont le syndrome du voyageur, un peu comme les Japonais qui arrivent dans le métro à Paris. Ils sont en sidération totale. L'Inde, c'est très violent aussi. C'est... Moi, j'avais fait l'Amérique du Sud pendant quelques mois avec un Suisse qui était allé 16 fois en Inde, qui était amoureux complet de l'Inde et qui m'avait dit que ça lui était arrivé plein de fois de croiser des Occidentaux à l'aéroport qui étaient arrivés la veille en fait et qui repartaient, qui s'étaient réveillés le matin à leur hôtel, un tour dans la rue, ils enjambent des corps sans savoir s'ils sont morts ou vivants et qui repartaient direct d'où ils venaient dans la foulée. Après, c'est un état d'esprit. Peut-être que je suis barjo, mais quand je suis arrivé en Inde la première fois, c'était que je me lançais dans le photojournalisme, le reportage et je ne savais rien et j'étais là pour en découdre. Quand je suis sorti de l'aéroport de Delhi, je suis parti à pied jusqu'au premier arrêt de bus parce que je n'avais pas un dollar pour m'acheter le trajet, pour me payer le trajet en taxi. C'était trop cher. Et quand tu sors de l'aéroport, à 15 minutes à pied, après, il traverse un bidonville. Là, le côté « Ok, il va falloir dissocier tout de suite ou alors je rentre tout de suite. » Il faut faire un choix. Ça a été très violent pour moi aussi à ce moment-là. J'étais avec un pote à l'époque. Je n'étais pas tout seul. J'étais avec un pote qui avait pas mal baroudé, qui avait vécu deux ans en Chine, six mois au Mexique et tout. Et lui, il a levé le même goût que moi pour la poussière et la dégueulasserie, on va dire. Et en fait, quand on est arrivé dans le bidonville, il a sorti une phrase qui m'est restée longtemps et du coup, ça me fait rire parce qu'en fait, vu de l'extérieur, s'il y a des bien-pensants qui nous écoutent, ils vont tous trouver ça outrageux et impensable. Il me regarde et il me dit « Moi, j'aime bien les endroits bien crados comme ça. Là, on est bien là. Ça, c'est l'aventure. Et en fait, sur le coup, en dehors de ce que moi, j'étais en train d'analyser, je me dis « Ouais, il y a des gamins, ils ont la lèpre ou je ne sais pas quoi, c'est la galère et tout. » Et puis, il me sort ça et du coup, j'ai dissocié tout de suite. Je me suis dit « Tu ne peux pas aller quelque part et porter toute cette misère et te mettre à pleurer. » Déjà, c'est presque indécent de faire ça. Tu viens pour découvrir, tu encaisses tout, tout ce que tu as encaissé et puis c'est tout. Et sinon, tu ne viens pas. Mais l'Inde, c'est vrai que c'est super violent. Super, super violent. La mafia aussi est très, très présente. Il y a beaucoup de faits divers avec les étrangers, ça finit mal. Il faut éviter les grandes villes le plus possible. Delhi surtout, c'est « rape city » comme on l'appelle dans la presse. Oui, c'est terrible. Mais il y a des quartiers dans Delhi, par exemple, j'ai une pote qui travaillait à l'AFP, elle a vécu deux ans à Delhi. Son quartier, elle m'a dit qu'elle n'a jamais eu de problème. Donc, c'est un peu comme Paris. Il y a des coins, on n'a jamais de problème. Et certaines personnes entre les gouttes aussi. Mais il faut quand même être à... Il ne faut pas trop regarder les reportages et la télévision et les films qui parlent de l'Inde parce que ça ne parle que des bons côtés de l'Inde. C'est comme les gens qui pensent que la France, c'est la tour Eiffel, des mimes avec des pulls rayés et avec une baguette sous le bras. Ce n'est pas ça.
Loïc Oui.
Julien OK. C'est donc, oui. OK. Donc, pour toi, le bon final, c'est l'Afrique. Et l'Afrique, oui. Je ne sais pas si je le ferai un jour, j'en sais rien. Peut-être qu'il y aura des opportunités. Je dirais oui. J'ai eu tellement d'histoires rapportées, par exemple, à l'Afrique du Sud, Johannesburg. Et puis, quand j'étais jeune journaliste, enfin photojournaliste, mes idoles, c'était le... Comment ils s'appelaient ? Kevin Carter et Osterman, qui étaient des grands photojournalistes pendant la guerre, enfin la guerre civile en Afrique du Sud. Et je m'étais vachement intéressé à leur parcours, et je me disais, c'est un truc de taré, des violences qu'il y a eu du temps de Mandela, en fait, quand il y avait le clash entre les Zoulous et... Alors, les Zoulous... Là, on part sur un autre truc, je digresse. Enfin, bref, je ne vais pas partir dans les détails politiques, mais bon. Ce genre de truc qui date des années 90, tu vois, ce n'est pas non plus il y a 10 000 ans. il n'y a pas eu d'émeute comme ça depuis très longtemps en France, par exemple. Donc, on est préservé de ça, tu vois, des gens qui se coupent à la machette dans la rue, qui brûlent vif des gens, enfin, des trucs archi violents. Et j'ai ces images, en fait, et forcément que c'est biaisé, quoi. L'Afrique, c'est pas partout, partout comme ça, mais c'est vrai que ce n'est pas évident parce que d'un côté, c'est difficile. Oui, c'est ça, parce que d'un côté, tu vois, en fait, je ne sais pas, tu vois, j'ai parlé avec pas mal de gens sur le podcast qui ont eu des expériences en Afrique. Donc, je ne sais pas s'ils ont réussi à passer à travers les gouttes ou si c'est simplement que, je ne sais pas, ou s'ils sont passés par des coins qui ne sont finalement pas les coins dont tout le monde parle et qui représentent peut-être pas l'état vraiment général de l'Afrique, mais, tu vois, j'ai eu une invitée, elle a traversé solo l'Afrique à vélo en deux ans. Alors, elle n'a pas fait deux ans non-stop, c'est qu'elle a fait deux fois six mois, je crois. Elle a traversé l'Afrique solo à vélo. Un autre invité, Stephen Le Yari, qui a traversé, tu vois, des déserts en Afrique, la Namibie, etc. Un gars qui a fait la source d'une île qui est au Soudan, je crois, de mémoire, jusqu'en Égypte et qui n'a pas eu plus de problèmes que ça. Enfin, si, remarque, il s'est retrouvé, ouais, non, je dis des bêtises, lui, il s'est fait attaquer à la machette. Mais, tu vois, du coup, parce qu'au final, les histoires, moi, j'ai passé six mois à la Namibie du Sud, franchement, je te raconte certaines des histoires que j'ai vécues des étudiants, j'étais en échange universitaire, des mecs de la promo d'avant moi, le gars, il se réveille drogué à Lima, il lui manque un rein, enfin, des trucs,
Loïc je ne sais pas.
Julien Pour moi, l'Amérique du Sud, pareil, je n'ai jamais mis les pieds et à part la cordillère, ça ne m'attire pas plus que ça. De ce qu'on m'a rapporté des gens qui ont vécu, vraiment, je me dis, c'est comme l'Asie, en fait, tu as les mêmes problématiques avec la mafia et tout, mais ce n'est pas pire que l'Asie. Pour moi, c'est sur le même niveau. Il y a des bleds, tu rentres dans un pub, tu ne sais pas si tu vas en sortir. parce que tu es dans le mauvais coin aussi avec la mauvaise démarche, etc. Et l'Afrique, après, je vois toujours ça sous le prisme de quand j'étais photojournaliste. du coup, par exemple, en 2014, il y a Camille Lepage, grande photographe française d'une vingtaine d'années qui s'est fait sniper alors qu'elle était à moto avec son pote. Elle vivait au sud-soudan et en fait, elle, elle travaillait sur les enfants soldats. Je crois que c'était encore sur les histoires avec le général Coney, tout ça, qui continue d'ailleurs. Tout le monde se fout maintenant, alors qu'il y a quelques années, tout le monde était contre. Mais visiblement, ça a l'air OK maintenant, les enfants soldats. Bref, il ne faut pas que je parle de ça parce qu'on va repartir sur les sujets de tout à l'heure. Mais du coup, je me dis, cette nana, elle avait l'habitude de l'Afrique, elle vivait là et parce qu'elle prenait des photos d'un truc qu'il ne fallait pas prendre en photo, elle s'est fait sniper et on la retrouvait morte entre deux villages. Je pense qu'il y a quand même pas mal des histoires comme ça. En fait, c'est surtout que quand tu es blanc en Afrique, c'est difficile de passer inaperçu. Alors qu'en Asie, c'est beaucoup plus simple. C'est beaucoup plus simple. Je pense qu'il y a le côté low profile. Tu ne peux pas te cacher. Tu es forcément le touriste, l'étranger. Et moi, j'essaie toujours de m'intégrer à un max quand je sors de l'Europe. Je n'aime pas me balader avec cette étiquette. Ah ouais, mais moi, je suis français et blablabla. Ça m'énerve. Je ne vais pas à l'étranger pour parler français ou pour faire de la propagande de la France. me dire que là, je vais dans un pays où je ne peux pas te fondre dans la masse
Loïc quelque part.
Julien Ouais, c'est ça. Et puis paraître pour autre chose que ma nationalité. C'est terrible, ça, en fait. C'est embêtant. Je comprends tout à fait. Moi, ça me rendait un peu fou en Amérique du Sud. Quand on baroudait, qu'on se retrouvait dans les petits villages, etc., tu vas la super-être et je me rappelle, deux fois, ça m'était arrivé de vouloir acheter une boisson. Excuse-moi. Et qu'arriver à la caisse devant la personne auprès de qui il fallait payer, on m'annonce, mais même si c'était pour 20 centimes, tu vois, 20 centimes d'euros, il m'annonce un prix deux ou trois fois supérieur à celui que j'ai vu sur l'étiquette. Et quand je lui dis, non, mais c'est moi, il me dit, non, mais toi, tu es un gringo. Et là, tu dis, ah là là, tu vois. C'est ça. Ou le taxi qui essaie de te faire croire que c'est 45 dollars, alors que tu sais très bien que c'est 45 en monnaie locale, tu vois. C'est, bon, bref. Oui. Le classique. C'est pour ça qu'apprendre la langue, souvent, ça casse, ça. Alors après, en Amérique du Sud, je ne sais pas si le fait de parler espagnol, je pense que ça ouvre beaucoup de portes, en vrai, de parler espagnol. Moi,
Loïc je parlais espagnol et écoute,
Julien après, je ne sais pas, peut-être que comme je suis blanc à 1m91, j'ai aussi du mal à me fondre dans la masse, mais… Oui, c'est vrai. Oui, quand tu es grand, on te voit de loin. Et bon, du coup, mais intéressant en tout cas, mais je suis assez d'accord avec toi pour boucler la boucle sur le voyage. Je pense que les voyages, c'est des… En fait, le fait de te sortir d'un environnement que tu connais avec des codes que tu maîtrises, tu vois, une culture que tu comprends et que tu as assimilé, ça te fait… Ben, forcément, en fait, c'est une découverte un peu permanente et ça te fait questionner plein de choses et je trouve que, ouais, effectivement, les voyages… C'est aussi pour ça, tu vois, que j'espère retourner au Népal et faire vraiment de l'exploration du pays plutôt que… Ah ben, oui, oui, je t'exhorte à ça. C'est ce que tu disais, on parle, le podcast parle de résilience et sortir de son cadre habituel, c'est… Vraiment, je pense que ça construit des meilleurs êtres humains. Je suis assez d'accord. Quand on a la chance d'y pouvoir y accéder, c'est presque indécent des gens qui n'ont jamais utilisé leur passeport alors qu'ils sont nés en France, par exemple. C'est dommage. Ils sont passés à côté d'un truc pour moi, après, chacun fait ce qu'il veut de sa vie. Mais après, je suis assez d'accord avec toi sur la nuance entre le voyage et… Je ne sais pas comment le qualifier, mais… Les vacances, le tourisme, le tourisme en fait, le voyager, ce n'est pas être un touriste. On m'avait fait la remarque la première fois que je suis arrivé en Inde, alors c'est peut-être parce que j'étais un clodo aussi que je n'avais pas un rond et que je faisais la route, stop, bus, que je faisais tout comme l'Indien de base qui n'a pas de sous. Mais un jour, il y a un gars qui m'a dit « Mais en fait, toi, tu n'es pas un touriste, toi, tu es un voyageur, ce n'est pas pareil. C'est bien, il faudrait plus de gens comme ça et tout. » Et ça m'avait vachement poussé d'avoir ce retour-là, justement, de me dire « Ah oui, c'est vrai que… » C'est le terme barouder, ça vient de là, tu fais la route, tu ne sais pas trop où tu vas aller aussi. Quand je suis arrivé en Inde, à la base, je voulais aller au Népal. Je voulais partir direct à arriver au Népal et puis me débrouiller, faire mon bonhomme de chemin. Et c'est le pote avec qui j'ai voyagé qui m'a dit « Mais vu que l'Inde, c'est à côté du Népal, Julien, ça ne dit pas on atterrit à Delhi puis on va au Népal à pied. On passe par Darjeeling et tout. » Et du coup, on a fait ça. Et ça a été mon dépucelage. Traverser le Rajasthan à pied, tout ça. Et ça forme parce qu'après, tu te sens autonome pour tout quand tu es en voyage. Une fois que tu as fait ça, souvent, il y en a qui ne le font pas parce qu'ils ne sont pas accompagnés aussi. J'ai eu souvent ce type de retour à des gens en France qui sont dans leur petit confort et tout, qui aimeraient casser ça mais ils ont un peu peur de partir seuls. À plus forte raison si c'est des filles. Et je les comprends. Il y a des coins, même au Népal, il y a des coins, c'est quand même un peu touché. Mais c'est une question d'état d'esprit aussi et d'essayer de jongler entre être dans de la résilience, d'apprendre, de sortir du cadre mais de garder un petit pied à la rigueur parce que c'est le début, un petit pied dans un peu de confort, un peu de sécurité. Tu sais quoi ? Je ferais écouter cet épisode. J'ai une de mes sœurs qui prépare son premier voyage en solo et donc pour Noël on lui a offert, puisque là on enregistre, on est le 27 décembre, on lui a offert une carte de l'Ecosse puisque c'est l'Ecosse sa destination et un guide de l'Ecosse. Donc ça va être son premier voyage solo, solo et elle flippe. Mais je trouve ça chouette parce qu'elle a pris une destination, ce n'est pas très loin, c'est l'Europe, enfin l'Europe, non, du coup ce n'est plus l'Europe mais voilà quoi. Mais oui, je suis assez d'accord avec toi. C'est vrai que faire le premier pas tout seul, moi mon premier voyage solo, je crois que c'était en Nouvelle-Zélande et j'avais 17 ans et franchement si j'avais été accompagné je pense que j'aurais un peu plus kiffé parce que c'était quand même un peu le flip, tu vois, partir tout seul, le décalage horaire c'est tout bête mais l'anglais, je ne maîtrisais pas l'anglais très bien mais bon, ça fait des souvenirs de fou, tu vois. Oui, c'est ça quoi. Puis après, les gens qui ont peur, sinon faites deux, trois ans de karaté avant et puis vous vous sentirez mieux dans vos baskets. J'avais fait le judo donc c'est bon. Je ne l'ai pas dit mais avant d'être photographe, avant de me lancer, j'étais prof de karaté. Ah ben voilà. J'ai 28 ans d'arts martiaux derrière moi. Tout s'explique. Donc ça aide à se sentir bien avec soi-même. Ça sécurise un petit peu l'esprit de se dire bon, je ne suis pas complètement démuni. Après, face à un flingue ou un couteau, en vrai, on ne fait pas grand-chose mais c'est une question d'attitude, je pense. On n'est pas en position de victime quand on est sur la route. On est bien dans ses bases, on regarde droit vers l'horizon et en général, ça se passe bien du coup. Alors que la personne qui rentre un peu timorée, je ne sais pas, dans un boui-boui avec la tête rentrée dans les épaules et puis qui parle doucement, c'est cette personne-là qui va se faire un petit peu abuser comme un touriste parce qu'il y a une fenêtre. C'est une question d'attitude. Voyager les gens. On a ouvert un paquet de portes. Ça allait bien plus loin que la photographie au Népal mais c'était super intéressant. J'espère que je n'ai pas trop de digressants. Non, non, écoute, franchement, je me suis régalé en tout cas. J'espère que les auditeurs et les auditrices, ce sera le cas également mais j'en suis sûr. Par quel message, toi, est-ce que tu voudrais conclure cet échange de bientôt, de plus de deux heures ? Record du podcast d'ailleurs. Bravo pour ça. Du coup, ah ben ouais, j'ai un record. Record de la technique pour le son et record du podcast. Super, double record. Je vais conclure sur un message. En fait, c'est un message d'un jeune qui m'a envoyé ça sur Instagram. Alors, s'il écoute ce podcast, je ne sais pas, peut-être qu'il se reconnaîtra. Et ça m'avait vachement touché et je me suis dit en même temps, c'est vachement dangereux. c'est un message pour les jeunes qui ont 18, 20 ans et qui ne sont pas encore sortis de France et qui ont envie et qui se donnent les moyens. Ce jeune, il m'a dit, moi plus tard, je vais faire comme toi, je vais partir dans l'Himalaya, explorer l'Himalaya en solitaire. Et quand j'ai lu ce message, j'ai fait, ah, ça fait plaisir. Puis tout de suite après, j'ai fait, oh là là. C'est-à-dire que il faut quand même faire les choses bien. Il ne faut pas attendre toute sa vie, de se préparer toute sa vie parce qu'après, on s'offre des excuses pour jamais partir. Mais il ne faut pas non plus partir complètement à la zeub. Moi, je suis parti un petit peu à la zeub. Je suis un mauvais exemple. Mais j'avais 26 ans quand je suis parti. Je n'étais pas un bébé non plus. Quand on a 20 ans, ce n'est pas pareil. Et puis, j'avais déjà 15 ans d'arts martiaux derrière moi. j'étais droit dans mes bottes. J'ai renseigné pendant 7 ans. J'avais de la verbe. J'avais du répondant. J'avais un caractère un peu tranché. Et je suis parti à l'aventure. J'avais déjà bivouaqué. Je savais faire plein de trucs déjà. Des techniques de survie, plein de machins. Donc, préparez-vous un minimum en France dans un cadre relativement safe. Il y a des aventures à faire en France. Les Pyrénées, les Alpes, les Forêts. il y a plein de choses à faire avec les secours pas loin. Et on peut se tester. On peut sortir un peu de sa zone de confort. Et si vous êtes jeune et que vous avez soif de mordre le monde, faites d'abord ça chez vous pendant un an, deux ans, trois ans. Et je vous garantis qu'après, quand vous allez prendre l'avion, vous serez carrément plus serein. Surtout si vous allez en Inde, en Amérique du Sud, dans le trou de balle de pays inconnus où personne ne vous retrouvera si jamais on vous mange. Voilà. Excellent. Donc, faites les choses. Sortez, voyagez, mais pas n'importe comment à 100% non plus. Il faut toujours une part d'un peu. Voilà, un minimum. Après, il ne faut pas prévoir le voyage lui-même. Quand rien n'est prévu, tout est possible. Mais tout est possible. C'est une belle citation. Voilà. Ce n'est pas de moi, c'est de Antoine de Maximi. OK. Voilà. Excellent. J'irai dormir chez vous. Quand rien n'est prévu, tout est possible. C'était mon leitmotiv quand j'ai commencé à prendre la route à l'étranger. C'est plutôt un bon conseil. C'est vrai. Top. Eh bien, écoute, Julien, vraiment un grand merci. Je me suis régalé une fois de plus. C'était super. Merci. J'espère que ça donnera envie à plein de gens de partir voyager, d'aller explorer, des contrées lointaines et sauvages, de sortir des sentiers battus. En tout cas, voilà, moi, c'est clairement, il y avait un truc avec le Népal et là, c'est bon, c'est complètement réactivé. La flamme brûle à fond. Donc, il va falloir qu'on discute toi et moi après l'épisode. Ta main n'a qu'à bien se tenir. C'est clair. C'est clair. Vraiment, merci beaucoup, Julien. Et puis, écoute, bonne préparation pour le prochain séjour hivernal au Népal. et puis, peut-être qu'on se croisera dans la vallée de Kumbu ou ailleurs, qui sait, ou à 4 mondes. Ah, ou ailleurs, oui. Dans les années pour l'a. Yes. Merci beaucoup, Julien. Merci beaucoup. Merci d'avoir écouté l'épisode dans son intégralité. J'espère que vous avez pris autant de plaisir que ce que j'en ai eu à l'enregistrer. Si vous avez des feedbacks, vous pouvez me contacter sur le compte Instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par e-mail à hello.lesfrappés.com. Je fais mon maximum pour que vous viviez de super expériences audio avec mes invités. Chaque épisode demande beaucoup de temps et d'énergie. Si vous appréciez mon travail, la meilleure façon de me soutenir, c'est de partager cet épisode à au moins 3 personnes qui aiment se dépasser. Si vous écoutez le podcast sur Apple Podcast ou Spotify, prenez quelques secondes de votre temps maintenant pour m'y laisser une note 5 étoiles et un commentaire. Merci beaucoup pour votre fidélité. A la semaine prochaine pour un nouvel invité. Sous-titrage ST' 501
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