Claire Moi, j'étais dos aux vagues, et je vois Martin qui écarquille les yeux, mais je me dis « mais qu'est-ce qui se passe ? ». Et là, tout d'un coup, j'entends un bruit, puis il y a une vague qui passe par-dessus les panneaux solaires, elle devait être à la hauteur de la boume en fait. Elle nous a recouvert d'eau. Nous, on était du coup trempés jusqu'aux eaux, et en Afrique du Sud, l'eau, elle n'est pas chaude, il ne fait pas chaud, le soleil venait de se coucher. On était grelottantes, un peu la peur aussi qui te rajoute un peu du pas bien.
Loïc Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent dans mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs, irrévocables dans vos vies. Feu vert, c'est parfait. Bienvenue Claire au micro des Frappés. Je suis super content de te recevoir sur le podcast. Et puis, comme je te disais, c'est assez marrant. Parfois, on me le dit, des copains qui me disent que c'est rigolo de t'appeler au téléphone parce que je viens d'écouter un podcast et donc d'entendre ta voix. Moi, c'est pareil. J'ai terminé hier soir, pour tout te dire, Seul en mer, ton documentaire. Et je me suis absolument régalé. Mais du coup, c'est vrai que c'est toujours rigolo après d'entendre la personne en live, en vrai, quand on a consommé pas mal de contenu, on entendait sa voix. Donc, bienvenue Claire sur les Frappés.
Claire Merci Loïc. Ça me fait super plaisir d'être là.
Loïc Claire, tu es actuellement dans les Alpes en France, mais tu es d'origine canadienne. Tu es né, tu as grandi au Québec et tu as pas mal bourlingué déjà. Et donc, je disais, moi, j'ai vu ton film qui est d'ailleurs disponible en ligne pour tout le monde. Il y a le lien en description de l'épisode. Alors, il y a la bande annonce sur le site des Aventuriers Voyageurs. Je ne sais pas si le film complet est disponible.
Claire Il était disponible, mais j'avoue qu'il faudrait que je refasse un petit check pour voir parce qu'on m'a déjà dit que l'adresse n'était plus la bonne. Donc, il faut que je revérifie ça.
Loïc Bon, en tout cas, s'il est disponible, vous avez le lien tout de suite en description de l'épisode. Mais voilà, ce film que tu m'as gentiment envoyé pour que je puisse préparer notre échange, il raconte une de tes aventures en particulier, une aventure en solitaire. Madagascar, Afrique du Sud, je ne sais pas où tu dirais que ça. Afrique du Sud, c'est le vrai départ, même si le bateau, tu l'as acheté à Madagascar ?
Claire Le bateau, je l'ai acheté en Afrique du Sud. Donc, c'était juste à la limite entre Mozambique et l'Afrique du Sud. Et j'avais commencé l'aventure du film à Madagascar, vu que c'était quelque chose qu'on s'était dit avec les Aventuriers Voyageurs, qui serait intéressant à montrer. Vraiment un peu de ne pas arriver brusquement. Voilà, j'ai acheté le bateau, mais plus venir, puisque ça faisait deux ans et demi que je naviguais. Comment ça m'était venu un peu l'idée ? Et un peu l'avant, un peu l'après. Il n'y a pas trop l'après dans le film, pour le coup, mais un peu l'avant de tout ce processus. Donc, je l'ai acheté en Afrique du Sud, le bateau.
Loïc OK, excellent.
Claire Et à l'Afrique du Sud, je dirais que le départ de cette aventure, ça a vraiment été l'Afrique du Sud. C'est là que ça a fait un clash avec l'histoire d'avant. Et qu'en Afrique du Sud, j'ai vraiment suivi cet appel que j'avais toujours eu, en fait, de me dire, là, qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je prends un avion ? Est-ce que je rentre à la maison ? Est-ce que toutes mes affaires, est-ce que je les mets dans un convoi ? Est-ce que je vais faire du bateau stop ? Qu'est-ce que je fais ? Et c'est assez marrant, parce que ça, je n'en parle pas dans le film. J'avais un ami qui était dans une autre marina en Afrique du Sud. Un très bon ami, Marcus Pukonen, un Canadien qui a fait le tour du monde sans du tout utiliser de moteur ou de moyens motorisés, même pour arriver dans les ports. Souvent, il avait construit des pagaies pour emmener son petit bateau dans les ports. Il avait fait une grande partie de son tour du monde aussi en vélo, en marchant, en canoë. Bref, il a trouvé tous les moyens pour le faire. Et c'est quelqu'un qui avait toujours cru en moi, c'est un bon ami. Et un jour, il savait ma situation. Moi, je t'ai parti me poser pour réfléchir à ma vie, faire un peu de montagne et tout. Et il m'envoie un message et il me dit, Claire, il faut que tu reviennes. Là, il y a ce bateau, il est trop beau. Il est à cette marina, tu as dû le voir. Il est à vendre. Moi, il est trop gros pour moi parce que je ne peux pas ramer avec. Mais pour toi, il est parfait. Et du coup, l'idée fait son bout de chemin. Et au début, je me dis, ah, c'est vrai que j'ai toujours rêvé de faire du solitaire et tout. Mais à cette époque-là, au moment où je réfléchissais, je ne savais pas encore que j'allais faire du solitaire. Mais je voulais un bateau. Et c'était toujours quelque chose que j'avais vraiment voulu. Et il me dit ça, il insiste un petit peu. J'en parle à mes parents. Mes parents me disent, attends un petit peu. Et pour l'anecdote, quand j'avais 18 ans, je voulais faire le tour de l'Atlantique à la voile. Et j'avais un ami qui avait un 28 pieds. Et mon père m'a dit, non, non, tu ne fais pas ou ne faites pas ça sur un 28 pieds. Minimum 30 pieds. Donc, c'est une information qui était restée dans ma tête. Et en Afrique du Sud, du coup, ce bateau-là fait 32 pieds. Donc, je me dis, bon, 32 pieds. Mes parents, au début, me disent, bon, il fait 32 pieds. OK, mais attends un petit peu. C'est peut-être un peu tôt et tout. Et bon, je venais quand même de passer deux ans et demi à Bourlingui, entre l'Australie, l'Afrique du Sud, à faire l'océan Indien, à faire un petit peu tout ça. L'océan Indien qui est réputé pour être un océan assez capricieux, assez compliqué parmi tous les océans à traverser. Mais j'étais en confiance et je n'ai pas lâché l'affaire. Et de l'autre côté, j'avais Marcus qui me disait, Claire, il faut que tu viennes voir le bateau et tout. Et du coup, je me dis, bon, je remonte voir le bateau. Et là, je reçois le plus beau message que je pouvais recevoir de la part de mes parents. C'est-à-dire, bon, vas-y, Claire, on te soutient là-dedans. On te soutient dans ce projet. Mentalement, on est derrière toi. Et là, ça m'a mis la petite larme à l'oeil. J'étais dans ma voiture de loc en train de remonter pour voir ce bateau. Et je me dis, bon, OK, il faut que j'y aille. Et là, j'arrive à ce bateau-là. Et là, c'est bon, tu vois, quand tu sais que tu as ce petit truc en toi qui dit, mais c'est la bonne direction, vas-y, que tout s'aligne. Eh bien, je sentais ce truc. Et quand je suis dans cet état-là de vouloir un truc, c'est un peu inarrêtable, en fait. Je vais y aller, quoi. Je vais faire tout ce qu'il faut. Et j'arrive à la marina. Je rencontre le gars. Il me dit, ouais, je ne suis pas sûre et tout. Si je veux le vendre. Il n'y avait rien d'officiel, en fait. C'était du bouche-à-oreille. Et moi, j'étais, mais je veux ce bateau, en fait. Il est trop bien. Il est petit, mais il est costaud. Il est fait pour retraverser les océans. Il est fait pour se retourner et se remettre. Il n'y a rien de bougé. Et je voulais ce bateau-là. Et là, dans la marina, le mot commençait à se faire savoir, que je commençais à être très intéressée. Et tout le monde venait me voir. Il me disait, ah ouais, mais moi aussi, je pense à l'acheter. Ah ouais, mais tu sais, moi aussi, je pense à l'acheter. Bref, il y avait cinq, six personnes, tout d'un coup, qui étaient intéressées par le bateau. Et il a fallu qu'en douze heures, je donne ma réponse et que je disais au gars, je te l'achète. Voici les sous. Voilà. Parce que sinon, quelqu'un d'autre allait l'acheter, quoi. C'était un peu la course.
Loïc Excellent.
Claire Excellent.
Loïc Et donc, c'est comme ça que tu as fait l'acquisition d'Eskimose.
Claire Eskimo, ouais. C'est comme ça que j'ai fait son acquisition. Ça a été un peu rapide, mais je savais que c'était le bon et je n'ai jamais regretté d'avoir acheté le bateau.
Loïc Génial. Alors, avant ça, Claire, parce que tu le disais, tu avais déjà, avant de prendre le départ depuis la Nouvelle-Zélande, tu avais déjà pas mal voyagé auparavant. C'est en Indien, tu l'as mentionné, mais je sais qu'il y a eu d'autres choses aussi. Si on fait un peu un rétro-pédalage, ça a été quoi ton rapport à la mer plus jeune pendant ton enfance ? Dans quel cadre est-ce que tu as grandi ?
Claire Alors, moi, j'ai vécu toute ma vie au Québec, mais j'ai été mise sur un bateau. Je pense que je venais de sortir du berceau, en fait. Mes grands-parents, ils étaient du côté de mon père, ils habitaient en Bretagne et c'était des fanas de voile. Et mon grand-père, c'était un fanat de voile, mais un fanat de voile qui va te dire que sous ses fesses, il sent que le bateau a accéléré ou a ralenti, qu'il peut aller aux instruments traversés vers l'Angleterre, qu'il va faire un peu de regate, mettre sur les réglages fins. Vraiment un amoureux de la voile, pour la voile, ce que c'est la voile pure, un vrai puriste, on peut l'appeler comme ça. Et du coup, toute petite, on m'a mise sur des bateaux. Quand t'as trois ans, tu sais pas trop ce que tu fais. Et après, tous les étés, en fait, je passais mes étés en Bretagne. Mes parents nous envoyaient en stage chez les grands-parents. Et les grands-parents, c'était marée basse, quand il n'y a pas d'eau, on peut faire ce qu'on veut sur terre. Mais dès qu'il y a de l'eau, en fait, c'est pas le choix. Il faut être sur l'eau. Vous choisissez ce que vous voulez. Vous prenez une planche à vol, vous prenez un optimiste, vous prenez un laser. Avec les copains, en fait, sur là où est-ce qu'on habitait, on avait tous les types de bateaux disponibles. Pour nous, on était un camp de vacances à trois familles, en fait. Et du coup, c'était on passait du temps sur l'eau. Et pour s'amuser sans objectif, les bateaux mouillages, c'était nos bouées. Donc, je m'excuse d'avance pour tous ceux dont j'ai rayé avec mon mât lentifoulinge ou que j'ai foncé dedans. Et voilà, j'ai commencé la planche à voile, j'avais cinq ans. Ah oui, wow ! Ouais, ouais, l'optimiste, pareil. Et mon oncle et ma tante se sont bien chargés de nous apprendre à faire de la voile. Et voilà, petit à petit, tous les étés, je continue à faire de la voile. Quand j'étais plus petite avec mes parents, quand j'avais neuf ans, ils ont acheté un bateau et ils nous ont offert, je pense, un des plus beaux cadeaux qu'on peut avoir en tant qu'affront, c'est partir à l'inventure et découvrir le monde pendant deux ans. On a fait l'école à la maison, on est parti du Québec, on a traversé le canal de Panama et on s'est rendu jusqu'en Nouvelle-Calédonie. Et voilà, c'était impressionnant et j'avais toujours ma planche à voile avec moi. Dès que je pouvais, je la mettais à l'eau, je vais faire de la planche. Et après, on est resté en Nouvelle-Calédonie pendant huit mois parce que c'était parfait pour apprendre le kite. Donc après, mon frère et moi, on avait... Moi, j'avais dix ans, mon frère en avait neuf. Eh bien, ils nous ont mis au kite. Et à dix ans, on tirait des bords, on faisait du kitesurf super bien. Donc, en tant qu'enfant, c'est génial comme enfance.
Loïc Vous étiez à Nouméa, du coup ?
Claire Oui, on était à Nouméa.
Loïc Génial.
Claire Et on allait à l'Îl-Omètre pour faire du kite, si tu connais.
Loïc Oui, oui, j'ai grandi en Nouvelle-Calédonie, à Nouméa, en fait.
Claire Ah bon, ben voilà.
Loïc En moins dix ans.
Claire On était à Porte du Sud, exactement.
Loïc Oh là là.
Claire Mais un paradis. Mais après, bon, chaque beau rêve comme ça a une fin. Et mes parents, la réalité les a rattrapés. Il fallait retourner travailler. Donc, on est retournés. OK, on a vendu le bateau. Ils ont vendu le bateau, plutôt. On est revenus au Québec. Et là, pour moi, c'était un clash. On est revenus vivre à Montréal, en ville. C'est complètement en décalage avec les enfants de ton âge. Parce que toi, tu as vécu des choses assez extraordinaires qui t'ont fait grandir d'une manière que tu ne peux pas partager avec les enfants qui ont le même âge que toi, parce qu'ils n'ont pas vécu ça. Et que moi, j'avais qu'une envie, c'était de retourner en bateau. J'avais une envie, c'était qu'on... J'aimais bien le mode de vie, en fait. Mais ça a pris du temps. Et mes parents, ils ont racheté un bateau des années plus tard. Mais on n'est jamais repartis en grand voyage. Parce que voilà, il fallait travailler. Il nous fallait qu'on finisse les cours et tout. Mais voilà, je m'étais toujours dit, moi, j'aurais un bateau avant d'avoir un appartement.
Loïc Et ton frère, par curiosité, c'était la même chose ?
Claire Non. Non ? Non, c'est assez ça qui est intéressant, on va dire. C'est une étude de cas social, c'est qu'on est complètement différents. Et il a beaucoup aimé, mais il avait à la base un peu peur de l'eau. Il est très fort, il fait du kite, il fait de la voile, il fait tout. Mais non, ça, il n'a pas suivi le même chemin. Lui, il était très bien. Ça a plutôt fait les fins verts. Il préfère rester chez lui, on va dire ça comme ça.
Loïc D'accord, ok. C'est marrant, comme quoi, dans la même fratrie, avec peu d'écart, même expérience d'enfance, on peut avoir des affinités différentes.
Claire Exactement, une question de personnalité, je pense.
Loïc Ok, donc tu vous rentrez au Québec, après deux ans de voyage et quasiment un an en Nouvelle-Calédonie, paradis sur terre, je suis d'accord avec toi. Là, ton frère, vous poursuivez, vous avez une scolarité classique, on va dire. Vous ne partez pas dans du sport, tu vois. En France, on a les sports, études, etc. Vous restez dans des scolarités normales, classiques, sans sport particulier.
Claire Oui, on reste dans un truc classique. Moi, il y a une époque où j'ai voulu faire de la voile en compétition. On est allé à la réunion d'un formation avec mon père. Et vu le prix que ça coûte faire de la compétition à la voile, mon père, il m'a laissé le choix. Il m'a dit, mais c'est soit tu viens en vacances avec nous faire du kite, soit tu fais une croix sur les vacances de kite et tu fais de la compète. On ne peut pas tout faire. Et j'ai dit, bon, je préfère les vacances de kite. Mais voilà, on a toujours continué de faire de la voile. Toutes les vacances, c'était pour aller faire du kite. Après, quand ils ont racheté un bateau, le bateau, il était à Québec. Du coup, on allait souvent à Québec faire de la voile. Un peu plus tard, ils l'ont descendu. Je les ai aidés à le convoyer sur la côte est américaine pour le descendre au Bahamas. Parce qu'après, ils ont passé beaucoup de temps au Bahamas. Mais après, j'ai été monitrice de voile. Ça, c'était ma manière de ramener la voile un peu là-dedans. Donc, c'était mon boulot d'été pendant quatre ans. J'enseignais la voile. Les plus jeunes, ils avaient quatre ans. Les plus vieux, ils devaient avoir 50 ans. Donc, c'était un chouette mixte. Et oui, après une éducation normale, moi, je n'ai pas été à l'université. J'ai voulu à un certain moment en nutrition. Mais cette volonté de toujours performer scolairement, ça m'a... Ce n'est pas ça que je voulais. Moi, je ne voulais pas passer toutes mes journées dans les bouquins. Je voulais aller faire du ski. Je voulais aller faire du ski de rando. Je voulais aller marcher. Je voulais m'entraîner. Je faisais beaucoup de triathlons, de courses à pied dans le temps. Et mes parents, ils m'ont toujours dit, tu fais ce que tu veux tant que tu as un plan B. Et là, mon plan B, c'était, OK, je quitte le cursus normal d'université. Mais je me fais un plan B de faire des études en athiropathie à distance. Comme ça, si jamais tous mes plans d'aventure, ils ne marchent pas, j'aurai toujours ça dans lequel je pourrais travailler, dans lequel je suis diplômée.
Loïc OK.
Claire Donc, c'est ce que tu as fait. C'est ce que j'ai fait. J'ai fait mes études en athiropathie. Donc, je suis diplôme à athiropathie. Ça fait longtemps que je n'ai plus mis le nez dans mes bouquins. Donc, je ne peux pas dire que maintenant, je serai une naturopathe de qualité. Mais c'est ce que j'ai fait, oui. Et ça m'a permis de travailler. Ça m'a permis de m'entraîner, de faire plein de choses hyper intéressantes.
Loïc Génial. Et donc, le retour sur les océans, sur les mers pour toi, il s'est passé quand ? Tu disais que tu n'étais pas allée à l'université. C'est à ce moment-là que tu as décidé de repartir ?
Claire Pas tout de suite. J'avais très envie d'aventure. Donc, ce que je suis allée faire en premier, c'était puisque mon tour de l'Atlantique à la voile que je voulais faire avec le 28 pieds n'a pas fonctionné. Je me suis rabattue sur un projet de traverser les Andes en vélo de la Bolivie jusqu'en Équateur. Ça, ça a duré quatre mois. Et c'était un autre côté de l'aventure. C'est complètement différent que le bateau, mais on retrouve un peu des choses semblables. D'aller trouver son eau quelque part, d'aller trouver sa nourriture, son énergie. L'inconnu aussi, de se retrouver des repères à chaque nouvel endroit où est-ce qu'on va. De se faire confiance aussi. Et il y a le côté physique qui m'intéressait beaucoup dans le voyage à vélo aussi, parce qu'on ne va pas se mentir, sur un bateau, dans une traversée, tu ne fais pas beaucoup de pas par jour.
Loïc Oui.
Claire Et donc, j'ai fait ça. Après, j'ai fait la Nouvelle-Zélande à vélo.
Loïc Là, c'était en... Pardon, Claire. C'était quelle année et tu avais quel âge, du coup ?
Claire C'était... J'avais 18 ans et c'était en 2016.
Loïc Wow. Ouais.
Claire Ouais, j'étais... C'était marrant parce qu'à l'époque, en fait, quand tu voyages à vélo, surtout en Équateur, il y avait beaucoup d'endroits où est-ce que tu pouvais aller, que tous les cyclistes allaient. Par exemple, c'était des locaux qui disaient, vous pouvez venir chez moi, je vous accueille en tant que cycliste. Vous pouvez planter votre tente où j'ai un endroit où vous pouvez dormir, mettre des matelas. Mais souvent, c'est des endroits que ces gens-là avaient vu plusieurs cyclistes passer ou qu'on se rejoignait en tant que cycliste et tout. Et il y en avait un qui tenait, du coup, une sorte d'annuaire, un peu de recueil de tous les cyclistes qui étaient passés. Et quand je lui ai dit mon âge, et en plus, je venais de tourner à 18 ans, ouais, je pense que je venais de tourner à 18 ans, j'étais toute jeune, adulte. Et il a regardé son recueil, il m'a dit, ah, tu fais partie des vraiment plus jeunes qui sont venus par ici. Et bah, du coup, ça... C'est sympa, quoi. Moi, je me suis dit, bah, je peux pédaler, je peux voyager. Et puis voilà, quoi. Tout simplement, j'avais pas de... Voilà. Donc ça, c'était en 2016. Après, il y a 2018, c'était la Nouvelle-Zélande. Après, je suis rentrée. Et après, j'avais un ami qu'on avait rencontré en Nouvelle-Calédonie, qu'on vivait là-bas, qui venait d'acheter son bateau. Il avait acheté un bateau en fer au ciment. Donc ça, ça surprend les gens souvent parce que le bateau était fait en ciment et ça flotte grâce à l'air qui est à l'intérieur de la coque. Et il était trop grand pour lui tout seul. Et il savait que je sauvais des sous, que j'économisais pour m'acheter un futur bateau. Il m'a dit, mais vas-y, Claire, j'ai besoin d'une équipière pour traverser l'océan Indien. Et bah, du coup, j'ai dit, bah, très bien, j'arrive. Du coup, j'ai fait mes valises et je suis arrivée en Australie sur son bateau. Voilà.
Loïc D'accord. Et donc, c'est là qu'une fois que tu as fait la traversée de l'océan Indien, Madagascar, Afrique du Sud. D'accord. Voilà.
Claire Bah, on a fait, ça a été un peu long parce que ça a duré deux ans et demi. Vu qu'en arrivant en Indonésie, il y a eu des problèmes moteurs. On a dû attendre pour faire changer le moteur. Ensuite, on monte vers la Thaïlande. Covid, du coup, coincé en Thaïlande pendant un an. Et dès qu'on a pu, en fait, on a filé vers les Maldives. Et puis après l'Interzani, Tanzanie. Et il y a un fait marrant là-dedans. Quand j'étais petite avec mes parents, la plus longue traversée qu'on avait faite, c'était entre les Galapagos et les Marquises. Et c'était 21 jours. Et moi, je m'étais dit, pendant cette traversée Maldives-Tanzanie, en fait, il y avait l'opportunité de s'arrêter au Seychelles. Mais moi, j'avais secrètement envie de faire une très grande traversée. Donc, j'ai trouvé tous les arguments possibles pour qu'on ne s'arrête pas au Seychelles et qu'on fasse un direct Tanzanie. Du coup, ça faisait 26 jours en mer. Et j'étais bien contente de faire une longue traversée.
Loïc Ça a été quoi, tu dirais, avec du recul maintenant, les grands apprentissages de ces premières expériences, finalement assez longues quand même, quand tu pars quatre mois en Équateur, du Pérou à l'Équateur pour traverser un bout de l'Amérique du Sud à vélo, puis la traversée de l'océan Indien, même si tu n'étais pas en solo pour l'océan Indien. Mais c'est quand même des aventures que tu as vécues assez jeune. Tu dirais que c'était quoi les apprentissages de chacune ?
Claire Je pense que le plus grand apprentissage, il est assez inconscient. En fait, je pense que c'est toute l'expérience d'aventure, l'expérience des mésaventures aussi, qui font en sorte que dans notre tête, ça se crée tout un bagage de choses qui sont bien ou mal passées et qui vont créer l'intuition qu'on peut avoir dans les aventures et cette petite voix, en fait, qui va nous dire « Oui, tu es capable, vas-y ! » ou « Oh, oh, fais attention, ça, tu as déjà vécu. » « Flasheur, fais attention, quoi. » Et ça, ça aide beaucoup parce qu'au fur et à mesure, tu te rends compte des aventures que tu arrives beaucoup plus à anticiper ce qui va bien se passer ou mal se passer, même si, et c'est encore plus vrai en bateau, le plan A, c'est jamais le plan qui va se passer. Donc, il faut toujours avoir un plan A, B, C, D, E, F, peut-être. Toujours prendre de la marge. Mais le plus grand apprentissage, je pense que c'est la confiance qu'on est capable de le faire, en fait. Que j'étais capable, que tu as une force en toi qui va arriver dans les moments les plus durs. Il va y avoir des moments plus durs, ça, c'est inévitable. Mais les ressources, ça finisse toujours par arriver. Et que c'est une passe et que ça fait des montagnes russes et il faut juste se préparer que ça va monter, et ça va redescendre, mais ça va remonter, en fait. Et y croire.
Loïc Et ça, tu l'avais anticipé avant de partir ? Je pense surtout à l'Amérique du Sud, parce que 18 ans, alors après, tout est relatif. J'ai déjà eu des conversations avec des anciens invités ou des auditeurs, des auditrices du podcast sur ce sujet de l'âge. Moi, j'aime bien poser la question, parce que pour moi, ça me semble important. Mais je sais qu'il y en a qui considèrent que ce n'est pas forcément pertinent, qu'on peut faire des choses incroyables à 18 ans. Et à 70. Mais malgré tout, je trouve qu'à 18 ans, on n'a pas encore l'expérience de vie peut-être nécessaire pour parfois se rendre compte de ce dans quoi on se lance. Du coup, ma question, c'est celle-ci. Est-ce que là, pour l'Amérique du Sud, avant de partir avec Eskimo d'Afrique du Sud jusqu'à la France en solitaire, est-ce que tu avais anticipé, est-ce que tu avais conscience de potentiellement les galères que tu allais avoir à affronter ? Ou comme c'était à chaque fois des premières, tu as dû faire face, pour le coup, à des choses que tu n'avais pas nécessairement préparées ?
Claire Je pense que non, je n'étais pas préparée à toutes les galères que j'ai eues. À vélo, pour le cas du vélo, je n'avais pas prévu passer par les Andes à la base. J'avais prévu passer par la côte du Pérou et m'arriver dans les spots de surf. Sauf qu'arrivée à La Paz en Bolivie, le gars, il m'a dit, mais ne fais pas ça en fait. C'est le désert le long du Pérou, c'est tout plat, tu vas te faire chier, tu vas avoir trop chaud, ce n'est pas sécuritaire, passe par les montagnes. Tu te dis, ok, ça marche. Et je m'étais renseigné un peu, je me suis dit des montées de 30 kilomètres et tout. Puis j'avais dit ça au père d'un copain, il m'avait dit, mais nous, on venait du Québec. Au Québec, on a des collines, on n'a pas des montagnes. Et il me dit, mais non, ça n'existe pas, des descentes de 30 kilomètres. Mais en fait, dans les Andes, tu te rends compte que des montées de 100 kilomètres, ça existe. Donc ouais, ça, c'était une bonne galère. Et quand tu as un vélo qui fait presque ton poids, oui, tu ne t'en rends pas compte. Tu pleures et tout. Donc non, ça, je ne m'attendais pas à avoir autant de difficultés. Et sur Eskimo, je ne m'attendais pas non plus à avoir autant de difficultés. Il faut dire que sur l'autre bateau, on avait eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de problèmes en tout genre. Donc ça, je t'ai préparé. Mais c'est différent quand tu es tout seul au milieu de l'océan à devoir les gérer, ces problèmes-là, en fait.
Loïc Oui, et puis que tu es en mer en plus. C'est ça. Tu le dis à un moment donné dans ton film. J'imagine, je suppose que ce n'est quand même pas la même chose d'avoir une galère après 15 jours, tu vois, en solo, en mer, loin de tout, qu'à quelques kilomètres d'un village dans les Andes. Les deux sont compliqués, mais il y a une situation où tu n'es vraiment pour le coup qu'avec toi-même.
Claire Mais c'est ça. En fait, à vélo, tu as ta tente sur toi, tu as la nourriture sur toi, tu as tout ce qu'il faut. Donc, il t'arrive une galère ou tu en as marre, c'est pas grave, tu t'arrêtes, tu plantes la tente et tu dors et tu recommences le lendemain et ça ira mieux, en fait. Et j'ai eu la chance qu'il n'y avait jamais d'humains en mauvaise intention. Moi, ce qui me fait le plus peur, c'est les humains, en soi, dans mes aventures. Et en bateau, oui, quand il t'arrive une galère, tu es tout seul, en fait. Mais au large, l'avantage, c'est que si tu arrives un problème, vu que tu n'as aucun danger imminent de la côte, tu as le temps, quand même, pour y réfléchir. Tu as un peu le stress de dire, « Ok, là, je suis tout seul et tout. » Mais avec le téléphone satellite, tu as quand même moyen de contacter des gens compétents qui peuvent t'aiguiller sur des réflexions que tu n'as peut-être pas avec la fatigue, avec le stress du problème, avec les conséquences possibles. Parce que toi, quand tu es dedans, tu vois tout ça. Et quand tu contactes quelqu'un qui est un peu posé, qui est chez lui, posé avec un café, il va dire, « Non, mais t'inquiète, ça va aller et tout. » Et tu as le temps, alors que là, dernièrement, je naviguais en Grèce sur mon bateau, j'ai eu des problèmes avec l'arbre d'hélice, par exemple, qui s'est défait en navigation. Donc l'arbre d'hélice, c'est ce qui tient l'hélice avec un long tube qui est connecté au moteur et qu'en navigation, que ça se détache et que tu dois plonger pour le repousser et que tu ne sais pas. Bref, et là, tu es vraiment dans la merde parce que tu ne peux pas... C'est très compliqué. Et là, par contre, tu as la côte qui n'est pas loin, donc il faut que tu agisses vite. Et tu as la nuit qui va tomber, il faut que tu agisses vite alors qu'en pleine mer, oui, il faut que tu agisses mais tu as le temps et ça, ça aide. Un petit peu. Un petit peu.
Loïc Waouh. Et la Nouvelle-Zélande, dans les grandes lignes, c'était quoi ton projet ? Tu t'es lancée dans quoi ?
Claire Alors, la Nouvelle-Zélande, c'était Paris à vélo et c'était traversé toute la Nouvelle-Zélande à vélo, donc du nord au sud et après remonté vers Crytchers. Et le projet, c'était vraiment juste de découvrir ce pays qui me faisait rêver. On entend plein de choses sur la Nouvelle-Zélande et c'est vraiment un pays magnifique, un pays qui m'a aussi déçue sur certains aspects.
Loïc Ah bon ? Ouh là, alors là, il faut que tu m'en dises plus parce que je crois que c'est une première fois peut-être que j'entends ça. Mais vas-y, très très curieux.
Claire En fait, c'est un pays magnifique avec ses montagnes et tout. Culturellement parlant, c'est un pays qui étouffe, je trouve, la culture maori. À vélo, ce qui est intéressant, c'est que tu as le temps de voir le paysage quand tu montes une côte en vélo chargée à 50 kilos. Tu as le temps de le voir, de le digérer, de le recracher le paysage. Et du coup, tu fais attention à tout ce qui se passe, au mode de vie. Les gens sont très enclins à t'aider. Je pense que ce n'est pas la même chose des gens qui vont à l'hôtel ou en van parce qu'ils n'ont pas autant besoin de l'habitant. Et du coup, tu vois comment les gens vivent. Et les maoris, ils ne sont pas là alors que c'est leur terre à la base. C'est un pays que de l'extérieur, tu as l'impression que c'est l'eldorado de l'environnement, du plein air et tout, qui font attention à l'environnement. Mais en fait, pas vraiment. Et ça, je suis tombée de haut quand j'ai appris ça parce que ce n'est pas du tout. Voilà, c'est surtout sur cette notion de l'environnement. Je pense, on est dans des rues, tu vois des avions passer pour jeter des pesticides sur les cultures. Tu vois la qualité des rivières qui sont douteuses. Les gens doivent payer du moins à Auckland, dans la région d'Auckland, dans l'île du Nord pour aller jeter leur poubelle. Du coup, ils entassent tout dans des vieilles caravanes et ils font brûler au bout d'un certain temps.
Loïc Ah ouais ?
Claire Ouais, tu as un peu de tout ça et moi, ça m'avait déçu. Après, les gens sont hyper gentils. Tu as la culture un peu du mouton et de la culture du bosh, un peu du cowboy new-zélandais qui m'avait intéressée. Tu as bien sûr les hauts sommets, les glaciers, le mont Cook, tout ça, les volcans. ça fait rêver sur plein de points mais il y a un côté que pour moi, c'est une fausse publicité.
Loïc Mais bon,
Claire voilà.
Loïc C'est hyper intéressant. Il y a quelques pays comme ça, en tout cas en France, je ne sais pas si c'est le cas au Canada et au Québec en particulier, mais il y a quelques pays en France, tu vois, qu'on met un peu sur un piédestal. La Nouvelle-Zélande, ça en fait partie, la Suisse, le Japon et le Canada d'ailleurs, je pense, et qu'on l'idéalise. Mais oui, finalement, ton partage, ton expérience, ça prouve juste qu'il y a du bon et du moins bon partout, y compris en Nouvelle-Zélande.
Claire Je pense que c'est le cas un peu dans tous les pays, oui. Je pense.
Loïc Je suis d'accord. Je suis d'accord. Ok, incroyable. Oui, donc tu as quand même eu, et qu'est-ce qui t'a, qu'est-ce qui fait que tu t'es lancé d'abord à vélo plutôt que sur un bateau ? t'expliquer qu'il y avait cette notion, tu vois, du 28 pieds que tes parents voulaient absolument, tu vois, que tu te lances sur une plateforme, on va dire, enfin quelque chose d'une taille significante. Mais pourquoi d'abord le vélo et pas d'expérience en mer, sachant que ce que tu expliquais, c'est que clairement, tu as baigné dans cet univers et ça faisait partie des rêves que tu avais depuis un bon moment.
Claire Parce que je pense, et ça a été une réponse toute simple, je pense qu'à la base, je ne m'en voyais pas capable. En fait, c'était un rêve qui était pour moi inatteignable. c'est un truc que j'avais, mais je me disais, mais non, ce n'est pas pour tout de suite, c'est trop pas concret, en fait, c'est trop pas concret, ce n'est pas très français de dire ça, mais ce n'est pas assez concret, je n'ai pas les compétences pour. C'est... Ouais, et je n'avais pas de bateau à ce moment-là, je n'avais pas les sous pour acheter un bateau non plus. Ouais, et je pense que le Pérou, en fait, le Machu Picchu, ça me faisait beaucoup rêver. Donc, je pense que c'est pour ça aussi que ça a penché dans la balance. Et après, je n'ai pas regretté de ne pas partir en bateau. Je me suis toujours dit que ce serait quelque chose pour plus tard. C'est quelque chose qui va arriver, mais ça va arriver quand je serai prête. Et c'est un fait marrant, ça me fait penser quand j'étais petite, quand je faisais de l'optimisme du coup en Bretagne. Un jour, mon oncle était sur son petit bateau moteur et il me coachait. Il me disait, viens Claire, on va sortir des bateaux à l'encre. On va aller plus loin dans la baie. Et moi, dans ma tête, les bateaux dans lesquels qui étaient mes bouées, c'était un peu ma zone de confort. Et je me disais, mais non, on ne va pas sortir du bateau, on ne va pas aller au large. Il va y avoir trop de vent, en fait. Et c'est marrant parce que si, je voulais dire à la petite Claire de cette époque, elle aurait traversé un océan complet. Elle m'aurait dit, non, on va aller plus loin que le bout du Finistère. Donc, ça, c'est, voilà. Ouais, et pourquoi je ne suis pas allée en bateau ? Je pense que c'est vraiment ça. C'était trop inatteignable pour moi, en fait. Les opportunités, elles n'étaient pas là. Alors que quand j'ai eu Eskimo, c'est vraiment tous en boîtette d'un coup et c'était tout. C'était aligné, ouais. Ouais, et en fait, j'avais tellement rencontré de gens pendant ce voyage de deux ans et demi qui m'avaient tellement nourri et j'avais tellement nourri mon envie d'être capitaine à mon tour parce que quand tu es équipier, tu n'as pas du tout la même, les mêmes préoccupations qu'un capitaine peut avoir. En tant que capitaine, en fait, tu es toujours en train de tout penser. Tu as un million de choses auxquelles penser que tu ne te rends pas compte en tant qu'équipier que tu as à penser à tout ça, en fait. Et tant que tu n'es pas capitaine ou tant que tu n'as pas un capitaine qui te laisse être capitaine et ça, c'est très dur pour un capitaine à faire, tu ne peux pas, en fait. Et moi, j'ai eu de la chance quand j'ai eu le bateau, c'est... En fait, malgré mon jeune âge, je reviens un peu à ta question de jeune âge, le fait d'être jeune, ça peut créer de la jalousie parfois envers des gens qui auraient toujours voulu faire ça mais qui ne l'ont jamais fait et parfois, on va pouvoir vouloir te décourager, te dire, mais non, mais tu es trop jeune, attends un peu, mais non, mais tu n'as pas l'expérience qu'il faut ou tu n'as pas ci et tu n'as pas ça. Et étonnamment, quand j'ai acheté le bateau, je n'ai jamais eu à faire face à ce genre de commentaires. Et à l'époque, j'avais tout juste 25 ans, donc ce n'est pas jeune, mais ce n'est pas vieux non plus. Et oui, et ça m'a... Sur le coup, ça ne m'a pas étonnée, mais je pense que c'est parce que sur le moment, j'étais tellement sûre de moi, tellement déterminée, il n'y avait aucune faille possible que personne ne pouvait s'infiltrer dedans pour me faire douter, en fait. Et ça, les gens devaient le sentir et tout ce que j'ai reçu, c'est de l'aide.
Loïc Ultra intéressant. Ok. Donc, comment... Tu sens que c'est le moment, les planètes sont alignées, tu as l'expérience, tu viens de passer deux ans et demi à voyager, tu as rencontré plein de gens, tu le dis un peu plus tôt, tu as dû affronter pas mal de galères sur ce bateau en ferro-ciment. comment tu designes la suite du projet ? Est-ce que tu te dis dès le départ, ok, je veux rejoindre la France en passant par l'île Saint-Hélène et les Açores ou est-ce que tu sais à peu près le cap que tu veux prendre mais sans forcément les étapes intermédiaires ?
Claire Non. Au début, je reste assez modeste dans mon projet. Je me dis déjà, ça sera Saint-Hélène. À Saint-Hélène, on verra où je veux aller. Ben, même pas en fait. Au tout début, moi, c'était, ben non, je vais faire comme tout le monde. En fait, je vais aller à Saint-Hélène, après au Brésil, après au Caraïbes et après on verra. Et là, j'ai des amis qui m'ont parlé qui étaient en Afrique du Sud. En fait, en Afrique du Sud, on était toute une bande de jeunes et tout, chacun sur leur bateau. On avait une très belle dynamique et c'est des amis que j'ai encore maintenant ici en France. Et ils me disent, ah ben nous, on va rentrer en France parce qu'il faut qu'on soit de retour à telle date. Si on fait le grand tour, on n'y sera pas mais du coup, il y a une route qui passe par les Açores. Et quand tu regardes la route, tu te dis, bah ok, c'est du portant jusqu'au poteau noir, donc la zone de l'Équateur et après c'est du prêt jusqu'aux Açores. Et pour ceux qui font pas de voile, parmi les auditeurs, quand on fait un tour du monde, on essaye d'être toujours avec le vent qui nous pousse dans le dos parce que c'est beaucoup plus confortable et on est sûr ou presque d'aller à la bonne destination. Quand on est au prêt, donc contre le vent, on est à un angle de 45 drés du vent et on se fait cahuter dans tous les côtés et il suffit d'une variation de vent de quelques degrés pour nous empêcher d'aller à notre destination et de voir tirer des bords, donc un peu comme on fait des conversions pour monter en haut d'une montagne à ski, de tourner à droite puis après à gauche, retourner à droite. Et bien on fait un peu la même chose sur un bateau. Et donc sur l'idée, ils me disent ça et je me dis, bon, allez, j'ai un monocoque, ça remonte bien au vent un monocoque, ça va le faire. Je me dis, allez, je fais ça. Mais d'abord, je me dis ça mais je me dis aussi attends, cocotte d'aller à Saint-Hélène et à Saint-Hélène, tu verras. Ce qui me confortait dans mon projet, c'est que je savais aussi que l'Atlantique Sud s'est reconnu pour être un des océans les plus gentils qui soient outre la traversée du Pacifique Galapagos Marquis qui est très calme aussi.
Loïc Ok.
Claire Et du coup, je me disais, c'est parfait pour tester un bateau, pour tester mes capacités et tout. Je vais faire ça. Je décide aussi de, quand je pars de, quand j'ai fait Richard's Bay Cape Town, je l'ai fait avec un ami aussi, Martin, qui s'y connaît beaucoup en bateau, qui a navigué toute sa vie en bateau, qui sait gérer. Et je m'étais dit, il sait faire, du coup, on va à deux sur le bateau et ça va me permettre de m'entraîner aussi à faire des manoeuvres seules, mais qu'il soit là au cas où ça ne marche pas. Comme ça, je pourrais me rendre compte est-ce que mon ambition est réellement possible. Et après, je verrais. mais je savais déjà qu'entre Cape Town et Saint-Hélène, je ne prendrais pas d'équipier pour la simple et bonne raison que ne me connaissant pas en tant que capitaine, je ne voulais pas prendre la responsabilité de quelqu'un à bord. Je me disais, moi, si je meurs, et voilà, j'étais franco avec moi-même, je lui ai dit, si je meurs, s'il m'arrive un problème, je suis toute seule à me mettre dans, à empayer les conséquences. Mais c'était hors de question que je mette quelqu'un en danger sans savoir ce que je veux aller avant. en fait, je n'avais aucune crédibilité en tant que capitaine, donc c'était hors de question. Et du coup, avec Martin, on part de Richard B et heureusement qu'il était là parce qu'il y a 14 choses qu'on cassait au fur et à mesure sur le bateau. C'était un peu la galère. Il y a une nuit qu'il y a eu trois choses d'affilée. Je pense qu'au début, c'était une des poulies du régulateur, donc là, je le réveille et tout pour qu'on fasse ça à deux. Ensuite, c'était la poulie du phoque, du petit phoque et je le réveille. Et la troisième chose qu'il casse, c'est le tangon qui se détache du point auquel il était attaché sur le mat et qu'il traîne dans l'eau et tout, il est cassé en deux. Puis là, je me dis, bon ben rendu là, je ne vais pas le réveiller, le tangon. Je ne me suis pas très fière mais je n'avais aucune manière de le ramener à bord sans me blesser. J'ai dû laisser filer le tangon à l'eau et je me suis dit, c'est bon, je peux le zérer, je ne vais pas le réveiller, c'est bon, il faut qu'il dame pendant son quart aussi. Et c'était très formateur de l'avoir à bord parce qu'il me laissait faire en fait, il me laissait prendre les décisions, il me disait, si je lui demandais son avis, il me disait, mais Claire, c'est toi le capitaine, c'est toi qui décides en fait. Et du coup, il me laissait faire, il me laissait faire les manœuvres, on essayait de réfléchir à deux aussi, comment je pouvais prendre des prises de riz toute seule, comment je pouvais faire mes virements de bord toute seule, sachant que sur mon bateau, il y a deux voiles d'avant et qu'il faut gérer la barre et faire tourner les deux voiles que tout se passe bien. Et tout s'est presque tout bien passé. Donc, on était content une fois qu'on était arrivés à Cape Town.
Loïc La casse, par curiosité, c'était quoi ? C'est que le bateau était un peu, déjà un peu usé d'un point de vue à Castillage, etc.
Claire ou c'était pas de chance ? C'était un mélange de tout ce qui était à Castillage. En fait, le bateau, il est resté à quai, même pas, pardon, il était à sec pendant trois ans. Et je vais faire une parenthèse parce que ça va aider à mieux comprendre aussi ce bateau-là. Il avait un ancien propriétaire, qui a fait six fois le tour du monde avec ce bateau-là et qu'à chaque fois, il passe... Ah ouais ! Ouais, ouais, ouais. Donc, c'est un bateau. Quand j'ai su ça, j'ai dit, mais c'est bon, ce bateau, il en a sous la queue. En fait, c'est lui qui va me guider. Il sait quoi faire. Et ce monsieur-là, en fait, il a aussi hiverné longtemps, passé beaucoup de temps en Alaska sur ce bateau-là. Donc, dans le bateau, il y a un chauffage qui ne marche pas, que je n'ai jamais fait marcher parce qu'il y a des problèmes prioritaires, mais que c'est dans ma liste de choses à faire. Et lors de son dernier passage en Afrique du Sud, il a été malade et il est malheureusement décédé. Et ce bateau a été saisi par le gouvernement africain parce qu'il excédait son droit de présence dans le pays parce que quand tu vas dans un pays avec un bateau, tu importes un bien, donc le bateau. Et selon les pays, tu peux rester un mois, trois mois, quatre mois, ça dépend. Et du coup, pour payer, ce passage-là, le gouvernement a saisi le bateau et les amis de Rick ont tout fait pour sauver le bateau. Donc, ils ont vendu tout le matériel qu'il y avait à bord. Donc, ils ont vendu le four, ils ont vendu le radar, ils ont vendu l'AIS, ils ont vendu tout ce qui avait de la valeur sauf les voiles qu'ils avaient laissés à bord. Et après, ils ont réussi du coup à racheter le bateau et après, ils l'ont revendu au propriétaire qui me l'a vendu à moi mais entre-temps, ils ont mis le bateau à sec et le bateau est resté pendant trois ans au carénage qui est assez chaud, assez sec. Et du coup, ils avaient laissé tout ce qui est poulis dehors, ils avaient laissé la grande voile aussi, plein de choses et donc, tout le plastique avait pris le soleil. Le soleil, c'est le pire ennemi sur un bateau en fait. Ça mange les tissus, ça mange les voiles, ça mange la castillage et du coup, c'est tout la castillage qui à force, le plastique, était rendu trop rigide, trop fragile et à chaque force qui était appliquée dessus en navigation, tout cassait.
Loïc D'accord.
Claire Et le pire truc qui est arrivé, tu as dû le voir dans le film du coup, c'est la barre en fait, c'est une grosse barre franche. À l'arrière du bateau, il y a un immense safran et il y a une barre qui fait plus de 2 mètres de long en bois quoi, c'était massif. Et sur ce bois-là, il y avait un porte-drapeau qui a été installé au fond à la jonction entre le safran qui plonge dans l'eau et la barre du coup, là où est-ce qu'on met la main pour diriger le bateau. Et par ces trois vis-là, de l'eau s'est infiltrée par la pluie et avait pénétré dans le bois de la barre et puisque cette barre était résinée, l'humidité ne pouvait pas sortir. Et en manœuvre avec Martin, du coup, on était à 50 000 des côtes après trois jours de nav, on voulait faire un direct Cape Town et en Afrique du Sud, c'est très rare d'avoir la fenêtre météo pour faire un direct Cape Town et on était pressés par le temps parce que si je voulais remonter en France ou du moins passer le Cap des Aiguilles, qui est le cap le plus au sud de l'Afrique du Sud, ce n'est pas le cap de Bonne Espérance, c'est le cap des Aiguilles, il fallait que je le passe avant la mi-mars parce que sinon, la météo, on n'allait plus me permettre de passer. On était pressés, du coup, on voulait le faire en direct. Le troisième jour de nav, c'est le soir, le soleil se couche, on est dans une vague de deux à trois mètres de large, de haut, pardon, il y a du vent, on veut empanner, là, je pousse la barre et là, j'entends le crack et là, je me dis mais qu'est-ce qui se passe ? Et là, je me retourne et la barre, je la tenais dans la main, en fait, elle n'était plus du tout attachée au safran et elle était cassée et là, t'as Martin qui me regarde avec ses grands yeux et je lui dis et là, je fais merde, il me dit quoi ? Je dis, ben, on n'a plus de barre. On n'a plus de barre. Tout simplement. Du coup, là, j'étais un peu figée, j'étais en train de me dire oula, mais ça, il ne faut pas que je dise ça à mes parents tout de suite. Et du coup, il me regarde, il me fait ok, allez, action, on descend les voiles et tout, il arrive à me remettre dedans parce que sur le coup, ça a dû durer cinq secondes mais j'ai dû figer. on descend les voiles et tout, on se met à la cape. Donc, à la cape, c'est faire en sorte d'avoir un certain angle par rapport aux vagues pour ne pas se faire trop cahuter. On essaye de voir ce qu'on peut faire avec la barre. Donc, on essaye de la tailler et tout avec un marteau. On essaye de frapper sur tout ce qu'on peut. On éclate en même temps tout ce qu'on peut pour essayer de renfoncer la barre dans le trou là où est-ce qu'elle était encastrée en fait. Et un certain, moi, j'étais dos aux vagues et tout d'un coup, on était en train de faire ça et je vois Martin qui écarquille les yeux mais je me dis mais qu'est-ce qui se passe ? Et là, tout d'un coup, j'entends un bruit et puis il y a une vague qui passe par-dessus les panneaux solaires. Elle devait être à la hauteur de la baume en fait. Elle nous a recouvert d'eau. Nous, on était du coup trempés jusqu'aux eaux et en Afrique du Sud, l'eau n'est pas chaude. Il ne fait pas chaud. Le soleil venait de se coucher. On était grelottante. Un peu la peur aussi qui te rajoute un peu du pas bien. Et du coup, on se regarde. il y avait de l'eau partout. Moi, c'est un cockpit qui fait un peu baignoire. J'avais l'iridium, donc c'est mon téléphone satellite qui était en train de flotter. Donc vite, je le rattrape avant qu'il tombe à l'eau parce que c'est quand même bien pratique ce truc. Et on reprend nos esprits et on se faisait cailliter de tous les bords et tout. On va changer parce que c'est quand même priorité de ne pas avoir froid. Et tout d'un coup, moi, j'étais en train de me changer et je commence à avoir le mal de mer parce que je suis très sujette au mal de mer. Et là, t'as Martin qui me dit « Oh Claire, viens, j'ai une idée et tout. » Je lui dis « Attends Martin, deux secondes, il faut que je vous mise. » Donc là, je me vide et là, je lui dis « Ok, là, ça va mieux. Là, on peut réparer la barre. » Et on a réussi tant bien que mal et miraculeusement à mettre des garcettes pour faire une force vers l'arrière, pour la mettre en place et faire en sorte, et là, c'est du luxe, que le régulateur puisse tenir la barre et barrer et que nous, on n'est pas à barrer toute la nuit. Et ça, c'est un grand luxe. Et parce qu'on se disait « Si on n'arrive pas à la réparer, il faut qu'on appelle les secours en mer, en fait, parce qu'on ne pourra pas rentrer proche des terres. » Et moi, je nous voyais déjà, en fait, le courant des aiguilles, c'est un courant qui longe très fort, qui longe toute l'Afrique du Sud jusqu'au cap des aiguilles et après, qui descend vers l'Antarctique. Donc moi, je nous voyais déjà partir en Antarctique, tu vois, j'ai dit « C'est bon, ça y est, on est foutus. » Mais on a géré ça, on était allé au port le plus proche et j'étais déjà passée avec le bateau à ce port-là, donc je connaissais. Et j'ai dit au maître de port, j'ai dit « Vas-y, file-nous une place facile parce qu'on a la barre en manœuvre de port qui peut lâcher à tout moment. » Donc, il a déplacé des bateaux pour nous faire une belle grande place facile et on est arrivés, on a pu se reposer, boire une bain de grande bière, manger une pizza et penser à la suite du problème après.
Loïc Incroyable.
Claire On a fait toutes mes aventures. Oui.
Loïc Du coup, au moment, en dépit de toutes ces galères, je suis assez curieux par rapport à ce que tu expliquais, tu vois qu'avant, les planètes n'étaient pas nécessairement alignées et puis là, tu as senti que c'était le bon moment, donc tu as fait ce premier tronçon avec quelqu'un de très expérimenté. Qu'est-ce qui t'a fait dire en dépit des 12, 13, 14 qu'il y a eu jusqu'à Cape Town ? J'y vais quand même, je sens que je suis prête et j'ai ce qu'il faut.
Claire Je pense que c'est arrivé, je l'ai... Déjà, d'être avec Martin, en fait, il m'a mis vraiment en confiance aussi que j'étais capable de le faire, que j'étais capable de prendre des décisions dans des moments critiques. Aussi, il y a eu un moment où j'ai dû faire la décision entre soit s'arrêter, soit prendre un front de Sud-Ouest et tout le monde nous avait dit il ne faut pas prendre de front de Sud-Ouest en Afrique du Sud. J'avais décidé de le prendre pareil et j'ai bien fait parce qu'il était tout gentil et juste pas de vent dedans. Ça, c'est un peu galère. Mais j'ai réussi à prendre des décisions qui faisaient en sorte qu'on était arrivés à temps à Cape Town et ce sentiment de me dire « Ok, je suis capable », et bien c'était dans la nuit, j'étais en train de barrer au moteur devant les lumières de Cape Town après le Cap de Bonne Espérance et tout. Et je me rappelle m'être dit à ce moment-là « Je ne sais pas rationnellement pourquoi je me sens capable, pourquoi je suis plus capable rationnellement, mais j'ai cette petite voix en moi, cette petite intuition qui me dit « Mais c'est bon, tu peux le faire, tu peux y aller ». Et je pense qu'il y avait la double motivation de savoir qu'il y avait ma grand-mère en France qui était en fin de vie. Ce n'était pas officiel qu'elle était en fin de vie, mais je le sentais qu'il ne lui en restait pas beaucoup. Et mon grand-père qui était un puriste de la voile était déjà décédé il y avait quelques années et ma grand-mère était du même gabarit que mon grand-père. Ils aimaient tous les deux profondément la voile et je m'étais dit « J'aimerais trop être capable. Je vais réassenter là si je suis capable, mais j'aimerais trop être capable de remonter en France et aller la voir, mais en bateau de retourner avec mon bateau après l'Afrique du Sud, là où j'ai appris la voile. Ça me faisait trop rêver. Et voilà, j'arrive du coup à Cape Town au moteur de nuit, je vois ces lumières-là, je suis paisible et tout et je me dis « Mais c'est bon, je peux le faire, je peux partir toute seule. » Et je n'avais jamais navigué quand j'ai largué les amarres de Cape Town pour partir pour 16 jours en mer vers Saint-Hélène, mais je n'avais jamais navigué toute seule, toute seule sur mon bateau en fait. et c'était culotté. Ça, je m'en rends compte après. C'est le terme. Parfois, il y a, en fait, dans le monde du bateau et en général, dans le bateau de voyage, je ne sais pas si tu as d'autres invités qui ont déjà parlé de ça, mais il y a la préparation infinie d'un bateau à quai. Je l'appelle comme ça parce qu'il y a beaucoup de gens qui vont vouloir préparer leur bateau, mais du mieux possible en fait. Ils vont essayer de penser à tous les détails, de penser à tout et tu es un peu de tout type de personne, mais au final, à trop vouloir préparer le bateau, en fait, tu ne pars jamais. Moi, le bateau, j'ai décidé et je n'avais pas beaucoup de temps pour préparer entre le moment où j'ai acheté le bateau et que je suis partie de Richard's Bay, donc là où je l'ai acheté à la limite du Mozambique, et ça y coulait trois semaines et ça aurait été plus rapide si je n'avais pas la baume à changer. Non, ça n'aurait pas pu être plus rapide parce que j'avais la baume à changer et plein de trucs à changer, mais ça aurait pu être plus rapide que ça ne m'aurait pas dérangée en fait. Et voilà, moi, mon critère, c'était tant que le bateau, je peux le diriger seul, tant que j'ai des voiles, parce que j'avais appris avec l'expérience de l'eau de bateau qu'un moteur, je ne peux pas m'y fier, tant que j'ai des voiles, tant que je sais naviguer, tant que j'ai de la nourriture, de l'eau et tant que mon bateau, il est sécuritaire, tant que le mât peut tenir debout, tant que je peux me mettre en sécurité, en fait, ça va. Mon seul critère, c'est la sécurité en fait. Et tant que je pouvais tout réparer moi-même, c'était un critère aussi parce que mon bateau, je l'ai choisi le plus simple possible. Je n'ai pas d'enrouleur en avant. Donc, un enrouleur, c'est ce qui permet d'enrouler la voile d'avant parce que je sais que c'est un point faible potentiel et que si tu ne peux pas enrouler ta voile alors que tu as une tempête qui arrive, eh bien, tu peux avoir des gros problèmes. J'ai choisi d'avoir un système électrique très simple dans mon bateau. Comme ça, je ne dépends pas d'électricité. J'ai deux petits panneaux solaires, je suis large en électricité. En fait, tout ce que j'ai sur le bateau, je peux le réparer moi-même. Et ça, c'est un grand critère. D'une part, pour me faciliter la vie et d'autre part, parce qu'on passe tellement de temps à réparer des bateaux sinon qu'on ne profite pas de la vie en bateau. Et... Ouais. Donc, l'éternelle préparation, c'est quelque chose à faire attention. S'il y a des gens qui écoutent et qui veulent partir en bateau, c'est qu'un bateau, il ne sera jamais à 100% prêt. Il y aura toujours, toujours, toujours des trucs qui vont casser sur un bateau et ça sera toujours des trucs qu'on n'aura jamais anticipés.
Loïc Tu... Parce que ton bateau, du coup, donc tu disais, tu as choisi que c'était important pour toi qu'il soit le plus simple possible. Il avait fait six fois le tour du monde déjà. Tu sais quand est-ce qu'il a été construit et si c'est des modèles qui sont encore... Si c'est un modèle qui est encore fabriqué aujourd'hui, s'il y a encore un chantier naval qui le fait ?
Claire Alors, c'est le modèle, c'est un Dreadnought 32. Il a été fabriqué en 78, donc il va sur ses 50 ans dans deux ans.
Loïc Waouh !
Claire Ouais, c'est un gros bateau et je trouve ça assez intéressant de voir que des bateaux, ça dure aussi longtemps. Les anciens bateaux étaient un peu plus solides que maintenant, je dirais. Ils en ont sorti, si je ne dis pas de bêtises, ils les ont construits pendant une dizaine d'années, environ 80 exemplaires, donc jusqu'en 88 à peu près. Soit en 1888 à peu près. Construits en Californie et non, ils n'en construisent plus du tout maintenant. Mais il y a des bateaux qui ressemblent. Les West Cell, par exemple, c'est des bateaux qu'on voit beaucoup dans les Caraïbes ou au Bahamas. Et en fait, ils ont été construits sur la base du Tahiti Catch qui est un peu plus connu. Et c'est des gros bateaux solides à Keylong. Voilà.
Loïc Et tu pourrais trouver sur des bateaux récents la même rusticité, simplicité que ce que tu avais avec Eskimo ?
Claire Rusticité, je ne sais pas. Parce que moi, le bateau, pour donner un ordre d'idée, la coque, elle fait 3 cm d'épaisseur. Les bateaux récents, si on parle de bateaux de course et pour aller à l'extrême, on parle de millimètres d'épaisseur. Parce qu'on cherche la performance. Moi, ce n'est pas un bateau qui va vite, forcément. C'est un bateau sur lequel je peux compter, en fait. Des bateaux aussi rustiques, donc non. Aussi... C'était quoi l'autre critère que tu m'as dit ?
Loïc Simple, finalement, tu vois ? Oui, simple.
Claire Oui, simple, je pense que oui. Après, oui, ça peut arriver. Après, c'était surtout les bateaux anciens qui étaient simples parce que je pense qu'il n'y avait pas autant de demandes. Pour donner une idée, je n'ai pas de... Moi, tout ce que j'ai en termes de sanitaire dans mon bateau, c'est juste une toilette, en fait. Je n'ai pas de douche, je n'ai pas d'évier autre que l'évier de la cuisine. Il est aussi simple à ce niveau-là. je n'ai pas vraiment de cabine en tant que telle non plus. Je dors dans le salon et là, récemment, j'ai fait un plus grand lit, j'ai construit un truc un peu plus grand pour avoir un peu plus de confort. Mais sinon, c'est que des bannettes. Maintenant, les gens sont beaucoup plus à la recherche de confort. Ils sont beaucoup plus... Et je pense que aussi, c'est aussi lié au fait qu'il y a beaucoup plus de gens qui n'ont pas du tout d'expérience dans le milieu marin qui y vont, qui veulent du coup un maximum de sécurité à bord. Donc, en sécurité, ils vont avoir toutes les pompes possibles, ils vont avoir toutes les alarmes possibles, ils vont avoir des trucs très compliqués parce que je pense que ça permet de combler certains, d'équilibrer un peu tout le monde de cette manière-là, en fait. Et franchement, les bateaux récents qui sont aussi simples et rustiques qu'esquimons, je n'en ai pas vu beaucoup. C'est souvent des vieux bateaux, en fait.
Loïc Oui, coq de 3 centimètres d'épaisseur. À titre de comparaison, si on en a qui ne l'ont pas écouté récemment, il y a un épisode qui est sorti avec Mathis Brugnon ! sur un bateau en carbone et lui, ce n'était pas 3 centimètres d'épaisseur de coq, c'est 3 millimètres.
Claire L'eau est beaucoup plus proche.
Loïc C'est ça. OK. Donc, tu prends le départ, direction Saint-Hélène. Alors, pour être tout à fait honnête, il a fallu quand même que j'ouvre Maps pour bien vérifier où se situe Saint-Hélène. Donc, globalement, c'est... On va dire que c'est dans... Sur un planisphère, quelque chose de plat, je pense que ça doit être ligne droite, quasiment ligne droite depuis São Paulo jusqu'à l'Angola. Donc, c'est vraiment entre le Brésil et l'Angola, le Gabon, on va dire. Et j'avais d'ailleurs jamais vu ça, mais il y a une autre île pas loin, l'Ascension. À Saint-Hélène. Oui,
Claire exactement.
Loïc Est-ce que... Alors, pourquoi Saint-Hélène et pas à Saint-Hélène ? Je ne sais même pas si on peut y aller. À Saint-Hélène, ou si c'est un truc militaire, j'ai l'impression qu'il y a des pistes un peu plus... qui ont l'air un peu plus sérieuses que juste des pistes civiles. C'était une option aussi ou pour toi, c'était Saint-Hélène ?
Claire En fait, j'avais deux options. J'avais plusieurs options. J'avais aussi l'option de m'arrêter en Namibie pour me réduire le chemin. Mais je ne l'ai pas fait parce qu'en Namibie, la Namibie est connue pour ses vents violents. Sûrement des histoires de thermique liées au désert et tout ça. Et des vents très forts aussi le long de la côte. Et moi, je voulais partir au large parce qu'au large, tu es en sécurité comme je disais un peu plus tôt. Si tu arrives un problème, tu as le temps de te retourner. Et je ne voulais pas me mettre dans des 40 nœuds volontairement, en mouillage, des trucs comme ça. Je voulais être simple parce qu'être en mer 40 nœuds, ça va. Mais si tu es au mouillage dans 40 nœuds en train de remonter une encre à la main parce que mon guindot dans ce qui me sert à remonter l'encre, c'est manuel. En solitaire, tu apprends aussi à te mettre dans des situations que tu peux gérer. Et donc, aller à Saint-Hélène, c'est plus simple. C'est aussi l'île où est-ce que va tout le monde. L'Ascension, c'est une île un peu plus au nord. Et en fait, tu as bien vu, c'est très militaire. Et il y a Bernard de Moiteussier qui était passé, il me semble, dans son livre que j'avais lu. Mais maintenant, tu dois payer pour y accéder. Tu dois payer un permis pour quelques jours et tu es juste limitée à quelques jours. Et donc, j'ai décidé de ne pas le faire parce que je ne voulais pas payer de permis, que j'étais très bien à Saint-Hélène. Et qu'à Saint-Hélène, en fait, j'y suis arrivée un mardi. J'en suis repartie un dimanche matin. Mais j'ai pu descendre à Saint-Hélène sur l'île qu'après vendredi après. Non, même pas que vendredi après. Non, samedi. J'ai que passé samedi à terre. Ouais, samedi et dimanche matin parce que c'était juste après le Covid et du coup, ils passaient le test Covid qu'une seule fois par semaine, c'est-à-dire le jeudi. Et après, il fallait que tu attendes d'avoir les résultats le lendemain pour pouvoir prétendre descendre à terre. Donc, ils disent, oui, tu peux prendre une bouée, mais tu n'as pas le droit d'aller à l'eau et tu n'as pas le droit de descendre à terre. Évidemment, je suis allée à l'eau quand même, mais on n'avait pas le droit de descendre à terre. Et tout ça pour dire qu'en fait, je ne me suis pas éternisée non plus parce que je savais que si je voulais aller en France, parce que rendu à Saint-Hélène, c'était clair dans ma tête que j'avais ce qu'il fallait pour monter en France, que j'aimais passer du temps en mer, que j'aimais la solitude, que je savais gérer mon bateau, que j'avais de plus en plus confiance en moi, en mes capacités et tout. Et que si je m'éternisais à Saint-Hélène, eh bien, il y avait aussi la saison des cyclones en mai qui commençait en mai qui me jouait des tours. Et donc, ça prend un certain temps passer l'Équateur depuis Saint-Hélène. Et après, ça en prend un autre certain temps arriver aux Açores. Et donc, si je voulais éviter de me mettre sur la route d'une tempête tropicale, eh bien, il ne fallait pas que je traîne en fait. C'était surtout ça. Et sachant qu'une fois arrivé aux Açores, la saison pour retraverser vers la France, c'est essentiellement de mois de juillet pour où est-ce qu'il y a le moins d'activités de dépression parce que si on prend le temps de regarder la météo sur une semaine de ce qui se passe dans ces environs-là, tu as tout le temps une dépression. En fait, tous les trois jours, tu as une dépression qui passe. Et en fait, tu choisis la moins pire. Voilà, grosso modo.
Loïc Je vois. Tu découvres quoi ? La vie insulaire ? bon, tu avais vécu la Nouvelle-Calédonie, mais bon, on ne parle pas quand même de la même taille d'île entre la Nouvelle-Calédonie et Saint-Hélène ou les Açores. Je te pose la question. Je pense que je connais la réponse parce que tu en parles pas mal dans ton film. Mais si tu devais partager un petit peu le type de rencontre que tu as fait sur place, l'accueil qui est réservé aux gens qui voyagent comme toi en voilier, c'est... Tu le raconterais comment ? Les gens que tu retrouves là-bas ?
Claire Eh bien, ça m'a rappelé la chaleur des Polynésiens, en fait. L'accueil des Polynésiens en marquise. C'est franchement, là-bas, il faut savoir que le forfait téléphonique coûte très cher. Donc, les gens, ils ne sont pas forcément sur leur téléphone, ils sont dans la rue, en fait. Ils se parlent, les gens sont assis, ils boivent le café, ils sont sur des bancs, tu as vraiment une activité. Ouais, les gens sont là, ils te disent bonjour, ils ne te prennent pas non plus comme un porte-monnaie parce qu'ils savent à Saint-Hélène que si tu arrives, c'est que tu as passé un certain nombre de jours en mer et que tu vas repartir et que tu vas repasser un certain nombre de jours en mer. Donc, il y a une certaine entraide aussi et ça, c'est assez beau à voir. Moi, j'y étais passée un peu après tout le monde. Tout le monde avait beaucoup plus d'avance que moi, tous ceux qui faisaient la Transat. Moi, j'étais une des dernières à partir d'Afrique du Sud et donc cet accueil était assez intéressant et même une fois, je pars pour faire une rando et je me dis bon, tiens, allez, je redescends par la route. J'en ai pour quelques kilomètres à redescendre, ça prend du temps et tout, c'est pas grave. Je commence à marcher sur la route, il commence à pleuvoir, je me baisse pour sortir mon imperméable. Au moment que je me relève, il y a une voiture qui s'arrête, qui me dit est-ce que tu veux qu'on t'avance et tout ? Je dis bon, allez, carrément, bien sûr. Et là, ils me prennent à bord de leur voiture et au début, ils devaient m'emporter à un croisement et finalement, ils me disent ah mais tu vas jusqu'à Jamestown, ah mais si tu veux, j'y vais plus tard dans la journée pour faire tel ou tel bricole mais viens, tu peux boire le café à la maison comme ça. Je me fais, allez, ok, donc ils m'ont invité chez eux, on a bu le café et tout, leur parler un peu tout ça et j'en suis repartie il m'a emporté à Jamestown plus tôt que prévu alors qu'ils devaient m'y amener plus tard, ils m'ont filé de la nourriture, ils m'ont filmé des légumes parce qu'en fait, à Jamestown, t'as le bateau de réapprovisionnement qui passe une fois par semaine donc il me semble qu'il y avait un ou deux magasins dans l'île où est-ce que tu peux prendre des fruits et des légumes. Tout le reste, j'avais pris en Afrique du Sud mais moi, j'ai la contrainte que parce que je n'ai pas de frigo à bord, je dois prendre des légumes qui n'ont pas été réfrigérés avant sinon ils ne tiennent pas du tout longtemps dans les tropiques, ça tient trois jours et ça moisit et donc je pense que j'ai pu me réapprovisionner avec trois patates, un concombre, deux, trois chayottes et puis voilà donc ils m'ont donné deux, trois chayottes de plus, c'était le bienvenu quoi. Et donc c'est des rencontres comme ça qui sont incroyables où après tu vas dans les petits pubs où est-ce que t'as tous les drapeaux de tous les navigateurs qui sont passés et après il y avait un autre gars en solitaire qui était passé et franchement je lui lève mon chapeau parce que lui il avait traversé dans un bateau encore un peu plus petit avec uniquement des... il ne savait pas naviguer en fait il a acheté son bateau, il a fait deux, trois ronds et il s'est dit hop vers Sainte-Hélène et il a traversé avec des petits pilotes automatiques de bar mais c'est des petits pilotes automatiques et moi j'en avais deux à bord ils ont tous les deux cassés et lui met toute sa vie dans les mains de ces petits pilotes auto et donc c'était très intéressant d'échanger de comparer un peu nos expériences et tout donc tu fais toujours des belles rencontres dans ces îles-là
Loïc trop bien est-ce qu'il y a un moment en particulier une question peut-être un peu compliquée parce que t'as passé beaucoup de temps en mer mais est-ce qu'il y a un moment où tu vois un moment dans la journée ou une journée en particulier quelque chose que t'as pu voir une réflexion que t'as vue qui t'a vraiment marqué qui résumerait un peu cette expérience de la vie en solitaire sur Eskimo
Claire c'est une bonne question parce qu'il y a vraiment beaucoup de réflexions qui nous passent en tête qu'on est tous seuls qu'on est tous plus forts que ce qu'on pense en fait on peut penser que notre limite elle est quelque part mais en fait elle est beaucoup plus loin puis j'ai dit un truc similaire un peu en début d'interview mais en fait c'est tellement vrai on pense qu'on n'est pas capable mais au final on se rend compte qu'on est capable et on fait des choses si on met juste un petit pas l'un devant l'autre et qu'on grignote en bateau par exemple qu'on grignote des mille jour après jour et bah au bout d'un certain nombre de jours bah on a remonté l'Atlantique en fait et on s'y attendait pas et ça prend parfois beaucoup plus de temps que ce qu'on a prévu mais ouais on a une certaine résilience et et ouais comme réflexion moi je me suis fait en sorte je me suis j'ai eu la réflexion que j'ai tendance à beaucoup anticiper analyser des situations mais que si je suis dans une situation qui me demande d'être totalement présente parce qu'il y a un danger ou qu'il faut agir et bah je switch totalement de mode et j'ai un focus sur le truc et j'ai découvert que j'ai beaucoup plus de sang-froid que ce que je pensais
Loïc ok
Claire et qui va avec le fait qu'on est tous plus fort que ce qu'on a en fait il faut juste être dans des situations qui nous challengent un petit peu et on découvre des épluchures de soi-même dont on n'avait pas conscience
Loïc excellent j'aimerais te dire que ça donne presque envie de se prendre un petit bateau et d'aller d'aller se frotter à la vie en solitaire au large mais bon pas encore tout à fait pour moi j'avais une dernière petite question alors là un peu plus logistique c'est que entre Sainte-Hélène et les Açores il y a le Cap Vert là c'était un choix aussi pour maximiser la période en solitaire de pas s'y arrêter
Claire on aurait pu le croire non cette partie elle était un peu compliquée un peu compliquée dans le sens que je pensais que j'allais mettre 30 jours entre Sainte-Hélène et les Açores et finalement j'en ai mis 48 donc mes calculs n'étaient pas du tout bons ce qui est inclus dans ces calculs-là qui n'est pas du tout bon c'est en termes de nourriture aussi et en termes d'eau moi je voulais aller aux Açores absolument parce que j'avais le timing aussi de ma grand-mère j'avais le timing de vouloir avoir le temps de profiter un peu aux Açores aussi avant de repartir direct il y a aussi le fait que quand tu pars en traversée je l'ai glissé un mot tout à l'heure moi j'ai le mal de mer et ça me prend toujours un petit temps avant de m'amariner et que je savais que si je m'arrêtais au Cap Vert et bah t'as tout le temps d'arriver t'as le temps de repartir il faut te remettre dans le dos alors que quand t'es dedans t'es dedans en fait et pour moi ça me paraissait plus simple mais par rapport à cette question de vivre et d'eau j'ai quand même dû calculer en passant pas loin du Cap Vert et pas loin c'était relatif parce qu'en fait il aurait fallu que j'y remonte en tirant des bords de près et dans cette zone-là il y a une sorte de courant aussi qui est contre toi qui vient du nord-est qui joue pas en ma faveur donc finalement il n'y avait pas une très grande différence de jour entre arriver au Cap Vert et les Açores et surtout que pour l'eau bah voilà j'ai dû calculer est-ce que j'avais assez d'eau moi j'avais des problèmes de rouille dans mes cuves donc je pouvais pas boire en soi l'eau des cuves j'avais que des bidons d'eau par dizaine et par dizaine pour être sûre d'avoir assez d'eau je récupère un peu d'eau de pluie j'ai dû me fabriquer un filtre tester un filtre pour voir si je pouvais filtrer la rouille si l'eau était buvable après donc j'ai plié un t-shirt en 10, en 20 pour faire passer l'eau au travers pour voir si elle ressortait transparente le test était bon donc je me suis dit c'est bon si j'ai plus d'eau je peux boire l'eau des cuves et après c'était par rapport au stock des nourritures j'ai dû calculer ok est-ce que j'ai assez les oeufs après j'étais très méthodique dans ma manière de manger pour être sûre d'avoir un peu de tout le seul truc que j'avais tous les jours c'était un carré de chocolat
Loïc j'allais dire je me rappelle surtout que le chocolat la gestion du chocolat était particulièrement pointilleuse
Claire ah oui ça c'était c'était de l'art après pour tout ce qui était conserve j'avais des légumes j'en avais plus depuis depuis très longtemps même avant d'arriver à l'équateur j'avais un bout de concombre que je coupais en morceaux pour avoir un petit morceau de concombre tous les jours sinon j'avais des conserves donc une journée sur deux j'avais une conserve de légumes une journée sur deux j'avais une conserve de légumineuse des oeufs c'était un à tous les deux jours j'essayais de faire en sorte de les retourner aussi régulièrement pour pas qu'ils moisissent c'était une certaine gestion et voilà je fais mon calcul avant d'arriver en passant pas loin du caver je me dis ok est-ce que je peux continuer alors c'est un peu la ceinture mais je peux continuer j'ai plus de frais mais bon allez c'est pas grave ça va le faire et je me suis dit vas-y t'es dans le bain t'es dedans tire jusqu'aux assorts ça va le faire
Loïc l'arrivée l'arrivée en France les retrouver avec ta famille et en particulier ta grand-mère est-ce que tu peux nous en parler ?
Claire ouais mais je pense que retrouver en famille je pense que c'est important que je mentionne l'arrivée aux assorts parce que je pense que j'en parle pas dans le film mais en fait quand je suis arrivée aux assorts ma mère m'avait envoyé des messages sur mon téléphone satellite quelques jours avant me disant bah je vais essayer d'être là en fait mais y'avait rien de sûr et en fait quand je suis arrivée aux assorts bah j'avais plus de moteur y'avait du vent et tout donc j'ai des amis que j'avais rencontrés en Afrique du Sud qui étaient aux assorts qui sont arrivés pour m'aider à faire les derniers bords pour ensuite rentrer dans la marina à la voile parce que le prix demandé par la marina pour me remorquer était désillusoire en plus qu'on était un samedi il me faisait fois trois donc c'était pas question de payer ce prix-là pour me faire remorquer et y'avait un avion qui était passé deux fois au-dessus de ma tête je me dis ok tu vois et j'arrive on a marre le bateau à quai et on était en train de plier les voiles avec les copains et là y'a j'entends ma mère qui me dit coucou ma fille et là je me retourne et y'avait ma mère qui était là ma mère était au Canada la veille quoi en fait donc c'était assez incroyable et en fait son avion il avait pas pu atterrer au premier coup donc ils étaient passés deux fois au-dessus de moi alors que j'étais en train de naviguer en arrivant aux assorts c'est quand même une arrivée assez incroyable et après l'arrivée en Bretagne c'est fort en émotion parce que déjà je suis arrivée à Roscoff première arrivée et ça m'a c'était une arrivée c'était pas là où est-ce qu'avait ma grand-mère elle était un peu plus loin elle est ardrieux mais cette arrivée à Roscoff c'était aussi sans moteur j'ai une malédiction j'essaye de la soigner mais c'est un peu compliqué là pour le coup je me suis fait remorquer mais c'était gratuit en France mais là c'était avec des amis qu'on avait croisés qu'on était en voyage autour du monde avec mes parents donc c'était des super retrouvailles aussi de retrouver ces gens-là c'était chaleureux comme accueil de voir ces gens-là et après j'ai attendu la fenêtre météo la plus proche que je pouvais pour filer vers les ardriers pour aller voir ma grand-mère et ça faisait quelque chose de passer devant ces baies devant ces bateaux là où est-ce que j'ai pris des cours de voile que j'avais navigué avec des petits catamarans avec des optimistes avec ma planche à voile et là calculer courant avec mon bateau pour y aller à la marina avec mon bateau à marée là où est-ce que j'avais pris des départs de régate avec mon oncle donc c'était incroyable et là j'amarre le bateau et je vais dans le centre-ville et là je vois mon oncle ma tante qui arrive et ma grand-mère dans sa petite chaise roulante et tout et là c'est bon là je sais que tous les efforts toutes les galères ça en valait la peine
Loïc Magnifique elle t'a dit quoi ta grand-mère si tu es ok pour le partager ?
Claire Je pense qu'elle m'a pas dit grand-chose elle était juste émue en fait moi quand je l'ai vue je me suis dit j'espère que mon grand-père il voit ça de là-haut en fait parce que j'étais contente de leur avoir fait vivre ça et avec le téléphone satellite ce qui était bien c'est que pendant ma traversée je pouvais l'appeler en fait de temps en temps pour lui donner des nouvelles donc elle se rendait compte de ce que c'était quoi et elle pouvait suivre sur la carte jusqu'où j'étais rendue et pour elle elle a toujours aimé donc c'était le plus beau cadeau que je pouvais lui faire pour ses derniers mois de vie c'était formidable
Loïc La suite des aventures du coup Claire aujourd'hui alors si j'ai bien compris j'ai regardé un peu sur les réseaux Eskimo tu l'as toujours c'est toujours ton bateau
Claire malgré les offres de vente que j'ai eues c'est toujours mon bateau
Loïc J'ai cru comprendre aussi que tu étais pas mal dans une période montagne j'ai vu que sur ton profil tu te présentes comme attends que je dise pas de bêtises thalassophile et horrophile c'est ça ?
Claire Exactement
Loïc Amoureuse de la mer et de la montagne Est-ce qu'il y a déjà des projets sur lesquels tu travailles ? De nouvelles aventures nouveaux départs au loin au large en solitaire ?
Claire Il y a des envies il n'y a pas de projet concret parce qu'en fait je me suis rendu compte qu'à être aussi loin du coup si on met en bout à bout le voyage en bateau avec mes parents avec l'autre bateau et avec mon bateau j'ai fait un tour du monde à la voile ça demande d'être très loin c'est des aventures qui prennent du temps qui me demandent d'être loin des siens et qu'en fait on se rend compte qu'on peut faire des aventures sans aller aussi loin et que ça fait quelques années que je sillonne la Méditerranée avec mon bateau avec les amis avec mon compagnon et qu'il y a beaucoup à faire en fait ici et que c'est marrant mais après la traversée au large moi j'ai appris à naviguer à faire de la navigation côtière ce qui est beaucoup plus compliqué en tant que capitaine parce que je l'ai fait avec l'autre bateau mais en tant que capitaine c'est autre chose il y a beaucoup plus de je trouve ça beaucoup plus dur en fait tous les jours de naviguer plutôt que de partir 10 jours naviguer d'affilée il y a beaucoup plus de choses à gérer donc en projet il y aurait des envies d'aller en Norvège avec le bateau de faire un peu l'Écosse l'Angleterre tout ça pourquoi pas faire du solitaire oui j'aimerais ça peut-être pas tout de suite parce que pour le moment j'ai besoin d'être un peu plus proche quoi et que j'ai pas forcément envie non plus de faire des traversées pour ensuite laisser le bateau prendre l'avion pour revenir en montagne et tout ça pour le moment je trouve mon équilibre à être une partie de l'année en montagne parce que j'adore et que j'ai un côté de moi qui est montagnard de faire du ski ça me fait vibrer faire du parapente faire de la rando je bosse en refuge les étés pour faire la caisse de bord donc voilà je me vois pas faire des traversées pour le moment allier traversée et vivre en montagne pour le moment c'est pas compatible pour moi parce que je veux pas trop prendre l'avion donc pour le moment la Grèce ça me va très bien la Norvège prochainement et après ouais pourquoi pas un grand tour de l'Atlantique mais on passe aussi par le Groenland l'Islande les îles Faroë tout ça ça germe tranquillement mais tranquillement on va voir les envies futures mais oui un jour refaire du solitaire j'ai trop plaisir quoi
Loïc trop bien bah écoute hâte de suivre ça et de voir le prochain le prochain film que tu vas en faire du coup
Claire bah avant le prochain film il y aura un livre qui va sortir prochainement
Loïc ah excellent
Claire ouais j'ai pas encore de date mais je suis en train de finir la mise en page
Loïc trop bien du coup en auto-édition ou t'as une maison
Claire non c'est en EGC par des maisons d'édition mais ça a pas porté ses fruits du coup bah autant faire les choses par soi-même donc je vais faire une auto-édition voilà
Loïc génial trop bien et bah écoute je regarderai ça je vais suivre tout ça merci énormément Claire pour cet échange c'était franchement passionnant une vraie invitation au voyage et surtout à oser se lancer quelle que soit l'aventure est-ce que toi il y a un mot de la fin quelque chose que tu voudrais faire passer même si on a échangé sur beaucoup de sujets mais un point en particulier que tu voudrais souligner
Claire qu'il faut se lancer en fait faut pas attendre d'être prêt faut pas attendre d'avoir toutes les réponses si on a une petite graine d'aventure qui veut que germer faut juste la rosée puis elle va germer et ça va le faire tout simplement
Loïc très belle image merci énormément Claire bon vent pour la suite
Claire merci à toi c'était un grand plaisir cette conversation
Loïc merci Claire
Claire merci onsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsons Sous-titrage ST' 501
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