Les Frappés Les Frappés
Saison 5 EP·217 Expédition #Transcontinental #voyage #vélo

07 octobre 2025

Pédaler de Lyon jusqu'en Géorgie pour gravir le Mont Kazbek (5000m) avec Félix Guglielmo

Durée · 57 min · Transcription disponible

Félix

Le récit

“On voulait montrer qu’il existe un autre imaginaire des expéditions.”

C’est ce que Félix m’a dit lors de notre premier échange, et c'est une phrase qui m’a tout de suite intrigué.

Avec son compagnon de cordée Alexandre, ils sont partis de Lyon direction la Géorgie, avec en ligne de mire le mont Kazbek, un sommet de plus de 5000 mètres à la frontière russe. Une expédition déjà atypique sur le papier, mais qui l’est encore plus dans sa réalisation : ils ont décidé de s’y rendre… à vélo.

Trois semaines et 4500 kilomètres plus tard, les deux ingénieurs atteignent leur camp de base géorgien avant de passer deux mois à explorer, skier, et gravir ces montagnes reculées.

Une aventure hors des sentiers battus, longue de trois mois au total, qui prouve qu’on peut partir de chez soi, vivre une expédition grandiose — et le faire avec un impact maîtrisé sur l’environnement.


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Transcription

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Loïc Hello, hello ! Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyages aux eaux longs cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Bienvenue Félix sur le podcast. Je suis ravi de te recevoir pour un épisode qui s'annonce très intéressant et plein de récits d'aventure et d'invitations à la réflexion. C'est un peu ce qui m'a marqué quand tu m'as envoyé ton message. Je me suis dit que c'est une approche un peu différente de l'aventure de l'expédition. Ravie que tu sois là aujourd'hui pour nous parler de ce que tu as réalisé récemment avec ton pote qui n'est pas là aujourd'hui, mais tu vas parler en son nom.

Félix Merci beaucoup de me recevoir. L'aventure qu'on a fait là dont je vais parler, on était deux avec Alexandre, mon pote. Il n'est pas là, mais je parle pour nous deux. Excellent.

Loïc L'aventure en question, vous êtes parti en Géorgie. On est sur un format audioniquement. S'il y en a qui ne visualisent pas la Géorgie, parce que c'était mon cas, j'avais un petit doute sur l'emplacement exact. En gros, c'est au-dessus, à droite de la Turquie. Voilà. Oui, c'est ça.

Félix C'est à l'est de la mer Noire, entre la Turquie, la Russie et l'Arménie. C'est ça.

Loïc Vraiment, quand on est en Bulgarie, le pays qui est au nord-ouest de la Turquie, le pays frontalier de la Turquie côté nord-ouest, il y a la mer Noire. On trace une ligne droite et de l'autre côté de la mer Noire, quasiment au même niveau, il y a la Géorgie. Donc, sacrée distance. D'ailleurs, j'ai essayé, pour la petite anecdote, j'ai essayé de simuler un trajet en voiture. Et je ne sais pas pourquoi, s'il y a des raisons politiques avec la Turquie ou autre, mais il ne peut pas me calculer le trajet.

Félix C'est trop. Je crois qu'il avait un peu du mal, nous aussi, quand on a essayé de faire des destinées à la vélo, il avait du mal de nous faire traverser le Bosphore, donc à Istanbul. On était obligé de tout décomposer en deux parties. C'est peut-être ça qui bloque les voitures aussi.

Loïc Il ne doit pas y avoir de... Oui, évidemment, avec le Bosphore. Ça doit être ça, je pense. Il ne peut pas calculer les passages. C'est trop loin. Excellent. Donc, Lyon-Géorgie en vélo, avec un objectif de mener une expédition sur place, mais l'ensemble, on va dire, d'une manière différente, puisque l'objectif, c'était de ne pas prendre l'avion. C'est ça. Finalement, de faire deux voyages en un, enfin même trois voyages en un, parce que tu nous en parleras un peu plus tard, mais le retour en train, je suppose aussi que ça a dû être... Il y a eu quelques péripéties, oui. Voilà, un voyage en soi. Mais en tout cas, vraiment ravi que tu sois là pour nous parler de cette aventure. Et en tout cas, moi, je suis à peu près convaincu que ça va m'ouvrir les yeux sur, tu vois, peut-être une manière différente de voyager, de concevoir et de vivre ses propres aventures. Mais avant tout ça, ce que je te propose, c'est peut-être de te présenter en quelques mots à celles et ceux qui nous écoutent.

Félix Oui, alors moi, je m'appelle Félix, et donc mon pote, c'était Alexandre. On se connaît de l'école d'ingénieurs qu'on a faite en région parisienne. On fait tous les deux pas mal de montagnes ensemble, que ce soit du trail, de l'alpinisme, pas mal de ski de randonnée et tout ça. Voilà, on habite tous les deux à Lyon, et donc c'est un peu ça l'idée du projet de partir depuis chez nous et puis d'essayer d'aller faire une expédition, entre guillemets, dans un pays un peu lointain. Comme on en voit parfois dans tous les festivals de films de montagne et tout ça, ça nous faisait vachement envie. Mais comme tous les deux, on essaye de prendre un peu des actions environnementales, écologiques dans notre quotidien. On était souvent frustrés de se dire, ah bon, c'est super, ça a l'air des expériences exceptionnelles. Mais bon, nous, quand on essaye de ne pas trop prendre l'avion, c'est dommage, on ne va pas jamais pouvoir faire ça. Et puis donc, l'année dernière, on a eu l'idée de se dire, est-ce qu'il n'y a pas un massif dans lequel on pourrait aller, faire une espèce d'expédition comme ça, mais qui soit accessible autrement qu'en prenant l'avion. C'est comme ça qu'on a eu l'idée d'aller en Géorgie. Ça faisait un peu lointain, mais suffisamment, entre guillemets, proche pour pouvoir y aller autrement.

Loïc Excellent. Et pourquoi la Géorgie en particulier, et pas de l'Azerbaïdjan, ou peut-être un peu plus au nord ? Je ne sais pas pourquoi ce pays là.

Félix Alors en Géorgie, du coup, la chaîne de montagne, c'est le Caucase. Donc il y a tout un tas de montagnes assez hautes, et ça va jusqu'à 5000 mètres. Enfin, il y a pas mal de sommets à 5000 mètres. Donc le point culminant, c'est l'Elbrouz, qu'on connaît parce que c'est le point culminant de l'Europe continentale, qui est en Russie. Donc voilà, on voulait un pays avec des montagnes pour pouvoir faire un peu d'alpinisme et de ski. Et en fait, si on veut continuer plus loin, après c'est un peu compliqué vis-à-vis des frontières et tout ça. Il faut soit passer par la Russie, après il y a pas mal de frontières fermées. Mais il y a l'Iran, enfin c'est une zone un peu géopolitiquement un peu plus compliquée. Du coup, la Géorgie, c'est assez facile d'y aller. Donc c'est pour ça qu'on s'est arrêtés là-dessus.

Loïc Je l'évoquais un peu plus tôt, le retour en train. L'aller à vélo, c'était quelque chose qui, vous, dès le début, vous souhaitiez que ça fasse partie de l'aventure. Parce que vous auriez pu aussi pas prendre l'avion, prendre le train. Et ça aurait déjà, enfin tu me diras combien de temps vous avez mis pour revenir en train. Mais je pense que c'est déjà un sacré périple.

Félix Ouais, alors ça a été une question au début de savoir comment on allait y aller. Donc on a étudié le fait d'y aller en train et de revenir en train aussi. Et après, un jour, on a eu l'idée un peu bête de dire, ah et si on y allait en vélo. Inspiré un peu par, j'imagine qu'il y a pas mal d'autres auditeurs qui ont dû voir passer Jean Rouault, qui allait jusqu'au Népal en vélo et qui a médiatisé un peu sur Instagram et tout ça. Donc ça nous a un peu inspiré. On s'est dit, ah bah en fait c'est possible d'aller très loin en vélo. Même en étant un peu minimaliste dans le matériel. Et du coup, c'est entre autres ça qui nous a un peu inspiré à y aller en vélo. On s'est dit, ah c'est une idée bête, ça a l'air rigolo. Et donc on est parti là-dessus. Par contre, voilà, on avait tous les deux à peu près trois mois de disponibles pour ça. Pour tout le projet. Et donc, c'est là qu'on s'est dit, enfin on a estimé à peu près que, juste qu'on avait vu chez les autres, comme c'était un peu moins long par exemple que d'aller au Népal, on s'est dit qu'on pouvait faire un peu plus de kilomètres par jour. Donc on a estimé à peu près qu'il fallait trois semaines pour aller jusqu'en Géorgie. Et on s'est dit que sur trois mois, si on fait trois semaines aller, trois semaines retour, ça laisse pas énormément de temps sur place. Du coup, on s'est dit que le retour, on allait le faire en train. pour un peu couper la poire en deux, quoi. Faire quand même une aventure à vélo et puis quand même d'avoir assez de temps sur place pour profiter du pays.

Loïc Donc vous aviez, vous êtes parti avec tout votre matériel, matériel de ski, matériel de rondo, etc.

Félix Alors pareil, ça, ça a été une des questions du début. Est-ce qu'on emporte tout avec nous à vélo ? Parce que ça fait quand même pas mal de choses. On voulait faire un peu d'alpinisme, un peu de ski sur place. Donc on a imaginé peut-être avoir une espèce de carriole sur laquelle on mettrait les skis et tout ça. Et après, on s'est renseigné un peu aussi en parallèle sur ce qu'on pouvait faire envoyer des affaires là-bas. Et donc finalement, on a choisi cette option-là pour pouvoir aller un peu vite à vélo. On était un peu minimaliste sur le matériel. Et une fois qu'on est arrivé sur place, on a pu récupérer un colis qu'on s'était fait envoyer. Par train, du coup ? Bah malheureusement, non. On aurait bien aimé. On aurait bien aimé, mais en fait, on n'a pas trouvé de solution qui propose... En fait, tu vois, on n'était pas pressé pour récupérer nos affaires. Mais il n'y a pas de solution existante pour te faire envoyer un petit colis sans que ce soit un conteneur, quoi, dans un autre pays sans que ça passe par de l'avion. Mais par contre, on a fait une estimation un peu des émissions de CO2 qui étaient liées à ça. Et donc, l'ordre de grandeur de se faire envoyer un colis, c'était d'environ 60 kilos de CO2 par rapport à un aller en avion qui fait à peu près une tonne de CO2, quoi. Donc, c'est quand même 20 fois moins. On s'est dit que ça valait quand même la petite entorse à notre éthique de sans avion. Mais c'est aussi parce qu'on n'a pas trouvé d'autres solutions, quoi. S'il y en a qui connaissent, parmi les auditeurs, des services qui permettent de se faire envoyer des choses par fret, autre, on est preneur.

Loïc Alors là, une idée de business, tu crées une ligne Lyon de Bilici en vélo-cargo. Livré durant trois semaines garantie. OK, donc le matériel, du coup, est parti avant vous. Oui. Donc, OK, ouais, donc déjà, tu t'es estimé, vous aviez pesé un peu. S'il avait fallu que vous emportiez tout sur le vélo, ça représentait combien ?

Félix Le colis qu'on a envoyé, il faisait une trentaine de kilos. Donc, dedans, il y avait deux paires de ski, des chaussures de ski, des habits un peu chauds, cordes, du matériel un peu comme ça. Donc, 30 kilos, ouais. Après, nos vélos, chacun, il faisait 20 kilos, du coup, dans ce qu'on a transporté, effectivement. Donc, on aurait pu, en termes de poids, tout prendre. C'est plus l'encombrement, en fait, d'emmener des skis sur un vélo. On l'a fait, du coup, pour aller de Bilici jusqu'au pied du sommet qu'on a fait. Mais en fait, c'est assez... Ouais, c'est encombrant, c'est volumineux, ça ne tient pas hyper bien. Donc, pour faire 4500 kilomètres, on ne se sentait pas d'avoir des skis sur notre vélo. Enfin, ouais, la vitesse à laquelle on allait, quoi. On aurait pu le faire en prenant deux fois plus de temps avec une charrette et tout ça. Mais on a choisi cette option-là. Ouais.

Loïc Donc, tu disais que vous aviez trois mois. Vous étiez encore étudiant, vous étiez encore étudiant à ce moment-là ?

Félix Non, on travaillait tous les deux. Ah ouais. Et donc, l'occasion s'est présentée parce que moi, j'ai démissionné juste avant de partir pour d'autres raisons. Et Alexandre, lui, il a pu prendre trois mois de sans solde. Donc, après, il a réintégré son poste en rentrant comme si de rien n'était. Donc, ça, c'était quand même eu la chance de pouvoir se libérer un peu de temps dans nos métiers respectifs. C'était agréable. Ouais.

Loïc Pour tout de suite couvrir le sujet, parce que j'ai souvent la question quand j'ai des invités qui, comme toi, enfin comme vous avec Alexandre, sont partis sur des périodes quand même… Trois mois, c'est quand même relativement long. Ouais, bien sûr. Ça a forcément un impact. Enfin là, tu peux t'expliquer, t'étais entre deux jobs. Alexandre a eu des congés sans solde, donc non payés. Financièrement, vous aviez tablé sur combien en termes de budget et in fine, ça a été quoi la réalité ?

Félix Alors, on n'avait pas exactement fait un budget précis à l'avance, quoi. À la fin, on a compté à peu près ce que nous avions coûté à chacun et on était autour de 5000 euros pour les trois mois chacun.

Loïc Ok.

Félix Donc, c'est quand même un budget conséquent, mais par rapport à la vie qu'on mène tous les jours en France, c'est pas forcément x10, quoi.

Loïc Oui, oui.

Félix Donc, ouais, parce que, ouais, en fait, les coûts, c'était un gros poste de dépense, c'était l'envoi, parce qu'il y avait des petites péripéties sur les douanes et les taxes qu'on a dû payer pour les récupérer. Après, le trajet retour en train et puis après, en fait, juste la vie sur place qu'on a passé deux mois. C'est pas un pays qui coûte excessivement cher, mais en fait, se nourrir, se loger.

Loïc Oui.

Félix Voilà.

Loïc Ouais, si, ça fait... Au final, c'était effectivement trois mois, l'aventure au total. Ouais, c'est ça, au total, c'était trois mois. Ouais, donc ça fait un peu moins de 60 euros par jour. Si on prend en compte le fait qu'il y avait des galères, le transport, le train, l'avion, etc., ça semble, sur le papier, c'est raisonnable.

Félix Ouais. Enfin, c'est sûr que tout le monde n'a pas ce luxe-là, mais... Oui, bien sûr, mais comme tu dis, je veux dire... C'est pas une expédition à l'Everest avec un budget exceptionnel. Non, mais si tu le fais... On l'a quand même fait avec des choses qu'on avait déjà. Oui. On n'a pas investi dans des milliers d'euros de matériel.

Loïc Ce que je veux dire, c'est que la somme est conséquente, mais si tu rapportes ça au jour, tu vois, tu te fais un tas de deux semaines en France. Ouais, c'est sûr que c'est compliqué d'être au moins de 55. Ouais, exactement. Donc... Mais oui, c'est sûr que c'est une chance. Enfin, c'est génial que vous ayez... Que vous soyez... Créer les conditions pour repartir...

Félix Ouais.

Loïc ... vivre cette aventure, mais... Mais voilà, au moins, on a couvert le sujet financier. Voilà. Je pense à Hubert, notamment, qui souvent me dit, mais il faudrait que tu demandes à tes invités. Comment ils font ? Financièrement, ça représente quoi ? Donc voilà, Hubert, tu sais. Excellent. Le trajet, comment vous avez... Alors, le trajet, le timing. Parce que je suppose que si l'objectif, c'était un sommet sur place, du ski, de l'Alpi, il y avait quand même une notion de temporalité. Ouais. Toi, tu étais entre deux jobs, donc il a fallu aussi caler ça par rapport à Alexandre qui, lui, a pris du sens seul. Donc, c'était quoi la fenêtre et comment vous avez dessiné le trajet, en tout cas pour la partie vélo, pour essayer de rester dans les clous des trois semaines que vous aviez imaginées ?

Félix Ouais. Et bien... Donc voilà, on avait l'objectif d'aller faire... La manière dont on a construit le projet, c'était d'essayer d'aller faire un 5000 à vélo depuis la France. La période dans laquelle on était disponible, c'était plutôt la fin d'hiver, début de printemps. Donc, on s'est dit que c'était plus pertinent d'y aller à ski. Et donc, on s'est dit que... Enfin, on a regardé à peu près la saison où ça se faisait, le Kazbek. C'est le nom de la montagne qu'on a gravi. Le Kazbek ? Kazbek.

Loïc Kazbek.

Félix Ouais. K-A-Z-B-E-K. Kazbek. OK. Plutôt dans le...

Loïc Donc, au nord...

Félix C'est à la frontière avec la Russie, dans le Caucase, au nord de la Géorgie.

Loïc Dans un parc national, c'est ça ? Le parc national du pays ?

Félix Ouais, il y a une réserve autour un petit peu, ouais. D'accord. OK. Et donc, voilà, la temporalité, c'était à peu près... En général, les gens le font en avril ou mai à ski. Et après, donc, avec les contraintes qu'on avait, nous, de disponibilité et tout, finalement, on y a été un peu plus tôt. Et après, les trois semaines à vélo, en fait, c'est en fonction de la distance qu'on a estimé ça. Il y avait 4500 kilomètres. On s'est dit que 200 kilomètres par jour, ça paraissait faisable tout en étant un peu incertain, mais on a tablé là-dessus. Donc, en faisant la division, ça faisait à peu près trois semaines. Vous étiez des cyclistes, par ailleurs, avant ? Ouais, tous les deux, on fait pas mal de cyclistes, mais puis pas mal de sports d'endurance en général, quoi. OK. Donc, les efforts un peu longs, on connaissait. L'incertitude, c'était plutôt sur l'enchaînement, quoi. Une journée de 200 kilomètres, ça ne nous faisait pas excessivement peur. Mais aucun de nous deux n'avait jamais fait trois, quatre jours d'affilée. Encore moins trois semaines, quoi. C'était un peu ça, l'incertitude. Est-ce qu'on allait avoir mal partout ? Plus de jambes du tout au bout de deux jours. C'était ça, l'incertitude. OK.

Loïc Et alors, sur la trace, parce que si je me souviens bien, j'ai eu plusieurs invités qui ont fait globalement... Tu vois, enfin...

Félix Ouais, c'est assez classique de faire du vélo dans cette direction pour aller en la Céline. Voilà, exactement. C'est ça. On a croisé pas mal de monde sur le chemin.

Loïc Visiblement, il y a un gros sujet quand même, surtout quand on part de Lyon, c'est tout de suite au début, passer par la Suisse ou descendre un peu plus bas. De ce que je comprends, je dis peut-être des bêtises, mais...

Félix Ouais, d'autant plus que nous, on partait... Donc, on est partis fin février. Donc, il y a plein de cols pour traverser les Alpes qui sont pas des options, parce que c'est fermé. Et donc, nous, en partant de Lyon, on a choisi de passer par Grenoble, puis le col du Lotaret et le col de Mont-Genèvre pour arriver en Italie. OK. Sinon, il y avait l'option de passer par la côte, par Nice, en dessous, ou par la Suisse. Mais ça nous paraissait le plus direct. Et donc, on a choisi ça pour arriver jusque dans la plaine du Pau en Italie. Voilà, qu'après, on a traversé plus ou moins à l'horizontale. Après, ouais, si j'enchaîne sur l'itinéraire, du coup, on a... traversé un peu tous les Balkans, par la Slovénie, Croatie, Serbie, Bulgarie.

Loïc Et vous avez rencontré... Chaque fois que j'ai des invités qui sont allés là-bas, les histoires qui reviennent tout le temps, c'est les chiens errants.

Félix Alors, on avait très peur de ça, justement, en voyant toutes les histoires de tout le monde. Et en fait, on n'a pas eu tant de problèmes.

Loïc OK.

Félix Je pense qu'il y a quelque chose qui a aidé, c'est qu'on était un peu pressés par le temps et du coup, on tracait un peu au plus droit l'itinéraire. Et donc, on se retrouvait assez souvent sur des routes assez... Enfin, on n'essayait pas de chercher les petites routes bucoliques, quoi. D'accord. À la plupart du temps, on allait au plus court et au plus plat. Donc, on se retrouvait sur des routes assez passantes et peut-être que ça nous protégeait un peu des chiens. On en a eu quelques-uns en arrivant en Bulgarie, mais on avait très peur de la Turquie et finalement, on n'en a pas eu du tout. Enfin... OK. Au début, on a un peu peur dès que quelque chose aboie le long de la route. Et en fait, on se rend vite compte qu'ils viennent rarement nous agresser, en tout cas, pour notre cas. Mais on avait effectivement très peur parce qu'il y a pas mal de récits de gens qui se sont fait agresser. Oui, c'est vrai que c'est quand même... Mais nous, on n'a pas eu du tout ici là-dessus.

Loïc Oui, c'est le sujet qui revient souvent.

Félix Oui, et puis c'est des chiens un peu énormes en Turquie. Oui. Les bergers d'Anatolie... Oui, c'est pas...

Loïc Clairement. Donc là, arrivé... On a balayé très, très rapidement la trace. Arrivé au Bosphore, vous étiez dans les temps à ce moment-là ?

Félix Oui, on avait fait nos 200 kilomètres par jour, plus ou moins. Et donc, on est arrivé au bout de deux semaines à Istanbul. Et donc là, en fait, ça faisait déjà deux jours qu'on était en Turquie et il restait encore une semaine en Turquie parce que le pays est vraiment immense, tout en longueur. Voilà, ça faisait deux semaines. Et puis, donc, ensuite de là, on a longé un peu la côte de la mer Noire au nord de la Turquie jusqu'à arriver à la frontière avec la Géorgie. C'était assez rigolo en Turquie parce qu'en fait, le réseau de routes n'est pas très dense dans la partie où c'est très agricole et montagneux. Donc, il n'y a pas énormément de routes. Donc, en fait, on se retrouvait la plupart du temps sur des espèces de nationales à deux fois deux voies. T'es là sur le côté parce que c'était la seule route qui allait dans la bonne direction. Donc, on était sur la bande d'arrêt d'urgence et il y avait des camions qui passaient à côté. Bonheur.

Loïc T'es bien pour l'aspiration.

Félix Ouais, c'est ça. On était content quand il y avait des camions dans notre sens.

Loïc Sur cette partie vélo, ça a été quoi pour toi, en tout cas, les moments marquants, que ce soit dans le binôme ou dans les rencontres que vous avez pu faire ? Parce que je ne sais pas, vous aviez déjà fait ce type d'aventure un peu sur la durée ensemble tous les deux auparavant ?

Félix Aussi long, pardon, non. On a fait pas mal de choses à la journée ou sur une semaine ensemble. Moi, je n'avais jamais fait de vélo plus d'une semaine d'affilée. Donc non, on n'était pas hyper habitué à ça. Sur les rencontres, en fait, sur la partie vélo, on n'a pas fait énormément parce qu'on était très occupé à faire du vélo. Comme c'était pareil, toujours pareil, l'hiver, il ne fait pas jour très longtemps. Du coup, pour arriver à faire nos 10 heures de vélo, pas trop à la frontale, on passait un peu notre journée à rouler. Ici, en Turquie, on est passé en Turquie pendant la période du Ramadan. Et donc, le soir, c'est un pays qui est très, très religieux. Et donc, le soir, ils font le repas une fois que le soleil se couche. Je crois que ça s'appelle l'iftar, où ils dînent tous ensemble dans la mosquée une fois que le soleil se couche. Et au moins deux ou trois jours d'affilée, on s'est fait inviter. On passait par hasard devant une mosquée. Et donc, il y a plein de gens qui nous font des grands signes. Ah, venez, venez, venez. Et on ne comprend pas trop ce qui se passe au début. Et après, ils nous font nous asseoir dans une salle. Ils nous servent à manger alors qu'on a à peine échangé quelques mots parce qu'ils ne parlent pas bien anglais et nous, on ne parle pas bien turc. Mais une espèce d'hospitalité exceptionnelle. Ils nous ont invité au moins trois jours de suite à partager leur repas du soir. Ça, c'était vraiment cool.

Loïc Les moments magiques des voyages.

Félix Oui, c'est ça. On essaye de baragouiner un petit peu avec des gestes. C'était assez marquant, oui.

Loïc Vous arrivez du coup, votre point de chute en Géorgie, avant de partir du coup vers le Casbeck. C'était quoi ? C'était la capitale ou vous aviez prévu de vous arrêter dans une ville, un village plus proche ?

Félix Oui, c'est ça. On s'est arrêté dans la capitale. Oui, c'est ça. On a trouvé sur Warm Shower. Je ne sais pas si tu connais, mais c'est une plateforme où entre voyageurs à vélo, tu proposes l'hospitalité et puis tu peux la demander quand tu arrives à l'étranger. Et donc, on s'est retrouvé dans une famille d'expat américains qui avait une grande maison qui nous a accueillis pendant quasiment une semaine. Incroyable ! Donc, on est arrivé là-bas. Ensuite, du coup, la mission, c'était de retrouver nos affaires qui étaient arrivées en colis. Ça a été un peu un combat parce qu'ils étaient bloqués à la douane, parce qu'ils voulaient qu'on paye la TVA sur tout ce qu'on avait importé, parce qu'ils considéraient qu'en fait, on allait potentiellement revendre tous nos objets sur place. Bref, la case n'existait pas de on s'envoie des objets à nous-mêmes dans un autre pays. Ça n'existe pas dans l'administration. Du coup, ça a été un peu un casse-tête. Et ensuite, une fois qu'on a récupéré nos affaires de montagne, on a tout chargé sur nos vélos et on est reparti à vélo pour deux jours jusqu'à Stepansminda, qui est la petite ville, le village au pied du Casbeck. Et de là, on a donc posé les vélos et c'est là qu'on est parti à ski pour faire l'ascension.

Loïc Si on guise de conclusion de cette première partie de l'aventure, le voyage à vélo, tu dirais que pour toi, ça a été quoi tes gros apprentissages ? Parce que tu disais que vous rouliez tous les deux avant, vous faites du trail, etc. Donc, habituez des efforts longs. Mais là, on parle quand même de 200 bornes par jour sur trois semaines. Bon, je ne sais pas. Vous avez fait du bivouac ou c'était nuit à l'hôtel ? Non, c'était quasiment tout en bivouac. Ah oui, c'est vrai ? Oui. Ah, je ne pensais pas parce qu'avec le... Ok, d'accord. Ouais, donc d'un point de vue confort, quand même assez limité. Donc, ça doit jouer aussi sur la récupération, etc. Donc, ça a été quoi pour toi, on va dire, les deux, trois grands apprentissages ? Peut-être aussi côté matos, tu vois, des choses que tu emporterais, que tu n'avais pas pensé apprendre avant ou au contraire, qui ne t'en servaient à rien ?

Félix Eh bien, l'apprentissage, je pense, c'était surtout de voir que c'était possible, en fait, de... J'imaginais pas trop que ça puisse marcher. Et même en termes de matériel, voilà, on n'avait vraiment pas grand-chose. On avait une tente, un matelas, un duvet et un caleçon, quoi. Et de voir qu'en fait, si on n'est pas trop pointilleux sur le confort, ça marche et on peut traverser le monde comme ça, quoi. Une fois qu'on est arrivé en Géorgie, on se dit, ah bon, maintenant qu'on a le rythme, on pourrait continuer, finalement. Alors, évidemment, chacun va à la vitesse qu'il veut, mais en fait, voilà, de se dire qu'on peut aller vraiment super loin en un temps raisonnable, c'était assez édifiant. Même chaque soir, chaque soir, on dézoomait sur la carte, on disait, waouh, on a fait tout ça en une semaine, c'est incroyable, on est déjà aussi loin. On voyait défiler même les fuseaux horaires, on était quasiment jet lagués à vélo, quoi.

Loïc Oui, on peut aller loin. Physiquement, vous étiez dans quel état en arrivant ? Complètement cramé ou au final du...

Félix Au bout d'une semaine, on avait quand même un peu mal partout. Oui. Mais ça a passé en deux, trois jours après. Le corps, il dit, bon, d'accord, j'ai compris, je me couche. Oui. Et en arrivant, on essayait quand même de dormir au moins huit heures par jour, quoi. On essayait quand même de dormir pas mal pour pouvoir récupérer un peu. Donc, on n'était pas épuisé. On a quand même passé deux, trois jours à rien faire en arrivant. Mais on a pu enchaîner par la suite assez rapidement sur la deuxième partie, quoi.

Loïc Ça, c'est vraiment fascinant. Chaque fois que j'ai des récits comme ça, je me dis, c'est quand même incroyable parce qu'il n'y a que en partant sur du long comme vous l'avez fait, qu'on peut se rendre compte finalement du fait, exactement ce que tu viens de dire, finalement que c'est accessible et que le corps est capable. Tout est une notion de rythme, de finalement, on a les capacités d'endurance pour faire ce que vous avez fait. Ce qui est quand même incroyable parce que ça, on ne peut pas le toucher du doigt, même tu vois une sortie trail un peu longue, une sortie vélo un peu longue.

Félix L'enchaînement des journées. Et puis, tu parlais de rythme. En fait, c'est ça, on avait vraiment un rythme hyper bien calé. On se levait aux aurores pour démonter le camp et partir dès qu'il faisait jour. On roulait toute la journée. Dès que le soleil se couchait, on s'arrêtait pour acheter à manger pour le soir, le lendemain matin et tout ça. On trouvait un endroit pour dormir, on dormait et on repartait le lendemain. Enfin, tout était hyper rythmé. On savait exactement l'ordre dans lequel on devait faire les choses. Ça s'est mis en place dans les quelques premiers jours, mais à la fin, chacun avait sa tâche en arrivant le soir. Et puis, c'était bien rodé.

Loïc Et ça aussi, je trouve que c'est très agréable. Finalement, quand tu vis ce genre d'aventure un peu longue, quelques semaines. Alors, je ne sais pas, je n'ai jamais vécu ça. Tu vois, des fois, j'ai des gens qui sont partis, qui ont fait l'Alaska, la Patagonie. Ça dure six mois, un an. Je ne sais pas si au bout d'un moment, cette routine, tu t'enlaces. Peut-être que tu essaies de la casser au bout d'un moment, mais là, c'est assez agréable. Mais je sais que sur quelques semaines, j'ai toujours trouvé ça très, finalement, un peu rafraîchissant de revenir à vraiment à l'essentiel. Tu manges, tu dors, tu te déplaces, tu manges, tu dors. Enfin, tu vois, c'est une notion un peu de... De nomadisme. Oui, exactement. De nomadisme et de simplicité, où tu te rends compte qu'en fait, je vis de super journées, je passe de bons moments, je vois de belles choses, en ne faisant rien d'autre que me réveiller, manger, me déplacer, dormir, tu vois.

Félix Oui, ça contraste vachement entre... Tu traverses des pays un peu exotiques, entre guillemets, t'es en dehors de chez toi, et pourtant, t'as ta petite routine qui, tous les jours, est la même.

Loïc Très bien. Donc, vous arrivez dans le village, tu disais, de...

Félix Stéphane Sminda.

Loïc Stéphane Sminda. Alors, celui-ci, je ne le trouve pas sur la carte.

Félix Ce n'est pas immense, c'est une petite ville, je ne sais pas combien d'habitants il y a, mais c'est frontalier avec la Russie. C'est sur la route principale par laquelle passent tous les échanges entre la Russie et la Géorgie. Donc, en fait, c'est un petit village traversé par des centaines de camions chaque jour de tous les pays de la région. Et donc, nous, on a pris cette route pour monter jusqu'à ce village-là, qui est peut-être à 1700 mètres d'altitude.

Loïc Qui était déjà dans la neige à cette altitude.

Félix Oui, en fait, pour y aller depuis la capitale de la Géorgie, qui est de Bélissi, il faut passer un col à 2400 mètres. Et en fait, on a eu pas mal de chance parce que le col était fermé pendant quelques jours, juste avant qu'on y passe. Et donc, normalement, c'est une espèce d'autoroute de camion, enfin, sur une route de montagne, mais sur laquelle il y a énormément de camions qui est réputée un peu dangereuse, la route est défoncée et tout ça. Et nous, on a eu de la chance parce qu'elle était fermée. On est passé dans les premières heures où elle a rouvert. Donc, il n'y avait pas encore la danse de camions qui nous doublait. Donc, on a eu un peu de chance là-dessus. Et donc, après, on arrive à Stéphane Spinda et c'est là qu'on voit pour la première fois le casse-beck, la montagne qu'on voulait gravir vers laquelle on se dirigeait depuis trois semaines.

Loïc Alors, justement, si on peut faire un arrêt sur image là-dessus, même si on n'est qu'en audio, comment, à ce moment-là, j'imagine qu'en préparant l'expédition, vous aviez vu des photos, des vidéos, peut-être des récits de gens qui s'étaient aventurés là-dessus. Mais si tu nous décris ce moment-là où vous posez les yeux dessus pour la première fois, qu'est-ce que vous voyez, qu'est-ce que toi, tu ressens après plus de trois semaines de voyage, les galères pour récupérer vos affaires, deux jours de plus pour arriver sur place ?

Félix Oui, en fait, le village, il est vraiment au pied de cette montagne qui est du coup plus de 3000 mètres au-dessus. Et donc, il faut vraiment lever les yeux loin, loin, loin pour voir le sommet. Elle est vraiment hyper imposante. Elle est juste au-dessus. Et quand on est là, on pourrait presque la toucher. on se dit, ça y est, il ne reste plus rien. Il nous reste deux jours de ski pour monter en haut. Ça y est, on y est. Alors après, dans les faits, on est resté un petit peu dans le village pour faire des sorties à la journée. Avant, on s'acclimait pour ne pas trop subir la montée à 5000. Mais ouais, vraiment, elle paraît vraiment hyper imposante. Ce n'est pas une montagne hyper acérée. C'est un ancien volcan éteint. Donc, le sommet, il est un peu rond, bombé. Ce n'est pas comme, je ne sais pas, toutes les montagnes extrêmes, extrêmement raies et tout ça. mais quand même, elle est... Ouais. C'est un petit dôme de neige avec des falaises rocheuses dessous. OK. Et en fait, la voie par laquelle on monte, elle n'est pas directement visible. On fait une espèce d'escargot autour et on l'attaque par derrière. Donc, la face qu'on voit depuis le village est quand même assez imposante. Donc ouais, c'était un peu un grand moment de la voir pour la première fois devant nous.

Loïc C'est une montagne qui se grimpe régulièrement ? Je veux dire, c'est un lieu de l'alpinisme dans la région ou pas forcément ?

Félix Ouais, c'est assez classique. L'été, il y a quand même pas mal de monde. Ils installent des espèces de camps, il y a beaucoup de tentes et tout ça. À ski, ça se fait quand même beaucoup moins. Enfin, on n'est pas du tout les premiers, mais ça se fait moins, il y a moins de monde. Et puis, d'autant plus à la saison où on y était nous, on était un petit peu avant que la saison de ski commence vraiment. peut-être à peine trop tôt, quand on en parlait aux gens dans le village, ils nous disaient « Ah, vous voulez y aller maintenant ? C'est un peu bizarre. Normalement, c'est plutôt en mai. » Nous, on y était du coup fin mars parce que la météo, je pense, est un peu plus clémente si on attend un peu. Donc, au début, on a un peu hésité. On a resté peut-être une semaine, peut-être quatre jours à Stepansmida à faire des sorties à la journée en attendant, en regardant la météo, en scrutant un peu les... Enfin, comme c'est en altitude, il y a souvent énormément de vent, pas mal de nuages et tout. Donc, on guettait la météo pour trouver un créneau qui irait. Et puis du coup, au bout de... Ouais, ça, de quatre jours, on a décidé, allez, demain, on essaye d'y aller. on verra bien si ça passe avec la météo et tout, mais ça avait l'air jouable. Et donc, on s'est lancé dans... L'ascension, ça se fait en deux jours, en général. Il y a une espèce de refuge mi-chemin qui s'appelle le refuge Bethlémy. Et c'est une ancienne station météo russe. Donc, c'est un espèce de bâtiment hyper austère, très soviétique, quoi. Un grand bâtiment avec plein de pièces toutes pareilles dedans qui sert donc de refuge. Je crois qu'il est gardé l'été. Là, c'était juste une espèce de carcasse de pierre dans laquelle on pouvait dormir. On ne savait pas encore si ça allait être ouvert ou pas, ce bâtiment. Du coup, on avait quand même monté la tente, ce qu'il fallait pour dormir dehors. Et donc, c'était un peu la bonne surprise en arrivant qu'il y avait des... Pas vraiment des lits, mais des planchers sur lesquels on pouvait dormir à l'abri du vent.

Loïc Alors, attends, du coup, si tu dis à mi-chemin, tu disais tout à l'heure qu'en partant du village, vous faisiez une sorte d'escargot et que vous attaquiez par l'arrière.

Félix Oui.

Loïc L'arrière, c'est la Russie, en fait, non ?

Félix Oui, exactement. En fait, la voie normale, elle passe en Russie. Du coup, vous êtes rentré en Russie ? Oui. Alors, il n'y a pas de frontière ni rien. ce n'est pas matérialisé, mais on passait en Russie, oui. C'est assez rigolo, d'ailleurs, parce que sur la trace GPS, tout marche bien. Et puis, dès qu'on passe la frontière en Russie, le signal est brouillé. Ah oui ? Et donc, sur les traces qu'on avait après sur ce travail, tout ça, notre GPS, il part dans des villes un peu aléatoires en Russie où on est promené un peu par le signal GPS complètement ailleurs.

Loïc Incroyable. En fait, je dis ça parce que j'ai la carte sous les yeux et la frontière, encore une fois, les gens nous écoutent et n'auront pas forcément une carte ouverte sous les yeux, mais en fait, à cet endroit-là, si je ne me trompe pas, la frontière passe vraiment au sommet, 5047. Et c'est une avancée de la frontière russe en Georgie. Donc, ce n'est pas une ligne droite. Donc, c'est vraiment une avancée, un bout de territoire. Donc, je trouve ça assez fou qu'ils arrivent à brouiller au moment où tu passes la frontière, le signal dans un endroit qui, tu vois, ce n'est pas le...

Félix Oui, c'est impressionnant.

Loïc Je pense qu'ils arrivent

Félix à dessiner parfaitement leurs frontières avec leur brouillage. C'est... Incroyable. C'est assez étrange.

Loïc Ok. Donc, le refuge non gardé était en Russie. en fait ?

Félix Non, c'était avant qu'on passe la frontière, donc les côtés géorgiens. Et là, j'imagine que vous croisez personne. Eh bien, on s'attendait à croiser personne. Et en fait, il y avait peut-être une dizaine d'autres personnes qui étaient là, en même temps que nous. on s'attendait à être vraiment tout seuls, donc c'était la bonne surprise.

Loïc Dont deux gars qui venaient de Echirol. Ouais.

Félix Non, pas tout à fait. Il y avait des Suisses et des Allemands qui, pareil, le lendemain, pensaient partir pour le sommet. Alors, je crois que tout le monde n'est pas arrivé. Mais du coup, on a fait la plupart de l'ascension avec les Suisses. Ils étaient trois et nous, on était deux. Du coup, on s'est associés un peu. Génial. Ouais.

Loïc Et du coup, côté conditions météo, comment ça s'est passé ?

Félix Eh ben, alors dans les fers, on a eu quand même pas mal de vent. Parce que bon, bien sûr, c'est un peu la seule montagne dans un petit périmètre à ce type-là. Du coup, ça prend tous les vents qui arrivent dans toutes les directions. Peut-être, je ne sais pas, peut-être 50 km heure de vent quand on était en haut. Ce qui n'est pas pire par rapport aux météos qu'on venait regarder les jours d'avant. Des fois, il y avait 100, 120 km heure de vent.

Loïc Oh, wow.

Félix Donc là, c'était pas mal. Il faisait assez beau. Enfin, on est parti dans la nuit, mais il faisait clair dans la nuit. Après, quand on est arrivé au sommet, par contre, c'était un peu bouché. Il y avait le nuage qui commençait à se former au-dessus du sommet. On n'a pas eu la vue depuis le sommet, mais les conditions étaient praticables, disons. Et pour la redescente ? Et la redescente, du coup, on a chaussé les skis pas tout à fait au sommet parce qu'en fait, c'est une espèce de pente qui petit à petit se redresse, redresse, redresse. Et on ne voit jamais le sommet pendant qu'on monte. On s'enroule un peu autour. Donc, quand on est arrivé à peut-être à 100 mètres du sommet, on a dû déchausser les skis parce que c'était trop raide. Puis, il commençait à y avoir des crevasses qu'on devait un peu éviter et tout ça. Donc, on a déchaussé les skis pour remonter une espèce de couloir qui s'est finalement retrouvée être pas le bon qui menait quand même au sommet. Mais en fait, c'était beaucoup plus difficile qu'il fallait continuer un petit peu. Il y avait un autre passage beaucoup plus facile. On a pataugé un peu dans ce couloir-là. On est arrivé en haut. On est redescendu dans le couloir dans lequel on était monté. Et de là, on a chaussé les skis. Donc, peut-être à 100 mètres du sommet. Et on a refait le même itinéraire en sens inverse. Donc, c'est quand même toute la partie finale, c'est glaciaire. Donc, il fallait faire un peu gaffe à éviter les crevasses visibles ou non. Et comme c'est hyper venté, souvent, il y a un peu des ponts de neige, des choses comme ça. La neige, elle est un peu sculptée. Et puis là-haut, il n'y a pas forcément les secours et le réseau qu'on a en France. Donc, on faisait un peu gaffe où on mettait les pieds.

Loïc Surtout si la moitié de la montagne est supposée être couverte par les secours russes. J'imagine que c'est un peu délicat si t'arrives quelque chose à 5 mètres du mauvais côté de la frontière. Ouais, c'est ça. Il faut bien choisir

Félix là où on a un problème. C'est ça.

Loïc D'ailleurs, ça m'amène à une question que j'ai souvent en préparant l'épisode. Je regardais un peu, cherchais un peu en ligne. Comment tu fais pour te renseigner ? Parce que là, tu disais que vous êtes tombé sur une dizaine d'autres personnes. Je ne sais pas si c'est un problème. Moi, ça me paraît complètement fou. Ah ouais, on ne s'y attendait pas du tout. C'est dingue. Comment est-ce que vous étiez renseigné ? Où est-ce que vous aviez trouvé des infos ? Est-ce que c'était vraiment documenté ? Tu vois, les voies d'accès ? Tu parles de crevasse. Il faut quand même faire gaffe. Est-ce qu'il y avait tout ce qu'il fallait en ligne

Félix pour partir ce rein ? Ce que je disais, c'est un itinéraire qui est quand même l'été assez couru. Sur Camp to Camp, il y a un topo de cette voie-là. C'est assez documenté. On avait aussi un copain qui avait essayé d'y aller il y a peut-être 5 ans, en hiver aussi. Lui plutôt à pied, plutôt dans la saison. Il n'y avait pas encore de neige, il était plutôt en glace. Lui, il avait fait demi-tour avant le sommet. Du coup, j'avais échangé avec lui pour avoir des informations un peu sur à quoi ça ressemblait en hiver. Et puis après, dans le village au pied, c'était pas de pina, il y a plusieurs agences un peu de guides. Alors du coup, la période où on y était, c'était la plupart fermé. Mais en appelant un peu des numéros et tout, on avait réussi à avoir un peu des informations. Mais ce qui ressortait, c'était globalement le danger principal, c'est les crevasses dans la partie finale. C'est vraiment un glacier, donc il y a des grands serraques, des crevasses qui coupent un peu la face. Donc il faut bien zigzaguer. On était encordés sur toute la partie finale.

Loïc Ouais. Et vous étiez tous les deux à l'aise sur les manips à faire si jamais il y en a un qui...

Félix Ouais, on avait une à l'aise là-dessus puis on avait révisé les quelques jours d'avant pour les sauvetages en crevassous pour être pas dépendants de secours extérieur. Enfin, le moins possible en tout cas.

Loïc C'est vraiment un hiver que je connais très mal et qui me fait peur. Tu vois, la montagne, la haute montagne en hiver, la lecture de la neige et tout, je suis... Enfin, ouais. Ouais, parce qu'il faut

Félix se méfier mais après, on arrive à élucider. En regardant bien, on voit des choses.

Loïc Très bien. Et du coup, tu disais que pas tout le monde est allé au sommet dans la dizaine de personnes que vous aviez vues. C'était quoi les motifs d'abandon ?

Félix Enfin, de retour ? Je crois que c'était parmi les Allemands où dans le groupe, ils n'étaient pas tous dans la même forme physique. Ok, d'accord. Donc, il y en a qui se sont arrêtés un peu avant.

Loïc Donc, ce n'était pas des sujets de météo ou justement de crevasses ?

Félix Du coup, comme ils allaient un peu moins vite, ils allaient être plus tard en haut avec potentiellement plus de nuages, de vent et de... Enfin, la météo pouvait un peu se dégrader. C'est toujours un espèce d'ensemble de conditions qui font que... Je crois que leur groupe s'est séparé en deux et puis, il y en a une partie qui est allée au sommet et l'autre non.

Loïc Incroyable. En tout cas, ça fait rêver. Une destination lointaine un peu exotique, une montagne relativement peu touristique quand même, même si vous y avez trouvé des infos. C'est toujours fascinant. Pour ceux et ceux qui aiment bien les cartes, moi, c'est mon cas, ça me fait toujours rêver ce genre d'aventure parce que je regarde l'école et je s'imaginais par où tu passes ? Il n'y a rien autour.

Félix C'est incroyable. Oui, c'est sûr. Et puis, cette montagne-là, il y avait pas mal d'informations. Mais les jours d'avant, quand on faisait des petites sorties pour s'acclimater, c'est incroyable parce que c'est un massif un peu infini avec une ville au milieu de plein, plein, plein, plein de montagnes et pour le coup, là, il y a assez peu d'informations sur tout ce qui est autour et donc, on regardait la carte et on disait si demain, on allait là et on ne trouvait aucune info, on allait voir et des fois, ça marchait, des fois, ça ne marchait pas. C'est assez... Cette sensation, c'était assez grisant de... Voilà, de... l'impression de découvrir un peu une chaîne de montagne du tout aménagée, quoi.

Loïc Ouais. Ouais, c'est sûr que ça ne peut pas être la même expérience qu'aller grimper autour de Chamonix ou... Ouais, c'est sûr.

Félix On croise personne.

Loïc Ouvert et ouvert, ouais.

Félix On a fait plusieurs fois après le sommet d'aller planter la tente au fond d'une vallée pour deux, trois jours. Comme ça, on rentabilisait l'approche et puis après, on avait fait plusieurs choses en étoiles autour, quoi. On faisait des petits camps avancés.

Loïc Une fois que le sommet a été fait, ce n'était pas la fin de l'aventure, vous êtes en fait resté quasiment jusqu'à ce que terminé, c'est ça ?

Félix C'est ça, ouais. Donc, on est... Une fois qu'on arrive en Géorgie, on a mis peut-être une semaine et demie ou deux semaines à faire le sommet et donc, il nous restait un peu plus d'un mois sur place qu'on a utilisé pour... Mais à profit, pour faire pas mal de skis autour de la région du Casbeck et puis, il y a une autre région aussi qui est assez connue pour le ski, c'est plus au nord-ouest, autour de Mestia, si tu as la carte ouverte. Et donc, là, pareil, c'est... Il y a encore des milliers de vallées, j'ai pas envie de dire inexplorées parce que je pense que c'est faux, mais t'as l'impression d'être le premier à mettre le pas dedans. Donc, on a écumé ce qu'on pouvait de ces vallées-là jusqu'à ce que, voilà, la saison du ski s'étiole un petit peu et puis après, on a profité pour faire un peu du tourisme en Géorgie avant de rentrer.

Loïc Fabuleux. Du coup, alors, je suis désolé, j'ai même pas le nom. Tout ce que je vois sur la carte au pied du mont Casbeck, c'est une ville qui s'appelle Casbegy, Casbegy ?

Félix Ouais, c'est l'autre nom de... Enfin, c'est le nom un peu russe de Stepan Spinda.

Loïc Ah, d'accord, ok. Donc, vous étiez là. Ok, du coup, je vois sur la carte. Pour faire, du coup, Casbegy ou Casbegy, Mestia, c'était en vélo, là ?

Félix Alors, on est retourné jusqu'à Tbilisi en vélo avec nos skis sur les vélos et tout ça. Et là, on a laissé nos vélos à la famille d'Américains chez qui on était, qui était super sympa. Et en fait, après le sommet, il y a un troisième copain qui nous a rejoint, qui lui est venu en train. Et donc, de là, lui, il n'avait pas de vélo, donc on a laissé les vélos là et on se déplaçait en bus ou en train. Il y a pas mal d'espèces de petits minibus qui sillonnent la Géorgie.

Loïc Et le coin de Mestia, parce qu'à l'inverse des environs du Casbeg, j'ai l'impression qu'il n'y a pas de route qui part de Mestia et qui traverse la frontière.

Félix Est-ce que... Ouais, en fait, c'est une espèce de cul-de-sac, quoi. C'est une ville qui est tout au fond d'une longue vallée. Il y avait, je ne sais plus, huit ou neuf heures de minibus depuis la grande ville la plus proche. Et puis, en fait, là, c'est un peu la ville où les gens viennent faire de la montagne. C'était Ben Smidal, il y a quelques personnes qui viennent faire le Casbeg et Mestia, les quelques touristes qui viennent faire de la montagne en Géorgie. Ils atterrivent souvent à Mestia.

Loïc Il y a bien plus une sensation de bout du monde, du coup, non ? Ouais, ouais. T'es vraiment

Félix au fin fond d'une vallée et après, on est même allé encore plus loin. Il y a un village qui s'appelle Oujgouli où là, t'as l'impression de retourner au Moyen-Âge. C'est une espèce de tour médiéval érigée de partout, des maisons en pierre avec des vaches qui marchent dans les... C'est pas des rues, en fait, c'est des petits chemins qui se promènent dans le village. Et puis, de là, pareil, on a fait une ou deux fois des espèces de camps de base où on avançait avec la tente, on se posait et puis on allait faire des sommets autour. Ça fait vraiment une impression de bout du monde, comme tu disais, t'as l'impression d'être le premier humain à fouler certains endroits. Ce qui, je pense, est faux.

Loïc Ça fait vraiment rêver, en tout cas, ça donne envie d'aller explorer ces coins-là. Ça a été quoi, toi, en tout cas, c'est quoi aujourd'hui tes plus beaux souvenirs de cette partie-là du voyage, que ce soit l'ascension en tant que telle et tout ce qui a suivi derrière, les petites randos, les itinérances en étoile, etc.

Félix Le moment où on est arrivé au sommet quand même du casse-bec, c'était un moment fort.

Loïc On en a parlé rapidement, mais quand même.

Félix On n'est pas resté hyper longtemps parce qu'il faisait super froid, on avait le visage, tous les sourcils gelés. Mais ouais, c'était quand même un beau moment d'arriver là-haut après quasiment un mois à avancer vers cet objectif. C'était un beau moment. Et puis après, j'ai beaucoup aimé autour de mes styles rencontrer un peu des gens qui vivent dans un monde parallèle ou dans un temps parallèle. Ça aussi, ça va te faire reconsidérer ton quotidien. Ah ouais, carrément. T'es à mille lieux de nos petits quotidiens d'ingénieurs bien rengeux. Carrément. Et puis, les montagnes là-bas, ça paraît infini. Il y a des sommets à 5000 de partout, des faces immenses. Ça donne très envie de revenir et d'y retourner, de continuer à sillonner un maximum.

Loïc Tu penses que tu y retourneras d'ailleurs ?

Félix J'aimerais bien, oui.

Loïc À vélo, à nouveau. Pourquoi pas, par un autre chemin peut-être ? On remarque, c'est vrai qu'il y a le train, mais tu veux nous en parler du train, mais c'est sûr que s'il faut replanifier à chaque fois trois semaines, c'est minimum pour s'y rendre. C'est tout de suite plus complexe. Mais d'ailleurs, par rapport à ce point, puisque c'était, si je reviens à la genèse de tout ça, ce qui vous a poussé à prendre le départ à vélo, c'était le fait de vivre une expédition différemment, de ne pas prendre l'avion avec deux tonnes de matos, arriver sur place, faire votre sommet, rentrer en avion. Ça a été quoi les prises de conscience par rapport à ces convictions initiales ? Est-ce que tu es convaincu ? Est-ce que finalement tu as trouvé, je te pose la question à toi parce qu'Alexandre n'est pas là, mais est-ce que tu as trouvé ce que tu espérais dans ce type d'aventure ? Est-ce que tu étais allé chercher quelque part ?

Félix Ouais, moi je pense que oui. Ça donne un peu une autre saveur à ce que tu fais sur place. J'imagine que tu peux être beaucoup plus facilement déçu de ce que tu fais quand tu vas et tu as un plan très précis en tête que ça ne marche pas parce que des conditions météo ou d'enneigement ou je ne sais quoi. Là, déjà rien que le trajet, c'était une aventure folle. Il se trouve que ça a marché ce qu'on voulait faire sur place. Donc, c'est encore mieux. Mais ouais, je pense que le sommet qu'on a fait, ce n'est pas quelque chose qui n'a jamais été fait. On n'a pas révolutionné le monde de la montagne. Mais le fait d'y être allé comme ça, ça donne un caractère un peu particulier. voilà, on n'a pas besoin d'être des pionniers de l'alpinisme pour aller faire un truc cool. Et ouais, ça, c'était un peu satisfaisant.

Loïc Là, encore une fois, ça fait vraiment du bien d'entendre ça parce que, en fait, je trouve que c'est très facile. Tu me diras ce que tu en penses, mais tu vois, aujourd'hui, où tout le monde est connecté, où on a tous accès à l'information très facilement, où il y a cette espèce aussi. En tout cas, moi, je pense, c'est ma conviction d'espèce de course toujours plus aux premières, tu vois, toujours plus long, toujours plus extrême, toujours plus, parfois même un peu farfelu, tu vois, des gens qui te disent « Ah, mais je suis le premier à avoir fait, tu vois, j'en sais rien. » Ouais, l'Evrest a une jambe

Félix en mon cycle, ouais, carrément, toujours un truc un peu différent. Là, c'était un peu le but aussi de montrer que, voilà, on n'a pas besoin d'être une personnalité publique pour aller faire des trucs cools. Exactement. On a eu quand même quelques aides de deux, trois marques, mais enfin, on n'a pas fait un documentaire Netflix, on n'a pas, enfin, je ne sais pas, on n'a pas un budget illimité, on est des gens entre guillemets normaux, quoi, enfin, on avait un métier et on s'est dit qu'on se libère un peu de temps pour aller faire une expédition. Je ne vais pas vous dire c'est à la portée de tout le monde, mais on peut avoir une vision de l'aventure qui nous permet de faire des trucs même si on n'est pas, qu'il y a une journée, quoi.

Loïc Et c'est ça, je trouve, qui est très intéressant à entendre. Tu vois, ça me fait penser à une auditrice du podcast, Anne, qui était, il y a deux ans, j'avais fait une série de visio, d'événements live en ligne où il y a des auditeurs, des auditrices du podcast qui venaient partager leurs aventures et donc on a des gens qui étaient partis traverser l'Islande en ski et Anne était venue nous parler, on a eu la, avant Anne, il y avait eu la fille de Mike Horn qui était partie le rejoindre à vélo, enfin vélo-bateau parce qu'il était, Mike était en Islande et donc elle était partie de Suisse jusqu'aux Pays-Bas à vélo puis après bateau, etc. Donc c'était super et il y a Anne qui était venue nous parler de son trip en solo au Kyrgyzstan et en fait j'avais eu toute cette, je ne sais pas si c'est lié à la région ou à la manière dont Anne et toi vous partagez ces expériences avec beaucoup d'humilité mais je trouve que ça fait vraiment du bien entendre parce qu'encore une fois ça montre que finalement oui, les destinations connues tu vois, l'Everest, dans une certaine manière tu vois, les Alpes en France, etc. c'est vu, revu la course, ce que je disais un peu plus tôt, tu vois, la course aux extrêmes, aux nouvelles premiers, etc. Mais en fait, il y a un terrain de jeu qui est absolument infini. Oui, bien sûr. Et puis même sans aller

Félix aussi loin, sans avoir trois mois devant soi, on peut faire des trucs super chouettes autour de chez soi, dans l'Irlande, en France ou dans la Loire, je ne sais pas, il y a partout des aventures à imaginer sans être dans la course forcément ou toujours plus.

Loïc Oui, c'est ça.

Félix Et qu'il reste des zones

Loïc tu vois, à explorer.

Félix Bien sûr, il y a des trucs super de partout, c'est ça, pas besoin d'aller dans les endroits hyper médiatisés où on a vu les idoles aller. C'est ça. Donc,

Loïc si vous nous écoutez, allez à Mestia, au fond de la vallée en Géorgie. C'est vraiment, franchement, merci beaucoup pour ce partage, ça donne plein d'idées. Mais l'aventure n'était pas encore finie après Mestia puisqu'il y avait le retour en train. Oui. Donc, j'ose même pas imaginer, c'est déjà galère. Moi, j'ai voyagé avec mon vélo dans les trains uniquement en France et en Suisse et c'était déjà des périples en soi à chaque fois. Donc, j'ose même pas imaginer Géorgie-Lyon avec le matos. Parce que vous avez, dans le train, vous aviez les vélos et le tout le matos d'Alpi Ski et tout ou vous avez renvoyé partir en avion ?

Félix On n'a pas refait de colis au retour parce que du coup, on a compris que ça ne marchait pas très bien. Et du coup, voilà, moi, j'ai revendu mes skis quand même là-bas et mes chaussures à un magasin de location. Du coup, je n'avais pas mes skis mais Alexandre avait encore les siens et on avait chacun notre vélo plus deux sacs à dos chacun. Et de quoi, ça a été un peu plein de péripéties. Déjà, pour retourner en Turquie, il n'y avait pas vraiment de train. Donc, on a on a encore fait une entorse, on a loué une voiture pour aller jusqu'à la frontière turque. On a fait un aller-retour pour poser toutes nos affaires. Moi, je suis resté avec les affaires pendant qu'Alexandre et Lucas sont retournés à Belissi, on prit les vélos et on roulait jusqu'à la frontière turque en vélo. Donc, ça, c'était pareil, encore une étape de 200 et quelques. Donc, de là, on est arrivé à Kars qui est une ville qui est tout à l'est de la Turquie. Donc, plus sur la côte, là, on est plus dans les terres. Et il y a un train super cool qui s'appelle le Dogu Express et qui traverse toute la Turquie de Kars, donc de l'extrême Est jusqu'à Ankara en, je ne sais plus, une trentaine d'heures. Ça fait un peu les ambiances de Ant-Express, quoi, où c'est un train, où il y a un restaurant, tu vas manger dans le train, après tu dors. C'était super cool. Donc, je ne sais plus, c'était une journée, une nuit et une journée, quoi. Ensuite, le retour, voilà, on n'était pas extrêmement pressé. Du coup, on s'est arrêté deux jours à Ankara. Ensuite, après, on a pris un train jusqu'à Istanbul. On s'est arrêté trois jours à Istanbul. Et en fait, tout le long, j'ai oublié de préciser, mais on avait du coup acheté des espèces de bâches et des sangles et tout et on s'est fait une espèce de housse à vélo improvisée. On les a empaquetés avec un peu de la mousse et des trucs pour pas qu'ils soient trop abîmés pendant le trajet. Mais donc, on se voit, on a fait un système pour pouvoir le porter un peu à l'épaule, quoi. En plus de nos deux sacs et de nos skis à la main. Chaque main, chaque épaule était utilisée. On cherchait à chaque fois des auberges de jeunesse ou des austèles et tout comme ça, le plus proche possible des gares. On ne cherchait pas à aller trop loin. C'était vraiment le plus proche possible de la gare à chaque fois. Après, d'Istanbul, on a encore pris un train de nuit jusqu'à Sofia. Et de là, on a trouvé un bus qui fait Sofia-Lyon. Mais non. C'est un même bus qui fait Sofia-Madrid. Mais on s'est arrêté à Lyon. Et donc ça, c'était pas mal. Ça nous a sauvé quelques correspondances.

Loïc Sofia-Lyon.

Félix Ouais. Alors évidemment, il nous a regardé un petit peu bizarrement quand on est arrivé avec tous nos bagages. Mais en négociant un petit peu avec un peu d'argent, c'est passé. Waouh. OK. Et donc là, pareil, c'était, je ne sais plus, 35 heures de bus, peut-être, un truc comme ça. Donc, on fait deux nuits et une journée dans le bus.

Loïc Donc, c'est une ligne régulière, ça, Sofia-Madrid ? Ouais. Incroyable. Bon,

Félix alors régulière, peut-être pas tous les jours, mais si ça vous intéresse, la compagnie s'appelle Union Ifconi. Et ouais, ils ont des lignes un peu partout parce que je pense qu'il va y avoir une espèce de diaspora bulgare qui va travailler peut-être dans les pays d'Europe de l'Ouest. Et donc, il y a des bus qui traversent l'Europe pour aller en Bulgarie.

Loïc Incroyable. Ok. Et finalement,

Félix tout s'est bien passé, même avec tout notre barda. On avait un peu peur en partant. On s'est dit, c'est sûr qu'il va nous manquer des choses en arrivant. Et en fait, on a réussi à tout ramener à la maison.

Loïc Quelle aventure ! Ouais. In fine, les trois mois, c'est rentré en trois mois. C'était très intéressant ce que tu partageais sur l'impact que ça a eu sur toi, ta vision du voyage des expéditions. Tu penses que, enfin, est-ce que ça t'a déjà inspiré d'autres aventures ? Alors, avec Alexandre ou en solo, je ne sais pas, dans ce format-là ? Ouais,

Félix ça donne super envie de repartir sur des trucs un peu long comme ça. Alors, on ne peut pas le faire en continu, malheureusement. Il faut bien travailler un peu des fois, mais ouais, j'aimerais beaucoup repartir. Alors, je ne sais pas, je n'ai pas encore étudié. La Turquie, c'était vraiment, j'ai beaucoup, beaucoup aimé. L'accueil des gens et même le pays a l'air super chouette. Je retournerai bien en Turquie un jour faire du vélo ou sinon au Maroc. Tout ça, ça me fait envie. On verra la prochaine aventure. Avec Alexandre, on s'est inscrit l'année prochaine à la Race Cross France. Enfin, on va s'inscrire.

Loïc Ok.

Félix Je ne sais pas si tu connais, ça c'est une course de 2500 kilomètres à travers la France pour mettre en pratique notre expérience de vélo. Trop bien.

Loïc Je connais bien, j'avais eu Arnaud sur le podcast. On travaillait ensemble chez Apple à l'époque où on était tous les deux chez Apple. Ok, la Race, donc la 2005, c'est quoi ? Ça a changé plusieurs fois la trace. Maintenant, c'est quoi ? C'est Nord-Sud, Sud-Nord ? Je ne sais pas s'il ne se change pas tous les ans.

Félix Je ne sais plus. Mais je crois que l'année prochaine, ça part, je vais sûrement dire n'importe quoi, mais je crois que ça part du Sud-Ouest. Il y a une petite partie dans les Pyrénées. Après, on remonte dans le centre et j'ai l'impression que ça finit tout le temps dans le Sud-Est vers Mont-de-Lieu, la Napoule. Oui,

Loïc Mont-de-Lieu, oui, ok. Je n'ai pas étudié encore précisément. Vous le ferez avec les skis sur les vélos ou pas ? Oui.

Félix Déguisé en géorgien. C'est ça.

Loïc Excellent. Écoute, un immense merci, Félix, pour ce fabuleux partage. Merci beaucoup à toi pour l'accueil. Ça m'a vraiment des étoiles dans les yeux et m'a donné envie de partir explorer d'autres pays accessibles autrement qu'en avion. Si toi, tu avais un mot de la fin pour conclure, tu as déjà partagé plein de choses, mais est-ce qu'il y a quelque chose en particulier que tu voudrais souligner

Félix pour terminer cet épisode ? Eh bien, peut-être un message sur la prochaine fois que vous voulez faire un truc, un voyage ou une grande expédition, considérer peut-être autre chose que partir à l'autre bout du monde en avion. Il y a plein de choses super belles moins loin que ça à explorer.

Loïc Merci énormément, Félix. Merci pour ce récit. Et puis, écoute, je te dis à la prochaine fois pour soit que tu nous racontes la race à Cross France, soit que tu nous parles du nouveau voyage, de la nouvelle aventure que tu auras monté. Eh bien, super. La prochaine fois, je vous reverrai Alexandre. Ouais, voilà, c'est ça, on a le terme.

Félix Merci Félix. Très bien, merci à toi. À bientôt. À bientôt. Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada

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