Martin Les Frappés de la dérive Celui qui s'occupait des dérives était à 1,52 m. Quand il a fait tomber la dérive avant de virer de bord, le boot s'est enroulé autour de sa jambe. J'ai jeté la caméra à l'intérieur, j'ai sauté sur le boot, j'ai tiré d'un sens. Un autre gars qui était derrière a tiré de l'autre côté pour qu'on sorte sa jambe. J'ai cru que sa jambe allait se découper en deux sous mes yeux.
Loïc Salut Martin, bienvenue sur le podcast. Salut Loïc, merci. Très très content de t'accueillir aujourd'hui. Un grand merci d'ailleurs à Maxime, puisque c'est lui qui nous a mis en relation. Donc décidément, il en aura fait venir du monde sur le podcast. On le salue bien de l'autre côté de l'Atlantique. Écoute Martin, très content de te recevoir aujourd'hui pour que tu nous partages un petit peu ton parcours. Plutôt dans l'univers sportif pour le coup, on a eu des entrepreneurs récemment. Et notamment dans le domaine de la voile. Donc sans trop faire de spoil, je te laisse peut-être nous expliquer ce que tu fais aujourd'hui. Quel est ton métier passion ?
Martin Alors moi, je fais un métier qui est un petit peu nouveau, qui est sorti en fait il y a une dizaine d'années. Ce métier s'appelle le métier de Mediaman ou reporter embarqué. C'est vraiment un terme qui est assez nouveau. Et ce métier consiste en fait à participer aux courses au large sur les bateaux de course, d'être embarqué, immergé avec l'équipage et de photographier, filmer, raconter l'histoire de l'intérieur en fait. Et aujourd'hui, avec les moyens de communication actuels, on arrive à envoyer tous les jours par satellite, les vidéos, les photos, les écrits qu'on fait à la terre ferme, pour que le spectateur puisse vivre vraiment en immersion les courses, que ce soit des courses transatlantiques ou même des tours du monde.
Loïc Excellent ! Et donc tu disais que ça fait une dizaine d'années que ce métier est apparu. C'est quoi ? C'est l'évolution technologique qui a permis ça ?
Martin Je pense que forcément il y a plus de courses depuis une dizaine d'années, il y a plus de sponsoring, il y a plus de supports, les bateaux sont de plus en plus diversifiés, des monocoques, des multicoques, avec récemment l'apparition des bateaux à foil. Et forcément toutes ces courses-là, le spectateur lambda s'y intéresse de plus en plus, et ils veulent de plus en plus forcément suivre ces courses-là et avoir des images. Et on s'est rendu compte que ce soit des courses en solitaire comme le Vendée Globe, on a très peu d'images parce que le skipper a très peu de temps pour se filmer ou raconter des images avec des moyens qui sont un peu plus entre guillemets low cost ou plus simples, avec un simple téléphone ou une simple caméra embarquée. Et du coup sur les courses en équipage, ce métier-là est vraiment arrivé en fait sur la Volvo Ocean Race, sur une édition il y a dix ans, en 2008 si je ne me trompe pas. Et donc chaque équipage, donc c'est un équipage de dix personnes en moyenne, ils intégraient une personne qui était vraiment dédiée aux médias. Donc cette personne-là devait photographier, filmer, comme je l'ai dit, et n'avait pas du tout le droit d'intégrer la performance du bateau. Il n'avait pas le droit de barrer, pas le droit de régler les voiles. Il était là vraiment que pour filmer, c'était un vrai journaliste. Et forcément pendant cette édition, les retombées médias ont été importantes, l'histoire a été importante parce que tous les jours il y avait une histoire sur chaque bateau, il y avait une dizaine de bateaux. Et du coup petit à petit, d'année en année, tous les événements ont un peu copié ce modèle médiatique. Et aujourd'hui, même en France, on a des courses avec des médias-mains embarqués sur les bateaux. Et voilà, c'est devenu mon métier, ça fait dix ans que je fais ça. Et comme tu dis, c'est un métier passion, c'est vraiment fabuleux.
Loïc C'est intéressant la précision sur le fait que tu n'as pas le droit d'être intégré à la performance de l'équipage. J'allais te poser la question justement, donc c'est cool que tu l'évoques. Comment tu gères ça du coup ? Parce que j'imagine que tu as quand même un minimum de connaissances sur l'univers de la voile. Et comment tu gères, peut-être pour faire un petit arrêt là-dessus, le fait d'être intégré à l'équipage sur des bateaux où il n'y a pas non plus énormément de confort et de place pour se déplacer ? Comment est-ce que tu fais pour ne pas te retrouver au milieu, faire en sorte d'être oublié, mais en même temps d'être parfaitement intégré à l'équipage ?
Martin C'est sûr que ça peut être un peu frustrant parce que moi, je fais de la voile depuis tout jeune. Et j'ai commencé à faire ce métier-là parce que j'étais marin aussi. Donc la première course que j'ai faite, c'était un tour d'Europe en multicoque pendant un mois. Et j'étais équipier média, mais j'étais aussi équipier d'avant. Je m'occupais de faire tous les changements de voile à l'avant du bateau. Et donc au début, je découvrais ce métier-là, mais j'avais aussi un vrai travail d'équipier à côté, comme n'importe quel marin. Et après, du coup, quand j'ai réussi à obtenir un poste sur la Volvo Ocean Race, donc sur ce fameux tour du monde en équipage qui était pour moi le Graal, qui était vraiment la quête. C'était mon objectif de vie et professionnel pendant des années. Donc j'ai réussi à intégrer un équipage sur l'édition 2017-2018. Et là, forcément, ça reste un peu frustrant de voir tous ces hommes et ces femmes qui manœuvrent pendant des jours, des semaines, des mois. La course dure 9 mois, donc c'est très intense. Et moi, je suis à côté avec ma caméra, un peu tout seul, à aller regarder faire, à aller regarder souffrir, à être fatigué. Alors moi, j'ai plus un rythme de vie qui est plus... T'es rien, j'ai envie de dire, avec un rythme de sommeil qui est différent. J'ai pas forcément d'écart. Je peux manger quand je veux. Je peux dormir quand je veux. Et forcément, c'est un peu dur à comprendre dès le début. Mais après, j'ai ce rôle à jouer à bord et mon emploi du temps reste très, très rempli avec beaucoup... Un gros cahier des charges au niveau médiatique, avec des lives organisés, des conférences. J'ai aussi les montages vidéo à réaliser à bord. Les envois aussi par satellite, ça se fait pas à la seconde. On a pas de fibres à bord. Ça peut mettre jusqu'à 40 minutes, 45 minutes pour envoyer un simple fichier vidéo. Donc, tout ça demande du temps. Et donc, au final, j'ai pas le temps de m'ennuyer. Après, c'est sûr que tout mon background de marin, ça m'aide vraiment à me déplacer sur un bateau, à rester en sécurité, pas me mettre en danger, pas mettre en danger l'équipe aussi, parce qu'eux, ils ont le bateau à faire fonctionner. Ils doivent pas s'occuper de moi. Forcément, ils ont toujours un oeil sur les autres quand on navigue. Mais si j'ai été embauché sur ce bateau-là, c'est qu'ils ont pleinement confiance dans mes capacités de marin et qu'ils savent que je connais la mer, je connais le support sur lequel je vais naviguer, que je reste humble aussi. L'humilité, c'est une grande valeur pour être marin et pour faire ce métier-là. Donc, voilà, tous ces aspects-là font qu'on arrive à évoluer et à travailler de ce métier-là aujourd'hui, je pense.
Loïc C'est intéressant. C'est plus, finalement, j'ai l'impression que c'est plus que juste la capture de la vie à bord. Si tu dis que t'animes aussi des lives, t'organises des points avec la presse, etc. T'es quelque part, t'es même un community manager embarqué, en fait.
Martin Ouais, c'est à peu près ça. Enfin, c'est vrai que je n'avais pas vraiment réalisé jusqu'à ce que tu me le dises, mais ouais, t'es obligé de regrouper pas mal de capacités et d'expériences dans pas mal de domaines. Parce que oui, il y a un journaliste qui va m'appeler pour que j'aille chercher le skipper pour organiser un live avec la radio. Ça peut être pareil pour de la vidéo. Donc tout ça, ça se fait pas comme aujourd'hui toi et moi, appuyer sur un bouton, m'asseoir dans un canapé avec le wifi. Tout est simple. Il faut que je calcule à peu près des choses avec le satellite. Est-ce que ça va être possible avec la vitesse du bateau, l'état de la mer ? Est-ce que les systèmes d'antennes à bord sont toujours fiables pour pouvoir faire ça en direct ? Si c'est pas possible en direct, je vais enregistrer à ce moment-là avec le skipper et après pour envoyer tout ça aux journalistes. Voilà, il y a plein de domaines et c'est sûr qu'il faut être à fond dans pas mal de domaines et surtout sur un support dans un bateau où c'est humide, ça bouge. Il peut faire froid, il peut faire très chaud. Donc ouais, non, c'est sûr que c'est un petit peu... Ce travail fait rêver parce qu'on voyage autour de la planète dans des endroits magnifiques, mais il y a beaucoup de contraintes techniques, matérielles, climatiques. Et c'est pas les images au coucher du soleil sur la mer plate sous 25 degrés tous les jours. C'est pas tous les jours comme ça.
Loïc Ouais, j'ai en tête une vidéo, je la mettrai en description de l'épisode, mais je crois que c'était une vidéo de présentation de la Volvo Ocean Race qui s'appelait Another Day at the Office ou quelque chose comme ça. Ouais, exactement. Tu la vois, c'est là ? Très bien, je la vois bien. Mais d'ailleurs, c'est parce qu'elle est pas toute jeune cette vidéo, donc est-ce que c'est une vidéo qui a été faite pour l'édition, il y a eu pour la première fois des Mediamans ?
Martin Non, non, cette vidéo a été réalisée je crois en 2012-2013 à peu près. Ok. Il y a une édition, justement en fait c'était pour vraiment recruter ces Mediamans pour l'édition 2014-2015. Et moi j'avais justement postulé pour la petite histoire, j'avais postulé à cette édition-là. J'avais été retenu comme remplaçant, mais j'avais pas encore assez d'expérience journalistique pour participer. J'étais encore très jeune à l'époque, donc c'était pas plus mal. Par contre, l'édition après, en 2017, j'ai tout mis en œuvre pour avoir mes chances et être sélectionné.
Loïc Waouh, ça fait rêver. Ça fait rêver. C'est vrai que cette vidéo, pour quelqu'un qui est, enfin pour un voileux qui en plus est intéressé par tout l'aspect média, j'imagine que cette vidéo, elle a dû faire beaucoup parler parce que pour la décrire très brièvement, on voit, pour le coup, on voit vraiment la vie à bord quoi, l'autre côté, enfin le revers de la médaille, tu vois, de ces grandes courses qui font parfois rêver. Mais vous, comme tu dis, c'est pas tout le temps calme-up, enfin calme-up là, heureusement non, mais c'est pas des conditions idéales de façon systématique. Et je crois qu'il y a un équipier à un moment donné qui se prend la baume en pleine tête, qui perd les dents. Enfin, ça met un petit peu dans l'ambiance quand même.
Martin Ouais, ouais, c'est ça. Tous les jours, on a... En fait, quand on fait un reportage à terre, c'est à peu près... On peut connaître vraiment la météo, on a la caméra qui est à côté de nous, tout est chargé. Mais en mer, tout est plus difficile. C'est déjà plus difficile de vivre, de s'alimenter, de dormir et donc gérer. Donc, gérer un outil comme une caméra qui est un outil assez fragile avec plein de boutons, l'humidité, changer les cartes, les batteries, faire du montage sur l'ordinateur. Il y a des jours où je pouvais même pas ouvrir l'ordinateur tellement ça bougeait dans le bateau et j'arrivais pas à écrire un email, j'arrivais même pas à lire sur l'écran tellement c'était violent. Et voilà, sur une course de cette amplitude, on peut pas se permettre de casser le matériel dès le début. Donc, faut savoir gérer tout ça et pas prendre trop de risques. Mais en même temps, cette course qui est la course mythique autour du monde en équipage, il faut raconter l'histoire, il faut capturer ces moments-là. Donc, faut savoir bien trouver la balance entre la prise de risque et la sécurité pour pouvoir vivre et raconter cette course-là pendant 9 mois. Donc, c'est pas simple. Mais non, c'est sûr que ça reste un rêve et pour moi, ça reste une super expérience.
Loïc Alors, justement, sur l'aspect technique, moi j'ai deux questions. La première peut-être déjà, comment tu fais, enfin qu'est-ce que ça représente pour toi en termes d'organisation ? Si on rentre un peu dans le détail et tu pars avec, je sais pas combien, par exemple sur l'Ocean Race, avec combien de kilos d'équipement ou est-ce qu'il y a du matos vraiment vraiment spécifique ? Tu parlais de l'humidité, j'imagine qu'entre l'humidité et le sel, il n'y a peut-être pas pire combinaison pour du matos électronique. Et la deuxième, c'est techniquement, comment est-ce que tu t'es formé ? Parce que ça a l'air, quand on parle, ça a l'air, c'est pas aussi simple que ça, entre la gestion des satellites, tous les logiciels à maîtriser, etc. Je suppose que tu as aussi un background pas que de voile.
Martin Moi, j'ai fait des études de cinéma après mon baccalauréat.
Loïc Ah, ok.
Martin J'étais vraiment passionné par l'image, par l'image avant tout. Donc j'ai fait des études de cinéma pendant trois ans où là, j'ai vraiment compris la rigueur de ce métier-là, la rigueur de l'outil de la caméra, donc tout ce qui était réglage, prendre soin du matériel, être organisé. Et après ça, du coup, j'ai réussi, j'ai travaillé quelques années à la capitale à Paris, où j'ai travaillé vraiment dans le cinéma, le milieu de la publicité. Et donc, un milieu très rigoureux où on apprend vraiment les... On apprend vraiment les... à travailler en équipe, en autonomie, enfin voilà, toutes sortes du... toutes les facettes de ce métier-là. Et du coup, quand je suis arrivé sur un bateau le premier jour, donc presque en parallèle de mes études, forcément, il y a des surprises, parce qu'on ne se rend pas compte que ça peut bouger autant, ou c'est aussi rigoureux au niveau conditions, l'humidité, tout ça. Donc forcément, je fais des erreurs, on fait tous des erreurs pour apprendre. Et petit à petit, en fait, mon kit média, en fait, petit à petit, il s'affine, il se modifie en fonction des bateaux sur lesquels je vais aller, il se modifie en fonction des endroits du globe où je vais naviguer aussi. Voilà, aujourd'hui, j'ai un kit de base pour une course, par exemple une transatlantique, un kit qui va faire entre 20 et 30 kilos, avec deux caméras, un drone, un ordinateur. Ah quand même, oui. Ouais. Et aujourd'hui, avec ça, j'arrive à faire tout ce que je veux, tout ce que je veux vraiment en termes d'esthétique, en termes de storytelling et tout ça. Et voilà, après, si c'est des courses à la journée ou plus à la semaine ou sur des bateaux plus grands ou plus petits, forcément, je vais adapter tout ça. Mais comme tu dis, l'humidité et le sel, c'est le facteur qu'on retrouve sur toutes les courses, en fait. Donc forcément, j'ai un boîtier photo qui fait de la vidéo et j'ai toujours un caisson étanche. Et ça, peu importe le milieu, peu importe les bateaux, je l'ai toujours avec moi parce que la météo, ça reste incertain. Même s'il prévoit beau temps et mer plate et pas beaucoup de vent pendant quelques jours, bah peut-être qu'on va avoir un grain. Et là, je vais regretter de ne pas avoir pris le caisson étanche parce que du coup, je vais rester trop à l'abri et je ne vais pas être en immersion avec l'équipe quand ils vont être dans ces conditions-là. Et donc voilà, je préfère prendre plus que pas assez. Mais forcément, les courses aujourd'hui, les bateaux, on est censé s'enquête de poids. Le bateau, plus il est léger, plus il va vite. Et bien forcément, moi, il faut que je sois en accord avec l'équipage et avec cet esprit. Donc, je ne peux pas prendre ce que je veux. Je vais prendre deux boîtiers, trois objectifs qui sont étanches, un ordi. Je prends un iPad si mon ordi crache. Et voilà, et tout ça, en fait, chaque année, je modifie des petits paramètres. Je modifie un peu mon kit et voilà, pour évoluer aussi les clairs du temps. Aujourd'hui, les choses sont plus légères, plus tropicalisées aussi. Donc voilà.
Loïc Et tu disais, tu utilises des drones ?
Martin Oui, le drone, forcément. Le drone sur la course au large, encore une fois, ça a apparu avec la fameuse Volvo Ocean Race. Sur l'édition que j'ai faite, c'était presque obligatoire de savoir piloter un drone pour être recruté, en fait. Donc ça, j'avais pris connaissance de ce petit facteur. Ah oui, OK. Sur les deux années précédentes de la course, j'en ai acheté un. J'ai commencé à faire du reportage et des documentaires en amenant le drone. Donc forcément au début, c'était en 2015. Donc les drones, c'était les premiers DJI. Je m'entraînais sur un terrain de foot avant d'y aller. J'ai fait un reportage en Egypte où je faisais décoller le drone, mais c'était super aléatoire. C'était vraiment pas fiable à l'époque. Les batteries duraient 7-8 minutes. La caméra tremblait une fois sur deux quand il y avait trop de vent. Et petit à petit, forcément, j'ai commencé à faire du drone en mer. Et quand je suis arrivé sur la Volvo Ocean Race, j'avais déjà pas mal d'heures de vol, entre guillemets. Et on a dû faire aussi un stage, une licence officielle aussi pour les assurances et tout ça. Donc voilà. Et aujourd'hui, le drone, ça s'est démocratisé. C'est moins cher. C'est beaucoup plus fiable. Et même si les bateaux vont de plus en plus vite, on arrive quand même à ramener des images aériennes à l'autre bout du globe. Et ça, c'est... Je pense que c'est une des plus grosses évolutions technologiques de ces dernières années. C'est de faire du drone au large quand on est à des milliers de kilomètres de la terre la plus proche ou même un hélicoptère ne peut pas venir survoler le bateau.
Loïc C'est clair. Généralement, les plans aériens comme ça, sur des voiliers, des courses de cette envergure, ça fait toujours rêver.
Martin C'est sûr qu'en fait, quand on est sur le bateau, on a toujours des plans embarqués. Et le fait d'extérioriser, d'avoir le bateau au premier plan avec l'état de la mer, le soleil ou peut-être l'île à laquelle on est en train de contourner, ça rajoute vraiment quelque chose en plus pour le spectateur et c'est super pertinent, je pense.
Loïc Oui, clairement. Super. Merci pour le point technique, technologique, on va dire. Oui, ça va. Récemment, tu es parti sur un énorme défi. Je voudrais bien savoir si tu peux nous en parler et nous expliquer un petit peu en quoi ça consistait, le trophée Jules Verne. Et puis après, on rentrera peut-être un peu dans le détail sur cette fois-ci, pas forcément la technologie, mais plus l'humain. Puisqu'on a un peu effleuré du doigt, tu disais que ton objectif à toi, c'est retranscrire fidèlement la vie de l'équipage sans gêner ou avoir un impact sur la performance de l'équipage. Donc, il y aura très certainement des choses intéressantes pour nous à écouter sur un défi de cette envergure.
Martin Alors le trophée Jules Verne, forcément, c'est quelque chose qui parle à tout le monde. Jules Verne, c'était le tour du monde en moins de 80 jours. Et donc, c'est un trophée qui a été créé il y a quelques années. Je ne vais pas dire de bêtises, je ne vais pas annoncer de date. Et qui a été créé pour faire le tour du monde en équipage autour de la planète en moins de 80 jours. Donc, il a été remporté lors de la première tentative par Bruno Perron en moins de 80 jours. Donc déjà, l'histoire était bien écrite. Et donc, forcément, il y a plusieurs nations qui s'y sont attaquées, plusieurs équipages, donc plusieurs bateaux. Et en fait, pour faire ce tour du monde, il n'y a pas vraiment de règle. On peut tenter de se faire ce tour du monde en optimiste ou en petit bateau si on veut. Mais forcément, les armateurs et les équipes aujourd'hui veulent le bateau le plus rapide, le plus technologique. On pourrait essayer de battre le record actuel qui est détenu par Francis Joyon à bord d'IDEC en 40 jours et 23 heures. Donc déjà, en 30 ans, on a réduit par deux la vitesse à la voile pour faire le tour du monde, ce qui est énorme. Aujourd'hui, les bateaux sont encore plus grands, plus solides. Et aujourd'hui, les bateaux ont des foils. Donc moi, j'ai embarqué sur le Sodebo Ultime 3, un bateau qui est tout jeune, qui est très récent, qui a un an et demi. Et donc ce bateau-là, il a des foils, ce qui permet d'aller très, très vite, en fait, dans pas beaucoup de vent. On réduit la traînée hydrodynamique, en fait. Donc les flotteurs et la coque ne touchent presque plus l'eau. Le bateau est vraiment plus aérien. Il y a seulement les foils, donc ces petits impendices, ces petits ailerons qui traînent dans l'eau. Et voilà, c'est vraiment la Formule 1 des mers. Aujourd'hui, on arrive à faire jusqu'à 1700 km par jour en moyenne, si je dis pas de bêtises, sur un bateau comme ça. Donc c'est énorme à des vitesses de 35-40 noeuds, donc 80 km heure. Donc 24 heures sur 24, jour et nuit. Donc moi, j'ai été recruté par cet équipage, cette équipe de Sodebo, il y a un an et demi, pour faire une première course. C'était la Brest Atlantique, c'est un aller-retour jusqu'en Afrique du Sud. Et cette année, l'ambition, c'était de s'attaquer à ce trophée mythique avec 7 autres équipiers à bord. Donc on était 8. Et on a tenté ça l'hiver dernier. Voilà, on est parti fin novembre avec une fenêtre météo qui était très intéressante. Sur ce trophée, en fait, il n'y a pas une ligne de départ. En fait, on passe une ligne de départ fictive quand on veut, en fonction de la météo. Donc dès que les conditions météorologiques sont optimum, le vent bien orienté et tout ça, on peut se permettre de couper cette ligne de départ qui se situe entre Oessant et le Cap-Lizard, donc entre la Bretagne et l'Angleterre. Et là, on descend à fond tout l'Atlantique. On passe au large du Brésil, de l'Afrique du Sud, on fait le tour de l'Antarctique et on remonte, pareil, par le Cap-Orne, le Brésil et l'arrivée avec cette ligne entre Brest et Oessant. Et malheureusement, nous, cette tentative s'est avortée à un tiers du parcours car on a eu un petit souci technique. Il y a eu une pièce qui était défaillante sur le bateau et du coup, on a dû s'arrêter parce que ça devenait trop dangereux de continuer dans les conditions du Sud où la mer est très chaotique, il fait très froid, on est loin des secours potentiels. Donc on s'est arrêté là pour rentrer en Bretagne et retenter dans les années futures.
Loïc Techniquement, qu'est-ce qui s'est passé exactement ? C'est au niveau des folles qu'il y a eu un souci ?
Martin Oui, en fait, il faut savoir que déjà quand on part sur un tour du monde, une tentative comme ça, on a eu une chance sur 10 de le battre. De par l'histoire, on sait très bien qu'il n'y a personne qui l'a battu du premier coup parce que soit ils n'ont pas eu de chance avec la météo, soit le bateau a été abîmé en mer. Donc on est conscient des risques et on est conscient qu'on part et qu'on va peut-être pas arriver jusqu'à la ligne d'arrivée. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que c'est une petite pièce qui maintient le safran. Le safran, en fait, c'est le gouvernail, c'est ce qui permet d'orienter le bateau. C'est un peu la direction du bateau. Et il y a une pièce qui a été défectueuse et qui a pris du jeu et qui s'est affaiblie, qui n'arrivait plus à tenir à 100% le safran. Et du coup, on n'arrivait plus à diriger le bateau correctement et on ne pouvait plus aller à 100% des capacités du bateau. Donc voilà, c'est quelque chose qui arrive. Il y a plusieurs bateaux qui ont eu cette maladie entre guillemets parce qu'on a beau s'entraîner sur l'Atlantique, là, les mers du Sud, là où on a cassé cette pièce, c'est quelque chose qu'on n'arrive pas à imaginer. Les ingénieurs et les architectes aujourd'hui ont du mal à calculer une mer qui est très aléatoire, très brutale, très désordonnée. Et cette pièce-là, du coup, qui avait été dessinée en conséquence, n'a pas réussi à servir comme elle devait le faire.
Loïc Ok. Et d'un point de vue humain, qu'est-ce que tu retiens de positif, toi, de cette expérience, même si tu dis que ça a été avorté après un tiers à peu près du parcours ? Avec quoi est-ce que tu es reparti dans tes valises pour une prochaine tentative que tu pourras exploiter ?
Martin Ben, moi, si je fais ce métier-là, forcément, c'est pour raconter des histoires et ramener de belles images, mais c'est vraiment aussi le côté humain qui prime au-dessus de tout. Du coup, nous, ça faisait un an qu'on préparait le projet. Donc, il y a un an, on a rencontré tout l'équipage, on a travaillé ensemble, on s'est entraîné ensemble, on a fait de la prépa physique, on a passé beaucoup de temps ensemble, que ce soit sur la terre ou sur l'eau. Et forcément, il y a une relation qui se liait, c'est comme une famille ou vraiment des amis. Et on échange beaucoup. Et dans les moments difficiles, dans les bons moments, forcément, on est là. Et on a réussi à, pendant ce tour du monde, ce demi-tour du monde, on a réussi à créer quelque chose de très fort. Il y a Thomas Coville, qui est le skipper de Sodebo depuis maintenant plus de 20 ans. Il a réussi à réunir ce groupe. On a chacun notre personnalité. Quand on nous voit, on peut penser que ça ne peut pas marcher, parce qu'on est plus ou moins expérimenté, on n'a pas forcément le même âge, même si on est tous assez jeunes. Il a réussi à trouver le bon compromis pour créer un groupe qui est vraiment fort, qui est performant et qui est humainement très intéressant. C'est vraiment un groupe qui est... Moi, ça fait 10 ans que je fais ça. Et j'ai rarement vu un groupe qui était aussi solidaire et aussi intéressant. Et donc moi, ce que je retiens, c'est ça. C'est le groupe qui a été formé, qui n'a pas choqué, et même dans des conditions difficiles qu'on a eues dans le Sud, avec l'abandon. On a toujours été performant, toujours le sourire, toujours le petit mot qui va bien. Quand il y avait quelqu'un qui était malade ou quelqu'un qui était moins en forme, on est toujours là pour s'entraider. Et c'est cette entité-là qui est belle et que je pense avoir plutôt... Je suis content de ce que j'ai mis en image, de ce que j'ai réussi à raconter avec ce groupe. Et voilà, il y a encore plein de choses à raconter. Et j'ai envie de continuer avec ce groupe, cet équipage, avec Thomas pour finir ce chapitre ou continuer sur plusieurs années. Et moi, c'est ça que je retiens. C'est vraiment cette entité qu'on a réussi à créer tous ensemble, tous les huit, là. Et forcément aussi toute l'équipe à terre, tous les techniciens aussi, qu'on ne voit pas forcément, mais qui sont derrière nous, qui nous ont mis en main un bateau qui était super. Et voilà, c'est vraiment ce groupe des huit, mais aussi de toute l'entité, de toute l'équipe à terre, avec qui on a vécu. Et je trouve ça passionnant. C'est un sport mécanique, mais c'est un sport d'équipe. Et aujourd'hui, c'est pour ça que je fais ce métier-là, sans aucun doute.
Loïc Ça fait rêver, en tout cas, on sent la passion. Et par curiosité, tu vois une différence en termes d'expérience humaine entre des courses comme la Volvo et le Trophée Jules Verne, où tu parlais tout à l'heure de simples sorties à la journée. C'est quoi qui varie, d'après toi, en termes d'interaction selon les différentes courses ?
Martin Je pense que ce qui varie, en fait, c'est la brutalité de la course et l'exigence du support va permettre de plus souder ou non un groupe et de créer ce lien, je pense. Parce que forcément, sur la Volvo, on passe huit mois en course ensemble. Le projet dure un an et demi avec les entraînements. Forcément, c'est super fort, mais on n'a pas les mêmes... À bord, il y a plusieurs nationalités. Il y a des gens qui ont plus ou moins d'expérience. Tu peux avoir les vieux briscards, on appelle ça dans le milieu. C'est des mecs ou des femmes qui ne vivent que pour cette course-là. Ils ont fait huit Volvo Ocean Race. Donc, ça fait 15 ou 20 ans qu'ils ne font que cette course. Ils ont l'envu du pays. Donc, forcément, ils arrivent dans l'équipe avec une autre humilité ou une autre expérience. Sur le projet avec Thomas Coville, on avait tous cette énergie. La moyenne d'âge, c'est 36 ans. Donc, forcément, on avait tous cette naïveté, cette énergie, cette envie d'aller décrocher de quelque chose ou se battre pour quelque chose qu'on connaissait un peu inaccessible. Mais on avait les cordes pour y aller, on avait les cordes pour gagner. On avait... Ouais, ouais, on était sur... Enfin, jusqu'à ce qu'on arrête, on voyait très bien qu'on avait le potentiel. On était largement en avance. Et donc, je pense que, ouais, ouais, ce qui fait la... C'est vraiment la brutalité et le milieu dans lequel on évolue et le support aussi. Il faut savoir qu'aujourd'hui, les trimarans comme ça qui font 32 mètres de long, avec les foils, c'est très, très... C'est violent. Il y a le bruit des foils, ça résonne en permanence. Le bateau, il va très, très vite. Donc, il faut s'imaginer, c'est comme si, en fait, on évoluait pendant 40 jours à l'arrière d'un smear morgue sur l'autoroute. Et voilà. Et en fait, on vit là-dedans, on dort là-dedans, on mange. Et avec le chauffeur qui fait des embardés, c'est comme ça tout le temps en permanence. Donc, forcément, ça use moralement, ça use physiquement. Et nous, on doit continuer à vivre, à travailler dans cet environnement un peu hostile.
Loïc Comment tu gères le sommeil ? Alors, toi, tu disais que tu es peu impacté. En tout cas, tu n'as pas de car à faire sur ces courses. Mais, ouais, dormir à l'arrière d'un smear morgue avec des embardés de façon aléatoire. Comment tu fais pour t'adapter et te mettre en condition quand c'est sur des durées aussi longues ?
Martin Ouais, c'est sûr que c'est un petit peu particulier. Après, sur la Volvo Ocean Race, donc là, je n'avais pas le droit de toucher à la performance. Sur le trophée Jules Verne, vu qu'il n'y a pas vraiment de règles à ce niveau-là. Moi, j'étais équipier aussi à part entière. Donc, je devais être présent sur des manoeuvres. Donc, sur chaque manoeuvre, j'étais sur les colonnes de winch pour régler les voiles, pour border, pour remonter les foils. Donc, ça, c'est un élément qui est un peu nouveau par rapport à mes expériences précédentes, sauf mon premier tour d'Europe. Et donc, forcément, ça rentre en jeu parce qu'il y a une journée où il peut y avoir zéro manoeuvre. Donc là, je peux être vraiment dédié à faire mon travail de média. Et une autre journée, quand on peut être le long de la côte portugaise ou brésilienne, par exemple, et bien là, on peut en faire des empannages toutes les 3-4 heures. Donc là, je dois être présent et en empannage, c'est une heure de travail sur les manivelles, par exemple. Donc, moi, il faut que je prenne le temps pour faire ce travail d'équipier et aussi à côté le travail pour raconter les histoires parce que je ne peux pas me permettre de louper une journée d'histoires ou d'images. Donc, tout ça, ça se décide un peu au fil du temps, au fil des milles et au fil de la traversée. Et forcément, avec l'expérience aussi, j'ai appris à gérer ma fatigue, mon stress, ma gestion du travail. Et du coup, j'essaye quand même d'être présent sur le pont le matin au lever du soleil et au coucher du soleil parce que c'est des lumières qui sont assez rasantes, des lumières assez chaudes que j'aime beaucoup, moi, avec ma capture avec la caméra. Parce que la journée, quand on est sous les tropiques, par exemple, la lumière est trop brutale, trop blanche, trop contrastée. Moi, je ne trouve pas ça très esthétique. Donc, du coup, je vais peut-être passer plus de temps à dormir ou faire une grosse sieste la journée, être de veille et présent sur le pont le matin et le soir. Et la nuit aussi, ça peut être intéressant. Par exemple, s'il y a la pleine lune, aujourd'hui, on a des caméras qui nous permettent de filmer avec de nuit, des capteurs qui sont presque plus sensibles que l'œil humain. Donc ça, c'est super intéressant. Et donc voilà, j'essaie de jongler avec tous ces paramètres pour essayer de ne pas me mettre dans le rouge non plus, pas être trop fatigué pour ne pas me blesser ou pour négliger quelque chose. Donc, je jongle avec tout ça pour avoir un rythme de vie qui soit en accord avec le temps que je vais passer en mer, par exemple.
Loïc Oui. Et tu as déjà une histoire en tête quand tu prends le départ ?
Martin Sur le trophée Jules Vierne, l'histoire, elle est claire parce que, comme je t'ai dit, j'ai passé beaucoup de temps avec l'équipage avant. Thomas nous a donné aussi sa vision du groupe et la vision de cette tentative. Pour l'anecdote, tu vois, quand on est parti, on a quitté le ponton l'après-midi, donc le mardi après-midi pour passer la ligne de départ le mercredi dans la nuit. On s'est retrouvé tous ensemble comme une équipe de foot, tu vois, la tête au centre. Et il nous a dit avec beaucoup d'émotion, les gars, j'ai envie qu'on s'éclate. On va faire ce tour du monde pour s'éclater. Je sais que ça va le faire, on est là pour se marrer, on va tout donner et voilà. Donc forcément, quand le chef, il dit ça, bah toi, le scénario, il est écrit, quoi. Et chacun a ça dans sa tête. Donc forcément, moi, derrière la caméra, j'ai ça tout le temps. Et forcément, le mec que je vais aller embêter pour l'interview, pour l'histoire, il a ça aussi. Il a compris comment le groupe fonctionnait depuis quelques mois. Et voilà, il va pas me raconter des choses trop techniques parce que nous, on est là pour raconter sur ce projet-là, l'humain, comment on vit sur un bateau comme ça, lancé à ces vitesses-là autour du monde. Et voilà. Après, il y a des événements, il y a des courses où c'est un peu plus aléatoire. Mais sur ce trophée Jules Verne, c'était clair, net et précis. Quand on partait là-dessus, c'était... Enfin, le mood un peu était déjà écrit et après, il y avait plus qu'à... Enfin, qu'à suivre la ligne et dirait la ligne un peu narrative et ça allait se passer comme ça s'est passé.
Loïc C'est intéressant. J'ai l'impression... En tout cas, moi, je ressens vraiment un peu la différence entre le trophée Jules Verne où, voilà, c'est... Les mots que tu utilises, c'est des mots très forts, tu vois, de cohésion, de fun, de groupe. Donc, quelque part, j'ai l'impression qu'il y avait une espèce de symbiose entre vous, que vous aviez appris à fonctionner un peu comme un, comme une équipe, une vraie équipe. Et de l'autre, sur la Volvo où ça donne plus l'impression que c'est, tu vois, beaucoup de talent, toujours, beaucoup d'expérience, mais un patchwork beaucoup plus diversifié, beaucoup plus varié et peut-être moins d'esprit de cohésion, moins d'esprit d'équipe. Alors, je ne sais pas si c'est une perception qui est fausse, mais c'est ce que j'ai l'impression de retenir, là.
Martin Ouais, ouais, ouais, t'as pas tort. Je pense que... Sur la Volvo, comme j'ai dit, il y a des mecs à bord qui, ça fait, je sais pas, c'est la cinquième, sixième fois qu'ils font cette course. Donc, le fait aussi d'avoir peut-être la barrière de la langue avec différentes nationalités, c'est pas la même chose. Là, on était sur Sodebo, il y avait un francophone, mais qui est bilingue français parfaitement. Forcément, c'est un peu plus facile. Sur la Volvo, forcément, on parle de tous anglais à bord. Mais le Néo-Zélandais, il est peut-être moins émotif que le Français et l'Australien, pareil. Donc, forcément, ça fait des... C'est pas la même chose. Après, justement, c'était aussi à moi d'aller titiller un peu ce point de l'émotion et d'aller gratter et de trouver le truc sensible qui pouvait justement les faire craquer. Et du coup, c'était assez intéressant et j'ai réussi à certains points avec des choses, des moments un peu critiques. Quand on est fatigué, quand il fait froid, justement, je peux aller chercher ça et c'est un super exercice que j'adore. Mais c'est sûr qu'au final, sur la Volvo, après aussi, sur la Volvo, il y a les équipiers qui peuvent changer. Donc, on ne retrouve pas forcément les mêmes d'une étape à une autre. Donc, ça aussi, ça peut jouer. Et après, c'est sûr que là, ça fait trois ans que ça s'est passé, la Volvo. Donc, j'ai peut-être aussi un peu évolué. Je suis plus mature, ça, c'est sûr. Mais ouais, c'est sûr que c'est différent. Et je pense aussi, la Volvo, c'est des étapes qui durent trois semaines. Donc, il y a onze étapes qui durent en moyenne trois semaines. Du coup, c'est presque plus intense. On est beaucoup plus mouillé, on est beaucoup plus exposé aux éléments, même si les bateaux vont moins vite. C'est des monocoques. Mais du coup, c'est peut-être, ouais, c'est plus dur à ce niveau-là. Et du coup, ouais, c'est un autre esprit. C'est un autre esprit, je pense.
Loïc Ouais. Parce que t'as combien entre chaque étape de trois semaines ?
Martin On a entre une semaine et deux semaines de repos. Donc, on arrive à repartir relativement frais sur l'étape d'après. Et du coup, peut-être que les histoires sont plus liées pareilles. En fait, c'est comme si on ne faisait pas un reset à chaque fois. Mais c'est une nouvelle étape avec un nouveau trajet, des conditions météo différentes. Sur un trophée Jules Verne, on sait qu'on part, on va quitter le départ, on quitte le port de Lorient. Et là, on rentre dans 40 jours, mais pas avant. Sauf si on a une casse, comme ce qui s'est passé. Donc, c'est une autre mentalité aussi.
Loïc C'est super intéressant. Et tu as déjà eu des situations, pas forcément compliquées, mais tu disais que tu aimes bien aller chasser un peu les émotions. Et visiblement, les exemples que tu as donnés, en tout cas, c'est dans des moments un peu plus exigeants. Tu vois, de conditions, il fait froid ou d'humidité ou des moments où il y a beaucoup, beaucoup de vent. Tu as déjà eu à devoir mettre un stop sur la caméra pour gérer une situation parce que ça devenait vraiment trop intense ou que tu te rendais compte qu'émotionnellement, de l'autre côté de la caméra, ça commençait à flancher peut-être un peu trop.
Martin Il y a eu plusieurs petites anecdotes comme ça. Il y a une fois, je filmais. Moi, j'étais à l'intérieur du bateau, près de la sortie. Et on était en train de faire un virement de bord. Et en fait, quand on vire de bord, il y a les dérives. Donc, ce qui permet au bateau de ne pas déraper. C'est des grosses dérives qui pèsent plusieurs centaines de kilos. Et à chaque virement de bord, la dérive, elle descend et l'autre monte. Et là, en fait, du coup, celui qui s'occupait des dérives, il était vraiment à 1,52 m de moi. Et quand il a fait tomber la dérive avant de virer de bord, en fait, pour faire simple, il y a le bout qui permet de relever ou de descendre la dérive. C'est enroulé autour de sa jambe. Et la dérive est tombée. Et ce bout-là, c'est tendu autour de son mollet. Et ça aurait pu sectionner la jambe. Mais ça a écrasé son mollet. Il y a plusieurs centaines de kilos autour du mollet. Donc, moi, j'ai jeté la caméra à l'intérieur. Et j'ai sauté sur le bout. Et j'ai tiré d'un sens. Il y a un autre gars qui était derrière qui a tiré de l'autre côté pour qu'on sorte sa jambe. Moi, j'ai cru que sa jambe allait se découper en deux sous mes yeux. Donc, j'ai fait ça. Et après, on l'a allongé à l'intérieur. Après, il y a eu le médecin du bord qui s'est occupé de lui. Et quand je suis rentré à terre, j'ai expliqué un peu l'histoire à un des producteurs de la Volvo Ocean Race. Parce qu'il se dit, c'est bizarre. Du coup, Nick, Dana, il voyait très bien. Il est sorti en béquille avec la jambe bandée. On voyait son mollet qui était sectionné en deux presque. Il m'a dit, mais Martin, t'as pas filmé et tout ça ? Je dis, bah non, non. Du coup, je le raconte. Il fait, ouais, non, t'as abusé et tout. Fallait filmer. Ton taf à bord, c'est de filmer, machin. Et du coup, j'ai raconté ça à l'équipe avec qui j'étais. Sur cette étape-là, j'étais avec les Américains. Et le team manager des Américains, il est allé voir le producteur de la Volvo en lui disant, mais vous vous rendez pas compte ? Si Martin faisait pas ça, le gars, il pouvait perdre sa jambe. Et donc, là, il y a des moments comme ça qui sont un peu compliqués. Et après, ouais, niveau émotions, quand je filme et que... Ouais, il y a eu des... Toujours sur la Volvo Ocean Race, j'avais récolté, en fait, sur l'étape d'avant, sur le stop-over d'avant, donc le moment où on était à terre. Sur chaque famille, j'avais récolté des petits messages des familles de chacun des équipiers pour les diffuser aux équipiers au milieu de l'étape où c'était le plus dur. Et là, on était 2-3 jours avant de passer le Cap Horn. Dans le Pacifique Sud, il faisait 2 degrés, c'était vraiment dur. C'était vraiment... On était vraiment tous à bout. Et là, du coup, je passe à chacun des équipiers, je vais les chercher. Je les installe à mon petit bureau et je leur montre sur l'iPad la vidéo de leur famille. Donc forcément, ils regardent ça avec le casque et ils partent tous en pleurs. C'était un peu le but recherché, mais voilà, je voulais créer un peu de... Enfin, je voulais créer un peu de dramatique à ce niveau-là. Et puis, ils étaient contents d'avoir des news de leur famille. Et il y a un des équipiers chinois qui était avec moi, avec qui je m'entendais super bien. J'avais récupéré des images de ses grands-parents et il voit ça. Et il me dit qu'il a reçu un mail il y a 2 jours et que son grand-père était décédé. Et là, du coup, je pose la caméra et pareil, moi, je pars en pleurs et tout parce que je connaissais... Enfin, je ne connaissais pas son grand-père, mais lui, j'avais passé beaucoup de temps avec lui. On avait fait une étape en Chine, il m'avait fait rencontrer un peu son pays, ses coutumes. Donc, c'était super fort. Et là, j'étais super mal et c'était un peu dur.
Loïc Ces liens que tu crées à bord, c'est des liens qui restent après coup ? C'est-à-dire qu'au fur et à mesure des courses, tu arrives à les entretenir ou c'est généralement ça s'estompe assez rapidement au fur et à mesure que les équipages changent, les courses s'enchaînent ?
Martin Après, c'est sûr. Malheureusement, ça s'estompe parce que chaque année, il y a une course majeure. Pour moi, en tout cas, chaque année, j'ai un gros challenge où je pars sur un nouveau projet. Donc, ce qui demande beaucoup de préparation. Mais forcément, aujourd'hui, je revois des équipiers avec qui j'ai passé neuf mois. Ça ne change pas. Même aujourd'hui avec les réseaux sociaux, avec Instagram, on reste en contact. Pour l'anecdote, on a toujours le groupe WhatsApp de l'équipage franco-chinois avec qui j'ai passé plus des trois quarts des étapes sur la Volvo Chineries en 2017. Et ce groupe-là, on est toujours en train d'échanger, raconter des histoires. On se chambre les uns les autres. On souhaite encore nos anniversaires alors que ça fait plus de trois ans. Donc, non, non, ça reste. Il y a Kevin Escoffier. Forcément, tu as dû entendre parler avec son naufrage sur le Vendée Globe. J'ai navigué avec Kevin pendant un an. Donc, forcément, quand j'ai entendu cette histoire-là, ça m'a choqué. J'étais mal. Forcément, il y a des liens très forts. Dès qu'on se revoit... Kevin, je l'avais vu juste avant le départ. On était à la Créprie ensemble. Même des étrangers, on reste toujours en contact. On se retrouve à l'autre bout du monde sur un événement. On va boire une bière ensemble. On allait boire une bière à l'époque. On avait le droit de boire des bières au bar. Mais non, non, il y a toujours des liens super forts. Après, oui, ça s'estompe un petit peu, c'est sûr. Mais tout ce qu'on partage en mer, c'est super fort. Non, non, ça ne peut pas s'effacer, c'est sûr. Ça ne s'effacera jamais.
Loïc C'est beau. C'est beau. Ça donne envie de se lancer dans des aventures sur l'eau, tu vois. Du coup, par rapport à ce que tu viens de nous expliquer, tu disais que tu avais navigué sur... En tout cas, pour le Trophée Jules Verne, c'était un bateau de Sodebo. Tu dirais que c'est quoi, toi, ce que retirent les équipiers ou tous ces hommes et ces femmes qui ont des expériences fortes, comme tu viens de les décrire en mer. Tu dirais que c'est quoi les... Alors, je ne saurais pas te dire le terme français, mais les soft skills, les compétences de comportement ou les traits de personnalité qui ressortent et qui sont utiles dans la vie ou je ne sais pas si on peut dire utiles, mais en tout cas, qui te permettent de dire « Ah, ben ça, c'est un marin, une marin qui a vécu quelque chose de fort en mer et je le vois parce qu'il agit ou elle agit comme ça. »
Martin Je pense qu'il faut être très généreux et toujours se soucier un peu du voisin. Tu vois, si je me blesse, par exemple, il y a quelqu'un qui va venir m'aider ou... Enfin, même sur un petit bobo lambda, il va venir me donner ses conseils ou aller chercher le médecin du bord ou des choses comme ça. Et s'il voit que je me nourris mal, il va se poser la question ou il va venir m'en parler. Ou si je n'ai pas le moral, forcément, il va s'interroger. Et si ça traîne trop, c'est de trouver une solution avec les autres. Je pense qu'il faut être très généreux, il faut être professionnel aussi avant tout parce qu'il faut garder aussi cette rigueur et cet esprit de faire avancer un bateau. Pour un marin, s'il est sur le bateau, c'est parce qu'il est aussi compétent. Il a cette expérience-là, donc il faut être professionnel et peu importe les jours, du court terme ou du long terme, il faut être compétent et apporter son expérience au profit de l'équipage. Donc ça, c'est important. Et ouais, non, généreux, compétent, forcément, avoir un petit peu de... Enfin, ouais, enfin, savoir vivre en groupe. Un petit poil d'humour aussi, ça, ça ne fait pas de mal. C'est toujours bien. Il y en a toujours un dans l'équipage, un ou deux dans l'équipage qui est là pour raconter la petite blague, la petite anecdote ou dès qu'on n'a pas trop le moral ou dès qu'on ne fait pas un bon classement, il y a toujours quelqu'un qui est là pour nous retirer vers le haut. Donc c'est... Ouais, je n'arriverai pas à dire comme ça, mais c'est vraiment un mélange de compétences, comme je pense, comme dans une société ou dans une entreprise, un bon manager, un bon collègue, je pense que c'est la même valeur. C'est les mêmes valeurs qu'on retrouve sur un bateau, à huis clos, c'est la même chose.
Loïc OK. Et toi, peut-être dernière question sur le plan, on va dire, compétences, comportements. Tu disais tout à l'heure que quand tu avais fait ta première candidature sur la Volvo, tu n'étais peut-être pas aussi mature que ce que tu l'es aujourd'hui. Tu dirais que cet univers de la voile avec ses exigences et ses challenges, en quoi est-ce que ça t'a changé au fil des ans ?
Martin Bah, j'ai... Forcément, du côté journalistique, savoir raconter une histoire dans des conditions comme ça, ce n'est pas quelque chose qu'on apprend à l'école ou... Voilà. C'est quelque chose qu'on apprend vraiment sur le terrain comme un reporter de guerre. Et donc là, on est obligé de passer du temps en mer, passer du temps avec des personnes aussi qui peuvent être compliquées. Le skipper à côté de toi, il n'est pas forcément très loquace. Il faut savoir lui tirer les verres du nez. Et ça, pareil, ça ne s'apprend pas comme ça. On peut être parfois maladroit au début si... Dès le premier jour, on ne va pas aller poser des questions directement, des questions intimes sur la famille ou sur... sur le passé. Voilà. Donc, ça, c'est tout ça. C'est quelque chose qu'on apprend avec le temps, avec l'expérience. Forcément, sur un bateau, bah aussi, on apprend avec les conditions. Forcément, on apprend aussi avec la météo. La météo, on devient plus aguerri, moins sensible aussi. au froid, au mouvement. Si certains ont le mal de mer, moi, j'ai la chance de ne pas trop l'avoir. Donc, tout ça, on évolue, on grandit. Par contre, il y a quelque chose qui ne change pas. Je pense que c'est vraiment l'humilité. On est quand même sur un milieu comme à la montagne, un milieu qui est très compliqué à gérer et qu'on ne pourra presque jamais gérer ou jamais appréhender comme on l'aimerait. Donc, il faut rester humble et ne pas prendre trop de risques. Forcément, de temps en temps, j'ai envie d'aller à l'étrape du bateau, aller faire des images avec l'eau autour, mais de temps en temps, c'est trop dangereux. Il faut savoir placer ce curseur. Et avec l'expérience, je pense qu'aujourd'hui que j'ai acquis, le curseur, petit à petit, je sais vraiment où le mettre. et je n'ai pas assez de frustration de ne pas avoir osé, mais je sais que j'ai bien fait pour ne pas avoir pris ce risque-là et ne pas me blesser sur long terme pour mettre en péril la course ou l'équipage. Donc, je pense que c'est les valeurs qu'il faut retenir et le côté humain. Il faut vraiment être un mec, entre guillemets, un mec bien, sympa, facile à vivre, pas difficile et savoir se faire accepter à bord aussi parce qu'on est un peu le... la quatrième roue du carrosse, on est la personne qui ne sert pas à faire marcher le bateau sur la Volvo Shun Race. Donc, on peut être un peu le boulet et forcément, il faut faire comprendre aussi qu'on est dans l'équipage, qu'on a un intérêt à être là, qu'on sert le sponsor, qu'on sert la course et ça aussi, il faut le faire comprendre à certains équipiers et voilà, pour la petite anecdote, tu vois, c'est bien soit les premiers jours de course ou les premiers moments passés ensemble, si le gars, il est dehors en train d'avoir froid, le car est long, tu lui proposes un petit café ou tu prépares le repas quand lui, il va rentrer quand il va être hors car, toutes ces petites choses-là, c'est des petits points gagnés, des petits points bonus qui vont après te permettre d'aller avoir une interview avec lui quand ça sera plus dur au lieu qu'il t'envoie balader, c'est des petits points marqués et tout ça, c'est des petites techniques qui sont toujours bonnes à prendre.
Loïc C'est vachement intéressant. En tout cas, j'entends beaucoup de parallèles dans ce que tu t'écrivais sur la notion de risque notamment avec le milieu de la haute montagne, sur cette jauge où mettre le curseur, j'ai l'impression un peu que c'est la même chose. Waouh ! C'est intéressant, tu vois, parce que c'est vrai que spontanément, on pense surtout à l'aspect technique. Les bateaux, tu l'expliquais au début, ça n'a plus rien à voir avec les bateaux d'il y a ne serait-ce que 10-15 ans. Aujourd'hui, on parle surtout, tu vois, moi j'ai les foils en tête parce que je trouve que visuellement, c'est ça qui marque vraiment. Mais je trouve que c'est vachement intéressant de t'entendre parler de l'humain en fait. Parce que si les bateaux se résumaient à du technique, on mettrait juste des bateaux hyper sophistiqués, un autopilote et puis point barre. mais en tout cas, moi, ce que je perçois comme étant vraiment la beauté de ce qui se passe à bord, c'est ce que toi, tu racontes et tu racontes l'humain. Tu ne racontes pas le design du bateau, même si ça peut jouer. Donc, c'est intéressant de te l'entendre dire.
Martin Oui, carrément. Carrément. Et puis, c'est par là qu'on peut se différencier et que le Mediaman a son intérêt, je pense. Forcément, sur le Vendée Globe, les marins en solitaire, ils se filment eux-mêmes et nous, du coup, on a ce recul et cette vision globale de l'équipage, du bateau pour apporter ce côté un peu journalistique, plus pensé peut-être et plus écrit aussi. Non, c'est sûr que c'est intéressant et c'est ce qui fait la valeur ajoutée de notre métier, je pense, aujourd'hui sur les courses au large.
Loïc C'est quoi, toi, l'histoire que tu as pu immortaliser dont tu es le plus fier ?
Martin C'est difficile, ça, comme question. Forcément, sur la Volvo Ocean Race, en fait, chaque Mediaman, on devait tourner de bateau sur la course autour du monde pour justement, comment dire, on tournait de bateau chaque étape pour ne pas avoir de routine et trop s'ancrer dans une histoire et dans un équipage pour apporter tout le temps un peu d'originalité ou de nouveauté dans un équipage. Mais du coup, moi, ce que j'ai fait, j'ai tourné entre quatre bateaux, mais j'ai quand même fait les trois quarts de la course sur le bateau franco-chinois avec qui je m'étais beaucoup de temps entraîné, j'avais forcément plus d'affinités et ce bateau-là a forcément gagné la Volvo Ocean Race après neuf mois de course. Donc, j'ai de part ma présence, j'ai écrit une partie de cette histoire-là, une partie de la victoire et donc forcément, j'en suis fier. Quand on a passé la ligne d'arrivée en juin 2018 en Hollande et que j'étais sur le bateau et qu'après, c'était le triomphe, c'était fabuleux, j'ai un super souvenir. Mais forcément, cette tentative du Trophée Jules Verne aussi, j'en suis super fier parce que j'ai réussi à raconter ce que je voulais et j'ai eu beaucoup de retours de spectateurs ou de marins, même de marins renommés qui ont une grosse expérience et qui ont des grosses équipes et ils nous ont dit c'est la première fois que je vois une course ou une tentative racontée. Comme ça, on se sentait vraiment intégré au groupe et à cette aventure et c'est super valorisant. J'ai un copain qui m'a dit qu'Armel Lecléach lui avait dit ça. Donc, non, non, ça fait plaisir et c'est que le début, j'espère.
Loïc Bon, écoute, on te le souhaite en tout cas, mais c'est clair que c'est une sacrée reconnaissance. Du coup, c'est la question suivante et peut-être celle par laquelle on va finir. C'est quoi la suite pour toi quand on a goûté à la Volvo Ocean Race, au Trophée Jules Verne et qu'on est relativement jeune puisque tu viens de passer la trentaine, déjà super reconnu dans le milieu. Sur quoi est-ce que tu te projettes ? Qu'est-ce qui continue de te faire rêver ?
Martin C'est sûr que même quand je suis rentré de la Volvo en 2018, je m'étais dit bon, maintenant, ça c'était vraiment comme je te l'ai dit, c'était mon rêve ultime sur lequel j'ai travaillé pendant 5 ans. Qu'est-ce que je vais faire ? J'avais participé à une conférence la rentrée d'après et un journaliste m'avait demandé qu'est-ce que tu veux faire maintenant que tu as fait la Volvo, que tu as gagné la Volvo, entre guillemets. Et je lui ai dit mettez-moi sur un ultime, donc un trimaran, un fog. Et c'est ce que j'avais envie de faire. Et quelques semaines après, Thomas Coville m'appelle pour participer à la Brest-Atlantique en 2019 et ensuite le trophée Jules Verne en 2020. Donc déjà, j'ai pas eu le temps de beaucoup réfléchir. Je suis direct reparti là-dessus à fond pendant... Ça fait deux ans que je suis avec eux maintenant et c'est top. et... Donc forcément, le trophée Jules Verne, ça restera pour moi aujourd'hui mon objectif. Mon objectif de marin et de... Et en termes médiatiques aussi, parce que c'est... C'est un trophée mythique qui est vraiment dur à aller chercher en termes... En termes sportifs et... En termes sportifs et forcément, au niveau humain et... Et en termes d'histoire, c'est quelque chose de très fort aussi et j'ai un goût d'inachevé. Et forcément, quand tu t'arrêtes à la moitié, t'as envie de... T'as envie de repartir, de continuer. Donc ça, c'est dans les tuyaux pour les années à venir avec le même équipage. Et en attendant, je vais partir sur un tour d'Europe organisé par The Ocean Race au mois de mai et juin prochain avec un équipage... Avec un projet portugais et un équipage français, portugais avec des anglais aussi. Ça, et il y a un tour d'Europe aussi en multicoque avec des petits multicoques qui font 50 pieds aussi cet été. Et après, on verra. J'aime bien aussi la montagne. J'ai eu la chance d'être recruté non pas par mon expérience de montagnère parce qu'elle est très faible, mais plutôt mon sens de l'histoire. Et j'ai fait une de l'ascension du Mont-Blanc il y a un an et demi avec un super groupe pour des belles valeurs de diversité. Donc ça, c'était super. et depuis, la montagne ne me quitte pas beaucoup et j'y retourne souvent et j'adore parce que ça reste très nouveau pour moi. Donc, pourquoi pas faire un peu de montagne et de l'histoire en montagne dans les années à venir.
Loïc Excellent. Excellent. Encore une fois, c'est marrant ce parallèle entre la montagne, la haute montagne et la mer. Ça me fait penser à l'échange. On a eu, je crois que tu le connais d'ailleurs, Pierre Lary sur le podcast et son histoire. C'est un petit peu ça aussi. Il a alterné entre haute montagne et course au large.
Martin C'est vraiment intéressant. Oui, je pense que les valeurs sont communes. L'humilité de ces milieux-là et je pense encore plus en montagne. Peut-être parce que je ne connais pas vraiment la montagne mais l'humilité me paraît primordiale si on veut vivre et s'amuser dans ces milieux-là. C'est sûr que c'est magnifique. Ça me fait rêver. J'y étais encore il y a quelques semaines. J'étais bluffé par la pureté, encore plus sans remonter mécanique. J'étais bluffé par la pureté du paysage, du bruit. L'océan, c'est pareil. Je passe... Ces trois dernières années, j'ai passé plus de 200 jours en mer et c'est que de la flotte et des nuages mais tous les jours, c'est différent et tous les jours, je me pose à contempler l'horizon et pour moi, ce n'est pas pareil. Tous les jours, ça change et je trouve ça magnifique. C'est le seul endroit où on est encore libre aujourd'hui, je trouve.
Loïc Ça a l'envie de se lancer sur une transatlantique ou une aventure sur l'eau un peu plus longue. Il faut oser,
Martin il faut oser, il faut oser. Chacun peut faire sa petite expérience, faire une petite transatlantique ou même traverser la baie en face de chez lui. Il faut y aller, il faut juste sortir de sa zone de confort et y aller. Il ne faut pas avoir de regrets.
Loïc C'est ce que j'allais te demander. Qu'est-ce que tu aurais envie de partager pour celles et ceux qui voudraient se lancer ? Pas forcément que sur le métier de Mediaman puisque tu dis que c'est un métier nouveau. Il y a très certainement plein de choses qui sont encore en train de s'organiser autour de cette activité. Si il y a un mot de la fin, maintenant que tu nous as raconté toute ton expérience qui commence à être particulièrement fournie maintenant, ce serait quoi le message que tu aurais envie de partager ?
Martin Le message, c'est un peu, je pense, un message un peu classique. Il faut croire en ses rêves et se donner les moyens de réussir et sortir de sa zone de confort. Il ne faut pas hésiter. Aujourd'hui, on voit tellement de choses sur la toile, sur les réseaux, de personnes comme ça qui nous font rêver, de jeunes aventuriers qui ont tout plaqué pour faire un tour du monde en vélo ou traverser l'Atlantique à la rame ou des choses comme ça. Moi, je suis une personne lambda comme toi ou comme les autres. C'est sûr qu'il faut négliger un peu le confort si on veut partir là-dessus. Il ne faut pas avoir peur de mal dormir, de mal manger. Mais derrière, la retombée qu'on a et la reconnaissance personnelle qu'on a et la joie qu'on a derrière tout ça, ce n'est pas quantifiable. Ça n'a pas de prix. Il faut y aller. Il faut sortir et y aller. Go !
Loïc Go ! Ouais ! Super ! Écoute, un grand, grand, grand merci, Martin. Merci beaucoup pour ton temps. Merci pour ces partages. En tout cas, moi, tu m'as bien fait rêver. Vraiment. Et encore une fois, c'était super de t'entendre parler de l'aspect humain et pas juste de termes techniques ou l'avancée technologique des bateaux, mais vraiment de ce qui fait la différence aussi bien sur le plan journalistique que toi en termes d'expérience. C'est vraiment l'humain. vraiment top pour ces partages. Et écoute, qu'est-ce qu'on peut te souhaiter ? On peut te souhaiter de nouvelles, belles grandes courses et un trophée Jules Verne de la ligne d'arrivée, de la ligne de départ à la ligne d'arrivée.
Martin Ouais, voilà, clan d'aventure sur terre ou sur mer, ça c'est bien.
Loïc Super. Écoute, merci beaucoup Martin et tout le meilleur pour la suite.
Martin Merci beaucoup Loïc. à plus tard, merci, ciao.
Loïc Merci d'avoir écouté cet épisode du podcast Les Frappés jusqu'au bout. J'espère qu'il vous aura intéressé, même inspiré pour vos différents projets qu'ils soient pro ou perso. Je vous invite à nous faire parvenir vos commentaires, vos feedbacks, vos suggestions d'invités également directement par e-mail à contact arrobase lesfrappés.com Et enfin, si vous souhaitez nous soutenir dans cette aventure, n'hésitez pas à nous laisser une note sur les différentes plateformes d'écoute que vous utilisez ainsi qu'un commentaire. Et je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Ciao. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501
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