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Saison 5 EP·228 Vélo #handicap #équipe de France #Alpes

24 mars 2026

Handicap, identité et sport de haut niveau avec Loïck Bonavita

Durée · 1h08 · Transcription disponible

Loïck

Le récit

Loïck est né avec une ostéomyélite, une infection contractée à la maternité qui a détruit ses articulations de hanche, d'épaule et de mâchoire du côté droit. Depuis, il se construit avec ce handicap. Et il aime à dire que ça a été sa plus belle opportunité.

Le vélo, d'abord prescrit comme rééducation, l'emmène en équipe de France de paracyclisme, puis sous les couleurs du Team Bouygues Télécom. Comment ? En allant toquer directement à la porte de Jean-René Bernaudeau, sans rendez-vous. Dix minutes plus tard, il repart équipé. Puis tout s'effondre : mononucléose, surentraînement, fin de carrière brutale, et le rêve des Jeux de Pékin qui s'envole.

Récemment, à 47 ans, Loïck a reçu une double prothèse de hanche avec greffe osseuse. Le chirurgien lui a dit « vous allez revivre ». Une phrase qui l'a profondément chamboulé, parce que pour la première fois, il s'est demandé : qui suis-je sans mon handicap ? Aujourd'hui en pleine reconstruction, il vise un défi à vélo dans les Alpes : les 7 Majeurs, 360 km et 11 000 mètres de dénivelé, avec ses nouvelles hanches.


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Transcription

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Loïc Le chirurgien m'a dit « vous allez voir, vous allez revivre ». Et en fait, quand il m'a dit cette phrase, je ne l'ai pas compris sur le moment. Et en fait, moi, j'ai résumé ça dans le mode « purée, mais demain, je ne suis plus handicapé ». Je suis plus une personne en situation de handicap. Et en fait, demain, qui je vais être ? Parce que moi, je me suis construit avec mon handicap. J'ai vécu depuis 47 ans, je vis avec mon handicap. Et à la différence d'une personne qui a eu un accident de la vie dans son parcours, à la possibilité de faire un peu un avant-après. Mais sauf que moi, quand les gens me disaient « Mais tu vas voir, tu vas revivre, c'est que du mieux », je leur disais « Mais je ne comprends pas, quoi ». Ça m'a vraiment perturbé. Je me suis posé tout un tas de questions et je me suis adjoint et servi d'une psychologue parce que franchement, j'avoue que je n'y arrivais plus tout seul.

Loïck Fabuleux. Eh bien, écoute, bienvenue Loïc sur le podcast. je suis absolument ravi de t'accueillir au micro défrappé et d'ailleurs avant toute chose je tiens à remercier Marjorie qui nous a mis en relation Marjorie qui est déjà venue deux fois sur le podcast qui est devenue plus qu'une ancienne invitée une bonne copine j'ai envie de dire qui m'a pas mal aidé sur plusieurs plusieurs sujets gravel, vélo, etc. en me donnant de très très bons conseils avec qui j'ai beaucoup de plaisir à toujours échanger donc quand elle m'a dit il faut absolument que tu parles à Loïc j'ai pas voilà j'ai foncé et vu l'échange qu'on a eu en off, je sais déjà que c'était une très bonne idée. Donc voilà, bienvenue Loïc.

Loïc Merci beaucoup. Et effectivement, merci à Marjorie de cette opportunité qui se présente. Yes. Loïc,

Loïck en quelques mots, si tu devais te présenter, tu vois, dans un ascenseur entre deux étages, qu'est-ce que tu dirais de manière très synthétique sur ton parcours, qui tu es, ce que tu fais ?

Loïc Alors, bonjour à tout le monde. Moi, je m'appelle Loïc. Je viens d'avoir 47 ans. Alors mon parcours est un peu atypique parce qu'à la naissance, notamment à la méternité, j'ai eu une contrainte d'une infection qui s'appelle une ostéomyélite. Alors une ostéomyélite, c'est quoi ? C'est un peu, c'est une inflammation, une destruction des articulations osseuses qui sont causées par des bactéries. Voilà, et le constat est rapide dans le sens où 80% de mes articulations du côté droit ont été touchées et détruites, à savoir la mâchoire, l'épaule et la hanche. Concrètement, ça se schématise comment ? C'est que mes membres du côté droit sont plus courts que ceux du côté gauche. Par exemple, quand je marche, j'ai un léger déhanchement.

Loïck Quand tu dis plus court, c'est significatif ?

Loïc Aujourd'hui, dans mon aventure, très récemment, parce qu'on est en plein dedans, je me suis fait opérer d'une double prothèse totale de hanche, et avant cette intervention-là, j'avais 5 cm d'écart entre les deux jambes, donc je boîte, j'ai une semelle qui ne compense pas l'intégralité de l'écart, parce que ça serait trop conflictuel pour la structure osseuse, au niveau du rachis notamment, au niveau du dos. Mais j'ai une semelle de 2 cm pour m'aider à alléger les douleurs, si je puis dire. donc voilà et puis après je me suis construit avec ce handicap depuis maintenant presque 47 ans on est devenu très complice si je puis dire je ne sais pas si on peut dire j'ai presque même signé un CDI avec lui et en fait je me suis construit avec mon handicap j'aime à dire qu'il a souvent été ma plus belle opportunité parce qu'il m'a construit il est devenu une partie de ma force voilà donc on a été complice et c'est grâce à lui que j'ai fait tout ce parcours atypique donc cette carrière de cyclisme de haut niveau en paracyclisme parce que avant toute chose le cyclisme a été aussi mon moyen de rééducation, c'est comme ça je suis arrivé dans cette discipline j'ai connu des compétitions nationales internationales j'ai failli connaître les Jeux paralympiques on en parlera peut-être un peu plus tout à l'heure

Loïck on irait, carrément

Loïc et puis après ma carrière de haut niveau de cyclisme, j'ai pratiqué une autre discipline dans le sport qui s'appelle le prone paddleboard qui est considéré un peu comme si je pouvais faire un parallèle. C'est l'ultra trail des océans. C'est-à-dire qu'on rame sur une planche de 6 mètres environ et on parcourt des distances entre 30 et 40 kilomètres. Donc, à la seule force des bras, c'est en pagaie, sans assistance, sans aide. Voilà. Après, quoi d'autre ? De formation, j'ai eu un diplôme d'ingénieur en génie industriel et puis en 2018 avec ma femme on a créé une société de production audiovisuelle pour notamment réaliser des documentaires sur le dépassement de soi

Loïck excellent donc ça c'est l'OAN PROD

Loïc exactement tout à fait c'est l'OAN PROD et puis voilà et puis je fais aussi des conférences j'en fais pas souvent souvent mais je me suis un peu aussi lancé dans cette activité là pour partager mon parcours et c'est une super expérience c'est ultra enrichissant en fait

Loïck génial, fabuleux et bien écoute merci pour cette brève présentation, si on revient au commencement du commencement est-ce que tu peux nous parler un petit peu plus de cette maladie, enfin de ce que tu as contracté du coup dès la maternité alors j'avais préparé l'épisode mais j'étais pas tombé sur le nom de ce que tu as écrit, donc je veux bien que tu nous en disais un petit peu plus

Loïc En fait, une ostomyélite, c'est un peu comme contracter un staphylocoque quand on est à l'hôpital ou dans une clinique. C'est un virus, c'est une infection qui s'attaque aux articulations. Ce qui fait que tout petit, je n'ai plus de col de fémur, par exemple, sur la hanche. J'ai ma hanche qui ne tient que par les muscles. Mon épaule, pareil, c'est que les muscles. C'est la masse musculaire qui tient l'articulation. parce que je n'ai plus d'articulation humérale sur l'épaule. Et sur la mâchoire, ma mandibule a été détruite par ce virus. Et en fait, je crois que c'est aux alentours de congélage de 10 ans. Mon ouverture buccache peut à peine passer une cuillère à café. C'est très compliqué parce qu'ils ont tenté beaucoup d'interventions. J'ai fait pas mal de séjours en hôpital pour qu'ils puissent trouver une solution qui, à chaque fois, n'a pas fonctionné. Et en fait, c'était aux alentours de 14-15 ans. On peut dire, je pense, que c'était un peu l'opération de la dernière chance. C'est mon oncle qui travaillait à l'hôpital de la Timone à Marseille qui me dit qu'il y a un chirurgien, un professeur assez réputé. Je te propose d'aller le rencontrer. Ça ne coûte rien. Il peut peut-être avoir une solution à te proposer. et en fait à l'issue du rendez-vous le professeur me dit j'ai une solution, je ne l'ai jamais tentée ça sera en quelque sorte presque une première mondiale mais je pense qu'on peut le tenter et en fait l'opération consistait à réaliser une double greffe à savoir une greffe osseuse en me ponctionnant un morceau d'os sur mes côtes pour pouvoir reconstituer la mandibule et ensuite il s'agissait de prendre un morceau de peau derrière l'oreille, donc une greffe de peau pour pouvoir mettre ce morceau de peau entre les deux morceaux d'os qui reconstituent la mandibule pour éviter que le greffon ait une croissance trop importante c'était juste pour stopper sa croissance pour pouvoir bien stabiliser l'articulation donc j'ai eu cette intervention là j'avais 15 ans je crois

Loïck ok alors Alors, attends, parce que là, j'ai plein de questions qui me viennent. Déjà, juste sur le terme, pour être sûr que j'ai bien noté ça, c'est une ostéomyélite. C'est bien ça ? Exactement. Donc, infection osseuse.

Loïc En fait, là, on dit ostéomyélite à foyer multiple dans le sens où la touche est ma hanche, mon épaule et ma mâchoire.

Loïck D'accord. Ce qui est le développement « normal » de cette infection,

Loïc ça peut être très localisé. En fait, ils ont mis tellement de temps à comprendre ce qui se passait que le virus a fait son chemin, si tu veux. D'accord. Tu vois, s'ils avaient découvert ce qui se passait à l'intérieur de moi, ça aurait pu ne toucher que la hanche, que l'épaule ou que la mâchoire. Le fait est qu'ils ont mis un peu de temps à détecter cette infection avant de la stopper.

Loïck Et ça, c'est parce qu'il n'y avait pas forcément de signaux visibles ?

Loïc Oui, ils ne comprenaient pas trop ce qui se passait. j'avais de la fièvre mais ils n'arrivaient pas à comprendre donc ça a mis vraiment beaucoup de temps à être localisé

Loïck Sur cette intervention de la dernière chance comme tu disais, 14-15 ans comment ça se passe quand il y a une intervention qui t'est proposée, on va dire hors protocole habituel puisque tu disais que c'était quasiment une première mondiale même finalement c'est toi que ça concerne directement mais t'es encore mineur, comment ça se passe dans ces cas de figure, c'est tes parents qui décident pour toi, tout se fait en concertation ?

Loïc Oui, bien sûr, c'est les parents qui donnent l'autorisation aux professeurs de réaliser l'intervention. Bien évidemment, il y a aussi un échange avec les parents. En l'occurrence, avec mon père, parce que mes parents ont divorcé tôt. Mais oui, je disais à mon père, oui, je suis OK, il n'y a pas de souci. Je n'étais pas du tout réfractaire à ça. J'étais même, moi, quand le professeur m'a dit, on va tenter ça, c'est une première mondiale, ça me faisait rêver je me disais chouette allons-y je ne sais pas si je peux dire que j'étais fou ou ignorant mais en tout cas je n'avais pas de crainte je n'avais pas de peur je faisais confiance au professeur dans l'état où j'étais à savoir où je passais à peine une cuillère à café ça peut être que du mieux ou en tout cas ça ne peut pas être pire

Loïck ça a été quoi jusqu'à tes 14-15 ans ça a été quoi les conséquences alors il y a des choses évidentes, tu disais que tu avais des membres plus courts à droite donc je suppose que là ça entraîne plein de choses sur ta motricité etc le type de sport que tu peux faire mais est-ce qu'il y a des impacts auxquels on pense pas tout de suite quand on n'est pas concerné par une ostéo myélite que toi tu as vécu pendant toutes ces années

Loïc En fait, on se crée plein de routines parce qu'au niveau de mes hanches, par exemple, je n'ai aucune mobilité. Je ne peux pas écarter les jambes. Je ne peux pas relever la jambe au-delà de 70 degrés. Par exemple, pour mettre mes chaussettes, je ne peux pas les mettre comme quelqu'un. Comme quelqu'un de normal, je veux dire. Il a fallu que je me crée des routines, des méthodes, si je puis dire, pour pouvoir mettre mes chaussettes, pour m'habiller. mais je me suis construit toutes ces routines-là pour être le plus autonome possible et le plus rapidement possible. Et on se construit, en fait, c'est pour ça que je dis souvent, je me suis construit avec mon handicap, j'ai appris à le connaître, j'ai appris à l'écouter, à voir comment on pouvait avancer ensemble. Et bien évidemment, il y a des moments où je demande de l'aide, même si c'est très compliqué pour moi de demander de l'aide. Mais voilà, j'ai essayé en tous les cas d'être le plus autonome possible.

Loïck Comment tu montes sur un vélo, du coup, parce que tu disais que le cyclisme a une part ultra importante si tu n'as pas de mobilité dans les hanches ?

Loïc Je n'avais aucune mobilité dans les hanches, mais le professeur qui me suivait sur les hanches me disait qu'il fallait que tu te muscles les hanches, le bassin, les fessiers, les cuisses, pour pouvoir t'aider à mieux marcher, à te tenir plus droit. Donc, fais du vélo parce que ça sera plus amusant que d'aller faire du kiné. Et puis, faire du vélo, c'est un peu la liberté quand on est jeune, on part là où on veut. Donc, je commence à prendre goût au vélo par ce biais-là et par cette rééducation, si je puis dire. C'est un moyen de m'entretenir et de permettre d'avancer et de me construire là encore.

Loïck Et en termes d'identité, tu l'as déjà dit plusieurs fois, tu t'es construit avec à travers ton handicap. Quand tu as 14-15 ans, cette opération de la dernière chance, comment on te l'avait présenté ? Est-ce que c'était la fin de ce handicap, une solution définitive, ou est-ce que c'était améliorer ton quotidien, mais sans complètement enlever ce handicap ? En fait, derrière ma question, est-ce que déjà à 14-15 ans, il y a eu ce sujet d'identité de, ah ben là, potentiellement, je ne serai plus Loïc qui a contracté une ostéo-mielité ?

Loïc Alors déjà, je pense que j'étais trop jeune pour me dire qu'il y aura un changement d'identité. Je pense que j'étais vraiment tellement insouciant. C'est l'insouciance de la jeunesse, je pense. Et je l'ai vraiment ressenti par rapport à mes deux récentes interventions sur les prothèses de hanche, qui, elles, par contre, en termes d'identité, m'ont énormément chamboulé. Mais sur la mâchoire, pas du tout. Parce que, comme je te le disais, j'étais jeune, insouciant. Et je me dis, non, ça va fonctionner. Moi, j'étais hyper positif. Je pense que je pouvais peut-être même remonter le moral de mon entourage. Ah oui ? Je pense qu'ils étaient vraiment inquiets pour moi, ce qui est normal. Parce qu'ils se disent « Mais où est-ce qu'il va ? Où est-ce qu'on l'emmène ? » Et je suis conscient que ce n'est pas évident, quand on est dans la famille, de signer une autorisation d'intervention sur une telle intervention. Je suis conscient de ça. Mais vraiment, je n'avais aucune inquiétude. par contre il y a eu un événement particulier dans cette intervention c'est qu'à la sortie du bloc et pendant l'intervention ils m'ont touché le nerf facial sur le côté droit évidemment et ça a eu pour conséquence de paralyser tout le visage du côté droit donc je ne pouvais plus fermer l'œil, je ne pouvais plus bouger le sourcil les lèvres ne bougeaient plus non plus j'avais plus de sensation de peau et le professeur à l'époque m'a dit on est désolé, on a fait une bourde qu'en gros, c'était un des risques de l'intervention. On a touché le nerf facial et tu ne retrouveras jamais ta mobilité. Tu vas devoir vivre avec ça. Et dans des chambres d'hôpitaux spécialisées en stomatologie, il n'y a pas de miroir pour éviter aux personnes de se voir dans un miroir, pour éviter de voir les dégâts ou voir comment on est en fait. Donc déjà, quand le professeur m'avait dit « tu ne retrouveras jamais ta mobilité », ça m'a boosté à me dire, ça c'est hors de question, moi je ne resterai pas comme ça, et je ferai tout, je vais tout mettre en place pour retrouver ma mobilité, si ça doit prendre six mois, un an, je le ferai, je mettrai tout en œuvre. Mais là encore, j'étais jeune, insouciant, et le premier jour de ma rééducation, je me suis retrouvé devant un miroir, parce qu'il fallait que je voie comment réaliser les mouvements de rééducation, et en fait, là, j'ai vraiment constaté les dégâts et alors là, ça m'a mis un coup, là, je dois l'avouer par contre. Et en fait, il y a une larme qui a commencé à couler sur ma joue que je n'avais pas vue et que je ne sentais pas en fait. Et en fait, ça a été un énorme déclic pour moi dans le sens où je me suis dit, c'est la première et dernière larme qui coulera sur ma joue. Et c'est hors de question que je ne retrouve pas cette mobilité. Je vais tout mettre en œuvre et les exercices, s'il faut les faire plusieurs fois par jour, je le ferai. et j'ai mis 8 mois pour retrouver mon entière mobilité et aujourd'hui il n'y a plus de séquelles mais ça a été un moment marquant de cette intervention en tout cas de ce poste opératoire

Loïck là du coup scolairement parlant à cet âge là c'est l'essentiel de la vie c'est quoi ta situation j'imagine que tu es dans un établissement normal et simplement après l'opération, tu n'y vas pas pendant quelque temps ?

Loïc En fait, ce qui s'était passé, j'étais en fin de troisième, je venais d'avoir le brevet, j'ai passé deux mois à l'hôpital, j'ai passé mes deux mois de juillet-août à la Timone. Sauf que je rentrais en seconde, en septembre, mais je n'avais pas récupéré de mon intervention, j'étais fatigué, je n'étais pas dedans, si je puis dire, et j'ai raté ma seconde, j'ai redoublé. Mais ce qui a été quelque part un bienfait, ça a été bénéfique pour moi. Mais après, au-delà de ça, j'ai suivi une scolarité normale, alors que dans ma jeunesse, on m'a toujours dit que je ne ferai pas d'études, que je finirai dans un ESAT. Ah oui, waouh ! Oui, ça a été… J'ai des instituteurs qui avaient dit à mes grands-parents, votre petit-fils, il ne fera rien de sa vie, il finira dans un ESAT, il ne fera rien. C'est fou, ça, c'est hallucinant. Mais si tu veux, je leur dis merci ces personnes-là aujourd'hui. Je leur dis merci parce qu'ils m'ont... Ils ont forgé ce caractère que j'ai aujourd'hui. Ils m'ont permis de trouver une force que je soupçonnais pas. Et en moi, je leur disais mais vous verrez, dans quelques années on rigolera mais dans un autre sens. Et aujourd'hui, je les remercie. Et je leur en veux pas. J'ai aucune... J'ai aucune amertume.

Loïck Ouais. Alors... sur le sujet de alors c'est je porte pas de jugement il m'est arrivé un peu la même chose évidemment pas du tout sur le même registre mais moi c'était avec le sport de haut niveau parce que j'avais fait le choix de ne pas être en j'étais pas en sport études donc j'étais dans un lycée privé d'ailleurs mais classique mais en seconde j'ai dû rater quasiment trois mois de cours avec les stages et les compétitions à l'étranger parce que j'étais déjà en groupe France judo ok et ouais bon j'avais zéro soutien de mes profs et du coup mes notes ne suivaient pas forcément dans toutes les matières et donc ouais je me rappelle d'une réunion parent-prof d'orientation comme il y a régulièrement au début du lycée où mon prof principal avec toute sa bienveillance et avec toute sa bienveillance on va arrêter là recommandait à mes parents tu vois vu mes notes et sur la base uniquement de mes notes de m'envoyer en filière carrosserie alors j'ai absolument rien contre la carrosserie tu vois mais c'est pas du tout ceux à quoi j'aspirais et en fait carrosserie parce qu'il se trouve qu'il y avait un lycée professionnel carrosserie attenant au lycée général tu vois comme toi ça m'a mis une rage terrible c'est quoi ces conseils et heureusement mes parents en tout cas mon père avait fait des études et donc il s'est dit bah non il voyait bien la situation, il voyait bien ce que je pouvais faire et donc j'ai pas du tout fait carrosserie j'ai fait deux ans de classe prépa une bonne école derrière des postes intéressants enfin voilà c'est pas une finalité en soi tu vois mais je me dis c'est là où je leur en veux pas non plus aujourd'hui parce que comme toi je pense que je m'en suis nourri mais je me dis mais un ado un enfant à cet âge là tu vois qu'il y a moins de repères familiaux moins de volonté parce que toi on pourrait dire aussi tu vois quelque part l'adversité t'avais déjà connu quand on te balance ça que tu vas finir en ESAT ça fait déjà 15 ans que tu te tu vois tu te tu te gères au quotidien avec tes problèmes et quelqu'un qui a moins ce cadre-là, je me dis, si ça se trouve, les dégâts, ils sont... Enfin, les dégâts.

Loïc Ça peut être terrible. Ça peut être terrible, tu vois. Clairement, je suis d'accord.

Loïck Donc, je ne leur en veux pas moi non plus, mais je me dis, c'est quand même hallucinant que des adultes ne puissent pas mesurer le poids et l'impact de leurs paroles sur des gens encore en construction.

Loïc C'est clair. On dit qu'entre les enfants, des fois, les échanges sont compliqués, mais là, des fois, c'est violent.

Loïck Et d'ailleurs, pour finir sur cette partie de ton adolescence, ça s'est passé comment socialement l'interaction avec tes camarades à ce moment là

Loïc bah c'était compliqué également parce que comme je te le disais les enfants il y a de la moquerie on se rend pas forcément compte de ce qu'on dit j'ai vécu le canard boiteux j'ai vécu tu feras jamais d'études moi je serais ingénieur, toi tu serais éboueur j'étais pas le vilain petit canard de la classe si je veux en faire de jeu le mot mais pas loin mais bon voilà après en plus moi j'avais un profil assez solitaire j'ai toujours un profil assez solitaire j'avais pas non plus un grand groupe d'amis autour de moi mais c'était pas un souci pour moi moi je tracais ma route et voilà je me nourrissais de tout ça et j'avais des rêves et j'étais convaincu que ces rêves-là, un jour, je les mettrais en œuvre. En tout cas, j'arriverai à les réaliser.

Loïck Il y avait déjà le cyclisme dans ces rêves à ce moment-là ?

Loïc Non, franchement, le cyclisme. Il y avait du vélo, évidemment, parce que ça faisait partie de ma construction, de ma kiné, mais je n'avais pas du tout ces rêves de... Ça arrivait plus tard, ces rêves de compétition, de faire des grandes compétitions. C'est devenu beaucoup plus tard, ça.

Loïck Je te propose que tu nous en dises un peu plus. comment c'est arrivé tout ça et surtout le passage à l'action c'est toujours ça qui m'intéresse parce que les rêves et l'action il y a parfois des grands pas ou pas mais en tout cas il y a des pas à faire donc je suis curieux de savoir comment ça s'est passé pour toi

Loïc ouais carrément, non en fait c'est arrivé, j'étais en école d'ingénieur en fait donc je faisais toujours du vélo mais vraiment pas à dose homéopathique mais c'était quand j'étais en école d'ingé ça a commencé à me titiller un peu plus parce que j'avais vraiment envie de grandes compétitions mais après je me suis dit comment faire des grandes compétitions quand on a une jambe plus courte un bras plus court, comment faire c'est peut-être un peu illisoire qu'est-ce qui se passe et je commence à faire du vélo et puis je me dis est-ce que j'en suis vraiment capable est-ce que je pourrais faire ces grandes compétitions j'ai des doutes et puis un jour je commence à faire des recherches sur des courses handisport pour voir comment ça se passe mais à l'époque on est en 2001-2002 et à cette époque le handisport est très confidentiel et il n'y a pas beaucoup de courses il y en a très peu en France donc je commence à faire des courses autour de chez moi et c'est là que je commence à prendre le virus et ça commence à me plaire et la compétition au début c'est pas forcément la compétition contre les autres qui m'intéresse mais c'est presque la compétition contre moi-même qui m'intéresse parce que je me challenge en fait à chaque compétition, je me dis tiens je peux aller un peu plus loin je peux en faire un peu plus et puis comme je suis un peu têtu je m'impose une hygiène de vie je commence à m'imaginer que je peux peut-être faire du haut niveau et puis je commence à être rigoureux dans mon hygiène de vie, dans mes entraînements. Le vélo commence vraiment à prendre une place importante dans ma vie.

Loïck Là, tu es encore autour de Marseille à ce moment-là ?

Loïc Non, du tout. Je ne l'ai pas précisé, donc je vis sur Bordeaux. Donc là, sur mes études, je l'ai fait à La Rochelle. Grande terre de vélo. Grande terre de vélo. Et puis, c'est sympa comme cas. Il y a pire. On peut aller spotter sur l'île de Ré. C'est plutôt sympa. Et puis, je fais des courses en Vendée. Et puis, en fait, je m'aperçois que je fais des résultats. Et puis, je m'aperçois que je ne suis pas mauvais. Et puis, je me dis qu'on peut aller encore plus loin. Et puis, je commence à faire des courses en e-sport. Je commence à prendre part au championnat de France, à des Coupes de France. Et puis, il y a le sélectionneur de l'équipe de France en e-sport qui commence à me repérer, qui me dit, tu es nouveau. on ne le connaissait pas, tu viens d'où, c'est intéressant ce que tu fais, on va te surveiller, on va te suivre, ne t'inquiète pas, nani, nanaire. Et puis jusqu'au jour où on s'était, fin 2003, début 2004, donc là on était sur l'Olympiote d'Athènes, le sélectionneur m'a dit, écoute, on va t'intégrer dans la liste des sportifs de haut niveau sur les listes ministérielles, et puis tu vas intégrer l'équipe de France, et puis tu seras remplaçant pour les Jeux d'Athènes. Donc ça consistait à ce que si jamais... Moi, je ne suis pas parti à Athènes. Mais s'il y a un athlète qui était sélectionné pour les Jeux de Venez à se blesser, c'était moi qui étais dans les premiers rangs pour le remplacer. La classe ! Et là, on se dit purée, waouh ! En fait, c'est le début du rêve qui commence à se créer. On commence à toucher du doigt un univers qu'on pensait inatteignable. et puis je pense qu'on se dit il en faut encore plus j'ai envie d'en faire encore plus

Loïck là déjà le moment où tu apprends que tu intègres l'équipe de France il y avait une notion de remplaçant 1 remplaçant 2 etc en vélo ?

Loïc pas forcément il y avait un groupe et puis après c'est pas forcément moi qui partais mais déjà d'être dans la liste ministérielle du haut niveau moi c'était une véritable fierté j'étais là j'étais là justement

Loïck j'allais te demander tu l'as appris comment et c'était quoi si on fait un petit arrêt sur l'image là-dessus parce que là c'est déjà la concrétisation tu vois alors même si tu disais que le cyclisme c'était pas le rêve initial mais quand même c'est le

Loïc c'est le DTN c'est le directeur technique national de la section en disport qui t'appelle et qui te dit on va t'intégrer sur le liste ministériel félicitations et là t'en reviens pas énorme t'en reviens pas parce que là tu penses à tous ces gens qui t'ont dit que t'arriveras à rien dans ta vie, tu feras rien de ta vie. Enfin, voilà, c'est... Et là, tu te dis, waouh, c'est chouette, quoi. Enfin, c'est... J'étais vraiment fier de... J'étais vraiment fier de ça, mais tout en me disant ça me suffit pas, il m'en faut plus, quoi. Enfin, c'est le début, quoi.

Loïck Donc là, en été, tu disais 2001, c'est ça ?

Loïc 2000... Bah, 2003. 2003. Ouais, fin 2003, début 2004, quoi. Donc après, il y a les Jeux d'Athènes qui se passent, et puis... Et puis, comme je te disais, j'en veux toujours plus. Et puis après, je m'astreins vraiment à une hygiène de sportif de haut niveau. Pour moi, c'est mon métier. Je considère ça. On n'a pas de statut de professionnel dans l'handisport, mais je me considère comme un pro, en fait. En plus, après mes études d'ingénieur, j'ai eu la chance d'avoir un employeur qui réalisait des conventions avec la fédération handisport. Donc, on avait des adaptations de planning pour pouvoir s'entraîner facilement. Donc, ça, ça a été aussi une grande chance.

Loïck Oui, petite précision pour ceux qui nous écoutent, qui ne seraient pas familiers du mécanisme des remplaçants et qui pourraient se dire on est remplaçant du coup si on ne va pas au jeu c'est comme ça en fait les remplaçants leur rôle, leur mission c'est d'être fin prêt pour le jour J parce que jusqu'au dernier moment il va y avoir des blessures il faut se tenir prêt d'ailleurs je ne sais pas ils vous font venir quand même physiquement ils vous faisaient venir

Loïc j'étais à Bordeaux mais je m'entraînais comme tu le dis très justement je m'entraînais comme si demain on m'appelait tu reçois un coup de téléphone tu pars demain et voilà j'étais vraiment dans une spirale d'entraînement et de préparation et d'être prêt à une échéance

Loïck ce qui est à la fois hallucinant d'être sur liste ministérielle même remplaçant pour une échéance comme les Jeux ça souligne aussi un peu, pas l'ingratitude du sport mais il faut être prêt à s'entraîner comme si on y allait en sachant qu'il y a de très fortes chances qu'on n'y aille pas. C'est déjà un beau défi, je trouve.

Loïc C'est clair. Après, peut-être l'avantage que j'ai eu, c'est que dans le vélo, il y a ce côté ingrat, c'est qu'on est... On peut travailler pour les autres, mais on ne travaille pas pour soi, en fait. C'est ce rôle de Grégario qu'on appelle le rôle de porteur d'eau. Moi, j'adorais me défoncer pour mes coéquipiers. Moi, j'étais prêt à me mettre, à me plier en quatre pour faire en sorte que mon coéquipier gagne ça c'est le rôle d'équipier moi j'adorais ce rôle là j'étais j'étais pas forcément peut-être le meilleur je sais pas si je peux dire j'étais un leader mais en tout cas j'adorais ce rôle de coéquipier aussi oui

Loïck c'est vrai que tu fais bien le préciser j'ai jamais fait de compétition de vélo etc mais oui c'est vrai que je pense que c'est peut-être un sport où il y a peut-être beaucoup plus que dans beaucoup d'autres cette notion de travailler pour que tu as un collectif qui travaille pour un gars à la fin c'est ça

Loïc c'est un sport collectif mais à la fin il n'y en a qu'un qui gagne et cette personne là qui gagne cet athlète qui gagne c'est grâce à son équipe mais c'est moins visible que une équipe de foot ou de rugby par exemple

Loïck ouais ok donc là les Jeux d'Athènes se passent derrière donc tu dis que tu trouves un emploi toujours dans le coin Bordeaux la Roche

Loïc ouais sur Bordeaux après je suis arrivé sur Bordeaux, en fait, j'ai fait mon stage de fin d'études dans une entreprise qui s'appelle, à l'époque, qui s'appelait, alors je ne vais pas donner le nom, parce que les gens ne comprendront pas, je vais dire Airbus DS, donc c'est Airbus Defense and Space, c'est la branche spatiale de Airbus. J'ai fait mon stage de fin d'études chez eux, et j'ai eu l'opportunité, en fait, ils m'ont embauché à la suite de mon stage de fin d'études, donc ça a été une grande joie pour moi, et c'est boîtes-là, en fait, c'est des boîtes comme Airbus, elles ont des passerelles avec les fédérations. Enfin, voilà, il y a des avantages pour les sportifs de haut niveau. On avait des plannings aménagers. Enfin, voilà, c'est... En fait, je pouvais travailler, m'entraîner plus facilement qu'une personne qui n'a pas ces passerelles-là. Ça aussi, ça a été... Ça m'a beaucoup aidé, clairement. Donc, je suis à Bordeaux. Et, comme je te disais, j'en veux toujours plus. Le sport, c'est... Enfin, le cyclisme, c'est un sport qui coûte cher. parce que les vélos, ça coûte cher, il y a les déplacements. Voilà, logistiquement parlant, c'est coûteux. Et en fait, je me disais, j'avais un copain qui était cycliste en e-sport, qui était dans l'équipe Cofilis à l'époque, l'équipe Pro Cofilis. Et je me suis dit, pourquoi pas moi ? Pourquoi ? Moi, je n'interdiais pas non plus un top team. Mais bon, lequel ? Et puis, comment on fait ça ? Et puis, en fait, il y avait une équipe qui me plaisait beaucoup de par son ADN, de par les valeurs qu'elle transmettaient. C'était le team de Jean-René Bernodeau. Aujourd'hui, c'est le team Total Energy. À l'époque, c'était Bouygues Telecom. Et en fait, dans ces situations-là, moi, en général, je ne me pose pas trop de questions. Je me dis, je vais aller frapper à la porte. Alors tout le monde me disait « mais t'es complètement fou, le mec il ne pourra jamais te recevoir, t'es personne toi par rapport à lui ». Je dis « j'en sais rien, en tout cas moi j'ai envie d'essayer, ça ne coûte rien ». Et je me suis retrouvé à aller en Vendée, donc au siège social de l'équipe qui est en Vendée. Et puis je toque à la porte du… c'est un manoir, c'est un château le siège. je vois la secrétaire à l'écueil je dis bonjour, je voudrais rencontrer M. Bernodeau ah bah oui il est là, je vais voir si je peux vous recevoir et Jean-René me reçoit je me retrouve dans le bureau de Jean-René avec les maillots de Thomas Vauclair, Laurent Brochard au mur, accroché au mur il y a un moment donné je me dis mais qu'est-ce que j'ai fait je suis peut-être un peu fou quand même et puis je commence à lui raconter mon histoire ce que je voudrais faire avec lui Et puis, je crois qu'au bout de 10 minutes, tu vois, il me coupe la parole. Et là, je me dis, bon, c'est plié, c'est foutu. Il va me dire de rentrer chez moi gentiment. Et puis, voilà. Et puis là, il me dit, bah, OK, ton histoire me plaît. On va aller dans les hangars et puis on va t'équiper.

Loïck Ah ouais, comme ça.

Loïc Ouais. Et là, je me dis, mais c'est une blague. Et effectivement, je l'accompagne. Il me dit, voilà, il y a les mécaniciens de l'équipe. je vous présente Loïc, il va faire partie du team donc on va l'équiper en vélo, en fringues tu fais partie du team, bienvenue ah la vache et en fait c'est ça c'est une des expériences qui m'a dit qu'il faut tout tenter il ne faut vraiment pas avoir de frein même si on pense qu'on va être ridicule ou qu'on va paraître fou mais voilà j'ai vécu, je me suis retrouvé à faire des stages d'entraînement de début de saison avec des gens comme Thomas Vaucler, Laurent Brochard. Et toi, tu es le... Je me revois le petit enfant qui voyait ses coureurs à la télé. Je me retrouve avec eux faire des sorties en vélo. C'est juste dingue. Parce que

Loïck ça se présente comment les stages, les compétitions, etc. À ce moment-là, tu es dans une filière handi où tout le monde s'entraîne ensemble.

Loïc Non, en fait, il n'y a pas de filière à l'époque. Aujourd'hui, je ne saurais pas te dire comment ces trucs Mais à l'époque, on est chacun dans notre coin, en fait, au niveau handisport. On se crée nous-mêmes notre team avec notre entraîneur, notre prépa physique. On se cherche des personnes qui peuvent nous aider à évoluer, à se construire, à performer.

Loïck Et du coup, quand tu concours, par contre, tu concours sous le maillot du team ?

Loïc Par contre, voilà. Je concours sous les couleurs de bruit de télécom. donc ça aussi c'est une immense fierté de faire des compétitions en France avec le maillot c'est vraiment une fierté c'est trop beau c'est magnifique je porte les couleurs je représente ce team ils m'ont fait confiance maintenant c'est à moi aussi de leur prouver qu'ils ont eu raison ça met peut-être une forme de pression derrière parce qu'on se dit je suis redevable de mais Jean-René n'est pas comme ça c'est quelqu'un de très humain de très affectueux il est vraiment il met pas du tout la pression c'est pas quelqu'un qui va te dire t'es dans le team maintenant il joue des résultats il sera toujours là pour t'aider si t'as des questions vraiment quelqu'un de très proche

Loïck t'as gardé tes maillots de l'époque ?

Loïc ouais j'en ai gardé, j'en ai même encore un peu trop c'est vrai ma femme m'a dit souvent il va falloir savoir il va falloir tu réfléchisses à me dire qu'est-ce qu'on fait de tout ça mais ouais j'ai gardé j'arrive pas à les jeter quoi ni à les vendre c'est même tu vois j'ai gardé les deux derniers vélos que j'avais du team et je les ai jamais vendus quoi

Loïck c'est on rentre un peu dans les tailles techniquement mais c'est des vélos qui tiendraient la route aujourd'hui encore ou

Loïc là typiquement tu vois je vais reprendre le vélo je sais pas quand mais je vais reprendre le vélo je compte moi ils m'en servira à nouveau alors évidemment ils n'ont pas les dernières technologies ils n'ont pas les freins à disque parce que c'est encore des anciens les anciennes technos ils n'ont pas autant de vitesse que les nouveaux d'aujourd'hui mais le carbone ou la structure du cadre elle n'a pas changé c'est toujours les mêmes technos donc j'ai envie de dire que pour le moment ça me suffit enfin ça me va très bien ils sont encore performants je ne sais même pas si par contre je ne sais pas si j'aurai le physique pour les emmener c'est ça mais en équitude

Loïck ça ça peut être un peu brutale quand tu t'es... C'est ça. Mais bon, on verra. Que t'as un comparatif, une échelle de comparaison qui est celle de ta période de haut niveau quand il faut se remettre dedans, ça pique un peu.

Loïc Ouais, ça pique un peu, exactement. Mais bon. On est un peu exigeants des fois.

Loïck Ouais, c'est ça. Ok, donc t'intègres ce team Bouygues. L'aventure, elle dure combien de temps pour toi avec eux ?

Loïc L'aventure, elle va durer donc de 2005 jusqu'à 2009 à peu près.

Loïck OK.

Loïc Parce que il s'est passé un truc un peu avant. Donc, on est dans la période des Olympiades de Pékin. Donc là, on est sur 2008. Donc moi, mon objectif, après avoir été remplaçant pour les Jeux d'Athènes, c'est clairement de faire partie du voyage et d'aller à Pékin pour briguer une médaille. Donc là aussi, je mets tout en œuvre pour y arriver, pour arriver à mon objectif, que ce soit hygiène de vie, entraînement, j'en fais toujours plus que ce qu'on me demande parce que je suis têtu, parce que je suis engagé, parce que je me dis que ça ne suffit pas, il en faut encore, encore et encore. Et c'est en fait en 2006, en août 2006, il y a un matin, je commençais depuis quelques semaines à sentir de la fatigue arriver, je n'étais pas en grande forme. Dans le jargon, comme on dit, j'étais un peu collé sur la route, je me disais, je n'avance plus, c'est bizarre, peut-être qu'il faut que je fasse une petite coupure et puis il y a un matin j'étais dans mon lit et je n'ai jamais pu me lever j'ai pas réussi à me lever j'ai cru que j'étais collé au lit incapable de me lever j'arrive tant bien que mal à attraper mon téléphone en me disant mais attendre qu'est-ce qui se passe il faut que j'appelle mon médecin qui me suivait avec les îles du sport sur Bordeaux je lui ai dit écoute ça ne va pas du tout je suis dans mon lit, je ne décolle pas, je n'y arrive pas, je ne sais pas ce qui se passe, qu'est-ce que je fais ? Et là, il me dit, on va faire une prise de sang et on va voir s'il y a quelque chose. Donc, tant bien que mal, j'arrive à aller faire ma prise de sang. Et les résultats tombent, le coup prétombe, mon médecin me rappelle et puis il me dit, en fait, tu as une mononucléose. Donc, dans la version, là, c'est le surentraînement, j'ai les batteries à vide, je n'ai plus de jus, je n'ai plus rien, tout est à plat il me dit là t'en as pour 8 mois si c'est pas un an faut que tu te reposes t'es arrivé à bout

Loïck parce que mononucléose pardon excuse-moi Loïc conséquence du surentraînement

Loïc conséquence du surentraînement du surentraînement de la malnutrition parce qu'en fait à l'époque on n'était pas du tout suivi en termes de nutrition et j'ai fait n'importe quoi clairement et puis dans le vélo le vélo est un sport ingrat dans le sens où tu es à la recherche de l'optimisation tu es à la recherche d'être le plus léger possible avec le poids, donc tu te dis qu'est-ce que je fais, je vais manger une pomme et du jambon parce que comme ça je vais sécher et puis comme ça je vais être encore plus performant mais sauf que j'étais en train de faire tout ce qu'il ne fallait pas j'en étais même arrivé avec des bêtises complètes j'allais des fois m'acheter du lyophiliser, quoi. Des plats lyophilisés en me disant, je ne vais pas grossir. Parce que j'avais qu'une crainte, c'est de grossir, de prendre du poids, parce que pour moi, prendre du poids, c'était ne plus être performant, quoi.

Loïck Attends, lyophiliser, tu l'es bouffé non réhydraté, du coup ?

Loïc Si, un peu réhydraté, mais je ne sais pas pourquoi, je me disais avec ça, je serais moins... Je serais moins gros, je prendrais moins de poids, je vais sécher, je vais être plus performant, enfin voilà. En fait, je me suis détruit, en fait.

Loïck Ouais, moi, je mangeais des pâtes mi-cuite, parce qu'on m'avait dit que ça absorbe dans l'estomac. Ah oui, d'accord.

Loïc Génial. Donc voilà, tout s'effondre en fait. Tout s'effondre parce que les rêves de jeu s'effondrent aussi, parce qu'on te dit que c'est fini, parce que tu ne pourras jamais revenir à temps pour les échéances. Là s'ensuit une grande phase de dépression en plus, évidemment, parce que tout s'effondre, parce que là on se dit que tous ces sacrifices pour ça, tous les sacrifices de ne pas avoir fait de sortie avec ses potes de ne pas avoir fait des voyages d'avoir profité je faisais 25 000 bornes par an moi j'étais vraiment en focus vélo il n'y avait rien d'autre dans ma vie je me levais vélo je vivais vélo, je dormais vélo je mangeais vélo pour moi c'était le vélo et c'est là tu te dis tout ça pour ça quelle bêtise c'est terrible, j'ai raté ma vie, c'est le cauchemar, je ne peux même plus voir le vélo à la télé, je ne peux plus entendre parler autour de France, je ne peux plus entendre parler, je me dis que c'est fini. Pendant une bonne année, voire un peu plus, j'ai été suivi par un psychiatre pour pouvoir m'aider à me reconstruire, à pouvoir gérer cet événement et me dire que il m'aura fallu, je pense, 3-4 ans, si ce n'est pas plus, honnêtement, pour me dire que finalement, cette carrière de niveau, ça aurait été une chance dans ma vie, ça aurait été une école de la vie extrêmement enrichissante. Mais ça n'est pas arrivé de suite. Il m'avait vraiment fallu du temps pour l'absorber, le digérer. Ça a été long. Ça a été un processus qui a été très très long.

Loïck tu dirais tu t'expliquais un peu plus tôt que ta vision du handicap c'est que finalement ça t'avait forgé et puis après derrière ces merveilleux commentaires qui te disaient que t'allais finir tes jours globalement rien faire de ta vie, t'avais aussi servi finalement de booster avec du recul maintenant à 47 ans tu le vois comment cet épisode mononucléose fin de carrière pro d'un point de vue positif on va dire comment est-ce que ça a contribué à écrire la suite de l'histoire

Loïc en fait ça en fait après coup je me suis dit mais en fait je suis hyper chanceux je suis hyper chanceux parce que j'ai vécu une carrière de haut niveau j'ai intégré un top team j'ai côtoyé des pros j'ai couru avec des pros enfin je peux vraiment être fier de ça quoi c'est c'est une enfin et c'est une grande chance et c'est en ça que je dis que mon handicap a été ma plus belle opportunité parce que c'est grâce à lui que j'ai vécu ça en partie alors évidemment après il y a le mental il y a plein d'autres choses mais sans lui je n'aurais pas vécu ce que j'ai vécu là tu vois et si j'ai dû m'arrêter brutalement comme ça ben c'est comme ça tant pis c'est la vie c'est que ça devait être écrit de cette manière là et puis voilà et puis il y a eu d'autres choses après donc aujourd'hui je vis cet épisode là positivement enfin non en tous les cas c'est pas une aujourd'hui c'est plus du tout je le vis pas du tout comme un échec

Loïck ouais c'est quoi la place du vélo aujourd'hui dans ta vie, si ça a encore de la place ?

Loïc Aujourd'hui, ça a repris de la place parce qu'en début 2025, j'ai eu des douleurs au niveau de mes hanches. Et c'est là qu'on m'avait demandé on m'a dit que tes hanches sont usées, elles sont arrivées en rupture mécanique, on ne peut plus vraiment attendre, il faut qu'on t'opère, il faut qu'on te pose des prothèses de hanches parce que tu souffres trop et parce que les douleurs que tu as dans le dos ou que tu as sur le psoas, par exemple, viennent de là. Donc, il faut qu'on t'opère.

Loïck Parce que du coup, pardon Loïc, l'usure prématurée, c'était une usure prématurée qui était liée à quoi ?

Loïc En fait, du fait que les articulations soient détruites du côté droit, j'ai surcompensé avec les articulations du côté gauche, ce qui fait que ma hanche du côté gauche s'est usée prématurément. Le professeur qui me suivait pour les hanches m'avait toujours dit je ne veux pas t'opérer parce que j'ai peur de faire plus de mal que de bien. Aujourd'hui, tu es autonome, aujourd'hui tu marches. Il me disait ça à l'époque quand j'avais une dizaine d'années. Je ne veux pas t'opérer. On t'opérera le jour où tu seras le jour où tu auras des douleurs intonables. Depuis, il est parti à la retraite. C'est d'autres chirurgiens qui me suivent aujourd'hui. Mais voilà, c'est de l'arthrose. J'ai fait de l'arthrose sur les hanches. Je pensais me faire opérer plutôt vers les 55, 56 ans. Bon, c'est arrivé 10 ans plus tôt, c'est comme ça, c'est pas grave. C'est comme ça. C'est comme ça que le vélo a repris une place dans ma vie aujourd'hui, parce que le chirurgien qui m'a opéré m'a dit on va vous opérer en octobre 2025. Quand il m'a dit ça, c'était au mois de mars 2025. Par contre, on a 6 mois devant nous. Pendant ces 6 mois, je veux que vous fassiez du vélo et il faut que vous renforciez les articulations, les cuisses, les fessiers pour que lui, ça l'aide dans sa chirurgie parce que ça les aide. Et puis pour moi, après, en post-opératoire pour que je puisse récupérer plus vite. Donc le vélo est revenu, je ne sais pas, ce n'est pas naturellement parce que là, on me l'a imposé. Et en fait, je me suis dit, purée, ça m'avait manqué. Et pendant toutes ces années où je m'étais dit je ne veux plus parler de vélo, tu ne me feras jamais remonter sur un vélo parce que c'est hors de question et puis parce que quand je monte sur un vélo, je ne sais pas en faire en mode plaisir. Je me suis engueulé de nombreuses fois avec ma femme où ma femme me disait, mais c'est bon, on a le temps. Et moi, je lui disais, non, mais c'est bon, il faut y aller. On se fait chier. Et c'est grâce à elle que j'ai repris, ou en tout cas, j'ai découvert la notion de plaisir dans le vélo. Et que j'allais faire du vélo vraiment pour m'oxygéner, prendre l'herbe et pas forcément être dans le mode compétition quelle moyenne quelle distance quel dénivelé tu vois donc le vélo est revenu comme ça dans ma vie et là tu vois ça me ça me pique bien comme il faut en ce moment j'ai qu'une hâte c'est de remonter sur un vélo et je sais pas encore dans combien de temps j'ai remontré mais ça me tarde

Loïck du coup octobre 2025 si j'ai bonne et morte c'était la première opération

Loïc donc en fait ils ont fait quoi ?

Loïck ils ont fait une pose de la moitié d'une hanche

Loïc non alors là c'est une prothèse totale de hanche avec en plus une greffe osseuse parce que mon bassin n'est pas très bien constitué puis surtout ma hanche est en arrière de bassin et que là il faut la ramener en avant de bassin donc c'était une chirurgie complexe, les deux chirurgies ont été très complexes donc le chirurgien s'est un peu amusé si je puis dire et voilà c'était pas une opération lambda comme on peut le voir aujourd'hui où les personnes le font en ambulatoire c'est-à-dire qu'une prothèse aujourd'hui tu rentres le matin, tu sois le soir, tu remarches quasiment je vais t'appeler un peu rapidement sauf que dans mon cas c'était pas du tout le cas parce qu'il a fallu que je sois immobilisé pendant 6 semaines pour laisser la greffe osseuse prendre, se consolider c'était un cheminement un peu plus complexe qu'une prothèse classique.

Loïck Et donc là, on l'avait rapidement évoqué un peu plus tôt où je t'ai posé une question sur l'identité par rapport à cette opération de la dernière chance de l'époque. Là, le sujet d'identité, si j'ai bonne mémoire, il s'est repointé. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?

Loïc Oui, il s'est repointé parce que le chirurgien m'a dit « Vous allez voir, vous allez revivre ». Et en fait, quand il m'a dit cette phrase, je ne l'ai pas compris sur le moment. je me suis dit, mais pourquoi il me dit ça ? Je lui dis, mais pourquoi vous me dites ça ? Vous allez voir, vous allez avoir des mobilités de hanche qui sont bien plus supérieures que ce que vous ne pouvez connaître aujourd'hui. Limite, il commençait à me dire, vous ne boiterez peut-être plus, parce que suivant comment je vais réaliser la chirurgie, il se peut que je rallonge votre jambe du côté droit. Et en fait, moi, j'ai résumé ça dans le mode, purée, mais demain, je ne suis plus handicapé. je suis plus une personne en situation de handicap et en fait demain qui je vais être parce que moi en fait je me suis construit avec mon handicap j'ai vécu depuis 47 ans je vis avec mon handicap et à la différence d'une personne qui a eu un accident de la vie dans son parcours a la possibilité de faire un peu un avant-après mais sauf que moi quand les gens me disaient mais tu vas voir tu vas revivre c'est que du mieux je leur disais mais je comprends pas et en fait ça m'a vraiment perturbé je me suis posé tout un tas de questions et je me suis adjoint et servi d'une psychologue parce que franchement j'avoue j'y arrivais plus tout seul pour pouvoir un peu aborder ces questions d'identité avant même la première intervention parce que ça me même tu vois pour te raconter une anecdote avec ma femme on avait été à un concert à Bordeaux peu de temps avant l'opération on est passé par l'accès réservé aux personnes en situation de handicap et j'ai dit à ma femme, ah bah faut que j'en profite cette dernière fois, je vais y passer par là parce que demain je serai plus en situation de handicap sauf que bah en fait non c'est pas le cas j'ai encore mon épaule par exemple qui est pas résolu j'ai encore des soucis je vais être encore handicapé demain mais en tous les cas ça m'a vraiment perturbé parce que je pensais que je serais plus le même demain mais c'est quand même perturbant de voir les mobilités de hanche que j'ai aujourd'hui. Parce que je fais des choses que je n'ai jamais faites. Par exemple, écarter les jambes quand tu es assis, je ne l'ai jamais fait. Et je me retrouve à faire des trucs comme ça. Et des fois, quand je vois mes jambes, je me dis, mais ce n'est pas moi. Ou pas, c'est moi, ce n'est pas moi. Et c'est perturbant, en fait. Ça peut paraître anecdotique, mais c'est vraiment perturbant.

Loïck C'est ultra intéressant ton histoire, sur cet aspect-là en particulier, parce que c'est la première fois que j'échange avec quelqu'un qui tourne la page sur un handicap de naissance finalement à 47 ans tu le fais à 47 ans et pas à 12 donc oui tu as toujours vécu comme ça c'est ultra intéressant parce que ça fait se poser des questions sur plein de choses, nos repères nos références etc

Loïc parce que tu vois je m'imaginais quand il me disait que vous allez revivre je me dis mais en fait je vais être comme tout le monde je vais pouvoir croiser mes jambes, chose que je ne pouvais pas le faire au final parce que je n'ai pas assez de mobilité malgré tout. Mais c'est les questions que je me posais avant quand je me disais, mais purée, avant les interventions, je me disais, mais en fait, je vais pouvoir faire tout comme quelqu'un qui est valide. En fait, non, pas tout à fait. Mais voilà, ça perturbe en fait. Mais ça perturbe aussi encore aujourd'hui de voir les mouvements que je n'ai jamais pu faire et que je peux faire aujourd'hui. Tu redécouvres au final. Oui, je me redécouvre et c'est que le début parce que j'ai attaqué la kiné pour la deuxième range que depuis trois jours. Et ça progresse. Ça va vite et ça va s'améliorer. Donc, c'est chouette. Énorme.

Loïck Ah là là.

Loïc C'est une belle aventure. Oui, c'est clair. C'est un chamboulement, mais ça a été compliqué. Sur la deuxième range, ça a été compliqué parce que l'intervention était encore plus complexe que la première. Mais bon, c'est vraiment des... Ça m'a appris. Ça m'apprend encore la patience. parce que je ne suis pas très patient.

Loïck Oui, six semaines allongées. En plus, tout ce qui est hanche, c'est vraiment un point pivot du corps.

Loïc Oui, et puis là, si tu veux, ça a été compliqué parce que comme la pose de la prothèse sur le côté droit, qui était donc la hanche la plus abîmée, et à la base, le chirurgien m'avait dit qu'on ne pourra jamais vous l'opérer à votre hanche droite parce qu'elle est trop abîmée. L'infection, l'ostéomyélite a trop endommagé l'articulation. et en fait au final il a il numérise tout maintenant en 3D, avec un scanner 3D il a réussi à voir que finalement il y avait une faisabilité parce qu'en fait aussi ce qu'il faut préciser c'est que quand ils m'ont posé la première prothèse j'avais déjà donc un écart de jambe, une longueur de jambe de 4 cm et la prothèse la pose de la première prothèse m'a rallongé la jambe de 3 cm donc j'avais 7 cm d'écart entre les deux jambes donc là ça devenait très compliqué et j'ai dit au chirurgien il ne faut pas me laisser comme ça parce qu'il m'avait répondu très sympathiquement non non ne vous inquiétez pas on ne va pas vous laisser comme ça et voilà et donc là le fémur du côté droit a été rallongé de 5 cm d'un coup avec la pose de cette prothèse et musculairement au niveau des nerfs, au niveau des tendons, des articulations ça tire beaucoup et les douleurs nocturnes c'est assez compliqué parce que les douleurs ressurgissent la nuit notamment et j'ai passé 6 semaines compliqué, là, ça va un peu mieux, je commence à voir le bout du, la sortie du tunnel. Mais ça n'a pas été simple, le passage, ça a été très compliqué à appréhender.

Loïck C'est quoi les grandes étapes, du coup, la suite, au-delà de la rééducation, est-ce qu'il reste des choses sur ce

Loïc sujet ? Bon, ben là, il y a encore du boulot, parce qu'aujourd'hui, je marche pas, je marche avec les béquilles, tu vois, j'ai pas encore de, je marche pas, je marche avec mon déambulateur, par moments, dans la maison, et avec mes béquilles à l'extérieur. là je ne peux pas encore déployer la jambe droite parce que les muscles n'ont pas pu pousser de 5 cm d'un coup comme les os ont pu le faire donc il faut laisser du temps encore donc il faut que je fasse de la kiné j'espère pouvoir aller au cerce de Cap Breton avant l'été pour pouvoir faire une réathlétisation tu vois en tant qu'ancien sportif de haut niveau je peux avoir accès à ces centres donc ça ça serait une étape importante dans tous les cas dans mon process de reconstruction donc voilà c'est déjà de réapprendre tout ça, remarcher me réathlétiser et puis remonter sur le vélo mais là encore je ne me fixe aucun aucun jalon temporel parce que je n'ai pas envie d'être déçu ou de me dire je me suis fixé un objectif inatteignable je veux vraiment avancer pas à pas et ça a été la leçon, la grande leçon de ces deux interventions c'est vraiment de prendre son temps et d'avancer pas à pas et s'il faut deux ans j'ai en tête un projet ou un défi sportif que je m'étais fixé en 2027 et depuis 15 jours, 3 semaines je me dis ça sera peut-être qu'en 2028 je ne veux pas du tout me mettre de pression la pression en s'en met suffisamment je pense je veux prendre mon temps me reconstruire avec ces deux nouvelles prothèses découvrir mon corps mon nouveau corps et l'appréhender comprendre comment il fonctionne et avancer avec lui

Loïck il faut parfois mieux ralentir pour mieux accélérer derrière

Loïc exactement j'ai pas envie de me blesser enfin voilà tu vois j'ai pas envie de plus vite que la musique j'ai pas de il n'y a pas d'urgence franchement et je veux vraiment prendre le temps de me reconstruire et voilà ça a été compliqué depuis le 20 octobre donc je ne veux pas précipiter les choses.

Loïck En tout cas, c'est ce que je te souhaite, un bon rétablissement rapide et complet. Tu as évoqué une autre discipline en intro, on n'en a pas encore parlé pour le moment, il nous reste un petit peu de temps pour le faire. Ce n'est pas paddle tout court, c'est l'ultra paddle, ça je m'en rappelle.

Loïc C'est le prone paddleboard, version allongée ou à genoux. Quand j'ai un cadre haut niveau, s'est stoppé brutalement, comme je l'expliquais. En fait, j'ai eu un besoin de faire encore des... Ce n'était pas forcément du haut niveau, mais j'avais encore besoin de me dépenser ou, en tous les cas, de me prouver quelque chose ou de me dire que je n'étais pas fini quelque part ou que la façon dont c'était stopper cette aventure-là, me dire que j'étais encore capable de faire quelque chose et que ce n'était pas infaisable. et en fait par des connaissances communes donc on m'a présenté Stéphanie Barnex qui est renommée dans la discipline et c'est elle qui m'a mis sur la planche, c'est elle qui m'a appris la discipline et c'est elle qui m'a donné goût à cette discipline, déjà parce que j'aimais aussi l'océan j'avais cette envie de retourner à l'océan parce que j'aimais le surf, les vagues tout ça, j'aime la voile j'aime l'océan, parcourir des longues distances et comme ça se rapprochait un peu de l'endurance, c'était un sport d'endurance clairement sauf que là, au lieu de fonctionner avec les bras, pardon, avec les jambes, on fonctionnait avec les bras, donc ça m'a vraiment plu, j'ai vraiment pris le virus, et pendant, ça c'était entre 2008 et 2011, j'ai fait, j'ai fait quelques courses, mais j'ai surtout fait des défis, parce que le mode course, tu vois, c'était plus du tout un mode qui me plaisait, j'étais plus du tout en ligne avec ça, moi je préférais presque faire une compétition face à moi-même et face à l'élément, face à l'océan. J'ai fait quelques défis, quelques tentatives de record en Méditerranée, notamment sur, par exemple, la Ciotat-Marseille, qui fait à peu près 19 000 nautiques. Donc, 19 000 nautiques, il faut le doubler. Donc, ça fait à peu près un peu moins de 40 kilomètres. Et je l'avais effectué en presque 6 heures, un peu moins de 6 heures même.

Loïck Quand même, c'est du long.

Loïc Oui, c'est du long et puis c'est vraiment pour ça que je lui dis que ça se rapproche un peu de l'ultra-trail, c'est vraiment des gros engagements d'endurance. Et donc, c'est une discipline qui m'a apporté un autre aspect en termes de développement mental, de développement physique, de connaissance de soi. Et je pense que ça m'a aussi permis de fermer le volet du haut niveau ou en tous les cas du sport de compétition en me disant, j'ai fait ce que j'avais à faire dans le haut niveau ou dans le dépassement de soi. voilà, je peux... Je ne sais pas si je peux m'arrêter... Comment dire ? Enfin, voilà, j'étais content de moi, quoi. Tu n'as rien à prouver, peut-être. Tu n'as rien à prouver, exactement, oui, merci. J'avais bouclé la boucle, quoi. J'avais fait tout ce que je pouvais faire et ce que je voulais faire, et voilà. Je suis arrivé en 2011, et puis en 2011, c'est l'époque où, après, j'ai rencontré ma femme, et puis voilà, on avait nos projets ensemble, donc voilà. Il fallait que je tourne la... Enfin, non, ce n'est pas que je fallait, j'ai tourné la page naturellement mais ça a été une bête période

Loïck question toute bête mais sur une épreuve de 6h où t'es en mer dans le cas d'une course, pas d'un entraînement ou d'un défi que tu te ferais en solo il y a des ravitos ou t'as tout sur ta planche ?

Loïc en général quand c'est en mode course tu as tout sur ta planche mais suivant la longueur de la course tu peux aussi avoir un bateau d'assistance qui te suit, ne serait-ce que pour la sécurité si jamais t'arrives à un pépin physique qui lui après peut te passer du ravitaillement donc t'es pas tout seul et là clairement dans mes défis que j'avais fait en Méditerranée j'étais en sécu avec un Zodiac qui me suivait sur toute la longueur du parcours pour me passer le ravitaillement et pour en cas de soucis physique notamment

Loïck ça existe ce genre d'épreuves sur plus de 24 heures en tout cas qui implique la nuit ou trop compliqué pour la navigation et tout ?

Loïc Alors il y a des défis Stéphanie notamment dont je t'ai parlé elle elle a fait des défis beaucoup plus enfin beaucoup plus engageants qui vont au-delà de 24 heures elle par exemple elle a traversé l'Atlantique elle a traversé le Pacifique en équipage enfin en équipe elles étaient en relais mais voilà ça peut se faire après mais la rame de nuit c'est encore autre chose parce qu'il y a une perte de repère on ne voit plus la ligne d'horizon tu peux avoir du mal de mer c'est très complexe à gérer moi par exemple sur le défi que j'avais fait entre la Ciotat et Marseille j'étais parti de nuit très tôt le matin pour avoir les meilleures conditions, très peu de vent une mer assez calme et c'est perturbant parce qu'on voit rien on a sa lampe torche sur le front on voit rien du tout en termes de repères c'est perturbant ça fait vraiment bizarre ça s'apprend mais sans le travail l'entraînement ça fait partie des entraînements à aborder pour pouvoir bien gérer ces passages-là.

Loïck Ok. Alors, j'avais une invitée en 2022, donc ça commence à dater, Emmanuel Becheron.

Loïc Elle faisait partie de l'équipage qui a traversé le Pacifique dernièrement. Tu dis traverser le Pacifique avec des femmes

Loïck qui ont 36 000 projets. Non,

Loïc c'est clair.

Loïck Ok, donc elle était dans l'équipe.

Loïc Manu faisait partie, oui, exactement. Elle faisait partie du team.

Loïck Ok, donc c'est avec l'association optimiste

Loïc optimiste et capoptimiste c'est ça, excellent pour les personnes atteintes de cancer et d'épassement de soi et d'utiliser le sport comme moyen de reconstruction

Loïck ouais, ok, parce que quand tu m'as dit planche de 6 mètres ça peut parler ça me parlait c'est une autre appellation est-ce que ce serait du coup j'ai la description de l'épisode sous les yeux c'est sauvetage sportif ? sauvetage côtier donc c'est taille de planche 6 mètres sans plier à la force des bras

Loïc ça c'est pour le long distance après t'as d'autres tailles, t'as du 12 pieds donc ça fait à peu près ça fait environ 3 mètres mais sur les longues distances c'est du 6 mètres en général

Loïck si du coup il y en a qui sont intéressés foncez écouter l'épisode avec Emmanuel c'était vraiment hallucinant, elle nous avait parlé elle aussi de sa reconstruction d'ailleurs après un événement perso dramatique et comment elle s'était lancée dans ce projet 8000 kilomètres à travers le Pacifique sur une planche de 6 mètres de long excellent alors on a énormément parlé de cyclisme, on a parlé de reconstruction de construction avant de se reconstruire même de prone paddle, c'est quoi la suite pour toi, t'as rapidement évoqué et je sais pas si tu veux en parler mais t'as rapidement évoqué les défis que t'avais en tête a priori plutôt pour 2028 maintenant c'est quoi qui se présente et attention parce que j'ai déjà eu plusieurs invités qui ont annoncé des défis sur le podcast, je me retrouve un peu obligé de le faire

Loïc je me lance je suis fou, je me lance j'ai un défi parce que comme je te disais on en parlait tout à l'heure sur les problèmes enfin ça n'est pas les problèmes sur les questions d'identité je me disais purée, j'arrive à faire je me lance un défi à vélo pour parler de ce chemin de la reconstruction, ce chemin intérieur, mais un défi qui ne soit pas forcément performance, et en fait, par le plus grand des hasards, mais même s'il n'y a pas de hasard dans la vie, je suis tombé sur le défi des sept majeurs, qui est un parcours cycliste entre la France et l'Italie, à la conquête des sept géants des Alpes du Sud, donc le col de Var, je crois, le col d'Isoire, le col d'Agnel, il y a le Semper, le faunira lombarde il y a le col de la bonnette et ils font plus de deux ils culminent tous à plus de 2000 m donc ça fait à peu près 300 je crois à 360 km avec 11 000 m de dénivelé et en fait dans ma tête je me dis je me ferais bien ce défi là avec mes nouvelles prothèses de hanche

Loïck énorme

Loïc voilà alors je te dis ça mais quand je raconte ça j'ai la frousse tu vois mais je suis excité en même temps enfin voilà tu connais du coup

Loïck la confrérie des 7 majeurs ça te parle

Loïc ben oui je me suis rapproché d'eux pour voir comment comment ça se passait oui oui carrément carrément trop bien en plus là ils sont en train de développer un logiciel pour paramétrer ton parcours ils font des super trucs c'est excellent énorme

Loïck sacré défi ouais ok pas simple sacré défi ben en tout cas si tu veux j'ai eu un invité Nathan Courtier là aussi lien en description de cet épisode si vous voulez aller écouter qui l'a fait en moins de 24 heures les 350 km 11 mm de dénivelé donc si tu veux des conseils ou des tips carrément quelqu'un qui l'a fait j'imagine que tu es déjà bien connecté mais voilà

Loïc non non mais carrément c'est toujours bon à prendre

Loïck trop bien bah écoute Loïc sacré défi à venir moi je voulais te dire un immense merci c'était un merci à toi un grand plaisir de pouvoir échanger avec toi surtout d'en apprendre plus sur ton parcours plaisir à partager ultra ultra inspirant de voir comment finalement la réflexion que tu portes sur toutes ces différentes étapes de vie que tu as pu par lesquelles tu es passé et puis l'état d'esprit avec lequel tu abordes les prochaines hâte de voir ce que tout ça va donner et puis je te propose un rendez-vous post défi décès majeur avec grand plaisir

Loïc je te tiens au courant de toute façon

Loïck yes d'ailleurs parce que tu as un avantage en termes de poids à avoir des prothèses de hanche c'est plus léger

Loïc c'est à dire au niveau de mon organisme

Loïck est-ce que en changeant tes hanches

Loïc je me suis même pas posé la question ça se trouve

Loïck c'est du titanium, du carbone

Loïc je sais plus, c'est des alliages il y a différents alliages mais je me suis même pas posé la question ça doit quand même faire son poids c'est une bonne question quel est le poids peut-être que j'y gagne

Loïck mais là tu vois

Loïc c'est bon ça m'a suffit les malnutrition tu vois ça je ferai gaffe si j'ai quelques kilos en trop c'est pas grave de toute façon je pense que je perdrai le temps du défi donc au fur et à mesure du défi ouais il y a des chances

Loïck excellent bah écoute un immense merci Loïc c'était un plaisir je te dis à très bientôt

Loïc merci beaucoup à bientôt merci Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

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