Sarah Comment est-ce que vous avez-vous fait pour la course ? J'arrive vraiment à gérer parce que je fais beaucoup de haute montagne. J'ai été souvent dans des conditions dures avec de la neige, du froid, du vent. C'est pour ça que ça me permet vraiment de relativiser en course parce que je prends souvent ces moments-là. Je me dis « c'est bon, on t'a survécu » en me remémorant des moments qui ont été vraiment durs pour moi.
Loïc Bonjour Sarah. Bonjour Loïc. Bienvenue pour la deuxième fois sur le podcast. Bonjour. Je suis un peu à la fois embarrassée mais content. En fait, pour la petite histoire, Sarah avait déjà fait un enregistrement pour le podcast et je n'étais pas du tout satisfait de l'expérience que je lui avais offerte en tant que co-hôte. Heureusement, j'ai de la chance, c'était sympa et tu as accepté qu'on refasse l'enregistrement. Encore merci.
Sarah Avec plaisir.
Loïc Écoute Sarah, impatient de rééchanger du coup avec toi, notamment cette fois-ci plus sur l'aspect peut-être mental dans ta discipline. Comment est-ce que tu gères ça ? Je ne vais pas trop faire de spoil mais c'est vrai que dans le trail puisque c'est ça ta discipline. Surtout le long, c'est une notion qui est quand même vachement importante. Comment on se prépare, comment est-ce qu'on gère la course après course. Donc voilà, tu nous en diras plus là-dessus mais impatient de voir ce que tu peux nous partager. Peut-être que je peux te laisser du coup te présenter pour commencer Sarah ?
Sarah Ben oui, avec plaisir. Donc écoute, concernant ma discipline effectivement, je suis spécialisée dans le trail. Donc ça fait dix ans que j'exerce ce sport. Comment c'est venu ? Ben tout simplement en arrivant dans les Vosges. Parce que effectivement, j'habite dans les Vosges depuis 2010. Et c'est là que j'ai eu la chance de rencontrer des personnes du terroir qui m'ont fait découvrir leur belle forêt, leur beau terrain de jeu. Et c'est vrai que je tombe amoureuse, ce que je dis, je tombe amoureuse des sapins. Et c'est là que j'ai découvert tous les sports nature, notamment le trail. Après d'autres sports, le VTT, le Velo-Route. Bon voilà, on est une région où on peut pratiquer plein de sports différents. Et le trail en fait, comment j'ai accroché ? Ben simplement, une amie qui m'a poussée à m'inscrire sur une course, un trail blanc, notamment dans la neige. Et c'est là que tout est parti parce que j'ai remporté la course. Et du coup, ça m'a donné envie de tester mes limites. Voilà, je me suis prise au jeu. Et puis, de fil en aiguille, je me suis retrouvée au sein de l'équipe de France. Et donc, actuellement, j'ai quatre sélections en équipe de France de trail. Enfin, trois sélections en équipe de France de trail et une sélection en équipe de France de course en montagne. Et voilà. Donc, j'ai pas mal évolué sur la discipline. On aura l'occasion d'en parler, mais notamment au niveau mental. J'ai pas mal évolué depuis ces dix ans, puis heureusement. Ce qui m'a permis quand même de progresser. Et puis voilà, je pense que bon, après ce que me dit Philippe Propage qui est mon coach, j'ai encore une marge de manœuvre. Donc, on va voir. On verra bien. Mais si c'est lui qui me dit, bon, je l'ose espérer. Mais on verra.
Loïc Alors, je suis obligé du coup, parce que tu es un peu trop humble là, je suis obligé de préciser quand même un peu ton palmarès. Parce que quand tu dis que tu es rentré en équipe de France, tu as deux titres de championne du monde de trail par équipe quand même. Tu es championne du monde de course en montagne. D'ailleurs, peut-être que tu pourras nous expliquer la différence entre les deux. Mais tu es aussi championne de France de trail long. Et puis, tu as pas mal de beaux résultats sur des grands noms du trail, comme les Templiers d'ailleurs ou l'Aiger Ultra Trail en Suisse. Donc, voilà, tu fais partie du top mondial quand même. Il faut le préciser.
Sarah Oui, oui. Moi, j'ai toujours du mal à me rendre compte. Et puis voilà, après, je reste celle que je suis, celle que j'ai toujours été depuis le début. Je prends la simplicité. On n'est pas non plus... Enfin, ça reste du sport. Et puis voilà. Puis moi, je reste accessible. Et c'est comme ça que je m'épanouis aussi. C'est en gardant sa stabilité. Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas que je pratique ce sport-là à ce niveau-là. Il y en a qui le découvrent. Et puis, j'ai besoin de garder mon petit jardin de secret aussi un petit peu quoi. Et puis, être aussi en contact avec des gens qui ne sont pas forcément du milieu. Oui, bon voilà, c'est un équilibre. Voilà.
Loïc Alors justement, ça, ça m'avait pas mal surpris quand on avait échangé les premières fois. C'est-à-dire que tu as une activité professionnelle sans aménagement particulier. En fait, je crois que tu as de la chance d'avoir un boss qui est relativement flexible. Mais en fait, tu t'exerces un métier à temps plein normalement sans aménagement particulier.
Sarah Oui, oui, oui. Après, c'est aussi un choix. Je pourrais me mettre à 60%, 75%. Mais c'est un choix parce que certes, bon, il faut jongler. C'est sûr qu'une journée, 24 heures, ça suffit pas quoi. Je suis en cours à droite à gauche. J'ai toujours mes... Refaire des podcasts. Des podcasts aussi. Être en retard aussi. Envoyer un message. Je me rends en retard. Mais c'est comme ça tout le temps. Après, c'est sûr que je passe mon temps avec mes sacs dans la voiture à me changer, à aller me doucher. Enfin voilà, c'est le quotidien. Mais c'est comme ça que pour le moment, ça me plaît. Il y a des fois, c'est fatiguant. Mais bon, chacun a sa vie. Je me plains pas. Voilà. Moi, je suis heureuse de faire ce que je fais. J'ai besoin de bosser parce que pareil, ça m'apporte chose. Faire que du sport, je pense pas que je pourrais. Je supporterais. Donc, j'ai besoin aussi du côté intellectuel, notamment les sciences, parce que je travaille dans les sciences. Moi, je suis professeure de physique. Également, je fais une formation en naturopathie. Et j'ai besoin d'apprendre, d'apprendre des nouvelles choses. Ouais, j'ai besoin de ça. Parce que que le sport, non. C'est pas pour moi.
Loïc C'est ton équilibre. Voilà. Alors, si on rentre un peu dans le détail de ta discipline, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur le… à quoi ça correspond en termes de distance, de dénivelé et peut-être les différences entre trail et course en montagne ?
Sarah Après, le trail, il y a plein de distances différentes aussi. Moi, je suis plus spécialisée dans le trail mi-long, on va dire, mi-long à long. Oui. C'est-à-dire entre 30, 50, 60, 70 aussi. Ça va bien. Après, les ultras, j'en ai fait un dans ma vie. Bon, voilà. C'était en Mexique. Bon, pour le moment, c'est pas trop mon truc, parce qu'il faut pas non plus s'addire trop longtemps non plus. Enfin, au niveau mental, on va dire. Bon, j'ai du mental, mais bon, c'est une autre discipline, on va dire. Mais après, au niveau de la course en montagne, c'est une bonne question. Après, la course en montagne, c'est pareil. Quand j'ai participé au Mondio, j'étais sur le format long. Donc, finalement, ça changeait pas beaucoup de mes formats trail classiques. OK. Après, en règle générale, la course en montagne, c'est une distance plus courte. On va dire, c'est un terrain peut-être moins technique, parce qu'en trail, il y a quand même des... Bon, il y a de tout, hein. Mais il y a des trails très alpins. En course en montagne, il faut que ce soit quand même plutôt roulant et avec du dénivelé. Ce sera plus court. En général, ça sera une bosse ou deux bosses ou trois bosses. Mais voilà, c'est plus axé monté, on va dire. moins technique ou peut-être qu'il faut être... Ils sont très bons sur le cours, en fait. La vitesse, ils ont beaucoup de vitesse. Oui. Comme ça, j'analyse. Mais on va dire que la course en montagne long, il n'y a aucune différence avec le trail. D'accord.
Loïc Écoute, si on bascule du coup sur la partie mentale, je serais curieux de savoir comment tu... Comment tu... Comment... Ben, peut-être déjà commencer par le commencement. Comment tu te prépares pour des épreuves qui durent... Ben, d'ailleurs, je ne sais pas combien de temps elles durent, mais des épreuves de 30 à 70 km heure. Tu mets combien de temps à peu près pour faire ça, même si j'imagine que c'est très variable selon la course ?
Sarah Entre 3h30, on va dire, jusqu'à 6, 7h, parfois 8h.
Loïc Wow.
Sarah Après, moi, personnellement, généralement, les courses très longues, on va dire de 7-8h, on part tôt le matin, donc souvent à la frontale. Et c'est vrai que ça passe beaucoup vite parce qu'il y a une partie de nuit, on voit le lever de jour, c'est magnifique. Enfin, ça passe... Finalement, ça passe vite, quoi. Je ne sais même pas comment dire... Je me dis, je pars pour une belle balade, une belle bambée, une belle journée, parfois, je me dis... Après, je suis habituée à faire du long, à partir longtemps avec mon sac à dos sur le dos, donc être longtemps en montagne, marcher longtemps, passer parfois des journées entières à marcher, ou des longues sorties à vélo. Donc, le long, finalement, être longtemps en nature, ce n'est pas quelque chose qui me dérange ou dont j'ai besoin de me préparer. Et puis, souvent, je dis, je pars pour une belle journée en montagne, et puis voilà, ça passe comme ça, quoi. Et puis, par exemple, ma dernière compétition, justement, au trail des aiguilles rouges, je n'ai absolument pas regardé ma montre, quoi. D'accord. Je ne savais absolument pas quand je suis arrivée. Je n'avais pas du tout... Je regardais juste ma montre pour regarder les kilomètres, mais je n'ai absolument pas regardé l'heure, quoi. Donc, je suis arrivée, je ne savais même pas quelle heure il était, combien de temps j'avais mis... C'était... La notion de... Enfin, j'ai beaucoup de mal, aussi, avec les chronos. C'est-à-dire, souvent, on me demande, tu vas mettre combien de temps, tu estimes combien, ou tu cours à quelle allure. Je dis, mais je ne sais pas. Moi, je cours avec ma petite montre décathlon. Je... Quand je cours... Enfin, c'est surtout... Quand je cours, c'est un moment d'évasion. Et après, étant... Chacun ses contraintes, je ne sais pas du tout. Mais, étant enseignant, c'est vrai qu'on est programmé toutes les heures avec la sonnerie. Si je vais courir, ce n'est pas pour avoir une montre sous les yeux et regarder mon chrono sans arrêt, quoi. Bon, c'est sûr, je regarde mon chrono quand Philippe me donne des séances de qualité à faire. Mais il n'y a que là que je regarde mon chrono. Et puis, je ne suis pas là à courir avec un cardio. Je ne suis pas du tout à chiffrer. Ce n'est vraiment pas ce qui m'intéresse, en fait. Après, c'est très bien. Il y en a qui sont à fond là-dedans. J'admire. Mais moi, je ne retiens absolument pas les chiffres.
Loïc C'est top. Donc, en fait, c'est vraiment la notion d'évasion, de plaisir qui te drive sur tes courses, j'ai l'impression.
Sarah Ce n'est absolument pas la temporalité. Ce n'est absolument pas le rythme. Ce n'est pas... Non, moi, c'est, comment dire, le déroulé de la course, les paysages qui défilent. C'est comme ça que je vis mes courses, avec le lever du jour, le coucher du soleil, la pluie, le vent, les changements de météo. C'est comme ça que je vis plutôt mes courses.
Loïc Justement, par rapport à la pluie, enfin, à la météo qui, j'imagine, tu peux essayer d'anticiper avec ton équipement, mais pas tout le temps. Mais comment tu gères, du coup, si tu pars avec cette notion de « je vais me faire plaisir », comment tu gères les imprévus, qu'ils soient météorologiques ou peut-être même la douleur ? Parce que j'imagine qu'à un moment donné, sur 6, 7, 8 heures avec du dénivelé, ça finit par arriver, je pense, non ?
Sarah Oui, ça arrive. Il y a des moments, oui, qui sont... Je prends parce que, entre-temps, j'ai eu traîné des vigues rouges où j'ai fait une belle course. Mais c'est vrai que les 8 derniers bornes, surtout les 3 derniers bornes, il était temps que j'arrive quand même parce que, tout d'un coup, il y a un peu de nous. Et souvent, ça arrive, on n'y pense pas, on est bien, on est bien, on est bien, et puis d'un coup, il y a le coup de massue. Bon, après, moi, j'ai toujours trouvé qu'en course à pied, peu importe ce qui arrive, on arrive toujours à mettre un pied devant l'autre. Comparé, par exemple, au vélo, au vélo, moi, je me suis tapé des bonnes hippos ou... Quand il n'y a plus de jus, il n'y a plus de jus, quoi. Et pour emmener le vélo, c'est compliqué. Même le ski de fond, c'est pareil, quand il n'y a plus de jus, il n'y a plus de jus. Il n'y a plus de jus, il n'y a plus de bras, il n'y a plus de jambes. À part ramper, je ne vois pas trop ce qu'on peut faire. Mais la course à pied, c'est ça que j'ai déjà eu des coups de mou, mais on arrive toujours à avancer, quoi. On arrive toujours à avancer, un petit rythme, peu importe, un petit rythme, on y va, et puis à un moment donné, ça repart. Et au niveau météo, j'arrive vraiment à gérer parce que je fais quand même beaucoup de haute montagne. Donc, j'ai été souvent dans des conditions dures, avec de la neige, du froid, du vent. Après, j'ai fait beaucoup de treks aussi à l'étranger, au Népal, au Ladakh, où j'ai vraiment connu des moments très durs. Et c'est vraiment les moments les plus durs que j'ai vécu, je pense, en trek. Même si ça reste du plaisir, mais c'est pour ça que ça me permet vraiment de relativiser en course. Parce que je pense souvent à ces moments-là, je me dis, bon, c'est bon, tu as survécu à... J'ai plein d'images dans la tête, je dis, voilà, tu étais vraiment en galère. Et l'état dans lequel j'étais, limite à pleurer de fatigue et puis d'épuisement. Je me dis, c'est bon, tu as survécu. C'est quand même un mauvais moment passé. Ça va durer qu'un temps. Après, on oublie. Enfin, c'est comme ça que je vis le truc, en fait. En me remémorant des moments qui ont été vraiment durs pour moi, quoi.
Loïc Alors, justement, tu pourrais peut-être nous partager un de ces moments pour illustrer un petit peu ce que tu dis ?
Sarah Oui, justement, j'ai un moment où j'y pense souvent, où je me dis... C'est au Ladakh, quand je suis partie avec mon copain, Steph, avec qui j'ai fait beaucoup de trek, notamment au Népal aussi. On est partie au Pérou aussi. Et on est partie au Ladakh, donc c'est une région ultra sauvage, quoi. Pendant cinq jours, on n'a vu personne, mais vraiment personne. Et justement, le dernier jour où on était dans cette région-là où il n'y avait personne, on s'est pris un orage. Et ce qui fait que l'endroit où on comptait bivouaquer, on s'est dit, c'est pas possible de s'arrêter là. Il pleuvait, mais des trompes d'eau et puis ça tonnait de partout. On m'a dit, on est obligé de passer un col. Et puis, on avait passé, je ne sais pas quoi, un col à plus de 5 000. Déjà 3 ou 4 dans la journée, on m'a dit, on n'a pas le choix que de continuer, parce qu'on ne pourra pas s'arrêter là. On a continué, donc la neige, on est arrivé au dernier sommet, la neige faisait froid. La nuit est tombée. On est arrivés, il était 8h30, 9h. On avait marché depuis, je ne sais pas, quelle heure le matin. Et puis, on avait faim aussi. Et puis, il faisait nuit, on voyait rien que les frontales. Et puis, voilà, la fatigue, le froid, la faim. Et puis, on ne savait pas du tout où on était. Et on a planté notre tente. Alors, Steph, il voulait planter sa tente. Il a dit, c'est bon, il y a de l'eau. Parce que quand on est en trek, en fait, la condition pour planter sa tente, c'est d'avoir de l'eau. Parce que sans l'eau, c'est compliqué. On peut, mais bon. Donc, nous, c'était l'eau et puis on voyait de l'eau. Sauf que pour planter sa tente, ce n'était pas possible. Mais c'était que du caillou, caillou, caillou. Donc, on continue, on continue, on continue. Et puis, un moment donné, on est arrivé. Mais on a planté la tente. Mais impossible de savoir ce qu'il y avait autour de nous. Et donc, voilà, on a passé la nuit. On a réussi à manger, voilà, manger vite fait. Parce qu'on était crevés de chez crevés. On s'est débarbouillé un petit peu. Et puis, le lendemain, en fait, on s'est levé. Et puis, on était en plein milieu d'un village.
Loïc Ah oui !
Sarah On s'est débarbouillé autour, quoi. Donc, c'était drôle. Mais c'est vrai que cette journée-là était très rude moralement, quoi. Je pleurais, hein. Je pleurais de fatigue, de faim, de tout, quoi. Mais voilà, après, c'est un moment qui était assez dur, ouais.
Loïc Et donc, c'est ce genre de moment, tu vas puyer dans ces moments-là pour te dire j'ai déjà fait plusieurs, entre guillemets, pendant tes courses. Et c'est ça qui, quelque part, t'énergise, c'est ça ?
Sarah Ouais. Ouais, c'est ça, ouais. J'arrive vraiment à relativiser. Je me dis, c'est dur. Mais bon, finalement, je pars toujours du principe que c'est un mauvais moment à passer. Je me dis, quand c'est un mauvais moment, quand il y a vraiment un mauvais moment, parce que c'est pas toujours le cas. Oui. Mais je me dis, voilà, c'est un mauvais moment à passer, ça a passé. Et puis, une fois que ça sera terminé, bon, voilà, ça sera fini, hein. Voilà. C'est comme ça que je gère mes moments durs, on va dire.
Loïc Et en quoi tu penses que cet état d'esprit que t'as permis, peut-être, de durer plus longtemps que certains au niveau auquel t'es depuis dix ans, en fait ?
Sarah Oui, après, chacun, voilà, chacun, ça, il y en a beaucoup de sportifs qu'on voit qui performent. Ça ne dure qu'un temps et on n'entend plus du tout parler. Il y en a un pas qui... Moi, je ne fais pas partie du lot, mais après, j'ai vécu aussi beaucoup de blessures. Au départ, quand j'ai commencé, pareil, à en faire de trop, je n'étais pas suivie. Je refusais justement d'être suivie parce que, un peu par fierté, et puis pas envie d'avoir des contraintes. Ouais, pas envie de contraintes. J'avais fait dix ans de compétition natation, déjà, étant plus jeune. Et quand je m'étais dit, quand j'avais repris le sport, je m'étais dit, je ne veux pas retourner dans la compétition. Voilà, je suis retournée, enfin, finalement, si, voilà, en plus, bien, quoi. Mais au départ, non, je ne voulais pas être suivie. Et puis, du coup, en faire trop, pas de repos parce que, forcément, j'ai l'impression de ne pas en faire assez, comme beaucoup de gens. Donc, je culpabilisais dès que je voulais me reposer. Voilà. Et à force d'en faire, d'en faire, d'en faire et de ne pas me reposer, je me suis chopée quand même cinq fractures de fatigue. Ah oui. Après, j'ai eu de la mobilité aussi en para, mais il y avait au niveau alimentaire aussi. C'est extrêmement important. L'hygiène de vie globale, donc l'alimentation notamment. Donc, je me suis beaucoup blessée aussi vis-à-vis de ça. Et ensuite, j'ai accepté, justement. Comment dire ? J'ai accepté.
Loïc Tu as eu un déclic, justement, par rapport à ça ? Ou comment c'est venu l'acceptation ?
Sarah Suite à mon titre de championne de France à Gérard Armé, justement. Je n'étais pas suivie à l'époque. Je n'avais pas d'entraîneur. Donc, j'ai eu ma sélection en équipe de France à nouveau. Et puis, là, entre temps, entre les championnats de France et les mondiaux, j'ai encore eu une fracture de fatigue.
Loïc Donc, ça, c'était 2017, c'est ça, à peu près ? En 2017, oui.
Sarah Et c'est là où j'ai fait les championnats du monde en Espagne. En Espagne, c'était une catastrophe. Je l'ai fini pour finir, mais je n'étais vraiment pas en état physique, parce que j'ai eu beaucoup de mal à me remettre cette dernière fracture de fatigue. Et à partir de là, j'ai re-été en contact avec Philippe Propage. Et comme il m'a préparée pour les mondiaux, j'ai demandé s'il pouvait poursuivre l'entraînement, quoi. Voilà, si on pouvait poursuivre ensemble, que j'étais prête, je pense, mentalement, maintenant. Et c'est depuis ce moment-là que Philippe me suit. Et puis, je vois vraiment la différence, parce que je touche du bois, je touche la peau de singe, on va dire. Mais je ne me suis pas re-blessée depuis. Et ça, c'est depuis 2018. OK. 2018, j'ai fait quand même des bons progrès. Voilà, il y a beaucoup de choses qui ont changé. Et puis, je suis contente. Et puis, on poursuit. C'est une belle aventure, oui.
Loïc Et sur le sommeil, comment il a réussi à te convaincre ? Enfin, le sommeil, pardon, pas le sommeil, mais le repos. Comment il a réussi à te convaincre que ça faisait partie du programme d'entraînement ?
Sarah Après, j'en étais persuadée. Tout le monde le dit, c'est évident. Mais quand on est tout seul, c'est compliqué de travailler du repos. On ne sait pas. Après, c'est stratégique. Enfin, le temps d'entraînement, lui, il sait quand est-ce qu'il faut placer les temps de repos, combien de temps de repos. Et puis, finalement, c'est confort, parce que j'ai juste à regarder le temps d'entraînement. Les jours où c'est repos, je ne peux pas du dis pas. Je me dis, comme ça, ça me permet de faire autre chose. Même j'apprécie. Les jours de repos, je me dis, cool. Enfin, voilà, ça permet vraiment de faire autre chose. Et puis, il n'y a pas besoin de se poser de questions. Je sais ce que j'ai à faire la journée. Je m'organise. En fait, c'est vraiment un confort, parce que j'organise mon temps de travail, mon plan d'entraînement. Même mentalement, c'est soulagant. Je ne me pose pas 36 000 questions. Et ça, on perd moins d'énergie en plus.
Loïc Du coup. Et sur la partie mentale, justement, comme on en parlait un petit peu avant. Donc, Philippe, si j'ai bien compris, là où il t'a pas mal aidé, c'est à priori plutôt sur tout ce qui est plan d'entraînement, comment avoir peut-être une cohérence sur la durée. Mais sur le plan mental, tu disais au tout début que tu as beaucoup changé par rapport à quand tu t'es lancé. C'est quelque chose qui s'est fait naturellement du fait de tes expériences, ou tu as aussi là été accompagné à un moment donné ?
Sarah Non, c'est par l'expérience. C'est vraiment par l'expérience. Après, Philippe ne m'accompagne pas au niveau mental. Après, c'est une relation. Philippe, c'est quelqu'un de très humain, de très proche. Voilà, il connaît plus ou moins ma vie quotidienne. On partage sur plein de choses. Voilà, lui aussi, il partage son quotidien aussi de temps en temps. C'est quelqu'un vraiment de très humain et très proche. C'est ça aussi qui fait que je pense que ça marche bien avec l'ensemble de ses coachés. Après, au niveau mental, j'ai pas mal évolué, notamment au niveau confiance en moi, je pense. Aussi, en étant en contact, comme j'avais dit au premier podcast, au sein de l'équipe, Adeline Roche. Adeline Roche, c'est une super nana. Et je me suis beaucoup, peut-être pas inspirée, mais si. En étant en contact avec elle, j'ai beaucoup observé. Et puis, je suis admirative quant à son approche de la course à pied, parce qu'elle a un palmarès de malade. Ça fait 25 ans qu'elle fait de l'athlée, elle fait de la piste, du marathon. Elle s'est lancée sur le trail, elle a tout explosé. Elle a une gestion de course et une préparation mentale, une approche. Je trouve ça incroyable. Et je pense que d'être à ce contact, à m'entraîner avec elle, ça m'a aussi... Je pense souvent à elle et j'aborde les courses différemment. Depuis que je l'ai rencontrée, et que j'ai eu la chance de m'entraîner aussi à ses côtés. Je ne lui ai jamais dit, je pense, mais si elle écoute le podcast, elle le saura.
Loïc C'est quoi qu'elle fait différemment, tu penses ?
Sarah En fait, elle prend beaucoup de recul. Elle pourrait se mettre la pression, mais pas du tout. Elle relativise du tout. Elle est sûre d'elle. Quand elle est sûre d'elle, je ne suis pas sûre comme elle peut l'être, mais quand elle est sûre d'elle, on sait qu'Adeline sera indétrônable sur une course. Elle se connaît, mais incroyable. Elle sait quand elle est en forme, elle sait quand elle n'est pas en forme. Et... Elle est dans son truc, quoi. Elle est imperturbable. Elle a ses rituels. Elle a... Voilà, elle va vivre son truc. Mais tout en étant hyper accessible, déconnante, simple, quoi, généreuse. Elle est vraiment dans le partage. Elle n'est pas là dans la compétition, à vouloir écraser l'autre, au contraire. Mais elle se connaît, donc elle n'a pas besoin justement d'essayer d'écraser l'autre pour performer. Oui. Parce que... Voilà. Elle est consciente de son niveau. Et ça, c'est de par son expérience aussi. Mais... Moi, je trouve ça incroyable. Et je suis admirative vraiment parce qu'il y a peu de gens qui abordent la course à pied comme ça. Pour elle... Enfin, je vous le dis, elle a un palmarès de fou. Elle ne se prend pas la tête. Elle a une vie simple. Ouais, c'est admirable. Admirable.
Loïc C'est intéressant de voir.
Sarah Donc, je crois que ça m'a...
Loïc Pardon, vas-y.
Sarah Non, non, mais je pense que ça m'a aussi... J'y pense souvent avant une course, quand il y a un petit coup de stress qui monte, je pense à Adeline, je me dis, ouais, finalement... Si tu es entraînée, voilà, tu feras du mieux que tu peux. Il n'y a pas de raison. Si tu chies ta course, ben, ce n'est pas grave. Et il faudra savoir pourquoi. Et puis, fermer la prochaine fois et en analysant, bien sûr. être consciente que, oui, ben, tu as été préparée pour cette course-là. Donc, il n'y a pas forcément de raison que ça se passe mal, quoi. Ouais.
Loïc Ça t'est déjà arrivé de foirer une course complètement ? Et si c'est le cas, qu'est-ce que... Ben, peut-être qu'elles en ont été les leçons ?
Sarah Oui, j'en ai foiré une, mais je savais parce que c'était justement quand je suis rentrée du Ladac. Ok. Avec le Steph. Le lendemain, j'ai atterri, c'était le samedi, et le dimanche, j'avais les crêtes vaugiennes. Ah oui. Et puis, voilà, j'étais... J'ai un super et tout. J'y vais au dernier moment, donc j'y suis allée. Et puis, en fait, je menais la course, je suis partie... J'avais des... Enfin, j'ai l'impression d'avoir des ailes, quoi, parce que je venais de faire dix jours de trek avec le sac à dos. C'est vrai que je me sentais vraiment en forme. Et en fait, au bout de... Au bout de 20 bornes, mais plus rien ne chez plus rien, quoi. Je n'arrivais plus à avancer. Je me prenais tous les pieds dans les cailloux, et là, il y a deux filles qui m'ont passée. Et... Mais j'ai... Les dix derniers kilomètres, j'ai jamais souffert comme ça. Enfin, j'arrivais pas à lever les pieds, je me prenais tous les pieds. Enfin, je suis arrivée avec les genoux en sang. Ouais... Mais bon, voilà. Après, je savais pourquoi. Il y avait le décalage horaire. Je venais d'atterrir de l'avion... Je m'étais fait dix jours de trek en altitude. Donc, le corps, il a besoin de se reposer, quoi. Donc, c'est vrai, ça, c'est une connerie. Mais bon... Voilà. Bon, après, il y a des fois, on réfléchit pas trop, quoi. C'est tout. Et je l'avais pas dit à Philippe. OK. J'ai un peu de temps, mais il a su qu'après. Voilà.
Loïc Ouais, j'allais dire, j'espère qu'il l'a su depuis, parce que sinon, en écoutant le podcast, ça serait...
Sarah Ouais, mais il l'a su depuis, mais il l'a pas su avant. Je l'ai fait un petit peu, je me suis dit... Cachotière, là, je me suis dit... Je l'ai dit à personne. Mais... Voilà, bon, voilà, c'est vraiment la course. Après, il y avait une... Au début, ou tout début, quand je commençais, où justement, on en faisait trop. Et j'ai chopé une fracture de fatigue en plein milieu. Donc, j'ai terminé... C'était un... C'était un trail organisé par les casernes de pompiers. Et j'ai terminé sur le dos d'un pompier, voilà. Il m'a ramené jusqu'à un point de ravitaillement. Il a été vraiment sympa. En plus, il y avait un temps. Il y avait de la boue, il y avait des... Oh, le pauvre, il me portait sur son dos, là. Enfin... Voilà, il est très sympa.
Loïc Et comment tu gères en course... Parce que tu viens de dire, une fois de plus, tu vois que les conditions étaient... étaient un peu dantesques. Moi, ça me fait aussi penser à l'aspect physiologique. Comment tu gères, du coup, tout ce qui est apport nutritionnel, quand boire... Est-ce que tu as froid, pas assez froid ? Est-ce que tu te couvres, découvres ? J'imagine que ça doit être au millimètre, après, vu la distance.
Sarah Après, c'est l'expérience. Après, je ne suis pas une pro de l'équipement. C'est vrai que je ne suis pas... Il m'est arrivé de... Enfin, je ne le fais plus maintenant, mais d'arriver avec un nouveau sac sans l'avoir testé, c'était une catastrophe. Parce que je ne suis pas... J'ai du mal à anticiper là-dessus. Bon, j'apprends. J'apprends encore. Mais au niveau gestion alimentation, ça, par contre, c'est l'expérience. J'anticipe toujours... Même quand je n'ai pas faim, au bout d'une heure, une heure et demie, je me force à manger quelque chose. Je bois des petites gorgées progressivement. Enfin, régulièrement, on va dire. Donc ça, je l'ai appris au fur et à mesure. Parce que c'est vrai, quand j'ai commencé le travail, je partais sans rien. Je ne buvais rien. Je ne mangeais rien. Mais en fait, le corps, ça passe une course, deux courses et à un moment donné, il dit stop. Et c'est aussi... Les blessures viennent aussi de là, de la mauvaise gestion de l'alimentation, d'hydratation. Et puis après, c'est une hygiène de vie au quotidien. Après, comme j'ai dit, j'ai commencé une formation naturopathie qui m'apprend beaucoup, beaucoup sur l'alimentation. Et depuis que j'ai entamé cette formation et que j'applique pas mal de principes alimentaires, on parle d'assiettes naturopathiques, je vois aussi beaucoup... J'ai vu une amélioration et puis un impact sur la performance. Ça, c'est sûr. Je parle toujours du principe, c'est l'exemple de base, mais si on donne le mauvais carburant à une voiture, elle n'avance pas. C'est pareil chez nous. C'est une hygiène de vie au quotidien. C'est pas comme on me dit, oui, mais une semaine avant, tu fais quoi ? Tu changes ton alimentation ? Je dis, ben non, moi j'ai toujours une alimentation, je pense, saine. Je ne vais pas changer mon alimentation une semaine avant, quoi. Je n'ai pas de raison de la changer. Même la veille, non. Ben non, je ne change pas. Je mange toujours pareil. C'est une hygiène de vie au quotidien. Je parle que... Ce n'est pas une semaine avant ou trois semaines avant qu'on va tout changer et prendre des bonnes résolutions. Et puis le lendemain de la course, reprendre une hygiène dégueulasse. Voilà, c'est pas... Non. Parce que le corps, il a une mémoire, quoi. Il ne faut pas se dire que... Il faut penser après et puis aux années suivantes. Ce n'est pas dans dix ans. Moi, je n'ai pas envie que dans dix ans, on verra où j'en suis, c'est sûr. Peut-être que j'ai tout faux, mais on verra dans dix ans. Mais je n'ai pas envie que dans dix ans, je ne peux plus rien faire, les genoux en vrac, mal partout, mal au dos, mal... Voilà. Mais ça passe aussi par une bonne alimentation. Et je pense que c'est vraiment la base.
Loïc Bon, c'est la fin du mythe de la plâtrer de pâtes la veille de la course et de la bière pour la récupération après la course, alors ?
Sarah Après, on pourrait parler d'alimentation, mais les pâtes, non, quoi. Les pâtes, c'est pas l'aliment. Et puis même, se goinfrer la veille d'une course, ça ne sert à rien, quoi. Ça sert à rien. C'est... Il n'y a rien de pire, en fait. Donc, non, après...
Loïc C'est quoi tes supers aliments pour toi, par curiosité ?
Sarah Moi, les supers aliments, c'est déjà beaucoup de fruits et légumes. Oui. C'est énormément de fruits et légumes. Après, des aliments vivants, cru. Après, c'est sûr que le cru, j'évite la veille et deux jours avant, même si j'ai quand même du mal à m'en passer. Au niveau transit, après, c'est pas donné à tout le monde, c'est sûr. Quelqu'un qui mange avec cru, on lui dit, « Mange que du cru, il va avoir le bistoma en vrac. » Mais ça se travaille progressivement. Et après, beaucoup de légumineuses, beaucoup de riz, riz semi-complet, notamment. Ça, c'est mes supers aliments. Et après, on parle de supers aliments, c'est tout ce qui est condiments, tout ce qui est ail, curcuma, oignons, beaucoup. Enfin, voilà. Après, de la lusure de bière au quotidien. Il y a des petites choses comme ça, des oléagineux, beaucoup de fruits, en fait. Moi, le sucre, c'est pas... Enfin, c'est pareil. J'ai un bouquin actuellement, et puis, le mal du sucre. C'est une catastrophe, le sucre. Le sucre blanc raffiné. Voilà, il n'y a rien de pire, en fait. Mais il y a plein d'alimentations. On pourrait faire un podcast que de ça, si vous voulez. Mais il y a énormément de principes à changer. Il y a beaucoup de gens qui sont convaincus qu'ils mangent bien. Moi, j'ai envie de dire, on pourra discuter. Mais on parle de supers aliments. En fait, il y a plein de petites choses. Plein de petites choses. Et en mangeant des aliments, ce qu'on appelle vivants. Parce que je prends l'exemple. C'est Irène Grosjean qui prend cette image, et j'aime beaucoup. C'est... Qui est naturopathe, elle. Elle dit, quand on plante une pomme, il y a un pommier qui va redonner encore un pommier, qui va donner un pommier, ça donne un champ de pommier. Si on plante un Mars, est-ce qu'on a déjà vu des champs de Mars ? Ça veut tout dire. Ça veut dire que, en fait, la majorité de gens mangent des aliments qu'on appelle les aliments morts. Les aliments morts qui ne sont pas vivants. Et ils ne se nourrissent pas. Ils s'auto-intoxiquent, en fait. Mais voilà, il y a plein de principes à changer. Après, voilà, il y a des gens qui disent, oui, mais il faut savoir ça plaisir. Moi, je me fais plaisir au quotidien. Ce que je mets dans ma bouche, c'est ce que j'ai envie, déjà, de un. Et on ne me forcera pas à manger ce que je ne veux pas. Et puis, dans tous les cas, je savoure. Je me fais vraiment plaisir. Ce n'est pas... Contrairement à ce que les gens me font.
Loïc Ce n'est pas de sacrifice, quoi.
Sarah Ah non, je ne me sacrifie pas. Justement, j'arrive à faire plaisir quand j'ai envie. Mais quand j'ai envie, voilà, c'est tout. Et puis, voilà, je suis très bien comme ça. Mais voilà.
Loïc Alors, je suis surpris que tu n'en aies pas encore parlé. Il y a un truc avec les pommes de terre, quand même. Je me rappelle maintenant, dans tes courses. Donc, quel est le rôle des pommes de terre dans ton régime en course ?
Sarah En course, oui, ça passe vraiment bien. La pomme de terre, je fais que une pomme de terre à l'eau. Dès lors que je fais des courses de 50 bornes, de 50 bornes, à partir de 50 bornes, je me fais toujours une patate ou deux à l'eau avec du gros sel que je porte, enfin, voilà, je porte dans mon camelback. Et ça passe vraiment bien parce que moi, j'ai besoin de saler aussi parce que le sucré, je mange très peu sucré au quotidien. Donc, quand je ne mange que du sucre en cours, ça ne passe plus à un moment donné. Et puis, après, je n'ai pas de problème de transit. Il y en a qui n'arrivent pas à manger solide. Moi, je n'ai absolument pas de problème pour manger. Donc, j'ai besoin même de mâcher. Ça ne peut pas me faire penser aussi à autre chose. Mentalement, ça fait du bien de manger, de mâcher. Je veux dire, il y a une côte là, je vais manger ma patate. C'est stimulant, en fait. Et voilà, c'est un truc que je fais moi, pas sur les gros championnats. Parce qu'au départ, quand je disais à Philippe, j'ai ma patate. Il m'a dit, écoute ta patate, il va falloir que tu penses à autre chose. Voilà, il faut optimiser aussi le poids. Et c'est vrai que sur les grands championnats, même si j'ai toujours dit, non, je ne prendrai jamais de gel, ça c'est sûr. Je ne prendrai jamais de gel, jamais. C'est vrai, il m'arrive de prendre de temps en temps un gel sur les grands championnats. Voilà, je me dis, pour l'équipe, je n'ai pas le droit à l'erreur. Il faut vraiment que je mette toutes les chances de mon côté. Et c'est vrai que les gels, c'est hyper chimique. En tant que naturopathe, c'est vrai que... Voilà, mais bon, il n'est pas tout parfait. Mais c'est vrai que je vois quand même que ça peut aider. Un gel dans des moments vraiment durs, où il faut vraiment envoyer jusqu'au bout, être au top jusqu'au bout. Un gel en fin de course, ça m'a déjà aidée. Donc, de temps en temps, mais que vraiment sur les grands championnats, je n'en prends jamais. Sinon, tous les autres cours, je n'en prends jamais. Donc, j'ai ma patate, j'ai mes barres de céréales que j'aime bien. Et puis, voilà, ça marche bien comme ça.
Loïc Bon, je teste. Tu parlais de grands championnats. Si je ne me trompe pas et si ça n'a pas été annulé, je crois qu'il y a une manche de Coupe du Monde qui arrive très bientôt à Lanzarote pour toi, c'est ça ?
Sarah Non, ça a été annulé.
Loïc Oh non, c'est annulé, c'est vrai ? Ah mince.
Sarah Ça a été annulé quelques jours après ton premier podcast. Ah, ok.
Loïc Bah écoute, du coup, je change de question. Comment tu gères ça ? Puisque c'était quand même une grosse échéance. Et puis, je crois que tu n'y allais pas toute seule. Là, c'était en équipe.
Sarah Oui, oui. Bah après, rien n'était joué encore. Parce qu'il fallait que j'ai ma sélection. Mais c'était un peu l'objectif, effectivement. Bah écoute, je m'étais rabattue sur les Templiers, du coup. Je m'étais dit super, je vais essayer de me préparer à fond pour les Templiers. Et quelques jours après, j'ai appris que les Templiers étaient annulés. Donc là, j'ai pris un petit coup sur le moral. Autant jusqu'à présent, j'étais encore hyper motivée à me dire, ouais, c'est bon, il y aura l'Ansarote. Après, bah tant pis, il y aura les Templiers. Et là, c'est vrai que je n'ai plus de grosses courses en vue. Bon, je fais le trail d'effort de Besançon, dimanche.
Loïc Ah oui.
Sarah C'est quand même une course, voilà, c'est une belle course. Ce n'est pas typé montagne, mais c'est une belle course où il y a du beau monde en général. Et voilà, ça a sa petite renommée quand même. Donc, j'aurai ça. Et puis après, j'ai une course près de chez moi, à la Bresse. Et puis voilà. Et puis après, je pars en trip vélo avec une copine. On va voir les conditions en Allemagne parce que justement, il faut qu'on s'en renseigne, mais on compte partir en trip vélo en Bavière. Donc voilà, ça va être plus cool. Finalement, je n'ai pas la pression des grosses courses que je m'étais fixées. Bon, bon, tant pis. Après, ça n'empêche pas de faire du sport. Mais c'est vrai que le coup des Templiers annulés, ça m'a... Ouais, je me suis dit, ouais, d'accord. Combien de temps ça va durer encore ?
Loïc Ouais, c'est vrai que là, ça commence à être long.
Sarah Ouais, c'est long et être pénible parce que... Ouais, c'est pénible.
Loïc Comment vous gérez la dynamique d'équipe du coup ? Parce que vous ne voyez du coup pas si souvent que ça avec l'équipe de France ?
Sarah Non, on se voit généralement... Il y a toujours un stage de préparation avant les gros championnats. Et souvent, pareil, on fait une semaine en fin de saison où on se retrouve. Là, c'est plus cool. Bon, il y a eu une semaine là, justement, une semaine en septembre dans le Cantal parce qu'il y a un partenariat avec le Cantal et l'équipe de France de trail. Donc, c'est là qu'on fait tous nos stages de préparation. Et bon, moi, je n'ai pas pu aller à ce que je bossais. Mais ils ont fait une semaine où ils se sont retrouvés, ceux qui pouvaient venir. Et sinon, non. Après, chacun... Après, on se voit parfois sur les courses. Là, j'ai vu dernièrement, j'ai vu Nico Ocrette, Nico Martin. Il y avait Sylvain Cour. J'ai vu... Voilà, on se voit parfois de temps en temps sur les courses. Et sinon, on se donne quelques nouvelles, certains. Moi, Adeline, j'ai souvent le téléphone. Voilà, on échange des petits mots de temps en temps. Mais ça reste... Après, chacun a sa vie aussi. Chacun a sa vie. Donc, ouais, c'est compliqué aussi, quoi. On n'habite pas du tout au même endroit. Nous, dans les Vosges, on est assez retirés. Donc, c'est vrai que pour se caler des moments, enfin, c'est une mission impossible, un peu, quoi.
Loïc Hum. Et quelle différence tu vois, du coup, entre... Si tu regardes les membres de l'équipe de France, entre les hommes et les femmes ? Alors, peut-être moins sur la partie performance, mais plus sur la partie... Est-ce que tu vois une différence, déjà, peut-être, sur la façon dont les hommes approchent les courses versus la mentalité des filles de l'équipe, des femmes de l'équipe ? Tu vois une différence entre les deux ?
Sarah Euh... Oui, il y a quand même une différence dans... Moi, je trouve ça fou comme ils arrivent à enquiller les séances. Les garçons jouent en stage, hein. Euh... Les séances, déjà l'intensité qu'ils mettent, et les distances, parce que même, par exemple, on fait une séance le matin, ils vont toujours avoir des choses en plus, hein. On fait parfois... Bon, on fait souvent des séances ensemble et tout, hein. Mais, euh... Les garçons, ils vont peut-être avoir un peu plus, et euh... Et l'après-midi, euh... L'après-midi, euh... Bah, ils vont faire leurs trucs de leur côté, et puis nous, les filles, ensemble. Et puis, leur sortie vélo, leur sortie vélo récup, c'est pas de la récup, quoi. Ils se tirent souvent la bourre, en fait. Ils sont des gamins, en fait. Et des fois, on se dit, c'est des gamins. Ils se tirent la bourre. Après, c'est leur façon... Ils aiment ça, quoi, hein. Mais, euh... Ouais, c'est... C'est incroyable tout ce qu'ils arrivent à se mettre, à se mettre, quoi, on va dire. Euh... Nous, en filles... Ah, je n'y arrive pas... Comment dire ? Non... Après, c'est sûr que les filles, on est quand même différentes, hein. Je sais, c'est quand même plus... C'est plus difficile... Bah, Philippe le dit, hein. C'est plus difficile de gérer des filles que des garçons, hein. Ah, ah, ah. Mais au niveau de l'entraînement, euh... Après, c'est partout pareil, hein. On est différents, et ça, ça changera pas, même dans le milieu du sport, hein. Euh... Mais les garçons, oui, on voit qu'ils sont... Ils se prennent pas la tête, euh... Ils déconnent tout le temps. Peut-être qu'on a un peu plus la pression, je sais pas. Enfin... C'est sûr qu'ils sont cools, quoi. Alors, les garçons, ils sont vraiment cools, euh... Ouais, non, c'est vraiment sympa. Non, ça se passe bien, hein. Franchement, euh... L'équipe, l'ambiance au sein de l'équipe, c'est super, quoi. Parce qu'on est vraiment tous soudés. Même quand on fait des sorties longues, bah, les... Les mecs nous attendent toujours, euh... Ils sont toujours là, enfin... Ils sont... Non, ils sont vraiment cools.
Loïc Sur tes distances, à toi, il y a... Il y a encore des gros écarts de... De chrono entre garçons et filles ? Parce que si je me trompe pas sur le... Le... Le... Je crois qu'il y a plus d'écarts, voire ça s'inverse, il me semble. Alors, ça dépend les courses.
Sarah Après, les garçons, ils sont quand même, euh... Bon, à niveau dessus, hein. Morphologiquement, euh... Bon, c'est bien connu, hein. On peut pas non plus comparer à 100% un homme avec une femme. On est pas fait pareil. Un homme, c'est censé être quand même plus puissant, hein. Même, euh... Voilà, un très très bon coureur et une très très bonne coureuse. Bon, le... L'homme sera quand même au-dessus. Après, c'est vrai que les écarts se... Euh... Diminuent de plus en plus, euh... Liés à... Enfin, c'est proportionnel avec la distance, on va dire. Inversement proportionnel avec la distance. Euh... Les femmes, c'est vrai qu'on... Peut-être qu'on gère plus, on a plus de régularités. On a plus de réserves, aussi. Donc, euh... Moi, je vois en course, euh... Bah, ils partent tous à fond. Euh... Et puis, on en ramasse au fur et à mesure, nous, les filles, hein. Parce qu'ils gèrent mal... Ils gèrent mal leur effort, en fait. À un moment donné, bah... Oui, il y a plus rien, il y a plus rien. Parce qu'ils sont partis comme des balles. Et euh... Ouais, ils sont pas réguliers, quoi. Et c'est souvent ça, bah, qu'on remarque. Les femmes, on est plus régulières. Et les hommes... Ouais, ça a du mal. Ça passe ou ça casse, en fait. C'est un peu ça.
Loïc Hum... Intéressant. Intéressant. Bah, écoute, on se rapproche déjà de... De la fin, Sarah. Oui. Moi, j'ai une dernière question. Hum... Si tu regardes, du coup, tes dix années... Tes dix années dans le monde du trail, et tous les changements, les changements que t'évoquais, ce serait quoi le conseil que t'aurais envie de donner à quelqu'un qui voudrait se lancer aujourd'hui, alors en trail ou pas dans le sport, mais euh... Peut-être la chose que toi, tu retiens de ces dix dernières années.
Sarah Moi, ce que je retiens, c'est rester euh... Rester euh... Tels qu'on est. D'accord ? Pas... Voilà. Être conscient de ses capacités. Savoir pourquoi on court. Ça, je pars toujours au principe qu'il faut savoir la raison pour laquelle on court, pourquoi on fait de la compétition. Euh... Courir pour soi, et non pas pour les autres. Euh... Pas trop écouter les on-dit, d'accord ? Toujours vérifier ses sources, et puis euh... Analyser euh... Savoir ce qui fait du bien, ce qui nous fait du bien, et... Parce que ce qui nous fait du bien peut faire du mal à l'autre, et inversement. Donc pas être sans arrêt en train de regarder euh... Euh... Le voisin, là c'est du voisin, parce que... Il faut tester, se connaître, et euh... Et surtout aussi aller progressivement. D'accord ? La progressivité, c'est euh... Gage de longévité. Je pars du principe que... Il faut pas se lancer sur un 50 bornes euh... La première année. Il faut y aller progressivement. Moi j'ai commencé par des 20 bornes. Progressivement, une fois qu'on sait gérer les 20 bornes, on se lance sur un 30 bornes. Et moi je pars du principe que pour pouvoir aller au-dessus, il faut savoir gérer à 100% un 30km. Parce qu'un 30km, c'est... C'est une gestion déjà d'alimentation, d'hydratation, de l'effort, parce qu'il faut quand même courir, aller vite. Et pendant 30 bornes. Donc déjà si on gère ça euh... De A à Z, je pense qu'on peut se permettre d'aller au-delà. Et pareil euh... 40 bornes, il y aller progressivement 50 bornes. Et puis... Il n'y a pas euh... Déjà des... Il y en a qui disent... Dans deux ans, je veux me lancer sur un ultra. Je dis ben... Vas-y, mais euh... On en reparle dans dix ans quoi. Je parle toujours du... Donc il faut y aller plus loin. Après, se dire que... Il y a pas que les ultras n'ont à vie parce que... Puis ça... La tendance change quand même. Parce qu'avant c'était toujours euh... Toujours plus hein. C'est-à-dire que si on fait pas un ultra, ben on a rien fait. Euh... Un 30 bornes, ben c'est nul. Ben en fait c'est ça. Le risque c'est de plus avoir conscience de la distance. Et des traumatismes qu'on affiche aussi au corps. Ça faut avoir conscience de ça. Et euh... Et savoir s'octoyer des temps de repos aussi. Euh... Euh... Mais voilà c'est... Il y a beaucoup de choses à prendre en compte. Oui il faut aussi euh... S'auto-analyser. Avoir la capacité de s'auto-analyser. C'est extrêmement important. Et c'est coûté. Donc... Complètement d'accord.
Loïc Surtout sur ce que tu dis sur le... Le fait qu'on a tendance à oublier qu'un 30 km c'est déjà monstrueux. Enfin, je parle d'expérience hein. Moi j'ai fait cette erreur. Je me suis lancé euh... Euh... Euh... Je suis pas un gabarit particulièrement fin ni léger. Et euh... Ma première vraie course ça a été la Saint-Élion. Donc voilà. En termes de... En termes de... Voilà. Ouais. De choix pas très malin. C'est exactement ça qu'il faut faire.
Sarah Ouais mais faut pas... C'est malin. Ça reste euh... On peut se lancer des défis mais faut après assumer les conséquences. Et puis... Combien y en a qui sont blessés et qui arrivent plus à revenir hein. Ouais. Donc... C'est sûr. C'est beau. Après c'est aussi euh... La dérive des réseaux sociaux. Malheureusement. C'est les gens ils font beaucoup de choses pour euh... Pour euh... Se montrer pour les autres. Euh... Voilà. Et y a... Il y aurait beaucoup de choses à dire de ce côté là hein. Mais euh... Faut... Quand on regarde les grands champions. Enfin... Moi c'est ce que je regarde. Ce que j'analyse hein. On voit... Je vois hein. Nico Martin. Sylvain Cour. Ouais. Qui sont quand même des très bons coureurs. Julien Rancon. Ils sont pas sur les réseaux sociaux tous les 4 matins. Il y a autre chose à faire aussi. C'est-à-dire si on veut s'entraîner aussi euh... Bon. Ça prend du temps. Et puis euh... Et puis euh... Et puis voilà. On entend pas beaucoup parler. Et puis quand ils sont sur une course. Bah ils sont là quoi. Ils montrent qu'ils sont là. Et qu'ils sont prêts quoi. Donc euh... Ouais. Il y a beaucoup de choses euh... À revoir pour euh... Certaines personnes. Après je juge pas. Tant que les gens sont heureux. C'est moi c'est ce que je veux hein. C'est tant mieux. Mais euh... Faut voilà. Faut faire attention euh... Et voilà. Être conscient. Vivre en pleine conscience aussi. Je pars toujours du principe. Voilà. C'est un... C'est un schéma global. C'est une hygiène de vie. Générale. Et euh... Y a... Voilà. C'est... Moi je dis... Ce qui est le plus important dans une vie c'est le détail. C'est ça qui rigoleront quand ils vont écouter. Mais euh... Euh... Le détail c'est ce qui fait que... Ouais la vie est belle. Et que c'est... C'est ça qui fait que... Qui apporte le plus. C'est le détail. Voilà.
Loïc Très beau message. C'est ce qu'on... C'est ce qu'on retiendra du coup. Merci beaucoup euh Sarah. Une euh... Une deuxième fois pour ton temps pour euh... Pour le podcast. Tout le meilleur pour euh... Pour la suite Sarah. Et encore merci à toi. Au revoir.
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