Les Frappés Les Frappés
Saison 3 EP·142 Vélo #Islande #vélo #Suisse

05 décembre 2023

Annika Horn : 1 600 km de lâcher-prise et d’émotions en solo

Durée · 53 min · Transcription disponible

Annika Horn : 1 600 km de lâcher-prise e

Le récit

Avez-vous déjà rêvé de partir à l'aventure, de repousser vos limites et de vous confronter à vous-même ? Annika Horn, la fille de l'explorateur renommé Mike Horn, a fait exactement cela lorsqu'elle a décidé de pédaler seule de Lausanne en Suisse 🇨🇭 jusqu'à Reykjavik en Islande 🇮🇸.

Dans cette conversation 100% authentique, Annika nous révèle les motivations qui l'ont poussée à entreprendre ce voyage éprouvant, les difficultés qu'elle a dû surmonter en route  et les émotions profondes qu'elle a ressenties en se retrouvant seule face à elle-même tout au long de ces 1600 kilomètres à vélo 🚲.

Plongez-vous dans le récit passionnant d'Annika alors qu'elle raconte la prise de décision spontanée qui l'a conduite à cette aventure, quelques jours seulement après son 30e anniversaire. Découvrez comment son envie soudaine d'aventure l'a incitée à dépasser les barrières de sa vie bien remplie et à embrasser l'inconnu. Les défis auxquels elle a été confrontée en route, de la mécanique défaillante de son vélo à la pluie incessante, sont autant d'exemples de la détermination et du courage de cette femme qui a du gérer ses propres peurs et doutes 😨

Au-delà de l'aventure en elle-même, ce podcast est une occasion de réfléchir sur l'importance de prendre le temps de s'arrêter, de faire une pause et de considérer attentivement nos objectifs et la direction que nous souhaitons donner à notre vie.

Alors, laissez-vous inspirer par l'histoire d'Annika et qui sait, vous pourriez être le prochain à vous lancer dans une aventure inoubliable ✨

🎙 Les épisodes de podcast auxquels nous avons fait référence sont :
👉 Épisode #100 - Mike Horn - Apprendre à sortir de sa zone de confort pour se sentir vivant 🔥
👉 Épisode #62 -L'aventure et l'exploration à côté de chez soi avec Cloé Dardelet
👉 Épisode #53 - Jessica et Annika Horn - Une vie d'aventures en famille

Vous pouvez suivre Annika ici ⬇️
📸 Instagram
🌍 Site internet
📹 YouTube

Pour soutenir Les Frappés 👇🏼
❤️ Deviens Tipeur sur Tipeee
✅ Follow le podcast sur ta plateforme d'écoute
🙂 Parle du podcast autour de toi et partage cet épisode
⭐️ Laisse une note et un commentaire sur Apple Podcasts ou Spotify

Pour prolonger l'épisode 👇🏼
📖 Découvre le Journal des Frappés : les enseignements de mes invités, dossier par dossier
💌 Abonne-toi à la newsletter
📸 Suis-moi sur Instagram

Des suggestions ou envie de partager ton avis ? Envoie-moi un email.

Transcription

Lire la transcription intégrale

Annika C'est le moment où on prend deux semaines pour être tout seul, on est obligé de faire un peu face à soi-même. On commence à avoir des conversations dans notre tête. Je chantais à haute voix, des fois je pleurais. Enfin vraiment, il y avait un peu de tout. C'était un peu surprenant. En fait, je ne m'attendais pas du tout à vivre autant de choses émotionnellement. Même moi qui suis la fille d'un aventurier, j'ai aussi mes peurs, j'ai aussi mes doutes.

Loïc Salut, c'est Loïc. Bienvenue sur Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Chaque semaine, je vous fais découvrir des invités extraordinaires, des femmes et des hommes qui ont osé se lancer et qui se sont donné les moyens d'atteindre leurs objectifs les plus fous. À travers leurs actes, ils nous montrent par l'exemple que tout est possible et qu'on a tous un potentiel exceptionnel, en réalité, un frappé qui sommeille en nous. Eux se sont autorisés à nous libérer. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Pour ne rater aucun épisode, abonnez-vous sur Apple Podcasts, Spotify ou Deezer. Vous pouvez soutenir le podcast en devenant contributeur sur Tipeee, le lien est en description, ce qui vous permettra d'écouter les épisodes en avant-première, de rejoindre les visios mensuels des Frappés ou encore d'accéder à du contenu exclusif. Cette semaine, j'ai le plaisir de recevoir Annika Horn qui nous parle de l'aventure à vélo dans laquelle elle s'est lancée en mai 2023, depuis la Suisse jusqu'en Islande pour y retrouver son père. Vous l'aurez deviné, il s'agit de l'explorateur Mike Horn qui s'y rendait lui en bateau. Annika nous explique avec beaucoup d'humilité sa vision du dépassement de soi, ce qu'elle a ressenti en se lançant pour la première fois de sa vie sur une aventure en solitaire, mais aussi les prises de conscience que ces 1600 kilomètres à travers l'Europe ont déclenché. Cet échange, c'est un véritable appel à s'écouter, à oser se lancer pour mieux se retrouver. Un grand merci Annika pour ce beau partage. Excellente écoute à vous les Frappés ! Eh bien écoute Annika, je suis super content de te recevoir sur le podcast, cette fois-ci toute seule. La dernière fois c'était avec Jessica, puis après il y avait eu Mike. Alors Mike on ne t'entendait pas trop, mais moi je te voyais en background dans la chambre d'hôtel en train de travailler. Oui oui. Mais super content en tout cas que tu reviennes, pour nous parler en particulier d'une aventure que tu as réalisée en solo, il n'y a pas si longtemps que ça, à vélo. Alors c'était, si je me souviens bien, c'était Lausanne et en Islande, je ne me rappelle plus du point de chute.

Annika En Islande, le point d'arrivée c'était Reykjavik.

Loïc Reykjavik, ok, ok, ok. Donc la capitale, ok. Eh bien écoute, tu vas nous en parler. Ce que je te propose c'est peut-être qu'on commence par le commencement. Quand vous étiez venue avec Jessica, vous nous aviez parlé de pas mal d'expressifs que vous avez fait ensemble. Quand vous étiez partie au K2 avec Mike, vous nous aviez parlé même de cette traversée de l'île Bilot, je ne sais pas comment on commence. Bilot, que vous aviez fait toute petite. Mais là, est-ce que c'était la première fois que tu partais seule cette fois-ci ? Totalement la première fois. Waouh ! C'était quoi la motivation pour toi à te lancer dans une première aventure en solo ?

Annika Alors, je vais être totalement honnête. J'ai eu 30 ans cette année et du coup, je me suis dit, il est temps que je fasse quelque chose pour moi. J'ai toujours eu la chance de vivre des aventures et des expériences exceptionnelles aux côtés de notre père avec Jess. Mais j'avais cette envie vraiment viscérale de faire quelque chose pour moi, à ma petite échelle, pour voir ce dont j'étais capable, pousser mes propres limites et voir si ça pouvait mener à autre chose.

Loïc Ça, c'est une question que je m'étais posée quand je vous avais reçue avec Jessica. Alors, tu l'évoques, donc je n'avais pas forcément prévu de commencer par ça. Mais c'est comment on se construit en tant qu'adulte, en tant que femme, quand on a un père qui a une aura telle que Mike ? Surtout si, tu vois, j'ai l'impression que l'aventure, ça vous a toujours aussi un peu attiré avec Jessica. Mais tu dirais que c'est eu quoi comme impact sur la manière dont vous avez pu grandir et ce qui vous attire aujourd'hui en tant qu'adulte ?

Annika C'est une grande question. Si seulement je savais comment se construire quand on vit dans un setup pareil. Justement, je pense que je suis en quête de réponses. J'essaye justement de tester un peu le terrain, de voir où sont mes limites. À quel niveau est-ce que je vais investir dans les aventures de notre père ? Ou est-ce que je vais plutôt dans les miennes ? Et c'est toutes des questions qui sont totalement normales d'avoir. Je pense que ce n'est pas seulement mon cas. Mais en effet, quand on vit dans une dynamique aussi particulière et aussi intense et pleine d'aventures, des fois, c'est compliqué de prendre un peu de recul et de se dire qu'est-ce que je fais réellement pour moi ? Qu'est-ce que je fais pour les autres ? Etc. Et donc, en fait, ce trip, c'était justement pour essayer d'aller à la recherche de ces réponses-là. Je pense que c'est le but aussi de partager cette aventure avec toi et tes écouteurs aujourd'hui. C'est aussi de donner un peu d'espoir ou de confiance à ceux qui sont dans des situations un peu similaires et qui se posent ces questions et qui veulent arriver au bout de ces réponses-là.

Loïc Excellent. Alors peut-être juste avant qu'on rentre dans le détail du trip, pour qu'on se rende un peu compte, tu parles de rythme intense, d'un setup un peu particulier. C'est vrai que de ce que je vois sur les réseaux ou parfois quand on avait échangé pour l'épisode avec Jessica, avec Mike, c'est vrai que j'ai l'impression que tu fais énormément de choses. Il y a beaucoup de déplacements, énormément de projets en parallèle. Donc globalement, tes semaines, ça ressemble à quoi en termes d'intensité, d'heures de travail, de sujets sur lesquels tu dois t'investir ?

Annika Oh là là !

Loïc Vaste question encore !

Annika T'arrêtes pas, tu commences fort, ça fait plaisir. C'est comme ça qu'on aime faire les choses dans la famille, donc ça m'arrange. Franchement, aucune semaine se ressemble. Elles sont toutes plus intenses que les autres. Après, il y a des périodes bien évidemment plus chargées que d'autres. Et les petites parenthèses calmes, c'est vraiment quand on prend le temps d'aller en mode aventure avec Paps sur son bateau ou par exemple cet été au Groenland. Et là, complète déconnexion, vraiment profiter de la nature et vivre dans l'instant présent. Mais après, c'est vrai qu'on jongle justement entre ce mode de vie un peu plus aventure, plus calme. En fait, en fin de compte, je vais l'appeler comme ça parce que c'est beaucoup plus apaisant pour l'esprit d'être dans cette... dans cet environnement naturel et d'être exposé à la nature que, en fait, quand on est de retour à la maison, en train de courir entre deux meetings et d'organiser la vie d'un aventurier et d'essayer de gérer un petit business. Donc, ouais, en effet, c'est un peu la... c'est une dynamique, je dirais un peu de... d'entrepreneur ou de start-up sans réellement être entrepreneuse ni en train de lancer sa start-up. Je pense que c'est... tu touches un petit peu à tout, tu as une petite équipe qui est hyper polyvalente, tu es obligé de te rendre disponible tous les rendez-vous possibles et imaginables parce que c'est vraiment toi qui es un peu à la recherche de faire grandir ton business et développer toutes les choses qu'on peut pour créer l'écosystème qu'on connaît ou qu'on voit autour de Mike aujourd'hui.

Loïc Punaise. En tout cas, ça pourrait être... à l'époque, tu m'avais parlé de lancer un podcast un jour, peut-être, que tu l'envisageais, je ne sais pas si c'est toujours le cas, mais si c'est le cas, ça pourrait être méga intéressant, tu vois, alors pas forcément par rapport à Mike, etc., mais pour comprendre par rapport à cette intensité que tu décris. Je ne sais pas s'il y a beaucoup de femmes à ton âge, tu vois, qui, en dehors peut-être de l'entrepreneuriat, l'univers startup, mais qui vivent à un rythme pareil avec autant de sujets à gérer, autant de responsabilités finalement.

Annika Oui, c'est vrai. Après, j'ai encore cette petite idée de podcast au fond de l'esprit. Merci de me le rappeler. D'ailleurs, ça fait un moment qu'on en a parlé et je ne me suis toujours pas mis à l'action, donc c'est un petit rappel, une petite future pour moi. Merci. En vrai, c'est quelque chose que j'aimerais beaucoup faire, mais non seulement pour partager mon univers, mais aussi pour faire intervenir d'autres personnes qui sont un peu dans des situations similaires ou qui peuvent en inspirer d'autres, à en fait gérer ce genre de dynamique non-stop. Voilà, donc à réaliser. Là, dans les nouveaux locaux, j'ai prévu un petit coup en podcast. Héloïc, il faudrait que tu sois mon premier interviewee.

Loïc Eh bien, écoute, allons-y.

Annika Toi-même, tu m'expliques un peu comment toi tu fais. Et puis là, on fait un retournement de situation, c'est moi qui te pose les questions.

Loïc Allez, c'est parti. Rendez-vous pris. Ce n'était pas prévu. C'était, je le dis à celles et ceux qui nous écoutent, je découvre, mais avec grand plaisir. Donc là, si on revient à la situation que tu décrivais, tu souffles ta 30e bougie. Oui. Tu avais déjà prévu, comment ça s'est passé cette idée de trip ? Est-ce que tu y avais déjà réfléchi ? Tu t'étais dit, ok, à mes 30 ans, je me lance dans une aventure, ça prendra tel ou tel format. Ou est-ce que ça a été une sorte de, tu sais, un peu le moment de réalisation ? Oh punaise, ça y est, 30 ans, il faut que je fasse quelque chose.

Annika C'était plutôt l'option 2, là. Moi, un peu comme mon père, je pense que c'est quelque chose que j'ai hérité, c'est un peu cette incapacité de trop prévoir en avance et puis de ne pas être trop dans la réflexion et plutôt vivre vraiment de manière très spontanée. Et donc, c'est quand on ressent des émotions ou des impulsions comme ça qu'on est obligé d'y répondre. Et puis moi, je ressens ça chez moi aussi. Et donc, c'est vrai qu'en soufflant la 30e bougie, là, j'étais un peu dans cet état où j'avais une envie, une énergie à l'intérieur de moi de vouloir faire quelque chose, mais je n'arrivais pas à identifier ce que c'était réellement. Et en fait, le trip en vélo, ça s'est vraiment matérialisé, je pense que deux, trois jours avant le départ, en vrai. Donc, c'est pour te dire à quel point c'était spontané. Et c'est quand on a lancé l'expédition What's Left de Mike. Donc, on était au port, au Yacht Club de Monaco. C'est l'endroit emblématique du départ de toutes ces expéditions. Et pendant qu'ils partaient, c'était vraiment, enfin, c'était super. Il y avait une énorme ambiance. On avait beaucoup de gens sur le quai en train de les saluer pendant que je voyais Mike, l'équipage et le bateau partir un peu dans la distance. Et là, à ce moment-là, j'ai eu ce feeling de rater quelque chose parce que j'avais envie d'être sur ce bateau avec lui, avec l'équipage et de vivre, de commencer à vivre une aventure. En fait, j'étais un peu envieuse de ce qu'il allait vivre. Il était paré pour l'Islande. Et on était censé se retrouver en Islande. Moi, de mon côté, j'aurais pris un avion pour le rejoindre. Donc, dans deux, trois semaines. Et c'est à ce moment-là où je me suis dit, mais pourquoi prendre un avion et pourquoi pas saisir cette opportunité d'avoir raté une aventure pour créer la mienne ? Et puis, c'est un peu là où tout s'est ficelé, quoi.

Loïc J'adore l'aventure qui se concrétise deux, trois jours avant le départ. Énorme.

Annika Oui, tout en temps. Après, je pense que ça, ça rejoint vraiment quelque chose que Mike dit souvent. C'est de pas forcément avoir besoin de toutes les réponses pour se lancer. Et c'est vrai que souvent, je pense que ça ralentit énormément de monde de se dire, ah non, mais j'ai pas le budget nécessaire ou j'ai pas la disponibilité ou etc. Et puis, en fait, c'est un peu une manière de se trouver des excuses. Et moi, j'étais la première à tomber dans ce panneau-là et à toujours me trouver des excuses. Et puis là, je pense que c'était vraiment un peu un déclic, si on peut appeler ça comme ça. Ça répond pas vraiment à la question parce que du coup, je saurais pas comment identifier ce qui s'est réellement passé au fond de moi. Mais c'est ça qui m'a permis de rentrer à la maison, préparer mon vélo. Alors que j'ai, fondamentalement, il faut qu'on le dise, moi, j'ai pas beaucoup d'expérience en vélo. C'était pas vraiment mon sport de prédilection. Mais voilà, je me suis dit, ça va me challenger et go, quoi.

Loïc C'est hyper intéressant ce que tu dis sur les freins, finalement, les barrières qu'on se met tout seul. Dans ton cas, est-ce que tu arrives à te rappeler ce que c'était habituellement ? Est-ce que c'était une question de disponibilité par rapport à, justement, cette vie hyper intense que tu vis ? Ou est-ce qu'il y avait autre chose ? Est-ce que c'était un sujet d'expérience ? Un sujet de... Je sais pas, est-ce qu'il y avait autre chose ?

Annika Les freins, c'est plutôt des freins qu'on s'impose soi-même. Et je pense que c'est plutôt des peurs, en fait. Des peurs de prendre full responsabilité et contrôle de sa vie. Et oui, on parle d'une vie intense que je mène, mais l'intensité, en fait, c'est pas vraiment moi qui en suis le résultat. Enfin, la source, tu vois, c'est quand même Mike et ses aventures. Et j'ai toujours évolué dans son écosystème à lui. Et si je cours à gauche et à droite, c'est pour gérer l'entreprise, son entreprise. Aujourd'hui, bien sûr, c'est la mienne et je me la suis totalement appropriée. Puis je fais des projets qui me passionnent. Mais c'est vrai que c'est toujours facile un peu de se cacher dans l'ombre de quelqu'un qui fait plein de choses et de pas prendre les devants et de faire des choses pour soi-même. Et c'est vrai que c'est là où le frein, il se situe. Il se situe encore, je peux te l'admettre, c'est aucun problème. Mais ouais, d'avouer un peu, de faire face à ses lacunes, ses faiblesses, ses peurs et d'essayer de les surmonter petit à petit. Parce qu'en vrai, fille d'aventurier, peut-être que les gens vont se dire « Elle a fait un trip en vélo, c'est rien du tout. » Mais ça, c'était pour moi que je le faisais. Il fallait que je commence quelque part. Et je pense que c'est aussi le but de partager cette aventure, comme je l'ai juste dit avant. C'est de montrer qu'il n'y a pas vraiment de juste ou de faux et que chacun peut commencer avec sa manière de surmonter ses freins, ses obstacles que lui ou elle s'impose.

Loïc Complètement d'accord. Complètement d'accord. Et du coup, tu en as parlé avant de te lancer ? Tu en as parlé à Jessica ou à ton père ?

Annika Alors, je t'avoue que j'en ai parlé à mon père en descendant à Monaco avant le départ. Et c'est un super papa, je l'adore. C'est le meilleur sur Terre. Mais c'est vrai que pour lui, j'ai l'impression que c'est rentré dans une oreille et c'est sorti de l'autre. Il était là, top. Il devait être sans doute plus élevé pour les problèmes liés à son bateau, l'équipage, l'organisation, la logistique. Donc, je n'ai pas perdu de temps à lui en parler ou à avoir son approvation. Comment tu dis en français ? Avoir son approbation. Son approbation. Parce que d'un côté, encore pour revenir là-dessus, je ne le faisais pas pour lui, je le faisais pour moi. Et donc, quand je lui ai dit ça, voilà, il a dit « Ah ouais, cool, chouette ! » Mais bien entendu, il ne s'est pas rendu compte de ce que je faisais réellement. Et donc, quand il a réagi de cette manière-là, je me suis dit « Voilà, raison de plus pour le faire. » Parce que, voilà, je vais prendre… En fait, en réalité aussi, c'est deux semaines que j'ai pris un peu loin du taf, même si j'ai amené mon iPad pour faire mes emails sur le chemin. Mais il n'avait pas besoin de savoir. J'allais dans tous les cas gérer ma baraque toute seule. Après, j'en ai parlé aussi à Jess, à mon copain. Et puis, c'est vraiment ces personnes de confiance que j'ai réussi à acquérir la confiance supplémentaire nécessaire pour se lancer. Et je pense que là, ça, c'est un point hyper important. Quand on fait ce genre de trip solo, oui, c'est solo, mais souvent, on a besoin de ce petit coup de pouce ou juste ce « Ah, c'est une superbe idée, tu vas gérer. » Et « You got it within you, you can do it » qu'on reçoit des autres pour se lancer.

Loïc Excellent. Donc, à ce moment-là, le projet se concrétise. Qu'est-ce qui se passe exactement ? Est-ce qu'il y a quand même une petite phase de planification ? Tu t'évoquais ce que Mike dit souvent qu'on a besoin. Je crois que le truc exact, enfin, ce que j'ai en tête, c'est qu'on a 5% de certitude et 95% on découvre en chemin. Ce n'est pas quelque chose comme ça qu'il dit habituellement ?

Annika Exactement.

Loïc Je ne sais pas d'exact, mais c'est dans ce sens. Du coup, comment ça s'est passé vraiment le tout début de l'aventure ? En tout cas, juste avant que tu prennes le départ. Est-ce que tu as quand même un peu planifié ? Tu avais des itinéraires prévus ? Côté matériel, nourriture, etc. Tu as organisé des choses ? Comment ça s'est préparé ?

Annika Oui. Ça, c'est une phase qui est hyper excitante dans n'importe quelle aventure. C'est un peu cette prépa où tu dois prendre du temps pour te focus uniquement sur ça avec zéro distraction. C'est quelque chose que j'ai toujours apprécié et adoré quand je voyais Paps le faire avec ses aventures à lui. Je voyais choisir son équipement, tracer son itinéraire. Ça fait partie de l'aventure en soi, cette phase-là. En rentrant à la maison, j'ai vite pris le temps de me poser et de faire un peu une liste de matos de base dont j'avais besoin et un itinéraire. Vu que je savais que Mike était en direction pour l'Islande, je me suis dit que mon but, c'est d'arriver en Islande. Après, il y avait un petit challenge logistique parce que l'Islande reste quand même une île, donc pas totalement accessible en vélo. J'ai juste checké sur Internet s'il y avait des bateaux qui reliaient l'Islande au Danemark. Et puis là, j'ai trouvé ce ferry qui passait par les îles Faro et j'étais là, go, c'est ça ma destination. C'est Irtchals au nord du Danemark. Et ensuite, je sauterais sur ce ferry. Et le petit enjeu personnel que... Voilà, je dis que c'est un enjeu, mais en vrai, c'était un kiff, c'est que j'avais l'objectif d'arriver à choper... Je pouvais seulement choper un ferry par semaine. En fait, il y avait seulement un ferry par semaine et j'étais obligée d'arriver à temps. Et en fait, c'était un peu cet élément de... Oh, c'est une course contre la montre et tout qui m'a motivée d'autant plus. Et c'est là où j'ai envoyé un petit texto à Paps pour lui dire, voilà, the race is on. On verra qui arrivera le premier en Islande. Et je pense que j'avais besoin, en fait, de rajouter un peu cette touche de piment là dans cette aventure pour me motiver au jour le jour, pour continuer à avancer et puis faire les kilomètres nécessaires pour arriver à l'objectif final.

Loïc Du coup, une fois que tu as eu fait ta trace, tu as souvenir de la distance, du dénivelé ?

Annika J'ai fait... Oui, la distance... Enfin, du coup, j'ai tiré un trait tout droit entre Lausanne et Hirschhals Limits. Vraiment un trait tout droit qui traversait nord de l'Europe. Et c'était 1 600 kilomètres. Et donc, je me suis dit, voilà, j'ai 12... J'avais quoi ? Une douzaine de jours pour réaliser ces 1 600 kilomètres. Et du coup, je suis fait mon petit calcul. Je me suis dit, ah, ça me paraît totalement réalisable pour quelqu'un qui a peu d'expérience en vélo, mais qui sait quand même rouler. Et je n'ai pas tracé d'itinéraire au jour le jour. Je commençais ma journée avec simplement l'idée d'aller en direction du nord sans faire trop de détours. Et puis, de voir où je terminais le soir. Et puis, c'est à ce moment-là que j'aurais pris le temps de trouver un hôtel ou un endroit où me poser pour la nuit.

Loïc Trop bien. Mais du coup, tu naviguais... C'est marrant que tu parles de ça, de cette navigation sans objectif quotidien. Parce que justement, je te disais en off qu'il y avait le week-end des frappés ces derniers jours. Et il y a quelqu'un qui nous parlait d'un Anglais qu'il avait croisé, je ne sais plus où, en Allemagne, à vélo et qui se rendait au Maroc. Et en fait, la personne qui était au week-end des frappés lui demande, c'est quoi ton itinéraire ? Tu passes par où ? Quel vide ? Le gars lui dit, en fait, je n'en sais rien. J'ai juste une boussole et je vise le sud tous les jours. Et là, tu fais, ah oui, d'accord. Donc, c'était ton cas là ? Globalement, tu savais que tu voulais aller au nord et tu faisais en sorte d'être sur des routes qui visaient le nord et basta ?

Annika Exact. Enfin, après, ce n'est pas aussi cool que sortir sa boussole et aller en route. Je t'avoue que j'ai quand même utilisé les petits devices que tu mets sur ton vélo et qui te donnent un peu quand même un itinéraire. Donc, il y a des superbes applications pour ça. Et je pense que c'était aussi un peu... Ces choses-là, enfin disons, cette technologie à la place de sortir la carte et la boussole, ça m'a aussi un peu donné la confiance nécessaire pour tester cette aventure. Parce que c'est vrai que, mine de rien, ce n'est quand même pas rien de partir toute seule sur son vélo. Après, moi, je n'ai aucun problème de faire ce genre de choses parce que j'ai été un peu baignée là-dedans. Mais c'est vrai que dès le moment où tu as peut-être une app sur laquelle tu peux te pencher ou un petit device GPS sur ton vélo, ça te donne quand même un peu cette confiance de savoir que tu te diriges quand même dans la bonne direction.

Loïc Oui, c'est clair. Une sorte de ligne de vie à laquelle tu peux te raccrocher. Oui. Génial. Donc, 1 600 km en ligne droite, tu en as certainement fait bien plus que ça, au final. Oui, mais pas grand-chose. Je suis assez fière d'avoir réussi à garder ma ligne. Ok, finesse, bravo. Tu vois, parce que ligne droite, c'est-à-dire que tu as cliqué sur le point de départ, puis ensuite le point d'arrivée, et ça t'a généré l'itinéraire ? Ou tu as vraiment fait ligne droite ? Ah, d'accord.

Annika Non, non, non, oui, oui.

Loïc D'accord, d'accord. Non, je pensais que tu avais fait, tu vois, genre un tracé un peu grossier pour voir.

Annika Oui, oui, non, non.

Loïc Ok. Donc, 1 600 km. L'objectif, c'était… Comment est-ce que tu t'étais organisée ? Est-ce que tu savais, globalement, tu visais la même distance à peu près tous les jours ? Est-ce que tu avais anticipé, je ne sais pas, par exemple, des terrains où il y avait un peu… Enfin, des terrains, des régions traversées où il y avait plus de dénivelés. Donc, là, tu étais rentré dans le détail de l'itinéraire et tu t'étais dit, là, je ferais moins de kilomètres, donc il faut que je force ici. Ou est-ce que c'était vraiment au fil de l'eau ?

Annika Complètement au fil de l'eau. Franchement, j'étais vraiment repartie avec l'info en tête qu'il fallait que j'essaye de faire une centaine de kilomètres, un peu plus d'une centaine de kilomètres par jour. Ok. Et puis, que j'allais… Enfin, que je ne devais pas me pousser au-delà. En fait, l'idée était vraiment de commencer assez gentiment et de faire ces centaines de kilomètres par jour et de voir comment les choses évoluaient et à la limite d'augmenter la cadence vers la fin si je voyais que je traînais un petit peu. Mais ouais, non, franchement, je ne regardais pas trop le dénivelé. J'ai tendance à prendre les choses comme elles arrivent. Après, j'ai choisi quand même de traverser des pays qui ne sont pas très montagneux. Le plus gros dénivelé, je crois que c'était vraiment sortir de la Suisse. Donc, c'était les premiers jours qui étaient un peu plus hard sur les jambes et le moral. Mais une fois sorti de la Suisse et que tu arrives en Allemagne rurale, c'était franchement plutôt plat. Et donc, c'était vraiment une volonté aussi de ma part de ne pas trop me challenger sur le terrain parce que c'était une première pour moi. Et puis, ça allait surtout être une aventure plutôt émotionnelle et mentale que vraiment physique.

Loïc En parlant d'émotions, du coup, ça a été quoi les moments forts de cette expérience ?

Annika Ouf, il y en a eu tellement. Franchement, dès le moment où on prend deux semaines pour être tout seul, on est obligé de faire un peu face à soi-même. On commence à avoir des conversations dans nos têtes. Je chantais à haute voix. Des fois, je pleurais. Enfin, vraiment, il y avait un peu de tout. C'était un peu surprenant. En fait, je ne m'attendais pas du tout à vivre autant de choses émotionnellement. Mais après, il y a eu des highs, il y a eu des lows. Par exemple, je n'ai pas du tout regardé la météo avant de partir et je me suis retrouvée. Je me suis dit, voilà, le mois de mai, c'est le début de printemps. Je vais être en short t-shirt tous les jours. Il va faire beau. Je vais travailler sur mon beau bronzage de cycliste. Mais finalement, il n'a plu presque tous les jours. Vraiment, c'était non-stop. Et ça, ça rajoutait un peu cet élément de difficulté d'être constamment trempé sur la pluie et d'avancer et de quand même avancer. Et je pense que c'était surtout ça, un des plus gros challenges. C'était cette météo qui forçait tout le monde à l'intérieur, sauf moi, parce que j'avais mon objectif de continuer et d'aller de l'avant jusqu'à ma destination. Mais après, physiquement, franchement, j'étais dans ma zone. Je mettais ma musique dans mes oreilles et puis j'avançais. Donc vraiment, les plus gros challenges, c'était de passer autant de temps avec soi-même et cette météo.

Loïc Tu as eu de la casse aussi, il me semble, très rapidement, non ? Tu étais encore en Suisse à ce moment-là ?

Annika Oui, non, c'était la catastrophe. En vrai, de commencer sa première journée comme ça, pas top. J'étais, je crois que j'étais à une... Peut-être genre... Attends, il ne faut pas que je dise ça en Suisse. 70 kilomètres, 70 kilomètres de Lausanne, du coup, de mon point de départ. Et puis, il a commencé à pleuvoir et je suis arrivée au bout d'un cul-de-sac sur une petite route en gravel. Et voilà, comme j'ai dit, je ne suis pas une pro du vélo. Les chaussures à clips, je connais, mais pas si bien que ça. Donc, j'ai oublié... Enfin, j'ai déclipsé le mauvais côté et je suis tombée sur l'autre côté. Bref, ça arrive. Mais heureusement que j'étais toute seule parce que quand j'étais à terre, j'étais un peu embarrassed. Et aussi, en fait, je m'en suis voulu de tomber comme ça, de manière aussi nulle, dès le premier jour. Et en remontant sur mon vélo et en essayant de rouler, j'ai vu qu'en fait, j'avais plié le dérailleur et que du coup, je n'arrivais plus à changer les vitesses ni même avancer. En fait, mon dérailleur était coincé dans les tiges, je ne sais plus comment ça s'appelle.

Loïc Dans les rayons ?

Annika Dans les rayons de la roue. Et c'était déjà la fin de la première journée. Il pleuvait à fond et j'étais là, qu'est-ce que je vais faire ? En quoi est-ce que je me suis lancée ? Et c'est vraiment genre une grosse remise en question à ce moment-là, de se dire, je suis encore si proche de la maison et j'ai déjà pété mon vélo parce que je suis une débutante et je ne sais pas du tout faire ça. Et je me suis lancée là-dedans, les yeux fermés. Et donc vraiment, moment un peu down, difficile, mais en même temps, je me dis, purée, mais c'est trop bien. C'est un cadeau que ce genre de choses arrivent le premier jour, au moment où je suis encore si proche de la maison. Et c'est vraiment là où je pense que le mindset qu'on a eu la chance d'avoir avec Jess, en grandissant dans notre famille et avoir un père comme le nôtre, c'est là où ce mindset de « no problems, only solutions », que des solutions. Et en fait, de prendre chaque challenge, enfin petite ou grande, mais comme des opportunités pour apprendre et grandir. parce que Mike, il dit souvent « if you worry, you die, if you don't worry, you also die, so why worry ? » Et c'est con, on va dire, enfin, pardon, d'utiliser des gros mots comme ça. C'est bête, dit comme ça, mais en fait, il a tellement raison. Donc ça sert à quoi de dramatiser une situation si dans tous les cas, tu peux aussi t'en sortir avec le smile ? Et donc, c'est un peu comme ça que j'ai essayé de me reconditionner dans cet instant. J'ai pris mon vélo, je l'ai genre un peu porté poussé parce qu'il ne roulait plus. Et je suis arrivée à une sorte d'intersection où il y avait zéro voiture, malheureusement, mais une passante avec son parapluie en train de promener son chien. Elle m'a juste regardée avec pitié et je me suis dit, bon, c'est en tout cas sûrement pas cette vieille dame avec son chien qui va pouvoir m'aider. Mais je lui ai quand même fait un petit sourire un peu anxieux comme ça pour lui souhaiter une bonne journée. Et en fait, cette petite dame, telle une Mary Poppins, elle est rentrée chez elle et il y avait son fils qui, lui, était cycliste, qui regardait le Giro d'Italia, qui regardait du vélo à la télévision. En plus, il m'a dit plus tard. Et cette dame a envoyé son fils pour venir m'aider. Et donc, je veux dire, dans l'espace d'une heure, il est venu, il m'a un peu corrigé mon dérailleur pour que je puisse continuer à rejoindre la prochaine ville où je pouvais éventuellement trouver un bike shop pour faire réparer mon dérailleur. Et donc, je trouve que c'est bien fait. La vie, elle est bien faite comme ça. C'est des moments qui... C'est des moments qui... Ça aurait très bien pu être tout l'opposé et la catastrophe et je me serais retrouvée à dormir dehors sur la pluie. On ne sait jamais. Mais je trouve que des petits épisodes comme ça, ça m'a donné hyper... Ça m'a fait du chaud au cœur. Comment on dit ? Du baume au cœur. Oui. Ça m'a dit... Ça m'a fait réaliser que j'étais sur la... Qu'il ne fallait pas que je me remette en question, que je continue cette petite aventure dans laquelle je m'étais lancée et pas que je baisse les bras. Excellent.

Loïc La puissance des rencontres. C'est fou, hein ? C'est malade. Tellement d'histoires d'invités, tu vois, où comme toi, c'est un parfait inconnu qui croise leur chemin et parfois, ça change le cours d'une aventure ou souvent, j'ai des témoignages, ça change le cours d'une vie. Quelqu'un qui parle d'un projet à quelqu'un d'autre, qui fait passer un dossier et ne jamais sous-estimer la puissance des rencontres. Non, jamais. C'est vrai. Génial. Tu parlais des émotions fortes ou quelque chose qui t'a marqué visiblement au-delà de la météo, c'était le fait de te retrouver avec toi-même. Ça, j'imagine que par rapport à la vie que tu évoquais avant, ça a été clairement un grand écart où tu as une vie à 360, où tu travailles entouré d'une équipe, tu fais régulièrement des projets ensemble avec Jessica, avec votre père. Ça a été quoi pour toi en termes de ressenti ? Qu'est-ce que ça t'a fait de te dire auquel âge et deux semaines, elles sont vraiment pour moi, je suis dans ma bulle ?

Annika On ne prend pas le temps de faire ça.

Loïc Oui. C'est pour ça que je te demande parce que franchement, c'est génial de s'accorder à un moment comme ça.

Annika Oui, mais c'est nécessaire, je pense. En fait, on vit tous des vies tellement intenses et on se met dans des routines et on prend rarement le temps de vraiment sortir de cette zone de confort, de cette routine pour aller s'exposer à... C'est égal, quoi, en fait. pour juste passer du temps avec soi-même. Et ça devrait être nécessaire de le faire. Je pense que c'est là où on peut vraiment réfléchir à qui on est, à qui on veut être, à nos relations, à nos ambitions, à nos rêves. Et c'est un moment d'ancrage qui n'est pas toujours agréable, parce qu'il faut se l'admettre. Des fois, de passer du temps avec soi-même, ça peut être l'enfer. mais nécessaire, je trouve, pour réajuster son tir, pour se retrouver sur peut-être changer deux, trois trucs, faire des ajustements pour être sur un meilleur chemin demain. Je ne sais pas ce que tu en penses, toi. Je ne sais pas si ça me parle, quoi.

Loïc Oui, non, non, clairement. En fait, il y a tellement de sujets sur lesquels je trouve que des moments de pause comme ça, tu vois, font du bien. Ce que tu dis sur la direction, etc., je suis assez d'accord avec toi. Où est-ce que tu veux aller, quels sont tes objectifs. Finalement, marquer un temps de pause pour mieux repartir. C'est un peu ça. Chez Apple, il y avait un slogan qu'on utilisait beaucoup qui était « Slow down to go fast ». C'est un peu ça pour moi, finalement. Exactement. Et puis, il y a aussi, bon, quelque chose d'un peu plus pragmatique, mais je trouve que des moments comme ça où tu te mets un peu dans l'adversité, ça te fait apprécier encore plus ton quotidien. Tu vois, derrière d'arriver, d'avoir l'électricité, juste de pouvoir prendre ta voiture pour te rendre quelque part ça fait… Ouais, je trouve que ça remet peut-être un peu les pieds sur terre par rapport à des conforts qu'on a la chance d'avoir dans nos sociétés.

Annika Totalement. Ça, c'est une certitude. Vraiment, et puis c'est pour ça que c'est nécessaire de le faire. Je pense qu'on serait peut-être tous plus relax et plus heureux avec ce qu'on a.

Loïc Tu dirais que s'il y a des choses que tu es OK pour partager, parce que voilà, c'était une expérience très personnelle, mais est-ce qu'il y a eu des changements notables une fois que tu es revenu de cette expédition par rapport à toutes ces réflexions que tu as pu avoir sur toi, tes objectifs et tout ? Est-ce qu'il y a des choses concrètes que tu as mises en place ou tu vois, start, stop and continue ? C'est le fameux exercice qu'on utilise beaucoup dans les startups.

Annika Ouais, non, alors je pense que ce trip était plutôt la phase une d'une longue aventure et en fait, ça a plus ouvert une boîte de pond d'or où j'ai commencé à me poser toutes ces questions et en fait, même si l'objectif était de faire quelque chose pour soi et de revenir avec un peu une vision plus claire de ce que je voulais faire de ma vie, ça m'a plutôt mis dans une situation où je me posais encore plus de questions en rentrant. phase de transition assez difficile pour revenir à la réalité parce que même si on morfle pendant deux semaines, c'est quand même des moments très intenses émotionnellement comme on vient de le dire et du coup, de retrouver une sorte de normalité et juste retourner au boulot et au bureau et de revoir les gens qui nous entourent, et bien en fait, tu te rends compte que tu as vécu quelque chose de tellement ouf mais quel est l'impact de cette aventure-là maintenant sur ma vie maintenant que je suis de retour au quotidien et j'ai trouvé difficile de le traduire ou d'en tirer vraiment des choses concrètes. Ça m'a plutôt fait réaliser que j'avais besoin de plus de ça dans ma vie, plus d'expositions aux conditions un peu hors normes et à passer plus de temps avec moi et donc c'est un peu peut-être le downside de se lancer dans ce genre de trip mais aussi la nécessité de le faire c'est the more you do it the more you want it mais je pense que voilà, ça te parle aussi quoi donc

Loïc un trip on appelle un autre

Annika voilà et donc je suis encore en train d'essayer de transformer cette aventure-là et peut-être celles qui vont venir en des actions concrètes tu vois voilà je te dis vraiment avec toute honnêteté que je n'avais pas encore réussi à vraiment en faire quelque chose de très concret parce que ça m'a plutôt fait réaliser que j'en voulais plus ce qui est aussi une réponse en soi en vrai

Loïc oui clairement

Annika toute ma vie j'ai un peu suivi les traces de Mike j'en fais mon métier je voyage à ses côtés on a la chance de vivre des choses exceptionnelles et cette aventure-là m'a fait me rendre compte que je pense que je suis aussi plus un peu plus comme lui que ce que je l'avais enfin ce que je l'avais espéré parce que voilà c'est quand même pas facile de vivre dans ses baskets je pense et qu'il faut que je l'identifie exactement la manière dont je vais le faire mais à ma sauce

Loïc donc tu penses que la réponse viendra sur le terrain c'est-à-dire en faisant d'autres types de projets enfin d'autres tripes comme celui que tu as fait à vélo c'est là c'est ce qui te permettra d'affiner peut-être là où tu veux aller de trouver ton sens à toi

Annika je ne sais pas c'est une bonne question mais il y a de fortes chances oui excellent

Loïc est-ce que c'est un teasing que tu nous fais là est-ce qu'il y a déjà un projet à venir qui est en train de se monter que tu n'évoques pas vraiment dans les détails mais il est déjà là

Annika tu es fort Loïc non non ce n'est pas de teasing en tout cas rien que je veux révéler ou dévoiler aujourd'hui

Loïc ok ça marche donc in fine tu étais partie pour deux à trois semaines le trip total c'est-à-dire au moment où tu es arrivée c'était au Danemark c'est ça le ferry

Annika oui exact à un village qui s'appelle Irtschals au nord du Danemark et c'était 13 jours ça m'a pris 13 jours en fin de compte donc j'avais anticipé 12 pour avoir un peu de marge pour attraper le ferry à temps et du coup voilà 13 jours plus tard je suis arrivée à Irtschals et puis c'était déjà la fin de cette aventure-là

Loïc c'est ce que j'allais te demander est-ce que parce que si j'ai bonne mémoire en Islande tu n'as pas vraiment pu rouler à cause des conditions météo c'est ça ?

Annika c'était impossible impossible je suis arrivée du coup quand j'ai pris le ferry depuis Danemark on est passé par les îles Faroe et ensuite 3 jours après avoir quitté le Danemark on est arrivé à l'est de l'Islande et Reykjavik le point de rendez-vous avec Paps et le bateau et l'équipage était à Reykjavik à l'ouest et donc j'avais comme ambition en arrivant vu que j'avais déjà de l'avance sur Paps de faire la traversée en vélo sauf que comme je t'ai dit avant je suis partie de Lausanne quand il faisait beau les fleurs étaient en pleine fleuraison et j'ai pris mon t-shirt et mon t-shirt et en arrivant en Islande il faisait genre presque 5 degrés il y avait tellement de vent et puis du coup je me suis retrouvée un peu absolument pas prête pour cette aventure-là et donc tous les vols ont été annulés les bus aussi donc je me suis retrouvée à devoir me loger dans un petit hostel le temps de quelques jours pour que la météo se calme avant de pouvoir rejoindre Reykjavik mais du coup en bus parce que je pense que je me serais tuée sur le chemin sinon

Loïc ton sentiment à l'arrivée au Danemark sans savoir du coup que ça allait être en fait in fine la fin du trip mais est-ce qu'il y avait déjà est-ce que tu te souviens déjà d'émotions fortes ressenties à ce moment-là

Annika oui c'était c'était hyper fort mais très je sais pas comment on traduit bittersweet en français

Loïc ouais c'est pas sucré je sais plus mais je vois ce que tu veux dire ouais

Annika et j'étais hyper contente j'avais vraiment l'impression d'avoir accompli quelque chose pour moi pour la première fois dans ma vie donc vraiment émotionnellement hyper intense sur ce niveau-là mais en même temps super triste que c'était déjà terminé et ça je pense que toute personne qui ont déjà fait leurs propres aventures ou qui même sont parties faire des voyages avec des copains ou de la famille ils se sont déjà rendus compte de ce sentiment tellement triste que quelque chose de si bien arrive déjà à sa fin mais après l'enjeu le challenge c'est comment est-ce que tu vas poursuivre comment est-ce que tu vas garder en fait ce momentum comment est-ce que tu vas les transformer en ta prochaine aventure etc et je pense que ça c'est quelque chose que je me suis pas en fait c'est en finissant cette aventure-là en arrivant à Irchalz à temps pour le péri ! et en ayant accompli un peu ce mini challenge que je m'étais fixé que je me suis rendu compte pour la première fois du sentiment que Paps devait avoir à la fin de ses expéditions parce que souvent en fait il en parlait mais t'as vraiment de la peine à comprendre ce qu'il veut réellement dire pourquoi est-ce que après deux ans d'expédition à vraiment souffrir à frôler la mort à se mettre dans des conditions atroces quand tu rentres à la maison t'as juste envie de repartir moi j'avais vraiment je galérais à comprendre un peu cette notion de t'as souffert pendant deux ans tu rentres à la maison et t'es déjà en train de prévoir ta prochaine expédition et en fait à ma petite échelle de m'être retrouvée dans cette situation ça m'a permis un peu de mieux le comprendre et puis aussi d'apprécier en fait ce qu'il faisait la raison pourquoi il faisait toutes ces choses là toute sa vie

Loïc c'est un super point je pense qu'effectivement ceux qui sont déjà partis un peu dans des voyages longs enfin longs pas forcément longs mais des voyages dépaysants en tout cas je pense que c'est peut-être ça la clé je pense que c'est peut-être le dépaysement je sais pas ce que t'en qu'est-ce que t'en dis est-ce que ça a été plus ça que finalement la durée le fait d'avoir ouais

Annika ouais ouais complètement dès qu'il y a une notion de nouveauté de découverte je pense que c'est c'est ça l'ingrédient secret

Loïc ouais en parlant de découverte j'avais ça me fait penser à une autre question t'as voyagé quand même partout dans le monde t'as du camp de base du K2 sur l'île au Canada en passant par à peu près toutes les mers du monde je pense est-ce que t'as quand même est-ce que t'as quand même été surprise par les paysages que t'as traversé en Europe

Annika alors pas surprise c'est pas le mot mais parce que ça ressemble franchement beaucoup à ce que je connais en Suisse et le fait d'être dans des des coins d'Allemagne ou de France ou même de Suisse que j'avais que j'aurais jamais découvert si c'était pas pour cette aventure en fait ça m'a genre j'étais tellement contente je me dis tu prends jamais le temps de forcément explorer la région rurale qui entoure ton village natal par exemple je trouve que souvent on se dit une aventure elle doit forcément avoir lieu hyper loin de chez soi et d'être totalement dépaysée mais on parlait de dépaysement avant moi j'ai ressenti c'est pas des paysages qui m'ont surpris mais je me suis sentie dépaysée dans le sens où j'aurais jamais mis les pieds dans ces endroits si c'était pas pour cette aventure là et ça c'est fort de se dire je roule avec les petites roues de mon vélo sur une route que j'aurais jamais parcouru si c'était pas pour cette aventure là et ça c'est un énorme cadeau et j'avais vraiment énormément de de comment on dit gratitude j'étais hyper reconnaissante reconnaissante de vivre des choses aussi simples que ça aussi proche de chez moi

Loïc c'est un super point ça me fait penser j'avais fait un épisode si y'en a qui nous écoutent et qui veulent creuser le sujet de finalement de voyager de partir à l'aventure à côté de chez soi j'avais fait un épisode avec Chloé Dardelet qui fait des micro aventures donc durée très courte le temps d'un week-end à je sais plus combien de centaines de kilomètres max de chez elle puisqu'il faut que elle puisse y aller rapidement et en fait moi ça m'avait comme tu dis cet épisode m'avait un peu ouvert les yeux parce qu'elle fait des trucs enfin complètement fous que j'ai jamais fait par exemple tu vois le tour d'un lac en packraft et elle fait ça au coeur de la France finalement et tout le monde peut y aller tu vois il n'y a pas besoin de prendre l'avion c'est pas loin en termes de budget c'est carrément accessible et ça avait été un peu l'épisode qui m'avait ouvert les yeux et d'ailleurs je crois qu'après ça je ne sais pas si c'était après son épisode mais à l'époque je vivais encore en Suisse j'étais parti me faire une nuit blanche une nuit blanche une nuit à la belle étoile à côté de Bâle moi je travaillais je vivais à Bâle et en fait c'est un truc tout bête mais pareil tu vois je n'avais jamais fait ça je m'étais retrouvé dans un coin où je ne serais sans doute jamais allé comme tu dis si ce n'était pas pour faire ça et le fait de se réveiller avec tu vois sur son duvet son matelas en plein air avec vue sur les Alpes Suisses alors que j'allais travailler le lendemain je me disais c'est fou en fait je viens de vivre un truc tu vois je n'avais jamais fait c'est un peu une forme de dépassement en tout cas une manière de casser sa routine et c'était fabuleux donc je comprends tout à fait ce que tu dis

Annika complètement et puis je pense que si on peut en tirer un petit message ou un call to action on ne peut que encourager tout le monde à le faire il faut le faire

Loïc ouais bah écoute c'est ce que ça allait être une de mes questions juste avant ça peut-être tu vois en termes de prise de recul alors là c'est peut-être plus une question pratico-pratique sur la logistique du voyage ou les apprentissages que tu as pu faire qu'est-ce que tu si tu devais refaire un trip à vélo qu'est-ce que tu ferais différemment par rapport à celui-ci

Annika hum hum hum qu'est-ce que je ferais différemment je je

Loïc prendrais une patte de dérailleur de rechange déjà

Annika déjà bravo exactement je prendrais une patte de dérailleur de rechange en effet je pense que je pour moi c'était un peu une intro au bikepacking le next step pour moi ce serait de prendre ma propre tente sac de couchage et de dormir dehors sur cette aventure-là on n'a pas encore dit mais vu que voilà j'étais encore timide face à cette à mes capacités et face à ce challenge hum j'ai décidé de passer des nuits à dans des hostels ou des hôtels le long du chemin pour voilà avoir accès à la douche et de pouvoir charger mon gps et de repartir le lendemain mais maintenant que cette aventure est faite sous cette forme-là je j'ai quand même l'impression de ne pas avoir été totalement immersé dans la immergé ou immersé ?

Loïc immergé

Annika immergé dans la nature et d'avoir pas pu vivre l'aventure à son full full potentiel et donc ce que je referais différemment sur une prochaine aventure c'est que je dormirais dehors

Loïc génial génial super est-ce que tu aurais peut-être en guise de conclusion un message tu vois à faire passer par rapport à tout ce que tu as évoqué sur le dépassement le fait de sortir de sa zone de confort et un message notamment et en particulier pour celles et ceux qui hésiteraient encore à se lancer eux-mêmes dans leur propre projet

Annika oh oui j'en ai tellement j'en ai tellement je j'espère qu'en partageant cette aventure je peux inspirer ou motiver ou donner un petit coup de pied au cul à ceux qui qui rêvent de faire des petites choses ou des grandes choses mais qui n'ont pas encore trouvé ce courage et j'aimerais aussi dire à ces personnes que même même moi qui suis la fille d'un d'un aventurier alpha male balèze comme comme Mike et bien j'ai aussi mes mes peurs j'ai aussi mes doutes et et j'ai des j'ai des lacunes par rapport à la confiance que je peux avoir en mes capacités et donc peut-être d'entendre ça ça peut faire du bien et se dire que ben voilà on est tous un peu dans le même bain et puis qu'on qu'on n'a pas tous toutes les réponses et qu'on n'est pas tous les plus forts sur terre et que si on a une énergie une boule d'énergie ou une impulsion à l'intérieur de nous qu'il faut répondre à ces choses là parce que c'est quand même signe qu'on qu'on veut se pousser et qu'on veut aller au-delà et et donc voilà je pense que c'est pour cette raison là que je partage cette aventure qui à la base est quand même assez personnelle et assez intime et j'en suis hyper fière mais sur papier c'est vraiment pas grand chose il faut se l'admettre et je pense que de de l'avouer d'en parler et de se dire que peut-être que ça peut encourager d'autres personnes à faire leur petit trip mais en vélo à pied ou même prendre le train ou même sauter dans sa voiture et traverser un pays tout entier ou rencontrer du monde sur le chemin s'ouvrir aussi à découvrir des nouveaux paysages à parler à un étranger toutes ces choses là tant que c'est quelque chose de nouveau tant que c'est de la découverte tant que c'est au-delà de notre ordinaire ça va que nous enrichir et apprendre à mieux se connaître parce que c'est important de passer du temps avec soi pour mieux se connaître et ajuster son tir pour être une meilleure personne le lendemain

Loïc génial merci beaucoup Annika écoute j'espère que ça donnera envie à celles et ceux qui nous ont écoutés en tout cas à quelques-uns de faire ce premier pas et de se lancer en tout cas quand on écoute ton récit clairement ça donne envie d'oser et de peut-être de casser sa routine de temps en temps comme tu l'as dit moi je suis aussi convaincu que c'est méga important parce que c'est ça qui redonne peut-être du sens ou qui permet d'apprécier ce qu'on a au quotidien donc un immense merci d'avoir bien voulu partager avec nous ce que tu as vécu sur ce trip d'ailleurs la question horrible que je pose en fin d'épisode la question que je pose en fin d'épisode ce qui n'est pas du tout le bon moment mais tu lui as donné un nom à ce trip ou pas ? c'est une bonne question et je ne veux toujours pas donner de nom à ce trip ok le vélo non plus d'ailleurs j'avais vu dans tes posts que le vélo n'avait pas de nom mais ça a changé ça ?

Annika non oui oui j'ai eu plein de super recommandations de ma petite communauté et du coup je n'arrive pas à choisir entre les suggestions donc je laisse encore le nom open peut-être qu'il va se définir sur une prochaine ok

Loïc génial un grand merci Annika pour ton temps pour ce que tu as bien voulu partager bonne réunion parce que si j'ai bien compris tu enchaînes et puis bon hivernage au Groenland tu vas retourner sur le bateau là ?

Annika exactement oui c'est juste Mike il est actuellement au Groenland en train de trouver un petit spot sur la côte est pour passer l'hiver donc voilà on va suivre un de ses rêves de jeune aventurier et c'est de se faire prendre dans la glace et d'avoir comme camp de base ce bateau dans un univers glacial et de faire des mini expéditions de faire des trous dans la glace d'aller se plonger dans l'eau voilà de vraiment vivre mais à l'état purement sauvage ça va être intense mais j'ai hâte

Loïc trop bien merci beaucoup Annika à une prochaine

Annika oui à très vite merci beaucoup

Loïc merci d'avoir écouté cet échange avec Annika jusqu'au bout j'espère que cet épisode aura allumé en vous cette petite flamme de l'aventure cette envie irrésistible de vivre quelque chose de différent cet appel de l'inconnu si ça a été le cas dites vous qu'il y a très certainement dans votre entourage des gens que le témoignage d'Annika pourrait inspirer également à se lancer alors prenez votre smartphone maintenant copiez le lien de l'épisode depuis votre plateforme d'écoute et envoyez-le à au moins une personne qui hésite encore à se lancer merci beaucoup pour votre fidélité n'hésitez pas à m'envoyer vos feedback ou vos suggestions d'invité soit par email à hello lesfrappés.com soit via Instagram sur le compte lesfrappés.podcast je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode dans lequel on part à la rencontre d'un français expatrié en Norvège et dont l'objectif est de devenir aventurier professionnel Abonnez-vous ! Sous-titrage ST' 501

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

À écouter aussi · Vélo

Dans le même univers.

  • BikingMan 2023 : Laurianne Plaçais dévoi
  • Julien
  • Florian
  • Vincent

Reste dans la boucle

Le podcast dans ta boîte mail.

À chaque nouvel épisode, l'histoire à écouter et deux-trois trucs qu'on ne met pas ailleurs. Désinscription en un clic.

S'abonner →