Loïc Hello, hello ! Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyages aux eaux longs cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. C'est parti ! Eh bien écoute, bienvenue Mathis au micro défrappé. Je suis super content de te recevoir sur le podcast. Il était temps, j'ai envie de te dire, parce qu'on avait échangé je pense il y a bientôt un an peut-être. Ça doit faire presque un an pour la première fois quand tu m'avais envoyé ce premier message sur LinkedIn.
Mathis Oui, bonjour Loïc. Un petit peu moins.
Loïc Un petit peu moins. Mais voilà, ça arrive enfin. Un immense merci d'ailleurs à Nico, Nicolas Cassier, un ancien invité du podcast, un copain qui était là au premier week-end défrappé. Coach préparateur mental qui fait plein de choses incroyables dans sa vie et qui m'a mis en relation avec toi en me disant, il faut absolument, absolument que tu parles à Mathis. On l'évoquera je pense un peu plus en détail parce qu'il t'a accompagné sur une partie de ta préparation pour une énorme épreuve que tu as réalisée il y a peu de temps, enfin que tu as même remporté il y a peu de temps, dont on va évidemment en parler, la mini Transat en 2025. Donc voilà, Nico, on va reparler de toi.
Mathis Oui, c'était mon coach.
Loïc Yes. Mathis, donc aujourd'hui, on va principalement échanger, je pense, sur des thématiques autour de l'univers de la voile en solitaire, mais pas que. Pas mal de records à ton actif, des anecdotes assez incroyables. Mais avant ça, j'aimerais bien que tu nous expliques un petit peu dans quel environnement est-ce que tu as grandi, puisque ton père est particulièrement connu dans le monde de la voile. Donc voilà, ton enfance, ça ressemblait à quoi ? Est-ce que tu as tout de suite été mis, dès que tu as su à peu près te tenir à quatre pattes sur un catamaran pour t'habituer au roulis ou autre ? Dans quel univers, plutôt quel a été ton rapport à la voile pendant ton enfance ?
Mathis Non, alors vous risquez d'être un petit peu déçu parce que mon enfance, ce n'est pas du tout ça. Je grandis en milieu de la forêt normande, toute une partie de ma jeunesse, plutôt avec ma mère, parce que les parents sont rapidement divorcés. Et la voile, ce n'est vraiment pas dans notre tête jusqu'à 12-13 ans. Il y a quelques stages de voile par-ci, par-là. Et moi, mon truc, c'est que je fais du foot dans mon petit village entouré de vaches. Je grimpe aux arbres et j'aime bien le tennis. Donc non, ça vient vraiment plus tard. Et après, c'est plutôt mon père. Alors, il a cette spécialité de faire du catamaran au large, faire des grandes distances avec son catamaran. Et il nous embarque quand même pendant une semaine, deux semaines en vacances l'été sur ses petits catamarans. Alors, je me rendrai compte plus tard qu'en fait, il testait des choses pour se préparer pour son tour du monde. Avec lui, on était un peu les cobayes pour venir tester ses trucs avec lui. Mais il nous fait quand même faire des navigations pas du tout anodines. Il nous emmène sur son petit catamaran faire le tour de la Corse en partant de Nice, le tour de la Bretagne. Et nous, on a 12-13 ans. On est avec nos petites combinaisons de 2 mm. Et on se pèle les couilles pendant une semaine ou deux sur ce catamaran. On dort. On est à un mètre carré avec mon petit frère et mon père. On dort, on fait notre vie. Et on dort à la Belle Étoile. On est tout… C'est assez magique comme navigation.
Loïc Parce que quand tu dis petit catamaran, pour que les gens se rendent bien compte, j'imagine que ce n'est pas le catamaran de tourisme que tu loues dans les ports où tu as trois cabines, deux douches.
Mathis Là, il faut imaginer le hobby cat de la boule sur la plage qui est un poil plus grand quand même. On va dire un mètre plus grand. Et ça, c'est beau. Je grandis avec cette voile, cet aspect de la voile de temps en temps l'été. Mais c'est des navigations extrêmes. On ne se rend pas compte. C'est marrant. J'ai eu l'ancien directeur du Vendée Globe, Denis Horo, au téléphone il n'y a pas longtemps, et qui me dit « mais tu étais celui qui avait le plus de mille parcourus farfelus, il a appelé ça. » Certes, tu n'as pas fait d'entraînement et tu as navigué très tard. Mais en fait, ces navigations-là, sur ce petit catamaran au large, c'est complètement farfelu. Et c'est complètement exigeant aussi. Parce que le bateau peut se retourner. Il n'y a pas d'abri. Et donc, on est dans les vagues, on est mouillé, on dort mouillé, on mange en essayant que ce ne soit pas mouillé ce qu'on mange. Et donc, c'est assez génial, mais c'est que du bonheur. C'est que du bonheur. Et puis, tu imagines quand même que tu as 13-14 ans et tu es en pleine nuit. Et il y a ton père et ton petit frère qui dorment juste à côté de toi. Et c'est toi qui es responsable d'eux. C'est toi qui gères le bateau. C'est toi qui… Si tu fais une connerie, ça peut mal finir. Donc, tu es tout de suite responsable. Mais voilà, les étoiles pour toi, elles sont juste pour toi la nuit. Les dauphins, ils sont juste pour toi aussi. Donc, c'est incroyable.
Loïc La pique que vous délire. Donc, vous ne retourniez pas à terre les nuits pour dormir. C'était vraiment sur le catamaran du début à la fin.
Mathis Oui. Alors, la toute première fois, on fait des stops sur la plage. Et puis, dès la deuxième fois, on ne s'arrête plus. Et c'est même parfois, on mouille. C'est-à-dire, on met l'encre sur un endroit. Mais on ne va pas à terre. On reste sur le catamaran quand on fait un stop pour se protéger. Et donc, il y a la plage qui est vraiment à 200 mètres. Et tout le monde est en maillot. Tout le monde le regarde comme des… Nous, on est sur notre petit catamaran. On se réveille de la nuit. On a quatre couches parce qu'on se fait la couille toute la nuit. Mais on ne va pas à terre. Et on repart comme ça. C'est assez chouette.
Loïc Waouh. Incroyable. OK. Donc, ça, ça arrive vers tes 12 ans. Ton frère, c'est pareil ? Ça a été la première exposition à la voile à ce moment-là, vers cet âge-là ?
Mathis Oui, c'est l'adolescence. Oui, l'adolescence. Notre crise de puberté, on l'a fait comme ça. Avec mon frère… Oui, mon petit frère m'accompagne. Alors, je me souviens aussi qu'on fait juste avec mon frère de temps en temps, on fait un petit stage de voile l'été. Mais en fait, je me souviens qu'on n'apprend rien. Parce qu'on va voir notre père qui nous met dans des stages, on dit « mais arrête parce qu'on s'embête un peu ». Et donc, nous, on veut faire des trucs avec lui.
Loïc Et tu arrives à te souvenir les émotions prédominantes quand pour la première fois, tu réalises que ce que tu évoquais, c'est toi qui es à la barre, c'est toi qui es responsable, que vous faites des vacances qui ne sont finalement peut-être pas tout à fait les mêmes que la plupart des copains de l'école. Tu te dis quoi ? Est-ce qu'à ce moment-là, tu as une sorte de prise de conscience que c'est un univers dans lequel je veux continuer à évoluer ou finalement, tu ne réalises pas trop et c'est que plus tard que ça vient et que tu te dis « c'est vraiment ça que je veux continuer à faire ».
Mathis Oui, alors sur le moment, on ne réalise pas du tout. Et tout semble normal en fait. Puis nous, à ce moment-là, notre père, c'est notre père. Et donc, comme lui, il se comporte comme quelqu'un de « tout est normal dans ce qui se passe », on nous fait confiance, on nous explique et basta. Et puis comme on n'a jamais navigué sur d'autres bateaux non plus, on ne se rend pas compte. Donc, oui, c'est vraiment… On est dans notre monde, on pense que tout est normal. Pour nous, la voile, c'est ça. Alors que ce n'est pas du tout ça. Et je m'en rendrai compte, mais très tard, je m'en rendrai compte, là seulement il y a 3-4 ans en faisant du mini, donc un monocoque avec un abri qui ne chavire pas, que ce n'était pas tout à fait normal.
Loïc Sachant qu'aujourd'hui, tu as 28 ans, c'est ça ? Oui, oui. 28 ans, ok.
Mathis Donc pendant une bonne 6-7 ans, je suis dans la naïveté. Je ne comprends pas trop pourquoi les gens vont naviguer. Mais non, non. Et après, le désir d'en faire d'une façon plus intense, ça vient plus tard avec les études. Je ne sais pas si on en reparle.
Loïc Oui, parce que du coup, tu étais en sport-études, tu étais scolarisé normalement, entre guillemets, parcours classique ?
Mathis Oui, les parents ne voulaient pas que je fasse de voile, ni que je fasse sport-études. Alors qu'eux étaient vraiment, le père comme la mère, faisaient des aventures assez incroyables, et que du sport. Mais ils voulaient cette sécurité des études, et que la voile limite, j'avais 12 ans quand on me disait que j'ai commencé trop tard pour être champion. Donc c'était les études. Et donc, études normales. Je me souviens, première, un lycée en banlieue parisienne, où j'arrive le premier jour en tongs, et on me dit, ce n'est pas possible. Il faut que je m'habitue un petit peu. Et voilà, parcours scientifique, parce que c'est ce qui ouvre le plus de voies, école d'ingénieurs. Et ce n'est pas franchement une réussite. Et en fait, le seul truc qui m'intéresse, c'est une course étudiante de voile qui s'appelle la CCE. Je ne sais pas si tu en as déjà entendu parler. La course croisée Rédèque. C'est ça. Donc c'est une grande course. Je pense que c'est la plus grande course étudiante d'Europe. Et je m'excite pour faire un dossier, pour chercher des sponsors, pour créer une équipe de l'école pour faire l'événement. Et je kiffe. Il y a une sorte de départ, imagine. Alors là, ce n'est pas du tout l'aventure. C'est vraiment un regate autour de Boé au bord de l'eau, au bord de la côte. Et c'est un petit jeu hyper sympa. Entre deux Boé, il y a une ligne de départ, il y a une autre Boé à aller chercher. Il faut tirer des bords, il y a une stratégie. Il faut bien régler son bateau. Et on ne gagne rien du tout, mais on s'amuse bien. Et j'essaye. Et après, en fait, mon père voit que je monte des projets comme ça, que je cherche à faire de la regate en vol. Et lui, il cherche un équipier à ce moment-là, en catamaran. Et donc, il me propose. Il me dit, j'ai une regate là, fin avril. Et puis, cet été, je veux faire le record de la Méditerranée. Est-ce que tu veux qu'on essaye ? Et donc, moi, il n'y avait personne qui me proposait de travailler avec eux en école d'ingénieur parce que j'avais des mauvaises notes. Par contre, il me propose ça. Je dis, bon, c'est parti. Et donc, la première compétition se passe bien.
Loïc Donc, ça, c'était quelle année ?
Mathis Ah oui, là, on est en 2018. Ah oui, je ne sais pas.
Loïc C'est relativement récent quand même. OK.
Mathis Oui, j'ai 19 ans, quelque chose comme ça. 19, 20 ans. Et encore une fois, avant, il n'y a pas de compétition. C'est vraiment une semaine de temps en temps. Et la compétition se passe bien. On fait podium. Et lui, je pense, il n'avait pas besoin. En fait, il n'avait pas besoin de quelqu'un qui connaisse la voile. Il avait besoin de juste quelqu'un qui a l'envie, qui a la niaque, qui a de l'engagement. Et je veux dire, la connaissance, il l'avait. Et donc, après, on fait ce record de la Méditerranée. Et là, il y a un sacré déclic quand même. Parce que, autant avant, c'est en vacances. Et donc, il n'y a pas vraiment une recherche de perfs sur ces longues distances. Et autant, là, sur le record, il faut aller dans le rouge. Il faut aller dans la perf. Il ne faut pas dormir. Et là, je découvre quelque chose. Et je pense, je découvre quelque chose que la grande majorité de tes intervenants ont découvert aussi, de dépassement de soi. Au purée, je suis capable de... Le record de la Méditerranée, c'est Marseille-Cartage en Tunisie. Et c'est 40... On fait 44, 45 heures. On dort peut-être 15 minutes. Et on est non-stop sur les réglages. On ne s'arrête jamais. Et c'est hyper stimulant. Et là, je me rends compte, on bat le record de deux minutes en plus. Donc, c'était chaud.
Loïc Ah ouais, ouais. Waouh. De deux minutes. Attends, sérieux ? Incroyable.
Mathis On ne savait même pas si on l'avait battu à l'arrivée. Tellement que c'était sur le chrono, on avait un doute. Et donc, on apprendra plus tard avec le GPS qu'on avait à bord qu'on avait effectivement battu le record. Attends, mais du coup, c'est complètement incroyable.
Loïc Le chrono final, tu dis, c'est 44 heures ?
Mathis Ouais, je ne sais plus le nombre de minutes.
Loïc Mais à peu près, en gros, 44 heures. Mais donc, ça veut dire que sur… Parce que c'est relativement court, entre guillemets. Enfin, j'imagine suffisamment court comme durée pour que tu… Vous aviez un chrono à bord, vous, au moment du départ ? Vous aviez enclenché un truc que vous aviez sous les yeux pendant deux jours ?
Mathis Alors oui, mais c'est juste à titre indicatif. Le vrai chrono, il se fait avec une petite balise, on va dire, une petite boîte noire qu'on a à bord et qui nous pointe toutes les minutes, je crois, toutes les 30 secondes. Ce qui n'est pas très précis d'ailleurs, parce que c'est des vieux trucs de l'homologation officielle là. Mais on a des trucs bien plus précis à bord. Et voilà, ça nous dit que… Ouais, notre position. Et puis ensuite, on envoie cette boîte à l'homologation officielle qui certifie ou pas si on a battu ou pas.
Loïc Ok, méga intéressant. Parce que j'imagine que ça doit… Ok. Mais donc, visuellement, votre chrono à vous, c'est un truc que vous avez facilement sous les yeux en permanence ou ça demande un peu un effort ? Il faut arrêter les réglages, sortir un truc de la poche ?
Mathis Non, non. On le regarde à l'arrivée. Une fois qu'on a passé la ligne, on se dit, alors on a mis combien de temps ? Et puis là, oh purée ! Donc là, on se dit, mince ! Et puis du coup, on ne se souvient même plus trop combien de minutes c'était au départ. Parce que vous ne pensez pas que ça allait être à la minute près. Ouais. Non, non, on ne le regarde pas pendant la course. Pendant la course, on s'en fiche. Toutes les secondes, on essaie de gagner, on les gagne. Ouais.
Loïc Mais donc, si on fait un petit zoom sur cette expérience, je trouve que c'est complètement fou. C'est quoi l'organisation à bord ? Il y en a tout le temps… Les rôles sont clairement définis. Tu disais que vous n'avez dormi qu'un quart d'heure. Mais est-ce qu'il y avait quand même des temps de pause pour l'un ou l'autre ? C'est quoi le rythme ?
Mathis Alors, effectivement, c'est plus… Alors, à ce moment-là, c'est plus mon père qui barre. Parce que moi, j'ai zéro expérience. Enfin, très peu quoi, de la barre exigeante comme ça de perf. Et donc, je me souviens d'ailleurs, le moment où on dort, c'est au départ. Parce qu'en fait, nous, on est situés en Bretagne. Et donc, on fait toute la route pour aller à Marseille, monter le bateau, prendre le départ. Et on est cramé au départ. Ah oui. Et le départ, il n'y a pas beaucoup de vent. Du coup, en fait, dès le départ, on en profite pour dormir les premières heures. En tout cas, se reposer. Et après, effectivement, c'est plus moi au réglage sur le SPI, qui est cette grande voile un peu blanche que vous voyez souvent sur les bateaux à l'avant. Une sorte de bulle. Et mon père, qui est plutôt à la barre au début, on a la stratégie météo avant de partir. Ça, on sait où est-ce qu'on va aller, quand est-ce qu'on va changer de direction ou pas. Quand est-ce que le vent va passer comme ça ? Donc ça, sur les deux jours qui suivent, on est plutôt au clair. Ce n'est pas assez long pour que ce soit de l'inconnu. Et je suis chargé des réparations, des manœuvres, parce que quand on barre, on ne peut pas faire grand-chose. Donc, quand mon père barre, il est à l'arrière. Je dois lui aller chercher la nourriture pour le nourrir. Je perds aussi. Et donc, ça s'organise comme ça. Et effectivement, en fait, on ne dort pas parce que c'est le moment où on arrête de réguler les réglages. Et c'est le moment où on ralentit si on régule. Donc, le but, c'est vraiment, c'est ce qui sera valable aussi en solitaire sur la mini. C'est de, quand tu dors, tu ne régules plus le bateau. Donc, tu vas forcément un peu moins vite.
Loïc Donc, voilà. Et comment, cette notion de réglage permanent du bateau, la nuit, comment tu cherches ça ? Parce que, attention, je ne suis pas un expert, mais je sais que visuellement, il y a quand même pas mal d'indicateurs que tu peux utiliser pour régler ta voile, etc. Et la nuit, vous avez quoi ? Vous avez des frontales pour éclairer le spi, par exemple, ou d'autres éléments du bateau ? Ou c'est vraiment tout au feeling, à la sensation de vitesse ?
Mathis Oui, c'est beaucoup au feeling. La sensation, on aime bien dire, la sensation dans les fesses, en fait, quand tu barres, un peu comme les pilotes en voiture, ils sentent le mouvement de la voiture, qu'est-ce qui ne va pas ? Là, c'est un petit peu pareil avec le mouvement du bateau. Et on arrive à un peu détecter l'équilibre, qu'est-ce qu'il faut changer dans les voiles. Et après, la nuit, ce qu'il faut savoir aussi souvent quand on est au large comme ça, c'est qu'on a souvent la lune qui éclaire. Et donc, on arrive quand même à voir un petit peu les voiles. Sauf quand c'est une nuit noire, et là, c'est vraiment, on ne voit rien. Mais on arrive quand même un peu à détecter. Puis si on a un doute, effectivement, on allume un petit coup la frontale et on vérifie.
Loïc Oui, OK. Impressionnant. OK. Donc là, tu avais même pas 20 ans. Première expérience, comme ça, on va dire, un peu de l'ultra, où tu testes tes limites, où tu vas peut-être plus loin que ce que tu imaginais qui était possible. Derrière, il se passe quoi ? Vous échangez avec ton père sur ce que vous avez vécu et vous vous dites, il faut qu'il y en ait d'autres comme ça ? Ou c'est quoi la conversation qui découle, tu vois, de cette expérience partagée ?
Mathis Alors, tu as raison qu'il y a un sacré déclic parce que je me souviens, derrière, je ne vais pas au partiel.
Mini Ah oui, carrément !
Mathis Ah oui, je ne vais pas au partiel. Je quitte ma petite copine. Il y a vraiment un amour et un après. Et je ne veux plus aller en école d'ingénieur parce qu'il n'y a pas le temps pour naviguer quand on est en école d'ingénieur. Et je me tourne vers des études de commerce. Désolé les gars, mais voilà, on travaille un petit peu moins en commerce pour pouvoir faire plus de bateaux. Et donc, il y a vraiment un déclic à voir après.
Loïc Tu es allé dans quelle école du coup, par curiosité ?
Mathis Je suis passé de… Alors, les deux sont très bien. De l'ESM Sudria en école d'ingénieur à l'ISG en école de commerce.
Loïc Ok, ok.
Mathis Et effectivement, un mois plus tard, en fait, on veut recommencer et on fait le record de la manche qui existe. Et donc, on enchaîne. On se dit, on bat aussi le record de la manche. Alors là, c'était moins long et moins l'aventure. Mais on met un bon temps de référence qui sera important pour la suite, je pense, parce qu'après, on se fait battre et on décide d'y retourner. Mais ça, c'est deux ans plus tard. Et après, en fait, pendant un an ou deux, on gagne tout. On fait toutes les régates, toutes les petites compétitions en kata et tous les titres, ça marche super bien. Donc ça, c'est vraiment un super donné. Et il y a ce record. J'imagine, peut-être que je parle du record de la manche où ça se passe un peu moins bien.
Loïc Oui, parce que c'est vrai que ça fait partie des points que tu m'avais partagés la toute première fois qu'on avait échangé. Donc, oui, carrément partant pour que tu nous parles de la fois où ça ne s'est pas tout à fait passé comme prévu.
Mathis C'est ça. Le côté frappé dans ces records, il est quand même assez important. Et le truc, c'est que nous, on réussit à chaque fois. On gagne toutes les courses. Donc, on prend un peu la confiance et on aura une bonne leçon d'humidité, justement. Et on part sur ce record de la manche. Donc, c'est Cause Dinner, sud de l'Angleterre, à côté de Saint-Malo. Et là, on part, mais on n'est pas prêts. Et on se dit, tu vas vraiment, les mecs, bon, rien de plus. On va reprendre notre corps. Mais on n'est pas prêts. Et juste avant même la ligne de départ virtuel, on casse des trucs sur le bateau. Les lunettes ne vont pas. Les choses sont mal fixées. Enfin, il y avait plein de règles flac pour nous dire de ne pas y aller.
Loïc Pas prêts par rapport à quoi ? Le matériel, la préparation physique ? Ou c'était plutôt, tu vois, mentalement, pas dans le truc ?
Mathis Ouais, les deux. Moi, je travaille en Suisse. J'arrive, je suis cramé. Je n'ai pas un jour de congé de plus. Donc, en fait, il faut absolument qu'on parte sur cette fenêtre météo. Sinon, je ne peux plus. Et la fenêtre météo est trop musclée. Il y a trop de vagues. On ne se rend pas compte. Mais nous, on y va quand même. Et donc, on sort. Là, on est à peu près au milieu de la manche, tombée de la nuit.
Loïc Sachant que, pardon Mathis, parce que c'est important, je pense, pour la suite, tous ces records que tu fais avec ton père, vous êtes toujours sur le même type de bateau, ça, des catamarans sans abri, qui font en gros combien de long et de large pour vivre ?
Mathis 6 mètres de long et 3 mètres de large, je pense. Ok, ouais. Donc, ce n'est vraiment pas énorme. Ok, d'accord. Non, mais en plus, en fait, on est 40 centimètres au-dessus de l'eau. Donc, on se fait tout le temps éclabousser et surtout, on peut tout le temps chavirer. Et là, les vagues, elles ne sont pas très grandes. Mais pour notre catamaran, ça suffit pour être vraiment dans le mal. Et on a, c'est tout le temps parlé, on a une sorte de petit compas, un petit GPS qu'on a à l'avant du bateau, ce qui est très important, notamment la nuit, qui nous donne notre cap, notre vitesse. Ça, ça nous permet vraiment d'avoir des bons repères. Il y a une vague qui casse ce compas, qui casse ce support. Donc, je vais le chercher, je le ramène derrière. Et l'erreur qu'on fait, là, c'est vraiment que... Au début, je le tiens, le compas. Et puis après, mon père le prendra, mais je l'attache sur le bateau. Il ne s'en rendra pas compte, d'ailleurs. Et c'est vraiment à bord. Il y a une règle d'or, c'est une main pour toi, une main pour le bateau. Et dans le sens où une main pour régler, une main pour ne pas tomber. Et donc, mon père aura une barre dans la main et le compas dans l'autre, ce qui n'est pas bon. Et on se fait fouetter par une vague un peu plus forte que les autres. Et le bateau penche très fort. On est limite de chaviré. Et lui, il glisse, il tombe juste derrière le bateau.
Loïc Il fait jour à ce moment-là ?
Mathis Tomber de la nuit. Wow. Il y a vraiment une erreur absolue comme ça, c'est de tomber à la mer. Et je ne me rends pas compte tout de suite, il y a la ligne de vie qui casse, et son harnais qui casse, quand il tombe derrière. Donc moi, je me dis au début, c'est bon, il va traîner un peu, je vais le remonter. Et en fait, il tombe, il casse un safran. Et lui, je le revois à 10 mètres, 20 mètres derrière. Et là, je comprends tout de suite que c'est grave, ce n'est pas top. Et je me retrouve tout seul sur ce bateau. Alors déjà, c'est un miracle, j'arrive à faire demi-tour sans chavirer. Ça, c'était assez... Ça ne paraît rien comme ça, mais c'était assez exceptionnel. Il me dira que j'avais fait une sacrée manœuvre à ce moment-là. Et parce qu'en fait, mais le problème, en fait, c'est que moi, je me mets debout sur le bateau, mais tout de suite, lui, il a juste sa petite tête qui dépasse. Avec les vagues, on ne le voit tout de suite plus, en fait. Donc, lui, il me voit un peu mieux parce que j'ai un mât d'une dizaine de mètres. Et moi, je le... Non, au bout de 10 secondes, je ne le vois plus, quoi. Et donc, je comprends que c'est grave. J'ai un petit shot d'adréaline, je le sens parce que j'ai tous les muscles, tous les bouts sur le bateau seront hyper légers. Donc, je comprends qu'il y a un petit boost dans les muscles. Je fais une mi-tour, j'ai ce petit repère avec les nuages et je me dis, bon, il est par là. Il va falloir que je regarde.
Loïc Ce petit repère avec les nuages, c'est hyper intéressant. C'est-à-dire que quand tu as vu qu'il dérivait, qu'il était à 10-20 mètres derrière toi, que tu n'avais plus que sa tête, tu as eu le réflexe de regarder la forme des nuages dans cette direction, c'est ça ?
Mathis Oui, c'est le seul repère que tu peux avoir sur l'eau, c'est le ciel. Et donc, c'était tout de suite prendre une forme, prendre un axe et se dire... Je n'ai pas pris un cap, tu as raison, j'ai pris les nuages.
Loïc Parce que là, tu vois la côte, ni d'un côté, ni de l'autre de la manche à ce moment-là.
Mathis Non. Et donc, coup de chance incroyable parce que du coup, je fais demi-tour et même avec le safran cassé, j'arrive à remonter un peu au vent où je veux aller et je retrouve, on avait de la chance, on avait des casques whip orange qui se voient un peu fluo. Et donc ça, ça a fait qu'à un moment, je vois un petit bouet orange, un petit truc qui ressort. C'était lui, c'était sa tête. et j'arrive à me rapprocher. Là, ce qui est top aussi dans cette histoire, c'est que comme on avait visualisé, on avait fait un peu un travail justement de visualisation avant, on avait imaginé qu'il y en ait un qui tombe à l'eau et du coup, on n'avait pas du tout stressé. Je me souviens, ni lui, ni moi, on était vraiment restés très calmes. Et ça, on avait même, ouais, on avait imaginé qu'il tombe à l'eau. Alors, on avait plutôt imaginé que c'était moi qui tombe à l'eau parce que lui avait perdu mon bras et c'était un peu le maïcord des mers. Et du coup, en plus, c'est lui qui avait toutes les balises de sécu sur lui en se disant, si c'est moi qui tombe à l'eau, il saura me retrouver. Et du coup, alors moi, je n'avais rien à bord. Et lui, quand il tombe à l'eau, sa poche se déchire et il y a toutes ces balises qui coulent dans l'eau aussi. Donc, en fait, lui, il n'avait plus rien et moi, je n'avais plus rien non plus. Ça, on s'en est rendu compte après coup. Ce n'était pas terrible. Et ben voilà, je me rapproche de lui et là, alors vous ne voyez pas, mais moi, je fais plutôt 75 kilos et lui, 120. Et donc, je me rapproche, je tends la main et vraiment, à bout de main, j'ai le bateau d'un côté et lui, il me tend la main mais avec l'inertie, je suis à la limite de partir avec lui. J'ai les deux jambes en l'air et là, l'image, je disais, il ne faut pas la montrer aux grands-parents. Donc, c'était en plus la scène un peu chaotique. Et lui, après, j'ai de la chance, il arrive tout de suite à récupérer à l'arrière du bateau et il attrape le bateau et ça y est, je peux le remonter. Et on repart tout de suite. Alors lui, un peu frustré, il marmone dans sa barbe, je pense, un peu vexé aussi parce que, bon ben, tu vas, voilà, quand tu as de son écrite, l'expérience et tout ce qu'il a fait, tu ne peux pas vraiment se permettre ça. Et il marmone dans sa barbe, bon, on n'était pas... Mais on repart encore plus vite qu'avant. On remonte le safran cassé, on repart à balle parce qu'on a toujours envie d'aller battre ce record. Et en fait, le deuxième safran commence à lâcher et on se dit, bon, on arrête les bêtises, ça y est, on a assez vécu de choses pour aujourd'hui, il nous faut quand même un safran sur les deux pour rentrer. et voilà, on retournera au point de départ.
Loïc Du coup, est-ce qu'au retour, vous en avez reparlé de ce sauvetage d'un homme à la mer une fois au calme ou... Voilà, c'est... la gestion immédiate après l'événement à bord a suffi ?
Mathis Alors, ouais, je pense qu'on avait... T'as raison, je pense que ça avait suffi, on avait compris qu'on n'avait pas été prêts et on avait compris que, bah, il faut prendre son temps avant le départ. Non, on avait eu la leçon, on ne pouvait pas... On ne pouvait pas voir notre leçon plus clairement, quoi. Donc, il n'y avait pas forcément besoin, on avait un petit peu débriefé sur le matériel, mais... Ouais, c'était déjà... L'apprentissage était déjà fait, quoi.
Loïc Ouais. Comment ça a changé, toi, ton approche des navigations qu'on suivit, que ce soit en solitaire ou en équipage ?
Mathis Bah, j'avais... On avait... Il nous avait... C'était lui le prof, hein, donc c'était lui qui nous avait déjà donné des... des choses pour ne pas tomber à l'eau et donc des réflexes à avoir. Par exemple, je sais que... C'est un autre discours, en fait. Lui, le discours, c'était vraiment comment faire pour ne pas tomber et du coup, c'était se déplacer à genoux au lieu de se déplacer debout, toujours être attaché quelque part, ne pas faire confiance à un antidérapant, toujours mettre son pied sur des endroits fixes pour ne pas glisser et donc, bah après, en mini, j'applique ça, quoi. Et j'applique pas vraiment... Alors, je suis désolé de les critiquer, j'applique pas vraiment ce que les contrôles sécu et la fédération va nous dire, va nous donner comme conseil qui est, en fait, mets ton gilet et on t'apprend à, une fois que t'es tombé à l'eau, t'en sortir, ce qui est vraiment, je trouve, pas la bonne solution. Mais on t'apprend pas à ne pas tomber. Alors, on te dit, attache-toi. Et en fait, si tu t'attaches et que t'es dans l'eau, t'arriveras jamais à remonter les deux mètres de ligne qui t'accrochent entre le bateau et tu vois, ça peut être vraiment... Et donc, on a vraiment cette philosophie avec mon père de, bah, tu tombes pas, quoi. Peu importe ce que tu fais, la règle, c'est pas tomber. Et je pense, cette expérience, elle me plante ça dans la tête encore plus fort, mais elle me donne aussi une confiance. Waouh, si lui, si moi, je tombe pas là où lui, il tombe et que j'arrive à faire sur... à être calme et à revenir le chercher et à lui sauver la vie, parce que c'est le cas, eh bien, je suis compétent, quoi. Je me dis, ça y est, je commence à ne pas être trop mauvais et à être un navigateur, voilà, comme l'idée que j'ai d'un navigateur. Pinaise, sacrée expérience,
Loïc quand même.
Mathis Ouais, ça marche. J'ai dit, on est quitte maintenant sur qui donne la vie à qui ? Tu vois, on a le même... Ça y est. Un partout. Un partout, ouais.
Loïc Tu as évoqué rapidement le fait que, quand tu es arrivé au départ de cette tentative de record, enfin, de cette deuxième tentative de battre le record qui avait été battu par rapport à votre propre record, tu disais que tu es arrivé de Suisse, du coup, par curiosité, c'est un choix pro pour ton taf à toi, tu as suivi ta compagne, vous faites quoi en Suisse ?
Mathis Ouais, j'ai fait mon stage de fin d'études chez WIP et puis ils m'ont embauché. Et alors, c'est dans l'univers du nautisme, c'est des équipements pour les navigateurs et donc, voilà, je lis un peu les deux. Mais oui, c'est pour... Non, c'est pour professionnellement. Ok. Et du coup, tu navigues sur le léman ? J'ai navigué sur le léman, oui, souvent. Alors, beaucoup moins pendant mon projet mini parce que ça prenait trop de temps et je ne pouvais pas me le permettre. Mais je prenais grand plaisir parfois le soir. C'est hyper actif sur le lac. Le soir, après travailler, il y a plein de petites régates là, le bord du lac qui sont faits pour justement détendre ceux qui viennent de travailler toute la journée. et des régates le week-end. Enfin non, c'est hyper chouette. Ce n'est pas beaucoup de vagues et puis rarement du vent aussi, mais c'est hyper technique, hyper joueur avec les vents justement.
Loïc Oui, on m'a toujours dit que le léman, c'était une bonne école parce qu'il y avait des vents extrêmement changeants et que ça pouvait passer du tout au tout en quelques minutes.
Mathis Oui, c'est ça. Alors que sur l'Atlantique, les systèmes météo sont beaucoup plus grands et du coup, à part de jouer vraiment proche des côtes, c'est des phénomènes un peu plus lents.
Loïc Oui, ok. La mini Transat, est-ce que tu peux nous faire un peu un... Alors dans l'univers des voileux, je suis désolé pour ceux qui nous écoutent qui sont dans l'univers de la voile, tout le monde connaît cette course, un peu comme l'UTMB en ultra trail. Est-ce que tu peux nous présenter brièvement la mini ? Quand est-ce que toi, tu en as entendu parler et à quel moment est-ce que tu t'es dit c'est le projet que je veux mener maintenant ?
Mathis Oui, alors effectivement, je ne saurais pas donner une comparaison avec le trail, mais on peut assimiler ça un peu à la Formule 3. Il y a le Vendée Globe, c'est la Formule 1. Il y a d'autres courses avec des bateaux un peu plus petits, Formule 2. Et la mini Transat, c'est vraiment cette porte d'entrée qui, oui, la Formule 3, ça correspond bien. Et c'est aussi la course où beaucoup de ceux qui ont fait le Vendée Globe l'ont faite. et quand tu leur demandes c'est quoi la meilleure course, ils te disent souvent la mini Transat. Ah oui. C'est vraiment, ils ont souvent des étoiles dans les yeux quand ils en parlent. Et quand je commence à m'intéresser à la voile, d'ailleurs, que je commence à regarder des choses et lire des choses, en fait, à chaque fois, ils ont des étoiles dans les yeux quand ils parlent de leur mini et que c'est l'aventure et que c'est le début des grandes choses. Et donc, j'en entends parler comme ça. J'en entends parler aussi parce que mon père l'a gagné il y a 30 ans en 95, en 95, pardon. Et du coup, je sais que mes parents se sont rencontrés pendant la mini Transat et voilà, du coup, ça reste un peu, je sais que il y a la mini Transat qui existe et de mon côté, en fait, j'en entends parler surtout parce que il y a une personne qui nous aide dans nos projets en catamaran qui m'en parle, qui me dit la mini, c'est trop chouette, il faudrait que tu essayes, voilà. Et c'est juste comme ça et il me montre une annonce d'un bateau qui est effectivement super intéressante. Il a un bateau performant donc je commence à m'intéresser au sujet et là, il faut se rendre compte que c'est quand même un autre univers. Moi, je voyais souvent un peu ça de loin parce qu'entre le catamaran, le multicoque et là, le monocoque, c'est vraiment une autre façon de naviguer mais ça m'intéresse et je vois cette annonce du bateau et je me souviens, je réquisitionne mon père pour aller visiter le bateau donc au début, il me dit donc ouais, tu vas voir, on va essayer de négocier sur certains trucs et en fait, on visite le bateau et après, il me dit il faut que tu négocies du temps pour l'acheter donc mais on avait de là, en fait, ce que je me rends compte après coup, c'est que je suis vraiment tombé sur le bateau qui correspondait à ma philosophie de naviguer. Un truc fiable, solide, rapide, simple, on est tombé tout de suite sur le bateau qui avait un très bon palmarès en plus qui avait déjà fait deuxième en 2017 et troisième en 2019 sur la mini transat. Oui, pardon, sur la mini transat.
Loïc Sachant que, pardon, la mini transat, c'est tous les ans, tous les deux ans ?
Mathis Ah oui, je n'ai pas assez décrit la mini transat. Et donc, c'est une course qui est tous les deux ans qui est assez mythique dans le sens où elle existe depuis très longtemps et tout le monde y est passé par là et c'est sans contact avec la Terre.
Loïc Oui,
Mathis pas d'assistance,
Loïc pas de…
Mathis Voilà. Alors, le Vendée Globe, ils sont gentils quand ils disent sans assistance mais ils peuvent appeler leur équipe technique s'ils ont des soucis et nous, on n'a vraiment rien. On n'a pas de téléphone satellite, on a juste une petite radio qui capte 5-10 km autour de nous et aussi un petit radar pour détecter l'AIS, pour détecter les cargos si vous voulez, pour ne pas qu'ils nous rentrent dedans. Mais c'est tout. Et c'est sur des tout petits bateaux, ça aussi, c'est assez spécial, des petits bateaux de 6,50 m. Alors, ce n'est pas beaucoup plus grand que les catamarans, du coup, ça ne me changeait pas trop mais c'est des petits bolides hyper techniques. Alors, il y a deux catégories, il y a séries et prototypes. Comme vous pouvez l'imaginer, du coup, il y a les séries qui se ressemblent beaucoup plus mais qui sont moins technologiques, beaucoup plus simples. Il y en a du coup, mais du coup, aussi le ratio, c'est un peu, on est 90 au départ, il y a 60 séries, 30 protos. Et les séries, ça se joue beaucoup plus au détail. Comme les bateaux se ressemblent plus, c'est plus serré et la compétition est plus intense. Ils sont plus côte à côte. Ça se joue vachement au détail sur la météo aussi. Du coup, ils sont plus assidus là-dessus. Donc,
Loïc tu as un classement série, un classement proto à la fin ?
Mathis Oui, ok. Et les proto, du coup, les bateaux vont plus vite mais les bateaux sont aussi beaucoup plus… la jauge, en fait, les règles, elles sont hyper ouvertes et on a juste des dimensions et à l'intérieur, on fait ce qu'on veut. Et donc, c'est des bateaux en carbone, il y a une quille qui bascule, il y a des dérives, les safrans qui se relèvent, le mât qui bascule. Enfin, c'est vraiment des petites bombes, des petites machines. On est surtoilés, les bateaux vont beaucoup trop vite par rapport à leur taille. Et il y a ces nez ronds, je ne sais pas si sûrement vous avez déjà vu un peu ces nouvelles tendances avec les bateaux avec des nez ronds au lieu d'avoir des nez pointus qui fait que les bateaux, ils surfent, ils ricochent au-dessus des vagues. Et pour ceux qui connaissent, c'est délire, mais je ferais une poite à 26 nœuds avec ce bateau.
Mini Ah ouais, en tunnel !
Mathis Et on tient des moyennes à 14 nœuds sur 24 heures. Donc, c'est assez important quand ça surf comme ça. C'est vraiment des petites machines, mais c'est aussi beaucoup plus fragile. Et du coup, c'est plus exigeant et on va plus vite que les séries, du coup, forcément. Mais voilà. Et ce bateau, moi, c'est un prototype. Et en fait, l'état d'esprit aussi, c'est je vais apprendre sur ces prototypes. Il y a plein de choses que je ne connais pas. Je vais bricoler, je vais découvrir ce que c'est un pilote automatique parce que du coup, quand on est tout seul, on a un petit pilote qui barre à notre place. Je vais découvrir, je vais apprendre. Et la Mini Transat, voilà, c'est vraiment cette aventure. C'est une classe toujours un peu amateur. Il y a très peu de personnes qui gagnent leur vie à faire la Mini Transat. Donc, ça reste la débrouille. On est tous dans la même galère en quelque sorte. Et pour beaucoup, c'est aussi leur rêve de traverser l'Atlantique. et pour beaucoup d'autres, c'est une porte d'entrée pour en faire de son métier plus tard.
Loïc Est-ce que tu peux nous rappeler le point de départ, le point d'arrivée, le temps moyen, pas forcément les vainqueurs, tu vois, mais en moyenne avec un bateau comme ça et en étant expérimenté, combien de temps tu mets pour traverser ?
Mathis Oui. Alors, souvent, c'est Côte française, La Rochelle, là, c'était les Sables d'Olonne jusqu'aux Canaries. Là, on va dire que c'est une grosse semaine, 10 jours, s'il n'y a vraiment pas de vent en deux semaines, mais c'est très rare. Il faut arriver aux Canaries et après, c'est Canaries-Guadeloupe et là, on parle plus de deux semaines. Alors, j'ai mis un peu plus de 13 jours, mais voilà, c'est un peu ça les durées.
Loïc OK. OK. Et tu viens de l'évoquer, il n'y a pas forcément de pro en tout cas sur cette épreuve. Pour que les gens se rendent compte là aussi, quand ton père t'a dit il faut absolument que tu gagnes du temps pour acheter le bateau. J'imagine, c'est parce que financièrement, il fallait réunir les fonds. On parle de c'est quoi les budgets quand on se lance comme ça, comme toi, avec un job salarié à côté et sans, tu vois, des millions derrière de sponsors. Oui, alors je ne suis pas le bon exemple
Mathis parce que j'aurais le plus petit budget du top 10, je pense, mais le bateau, le mien coûtait 120 000. Ah, quand même, oui. Oui, quand même. Les autres, c'est plutôt autour de 200 000. OK. Mais parce que c'est un bateau de 2017, ce n'était pas un bateau dernier cri. Voilà, plus le numéro est élevé, plus le bateau est récent. Et donc moi, en 934, j'avais une dizaine de bateaux plus récents que le mien. Et voilà, le prix du bateau, 120 000. Et après, je pense, en frais de fonctionnement, les top 10, ils sont environ à 50 000 par an. OK. Et les plus bas, ils arrivent peut-être à 10 000, 20 000. Et voilà, les bateaux, ça varie beaucoup parce que les vieux, vieux bateaux, ils peuvent être à 30 000. Et les tout derniers à 300 000. Donc, avec les foils et tout, ça peut vraiment passer du simple au triple, maintenant au dixième même. Et donc, mais bon, tu as raison de préciser qu'il y en a quand même beaucoup, on est quand même beaucoup à travailler à côté de ces projets. Et là, moi, c'est encore pire parce que du coup, je suis en Suisse et le bateau, il est en Bretagne Sud à la Trinité-sur-Mer. Et du coup, je n'ai même pas de quoi me mettre dans des centres d'entraînement en fait. Normalement, mon uni, c'est vraiment la norme. Tout le monde se met dans un pôle, Lorient, Concarneau, la Trinité, la Rochelle, tout le monde a un peu son petit groupe avec des entraîneurs et tout. Et moi, je n'y vais pas, mais je profite des conseils de mon père. Et ça, ça compensera et ça sera super chouette. C'est que, je ne vais pas m'entraîner, mais par contre, je vais tout optimiser, je vais prendre ces conseils et je vais prendre, en fait, il y a la mini-transact qui est tous les deux ans, mais durant l'année, il y a des courses de présaison. Il y a cinq courses de présaison environ qui permettent de se préparer, de se qualifier pour la grande course. Et là, je vais profiter de ces courses pour m'entraîner en fait, pour tester des trucs, pour casser ce qu'il doit casser, pour essayer. Donc, voilà.
Loïc Tu as cassé quoi ? J'imagine sur un bateau, même si tu dis, 120 000, c'est plutôt en bas sur un montant quand même relativement humble par rapport au reste de la flotte, mais c'est quoi typiquement que tu casses sur ces courses et que tu testes d'un point de vue matériel ?
Mathis Oh là là, tu parles à quelqu'un qui a tout cassé. Vraiment, mais à un moment, je me suis amoureux, on se regardait avec mon père, je me dis, mais là, le prochain truc qu'il casse, c'est le mât, c'est la coque. Tu as tout pété. En fait, il faut savoir, la coque, moi, j'ai 3 mm de carbone entre mes fesses et l'eau quand je suis dans la coque. C'est vraiment des bombes. Le bateau, il fait 800 kg. En fait, je suis 10 % du poids du bateau. Donc, c'est vraiment des petites bombes. Les architectes, ils sont assez incroyables sur ces bateaux.
Loïc 3 mm de carbone. Typiquement, pardon, mais pour faire un zoom sur ça, la coque, selon comment tu tapes les vagues, etc., le carbone, il ploie un peu, ça bouge ou c'est ultra rigide ?
Mathis Non, non, c'est hyper rigide. D'ailleurs, on se casse tous les dos et les fesses parce que tout résonne dans toi. C'est toi qui es l'amortisseur. Mais non, c'est hyper rigide. Les cloisons à l'intérieur permettent d'être rigides. Alors, il y a du carbone, mais aussi une mousse qui permet de rigidifier de petits sandwichs, on va dire. Et non, non, c'est hyper dur. moi, j'ai par exemple, à un moment, sur la première table, j'ai effectivement le carbone à l'avant de la coque qui cassera un petit peu, qui s'enfoncera un peu et donc, je suis obligé de faire une petite réparation. Mais voilà, et qu'est-ce qu'on casse ? On casse les voiles. Moi, je casserai quelques voiles. Tu peux que la voile tombe dans l'eau et tout de suite, il y a des risques que ça se déchire ou qu'elle soit vieille. On casse les aériens qui sont les girouettes qui nous donnent le vent, qui sont aussi des pièces très sensibles. On casse les dérives, les safrans, parce que c'est pareil, il suffit qu'il y ait beaucoup de force dessus pour que ça grignote le carbone et que ça casse. Je vais casser de l'acacillage. L'acacillage, c'est tout ce qui est les poulies, les taquets, là où on met les cordes, les bouts qui sont sur ce bateau. Les cordes aussi, les bouts, tout ça, ça va casser. Il faut les changer régulièrement. Il y a le pilote automatique qui coûte très cher aussi et je casserais, alors c'est marrant que tu en parles parce que je casserais la key notamment. Ah ouais ? Et oui, la key, c'est... Comment tu fais
Loïc pour péter la key ?
Mathis Eh bien, comme un idiot, je vérifie pas vraiment. Il faut savoir qu'on n'a pas de GPS à bord non plus, on n'a pas de carte numérique, on a des cartes dans une papier et on a juste un GPS qui nous donne d'autres positions mais on n'a pas vraiment plus que ça. Et du coup, à part mettre des waypoints tout le long de la côte pour dire, attention, ici c'est la côte, parfois c'est pas assez précis et moi j'ai tapé un petit caillou et du coup, ça a fissuré la key qui n'est pas cassée, qui n'est pas tombée du bateau, ça allait, mais fissuré suffisamment pour que ce soit un danger de la garder et ça, ça sera ma plus grosse galère parce qu'une key, ça coûte cher et l'assurance, elle n'aime pas et du coup, l'assurance me vire et en fait, si j'ai plus d'assurance, je ne peux plus naviguer.
Loïc L'assurance te vire, ah ouais, carrément, d'accord.
Mathis je ne suis pas un client rentable donc, ils me dégagent du contrat et ils ont le droit et après, du coup, là on est fin 2024, c'est simplement les saisons de préparation mais il faut que je retrouve une assurance pour la mini transat et puis même pour les courses qui vont arriver. ça, ça sera vraiment dur parce que du coup, tout l'hiver, je vais chercher des assurances et je vais galérer. Et en fait, je pense aussi quand tu es viré comme ça d'une assurance, ils doivent se passer le mot, ce n'est pas possible. Une base de données. Il doit y avoir quelque chose parce qu'en fait, derrière, c'est impossible d'en retrouver une et j'harcèle tout le monde et l'hiver, c'est un peu dur. Puis, j'ai ma femme qui est enceinte et tout, donc plus de thunes, plus d'assurance, plus rien et puis, je suis frustré parce que le projet, certes, je n'avais pas gagné de course mais je montais en performance.
Loïc Tu sentais au fil des cinq courses de pré-saison que c'était de mieux en mieux côté percensation et tout ?
Mathis Oui, et puis, je cassais, on parlait de la casse, je ne cassais jamais deux fois la même chose du coup, je me disais, je ne fais que de progresser mais bon, après, on se devinait ce que j'allais casser après aussi mais voilà et du coup, c'est compliqué mais je rencontre notamment Nicolas, Nicolas Casquet, mon préparateur mental qui me proposera ses services pendant l'hiver au bon moment parce que là, j'étais vraiment au fond. Comment vous vous êtes rencontré d'ailleurs par curiosité ? C'est Nicolas qui vient, je crois, il est tombé sur une vidéo Instagram ou un truc comme ça et il me proposera ses services comme ça sur Instagram pour… Il n'avait jamais fait de navigateur et je crois que ça l'intéressait. Trop bien.
Loïc Trop bien. Ok. Écoute, avant qu'on parle de Nicolas et de la partie préparamentale, donc tu disais l'hiver, j'imagine que tu finis par retrouver une assurance et pouvoir réparer ou changer taquille.
Mathis c'est ça. en quelques semaines, je deviens papa, je trouve une assurance, je trouve quelques sponsors qui me permettent de me racheter une vol et ça y est, ça repart. avoir un bébé, on m'a dit, ça t'apporte des bonnes nouvelles, bon ben là, c'était, ouais, t'as touché le fond, tu pousses fort et tu remontes et c'est à moitié fini parce que du coup, il y a une course qui est une semaine après et du coup, c'est l'assurance qui me dégage, qui me rappelle, qui me dit, en fait, on veut bien, je pense, j'avais contacté les patrons, ils ont dû faire passer le truc en douce, mais j'avais vraiment harcelé tout le monde et il dit, ouais, en fait, pour ton projet, on va faire quelque chose, on va te réassurer, donc incroyable. Et là, on est quatre jours avant le départ d'une course qui est à la Trinité-sur-Mer en plus, qui est la course locale et là, j'ai quatre jours pour remonter tout le bateau, re-être prêt pour le départ, passer le test de jauge avec le nouvel key et je fais une connerie, j'oublie de mettre pendant le test de jauge, je ne sais pas s'il y en a qui ont déjà vu, c'est quand on met le bateau couché sur le côté. Et il faut qu'il se redresse. C'est ça. Il faut qu'il se redresse, voilà. Et moi, j'oublie de coincer un truc sur la key et du coup, c'est la key, elle va, ce n'est pas la key qui va casser, mais c'est une structure à l'intérieur du bateau qui va craquer et donc, je vais casser le bateau encore deux, trois jours avant le départ avec une boulette. Vraiment, là, je m'en voudrais. Donc, bon, le bateau est cassé, je ne peux pas prendre le départ. Je ressors, je ressors le bateau de l'eau, je rencontre un gars, il peut, ici, il dit qu'il sait réparer ça, il me répare ça deux jours avant le départ, je me réparle le bateau, je remets à l'eau mais 24 heures avant le départ, le truc qui ne se fait jamais, en cas de la météo, 30 minutes avant le départ, je m'habille, pouf, le matin, ça y est, je prends le départ de la course. Et là, ça repart comme ça, le projet et je fais mon meilleur résultat d'ici là, donc je fais 5e et je me dis, et je ne casse rien et là, je me dis, bon, le travail de cet hiver a payé, c'est reparti puis après, les courses de précédent, je ferai 5, 4, 3, 2ème et voilà, ça ne fera que des belles courses de précédent.
Loïc Excellent. Ok, du coup, là, à ce moment-là, toi, à partir du moment où tu as vu le bateau pour la première fois, le projet, c'était clair, c'était Mini Transat 2025 où tu savais que tu allais la faire mais pas forcément cette année-là et tu te testais au fil des courses.
Mathis Oui, non, tu as raison, en fait, alors à la base, effectivement, je vois le bateau et je vois que c'est que, en fait, j'en parle tellement tout le temps, moi, je n'ai pas l'argent pour l'acheter, le bateau et j'en parle au bureau et c'est mon patron qui me propose, alors un deal incroyable, je pense qu'il n'y a aucun patron qui, il n'y a aucun gars qui a la menu qui a son patron qui lui propose ça et il me propose, alors il est sensible parce que voilà, c'est dans le milieu de la voile quand même et tout mais il me dit, moi, je t'achète ton bateau et en échange, tu continues de travailler pour nous et on développe des produits pour les navigateurs et puis si ça marche, tant mieux, si ça ne marche pas, tu reviens travailler en Suisse et donc, tu as raison que, voilà, le projet au début, c'est juste, je vais essayer, je vais voir si ça me plaît et donc, je tente et en fait, il y a une des courses de présaison où j'ai les conditions de transat et c'est dans ces conditions où je passe de 60e à 6e en une nuit et en fait, c'est cette course de présaison où je me dis, là, il y a un potentiel de malade et je penserais jusqu'au départ de la deuxième étape, justement, de la mini, je me dis, je suis confiant, ça, je sais que ces conditions, c'est les miennes et peu importe si je ne suis pas rapide sur les autres et que je ne t'acquepa les courses, en fait, je sais que ça, ça va se jouer là-dessus et donc, je garde cette confiance tout le long et je ne veux pas arrêter le projet juste pour ça.
Loïc Sur la partie mentale, qu'est-ce qui t'a intéressé, toi, dans le message de Nico ? À quel moment tu t'es dit, ouais, un prépa mental, ça doit faire partie intégrante de ma prépa pour la mini transat ?
Mathis Alors, j'avais des très bonnes bases avec la prépa mentale parce que, déjà, j'avais deux parents sportifs qui avaient quand même plein de choses à transmettre, surtout en plus dans des domaines où le mental joue. Mon père, en tant qu'allocateur et puis ma mère, elle faisait des paris Dakar, elle avait fait la Mauritanie en char à voile, des trucs comme ça. Donc, ouais, si tu as une faille mentale, tu ne fais pas ce genre de choses. et puis, j'avais un grand-père qui était dans les premiers sophrologues français et qui était aussi… En fait, pendant ses études, tu vois, c'est intéressant, il avait travaillé avec l'équipe suisse de ski et c'était les premiers à faire cette visualisation de parcours quand ils font les slalons. Et suite à ça, ils ont tout gagné parce que, voilà, c'était les premiers à appliquer ce genre de choses et il me transmettra ça depuis tout petit. Moi, je me souviens, j'ai 10 ans et en fait, on fait déjà de la prépa mentale. Il me fait faire des scans, il me fait faire de la méditation, il me fait faire de la visualisation avant mes petits matchs de tennis, de match communal, quoi, entre villageois. Mais je fais déjà de la prépa mentale et donc, je pense que j'arrive à aller à des super bases avec Nico mais il y a un truc qui est quand même fondamental, c'est que tu sais toujours que tu ne sais pas tout, quoi. Et donc, je me disais, lui, c'est son métier, forcément, je vais pouvoir pousser le bouchon encore, plus loin et que je ne perds rien à essayer, on verra. Donc, voilà, ça part comme ça et ça veut dire qu'effectivement, Nico, il donnera des… Moi, j'estime, j'avais le niveau 1 de la prépa mentale et en fait, avec lui, on passe au niveau 2. Non, mais on élève tout au niveau supérieur.
Loïc Vous avez travaillé sur quoi en particulier ? Est-ce que toi, tu avais identifié déjà des aspects, tu vois, de la course, des projections, etc., sur lesquelles tu voulais t'améliorer ?
Mathis Alors, c'est lui qui m'a fait m'en rendre compte, moi, je ne voyais pas tout forcément. Il y avait beaucoup, comme c'est mon père qui m'a appris à naviguer, il y avait aussi beaucoup ce truc de naviguer à sa façon, à sa manière, parce que lui, il nous enseignait sa manière de naviguer. Et puis, il y avait, alors, je n'avais pas trop ce problème du nom de famille. Ça, je pense, ça allait. Ça, je n'avais pas peur de perdre ou de décevoir parce que fils de Bourgnon, il doit forcément gagner des trucs de voile. Moi, je savais que j'avais grandi en faisant du basket et que la voile, ce n'était pas forcément ça. Mais voilà. Et après, il y avait, alors, on a travaillé beaucoup sur, en fait, lui, c'est beaucoup l'identité. Et c'est regarder les angles morts que tu n'as pas vus et qu'il y a navigateur que tu veux être. Ça, c'était vraiment la grande question. Qu'est-ce qui est OK pour toi ? Qu'est-ce que tu voudrais mettre en place ? Apprendre à faire des choix. Et puis, ce que je trouvais génial, c'est que tous les outils de prépa mental qu'on va dire que tout le monde connaît, ça demande de se mettre dans un certain état. Ça, ça demande de t'arrêter, de réfléchir, de te poser. Et là, ce qui était, je trouve, hyper puissant, c'est qu'en fait, j'allais à la salle de sport avec lui, j'entraînais mon cerveau, donc lui, c'est beaucoup aussi la dépolarisation, mais du coup, tu entraînes ton cerveau dans une salle de sport et du coup, quand tu vas sur ta régate, sur ta compétition, tu n'as pas besoin de te remettre dans un... C'est implanté, tu es entraîné et tu n'as pas besoin de te remettre dans un état ou de te recaler sur une respiration, je ne sais pas quoi, pour que ça fonctionne. Je ne sais pas si je suis clair. C'est vraiment comme si tu étais à la salle de sport, tu as entraîné ton bras pour qu'il soit plus musclé et derrière, tu fais ton exercice, tu n'as pas besoin de te... Voilà quoi. Et donc, j'arrive et là, forcément, beaucoup moins de charge mentale en plus sur les bateaux où tu as le temps de réfléchir, tu as le temps de te morfondre et de te dire bon, là, je suis le huitième, ce n'est pas un bon résultat. Les gens, ils regardent les reclassements, ils doivent penser que je suis nul. Tu peux vite avoir ce genre de démarche. Là, vraiment, le fait de... Je sais pourquoi je suis là, je suis concentré, mon cerveau, il est entraîné. Si j'ai une galère, si j'ai un problème, il n'y a aucun... L'émotion, elle reste hyper stable. Il y avait beaucoup ça aussi de... Voilà. Tout ce qui peut être mal peut être bien. Tu vois, je veux voir qu'il y a toujours autant de côté positif que négatif dans ce qui m'arrive. Et voilà, on est allé... On a vraiment travaillé le sujet en profondeur. Dans quel navigateur je voulais être, moi, je voulais mettre beaucoup d'engagement. Et donc, j'ai remarqué que de plus en plus, je mettais de l'engagement dans mes courses et j'allais plus loin dans l'effort. Et je ne réfléchissais pas à autre chose que ma course. Pendant ma course, il y avait... De toute façon, si les gens... Tu vois, il n'y avait plus du tout le regard extérieur, en fait. Vraiment, tu as raison, je fais ce truc pour moi. Je fais cette course pour moi et je kiffe et je donne ce que je peux et je fais à ma manière. Je navigue à ma manière, maintenant. Je ne l'avais plus à la manière de mon père. Et ça a marché puisque les courses de pré-saison, ça allait de mieux en mieux.
Loïc Est-ce que tu as un souvenir, justement, pendant la mini, un peu d'une prise de conscience ou de te dire « Ah, mais là, c'est ouf, je viens d'avoir une énorme galère et en fait, je l'ai résolu et émotionnellement, tu vois, je suis resté stable et je suis resté dans ma course, dans ma bulle concentrée ? »
Mathis Oui, alors c'est même pire que ça, c'est que je ne peux pas la résoudre. Je fais de la galère et malgré ça, il y a encore deux ans de ça, je me serais effondré et j'aurais pu en aller encore une régate ou les sponsors, ils ne vont pas être attirés parce que je ne suis pas dans les premiers. Et là, j'ai une grosse galère, c'est la première étape de la mini-transact. On peut attaquer direct la mini-transact. Oui, donc là,
Loïc c'est de Bretagne au Canary, c'est ça la première étape ? Oui,
Mathis c'est ça. Et deuxième nuit, alors je ne casse rien de la saison, ça y est, je navigue propre et puis là, deuxième nuit de la mini, comme par hasard, je casse plein de trucs mais pas parce que je navigue mal, par souci de préparation et donc, j'ai mes infovents qui pètent donc, je n'ai plus d'infovents pour la suite de la première étape ce qui est hyper embêtant et je casse mon ski médium et il faut savoir que là, du coup, il y avait vraiment 30 nœuds au portant, c'était tout sous ski médium pendant deux jours et moi, au bout de deux, trois heures, mon ski médium tout neuf, il casse. Et là, typiquement, la préparation mentale, elle est exceptionnelle parce qu'au lieu de me dire c'est la fin, j'ai plus de ski médium, na na na, en fait, ok, c'est bon, j'ai plus de ski médium et puis je vais faire avec ce qu'il me reste et au pire, ça, et c'était même assez fou parce que la première étape elle s'annule, il y a une tempête au large du Portugal, il y a un ouragan qui arrive et du coup, ils emmènent tout le monde au Portugal et il faut savoir que quand à l'étape, après, du coup, on terminera la première étape en convoyage au Canary et les règles de course font qu'on a le droit de tout réparer à bord, je réparerai le reste mais on n'a pas le droit de changer de voile sinon, on prend 24 heures de pénalité et là, du coup, c'est un choix assez fort c'est que je décide, du coup, dans notre jeu de voile, on a un grand spi, un petit spi et après, un jennaker qui est encore plus petit puis, fog, GV, le truc de base et je décide de ne pas partir avec un spi médium et de ne pas prendre les 24 heures de pénalité et là, c'est quand même fort comme décision parce que je tente le beau jeu et je me dis sûrement, grâce aussi à ce travail avec Nicolas, je me dis moi, je vais être dans le navigateur qui tente les trucs qu'il fait au beau jeu et ça sera avec un seul spi et ça passera ou ça cassera mais je serai prêt à assumer et il y avait après ce truc d'aller chercher le côté positif de ce pidi médium qui casse c'est que je vais devoir que bourriner avec le grand spi je n'aurai pas le choix je ne me poserai pas la question et ça me laissait l'opportunité d'écrire l'histoire de pouvoir le faire sans spi médium je me suis dit allez on va chercher ça donc c'est fort parce qu'au lieu de se morfondre et de se dire j'ai tout perdu les autres ils ont un spi médium moi je n'en ai pas je me suis même dit en fait personne n'a de spi médium comme ça c'est pas complexe et c'était parti
Loïc c'est quoi ton est-ce qu'il y a un changement de mindset entre la première et la deuxième étape chez toi ou en général est-ce que tu vois elle est plus redoutée plus attendue il y a une différence dans la course
Mathis non j'ai plus envie la deuxième étape j'ai beaucoup plus envie parce que je sais que c'est les conditions où je suis bon en plus et la première étape c'est j'étais cinquième à l'annulation donc tu vois j'étais pas vraiment et la deuxième étape c'est carrément là il faut libérer les watts c'est vraiment là où il faut ouais et puis il y a quand même cet esprit de là j'ai un peu la rage ce n'est pas une rage revancharde un truc de c'est le money time c'est le dernier truc la course du poids je joue sur une seule étape et ça ouais ça j'adore ça j'ai vraiment là c'est bon on va lâcher les chevaux on va s'amuser
Loïc donc tu disais au final 13 jours et quelques bon tu l'as gagné cette mini transat j'ai vu en préparant l'épisode alors j'ai vu jour pour jour mais ça me paraît tellement fou que j'aimerais bien que tu me confirmes ça jour pour jour
Mathis 30 ans après ton père mais alors j'ai cru que c'était pas vrai au début parce qu'on m'a sorti ça aussi à l'arrivée puis j'étais fatigué j'ai dit ouais ok super à ce qui paraît ça serait vrai écoute j'ai pas incroyable
Loïc incroyable donc ouais 30 ans jour pour jour après ton père c'est quand même assez fou bon là tu viens d'expliquer tu vois ce mindset tu vas avec panache ça passe ou ça casse tu veux être le skipper qui tente ça ressemble à quoi ces 13 jours en termes de phase je suppose que en dépit de l'exception de préparation t'as quand même dû avoir des phases de haut de bas ou en tout cas en termes de rythme des accélérations des périodes peut-être un peu plus calmes donc assez partant pour que tu nous expliques déjà tu vois dans les grandes lignes c'est quoi les moments forts de cette course
Mathis de cette deuxième partie alors t'as raison aussi que même faut savoir aussi qu'à ce moment là il n'y a personne qui me méfavorie mais même pas mon père mon père il me dit si tu fais top 5 ce sera bien et les médias me mettent même pas dans le top 7 il n'y a personne sauf Benoît-Marie et Alexandre Demange qui sont les deux gars qui ont toujours fait premier et deuxième sur les deux courses de saison parce que je pense ils ont bien analysé les courses de pré-saison et ils ont vu que dans ces conditions j'étais bon et c'est les deux seuls qui se méfient un petit peu quoi et et donc ben alors t'as raison j'aborde cette course mais aussi tu vois je me dis si je casse et que j'arrive 30ème c'est pas grave presque j'aurais tenté j'aurais fait comme j'ai voulu faire et et je suis libéré de ça aussi quoi et le résultat il m'aborde presque plus et la course elle commence alors faut savoir qu'il y a déjà un premier choix assez fort c'est que quand on part on a plus de météo après quand on part enfin on a vraiment une fois par jour on a un truc très global qui nous dit il y a un anticyclone ici de telle force et puis démerdez-vous quoi donc vraiment on part avec les informations météo de la Terre qui sont très importantes pour les premiers jours mais au bout de 4-5 jours ben c'est un petit peu tu te démerdes avec ce que t'as sur l'eau quoi et parce qu'on a pas internet et donc il y a un premier choix important avec la météo c'est est-ce qu'on passe à l'ouest ou à l'est de Hierro qui est une île sur la route et je me souviens je suis le seul à passer à l'est et il y a quasiment tout le monde qui passe à l'ouest et moi je suis comme un fou parce que j'ai tous mes routages qui me disent de passer à l'est et je suis avec 3-4 autres mecs mais en fait c'est que des mecs qui étaient tout le temps derniers au classement donc je me dis oula c'est quand même un premier geste risqué puis en plus du coup ça peut se jouer là déjà la transat sur les deux premiers jours si tu vas du mauvais côté de l'île derrière ça peut être irattrapable donc c'est assez un choix fort aussi à ce moment là et en fait ça paiera oui je pense parce que j'étais 30ème le deuxième jour et en fait après je récupère le système les alizés les alizés donc cette transat c'est les vents qui poussent de l'est en l'ouest qui sont entre 15 et 20 nœuds au soleil et je récupère ces vents là quasiment en même temps que les autres qui sont passés de l'autre côté et je passe de 30ème à 3ème en 24h et là une petite remonte à la et là c'est parti c'est les alizés on déboule et c'est plus maintenant une guerre de vitesse sur les premiers jours c'est incroyable du coup c'est qu'avec justement Benoît Alex et moi on s'extirpe en vitesse et là c'est hyper intense pour moi parce que comme j'ai un bateau plus vieux je sais que j'ai pas le choix tu sais qu'il y a 13-14 nœuds plus de ça je suis obligé de barrer si je veux aller aussi vite voire plus vite et eux ils ont des bateaux un peu plus rapides donc ils mettent beaucoup plus le pilote automatique et je me mets mais dès le début je me mets minable parce que je dors pas pendant 2 jours à barrer parce que je sais que j'ai pas le choix c'est le seul c'est mon seul moyen pour les attraper c'est ça et les 3 premiers jours sur ces conditions là alors je suis cramé au bout du 5ème jour du coup je suis cramé je suis cramé et heureusement le vent baisse mais c'était prévu que le vent baisse donc je savais que je pouvais vraiment aller dans le rouge et c'est vraiment mais quand je dis 2-3 jours de suite je suis planté à l'arrière dehors j'ai ma bouteille j'ai mon bidon d'eau avec ma pipette je mange mes trucs je fais pipi en barrant et je bouge pas et je vois le soleil qui tourne autour de moi et je sais plus si ça fait 2 jours ou 1 ou 3 j'ai le cerveau le cerveau est complètement fatigué et c'est vraiment c'est pas une fatigue musculaire c'est vraiment fatigue de concentration en fait
Loïc ouais
Mathis t'as des hallucinations à ce moment là ou ? ouais je vois des trucs dans l'eau je vois des pardon je vois des pianos dans l'eau je me souviens je vois des gens dans l'eau je vois des poissons alors qu'il y en a pas donc ouais tu fais des petites hallucinations et le et cette fatigue elle est assez intéressante je sais pas si ça doit être un peu la même aussi pour les ultra trailers où moi j'aime bien la comparer c'est comme quand tu tu lis ton livre avant de dormir et mais tu cherches à comprendre ton livre donc vraiment tu lis de façon attentionnée parce que tu dois être performant en barrant et tu lis mais tu dois continuer de le lire pendant les 10 prochaines heures tu dois continuer tu vas pas dormir t'as envie t'es fatigué mais faut que tu comprennes encore ton livre et encore 10 heures encore 10 heures et ça pendant 2-3 jours tu lâches pas ton livre et tu dois continuer de le comprendre et de pas lâcher un mot alors parce que forcément quand tu lis au bout d'un moment tu bah tu lâches quoi tu comprends plus ou tu parles et là c'est vraiment cette fatigue de concentration où ton cerveau il peut pas lâcher la concentration de de ce que tu fais quoi et donc ouais le cerveau il crabe je me souviens vraiment de ce mal de cerveau à la fin et et le vent donc voilà ces premiers 5 jours après le vent faiblit là je me repose je fais des comas il faut savoir que quand on dort en mer on a l'habitude en solitaire de faire des siestes on enchaîne les siestes 20-30 minutes et on se réveille mais juste quelques secondes histoire de vérifier que tout va bien et pouf on s'endort et on peut quand même faire des très bons enchaîner plusieurs heures comme ça et je fais ça et je commence je bois et là c'est un nouveau départ il y a 2-3 jours comme ça de vent faible où je me régénère et on arrive au milieu à peu près de la transat où il y a encore du vent faible et là je rends donc c'est le moment où je vais le moins vite et là j'ai une rencontre exceptionnelle où je suis en train de manger tranquille sur le bateau et il y a une énorme baleine qui apparaît mais juste devant mon bateau mais c'était pas du tout moi j'ai flippé c'était pas du tout un moment de joie parce que je suis vraiment j'entends un bruit de vague et je vois son dos et qui fait la largeur du bateau et je me dis mais qu'est-ce que c'est pas j'avais jamais assimilé là pour le coup j'avais pas fait de travail de visualisation tu vois et j'avais jamais compris que c'était aussi grand j'en avais déjà vu mais de loin et j'ai un bug mais vraiment là pour le coup je bug parce que je me dis mais ça peut pas être si grand c'est pas possible
Loïc et c'était pas une hallucination
Mathis ah non là j'étais reposé justement les autres jours je faisais que de manger que de boire que de dormir donc enfin j'exagère j'étais en régate mais ça allait très mieux et t'as raison que c'est marrant parce que pendant une demi-second je me suis dit est-ce que j'hallucine est-ce que est-ce que j'ai bien dormi ces derniers temps ou pas mais je vois cette baleine et je crie je me sens ah mais dégage parce que là faut comprendre qu'à ce moment-là on entend parler des Vendée Globes qui tapent des baleines mais en fait là c'est moi qui suis fragile donc si c'est elle qui tape mon bateau c'est mon bateau qui casse et elle part alors vraiment j'ai de la chance parce que je vais vraiment pas vite à ce moment-là et elle part d'ailleurs je sais pas quoi faire parce que comme elle est juste devant à part choquer les voiles et ralentir je sais pas quoi faire et elle part sur le côté de travers et en partant d'ailleurs elle est tellement grande que je me dis ça y est elle est loin et en fait elle donne un coup de queue et je me reçois un coup de queue de baleine sur le côté du bateau je verrais je verrais la gerbe d'eau et le bout de la queue sur le côté le bateau il penche je perds l'équilibre et là je me dis oula c'est bon je suis mort Moby Dick m'attaque elle va revenir elle va se venger c'est foutu pour moi et pendant deux minutes je tremble alors j'arrive à attraper ma vieille caméra mais en fait je fais que trembler donc on voit rien du tout et de toute façon je prends la caméra trop tard la baleine est déjà loin mais ouais je tremble je tremble et il me faut bien deux trois minutes pour me ressaisir
Loïc incroyable la probabilité est quand même folle de tomber sur ta route sur une baleine c'est quand même incroyable mais de se prendre
Mathis un coup de queue de baleine surtout parmi toutes les histoires de navigateur que j'ai entendu j'avais jamais entendu ça
Loïc donc là c'était cinquième jour c'est ça ?
Mathis ouais un peu plus là on est plus 6-7 on est au milieu vraiment au milieu du parcours
Loïc à ce moment là le classement il est fixé t'es toujours troisième top 3 dans ces eaux là
Mathis ouais je suis troisième alors je me battais avec Alexandre pour la deuxième place il faut savoir que Benoît il était archi favori du coup je me concentrais pas vraiment sur Benoît et on a le classement une fois par jour un peu comme quand on a notre petite info météo très basique on nous donne aussi un classement mais en distance au but du coup on peut pas savoir si l'autre il est au plus au nord ou au plus au sud on peut juste savoir qu'il est par rapport à la Guadeloupe et j'entends que je suis troisième je me bats avec Alex deuxième, troisième jusqu'à la moitié et après ça repart après il y a re du vent et là je repars pour des sessions de barre interminables 2-3 2 jours de suite souvent 2 jours de suite une petite sieste 2 jours de suite là c'est vraiment dur aussi mais je pousse je pousse je pousse et sur les classements je rattrape Benoît et alors en fait Benoît il a un bateau à foil mais il casse un foil et il a quelques pépins ce qui fait que j'arrive à le remonter jusqu'à cette dernière nuit où il y a en fait lui on se croise c'est assez incroyable on est à 50 000 de l'arrivée donc un peu moins de 100 km et on se croise à quelques centaines de mètres dans la dernière nuit et il m'appelle moi je je suis un peu les conditions sont hyper dures à ce moment là les vagues sont vraiment terribles donc je suis concentré sur mon bateau je regarde même pas l'AIS s'il y a quelqu'un autour je me souviens je regarde même pas autour de moi alors qu'en fait il est à 200 mètres je vois son feu de mât et je l'avais même pas vu et lui il m'appelle et là il y en a des moments forts alors on n'est pas du tout dans le cliché du vieux loup de mer viril là on est tous les deux hyper fatigués les voix sanglotantes oh putain qu'est-ce que tu fais là c'est ouf parce qu'on n'a pas parlé avec quelqu'un depuis plus de 10 jours moi j'ai croisé personne depuis plus de 10 jours donc je retrouve mon pote là à quelques heures de l'arrivée c'est exceptionnel et lui il m'annonce qu'il a cassé son bateau et que malheureusement dans une vague il a abîmé son bateau que ce qu'il était déjà abîmé et je suis deux fois plus rapide que lui et lui il a déjà gagné la mini-tremote en fait il y a 10 ans et il a des mots forts hyper fair play assez incroyables où il me dit bravo c'est toi qui vas gagner la mini-tremote je suis content pour toi et puis là du coup moi l'émotion qui était restée hyper stable j'étais trop content d'avoir regardé d'avoir vraiment géré mes émotions pendant la course je commence à ressortir à sentir des petits rebonds quoi des petits sauts d'émotion de oh purée je suis en train il est en train de se passer quelque chose et voilà et du coup ça se termine comme ça je double Benoît à quelques heures l'arrivée au Guadeloupe de nuit fin de la nuit vers 4h du matin et c'est assez alors c'est un peu particulier je pense j'ai un peu du mal à célébrer déjà parce qu'on en a pas vraiment parlé mais j'ai ce projet de retour à la voile et le retour à la voile c'est quand même c'est le truc qui me travaille depuis toujours dans ce projet c'est de faire ce retour à la voile et je pense ouais je peux prendre le temps de l'expliquer peut-être mais normalement quand on fait cette transat on met son bateau sur un cargo pour revenir et il y en a quelques-uns qui ont réussi à revenir au printemps mais en hiver il n'y a personne qui a réussi et il y a tout le monde qui me disait que c'était une mauvaise idée mais mon père les directeurs de la mini des gars qui ont déjà fait le Vendée Globe ils me disaient bah non fais pas ça c'est trop dangereux quoi
Loïc dangereux par rapport à quoi aux conditions de vent la mer
Mathis déjà un petit bateau qui n'est pas fait pour le bateau il n'est pas fait pour résister à ces conditions et on est face au vent face au courant et les tempêtes d'Atlantique Nord l'hiver ça passe pas quoi c'est trop gros personne navigue là-dedans mais moi je voulais je voulais appliquer aussi ce travail mental de un alpiniste qui monte le Mont Blanc il en revient par ses propres moyens et s'il dit qu'il a gravé le Mont Blanc il n'a pas pris un hélico pour en revenir et moi je voulais je voulais appliquer ça et dire si je suis un navigateur en solitaire qui s'est traversé l'Atlantique le retour fait partie du voyage et je vais appliquer ce retour malgré que tout le monde me dit qu'il ne faut pas mais du coup ma minute en date c'est que la moitié
Loïc c'est ce que j'allais dire parce que là tu es passé hyper rapidement sur mentalement là tu es dans quel état d'esprit l'arrivée tu arrives à en profiter tu es dans la célébration quand même ou comme tu sais que tu veux tenter ce retour finalement comme tu viens de le dire c'est que la moitié du projet donc tu restes dans ta bulle
Mathis ouais ouais j'ai un peu du mal à célébrer je pense que ça se voit sur les images j'arrive presque pas tu vois je lève les bras je me force parce qu'il y a plein de monde qui sont là et je suis là ouais c'est trop cool ok puis alors il faut se remettre dans l'image que vraiment on est cramé sur ces arrivées et puis on vient de passer 10 jours tout seul à pas dormir donc quand tu arrives tu as plein de monde et tu ouais tu es pas très lucide non plus et je revois ma famille je revois mes deux chéries je repense aussi tu sais à tout le prix que je t'ai payé mine de rien de faire cette course c'est pas rien donc l'arrivée elle est un peu ouais je suis pas euphorique je suis pas euphorique puis en fait je réaliserai que sur le début du retour quelques jours plus tard ce que j'ai réalisé ça aussi c'est que tu bon bah je passe ma ligne d'arrivée bon bah je prépare mes voiles pour ranger pour arriver au port et la routine quoi mais alors si il y a quand même des moments où j'exulte c'est tu sais à l'arrivée il y a une sorte de tradition à la voile c'est que tu fais péter un feu de détresse rouge et et j'avais quand même mis ça et le champagne du gagnant tu vois le feu de détresse et le champagne du gagnant je l'avais tellement mis sur un sur un un truc inaccessible que je m'étais jamais vu vivre ce genre de choses que là là je profite là là je suis très heureux et je me permets de ressentir des bonnes sensations
Loïc et et du coup euh c'est complètement incroyable j'avais j'avais oublié cet aspect j'étais tellement concentré sur Ami Transat que j'avais oublié le justement le retour à la voile qui est quand même complètement fou c'est le plus dur ouais c'est pour ça parce que du coup comment c'était quoi ton approche tu voulais faire un retour à la voile dans les mêmes conditions que l'allée c'est à dire pas le tu vois pas d'infos météo pas de communication ou tu t'es quand même autorisé à avoir ce lien avec la terre
Mathis ouais t'as raison de préciser que à la base je voulais avoir internet sur le retour et je prends un téléphone ça doit être avec moi aussi bah parce que l'idée là c'est d'être le premier à y arriver c'est pas du tout performé ou quoi je pars avec 50 jours de bouffe à bord je suis là autant sur la mini on a une garde du poids et on prend le strict minimum autant là je suis suréquipé
Loïc parce que 50 jours parce que tu disais t'avais les vents contraires les vents de face les tempêtes etc mais la trace que t'avais enfin la route que t'avais imaginée c'était quoi globalement la même chose mais dans l'autre sens ou t'es passé par ailleurs
Mathis non il faut la trajectoire elle est un peu inverse en fait on va chercher très nord au début on fait du plein nord et dès qu'on arrive vers les hauteurs de la Floride on commence à tourner à droite on tourne vers l'est et donc c'est vraiment une courbe dans l'autre sens pour aller chercher soi-disant cette dépression hivernale du nord que je voulais pas du tout aller chercher mais alors je savais que c'était quasiment impossible que j'y arrive du premier coup jusqu'en France mais il y a les assorts sur le chemin et donc je me disais que déjà arriver aux assorts ça serait exceptionnel et donc j'avais puis s'il fallait réparer quelque chose ça serait possible aux assorts et donc j'ai ça en tête et donc je pars on disait oui je pars et après quelques heures je me rends compte que mon internet fonctionne pas donc je suis même pas je vois encore la Guadeloupe que je vois qu'un internet fonctionne pas là j'ai bien les boules quand même parce que voilà question sécu je voulais communiquer aussi sur mon aventure pendant la course et en fait là je repars quasiment en les mêmes conditions qu'à la mini où c'est interdit j'ai juste mon téléphone satellite qui me permet d'avoir 10 minutes d'appel par jour mais ouais ça reste léger j'ai un petit peu fait mon stage de moins tibétain là sur le retour aussi pas de contact t'as rien puis autant dans la course t'es dans ton truc t'es à fond autant en mode voyage t'as tu réfléchis quoi t'as le temps de penser et de t'ennuyer
Loïc ça change mentalement le fait de savoir que t'es vraiment solo là sur le retour parce que bon tu disais que t'as croisé personne sur la mini pendant 10 jours mais tu sais que t'as quand même des gens autour de toi une organisation qui je suppose est quand même un peu au grain là pour le coup
Mathis t'es solo il y a une sécu il y a tout ce qu'il faut non non puis on est 4 tu vois de la mini 3D on est 90 au départ on est 86 87 à l'arrivée donc oui c'est dur mais tu peux y arriver au bout quoi comme il y a les vents qui te poussent dans le bon sens ça va bah le retour il y a jamais personne qui l'a fait donc puis il y en a qu'on essaye qu'on part ici et donc ouais là t'es tout de suite plus dans un environnement de survie c'est plus la compétition là c'est faut y arriver quoi et ça se passe plutôt bien les premiers 10 jours 15 jours sauf que bah en fait je suis monté assez nord et bah forcément je savais c'est plus tu te rapproches de l'arrivée plus c'est dangereux plus t'as ces tempêtes des pressions du nord et j'ai mon bateau qui est pas en bon état et là j'ai mon safran qui casse donc j'ai plus qu'un des deux safrans et sur ces bateaux c'est vraiment on a deux petits safrans de chaque côté dès que le bateau il penche un peu bah le safran au vent il sort quoi et du coup moi j'ai mon safran sous le vent qui pète et là c'est vite la galère en plus de ça j'ai ma grand voile qui lâche qui se déchire donc j'ai plus de grand voile j'ai ma quille qui commence à prendre du jeu ma quille qui bascule en fait j'ai vachement de jeu dans ma quille et ça ça fait trembler tout le bateau donc je flippe vachement que ma quille reste en place si j'ai plus de quille le bateau il se chavire il se met à l'envers donc je flippe beaucoup pour ça mais le safran en fait bah j'ai beaucoup de mal à diriger le bateau et comme de par hasard c'est le moment où je vais me prendre le plus de tempête forcément et voilà donc on est à et en plus on est à deux jours de alors j'en prends déjà des belles 30-35 nœuds 3 mètres de vague je me fais déjà bien retourner et je vois bien que ça je vois bien que c'est déjà le très limite parce que attends
Loïc si tu perds ta ki que le bateau se retourne t'as des comme sur les plus gros bateaux des zones sécurité où tu peux enfin t'as de quoi t'as quelque chose qui est prévu pour éviter que tu vois que ça prenne l'eau immédiatement et que tu coules tout de suite ou alors le bateau
Mathis s'il se retourne il ne coule pas mais par contre le truc c'est de on a des balises de détresse à bord qui avec les satellites nous situent et on a un petit radeau de survie à l'arrière et voilà il faut essayer de vite monter dedans pas forcément quitter le navire tout de suite ça c'est important d'essayer de rester avec le bateau le plus longtemps possible pour le retrouver plus tard s'il y a un problème mais au moins toi être en sécu dans ton radeau
Loïc ok ok donc t'as quand même un radeau t'as des balises des balises ouais ok d'accord
Mathis ouais ouais j'ai un tracker non je suis pas non plus parti en mode Robinson Crouseway ouais ouais avec ta poule ouais ok ah oui non non je suis bien mais voilà et en fait j'ai 10 minutes d'appel et j'appelle mon père qui me fait un peu le suivi météo et là il m'annonce ouais deux jours avant d'arriver à Horta bon bah tu vas te prendre 45 nœuds 4-5 mètres de vagues et bah là t'as pas le choix celle-ci on peut pas l'éviter tu vas te la prendre et du coup bon bah là forcément on se rend pas forcément compte mais mon bateau il fait 6 mètres les vagues de 5 mètres c'est pas vraiment adapté quoi et alors je savais très bien j'avais peur d'y aller sur ce retour il faut être clair et c'était vraiment aussi ce truc de d'aller vers les choses qui me font peur pour progresser et que j'allais j'allais me dépasser j'allais et là là je flippe quoi là je flippe parce que bah ça dépend plus vraiment de moi ça dépend plus du matériel et je suis et je me sens impuissant en fait parce que c'est le bateau qui décide de mon sort quoi et donc et avec ce que j'ai avec les moyens que j'ai à haut du bord je suis je suis prêt à affronter la tempête je fais toutes les réparations qu'il faut j'ai tout voilà mais bah voilà si la vague elle décide de me casser dessus de retourner tout et de trucs bah je suis je suis impuissant quoi et ça ça c'est un peu dur quand même pour le pour le moral
Loïc surtout quand tu sais que ça arrive dans deux jours et que tu peux rien faire pour l'éviter t'attends ton sort quoi en fait
Mathis ouais alors je me défaut sur la bouffe je peux te souvient je suis arrivé ça doit être un stress psychologique je sais pas mais je bouffe tout ce que je peux quoi peut-être un réflexe de survie aussi et et je et voilà et donc il y a le jour ça arrive et ça commence le gros de la tempête en fait il dure une dizaine d'heures ouais ça quand même ouais de 5-6h du matin à 14-15h bah en fait je suis dehors mais je me fais même je tiens la barre mais en fait ça sert pas à grand chose parce que je peux rien faire je suis vraiment cette coque de noix au milieu les vagues décident de ce que de ce que je veux faire de moi et donc et donc à la fois j'ai le coeur qui monte comme dans les montagnes russes et à la fois j'ai c'est tellement beau ce qui se passe je suis allé chercher cette tempête d'Atlantique Nord et je suis dans mon graal là tu vois je suis vraiment au milieu de mon je suis ouais je suis là où je suis au milieu de ma peur ça c'est une sensation où c'est rare de l'avoir je trouve enfin je l'avais pas vraiment eu comme ça avant et je regarde autour de moi je vois ces vagues je vois ce truc je me dis mais je suis vraiment un petit microbe tout comme avec la balette là je suis je suis vraiment une petite chose quoi et je flippe bien mais je m'accroche je m'accroche je fais ce que je peux avec mes bons safrans le bateau il se lave les vagues elle passe par-dessus le bateau deux trois fois je me dis ça y est c'est fini celle-ci je suis prêt à sauter derrière dans le radeau et et le et alors quand il y a un front qui passe comme ça il y a il y a quelques signes par exemple au large à l'horizon il y a le le ciel qui peut redevenir un peu bleu qui annonce que c'est en train de passer ok mais parfois ça peut être une feinte ça peut être le ciel redevient bleu puis un renouerci derrière et en fait c'est juste une petite éclaircie et donc j'attends quelques heures que vraiment je sois sûr c'est du ciel bleu qu'il n'y a plus rien qui passe et là ça y est quoi je comprends que j'ai le truc j'ai passé le front et c'est une libération je suis tellement je suis tellement heureux quoi et je comprends que c'est bon j'ai deux jours là un jour pour arriver aux assorts et je vais y arriver et là je libère aussi pas mal de choses
Loïc t'as eu de la casse là du coup sur cette tempête
Mathis ouais non très peu en fait j'ai deux trois tout était déjà cassé
Loïc tout ce qui devait casser était déjà cassé
Mathis c'est l'image que j'ai renvoyée là durant ce podcast
Mini non
Mathis non j'ai de la chance j'avais bien préparé ce qu'il faut et il y a quelques points qui se sont aggravés la kill a pris encore un peu plus de jeu que ce qu'elle avait avant mais non je n'ai pas cassé plus que ça ouais j'avais bien tout attaché bien tout solidifié donc non à part mon petit égo face à la nature tout allait bien
Loïc quand tu arrives aux assorts tu étais attendu sur place les gens les gens savaient qu'il y avait un fou furieux qui tentait de la traverser dans l'autre sens ou c'était la surprise pour la plupart des gens
Mathis non alors gentiment il y a mon père qui avait prévenu les personnes qui étaient aux assorts déjà j'allais être très peu manœuvrant et je n'ai pas de moteur en bateau aussi et du coup rien que l'arrivée au port il fallait qu'il y ait quelqu'un qui puisse venir me chercher donc ça c'était chouette il y a les gars de Horta qui ont pu venir et c'était trop chouette il y avait notamment Thaïs Le Cam la fille de Jean qui était aussi une très bonne amie contre qui on a fait contre qui j'ai fait des courses en mini et qui était à l'arrivée sur le ponton pour m'accueillir donc ça c'était vraiment forcément là t'as envie de chaleur humaine à ce moment là ça fait une vingtaine de jours que t'es dans ta galère t'as cru que t'allais y passer donc t'es content t'es content d'avoir quelqu'un qui connait un peu le milieu pour avoir cette compassion on va dire et après et puis il y avait qu'on l'appelle couscous Benjamin qui est le gars qui gère un peu le ship chandler sur place qui va avoir des petites réparations à faire sur mon bateau qui est au courant donc voilà puis toute la famille qui a suivi l'aventure de loin qui est au courant que je suis arrivé excellent
Loïc là t'es dans quel état d'esprit quand tu tu disais une fois que t'as passé la tempête tu comprends que c'est bon tu vas arriver aux Açores mais une fois que t'y es vraiment c'est déjà la fin quasiment pour toi parce que le plus dur est fait ou tu restes quand même concentré sur la deuxième partie de la traversée
Mathis non là je pense plus aux réparations que je vais devoir faire comment il faut s'organiser alors je suis tellement soulagé d'être arrivé et puis là je me dis alors c'est marrant parce qu'on est le 6 février mais je me dis ça y est j'ai eu ma dose de voile pour l'hiver et en fait le 6 février j'ai déjà envie de retourner mais mais ouais je me dis ça y est et puis en fait on est peu de temps avant les vacances de Noël donc là en fait je pense je vais revoir ma famille je vais repasser du temps avec mes proches et je vais retravailler l'hiver pour faire un petit peu de sous et puis là le programme c'est de faire la deuxième partie du voyage plutôt début avril quand j'aurai réparé et regagner un peu de sous pour finir
Loïc ok parce que ok d'accord parce qu'en termes de réparation donc tout ils peuvent a priori tout faire sur place que ce soit la quille le safran j'imagine mais enfin je pense plutôt surtout à la quille
Mathis non malheureusement il y a des pièces que j'ai dû refaire faire en France notamment pour la quille les bagues les paliers autour de la quille qui sont refaits qui sont refaits en France et des petits il y a deux petits trucs aussi que je suis obligé de refaire faire en France mais qui les deux ça rentre dans les poches d'un manteau c'est tout c'est dingue parce que c'est des toutes petites pièces qui sont hyper importantes et qui déterminent si Dieu a tant sorti au bas mais ça suffit quoi et puis par contre le casque de safran la partie du safran qui est cassée ça c'est réparé sur place
Loïc ok d'accord waouh hallucinant est-ce que tu questions peut-être un peu bizarre mais enfin je sais pas dans le milieu de la voile peut-être pas j'en sais rien je te la pose est-ce que tu noues une relation un peu spéciale avec ton bateau quand tu passes à travers tu vois des galères comme ça et que tu passes autant de temps dessus tu le personnifies un peu enfin tu vois ce que je veux dire est-ce que ça devient un peu une entité qui a sa propre âme à qui tu parles tu vois et qui tu finalement avec qui tu partages le voyage ou ça reste pour toi un outil et un moyen de te déplacer
Mathis ouais on a l'habitude on a l'habitude souvent de dire qu'un bateau a une âme alors moi c'est marrant je l'ai appelé Lily mon bateau ok je l'ai appelé tout le temps Lily et même les gens autour de moi avaient bien compris qu'on s'adressait à Lily et c'était alors par contre je l'ai détesté aussi un Lily parce que les moments de galère où ils cassent tout le temps et qu'ils me laissent pas gagner mes courses et tout j'étais pas content quoi mais c'est plus ouais je l'ai en fait je l'ai trouvée exigeante tu vois c'est marrant j'étais en mode mon bateau il est hyper exigeant et du coup mais par contre hyper rapide et du coup il faut que je sois à la hauteur de son exigence pour faire un bon duo un bon match et j'étais pas forcément trop à lui parler mais par contre on est hyper concentré à se connecter à son bateau dans le sens un peu comme un pilote de voiture à ressentir son ressentir l'équilibre du bateau les bruits les bruits c'est hyper important quand on est à l'intérieur et que ça résonne on arrive à savoir si on on est pas bien réglé si le bateau tape et que là ça abîme ou si ça au contraire ça coule bien dans les vagues parce que le le vent forcit ça me donne aussi des informations tout de suite avec les vibrations qui avec les ouais les bruits c'est très c'est très au bruit plus qu'au visuel presque
Loïc ok hyper intéressant c'est quoi le les principales réalisations on va dire en tout cas les apprentissages que tu tires de ce retour jusqu'aux assorts
Mathis que c'était pas forcément une bonne idée ça on me l'avait dit mais je l'ai constaté bah j'ai dit je suis très content de l'avoir vécu mais je veux pas forcément le revivre tu vois mais bah encore une fois là je repense à l'aventure pendant la manche on aurait dû prendre plus de temps en Guadeloupe pour repréparer le bateau ce safran la réparation elle aurait dû être mieux faite et j'aurais dû ouais tu vois c'est vraiment l'enseignement de la préparation avant le départ où c'est pas normal que je reparte avec une GV trop vieille qui se déchire au bout de quelques jours c'est pas normal que ma quille j'ai pas sorti le bateau de l'eau pour vérifier qu'il y avait pas de jeu c'est vraiment l'exigence de la préparation avant ces défis ça pardonne pas donc l'apprentissage il est encore là dessus qu'il faut être encore plus exigeant et en mer ça s'est plutôt bien passé en fait je l'ai bien vécu j'étais content d'être là donc les seuls soucis ça se résumait à des problèmes techniques de préparation en soi donc voilà l'apprentissage il est là dessus
Loïc ok excellent donc là tu disais retour en Suisse l'objectif c'est de réunir les fonds j'imagine récupérer un peu pour finir cette traversée en avril il y a des challenges aussi à cette période sur cette section là ou ça peut pas être pire que ce que t'as déjà fait
Mathis statistiquement c'est quand même beaucoup plus simple on a avril mars novembre décembre bah là c'était même mi-décembre donc non non en plein hiver c'est toujours statistiquement même les bateaux du Vendée Globe ils s'arrêtaient à Horta là donc j'étais pas le seul et ouais ouais non ça sera légère ça sera normalement un peu plus simple le bateau en plus il a il a à vendre et donc tu vois je me ferme pas l'idée de faire en double avec le prochain acheteur ou quelque chose comme ça ah tu le vends oh là là
Loïc Lily
Mathis ouais bah alors c'est pas le mien c'est le bateau de mon patron oui le deal était fait comme ça ça je sens que ça va me faire un petit pincement au coeur mais voilà et puis maintenant en fait l'hiver ouais c'est ça c'est à gagner un peu des sous travailler un peu sur les prochains projets et j'ai fait un petit documentaire un petit film sur l'aventure la mini-trancate et le retour et donc c'est partager ces images faire des actions de ce petit film à droite à gauche c'est sur quoi je travaille
Loïc il est déjà disponible ? accessible au grand public ou c'est uniquement des diffusions ? tu le partages comment ?
Mathis non alors pour l'instant c'est que diffusion privée et il y a un festival qui va le projeter en Suisse mais je suis ouvert s'il y a quelqu'un qui est intéressé qui a un cinéma qui veut je suis en train de chercher à comment essayer de le diffuser un peu plus au grand public mais pas d'une façon je n'ai pas forcément envie de le mettre tout de suite sur les grandes plateformes je pense qu'il y a quand même cet esprit un peu intime d'être sur place d'aller faire la projection de présenter au public d'expliquer je le trouve plus qualitatif donc j'ai plus envie d'être dans cette démarche aujourd'hui une fois peut-être qu'il n'y aura plus personne que ça intéresse pourquoi pas mais voilà
Loïc c'est quoi les prochains projets une fois qu'on a gagné la mini transat on s'intéresse à quoi ? quand on est un navigateur c'est quoi le terme ? engagé c'est ça le terme ?
Mathis ah j'aimerais tu me fais un gros compliment alors c'est vrai à l'arrivée on te dit ça y est t'es célèbre tu vas avoir plein de portes ouvertes truc bon bah que nenni j'ai pas de projet pour l'année prochaine donc pour l'instant je n'ai pas plus tous mes sponsors sont très chauds pour repartir mais en fait c'est que des tout petits sponsors ils ne pouvaient pas déjà ils ne pouvaient pas donner plus à la base donc je ne peux pas je ne me relancerai pas sur un projet mini ça c'est sûr et je ne peux pas vraiment viser pour l'instant plus gros avec ce que j'ai donc j'essaye de faire équipier pour apprendre sur des plus gros bateaux ça c'est très chouette et ça me va très bien il y a plein j'ai plein d'idées le catamaran ça me plaisait j'ai peut-être envie d'y retourner je pensais à des longues distances en catamaran je pensais il y a une équipe suisse de de de offshore team de course au large qui est en train aussi de se monter pour faire des courses autour du monde en équipage entre Suisses c'est un super projet voilà faire du multicoc moi j'aimerais beaucoup faire du trimaran et traverser l'Atlantique sur un trimaran comme ça en solitaire je pense que ça serait aussi quelque chose d'assez incroyable je pense à il y a des courses comme la route du Rhum ça doit parler voilà plein de petites idées mais j'ai aussi tu vois un projet d'aller faire une course sur le lac là dans pas longtemps donc donc on est voilà tant qu'on est sur un bateau on est heureux
Loïc excellent excellent est-ce que tu aurais un dernier message que tu voudrais faire passer à celles et ceux qui nous ont écoutés jusque jusque maintenant
Mathis ah j'aurais dit ! aller verser peur là je trouve que c'était quand même ce retour c'était quand même le message principal et c'est ce que j'aime bien appliquer et en fait c'est c'est c'est le moment où t'as peur c'est le moment où faut y aller c'est là où faut creuser et ouais ça pousse forcément même si ça va pas au bout ou que ça ça va pas très loin il y a forcément de l'apprentissage il y a forcément du dépassement de soi et de sortir de sa zone de confort donc ouais je trouve que que c'est un beau
Loïc ça sera un beau petit message très beau message en effet bah écoute Matisse un immense merci c'était passionnant peut-être en particulier parce que bah justement je connais assez peu l'univers de la voile donc c'est toujours méga intéressant de d'avoir un témoignage comme le tien de quelqu'un qui baigne dedans et qui en plus performe et réalise des premières vraiment vraiment super intéressants merci beaucoup merci pour tous les messages très forts que t'as partagé aussi et puis bah écoute je te souhaite bon vent pour la suite et très certainement à bientôt pour un nouvel épisode débrief bah je sais pas du prochain projet complet fou dans lequel je te lance
Mathis attention les aventures c'est personnel il n'y a pas besoin de faire des ça peut être plus tolérant je sais pas il n'y a pas besoin d'aller traverser l'Atlantique pour tout ça exactement
Loïc chacun son aventure mais bon il se trouve que toi celle que tu réalises voilà
Mathis le premier bisou c'est une grande aventure voilà
Loïc exactement merci à toi c'était chouette merci beaucoup Mathis à une prochaine bon vent bon vent ons Sous-titrage ST' 501
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